Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Articles avec #comedie dramatique tag

Le charme discret de la bourgeoisie

Publié le par Rosalie210

Luis Buñuel (1972)

Le charme discret de la bourgeoisie

"Le Charme discret de la bourgeoisie" est fondé sur un acte manqué. Ou plus précisément sur des variations autour d'un même acte manqué. Un acte manqué extrêmement révélateur puisqu'il s'agit pour les six personnages de l'histoire de parvenir à dîner ensemble. Or soit ils se ratent, soit le repas est interrompu, soit les nourritures et boissons sont factices ou manquantes. Que signifie cet enchaînement de contretemps et de mésaventures? Le repas fait référence au besoin animal de l'homme de manger tout en étant enrobé dans une série de codifications qui le transforment en rituel social. Pourtant à chaque fois, celui-ci déraille alors que pourtant jamais les personnages ne perdent la face et je dirais même la façade. Car ils sont si bien dressés à tenir leur rôle social qu'à un moment donné, ils se retrouvent littéralement en situation de représentation théâtrale. Cependant derrière le vernis mécanique des politesses, de la bienséance et des phrases toutes faites pleines... de vacuité autour de la peur du gigot trop cuit ou de la forme la plus appropriée du verre pour le dry-martini, la réitération de l'impossibilité d'accomplir l'acte le plus élémentaire de l'existence qui est de manger (de "croquer la vie" en somme) suscite un malaise croissant. Il y a décidément quelque chose de pourri au royaume de la bourgeoisie, tellement pourri que ces gens-là pourraient finalement bien n'être que des spectres condamnés à errer sans fin sur une route de campagne. Ce qui est sûr, c'est qu'ils n'ont pas la conscience tranquille au vu du nombre de cauchemars qui viennent régulièrement s'insinuer dans la narration. Cauchemars dans lesquels les masques tombent: on se dit ce que l'on pense, on s'entretue ou on est tué par ceux-là même que l'on méprise (et craint) le plus, les "gens du peuple" qui "ne sont pas éduqués" mais qui savent saisir une mitraillette et s'en servir quand il le faut (comme dans le final de "La Cérémonie (1995) de Claude CHABROL auquel on pense, ne serait-ce que par la présence de Stéphane AUDRAN au casting). On est également puni par une Justice qui délivrée de la "realpolitik" (incarnée par Michel PICCOLI en ministre de l'intérieur) peut faire correctement son travail et arrêter un par un cette bande de "gens distingués" qui ne sont en réalité que des fripouilles ayant fait fortune sur le trafic de drogue grâce à leur collusion avec l'ambassadeur d'une fictive république latino-américaine corrompue aussi impitoyable avec les opposants de gauche qu'elle est accueillante vis à vis des anciens nazis. Une scène extrêmement jouissive dans un film satirique et onirique lui-même corrosif et réjouissant en plus de sa liberté de ton et de sa perpétuelle inventivité.

Voir les commentaires

Monty Python: La Vie de Brian (Monty Python's Life of Brian)

Publié le par Rosalie210

Terry Jones (1979)

Monty Python: La Vie de Brian (Monty Python's Life of Brian)

