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Articles avec #film d'histoire ou de memoire tag

Lust, Caution (Se, Jie)

Publié le par Rosalie210

Ang Lee (2007)

Lust, Caution (Se, Jie)

Alors que j'avais beaucoup aimé "Raison et sentiments" (1995) et "Le Secret de Brokeback Mountain" (2005), j'ai été profondément déçue par ce film bancal qui n'est pas dénué de qualités certes mais qui ne méritait certainement pas son Lion d'Or à Venise.
Qu'est ce qui cloche donc dans ce film? Beaucoup de choses en fait.

- Premièrement les séquences réussies dans "Lust, Caution" sont noyées au beau milieu d'un film extrêmement long et pesant. Pour ne prendre qu'un exemple la séquence de Mahjong inaugurale avec sa caméra nerveuse et son rythme endiablé distille un sentiment d'urgence qui suscite immédiatement l'intérêt. Pourquoi faut-il alors que lui succède un flashback interminable (près d'une heure!), ampoulé et fade consacré à la formation puis à la première tentative (avortée) de l'héroïne pour piéger sa cible? Cette énorme digression retarde d'autant le moment où on entre enfin dans le vif du sujet à savoir la relation SM qui se noue entre elle et M. Yee (Tony LEUNG Chiu Wai, impeccable comme toujours). Ang LEE est visiblement plus à l'aise dans un cadre intimiste que dans des reconstitutions historiques à grand spectacle et il ne sait pas relier efficacement les deux. Bref, il n'est pas David LEAN.

- Deuxièmement, l'intrigue n'est absolument pas crédible. Mais il existe d'excellents films reposant sur des intrigues invraisemblables. Le problème vient ici du fait que Ang LEE veut faire un film historique engagé et donc sérieux auquel on ne croit pas un seul instant. La faute aussi à une erreur de casting: Tang WEI n'a pas l'étoffe pour jouer les espionnes et ne possède pas le charisme de la femme fatale. Même maquillée ou dénudée et en action dans des scènes torrides, elle ressemble à une petite fille timide dans un costume trop grand pour elle. Son club théâtre est d'ailleurs à l'avenant. Comment croire un seul instant que ces étudiants inexpérimentés (et dépourvus de tout talent d'acteur pour simuler d'ailleurs) puissent monter un tel projet contre un homme aussi puissant et l'amener aussi loin dans un contexte de danger extrême? Quand on compare avec par exemple l'infiltration dans le QG des nazis de "L Armée des ombres" (1969) ou même avec le bien meilleur "Black Book" (2006) au sujet proche, la comparaison est douloureuse pour le film de Ang LEE. Il en va de même avec les références à Alfred HITCHCOCK, plus que maladroites.

- Enfin il y a à mon sens un problème d'éthique fondamental dans ce film. Je ne supporte pas d'entendre le mot "amour" quand il n'y en a pas. Or beaucoup de critiques ont évoqué "un grand film romantique tragique" ou bien "une histoire d'amour impossible". Là encore la faute au réalisateur. Peu importe la complexité de ce que ressentent les personnages, lui doit être clair dans le message qu'il fait passer. Or il ne l'est pas et affiche une complaisance plus que douteuse envers son personnage masculin assassin, tortionnaire, violeur, collaborateur carriériste et lâche de surcroît. M. Yee peut bien éprouver des sentiments, verser des larmes et s'autodétruire, le fait est qu'il agit en prédateur qui logiquement croque toute crue la jeune Wong incapable de faire le poids face à lui: il lui prend son corps, son coeur et au final sa vie. Seuls les actes comptent. Violence et amour sont incompatibles.

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Casablanca

Publié le par Rosalie210

Michael Curtiz (1942)

