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Articles avec #comedie policiere tag

The Big Lebowski

Publié le par Rosalie210

Joel et Ethan Coen (1998)

The Big Lebowski

Cette relecture satirique de l'Amérique devenue culte avec le temps revisite tout un pan de son industrie hollywoodienne, principalement le film noir (nombreux parallèles avec le "Le Grand sommeil" (1946) par exemple), la comédie musicale ("Palmy Days" et ses chorégraphies de Busby BERKELEY), le buddy movie, les films de la contre-culture ou encore le western dans sa séquence d'introduction. Sauf que tous ces genres sont passés en mode dégradé quand ils ne sont tout simplement pas morts. Ainsi la séquence d'introduction qui suit un virevoltant (boule d'herbe séchée qui roule, une signature du western) du désert du Nevada jusqu'à l'océan Pacifique en passant par la ville de Los Angeles montre que l'Amérique des origines n'existe plus et que sa société se désagrège en communautés disparates qui ne communiquent pas entre elles. De même, le premier plan du Dude (Jeff BRIDGES) au supermarché dit tout du personnage: ex-contestataire (ce sera confirmé par la suite avec son premier rêve sur du Bob DYLAN) qui a renoncé à ses idéaux pour une existence de glandeur négligé sans perspectives autre que celle de la satisfaction de ses petits plaisirs tels que la fumette, le bowling et l'alcool. Tout le reste est à l'avenant: l'enquête policière s'annule d'elle-même lorsque l'on découvre que son objet (une mallette pleine d'argent) n'existe pas (sans parler de son piètre enquêteur décérébré par la fumette intensive). La comédie musicale devient une séquence de rêve surréaliste dont le producteur (joué par Ben GAZZARA) est spécialisé dans les films porno. Le buddy movie se compose de deux types qui se chamaillent tout le temps et ne s'écoutent jamais (le Dude et Walter joué par John GOODMAN) alors que celui qui harmonisait leur relation et leur permettait de tenir ensemble, l'effacé Donnie (Steve BUSCEMI) disparaît, comme le tapis du Dude qui semble dérisoire alors qu'il est essentiel. C'est donc, caché par le ton loufoque du film un portrait très sombre d'une Amérique décadente (pour ne pas dire dégénérée) que nous offrent les frères Joel Coen et Ethan Coen symbolisé par le choix de Maude (Julianne Moore) de faire du Dude le géniteur de son enfant. C'est pourquoi je ne suis jamais parvenue à adhérer complètement à ce film que je trouve trop désespérant pour être vraiment drôle. Le rire qui me comble est subversif mais aussi souvent progressiste. L'Amérique des Coen sent la fin de race et l'anti-héros qu'ils proposent n'offre aucune alternative à celui du self made man incarné par son homonyme.

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Un poisson nommé Wanda (A Fish called Wanda)

Publié le par Rosalie210

Charles Crichton (1988)

Un poisson nommé Wanda (A Fish called Wanda)

"Un poisson nommé Wanda" (vu, revu, re-re-vu et toujours aussi poilant) c'est la fusion réussie du meilleur de la comédie américaine et de la crème de l'humour british. Un personnage l'incarne mieux que tout autre: l'avocat joué par John CLEESE tout droit sorti des Monty Python s'appelle Archie Leach, soit le véritable nom de Cary GRANT. Celui-ci était certes d'origine britannique mais il s'est illustré dès les années 30 dans la screwball comédie US. Un genre fondé sur la guerre des sexes avec des hommes souvent ridiculisés et des femmes fortes. Or l'irrésistiblement sexy Wanda (Jamie Lee CURTIS, fille de Tony CURTIS et de Janet LEIGH: sacré hérédité!) croqueuse d'hommes et de diamants a pour complices une bande de bras cassés pas piqués des vers. Là encore, le casting est un mélange américano-britannique avec d'un côté Otto (Kevin KLINE) le psychopathe débile et maladivement jaloux et de l'autre Ken (Michael PALIN, autre membre de la bande des Monty Python qui a remplacé Graham CHAPMAN alors déjà très malade), bègue et ami des bêtes (contrairement au film qui n'est pas tendre avec elles). Il y a bien un chef de bande quelque part, George (Tom GEORGESON) mais il est l'un des dindons de la farce, cocufié et mis en cabane par Wanda et Otto donc pas top question crédibilité. Quant à John CLEESE (également co-auteur du scénario) il est le clou du spectacle, dans un rôle qui lui va comme un gant, celui du british coincé qui au contact de Wanda se lâche avec une jubilation communicative. Sa scène de strip-tease est passée à la postérité et rappelle une séquence de "Monty Python : Le Sens de la vie" (1982) dans laquelle il jouait le plus sérieusement du monde un professeur qui faisait un cours d'éducation sexuelle à ses élèves en leur faisant une démonstration live de la chose avec son épouse (en plus il y avait déjà un aquarium avec des poissons dans le film, ceux-ci ayant la tête des six de la bande, est-ce un hasard?)

