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Articles avec #comedie dramatique tag

Master Cheng (Masteri Cheng)

Publié le par Rosalie210

Mika Kaurismäki (2019)

Master Cheng (Masteri Cheng)

"Master Cheng", c'est un peu le "Bagdad café" (1987) sino-finnois de Mika KAURISMÄKI, grand frère de Aki KAURISMÄKI. A savoir la rencontre improbable de deux cultures des antipodes dans un petit village perdu, non plus dans le désert des Mojaves mais en Laponie avec pour unité de lieu un restaurant revivifié par la succulente cuisine chinoise et quelques piliers de bistrot pittoresques qui l'initient aux coutumes locales. Jusqu'à ce que l'expiration du visa de Cheng ne mette en péril ce nouvel équilibre: la solution au problème est bien évidemment aussi prévisible que le film lui-même dont l'intrigue est cousue de fils blancs. La gastronomie au cinéma comme moyen de transmission générationnelle ou interculturelle est un thème archi rebattu qui a donné des pépites ("Le Festin de Babette" (1987), "Les Délices de Tokyo" (2015)). "Master Cheng" n'atteint pas ce niveau à cause de ses grosses ficelles scénaristiques mais reste un joli petit film superbement cadré et photographié qui se contemple comme une succession de tableaux que ce soit dans la mise en valeur des paysages ou des plats.

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Chaussure à son pied (Hobson's Choice)

Publié le par Rosalie210

David Lean (1954)

Chaussure à son pied (Hobson's Choice)

Je ne connaissais pas ce film mais lorsque j'ai vu à l'occasion de son passage sur Arte qu'il était réalisé par David LEAN, j'ai foncé et je ne l'ai pas regretté. Il s'agit du dernier film de la première période de sa carrière, britannique, intimiste, en noir et blanc, accordant une grande importance aux décors et aux ambiances et fortement imprégnée d'une conscience sociale et d'un désir de changement. Mais bien que se déroulant dans le même monde que ses adaptations de Charles Dickens, le ton de "Chaussure à son pied" est celui d'une comédie, genre qui contrairement au drame permet la subversion et David Lean ne s'en prive pas. Bien que ce ne soit pas son genre de prédilection, il en maîtrise le rythme et offre un spectacle mené tambour battant par un cordonnier veuf porté sur la bouteille qui tyrannise ses trois filles adultes qui tiennent sa maison et son commerce, sa misogynie rance s'exprimant sans retenue lorsqu'il est au pub. Ca pourrait être triste et mélodramatique, ça ne l'est pas du tout. D'une part Charles LAUGHTON ridiculise son personnage, ses excès alcoolisés le conduisant inéluctablement à la déchéance, symbolisée par une chute au fond d'un trou. De l'autre, sa fille aînée, Maggie (Brenda DE BANZIE) qui est une femme de tête douée en affaires est déterminée à s'émanciper de l'exploitation paternelle qui a fait d'elle une "vieille fille" sans pour autant retomber entre les griffes du patriarcat. Tout en aidant ses soeurs moins futées, elle a une idée de génie qu'elle va mettre en oeuvre avec une persévérance sans faille ce qui va bouleverser son existence ainsi que celle de l'ouvrier local, William Mossup (John MILLS), sorte de Oliver Twist adulte qu'elle va sortir de son aliénation sociale, symbolisée là encore par la place qu'il occupe à la cave. La métamorphose de ces deux personnages soumis de la société victorienne en forme de revanche et l'évolution de leur relation est filmée avec la même subtilité, la même sensibilité que les élans de "Brève rencontre" (1945), notamment les passages où William Mossup prend conscience qu'une autre existence est possible pour lui. Personnellement, j'ai pensé autant à "Smoking" (1992) (qui est le film du plus anglais des cinéastes français, Alain RESNAIS où la différence de classe joue un rôle déterminant) qu'à "Lady Chatterley" (2006).

