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Articles avec #comedie dramatique tag

Babylon

Publié le par Rosalie210

Damien Chazelle (2023)

Babylon

Le sens de la démesure et la caméra frénétique de Damien CHAZELLE n'avaient jusqu'à présent produit chez moi que du rejet. Il faut dire que son positionnement ambigu vis à vis de Fletcher, le "sergent-instructeur Hartman" du conservatoire (cherchez l'erreur, les vrais musiciens de jazz l'ont trouvé) de "Whiplash" (2014) et son choix de faire une comédie musicale avec des acteurs qui n'étaient ni chanteurs ni danseurs dans "La La Land" (2015) avaient fini par me faire croire qu'il avait un rapport complètement tordu avec le spectacle en général et la musique en particulier. Pourtant cette fois-ci, le "bullshit" derrière le glamour est mieux assumé, la bande-originale de Justin HURWITZ m'a emballée et je n'ai pas vu passer les 3h que dure le film. C'est un show qui semble surgir du visionnage final de "Chantons sous la pluie" (1952): derrière les rires que déclenche la séquence du "Spadassin royal" avec sa maîtrise approximative du sonore, la voix de crécelle de Lina Lamont/Jean HAGEN et le jeu outré de Don Lockwood/Gene KELLY qui répète "I love you" à x reprises, combien de sang et combien de larmes? L'histoire du cinéma est pavée de stars du muet qui ont tout perdu avec l'arrivée du parlant et ont sombré dans la déchéance quand elles ne se sont pas suicidées. Pour une Greta GARBO ou un Charles CHAPLIN qui s'en sont sortis, combien de Clara BOW (principale source d'inspiration du personnage de Nellie LaRoy jouée par Margot ROBBIE) ou de John GILBERT (la référence qui vient tout de suite à l'esprit pour le personnage de Jack Conrad joué par Brad PITT, Gilbert ayant également inspiré le personnage de George Valentin dans "The Artist") (2011)? Le film de Damien CHAZELLE retrace l'ascension et le succès fulgurant puis la chute inexorable de ces étoiles filantes dans une série de morceaux de bravoure qui se succèdent à un rythme trépidant sans que l'on ait jamais le temps de reprendre son souffle. La scène de la fête orgiaque virtuose qui sert d'introduction au film avec ses excès en tous genres donne le ton. Mi-fascinés, mi-dégoûtés (car Damien CHAZELLE à l'image de Ruben ÖSTLUND ne lésine pas sur les litres de déjections diverses et variées), on assiste à ce spectacle de l'extrême dont Conrad est le roi et dont Nellie devient la reine en forçant le destin. La débauche n'étant que le revers du puritanisme*, on comprend donc que Hollywood se nourrit de rêves tout en se gavant en coulisses de pouvoir et de fric sur le dos de milliers de petites mains exploitées jusqu'à la mort lors des tournages sans épargner ses anciennes gloires, jetées aux ordures après usage.

Si Jack et Nellie sont fictifs (bien qu'inspirés de personnes ayant réellement existé), beaucoup de personnes qui gravitent autour d'elles apparaissent sous leur véritable identité, notamment les producteurs, paparazzi, mafieux et magnats de la presse. Mais parmi les personnages secondaires, les plus intéressants sont ceux qui représentent les minorités. Manny le mexicain qui en tant que serviteur de Jack et chevalier servant de Nellie est un témoin privilégié de ce monde sans jamais en faire partie occupe la place du spectateur (comme Cecilia dans "La Rose pourpre du Caire") (1985). La chinoise lesbienne Lady Fay Zhu (elle aussi inspirée d'une personne ayant réellement existé) est réduite au rôle d'attraction alors que le destin tragique de son modèle aurait mérité d'être creusé (en tant que sino-américaine, elle ne trouva jamais sa place nulle part et passa l'essentiel de sa carrière à errer d'un pays à l'autre en quête de reconnaissance). Enfin la présence du trompettiste noir Sidney Palmer permet d'évoquer la ségrégation raciale qui régnait sur les plateaux et la pratique insultante du blackface.

