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Articles avec #comedie dramatique tag

Je sens le beat qui monte en moi

Publié le par Rosalie210

Yann le Quellec (2012)

Je sens le beat qui monte en moi

Cet excellent court-métrage raconte la rencontre amoureuse de deux collègues travaillant pour une agence touristique "vintage" proposant des visites guidées de la ville de Poitiers en mini-van "vintage". Dès le début, on sent donc poindre la comédie décalée. Le premier personnage est chauffeur, sa collègue est guide. Tous deux auraient pu appartenir au club de "Les Émotifs anonymes" (2010). Mais fort heureusement pour eux (et pour nous), il s'avèrent qu'ils sont possédés par le démon de la musique et de la danse. S'ils sont rongés par la timidité dans des situations ordinaires, leur corps échappe à leur contrôle et "parle" pour eux dès que la température commence à monter. Chacun avec son identité propre cependant. Alain (Serge BOZON BG à tendance dandy bien plus accessible cependant qu'un Benjamin BIOLAY) ne vibre que sur un certain type de musique (celle qu'aime justement Serge BOZON, la northern soul) et sinon est du genre à raser les murs ou à multiplier les maladresses. Rosalba (Rosalba TORRES GUERRERO, danseuse et chorégraphe professionnelle) donne en revanche l'impression d'être possédée dès la première note de musique, quelle qu'elle soit (hip-hop, toccata et fugue de Bach, air joué à la flûte à bec, sonnerie de portable, techno...). Ce qui donne lieu à pas mal de séquences fort cocasses quand elle doit s'habiller, se maquiller, porter des verres remplis à ras bord alors que ses bras, jambes ou hanches se mettent à onduler ou tressauter dans tous les sens. Le film se situe au carrefour de trois genres: la comédie musicale (façon Jacques DEMY au vu du choix des couleurs pétantes rouge et bleue, de la ville de Poitiers et de compositions scéniques et chorégraphiques affirmant délibérément leur artificialité), la comédie burlesque (façon Jacques TATI avec un choix de gags millimétrés dont l'un des plus drôles semble sorti tout droit de "Playtime"(1967) qui libérait les êtres de leur aliénation par la danse) et enfin la comédie romantique.

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Mon oncle d'Amérique

Publié le par Rosalie210

Alain Resnais (1980)

Mon oncle d'Amérique

C'était l'un des rares films de Alain RESNAIS que je n'avais pas encore vu. Il m'est arrivé d'être déçu par certains de ses films, quand les parti-pris formels prenaient le pas sur une dimension humaniste atrophiée ("Je t aime, je t aime" (1967), "Pas sur la bouche" (2003) ou encore "Vous n avez encore rien vu" (2012) pour n'en citer que quelque uns). Mais ce n'est pas le cas ici. "Mon Oncle d'Amérique" est un grand film absolument bouleversant. Il l'est d'autant plus qu'il se situe à l'exact croisement des deux parties de la filmographie de Alain RESNAIS, celle des années 50 à 70 à dominante historique et mémorielle et celle des années 80 à 2010 davantage axée sur un petit théâtre social à l'artificialité surlignée trop étroit pour des individus en quête d'absolu. Dans "Mon oncle d'Amérique", il réussit le tour de force grâce à sa mise en scène (choix des plans, montage, découpage etc.) de concilier harmonieusement deux dimensions contradictoires et à faire sens:

- D'une part la dimension sociologique, incarnée par trois personnages venus d'horizons très divers, dont on suit le parcours de la naissance à l'âge adulte et qui sont appelés à se rencontrer et à interagir: un bourgeois carriériste, Jean Le Gall (Roger PIERRE), une actrice puis styliste et ancienne militante communiste issue d'un milieu modeste, Janine Garnier (Nicole GARCIA) et enfin un fils de paysans catholiques devenu directeur d'usine, René Ragueneau (Gérard DEPARDIEU). Cette dimension sociologique s'appuie sur les travaux du neurobiologiste Henri Laborit, un spécialiste du comportementalisme animal et humain. Ses interventions sont ponctuées d'illustrations établissant un parallèle entre ses expériences sur les rats de laboratoire et celles qui animent les comportements de Jean, Janine et René, révélant leur caractère primitif (la fuite ou la lutte face à une situation désagréable ou douloureuse, la recherche de gratifications et de récompenses, l'inhibition génératrice d'angoisse et de somatisations diverses face à une situation d'impuissance). Cette lecture fait la part belle aux déterminismes sociaux puisqu'elle se fonde sur la loi de la jungle dans laquelle le plus fort l'emporte sur le plus faible. Et il s'avère qu'effectivement Janine bat en retraite face à l'épouse légitime de Jean et que René, considéré comme meilleur exécutant que décideur est déclassé à plusieurs reprises sans pouvoir véritablement riposter, sinon contre lui-même. Même Jean, le plus privilégié des trois connaît un moment de disgrâce qui le rend malade.


- Mais à cette dimension fataliste de la destinée humaine (c'est à dire axée sur des phénomènes sur lesquels il n'a pas de prise), Alain RESNAIS superpose la dimension émotionnelle et spirituelle, intimiste, qui prend le pas sur la dimension pulsionnelle grâce au jeu plein de sensibilité des comédiens, tous remarquables et à sa mise en scène empathique qui nous fait ressentir leurs angoisses, leur souffrances, leurs peurs, leurs tristesse notamment grâce à des gros plans expressifs sur leurs visages. Mais ce qui m'a le plus remué est l'idée de visualiser leur âme à l'aide d'images récurrentes d'une star de cinéma issue du passé. Les pulsions primitives cèdent le pas à ce que l'homme a de plus élevé, de plus noble, sa capacité à vibrer, à aimer et à créer. René est ainsi suivi comme une ombre par Jean GABIN (une filiation assez évidente avec Gérard DEPARDIEU) alors que Janine elle voit un Jean MARAIS chevaleresque et romantique apparaître dans des images d'une beauté à couper le souffle (et qui donnent envie de voir tous les films dont elles sont issues).

La conciliation des deux dimensions atteint une portée historique, philosophique et métaphysique. Henri Laborit explique que la méconnaissance du fonctionnement du cerveau humain conduit à l'utiliser pour dominer ou détruire l'autre. Et Alain RESNAIS montre immédiatement en images ce que cela signifie à l'aide de travellings sur des bâtiments en ruine qui renvoient au souvenir des guerres passées et aux horreurs qui les ont accompagnées, horreurs dont Alain Resnais a rendu compte dans ses premiers films. Par là-même, il relie explicitement les deux dimensions à l'oeuvre dans son récit en montrant que les pulsions non apprivoisées peuvent détruire toute la beauté dont l'homme est capable et qu'il devient urgent selon la maxime de Socrate d'apprendre à se connaître en pleine conscience.

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L'Amour en fuite

Publié le par Rosalie210

François Truffaut (1978)

L'Amour en fuite

"L'Amour en fuite" est le dernier film que François TRUFFAUT a consacré à son double cinématographique, Antoine Doinel incarné par Jean-Pierre LÉAUD à l'écran. C'est le seul film du cycle (si l'on excepte "Antoine et Colette") que je n'avais pas encore vu. Clairement il s'agit d'un film testamentaire qui est d'ailleurs parsemé de flashbacks obtenus grâce à des extraits des précédents films. En ressort une atmosphère profondément mélancolique qui transpire la fin d'un cycle. Néanmoins le film est inégal. Le passage documentaire sur le divorce par consentement mutuel apparaît aujourd'hui quelque peu naïf. L'aspect le plus réussi est sans nul doute les retrouvailles avec Colette (Marie-France PISIER telle qu'elle est restée dans ma mémoire au faîte de sa beauté) dont le personnage est considérablement approfondi. Son esprit critique et sa distance ironique vis à vis d'Antoine font mouche. Elle souligne à raison ses petits arrangements avec la vérité et son désintérêt pour la vie des autres (autrement dit son égocentrisme). Elle brise également l'image "iconique" qu'il a d'elle (comme de toutes les femmes qu'il croise et qui sont prétexte à ses élucubrations fantasmatiques) jusqu'à ce qu'il prenne la fuite, une fois de plus (le titre du film est programmatique). Par ailleurs Colette s'avère être un personnage ayant vécu des tragédies d'une amplitude bien supérieure aux siennes. En revanche l'histoire avec Sabine qui commence de façon romanesque (et qui fait penser quelque peu à "Le Fabuleux destin d Amélie Poulain" (2001) avec sa photographie reconstituée et l'enquête qui s'ensuit) pour ensuite atterrir dans une dimension plus réaliste a bien du mal à convaincre. Si le but était de montrer que Antoine Doinel avait enfin mûri et dépassé ses traumatismes comme cela semble être le cas avec la visite sur la tombe de sa mère, le fait est que le faire tomber dans les bras de celle qui est devenue depuis l'égérie des enfants n'est pas un choix très heureux (à moins que ce soit un acte manque de François TRUFFAUT? DOROTHÉE a tourné le film en même temps que ses débuts dans Récré A2 et s'il n'était pas mort prématurément, François TRUFFAUT l'aurait fait jouer dans un autre de ses films).