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L'année du requin

Publié le par Rosalie210

Ludovic Boukherma et Zoran Boukherma (2022)

L'année du requin

Ayant eu des échos flatteurs de "Teddy", le précédent film des frères Boukherma et alléchée par la promesse d'une parodie de "Les Dents de la mer", je suis allée voir le film enthousiaste et en suis sortie pour le moins déçue voire furieuse avec l'impression de m'être fait avoir par certaines critiques flatteuses et le label "art et essai" accolée au film. Il faut être bien chauvin pour ne pas voir que ce film pue l'amateurisme à plein nez. C'est bien simple, la sauce ne prend jamais, la faute à un manque de maîtrise évident des genres abordés. Le film est "vendu" comme une comédie, or comme je l'ai souvent dit, le comique est avant tout une affaire de rythme. "L'année du requin" est tout sauf rythmé, le film est mollasson et de ce fait, les quelques gags et bons mots tombent à plat. De plus, les réalisateurs ont l'ambition de mélanger les genres sauf qu'ils n'en maîtrisent aucun. Lorsqu'ils se décident à tourner des scènes de film-catastrophe à la Spielberg, ils oublient purement et simplement le comique sans que pour autant la tension dramatique ne soit véritablement instaurée. Vient se juxtaposer là-dessus un discours régionaliste (de la voix off horripilante, de la radio etc.) qui semble tomber comme un cheveu sur la soupe et qui se réduit à des propos de péquenots réacs: le requin, c'est la faute aux parisiens, aux wokistes, aux écolos, au covid, au réchauffement climatique... Certes, les réalisateurs ne pouvaient pas savoir au moment du tournage que le bassin d'Arcachon allait être frappé par des mégafeux mais on ne peut pas dire que le film se montre visionnaire là-dessus. Comme pour tout le reste, il hésite, le cul entre deux chaises et ne parvient pas à se hisser à la hauteur des enjeux (pour ne s'aliéner aucun public?). En témoigne le sort du requin, marqué par une énième volte-face (un titre qui aurait bien mieux convenu au film). L'arnaque se retrouve jusque dans l'affiche. On nous fait croire à une dynamique de trio alors que seule Marina Foïs occupe le devant de la scène, jouant un personnage aux motivations nébuleuses la plupart du temps figé en gros plan selon un grand angle déformant dont on se demande à quoi il sert sinon à faire original à tout prix. Kad Merad et Jean-Pascal Zadi, censés être les plus values comiques du film sont scandaleusement sous-exploités. Bref, rien ne fonctionne dans cette catastrophe de film dont les ambitions se heurtent au manque évident du savoir-faire le plus basique (écrire un scénario qui se tient par exemple). 

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Licorice Pizza

Publié le par Rosalie210

Paul Thomas Anderson (2021)