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Mad Dog and Glory

Publié le par Rosalie210

John McNaughton (1992)

Mad Dog and Glory

Sans les acteurs, "Mad Dog and Glory" serait un film tout à fait insignifiant tant son intrigue est mince, convenue et il faut le dire, peu crédible (le flic couard qui ne cesse de risquer sa vie pour une fille rencontrée depuis moins d'une semaine qu'il veut aider à se libérer, le truand près de ses sous qui pourtant leur lâche les baskets et c'est tout juste s'il ne les bénit pas etc.) Son principal intérêt est de voir Robert de Niro et Bill Murray (tous deux excellents) à contre-emploi, chacun interprétant le rôle habituel de l'autre. Bill Murray est donc un truand (mais afin de coller un minimum à l'acteur, il est aussi artiste de stand-up à ses heures et voit une psy) et Robert de Niro est un policier certes mais un policier mou du genou, couard et timide qui sauve la vie du mafieux presque par hasard. Un "no life" qui subit les événements qui lui arrivent, un contemplatif qui aurait eu davantage sa place dans un monde artistique puisqu'il photographie... des cadavres. Cela dit assez bien où il en est au début du film c'est à dire réduit à jouer les James Stewart matant par la fenêtre la vie (sexuelle) des autres. Entre eux deux, Uma Thurman, cadeau envoyé au personnage de De Niro non par les anges mais par le mafieux en guise de remerciement a pour mission (inavouée) de le reconnecter à la vie mais elle ne semble pas exister pour elle-même. Le film lui-même souffre d'un rythme poussif et a bien du mal à se définir, hésitant entre le film noir (le début très hard semble annoncer un style Scorsese d'autant que celui-ci est l'un des producteurs du film) et la comédie sans véritablement convaincre.

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Quand l'inspecteur s'emmêle (A shot in the dark)

Publié le par Rosalie210

Blake Edwards (1964)

Quand l'inspecteur s'emmêle (A shot in the dark)

Ce deuxième volet de la Panthère rose m'a paru moins réussi que le premier. Certes, l'inspecteur Clouseau (Peter SELLERS) qui était un personnage secondaire (et maltraité) dans le premier film a pris du galon. On le voit même sur une photo serrer la paluche au général de Gaulle. Mais justement, cette reconnaissance officielle le rend moins touchant et plus inoffensif que dans le premier film dans lequel il était la risée de tout le monde mais où par contraste, il faisait ressortir l'aspect factice et corrompu du monde dans lequel il vivait. D'autre part, si la séquence du pré-générique rappelle par sa virtuosité les ballets millimétrés du premier film, la suite est nettement plus terne en terme de mise en scène. Le matériau d'origine (une pièce de théâtre sans rapport avec l'univers de Clouseau et qui n'a pas marqué les mémoires) explique sans doute le caractère plan-plan (et terre à terre voire parfois lourdingue) de l'intrigue et l'aspect théâtre filmé de certaines séquences est peu compatible avec le déploiement de l'énergie (et du génie) burlesque. Certes la maladresse de Clouseau donne lieu à de nombreux gags mais ceux-ci ne servent pas d'amorce à une mécanique plus large façon domino, faute de relai. C'est dommage. Reste tout de même le génie comique de Peter SELLERS et le savoir-faire de Blake EDWARDS qui parfois fait mouche. Outre la scène du pré-générique, celles dans lesquelles un mystérieux tueur tente de s'en prendre à Clouseau font penser à une parodie des films de Alfred HITCHCOCK ou de Orson WELLES.

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La Panthère rose (The Pink Panther)

Publié le par Rosalie210

Blake Edwards (1963)

La Panthère rose (The Pink Panther)