Oui on peut rire de tout à condition de le faire intelligemment. A ce jeu là, les membres des Monty Python ont tout compris. Plutôt que de concentrer leur satire sur des figures religieuses d'une envergure exceptionnelle et qui n'ont donc rien de drôle, ils ont fait un pas de côté dès la première et hilarante séquence dans laquelle les rois mages se trompent d'étable*. Car tel est le destin de Brian Cohen de Nazareth: être pris à son corps défendant pour un messie. L'humour des Python fait rage dans cette relecture iconoclaste des Evangiles, épinglant la ferveur des fidèles suivant aveuglément un homme qui n'a rien demandé en vénérant les objets qui lui appartiennent comme si c'étaient des signes divins, ridiculisant les autorités romaines aussi peu efficaces que dans un album d'Astérix (mais avec des noms nettement plus trash) et se moquant du militantisme des opposants, des "terroristes" plus doués pour blablater que pour agir (surtout leur chef, un planqué de première). Comme dans "Sacré Graal", les anachronismes font des merveilles, que ce soit la séquence dans laquelle Brian est sauvé par un vaisseau spatial qui rappelle en tous points celui du premier "Star Wars" qui avait triomphé au box-office deux ans plus tôt ou bien celle qui voit un groupe de samouraï se faire hara-kiri au lieu de secourir des crucifiés qui finissent par entonner joyeusement "Always look the bright side of life" en totale contradiction avec l'horreur de la situation. Comme dans "Sacré Graal" également chacun des membres du groupe interprète plusieurs rôles mais ceux qui se distinguent le plus c'est Graham Chapman qui après avoir endossé le rôle du roi Arthur devient l'alter ego malchanceux de Jésus et sa virago de mère, jouée par Terry Jones, également réalisateur du film. En dépit de son délire parodique, le film est extrêmement bien documenté historiquement. Il fourmille de détails véridiques et de connaissances pointues sur la période, Terry Jones étant également historien. On peut ajouter que contrairement à "Sacré Graal", il s'agit d'une véritable histoire et non d'une suite de sketches. "La Vie de Brian" apparaît plus que jamais d'actualité lorsqu'il évoque l'irrationnalité des foules prêtes à croire aveuglément en n'importe qui (Trump par exemple qui a renouvelé la notion de culte impérial en se présentant comme une figure invincible**) ou à l'inverse à lyncher les blasphémateurs qui osent ébranler le mythe. 

* Ce qui n'a pas empêché le film d'être accusé à sa sortie d'être blasphématoire et d'être interdit dans plusieurs pays.

** "Le vrai sujet du film c’est : le besoin de l’être humain d’avoir quelque chose à suivre, à idolâtrer" (Terry Jones).

Voir les commentaires

Le Créateur

Publié le par Rosalie210

Albert Dupontel (1999)

Le Créateur

Jusqu'où peut-on aller pour accoucher d'une oeuvre? La réponse d'Albert Dupontel c'est "no limit". Deuxième film après "Bernie", "Le Créateur" est une comédie noire et politiquement incorrecte, foisonnante et déjantée en forme de mise en abyme sur le syndrome de la page blanche qui frappe un auteur sommé d'enchaîner sur une deuxième oeuvre après un premier succès. Si le début est un peu laborieux, la suite est un tourbillon de plus en plus trash d'idées transformées en visions. Idée géniale de faire cohabiter le burlesque destructeur et la création d'une oeuvre en montrant à quel point celle-ci est d'essence vampirique. Darius semble dans un premier temps trouver l'inspiration dans l'état second procuré par le vin mais ce substitut ne lui suffit bientôt plus, il lui faut du sang, du vrai. Comme dans "L'Homme aux cercles bleus" de Fred Vargas qui décrit la toxicomanie du serial killer, ses cibles sont de plus en plus grosses: ça commence par la défenestration d'un chat et ça se termine par l'explosion d'un étage d'immeuble tout entier avec éparpillement des morceaux façon puzzle. Entre temps, Albert Dupontel manie le grotesque avec brio, ses méthodes d'assassinat font penser à celles du boucher dans "Delicatessen". D'autant que les deux films se déroulent dans le huis-clos d'un immeuble cocotte-minute prêt à exploser et que Dupontel, comme Jeunet et Caro et comme Gilliam utilise beaucoup de courtes focales qui déforment les visages en leur donnant une allure de masques grimaçants. C'est logique car Albert Dupontel fait partie de la même famille. Au point d'ailleurs que Terry Jones fait une apparition dans le rôle de Dieu à la fin du film. Dupontel fait ainsi d'une pierre deux coups: il place son cinéma dans la filiation de celui des Monty Python tout en illustrant d'une manière poétique et saisissante la puissance divine du créateur dont les papier froissés jetés à terre ressemblent à autant d'étoiles dans le ciel. Autre référence qui m'est venue à l'esprit: "Barton Fink". Darius, le personnage joué par Dupontel affiche un look proche de celui de John Turturro dans le film des frères Coen qui évoque également les affres de la panne d'inspiration dans un huis-clos étouffant jusqu'au dédoublement de personnalité et au pétage de plomb incendiaire et meurtrier. 