Licorice Pizza

Paul Thomas ANDERSON a démontré avec "Punch-drunk love : Ivre d amour" (2003) qu'il savait concocter des romances originales avec des ingrédients inattendus. C'est encore une fois le cas du couple de "Licorice Pizza" qui n'a rien de conventionnel. Si la différence d'âge (bien réelle, les deux acteurs ont 12 ans d'écart) ne ressort pas dans le film, c'est parce que Gary Valentine (Cooper HOFFMAN, le fils de Philip SEYMOUR HOFFMAN l'acteur fétiche de PTA décédé en 2014) n'est pas traité comme un adolescent mais comme un jeune entrepreneur ambitieux (on ne saura jamais par quel miracle un soi-disant adolescent de quinze ans ni beau ni riche peut avoir un tel réseau, passer à la TV, monter un commerce de matelas à eau puis de flippers) alors qu'Alana Kane (Alana HAIM) bien que majeure vit toujours chez ses parents et doit leur rendre compte de ses moindres faits et gestes. Si bien qu'au niveau amoureux, tous deux en sont au même point mais ont bien du mal à accorder leurs violons (l'affiche met bien en avant le décalage entre eux). Le physique non formaté des deux jeunes (une asperge brune avec un grand nez et un gros lourdaud roux et acnéique ^^) a fait couler beaucoup d'encre, personnellement j'ai trouvé ces aspérités rafraîchissantes tant la jeunesse à l'écran est représentée la plupart du temps par des clones ripolinés. Et la dynamique de leur relation, à la fois agaçante et touchante de par ses maladresses rappelle bien celle, très burlesque aussi de Adam SANDLER et Emily WATSON. Dommage que nombre de péripéties vécues par le duo soient non seulement improbables mais inintéressantes, faisant intervenir des guest-stars en roue libre (le pire étant Bradley COOPER en fou furieux bon à enfermer mais Sean PENN ivre mort n'est pas mieux). Quant au contexte des années 70, il n'est exploité que superficiellement même si l'emballage (costumes, décors, musique, format d'image etc.) est classieux. Reste la très belle scène nocturne et silencieuse du camion sans essence (choc pétrolier oblige) dévalant une colline en marche arrière par la seule force motrice de la gravité et des talents de meneuse à contre-courant d'Alana à qui Gary a remis sa vie entre les mains. Une belle métaphore du monde qui vient. En dépit de ses scories et de ses imperfections (ou justement à cause d'elles) ce film "rétro-futuriste" s'avère visionnaire.

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Tokyo!

Publié le par Rosalie210

Michel Gondry, Leos Carax, Bong Joon-ho (2007)

Tokyo!

D'ordinaire, je n'aime pas les films à sketchs, collectifs ou individuels. La fragmentation en plusieurs moyens métrages est frustrante, à peine entré dans une histoire qu'il faut déjà passer à autre chose sans que rien ne puisse être approfondi. Mais dans ce cas précis, la réunion de trois grandes pointures du cinéma d'auteur autour de la capitale japonaise fait des étincelles. D'ailleurs les trois segments sont de qualité à peu près équivalente (ce qui est un exploit) et entretiennent entre eux des relations plus étroites qu'il n'y paraît autour de l'exclusion et de la folie, en dépit du style très différent de leurs réalisateurs respectifs.

- Le premier volet "Interior design" signé de Michel GONDRY dépeint le mal-être d'une jeune fille qui ne parvient pas à trouver sa place à Tokyo. Un surprenant virage fantastique lui fait subir une cruelle métamorphose qui résout son problème existentiel et donne son sens au titre. Peut-être le moins (relativement) abouti des trois parce qu'il faut attendre la fin pour qu'il déploie tout son potentiel.

- Le second, signé Leos CARAX, prototype de l'une des séquences les plus célèbres de "Holy Motors" (2012) est intitulé "M. Merde". Une immonde créature surgie des égouts (de l'inconscient) jouée par Denis LAVANT sème le chaos dans la ville la plus policée du monde en multipliant les gestes puis une fois arrêtée, les propos iconoclastes. Le résultat est décoiffant et plus subversif que dans "Holy Motors" qui recherche davantage au travers du même personnage un résultat esthétique ("la belle et la bête") plutôt que politique. On reconnaît en M. Merde un avatar des créatures bestiales fantastiques nocturnes qui hantent le cinéma de Carax (le gorille de Dieu, Nosferatu...)

- Enfin le troisième segment, réalisé par BONG Joon-ho et intitulé "Tokyo shaking" établit un parallèle entre les tremblements de terre et les ébranlements du coeur de son protagoniste principal qui est tellement allergique au changement et au contact humain qu'il est devenu hikikomori c'est à dire reclus volontaire. Ce repli sur soi semblable à l'autisme (le refus du social et même simplement du contact visuel avec autrui, la compulsion de répétition routinière, d'accumulation d'objets, empilés ou alignés avec un perfectionnisme maniaque) est montré au final comme un fléau collectif: lorsque le héros se décide à sortir, il se retrouve dans une ville dont les espaces publics ont été désertés par leurs habitants. Quant à la jeune fille dont il est amoureux, on ne sait pas si elle est de nature humaine ou mécanique. Le résultat est étrangement hypnotique et poétique.