Un pied dans le cartoon* (la célèbre panthère des génériques), l'autre dans le burlesque (ou l'art de semer la zizanie et de tout détruire) et le troisième dans le nonsense british (le désopilant zèbre fait penser à du Monty Python), voici la quintessence de l'art du génial Blake EDWARDS secondé par le non moins génial Peter SELLERS dans ce qui s'est avéré être le premier volet d'une série de films à succès. Catastrophe ambulante, partout où l'inspecteur Clouseau passe les objets trépassent ^^. Sa science du dérèglement mise en scène avec une précision d'horlogerie (car la mise en scène c'est l'art de l'agencement des corps dans l'espace et le comique jaillit ici de scènes chorégraphiées comme des ballets) fait particulièrement merveille dans les scènes de groupe comme ce sera le cas quelques années plus tard dans "La Party" (1968). Comme tous les grands burlesques, Clouseau se débat dans un monde qui n'est pas fait pour lui et dont il ne comprend pas les codes. Bien que "La Panthère rose" soit par moments très drôle**, il y a une cruauté sous-jacente à voir la façon dont le pauvre inspecteur est abusé et manipulé par son épouse rouée et ses complices. L'opposition entre la vision candide du burlesque et celle, cynique de la bourgeoisie dans lequel il évolue ne révolutionne en effet pas le monde comme dans "La Party" (1968) qui s'inscrit dans un contexte soixante-huitard. Clouseau est voué à servir de victime expiatoire à cet ordre social corrompu.

* L'oeuvre de Blake EDWARDS a non seulement inspiré la série animée de la Panthère rose avec le personnage créé par Friz FRELENG et le célébrissime thème de Henry MANCINI mais aussi celle des Fous du volant d'après "La Grande course autour du monde" (1965).

** C'est le timing des gags qui fait toute l'originalité de Blake EDWARDS plus que la nature des gags en eux-mêmes, souvent repris de films antérieurs (les gorilles se déplaçant en miroir font penser à une célèbre scène de "La Soupe au canard" (1933), la cachette dans la baignoire pleine à "Certains l aiment chaud" (1959) etc.)

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Drôle de drame

Publié le par Rosalie210

Marcel Carné (1937)

Drôle de drame

"Drôle de drame", le deuxième long-métrage de Marcel CARNÉ et qui aujourd'hui fait partie des films illustres de sa carrière a pour particularité d'être une désopilante comédie policière perdue au milieu des drames "réalistes poétiques" qui ont fait par la suite sa renommée. Fondée sur des quiproquos de théâtre de boulevard d'une redoutable efficacité, elle est rehaussée par un savoureux humour absurde qui puise ses racines dans le courant surréaliste auquel appartenait Jacques PRÉVERT qui signe le scénario et les dialogues comme ceux de la majorité des chef d'oeuvres de Marcel CARNÉ mais aussi dans l'humour anglais puisqu'il s'agit de l'adaptation du roman britannique "His first offence" de Joseph Storer Clouston. C'est sans doute ce mélange qui a désorienté le public à la sortie du film à qui il a fallu vingt ans pour s'imposer définitivement.

Ce qui rend également savoureux ce "Drôle de drame" est son aspect satirique vis à vis du clergé et de la bourgeoisie dont la duplicité est un des ressorts comiques majeurs de l'histoire. N'oublions pas que la cascade de quiproquos part du fait que Margaret Molyneux (Françoise ROSAY) veut cacher à l'évêque Soper (Louis JOUVET) qui s'est invité chez eux à dîner la brusque démission de leurs domestiques. Pour "tenir son rang", elle prend donc la place de la cuisinière avant de se faire draguer sous le pseudo de "Daisy" par un certain William Kramps (Jean-Louis BARRAULT) tueur de bouchers de son état dans un bouge mal famé avant de se retrouver face à face avec lui en tenue d'Adam (l'actrice n'ayant pas été prévenue, sa réaction choquée est des plus naturelles!). Les laborieuses explications de son mari Irwin (Michel SIMON) pour expliquer son absence ne font qu'accroître les soupçons de l'évêque qui finit par se persuader que ce dernier l'a fait assassiner*. Evêque lui-même pris en flagrant délit de tartufferie lorsque ses prêches contre le sexe et la violence dans la littérature sont démentis par le film qu'il se fait sur les agissements criminels de son cousin et par la brochure de music-hall dédicacée par une girl qui semble le connaître intimement (évidemment cette brochure finit dans des mains compromettantes, sinon ça ne serait pas drôle). Enfin le cousin Molyneux possède lui-même une double identité puisque qu'il écrit des romans policiers sous le nom de plume de Félix Chapel, ceux-là même que l'évêque Soper voue aux gémonies et qui finit par lui coller à la peau.

* La réplique "Bizarre, bizarre" est passé à la postérité mais toute la scène est très drôle entre les airs constipés et soupçonneux de l'évêque et l'embarras de Molyneux qui s'enfonce toujours un peu plus dans ses mensonges. Louis JOUVET et Michel SIMON ne s'appréciaient pas et ont transformé leur échange en combat de coqs (de plus en plus éméchés au fur et à mesure des prises). Parfois l'ambiance en coulisses peut être aussi drôle que la scène elle-même.