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Domicile conjugal

Publié le par Rosalie210

François Truffaut (1970)

Domicile conjugal

Deux ans ont passé depuis "Baisers volés". Antoine Doinel (Jean-Pierre Léaud) a épousé Christine (Claude Jade) et a transposé son ancienne vie de bohème sur des métiers plus incongrus les uns que les autres: (teinturier d'oeillets, conducteur de maquettes) avant de succomber aux sirènes d'un exotisme de pacotille et de retourner à sa vie de jeune célibataire de "Antoine et Colette" (même chambre, même façade de cinéma avec cette fois du John Ford à l'affiche). En effet, fidèle à lui-même, Antoine est resté un éternel adulescent qui avoue benoîtement qu'il tombe amoureux des filles qui ont des parents gentils et qu'il adore les parents des autres (ce dont on s'était rendu compte dès "Antoine et Colette"). Christine, dont le rôle est considérablement développé est moins la femme que de son propre aveu la fille, la soeur, la mère. C'est vers elle qu'il se tourne quand il est en détresse lors d'une belle scène où il dévoile toute sa fragilité. On lui pardonne alors ses écarts de comportement. Le film couvre une période assez longue qui va des premiers pas de la vie de couple à une délicieuse comédie du remariage à la façon Truffaut*. Entre les deux, la naissance d'un enfant dont on se demande quel genre de père il aura. Les modèles américains ne sont pas loin, à commencer par Ernst Lubitsch qui donne le la à la relation entre Antoine et Christine. Mais on y trouve aussi des scènes burlesques à la Jacques Tati (avec même une scène où apparaît M. Hulot), des hommages aux compères de la nouvelle vague (Jean Eustache) et aux maîtres révérés (Jean Renoir) avec le paradoxe de la cour d'immeuble populaire où tout un petit monde pittoresque se croise mais où chacun est irrémédiablement seul. Toutes ces références opèrent un brouillage spatio-temporel qui font de ce film du début des années 70 un film ayant la patine d'une comédie franco-américaine des années 30.

* Et dont Ingmar Bergman s'inspirera pour son film "Scènes de la vie conjugale" (1972).

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Baisers volés

Publié le par Rosalie210

François Truffaut (1968)

Baisers volés

Près de dix ans se sont écoulés depuis "Les quatre cent coups" (1959) et six depuis "Antoine et Colette" (1962). Antoine Doinel (Jean-Pierre Léaud) est désormais un jeune adulte qui se caractérise par son instabilité tant professionnelle qu'amoureuse*. "Baisers volés" prend la forme d'un conte initiatique quelque peu chaotique et parfois transgressif. Au début du film, Antoine Doinel n'a pas évolué depuis "Antoine et Colette". Il vit à l'hôtel, courtise une fille Christine (Claude Jade) qui accepte de le fréquenter mais repousse ses avances et est régulièrement invité par les parents de Christine qui semblent l'avoir adopté. Soit exactement le schéma de "Antoine et Colette". La brève rencontre avec Colette (Marie-France Pisier) qui s'est mariée et a eu un bébé avec l'homme qu'elle a choisi dans le volet précédent souligne par contraste le caractère d'éternel adolescent de Antoine Doinel. Le seul changement par rapport à "Antoine et Colette" est outre la couleur le fait qu'on y aborde de front la sexualité (on est en 1968). Une sexualité qui ne semble pas avoir beaucoup évolué non plus depuis le XIX° siècle avec la dichotomie vierge/putain. D'un côté la jeune fille de bonne famille que l'on fréquente depuis des années mais qui, cornaquée par les parents semble inapte au désir. De l'autre, le déchargement des pulsions dans des hôtels miteux auprès de filles qui le sont tout autant.