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Rifkin's Festival

Publié le par Rosalie210

Woody Allen (2020)

Rifkin's Festival

J'ai eu plaisir à renouer le fil des rendez-vous cinéphiles avec Woody ALLEN. Après "Un Jour de pluie à New York" (2017) et une carrière américaine interrompue par les scandales, j'avais entendu dire qu'il tournait un nouveau film en Espagne avec Sergi LÓPEZ et que celui-ci ne serait pas aussi facilement distribué. Mais finalement, après un peu d'attente, le nouveau Woody Allen est bien présent sur les écrans français.

Cependant, force est de constater que si le film est agréable à regarder, il manque de dynamisme et n'apporte rien de nouveau à la filmographie du réalisateur. On est clairement dans du réchauffé ou plutôt du recyclage: celui de la carte postale touristique des années 2010 quand Woody Allen délocalisait les marivaudages sentimentaux de ses couples de bourgeois intellos new-yorkais aux quatre coins de l'Europe de l'ouest avant que le climat de cette région du monde ne tourne à l'étuve estivale. Plus précisément, c'est à une version light de "Vicky Cristina Barcelona" (2007) que l'on a affaire au travers de la romance de Mort, l'anti-héros joué par un second couteau récurrent du cinéma de Woody Allen, Wallace SHAWN avec une médecin espagnole (Elena ANAYA) formant un ménage explosif avec un peintre volage (alias Sergi LÓPEZ). Mais celui-ci qui n'a que quelques minutes d'écran ne peut rivaliser avec Javier BARDEM pas plus que Elena Anaya avec Penélope CRUZ. L'autre intrigue sentimentale concerne l'épouse de Mort, Sue (Gina GERSHON) avec Philippe, un jeune cinéaste imbu de sa personne (Louis GARREL qui peut ainsi compléter la liste des acteurs et actrices français "fils et filles de" ayant joué dans un Woody Allen). Là encore, on retrouve un leitmotiv des films du cinéaste au travers d'un humour cynique à la Groucho MARX lorsque Mort descend en flammes les réalisations de son rival quoique lui-même soit un écrivain raté. Bien que tournant au procédé systématique manquant un peu de rythme (et lui aussi guère neuf, on pense par exemple au voyage temporel du héros de "Minuit à Paris") (2011), les scènes pastichant les films préférés de Woody Allen dans lesquelles Mort projette son imaginaire sont finalement ce qui s'avère être le plus sympathique dans le film. Federico FELLINI, Ingmar BERGMAN mais aussi Orson WELLES, Luis BUÑUEL ou encore la nouvelle vague française se rappellent à notre bon souvenir et Christoph WALTZ se paye même le luxe de reprendre le rôle de la Mort dans une version revue et corrigée de "Le Septième sceau" (1957).

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Julie (en 12 chapitres) (Verdens verste menneske)

Publié le par Rosalie210

Joachim Trier (2021)

Julie (en 12 chapitres) (Verdens verste menneske)