* La scène où une jeune actrice qui divertissait sexuellement un homme obèse fait une overdose, mettant celui-ci en fâcheuse posture rappelle l'affaire Roscoe ARBUCKLE.

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Les Sentiments

Publié le par Rosalie210

Noémie Lvovsky (2003)

Les Sentiments

"Les Sentiments" (2003) c'est l'art de customiser le bon vieux théâtre de boulevard, celui de l'adultère bourgeois où tôt ou tard on entendra un "ciel mon mari!" sauf que c'est la femme trompée qui découvre le pot aux roses. Le fond étant donc assommant, le film vaut pour sa forme, très recherchée et ses acteurs, bien que Nathalie BAYE en fasse un peu trop dans le rôle de la desperate housewife hystérique alors que Melvil POUPAUD en revanche est franchement transparent. On n'a donc d'yeux que pour Jean-Pierre BACRI dans un contre-emploi qui est une bonne idée sur le papier mais qui tourne presque exclusivement autour de son réveil priapique devant la plastique de la charmante et fraîche Isabelle CARRÉ qui passe une partie de son temps en tenue d'Eve et l'autre, à regarder Bacri avec des yeux énamourés. Si le travail sur la couleur est incontestablement une réussite qui fait penser à du Jacques DEMY avec des costumes assortis aux décors très colorés, je suis moins convaincue par la chorale d'opérette qui intervient pour annoncer les événements. Les choristes (sur)jouent de façon malhabile en chantant ce qui est quelque peu déplaisant. Quant aux paroles, elles nous ramènent une fois de plus la plupart du temps au-dessous de la ceinture. On est très loin de l'élégance et de la richesse de l'univers de Alain RESNAIS dont Noémie LVOVSKY dit s'être inspirée lorsqu'elle a vu "On connaît la chanson" (1997) (et qui lui a sans doute donné envie de diriger Jean-Pierre BACRI). Bien que je la soupçonne également au vu de la configuration des lieux (deux maisons se faisant face) d'avoir voulu créer une version lumineuse du très sombre et torturé "La Femme d'à côté" (1981).

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Comme un avion

Publié le par Rosalie210

Bruno Podalydès (2015)

Comme un avion

Il y a des cinéastes auxquels je n'adhère en aucune manière. Bruno PODALYDÈS en fait partie. Je suis complètement hermétique à ses films. "Comme un avion" ne fait pas exception à la règle. Le regarder a eu un effet instructif cependant: la consanguinité avec un autre cinéma auquel je suis tout aussi hermétique, celui de Noémie LVOVSKY m'a sauté aux yeux. Même troupe d'acteurs (Samir GUESMI, Michel VUILLERMOZ, Denis PODALYDÈS, Noémie LVOVSKY qui comme Bruno, frère de Denis est actrice et réalisatrice). Même goût pour l'atmosphère champêtre ("Les Sentiments") (2003) et pour la régression ("Camille redouble") (2012). Même appétence pour créer de chatoyants paquets-cadeaux colorés, bucoliques, poétiques et humoristiques enrobant une intrigue ectoplasmique tournant autour de la crise du couple bourgeois quadra ou quinquagénaire. Le parallèle peut être poussé jusque dans le fait de faire jouer Jean-Pierre BACRI (chez Noémie LVOVSKY) et Agnès JAOUI (chez Bruno PODALYDÈS) le rôle du séducteur/de la séductrice dans un contre-emploi où ces derniers perdent au passage une bonne part de leur personnalité propre pour se fondre au sein d'un schéma adultérin classique dans lequel ils ne sont que des rouages.