Voir les commentaires

Le Vilain

Publié le par Rosalie210

Albert Dupontel (2008)

Le Vilain

"Le Vilain" est une comédie grinçante de Albert DUPONTEL qui fonctionne en grande partie sur le duel burlesque à huis-clos qui s'installe entre Sidney Thomas, mauvaise graine dont la chambre d'enfant montre ses dispositions précoces en matière de triche, chantage et vols en tous genres et sa mère, Maniette (Catherine FROT) qui use de moyens pas très catholiques ^^ pour le forcer à se repentir. Régulièrement, le mano à mano est interrompu par l'intervention de personnages plus loufoques les uns que les autres à commencer par celles, hilarantes du docteur William, aussi expert en extraction de "baballes" que Jean CARMET dans "Les Fugitifs" (1986) (je ne remercierai jamais assez Albert DUPONTEL de m'avoir fait connaître Nicolas MARIÉ. Dès que Maniette annonce qu'un docteur un peu foufou va faire son entrée, j'ai pensé "Ca c'est un rôle pour lui"!) Autre moment réjouissant, celui de l'attaque du promoteur véreux (Bouli LANNERS, autre habitué du cinéma de Albert DUPONTEL mais plutôt dans le genre fripouille) par des chats préalablement mis en furie par Maniette qui refuse de vendre son pavillon*. Car même si le comique de répétition du film a parfois un caractère un peu trop mécanique, il ne tourne pas à vide. Mère et fils finissent par se reconnaître comme deux marginaux de la société (capitaliste) mais suffisamment "teignes" pour lui en faire voir de toutes les couleurs. Une forme de résistance par le rire mais un rire certainement pas gratuit, un rire engagé qui renvoie au cinéma que Albert DUPONTEL admire: celui de Charles CHAPLIN et celui de Terry GILLIAM. Tandis que le fils s'attaque aux quartiers d'affaires (une obsession), la mère lutte avec ses voisins tout aussi âgés pour sauver sa maison et la vie de son quartier de sa deshumanisation programmée par la construction de tours de bureaux. Un thème approfondi dans le dernier film du réalisateur "Adieu les cons" (2019) et qui est peu traité au cinéma hormis dans "Là-haut" (2008) le célèbre film des studios Pixar réalisé par Pete DOCTER (Catherine FROT a d'ailleurs raconté qu'elle avait trouvé Carl très semblable à Maniette).

* Après le canari de "Bernie" (1996), le bestiaire s'enrichit avec "Le Vilain" d'une tortue particulièrement revancharde en plus des chats et du chien remontés comme des coucous après leur cohabitation forcée façon milkshake dans une poubelle.

Voir les commentaires

Battle of the sexes

Publié le par Rosalie210

Jonathan Dayton et Valérie Faris (2017)

Battle of the sexes

Dans une scène clé (et véridique!) de "Battle of the sexes", celle qui précède la reconstitution du match qui opposa en 1973 la championne de tennis trois fois titrée en grand Chelem Billie Jean King âgée de 29 ans au vétéran et ancien numéro un mondial Bobby Riggs âgé de 55 ans, ceux-ci s'échangent des cadeaux qui soulignent que le combat ne se situe pas seulement sur le terrain sportif. Bobby qui surjoue les phallocrates donne en effet à Billie Jean une sucette géante ("Annie aime les sucettes, les sucettes à l'anis") non aux couleurs de ses grands yeux mais à celles de son sponsor "Sugar Daddy" à qui il fait les yeux doux ^^. Billie Jean qui ne manque pas de répartie lui balance alors un porc(elet) dans les bras. Le film, lui même hybride (mi biopic, mi comédie sociale) illustre en effet deux combats inextricablement liés derrière l'enjeu sportif, l'un, féministe, pour la reconnaissance de l'égalité hommes-femmes et le second, LGBT, pour l'acceptation de son identité sexuelle. Billie Jean est au carrefour des deux problématiques et on se passionne pour son parcours, formidablement porté par l'énergie pleine de détermination de Emma STONE. Les discriminations (être payée 1/8° du salaire d'un tennisman à niveau égal par exemple) et humiliations (les propos sexistes décomplexés qui étaient la norme à l'époque) la poussent à sortir de sa réserve et à prendre ses responsabilités sociétales en tant que championne face à un monde d'hommes machistes qui fixes les règles inégalitaires du monde du tennis professionnel (et ce combat là est loin d'être terminé même si l'angle du harcèlement sexuel n'est pas évoqué). Parallèlement, elle découvre son homosexualité à la fois dans le trouble du désir et dans le secret et la honte qui était le propre de cette époque. Deux dimensions que les réalisateurs, Jonathan DAYTON et Valerie FARIS parviennent à parfaitement retranscrire dans leur mise en scène. Néanmoins à la différence de tant de jeunes femmes célèbres des seventies qui ne parvinrent jamais à faire leur coming out, Billie Jean fut la première sportive à effectuer le sien en 1981 et finit par refaire sa vie pour vivre en accord avec elle-même. Tout le contraire du personnage de Bobby Riggs dont les outrances machistes mise en avant dans ses mises en scène de showman sont subverties par l'interprétation qu'en donne Steve CARELL qui le rend surtout pathétique à force de vouloir prouver "qu'il en a" alors que visiblement il a surtout un sacré trou non dans la raquette mais dans le pantalon.