Le principal intérêt de "Julie (en 12 chapitres)" (2020) se situe sur le plan formel avec quelques jolies idées de mise en scène (ô temps, suspend ton vol). J'ai également aimé la performance de Anders Danielsen LIE dans le rôle d'Aksel qui donne un peu de gravité au film, même si Joachim TRIER semble l'avoir abonné à des rôles de morts en sursis. Pour le reste, c'est un film très dispensable, d'une superficialité digne du journal de Bridget Jones, en 12 chapitres de longueur inégale (mais en plus raffiné, le public visé n'étant pas le même). Une part essentielle en revient à l'héroïne, même si Aksel essaye de nous convaincre du contraire ("tu es une fille super"; "on a des conversations super" etc.) Le titre original est "La pire fille du monde" et je suis assez d'accord avec cela. Julie est une enfant pourrie-gâtée qui ne sait pas choisir et n'est jamais satisfaite. Son égocentrisme est à la mesure de la vacuité de sa personnalité. Derrière sa luminosité de façade (qui a valu à son actrice un prix d'interprétation pour son joli minois qui est de tous les plans ou presque), il s'agit d'un être stérile qui ne parvient pas à construire quoi que ce soit ni à tisser la moindre relation. Il faut dire qu'entre celui qui lui fait trop d'ombre et celui qui ne flatte pas assez son ego, il ne reste guère de place pour quiconque. Je pense que Joachim TRIER a voulu faire une satire de son époque à travers cette jeune femme, néanmoins celle-ci est bien trop paresseuse pour atteindre son objectif. Paresseuse et tendancieuse car le dénigrement d'un certain féminisme idéologique et sociologique est généralisé à l'ensemble des mouvements qui s'en réclame. La question des droits des femmes est trop grave pour être réduite à "la fellation à l'ère de metoo", à des posts d'hystériques vegan-yoga ou assimilée à de la cancel culture. Une expression fourre-tout parmi d'autres qui évite de réfléchir au fait que si certaines causes nuisent à la liberté d'expression, d'autres préservent les droits et les dignités des personnes ("on ne peut plus parler" = on ne peut plus faire de blagues racistes, antisémites, homophobes ou sexistes en toute tranquillité).

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L'Age des possibles

Publié le par Rosalie210

Pascale Ferran (1995)

L'Age des possibles

Invisible depuis des années (j'avais cherché en vain à le revoir à la sortie de "Lady Chatterley" en 2006), le deuxième film de Pascale Ferran est enfin rediffusé sur Arte qui l'avait co-produit. C'est l'occasion de le faire découvrir à une nouvelle génération qui peut y trouver des résonances actuelles d'autant que le film a gardé toute sa fraîcheur.

"L'Age des possibles" est à l'origine un film de commande que Pascale Ferran avait été chargée de réaliser pour le théâtre national de Strasbourg dans le but de lancer la carrière de dix élèves de sa promotion. Inspiré de ses souvenirs personnels mais également de la vie des jeunes comédiens, ce film traite donc l'entrée dans l'âge adulte, de ce moment, à la croisée des chemins où il faut faire des choix, amoureux et professionnels qui conditionneront sinon le reste de la vie, du moins l'orienteront et ce dans un monde de plus en plus incertain, ce qui est très bien résumé par cet extrait:

"Aujourd'hui, tout le monde a peur.
De ne pas trouver de travail, de perdre son travail,
de mettre des enfants au monde dans un monde qui a peur,
de ne pas avoir d'enfant à temps.
Peur de s'engager, d'attraper une maladie,
de passer à côté de la vie, d'aimer trop, ou trop peu, ou mal, ou pas du tout.
La peur est partout et partout provoque des catastrophes.
Elle s'autoalimente. Qui a peur aujourd'hui aura peur davantage demain.
La première chose à faire, le seul but à atteindre : tuer la peur qui est en nous."

Chaque personnage, dont le prénom commence par une lettre de l'alphabet (A comme Agnès, B comme Béatrice, C comme Catherine, D comme Denise etc. et ce jusqu'à J comme Jacques, le dixième personnage) représente une variante de la difficulté à passer ce cap. Il y a ceux ou celles qui temporisent avec un job alimentaire et un partenaire qui ne veut pas s'engager. Ceux ou celles qui vivotent dans une adolescence prolongée. Ceux ou celles qui multiplient des expériences. Ceux ou celles qui dépriment etc. Ces trajectoires sont liées les unes aux autres puisque les différents personnages ne cessent de se croiser, qu'ils soient camarades de promotion (comme dans la réalité), collègues de petits boulots, sondés et sondeurs, colocataires, amis, amants de passage ou en couple avant de tous se retrouver à une soirée rythmée par la chanson de Michel Legrand, "rêves secrets d'un prince et d'une princesse" extraite de "Peau d'âne" d'un des maîtres des jeux de l'amour et du hasard, Jacques Demy. La chanson française en tant que marqueur de l'époque occupe d'ailleurs une place très importante dans un film qui compte tenu de son thème est avant tout choral, qu'elle soit enregistrée ou chantée par les personnages (on entend notamment Cabrel, Souchon, Nougaro, les Rita Mitsouko, MC Solaar, Alain Bashung, Khaled etc.)