Si j'ai regardé "Comme un avion", c'est pour une seule et unique raison: sa fin, découverte grâce à une émission de "Blow Up" consacré à Alain BASHUNG au cinéma. En effet, le choix de terminer le film sur la chanson "Vénus" extraite de l'album "Bleu Pétrole" donne au film tout son sens. Toutes les pitreries-facéties-itinéraire riquiqui du pseudo aventurier en herbe qui s'enroule davantage autour de son propre nombril qu'il n'explore le vaste monde s'y révèlent enfin pour ce qu'elles sont, une vaste fumisterie destinée à masquer sa crise de couple avec Rachelle (jouée par Sandrine KIBERLAIN) et son envie d'aller croquer la pomme dans le premier jardin d'Eden venu ^^. Tout le film repose sur cette situation de faux-semblant blindée par les non-dits. Non-dits que Laetitia (Agnès JAOUI) fait exploser avec son corps, ses explications sur la géolocalisation des photos et enfin le cadeau de la radio que Michel fixe à son kayak. Voir dans le même plan celui-ci pagayer en eaux troubles pendant que Rachelle marche sur le chemin bordant le canal dans la même direction que lui en entendant des paroles telles que:

"Là, un dard venimeux
Là, un socle trompeur
Plus loin
Une souche à demi-trempée
Dans un liquide saumâtre
Plein de décoctions d'acide
Qui vous rongerait les os
Et puis
L'inévitable clairière amie
Vaste, accueillante
Les fruits à portée de main
Et les délices divers
Dissimulés dans les entrailles d'une canopée
Plus haut que les nues"

Donne un instantané de la vraie nature, fort amère, du film que le reste du temps, Bruno PODALYDÈS se plaît à dissimuler sous un déluge de douceurs.

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La lune s'est levée (Tsuki wa noborinu)

Publié le par Rosalie210

Kinuyo Tanaka (1955)

La lune s'est levée (Tsuki wa noborinu)

Imaginez la rencontre improbable de Yasujiro OZU (qui signe le scénario et "prête" son acteur fétiche, Chishu RYU) et de "Emma l'entremetteuse" de Jane Austen avec une Audrey HEPBURN japonaise dans le rôle principal. Le résultat est le deuxième film de Kinuyo TANAKA. L'intrigue est en effet un mélange des deux univers: Setsuko, la plus jeune d'une famille de trois filles vivant sous le toit d'un père veuf imagine un stratagème pour faire tomber sa soeur puinée, Ayako dans les bras de l'ami du beau-frère de sa soeur aînée, Chizuru, avec la complicité dudit beau-frère, Shoji. La perspicacité et l'ingéniosité que Setsuko déploie vis à vis des affaires sentimentales de sa soeur lui font cependant complètement défaut lorsque par un effet boomerang, la question lui revient dans la figure lorsqu'elle est confrontée à ses propres sentiments vis à vis de Shoji. Alors que dans la première partie du film, Setsuko se comporte comme une gamine de 13-14 ans (alors qu'elle en a 21) et entretient un rapport fraternel avec Shoji, leur relation se métamorphose dans la deuxième partie, de même que l'actrice qui semble prendre 10 années en quelques jours.

Si cette intrigue qu'on a parfois rapproché de Marivaux en raison notamment d'un dispositif assez théâtral de chassé-croisé sentimental ne semble pas très personnelle, elle reste agréable à suivre. Surtout, le film présente un autre intérêt: témoigner des transformations du Japon dans les années 50. La famille Asai est en effet aussi hétérogène que le film lui-même. Si les deux filles les plus âgées sont des japonaises traditionnelles, soumises, introverties jusqu'à être emmurées en elles-mêmes, Setsuko est au contraire complètement occidentalisée aussi bien dans son apparence que dans son comportement extraverti et primesautier. Dans un tout autre genre, elle fait penser à Mickey (un surnom ô combien révélateur) dans "La Rue de la honte" (1956). Il est permis cependant de douter que cette modernité survivra au mariage qui se profile dont les paramètres semblent relever du dispositif le plus classique.