A l'image de leurs deux premières réalisations, le cultissime "Little miss Sunshine" (2005) et "Elle s appelle Ruby" (2012), "Battle of the sexes" est donc une comédie intelligente à plusieurs niveaux de lecture (ce dont je suis particulièrement friande, je pense aussi à celles d'un autre duo, Eric TOLEDANO et Olivier NAKACHE). Et bien que le tennis ne soit qu'un prétexte à des sujets plus universels, la reconstitution du match final (tout comme celles des années 70) est remarquable de limpidité, faisant entrer le spectateur de plein pied dans ce combat pour l'égalité et l'émancipation qui se joue non aux poings mais à la balle de match.

Voir les commentaires

Tangerine

Publié le par Rosalie210

Sean Baker (2015)

Tangerine

"Tangerine" est le film que Sean Baker a réalisé juste avant "The Florida Project". En dehors de sa technique expérimentale qui a fait couler beaucoup d'encre (il a été réalisé avec des Iphone 5s dotés de lentilles anamorphiques), ce qui m'a frappé, ce sont les points communs entre les deux films:

- La peinture d'un monde marginal mais haut en couleurs tant par l'énergie incroyable que développent les deux actrices principales qui sont hyper charismatiques que par un tournage particulièrement nerveux, la technique légère employée favorisant le mouvement qui caractérise le film. En dehors d'une séquence finale statique et théâtrale (mais très drôle) de règlements de comptes dans un diner, le "Donut Time", le film prend l'allure d'une course folle qui colle au plus près des corps et des visages des protagonistes.

- Une réalité sordide transcendée par les couleurs pop (filtres orangés, couleurs éclatantes des fresques murales, utilisation du grand angle) et par l'abattage des actrices.

- Une unité de lieu à savoir un quartier chaud de L.A. situé à l'ombre de ceux qui sont habituellement filmés que l'on arpente dans ses moindres recoins, de jour comme de nuit.

- Un casting amateur puisé dans le vivier des réseaux sociaux pour dénicher les deux héroïnes, Sin-Dee et Alexandra, afro-américaines, transgenre et prostituées. Leurs interprètes, Kitana Kiki Rodriguez et Mya Taylor jouent quasiment leur propre rôle, d'où une aisance, un naturel, une prestance assez ébouriffants.

Le troisième protagoniste important, un chauffeur de taxi arménien englué dans une vie conventionnelle qui fréquente secrètement les prostitués trans du quartier est nettement moins flamboyant (et plus convenu) mais la scène finale dans laquelle il se fait pincer la main dans le sac par sa belle-mère est assez amusante.

Sans être aussi abouti que "The Florida Project", "Tangerine" est donc un film pêchu et gonflé qui sort du lot et mérite qu'on y jette un coup d'oeil.

Voir les commentaires

Le Fantôme de la liberté

Publié le par Rosalie210

Luis Buñuel (1974)