Casablanca

Comme "Monnaie de singe" (1931) ou "Huit et demi" (1963), j'ai découvert "Casablanca" à travers "Brazil" (1985) (qui allait à son tour devenir un film culte, cité par les frères Coen dans "Le Grand saut" (1994) ou par Albert DUPONTEL plus récemment dans "Adieu les cons") (2019). Chez Terry GILLIAM, "Casablanca" n'est pas seulement le film que regardent les employés de M. Kurtzmann quand celui-ci a le dos tourné, le personnage principal s'appelle Sam, comme le pianiste emblématique du film de Michael CURTIZ. Comme lui, il est indissociable d'un air entêtant célébrant la nostalgie d'un paradis perdu (dans un Paris ou un Brésil d'opérette) qu'il ne joue pas mais fredonne. Et comme Rick (Humphrey BOGART dont il adopte au cours du film la défroque du privé) le Sam de Gilliam est appelé à sortir de sa neutralité/indifférence par amour en s'engageant au côté de la résistance à l'oppression. Bref il y a belle lurette que "Casablanca" est sorti du temps de l'histoire (celle de l'évolution du positionnement des USA dans la seconde guerre mondiale dont Rick est l'incarnation) et a dépassé les genres auxquels il a appartenu (le film de propagande et le mélodrame) pour devenir un mythe c'est à dire un récit d'explication du monde intemporel et universel. Les personnages y transcendent d'ailleurs leur petit "moi" au profit d'une cause qui les dépassent ce qui en fait d'authentiques héros de la première ou de la dernière heure (la palme au "vichysto-résistant" joué par Claude RAINS qui s'appelle Renault, comme l'entreprise automobile qui fut nationalisée après la guerre pour avoir collaboré). "Casablanca" est d'ailleurs un film-monde avec son café marocain recréé en studio à Hollywood dans lequel se pressent des réfugiés venus de l'Europe entière espérant décrocher le graal pour partir aux USA. La fiction rejoignant la réalité, nombre d'acteurs du film étaient des allemands ou des français ayant fui le nazisme et le régime de Vichy: Peter LORRE dans le rôle du trafiquant Ugarte, Marcel DALIO en croupier ou encore Curt BOIS dans le rôle d'un irrésistible pickpocket. On ne peut que saluer l'interprétation au diapason, la superbe photographie de Arthur EDESON et la mise en scène très fluide qui parvient à brasser tous ces personnages sans jamais nous perdre.

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Stavisky

Publié le par Rosalie210

Alain Resnais (1974)

Stavisky

Alain RESNAIS s'est penché sur la personnalité complexe de Alexandre Stavisky, escroc à l'origine de l'un des plus grands scandales politico-financiers du XX° siècle retrouvé "suicidé d'une balle tirée à bout portant" (selon l'un des titres de presse de l'époque). Stavisky avait si bien infiltré l'appareil d'Etat de la III° République, le corrompant à tous les étages qu'il faillit bien faire vaciller le régime le 6 février 1934. Même si beaucoup d'historiens s'accordent à dire aujourd'hui que les unes de la presse, notamment de gauche sur "le coup d'Etat fasciste qui avait échoué" étaient exagérées, Alain RESNAIS reconstitue une atmosphère fin de siècle, clinquante en façade, putride et mortifère en réalité. Les fleurs blanches dont Stavisky inonde les femmes qu'il veut séduire ressemblent à des couronnes mortuaires plantées sur un corbillard ou posées devant un cimetière, quand lui-même ne s'allonge pas sur une tombe dans la pose d'un gisant. L'environnement mondain, affairiste et luxueux de Stavisky semble irréel tout comme sa femme Arlette (Anny DUPEREY) qui semble échappée des pages d'une revue de mode rétro. L'ami de Stavisky, le maurassien baron Raoul (Charles BOYER) prononce des paroles (écrites comme l'ensemble du scénario par Jorge SEMPRÚN) qui s'avèrent prophétiques "Stavisky nous annonçait la mort. Pas seulement la sienne, pas seulement celle des journées de février, mais la mort d’une époque." Epoque dont on ne cesse de percevoir les échos fétides: la crise économique et sociale, la crise politique, la montée de la xénophobie et de l'antisémitisme, les prémisses de la guerre civile espagnole, l'émigration des juifs allemands fuyant le nazisme et des communistes fuyant le stalinisme (à travers le séjour en France de Trotski), les allusions au fascisme de Mussolini.

Mais le véritable sujet du film est Stavisky lui-même. Pour tenter de cerner le mystère de cet homme, symbolisé par les nombreux plans dans lesquels on s'enfonce dans les arbres feuillus (comme dans d'autres films de Alain RESNAIS) celui-ci utilise les témoignages de ceux qui l'ont connu et le procédé du flashback. Défilent donc à la barre de la commission parlementaire chargée d'enquêter sur "l'affaire Stavisky" tout le gratin du cinéma français. Outre les personnages déjà cités, on voit apparaître le médecin de Stavisky (Michael LONSDALE), l'homme de confiance de Stavisky (François PÉRIER) ou encore l'inspecteur qui a tenté de le coincer pour en tirer un profit personnel (Claude RICH). Il y a aussi dans un coin de l'image une jeune juive allemande à qui Stavisky donne la réplique dans une scène de répétition théâtrale qui est une évidente mise en abyme de l'identité que Stavisky cherche à dissimuler (à savoir qu'il est lui-même juif et émigré) au travers de ses multiples patronymes. Tous soulèvent un coin du voile, apportent leur pièce au puzzle sans que Alain RESNAIS ne cherche à tout expliquer, laissant le spectateur faire lui-même ses déductions.

Et Jean-Paul BELMONDO dans tout ça? Il est peut-être un peu léger pour le rôle. Tout l'aspect baratineur, charmeur, tapageur et avide de gloire "du beau Sacha" lui va comme un gant. En revanche lorsqu'il lui faut exprimer ses névroses (sa mégalomanie, sa paranoïa) il est nettement moins convaincant. Si l'on ajoute quelques effets appuyés de mauvais goût et un sujet méconnu du grand public (et traité d'une façon pas spécialement pédagogique), on comprend qu'il n'ait pas figuré parmi les succès de Alain RESNAIS et qu'il soit aujourd'hui un peu oublié.