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The Duke

Publié le par Rosalie210

Roger Michell (2020)

The Duke

"The Duke" est le dernier film de fiction Roger MICHELL, le réalisateur de "Coup de foudre à Notting Hill" (1998) décédé en 2021. Les deux films ont pour point commun d'être des comédies (romantique pour l'un, sociale pour l'autre), de réunir des acteurs charismatiques et de reposer sur une intrigue invraisemblable. Sauf que "The Duke" s'appuie sur des faits réels s'étant déroulés en 1961, comme quoi la réalité dépasse parfois la fiction. On se demande encore comment il était possible de dérober un tableau-vedette à la National Gallery avec cette facilité. La manière dont il est restitué est d'ailleurs tout aussi surréaliste et le réalisateur se paye gentiment la tête des institutions, persuadées d'avoir affaire à un gang organisé alors que le vol est l'oeuvre d'un papy inoffensif et quelque peu excentrique, Kempton Bunton (Jim BROADBENT). Un idéaliste farfelu et autodidacte que l'on compare à Robin des bois ou à Don Quichotte parce qu'il n'est jamais en reste pour défendre la cause des plus faibles, se faisant renvoyer de plusieurs emplois et refusant de payer la redevance TV qui estime-t-il devrait être gratuite pour les plus pauvres. Ne parvenant pas à se faire entendre, il a alors l'idée de voler le portrait du duc de Wellington peint par Goya et de le cacher dans son modeste logis. Il s'agit d'une revanche sociale symbolique dont la portée s'étend également à l'ancien Empire britannique. Dans le film, Bunton défend notamment un pakistanais victime de brimades racistes et le nom de Wellington a été donné à la capitale de la Nouvelle-Zélande qui comme chacun sait est un territoire maori (il est d'ailleurs question aujourd'hui de faire ressurgir dans l'espace public de la ville la nomenclature indigène aux côtés de celle des anciens colonisateurs). L'autre intérêt du film au délicieux charme suranné repose sur le contraste de caractères entre le fantasque Bunton et sa femme, Dorothy, angoissée et à cheval sur les règles. Helen MIRREN aura décidément parcouru tout le spectre social, elle qui a incarné la reine d'Angleterre chez Stephen FREARS et incarne ici une domestique.

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Cuisine et dépendances

Publié le par Rosalie210

Philippe Muyl (1993)

Cuisine et dépendances

Alors que j'ai vu et revu la plupart des films du brillant duo formé par Agnès JAOUI et Jean-Pierre BACRI dont je suis fan, je n'avais jamais vu leur première oeuvre, celle qui les a révélés. Je connaissais seulement quelques extraits comme celui dans lequel le personnage joué par Bacri refuse de se plier au diktat de la majorité à la façon de Alexis de Tocqueville ^^. On reconnaît les qualités d'observation et d'écriture qui feront leur succès, en particulier leur talent pour mettre à jour les fractures sociales derrière le vernis des apparences. La pièce qui a engendré le film ne s'appelle pas pour rien "Cuisine et dépendances" (1993): la cuisine qui est quasiment le lieu unique du film est l'équivalent des coulisses du spectacle dans laquelle deux personnages qui n'existent que par leur rôle social n'apparaissent jamais. Quant aux "dépendances", elles sont à prendre au sens figuré et évoquent les nombreuses relations de sujétion qui se sont créées dans un groupe d'amis autrefois unis: dépendance de l'épouse vis à vis de son mari, dépendance du frère immature et irresponsable vis à vis de la soeur et du beau-frère, dépendance de l'ami raté vis à vis du couple qui l'héberge, dépendance enfin de ce même couple dont la cuisine délabrée révèle les failles vis à vis d'un ancien ami perdu de vue qui a mieux réussi qu'eux et est devenu une vedette de la télévision. Leur réunion sous le même toit à l'occasion d'un dîner est le prétexte à un grand déballage en arrière-plan des rancoeurs, frustrations, haines, regrets avec l'originalité que ce qui d'ordinaire est caché est ici mis au centre du jeu alors que le dîner en lui-même est occulté.