Le Fantôme de la liberté

Film très riche, "Le Fantôme de la liberté", l'avant-dernier film de Luis Buñuel est un manifeste testamentaire surréaliste extrêmement cohérent en dépit de sa structure en apparence éclatée (des séquences reliées les unes aux autres par des personnages qui se relaient). Il suffit pour cela de gratter un peu sous la surface et ce qui paraît relever de l'absurde devient tout à coup logique. Par exemple dans un parc un horrible satyre confie des photos que l'on pense cochonnes à une petite fille de la bourgeoisie qui s'empresse de les montrer à ses parents, lesquels sont horrifiés (tellement d'ailleurs qu'ils s'empressent de renvoyer la bonne qui a laissé faire l'homme) devant ce qui s'avère être...des monuments parisiens.  Pas n'importe lesquels cependant. Deux photos retiennent particulièrement leur attention: celle de l'Arc de Triomphe et celle du Sacré Coeur. Un autre genre de relai s'effectue alors, que je qualifierais de socio-politique. L'Arc de Triomphe renvoie à Napoléon et aux contradictions soulignées dans la première séquence du film, reconstitution du célèbre tableau de Goya "Tres de Mayo" quand son armée massacrait les opposants espagnols au nom des valeurs héritées de la Révolution Française et notamment cette fameuse liberté qui donne son titre au film. Lorsque l'opposant sur le point de se faire exécuter crier "A bas la liberté, vives les chaînes", il veut dire "A bas la liberté que Napoléon veut nous imposer par la force". Comme le dit Buñuel qui s'est inspiré pour le titre d'une phrase de Karl Marx évoquant le fantôme du communisme en Europe, " je vois la liberté comme un fantôme que nous essayons d'attraper et… nous étreignons une forme brumeuse qui ne nous laisse qu'un peu d'humidité dans les mains". Contradiction toujours aussi vivante d'ailleurs comme le montre la mutilation de la reproduction de la Marseillaise de Rude à l'intérieur de l'édifice durant les manifestations des gilets jaunes dont le bonnet phrygien est pourtant symbole de liberté (mais qui fut réalisée sous la monarchie de Juillet). Le Sacré-Coeur, considéré comme l'obscénité suprême renvoie à la répression de la Commune de Paris et à la réaction monarchiste et cléricale. Dans son roman "Paris", Emile Zola en parle en ces termes " Je ne connais pas de non-sens plus imbécile, Paris couronné, dominé par ce temple idolâtre, bâti à la glorification de l’absurde. Une telle impudence, un tel soufflet donné à la raison, après tant de travail, tant de siècles de science et de lutte !" L'édifice fait d'ailleurs l'objet d'un projet d'attentat anarchiste, courant révolutionnaire qui joue un rôle politique important en France dans les années 1890 et en Espagne dans les années 30 (aux côtés du communisme) et dont la philosophie imprègne les films de Buñuel. Dans "Le Fantôme de la liberté", la dernière séquence fait écho à la première lorsque deux préfets de police, symboles de l'autorité de l'Etat se rendent au zoo de Vincennes pour assister à ce qui semble être une répression de manifestants, le tout sous le regard d'animaux auxquels l'homme est systématiquement renvoyé tout au long du film.

Mais au delà de ses aspects politiques et satiriques envers les institutions et la bourgeoisie, le film est avant tout onirique, ludique et inventif, souvent très drôle, jouant sur de brillantes associations de contraires et des décalages qui en font toute la saveur, le tout fonctionnant sur l'inversion, notamment entre la vie, la mort et les conventions, particulièrement en ce qui concerne le sacré. Il y a ce tabernacle que l'on profane et plus tard, celui devant lequel on se prosterne. Il y a ce chapelier masochiste (inénarrable Michael Lonsdale) qui se fait fouetter par une dominatrice SM en présence des moines outragés. Il y a ce tombeau que l'on ouvre sur un cadavre de femme qui ne semble pas avoir subi le moindre outrage du temps et plus tard, le plan sur le corps dénudé d'une femme d'âge mûr qui étrangement est resté celui d'une adolescente. A la fin, on retourne dans un tombeau pour tenter de percer le mystère d'un cadavre (de jeune femme, toujours) qui semble être revenu à la vie: un fantôme, encore. Il y a ce meurtrier que l'on condamne à mort c'est à dire qu'on libère comme si être condamné à mort, c'était de devoir vivre dans la société française des années 70. Il y a cet homme (joué par Jean Rochefort) qui parvient à déjouer le ton badin de son médecin qui finit par lui avouer qu'il a un cancer du foie à un stade avancé. La folie collective semble gagner cet homme, sa famille, l'école et le commissariat lorsqu'ils se mettent à chercher leur fille qui se trouve juste sous leurs yeux (l'enfance n'existerait donc plus?). Et que penser de ces bourgeois qui ont inversé les codes de sociabilité entre le repas et les toilettes? Ou de ce préfet de police qui découvre que sa fonction est occupée par un autre (Michel Piccoli, sacré distribution!) et qui pour un temps se retrouve dans la position du délinquant? Brillant et désopilant.