Mais il est temps que tout cela change (outre le contexte de 1968, François Truffaut était impliqué dans un mouvement de soutien à Henri Langlois qui avait été limogé de la cinémathèque ce qui explique que le film s'ouvre justement sur l'entrée de la cinémathèque en grève). Tel Oedipe, Antoine Doinel en vient à tuer le père (le détective qui lui a fourni un emploi stable et s'appelle justement Henri) et coucher avec la mère (Fabienne Tabard à travers laquelle il trahit la déontologie du cabinet dans lequel l'a fait entrer Henri) pour au final parvenir enfin à susciter le désir de Christine qui profite de l'absence des parents pour le faire venir et coucher avec lui. Conséquence paradoxale, Doinel qui était jusque là inadapté se transforme en être socialisé prêt à se fondre dans la case du mariage bourgeois. Et ce en tuant ce qu'il y a de romanesque, passionné, exalté en lui, caractérisé par la lecture des romans de Balzac, en particulier "Le Lys dans la vallée" lecture projetée ensuite sur "l'apparition" magnétique de Fabienne Tabard, elle-même jouée par la non moins magnétique Delphine Seyrig. C'est d'ailleurs les scènes avec elle qui m'avaient le plus marquées au premier visionnage du film. Les expressions de son visage lorsqu'elle entend que Antoine est fou amoureux d'elle, la considère comme une femme exceptionnelle. Et puis son discours dans la chambre d'Antoine dans laquelle elle vient lui confirmer qu'elle est bien une femme qui "n'est pas au-dessus de ça" et non une "apparition". Cette folie, on la retrouve à la fin dans le discours du personnage mystérieux qui suit Christine comme une ombre et lui fait une déclaration incongrue alors même qu'elle projette de se marier avec Antoine. C'est la part irréductible de romanesque qui ressurgit dès que la triste réalité routinière menace de s'installer...

* En le revoyant, la filiation avec la trilogie de Cédric Klapisch mettant en scène Romain Duris dans le rôle de Xavier à plusieurs étapes de sa vie m'a paru évidente. Et très récemment le premier tome de la BD de Riad Sattouf intitulé "Le jeune Acteur" qui raconte le casting et le tournage de "Les Beaux Gosses" et donc la rencontre avec Vincent Lacoste qui était alors collégien établit un parallèle explicite avec la découverte de Jean-Pierre Léaud par François Truffaut. En effet Riad Sattouf a un projet au long cours impliquant de suivre celui avec lequel il a établi une relation quasi filiale jusqu'à l'âge de 76 ans!

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Antoine et Colette

Publié le par Rosalie210

François Truffaut (1962)