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Bande à part

Publié le par Rosalie210

Jean-Luc Godard (1964)

Bande à part

"Bande à part" est considéré comme un "petit" film de Jean-Luc GODARD parce qu'il vient juste après "Le Mépris" (1963) et que c'est un hommage aux polars/films noirs de série B (raison sans doute pas étrangère au fait que c'est une référence pour Quentin TARANTINO). C'est pourtant l'un des films du cinéaste les plus accessibles voire même l'un des plus souvent cités, notamment grâce à sa célèbre scène de danse dans le bistrot entre Odile (Anna KARINA), Franz (Sami FREY) et Arthur (Claude BRASSEUR) ponctués d'arrêt de la musique au profit de la voix-off de Jean-Luc GODARD qui commente les pensées des personnages, pensées qui tournent autour de leur jeu de séduction à trois à la "Jules et Jim" (1962) (une autre scène célèbre les montre tous trois en train de traverser le Louvre à toute allure, séquence semi-improvisée qui en fait toute la saveur). La référence à François TRUFFAUT se double d'une référence à Jacques DEMY avec Michel LEGRAND à la musique et des airs de "Les Parapluies de Cherbourg" (1964). Références que l'on trouvait aussi dans "Une femme est une femme" (1960). Ca reste en effet du Godard avec des digressions, des jeux sur le langage et les codes cinématographiques, au détriment de l'intrigue qu'il ne semble pas prendre au sérieux. Tout ce qui fait l'ADN du polar (la tension, le suspense, l'action) est éludé au profit des interstices étirés à l'extrême dans lesquels les personnages flirtent et cherchent à tuer le temps. Ils ne semblent pas non plus prendre l'intrigue au sérieux d'ailleurs. Tels des enfants, ils jouent aux truands et font semblant de mourir (c'est particulièrement vrai pour Arthur qui tombe de façon bien peu naturelle sans parler des tirs qui ne font pas mouche, de la fausse morte etc. comme si tout cela "c'était pour rire" ^^).

Cependant, "Bande à part" n'est pas totalement léger, il est traversé par la mélancolie. D'abord parce que Anna KARINA allait mal et que ça se voit. Jean-Luc GODARD lui a offert ce film pour lui remonter le moral, notamment en la laissant pousser la chansonnette. Et comme de nombreux films de la Nouvelle vague, "Bande à part" est aussi un instantané saisissant de Paris et sa banlieue au début des années 60, la caméra étant particulièrement mobile et la photographie de Raoul COUTARD, nocturne notamment, superbe.

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BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan (BlacKkKlansman)

Publié le par Rosalie210

Spike Lee (2016)

BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan (BlacKkKlansman)

Cela faisait des lustres que je n'avais pas vu un film de Spike LEE. En effet il était très actif lors de ma première grande période cinéphilique au début des années 90 car il rencontrait alors beaucoup de succès. Puis il a disparu des radars avec des films plus confidentiels ou qui ont été des flops commerciaux avant de faire un fracassant comeback avec son réjouissant pamphlet contre le poison du suprémacisme blanc qui hier comme aujourd'hui gangrène les USA. C'est avec beaucoup d'intelligence que Spike LEE relie le passé à travers une histoire vraie située dans les années 70 militantes impeccablement reconstituées et un présent encore gangrené par la haine raciale ravivée lors du mandat de Donald Trump. En effet le sujet étant assez lourd comme ça, il choisit une voie carrément jubilatoire, celle d'une comédie policière fondée sur des faits réels dans laquelle Ron Stallworth un policier noir (John David WASHINGTON, fils de Denzel WASHINGTON qui s'avère excellent) va infiltrer par téléphone interposé le Ku Klux Klan autant pour se payer leurs têtes encagoulés de crétins décérébrés que pour neutraliser le danger qu'ils représentent. Pour mener à bien sa mission, il se trouve une doublure en la personne d'un collègue, Flip Zimmerman (Adam DRIVER) qui endosse son identité quand il doit les rencontrer en présentiel (comme on dirait aujourd'hui) tout en cachant ses origines juives, sujettes à une haine presque aussi viscérale que celle qui touche les afro-américains. Le duo fonctionne à merveille et à travers lui, c'est Spike LEE qui infiltre l'histoire américaine dans ce qu'elle a de plus nauséabond ainsi que les représentations des noirs dans le cinéma US avec notamment un grand morceau de bravoure: la réappropriation de "Naissance d'une Nation" (1915) de D.W. GRIFFITH dont il reprend les techniques pour souligner qu'il s'agit non du film fondateur de la nation américaine qu'il prétend être (sans parler de son encombrant statut de film matriciel de la grammaire cinématographique) mais bien d'un appel à la guerre civile, celle qui sous Donald Trump a couvé lors des émeutes de Charlottesville et des mouvements "Black Lives Matter".