Voir les commentaires

Je préfère qu'on reste amis...

Publié le par Rosalie210

Eric Toledano et Olivier Nakache (2005)

Je préfère qu'on reste amis...

"Je préfère qu'on reste amis..." est le premier long-métrage du duo formé par Eric TOLEDANO et Olivier NAKACHE. Il m'a paru manifeste que les deux hommes se cherchent, tant sur le plan thématique que sur le plan formel. Par conséquent le résultat est assez impersonnel et inabouti, sans rapport avec ce qu'ils feront par la suite. L'histoire n'a rien d'original et le tandem de contraires formé par le petit gris incapable de s'affirmer joué par Jean-Paul ROUVE et le séducteur combinard sur le retour joué par Gérard DEPARDIEU non plus. Outre que ce dernier commençait déjà à être trop vieux pour le rôle (on est loin de son abattage chez Bertrand BLIER ou chez Francis VEBER), son personnage est mal défini, les différentes pièces du puzzle qui le composent n'allant pas ensemble. Il en va de même avec l'intrigue, maladroitement menée et qui se disperse dans de nombreuses directions sans en approfondir une seule. On voit passer de très nombreux personnages, notamment féminins qui ne restent que quelques minutes à l'écran alors qu'il y aurait de quoi faire dix films avec! Si bien que celui-ci finit par ressembler à une juxtaposition de scénettes avortées sur les différents moyens modernes de rencontrer l'âme-soeur: agence matrimoniale, speed dating, écumage des bars et des cérémonies de mariage. La fin est la pire puisqu'alors qu'on croit que le film va enfin décoller pour aller quelque part, il se termine sur une voie sans issue encore plus frustrante que le reste. De plus à l'heure du numérique (et du Covid), tout cela paraît maintenant d'autant plus daté.

Le seul véritable intérêt que j'ai trouvé à ce film réside dans le fait qu'on y voit deux actrices de talent qui ont disparu depuis: Annie GIRARDOT qui est assez confuse (elle était déjà atteinte de la maladie d'Alzheimer ce qui est aussi le cas de son personnage mais elle n'est plus vraiment en état de jouer et cela fait de la peine de la voir ainsi) et Valérie BENGUIGUI qui s'est ensuite fait un nom avec "Le Prénom" (2011) peu de temps avant d'être emportée par un cancer. Toutes deux n'apparaissent cependant que le temps de quelques scènes, à l'image des autres personnages féminins du film.

Voir les commentaires

Sourires d'une nuit d'été (Sommarnattens leende)

Publié le par Rosalie210

Ingmar Bergman (1955)

Sourires d'une nuit d'été (Sommarnattens leende)

Alors que Ingmar BERGMAN est perçu comme un cinéaste austère réalisant des films ésotériques, c'est paradoxalement avec une comédie légère située à la Belle Epoque qu'il a rencontré le succès international au milieu des années cinquante. Pourtant c'est pour échapper à des idées suicidaires qu'il a réalisé "Sourires d'une nuit d'été" (d'ailleurs si on est attentif, des traces de cet esprit suicidaire demeurent dans la comédie: le père et son rival qui "jouent" à la roulette russe, le fils qui tente de se pendre) comme le faisait également Billy WILDER*. De fait le film qui est virevoltant et plein d'esprit avec des dialogues particulièrement percutants se place sous un double héritage. D'une part celui du théâtre, première passion de Ingmar BERGMAN (Shakespeare évidemment, c'est d'ailleurs limpide dans le choix du titre qui adapte la nuit d'été au jour permanent qui règne la nuit de la Saint-Jean dans le grand nord scandinave mais aussi Marivaux et Beaumarchais), d'autre part la screwball comédie du remariage américaine dans lesquelles les femmes mènent les hommes par le bout du nez. De fait le pauvre avocat Fredrick Egerman (Gunnar BJÖRNSTRAND) dont les agissements sont dictés par un souci permanent de respectabilité ne cesse de se faire ridiculiser: par sa jeune épouse, Anne (Ulla JACOBSSON), qui se refuse à lui avant de s'enfuir avec son fils Henrik (Björn BJELVENSTAM) et par sa maîtresse, Désirée (Eva DAHLBECK) qui le met en présence d'un rival, le comte Malcolm (Jarl KULLE) le contraignant à fuir dans la chemise de nuit dudit rival après qu'il soit tombé à l'eau devant elle. Mais Désirée avec la complicité de Charlotte (Margit CARLQVIST), l'épouse du comte Malcolm qui désire se venger des infidélités de son mari se joue également de l'officier pour mieux ferrer son poisson d'avocat. A ces chassé-croisé libertins entre aristocrates et bourgeois, il faut ajouter l'inévitable soubrette peu farouche, Petra (Harriet ANDERSSON) qui a pour mission de déniaiser Henrik avant qu'il n'effectue le grand saut de la conjugalité. Car cette comédie friponne qui débride les désirs par le biais d'un vin aphrodisiaque et d'un système de lit pivotant et de cloison coulissante qui permet de passer d'une chambre à l'autre accouche au final d'une remise en ordre très conservatrice, chacun finissant dans les bras de la chacune qui lui correspond le mieux en terme d'âge et de classe sociale.