Antoine et Colette

Conçu à l'origine comme le segment parisien du film à sketches "L Amour à vingt ans" (1962), "Antoine et Colette" est aujourd'hui diffusé de façon indépendante comme le chaînon manquant de la saga de Antoine Doinel entre "Les Quatre cents coups" (1959) et "Baisers volés" (1968). En effet, il est la suite directe du premier long-métrage de François TRUFFAUT qui est souvent rappelé que ce soit par une affiche dans la chambre d'Antoine, la musique qui vient de temps en temps à nos oreilles, les façades de cinéma et même un court extrait quand lui et son ami René (Patrick AUFFAY qui reprend également son rôle) fumaient dans la chambre de ce dernier. Trois ans séparent seulement les deux films mais Antoine (et l'acteur qui l'incarne, Jean-Pierre LÉAUD devenu d'un des visages emblématiques de la nouvelle vague) a bien changé, du moins en apparence. Le film est en effet construit sur un paradoxe qui en fait tout son intérêt. Alors que la voix-off ne cesse d'affirmer qu'Antoine est devenu un adulte dont il a la plupart des attributs extérieurs, la rencontre amoureuse avec Colette (Marie-France PISIER, si jeune qu'elle en est à peine reconnaissable) ne se produit pas malgré tous les efforts de ce dernier. Colette le considère juste comme un ami ou un membre de la famille et lui préfère un homme plus aguerri. Car La véritable rencontre a lieu avec les parents de Colette (Rosy VARTE et François DARBON) qui semblent avoir adopté le jeune homme qui il faut le dire donne l'impression d'être à peine tombé du nid. Et c'est ainsi que sans avoir besoin de le souligner, François TRUFFAUT créé le lien le plus fort avec "Les Quatre cents coups" (1959) en faisant ressortir le manque parental qui empêche Antoine Doinel de devenir un homme et le relègue au statut peu enviable de petit garçon.

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L'autre côté de l'espoir (Toivon tuolla puolen)

Publié le par Rosalie210

Aki Kaurismäki (2016)

L'autre côté de l'espoir (Toivon tuolla puolen)

J'aime bien le cinéma de Aki KAURISMÄKI dont les codes particuliers peuvent constituer un frein à l'adhésion du spectateur mais qui si on y entre a beaucoup à offrir. "L'autre côté de l'espoir" son dernier film en date est le deuxième volet d'une trilogie sur les migrants après "Le Havre" (2011) (on ne sait pas si il y en aura un troisième, Aki KAURISMÄKI ayant exprimé son souhait d'arrêter de faire des films). Fable humaniste comme l'était aussi "Le Havre" (2011), "L'autre côté de l'espoir" raconte la rencontre entre un migrant syrien débouté du droit d'asile et un finlandais quinquagénaire qui a décidé de refaire sa vie en tentant sa chance dans la restauration après avoir gagné au poker. Aki KAURISMÄKI conjugue avec bonheur réalisme social et politique (misère, violences racistes, témoignage frontal des horreurs de la guerre et de l'absurdité de la machine administrative) et décalage poétique créant un effet de distanciation salutaire (aspect rétro des décors dépouillés dont l'ameublement semble sorti de chez Emmaüs, minimalisme de personnages marqués physiquement mais peu bavards et peu expressifs, couleurs froides, mise en scène épurée, interludes musicaux rock et humour burlesque omniprésent désamorçant tout pathos)*. Le résultat est un film d'apparence froide mais généreux en réalité, mettant en avant la bienveillance et la solidarité des individus face à l'absurdité d'un système arbitraire dont Aki KAURISMÄKI se paye la tête (il affirme que la situation syrienne ne justifie pas la délivrance d'un titre de séjour alors que la scène suivante montre évidemment le contraire) et dont de simples citoyens finlandais déjouent les mécanismes à la manière des résistants de la seconde guerre mondiale mais sans avoir l'air d'y toucher (fabrication de faux papiers, aide à l'évasion, emploi au noir etc.) Quant aux tentatives de mutations mondialistes du restaurant vieillot racheté par le finlandais quinquagénaire, elles constituent les passages les plus drôles du film.

On distingue au moins deux grandes influences dans le cinéma de Aki KAURISMÄKI. L'une, américaine, vis à vis des grandes figures du burlesque muet (Charles CHAPLIN, figure du vagabond tutélaire de tous ses films et Buster KEATON pour le caractère impassible des personnages) et l'autre française, vis à vis du courant réaliste poétique à qui Aki KAURISMÄKI a rendu un hommage appuyé dans "Le Havre" (2011) (avec un personnage féminin appelé Arletty!) mais aussi vis à vis des polars minimalistes de Jean-Pierre MELVILLE et des films non moins dépouillés de Robert BRESSON.