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Ombres et Brouillard (Shadows and Fog)

Publié le par Rosalie210

Woody Allen (1991)

Ombres et Brouillard (Shadows and Fog)

"Ombres et Brouillard", avant-dernier film de Woody ALLEN avec Mia FARROW est un exercice de style raffiné doté d'un casting de rôles secondaires trois étoiles (John MALKOVICH, John CUSACK, MADONNA, Jodie FOSTER, Kathy BATES) du plus bel effet esthétique mais dont l'aspect fake et le déluge de références saute trop aux yeux pour convaincre pleinement. Mettre dans un même film "Nosferatu le vampire" (1922), "M le Maudit" (1931), "La Monstrueuse Parade" (1932), "Le Procès" (1962) et "Kafka" (1991) ça fait déjà beaucoup. Si vous rajoutez en plus une ambiance à la "Furie" (1936) avec des groupes d'autodéfense prêts à lyncher le premier juif venu, ça devient vraiment lourd, le titre faisant penser tout à coup à "Nuit et brouillard" (1956). Heureusement, Woody ALLEN y injecte une part de légèreté en faisant son habituel numéro d'autodérision et en célébrant (comme il le fera souvent à travers ses films) le cinéma comme art de l'illusion. Le contenu de "Nuit et Brouillard" n'est donc pas vraiment à prendre au sérieux, c'est un film avant tout ludique qui recycle d'ailleurs des poncifs des films antérieurs de Woody ALLEN (comme les prostituées au grand coeur qui s'éclatent dans leur bordel, un copié-collé de celles de "La Rose pourpre du Caire") (1985). Le film vaut donc surtout pour sa beauté formelle avec sa photographie noir et blanc très travaillée, ses décors Mitteleuropa et son atmosphère sombre et gothique particulièrement brumeuse.

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The Dead Don't Die

Publié le par Rosalie210

Jim Jarmusch (2018)

The Dead Don't Die

En dépit des mauvaises critiques, j'avais envie de voir comment Jim JARMUSCH avait traité le film de zombies, après avoir revisité le genre du western, du film noir, du film de sabre et plus récemment, du film de vampires. Et je dirais que les trois premiers quarts du film m'ont plutôt amusé. Le décalage entre les événements qui se déroulent à Centerville et qui se réfèrent à George A. ROMERO et le détachement avec lequel les habitants les vivent confèrent à l'ensemble un aspect irréel (sublimé par des mouvements de caméra toujours aussi admirables), mâtiné d'un humour noir qui fait parfois mouche, même s'il est un peu facile (on y récapépète beaucoup). Les acteurs de premier choix sont pour beaucoup dans le plaisir que l'on peut prendre à voir ces scènes car leur amusement est communicatif. Là où ça se gâte, c'est sur la fin qui devient, il faut le dire, grotesque. Entre une Tilda SWINTON tarantinesque qui s'avère être une extra-terrestre à la E.T. que sa soucoupe volante vient chercher, l'homme des bois joué par Tom WAITS qui se transforme en une sorte de prophète vengeur contre le consumérisme qui serait responsable de la transformation de Centerville en Zombiland* et Ronnie qui tout d'un coup devient son interprète, Adam DRIVER en train de raconter à son acolyte Bill MURRAY qu'il connaît la fin du film parce qu'il a lu le script de "Jim" (et nous spectateur, on est censé faire quoi? Applaudir des deux mains devant cette "transgression brechtienne"? Quoique ce n'était pas la première, il y avait déjà un clin d'oeil au début du film), Jim JARMUSCH ne sait plus où il va (je pense qu'en fait il s'en fiche) et termine donc dans le mur. "The Dead don't die" est un film nihiliste, tout simplement.

* Le dérèglement de la planète par l'action humaine est montré comme la cause de la catastrophe car le rejet que fait Jim JARMUSCH de la technologie en général et des appareils connectés en particulier revient de film en film. Cependant dans "The Dead don't die", il suggère qu'ils ont engendré une population de décérébrés ce qui est au-delà du caricatural. Aucun être humain ne peut être résumé à des addictions à l'alcool, aux bonbons ou au wifi. Pour le coup Jim JARMUSCH ne fait que confirmer que sur ses derniers films, il a tourné à l'aigri en rejetant la société actuelle, que ce soit pour cultiver son jardin (dans "Paterson" (2016) qui reste heureusement un très beau film), vivre en ermite dans les bois ou errer dans ses limbes.

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