* " Quand je suis très heureux je réalise des tragédies, quand je suis déprimé je fais des comédies. Pour "Certains l'aiment chaud" (1959) j'étais très déprimé, suicidaire."

Voir les commentaires

Mystery Train

Publié le par Rosalie210

Jim Jarmusch (1989)

Mystery Train

"Mystery Train", tout comme le film suivant de Jim JARMUSCH, "Night on earth" (1991) se compose de sketches. Pas ma forme préférée mais l'élégance de la mise en scène qui tourne en rond autour des mêmes lieux et utilise des leitmotivs visuels permet de se laisser embarquer dans ce voyage immobile insolite dans lequel divers personnages se croisent. Voyage de par le cosmopolitisme des acteurs (japonais, italien, américains) et les moyens de transport utilisés pour arriver ou repartir de la ville (le motif du train, tiré d'une chanson de Elvis PRESLEY dont l'ombre plane sur le film est dominant mais il y a aussi la voiture et l'avion). Immobile car les personnages convergent tous vers le même hôtel minable et se retrouvent enfermés dans des chambres mitoyennes. Insolite car auparavant, on les voit déambuler dans des rues désertes et bordées de maison décrépites comme si Memphis était une ville abandonnée, une ville fantôme (ce n'est pas faux d'ailleurs car j'y suis allée et j'en garde un souvenir glauque). "Mystery Train" est un film sur le vertige du vide. Le couple de jeunes touristes japonais venu en pèlerinage sur les traces du "King" Elvis découvre qu'il se réduit à quelques "signes" dérisoires (un studio impersonnel, un portrait dans les chambres d'hôtel, une chanson à la radio) que l'on pourrait retrouver dans n'importe quelle ville. L'italienne qui vient de perdre son mari et attend le départ de l'avion qui doit rapatrier sa dépouille rencontre le fantôme du King au passage (un moment que j'ai trouvé un peu faible). Elle partage sa chambre avec une jeune femme qui vient de se séparer de son ami. Lequel apparaît dans le troisième sketch comme un loser qui vient de perdre son travail et s'embarque avec son beau-frère et un ami à eux dans une virée calamiteuse. Le seul élément de stabilité du film qui est aussi un moment sympa d'humour pince-sans-rire se trouve dans la réception de l'hôtel tenue par Screamin Jay HAWKINS et Cinqué LEE (frère cadet de Spike LEE) qui restent imperturbables face au défilé de leurs improbables clients. Jim JARMUSCH est fidèle aux mêmes acteurs, sa troupe allant en s'élargissant au fur et à mesure de l'avancée de sa filmographie. On remarque également l'omniprésence des musiciens rock et blues dans le casting de ses premiers films, ce qui est d'autant plus pertinent avec un film consacré à Elvis même si c'est sur le mode "I'm not there". Outre Screamin Jay HAWKINS ("I'll put a spell on you" était le titre récurrent de "Stranger than paradise") (1984), on retrouve Tom WAITS (on ne le voit pas mais on entend sa voix à la radio), Joe STRUMMER le chanteur des Clash, Masatoshi NAGASE (qui revient à la fin de "Paterson") (2016). Bien que n'appartenant pas à ce cercle, on retrouve aussi Nicoletta BRASCHI, la femme de Roberto BENIGNI déjà vue dans "Down by Law" (1986).

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 30 > >>