 

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The French Dispatch

Publié le par Rosalie210

Wes Anderson (2021)

The French Dispatch

Choisir la ville d'Angoulême comme cadre d'un film qui ressemble moins à un journal qu'à une bande-dessinée franco-belge rétro (ou à une revue type "le journal de Spirou"), c'est très bien vu ^^. D'ailleurs les passages animés dans la quatrième histoire font partie des moments les plus réussis du film. Et on reconnaît bien les obsessions du cinéaste, de la nostalgie d'un passé pittoresque fantasmé reconstitué avec le perfectionnisme d'un freak control à la Jean-Pierre JEUNET (voire par moments à la Jacques TATI avec un passage qui lorgne du côté de "Mon oncle") (1957) doublé d'un fanatique de la composition symétrique à son amour de la littérature avec un découpage en chapitres/histoires semblable à celui de "Royal Tenenbaums (The)" (2002). Néanmoins l'Angoulême du film s'appelle "Ennui-sur-Blasé" et a un petit air du Paris d'antan. Et ça aussi c'est bien vu. Je devrais dire "hélas". Car la nostalgie de Wes ANDERSON le fait rétropédaler à l'époque de ses films-bulles sur-signifiants mais trop repliés sur eux-mêmes pour se préoccuper d'aller toucher l'autre. Et à force de vouloir caser tous les membres de sa troupe (de plus en plus nombreux au fil des films) et tous ceux qui souhaitent figurer dans un "Wes Anderson", on n'est plus dans une BD et encore moins dans un journal mais dans le "who's who". On sort sans arrêt du film parce qu'on est distrait par telle ou telle célébrité qui apparaît dans un coin de l'image, souvent sans une ligne de dialogue d'ailleurs. Pour les célébrités en question (notamment françaises), c'est d'ailleurs une arme à double tranchant. D'un côté, tourner dans un Wes ANDERSON même à Angoulême, c'est comme décrocher la timbale dans "Midnight in Paris" (2011) de Woody ALLEN (qui ont en commun au niveau casting Owen WILSON et Léa SEYDOUX): c'est "the place to be". Et en même temps, tant de talents sous ou pas du tout exploités, ça finit par faire beaucoup de papier gâché. Certes, il y a ceux pour qui figurer dans un Wes ANDERSON n'est que la cerise sur un gâteau déjà bien garni (Hippolyte GIRARDOT, Cécile de FRANCE, Guillaume GALLIENNE, Christoph WALTZ etc.) Mais pour d'autres, cela aurait pu être un tremplin si leur rôle avait été un tant soit peu développé. Je pense en particulier à Elisabeth MOSS, à Denis MÉNOCHET ou encore à la formidable Lyna KHOUDRI qui bien qu'ayant un vrai rôle dans le film se retrouve dans le segment le plus faible, soit une redite du personnage contestataire de "L Île aux chiens" (2018). Or la contestation étudiante est antinomique d'un cinéma qui a tendance à étouffer les débordements. Les meilleurs films de Wes ANDERSON sont justement ceux où il s'y confronte d'ailleurs: débordement hormonal et de la nature dans "Moonrise Kingdom" (2012) ou de l'Histoire dans "The Grand Budapest Hotel" (2013) . Car c'est le dernier point que je voulais développer, l'intérêt des différentes histoires racontées est très inégal. Je ne suis d'ailleurs pas fan de ce format pour un long-métrage qui disperse l'information (justement). La partie la plus intéressante est sans doute la deuxième histoire avec son peintre psychopathe incarcéré (Benicio DEL TORO) et sa muse gardienne (Léa SEYDOUX). Outre les quelques pointes d'humour bienvenues, on peut l'interpréter comme une réflexion sur l'art voire un autoportrait du réalisateur (style pictural perfectionniste et maladivement répétitif dans un cadre carcéral). La superposition de strates narratives est cependant un peu longuette par moments (les personnages joués par Adrien BRODY et Tilda SWINTON font doublon). J'ai aussi un faible pour la quatrième histoire. Pas seulement à cause des passages animés mais aussi parce que cela faisait longtemps que je n'avais pas vu au cinéma Jeffrey WRIGHT (dans le rôle du journaliste auteur du segment) et que j'adore cet acteur. Cela va avec le fait qu'il y a dans cet épisode (très culinaire) une sensualité qui fait défaut aux autres par le biais du goût, retranscrit visuellement par une image soudain saturée de couleurs qui tranche sur le reste. Le dialogue entre le chef cuisinier asiatique et le journaliste est d'ailleurs le seul qui ait un peu de relief émotionnel. Il renvoie au sentiment de déracinement qui existait dans le très beau "The Grand Budapest Hotel" (2013).