Cependant, comparativement à leurs productions ultérieures, celle-ci est en dessous. D'abord parce que le réalisateur, Philippe MUYL n'est ni Cédric KLAPISCH, ni a fortiori Alain RESNAIS et n'a pas beaucoup d'idées pour animer ce qui reste du théâtre filmé. Et ensuite parce qu'en dépit des plaintes du caractère trop salé des plats dans le film, les Jabac sont plutôt des spécialistes des recettes douce-amère (dont je raffole, l'un de mes films préférés est d'ailleurs "La Garçonnière" (1960) de Billy WILDER qui est un modèle de réussite du genre) et que je trouve ici la recette bien plus amère que douce. Autrement dit s'il y a beaucoup de vacheries, il manque la tendresse qui fait justement tout le sel de "Un air de famille" (1996), "On connaît la chanson" (1997) et des films réalisés par Agnès JAOUI comme Le Goût des autres" (1999).

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Conte d'hiver

Publié le par Rosalie210

Eric Rohmer (1992)

Conte d'hiver

C'est peut-être parce que son sujet de départ est proche de "Le Rayon vert" (1986) (la croyance en une magie amoureuse) que "Conte d'hiver" a été celui que j'ai préféré la première fois que j'ai vu le cycle de Éric ROHMER. La présence de Marie RIVIÈRE au moment des retrouvailles entre les deux ex-amants n'est peut-être pas le fruit du hasard ^^. Le fait est que comme tant de personnages rohmériens, Félicie (Charlotte VÉRY) est une indécise, hésitant entre plusieurs lieux et plusieurs hommes dont aucun ne la convainc véritablement. Nous non plus d'ailleurs. Loïc (Hervé FURIC) est un intello chrétien ennuyeux et Maxence (Michel VOLETTI) est un coiffeur sans relief. Mais contrairement à d'autres personnages déboussolés de Rohmer, Félicie se raccroche à une croyance, celle de son amour de vacances perdu à la suite d'une erreur d'adresse. Un lapsus plutôt selon ses propres dires qui lui permet d'entretenir le rêve d'un amour idéal plutôt que de le vivre véritablement. Cela pourrait être assez pathétique s'il n'y avait pas la petite Elise à ses côtés comme preuve de l'existence de cette relation ainsi que le goût d'inachevé de son interruption. Pourtant Félicie ne cherche nullement à le retrouver étant donné qu'elle ne sait rien de lui et de son côté, Charles (Frédéric VAN DEN DRIESSCHE) avec sa fausse adresse n'a pas les moyens d'être plus entreprenant. Résultat, chacun semble être entré en hibernation et compter sur un miracle pour se retrouver.

De deux choses l'une: ou le spectateur acceptera le jeu des hasards et coïncidences du film (ou bien son système de croyances, de signes, de prémonitions) et sera enchanté par ce conte de noël ou bien non et il trouvera l'histoire invraisemblable. Au premier visionnage, j'étais plutôt dans la première catégorie. L'avoir revu m'a plutôt mis dans la seconde. C'est sans doute lié au fait que les acteurs sont tous globalement un peu fades et que ni Félicie, ni Charles ne semblent mériter les attentes qu'ils suscitent. Les discours de Loïc sont casse-pied et Hervé FURIC n'est pas Jean-Louis TRINTIGNANT qui parvenait à mieux faire passer les passages philosophiques. Reste un début vraiment enchanteur, plein de sensualité et qui en dit plus long sur le désir que n'importe quel discours.