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Fargo

Publié le par Rosalie210

Joel Coen (1996)

Fargo

J'ai suivi fidèlement les frères Coen au cinéma jusqu'à leur cinquième film, "Le Grand saut" (1994). Mais celui-ci m'a tant déçu que j'ai ensuite complètement laisser tomber (jusqu'à récemment) leur filmographie. Résultat, je suis passée à côté d'un de leurs meilleurs films, mon préféré à ce jour qui mérite son statut de film culte.

Entre autres défauts, "Le Grand Saut" était un film assez impersonnel, un mélange désincarné et peu harmonieux de références cinématographiques faisant pourtant partie pour certaines de mes films préférés (de "L Extravagant Mr. Deeds" (1935) de Frank CAPRA à "Brazil" (1985) de Terry GILLIAM). Tirant la conclusion du relatif échec du film, les frères Coen ont décidé de faire l'inverse et de proposer avec "Fargo" un film extrêmement personnel mais qui, contrairement à certains de leurs films ultérieurs parvient à toucher à l'universel.

Film personnel en effet puisque l'action se déroule dans les plaines enneigées du Minnesota, région natale des deux frères au peuplement d'origine scandinave (si l'on en juge par les patronymes très nordiques de la plupart des personnages) et que le ton est complètement décalé. Le générique annonce un drame épique dans un désert blanc avec une musique grandiose (en référence à la mythologie de la conquête de l'ouest ou plutôt du middle ouest) mais la première scène désamorce complètement cette approche et donne à voir un autre visage, peu glorieux, de l'Amérique: on se retrouve dans un ploucland paumé peuplé de personnages minables, dont le niveau de bêtise n'a d'égal que l'inhumanité. Un club de dégénérés sans coeur, sans âme et sans cervelle qu'on imagine bien parmi les foules idôlatres du Führer durant le III° Reich. Mais l'histoire se déroulant aux USA à l'époque du tournage du film, le totem de ces glandus dont le vide intérieur est à la mesure de celui de leur environnement est le rêve américain, autrement dit la réussite par l'argent. Pour l'atteindre, ils imaginent un plan complètement foireux dont l'exécution tourne au jeu de massacre. Leur incapacité à communiquer dû à la pauvreté de leur vocabulaire doublé d'un état d'esprit férocement individualiste (chacun tente d'escroquer l'autre en dissimulant la majeure partie du magot et l'autre réagit bien évidemment par une violence aveugle) joue un rôle déterminant dans la tournure catastrophique que prennent les événements.

Si les trois pieds nickelés de l'histoire (Jerry, le commanditaire pleutre et ses deux hommes de main sanguinaires, l'un mutique et inexpressif, l'autre volubile et agité) sont bien évidemment risibles, leurs actes n'en sont pas moins terrifiants et ouvrent la voie à un vertige proprement métaphysique illustré par le désert glacé dans lequel ils vivent et qui facilite leurs sinistres desseins (le couple d'automobilistes aurait pu leur échapper s'il y avait eu un endroit où se cacher. Mais rien de tel dans ces espaces de plaines arides et monotones). Ce n'est pas un hasard si la policière enceinte jouée par Frances McDORMAND parvient à les confondre. Le fait même qu'elle incarne la fertilité au sein de ce paysage stérile dans lequel aucun lien humain ne semble pouvoir se nouer (les dialogues révèlent la déconnexion totale de Jerry d'avec sa famille et son insensibilité quant à leur sort bien qu'il cherche à sauver les apparences) explique la portée de la célèbre scène dans laquelle elle s'interroge devant l'absurdité tragique des agissements des truands, eux qui ont commis un massacre pour un argent qui en plus leur restera inaccessible. Le regard songeur de Marge devant l'aspect insondable du mal (Pourquoi tant de sang pour quelque chose d'aussi dérisoire?) nous poursuit longtemps.