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Hippocrate

Publié le par Rosalie210

Thomas Lilti (2014)

Hippocrate

A l'occasion de sa disponibilité sur le site d'Arte, j'ai revu avec plaisir ce film qui a fait entrer Vincent LACOSTE dans la cour des grands et valu une juste reconnaissance à Reda KATEB. Car si le film fonctionne toujours aussi bien, c'est aussi grâce à ce formidable duo d'acteurs et à leurs rôles complémentaires: le jeune interne fils à papa un peu trop sûr de lui qui apprend le métier -et la modestie- en s'émancipant dans la douleur et son collègue algérien, plus âgé et expérimenté, plus humain et intuitif aussi mais discriminé sur à peu près tous les plans à cause de son statut qui l'oblige à effectuer un parcours du combattant pour obtenir des équivalences aux diplômes français et ainsi sortir de la précarité et de l'exploitation. A la qualité intrinsèque de ces deux personnages, de leur relation et de leur interprétation il faut ajouter bien sûr la connaissance approfondie que le réalisateur Thomas LILTI qui est aussi médecin a du monde de l'hôpital. La valeur documentaire de "Hippocrate" est incontestable, elle donne un état des lieux guère reluisant de la situation de l'hôpital public dans une société marchande qui sacrifie ses services publics sur l'autel de la rentabilité. Un objectif de rationalité comptable incompatible avec la nature humaine qui donne lieu à des situations dramatiques au confluent de l'économie, du social, du médical et de l'éthique.

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Les Mariés de l'an II

Publié le par Rosalie210

Jean-Paul Rappeneau (1971)

Les Mariés de l'an II

Tempo allegro, c'est le rythme Jean-Paul RAPPENEAU. Cette mise en scène du mouvement atteint déjà dans son deuxième film "Les mariés de l'an II" une sorte de perfection. Il n'y a en effet pas un seul temps mort dans ce film bondissant, virevoltant, rempli de vivacité mais où l'on sent que chaque scène est réglée au millimètre près. La rareté de ses films en témoigne: Jean-Paul RAPPENEAU est un perfectionniste. Son film est très influencé par le cinéma américain, en particulier le western de Anthony MANN et la comédie du remariage de Howard HAWKS et Ernst LUBITSCH. C'est sans doute ce qui explique que le début du film se situe aux Etats-Unis qui était alors un Etat tout neuf. Mais l'essentiel de l'intrigue se déroule en France sous la Révolution dont les multiples rebondissements fournissent un matériau de choix pour réaliser une comédie d'aventures. Il est particulièrement amusant de voir comment sans se prendre au sérieux, le scénario joue avec les différents camps qui s'affrontent avec au beau milieu de la mêlée, les incessantes chamailleries d'un couple d'éternels gamins dont l'énergie à se brouiller et se rabibocher semble inépuisable. Comme chez Philippe de BROCA (pour qui Jean-Paul RAPPENEAU a d'ailleurs travaillé), Jean-Paul BELMONDO est au meilleur de sa forme, plein d'élégance et de panache. Marlène JOBERT est délicieuse en femme-enfant espiègle. Et autour d'eux, gravitent toute une série de seconds, troisièmes et quatrièmes rôles qui nous régalent, du Chouan joué par Sami FREY jusqu'au au père Gosselin, un des derniers rôles de Pierre BRASSEUR sans parler du soldat anonyme derrière lequel on reconnaît Patrick DEWAERE alors parfaitement inconnu ^^. Même la voix off est célèbre (c'est celle de Jean-Pierre MARIELLE). Et puis Jean-Paul RAPPENEAU est assisté par une brochettes de talents tels que Michel LEGRAND à la musique (l'alchimie avec Jean-Paul RAPPENEAU est parfaite) et Claude SAUTET au scénario (que l'on attendait pas forcément dans ce registre).

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