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Conte d'automne

Publié le par Rosalie210

Eric Rohmer (1998)

Conte d'automne

Bien avant que la télévision ne s'empare du problème du célibat des agriculteurs et agricultrices avec "L'amour est dans le pré", Éric ROHMER campait une vigneronne d'âge mûr désirant refaire sa vie (Béatrice ROMAND qu'il a filmé dans chacun de ses cycles, adolescente dans l'un de ses contes moraux, "Le Genou de Claire" (1970), jeune adulte dans l'une de ses comédies et proverbes, "Le Beau mariage" (1982) avant de la retrouver à 45 ans pour "Conte d'automne"). Soit disant trop occupée mais en réalité trop fière pour se lancer elle-même dans la recherche de l'âme soeur, Magali confie cette tâche à des intermédiaires de choix: la petite amie de son fils, Rosine (Alexia PORTAL) qui est étudiante et sa meilleure amie Isabelle qui est libraire (Marie RIVIÈRE, autre habituée du cinéma de Éric ROHMER). Rosine souhaite la caser avec son ancien prof de philosophie (Didier SANDRE), deux fois plus âgé qu'elle et avec qui elle a eu une liaison. Isabelle a recourt aux petites annonces pour dénicher la perle rare et ayant le nez creux, tombe sur Gérald (Alain LIBOLT).

Ce conte qui est sans doute mon préféré des quatre a un charme fou. Éric ROHMER parvient à faire ressortir avec beaucoup de finesse les désirs secrets de ses quadragénaires (voire pour certains quinquagénaires) et concocte un scénario irrésistible à base de quiproquos. Entre les moues boudeuses de Magali (qui de son propre aveu a un caractère de cochon accordé à ses cheveux en bataille), le goût prononcé de Etienne le prof de philo pour la chair fraîche et le jeu de séduction qui s'installe entre Gérald et Isabelle qui se fait passer pour Magali et ainsi retrouve le goût des premiers émois amoureux on se régale. Et puis Rohmer n'oublie jamais d'inscrire ses personnages dans un territoire, ici le sud de la vallée du Rhône entre les centrales nucléaires du Tricastin et Saint-Paul-Trois-Châteaux, la Drôme et l'Ardèche sans oublier bien évidemment de filmer longuement le vignoble bio de Magali qui laisse les mauvaises herbes l'envahir pour mieux l'aider à "bien vieillir": de quoi alimenter une réflexion on ne peut plus actuelle...

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Conte d'Eté

Publié le par Rosalie210

Eric Rohmer (1996)

Conte d'Eté

Si "Conte de Printemps" (1990) me faisait penser (toutes proportions gardées) à "Les Nuits de la pleine lune" (1984), c'est de "Pauline à la plage" (1983) que "Conte d'été" se rapproche le plus. De part la présence de Amanda LANGLET qui bien que devenue adulte a conservé une allure juvénile. Mais aussi de part l'ancrage dans un territoire. Car ce que l'on retient d'abord de "Conte d'été" c'est sa géographie. Les personnages passent l'essentiel du film à arpenter un périmètre bien délimité principalement entre Dinard, Saint-Malo et Saint-Lunaire. Arpenter, cheminer, labourer: il y a certes quelques moments statiques mais pour l'essentiel, Éric ROHMER fait des travellings suivant les personnages en train de marcher le long des plages ou des sentiers côtiers, ou se déplacer en bateau, à vélo ou encore en voiture. Ces êtres en perpétuel mouvement rappellent ce qui est pour moi le film fondateur du style de Éric ROHMER, "Le Signe du Lion" (1959). Un film non pas fondé sur le verbe contrairement au cliché auquel on veut le réduire mais sur une errance muette et solitaire lors d'une "vacance" d'été dans un Paris déserté. Gaspard (Melvil POUPAUD qui avait alors 23 ans mais en paraissait 18) semble lui aussi s'être "échoué" à Dinard comme une bouteille jetée à la mer. Totalement seul (il affirme à plusieurs reprises détester les groupes), il n'a durant les premières scènes personne à qui parler, sinon à sa guitare et erre comme une âme en peine d'un lieu à un autre. C'est Margot qui le remarque et engage la conversation avec lui à la plage, c'est elle qui lui propose des sorties, lui présente des amis et surtout prête une oreille à ses confidences quelque peu complaisantes. Il s'avère alors qu'à l'image du Pierre de "Le signe du Lion", Gaspard est "comme un clochard qui se réveille milliardaire": il passe du vide au trop plein, sans l'avoir vraiment cherché tant il se laisse porter par les événements. Sa passivité, son manque de caractère se confirment en effet lorsqu'il se retrouve tiraillé entre trois filles. Margot qui se pose en amie avec un copain tout aussi absent que la copine officielle de Gaspard mais qui n'hésite pas à flirter avec lui, Solène (Gwenaëlle SIMON), rencontrée via Margot, une pulpeuse brune avec laquelle il entretient un rapport de séduction et qui le somme de choisir et enfin Léna (Aurélia NOLIN) la petite amie officielle, une caricature de lui-même en girouette lunatique et irresponsable qui sème le chaos. Au final, Gaspard qui a promis à chacune d'entre elles de les emmener quelques jours à Ouessant saisit le premier prétexte pour prendre la fuite. Il faut dire qu'il aurait eu bien du mal à emmener qui que ce soit quelque part: il passe l'essentiel du film à se faire balader au sens propre par Margot et Solène (qui ont une voiture et pas lui) et au sens figuré par Léna qui souffle le chaud et le froid.