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Le Redoutable

Publié le par Rosalie210

Michel Hazanavicius (2016)

Le Redoutable

En regardant "Le Redoutable", j'ai réalisé queMichel HAZANAVICIUS aimait prendre pour héros des personnages détestables, reflétant souvent leur époque, époque sur le point de connaître un basculement. C'est George Valentin, star du muet foudroyé par l'arrivée du parlant ou OSS 117, coincé dans la France de René Coty et dépassé par les mutations politiques, économiques et sociales des 30 Glorieuses (décolonisation, émancipation des femmes, mouvement hippie etc.) "Le Redoutable" qui d'ailleurs fait allusion au premier sous-marin nucléaire français (pièce indispensable du puzzle de la grandeur de la France voulue par De Gaulle) n'échappe pas à ce prisme. On y voit un des réalisateurs majeurs de la nouvelle vague (que l'on aime ou pas Jean-Luc GODARD, on ne peut lui enlever son génie créatif et tout ce qu'il a apporté au cinéma hexagonal et mondial) chercher à surfer en 1967-1968 sur une vague contestataire qu'il finit par se prendre de plein fouet ("le plus con des suisses pro-chinois"). Si l'homme a été avant-gardiste dans le domaine du cinéma, le temps l'a rattrapé et il s'est pris les pieds dans d'insurmontables contradictions concernant la politique et les rapports avec ses semblables. Bien sûr, il faut bien avoir en tête que le portrait du cinéaste qui nous est offert est tout sauf objectif puisqu'il est le fruit de l'adaptation du roman de son ex-femme, la comédienne Anne WIAZEMSKY "Un an après". Celle-ci semble régler son compte à un homme décrit comme péremptoire (il s'exprime à coup de slogans), donneur de leçons, méprisant, condescendant, rabat-joie, jaloux et misogyne. Mais le film de Michel HAZANAVICIUS et l'interprétation convaincante de Louis GARREL apportent des nuances. Sans édulcorer ce que l'homme pouvait avoir d'odieux, Godard apparaît aussi comme un personnage burlesque (le running gag des lunettes) ce qui souligne son inadaptation croissante au monde qui l'entoure. Un homme tourmenté, insatisfait, qui ne supporte pas de se voir vieillir (et de ne plus être donc à l'avant-garde) et préfère pratiquer la politique de la terre brûlée plutôt que de devenir "un con de bourgeois has-been". Michel Hazanavicius ne se contente pas de reconstituer l'époque et l'esthétique des films de Godard avec le savoir-faire pasticheur qu'on lui connaît*, il met sa mise en scène au service de ce récit de disparition programmée. Ainsi l'une des premières scènes du film montre Godard, sa femme Anne (jouée par Stacy MARTIN que j'ai trouvé un peu monolithique) et un couple d'amis manger joyeusement dans un restaurant chinois dont le nom est "au pays du sourire". Plus tard dans le film, Anne et Godard croisent ce même couple avec lequel Godard s'est fâché (comme il s'applique à le faire avec tous ses amis) devant ce même restaurant. Après quelques mots de convenance teintés de compassion pour Anne, ils se séparent et c'est seulement alors que la caméra filme la devanture du restaurant et nous fait mesurer le gâchis humain qu'a provoqué l'attitude de Godard.

* Sa reconstitution de mai 68 est d'ailleurs bien meilleure que celle, figée et superficielle de Wes ANDERSON dans "The French Dispatch" (2020).

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