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Conte de Printemps

Publié le par Rosalie210

Eric Rohmer (1990)

Conte de Printemps

"Qui a deux femmes perd son âme, qui a deux maisons perd la raison" était le (faux) proverbe champenois qui illustrait "Les Nuits de la pleine lune" (1984), le quatrième des six films de la série comédies et proverbes réalisés dans les années 80 par Éric ROHMER. Au début des années 90, le réalisateur débute un nouveau cycle de films, "les contes des quatre saisons" avec un "Conte de printemps" qui constitue une variation champêtre de son précédent récit. On y rencontre en effet une jeune femme, professeure de philosophie (Anne TEYSSÈDRE) qui à l'image de nombre d'héroïnes rohmériennes ne tient pas en place ou plutôt ne se sent à sa place nulle part. Jeanne se retrouve ainsi dans la situation ubuesque de posséder les clés de deux appartements (le sien et celui de son copain) mais de n'en habiter aucun, n'y faisant que passer. L'un (le sien) est en effet occupé par un autre couple et l'autre (celui du copain) est au contraire une coquille vide muséifiée. Telle Llewyn Davis, le héros SDF des frères Coen, Jeanne la nomade se met donc à squatter le canapé d'une amie lors d'une soirée où elle fait la connaissance de Natacha (Florence DAREL) qui l'invite à dormir chez elle. Plus exactement, elle l'invite à dormir dans la chambre de son père qui soi-disant n'est jamais là. Mais voilà que ledit père, un séducteur à quarantaine fringante (Hugues QUESTER) débarque juste au moment où Jeanne prend sa douche. Et pour couronner le tout, il possède lui aussi deux maisons, l'une à Paris et l'autre à Fontainebleau, idéale pour "conter fleurette" même si le panorama, à l'image du coeur des personnages est plongé dans le brouillard. A partir de là, tout est en place pour l'éclosion du désir et le marivaudage élégant dont Éric ROHMER a le secret. Et ce d'autant plus que la très jeune copine du père, Eve (Éloïse BENNETT) est détestée par Natacha qui rêve que sa place soit prise par Jeanne tandis que le copain absent de cette dernière semble ressembler presque trait pour trait au père de Natacha...

Comme à son habitude, on ne s'ennuie pas une seconde dans ce film aux dialogues finement ciselés dans lesquels le désir vient troubler les certitudes de Jeanne. On le sait, chez Rohmer les personnages se manipulent beaucoup eux-mêmes avant de l'être par les autres. Ainsi si le plan réel ou supposé de Natacha pour la jeter dans les bras de son père semble échouer, Jeanne en ressort suffisamment ébranlée pour permettre une fin ouverte à tous les vents... printaniers. S'il n'est pas le meilleur des quatre (il recycle beaucoup de thèmes vus précédemment et le casting n'est pas le plus flamboyant de la filmographie de Rohmer), il constitue un opening de bon augure pour la suite.

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