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Hiroshima mon amour

Publié le par Rosalie210

Alain Resnais (1959)

Hiroshima mon amour

Il y a quelques années, j'ai pris un train qui s'arrêtait à Nevers. Ma pensée est allée alors vers le premier long-métrage de Alain RESNAIS et j'ai réalisé que Nevers ça résonnait comme "never" (jamais) et que ça se trouvait sur la même ligne ferroviaire que Riom et Vichy... "Hiroshima mon amour" est ainsi un film qui travaille sur des éléments a priori que tout oppose mais que la mémoire associe. Ou plutôt les mémoires, le film alternant entre la mémoire individuelle du personnage joué par Emmanuelle RIVA et la mémoire collective des événements du passé qui se transmettent au travers des traces que ce passé laisse dans le présent (les archives, le patrimoine). Par le jeu du montage dont Alain RESNAIS est un spécialiste, Nevers et Hiroshima se répondent comme s'il s'agissait d'une seule et même géographie, d'une seule et même temporalité, d'une seule et même Histoire, celle de la guerre et de ses stigmates. Une grande Histoire qui croise celle du personnage d'Emmanuelle Riva qui à la manière de "Je t aime, je t aime" (1967) vit à Hiroshima, lieu chargé d'Histoire à la fin des années cinquante une histoire d'amour avec un japonais (Eiji OKADA) qui lui rappelle celle qu'elle a connu à Nevers avec un soldat allemand en pleine seconde guerre mondiale 14 ans plus tôt et qui lui a valu d'être tondue à la Libération. Ce télescopage passé/présent, histoire/mémoire, amour/mort, témoignage/reconstitution donne tout son sens aux célèbres dialogues de Marguerite DURAS fondés sur des leitmotivs tels que "tu n'as rien vu à Hiroshima/j'ai tout vu" et "Tu me tues/Tu me fais du bien". Le premier cas, porté par le film lui-même apporte sa pierre au débat animé entre autres par Claude LANZMANN sur l'impossibilité de représenter la Shoah et de façon plus générale toutes les grandes catastrophes de l'histoire. Le deuxième porte sur la question de l'oubli et du souvenir de ces mêmes événements: lequel des deux est le moins mortifère (ou le plus salvateur)?

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Jacquou le Croquant

Publié le par Rosalie210

Stellio Lorenzi (1969)

Jacquou le Croquant

En avril 1961, Stellio LORENZI déclarait dans Les Cahiers du cinéma sa foi dans l'outil télévisuel comme moyen de faire accéder le plus grand nombre à la culture et comme moyen d'expression "peut-être encore plus apte que le cinéma à scruter le comportement humain". Cette vision noble de la télévision qui s'est depuis quasi totalement perdue était d'autant plus remarquable que contrairement au cinéma, il ne fallait en attendre aucune reconnaissance. L'oeuvre profondément humaniste de Stellio LORENZI qui contribua à façonner l'ORTF* était celle d'un humble artisan et d'un homme engagé contre les injustices et l'arbitraire. Son appartenance au parti communiste lui valut d'ailleurs des ennuis avec l'Etat qui menaça de le licencier au début des années 50 dans un contexte de "maccarthysme à la française" puis supprima son émission historique "la caméra explore le temps" au milieu des années 60, inquiète de l'influence croissance de la télévision sur l'opinion publique. Il n'est guère surprenant que sa dernière réalisation ait été consacrée à Emile Zola, fils d'immigré italien comme lui et homme engagé comme lui.

Il était donc logique que Stellio LORENZI rencontre un jour le livre régionaliste de Eugène Le Roy, écrivain de la fin du XIX° siècle lui aussi engagé en tant que républicain, franc-maçon et anticlérical (d'où des ennuis avec les pouvoirs en place avant la III° République) roman qui préfigurait de nouveaux courants historiographiques s'intéressant aux petites gens comme acteurs de l'histoire plutôt qu'aux grands de ce monde. Jacques Féral dit "Jacquou le Croquant" s'appelle ainsi en référence aux jacqueries, ces révoltes paysannes dirigées contre les seigneurs qui scandèrent l'histoire de France du Moyen-Age à la première moitié du XIX° siècle avant que les structures économiques et sociales ne changent profondément sous l'effet de la seconde révolution industrielle durant le Second Empire. "Jacquou le Croquant" qui se déroule durant la Restauration de 1819 à 1830 démontre de façon éclatante ce qu'est un mouvement politique réactionnaire. Les nobles émigrés sous la Révolution retrouvèrent leurs privilèges seigneuriaux ce qui leur permit d'opprimer plus que jamais un petit peuple déjà éreinté par les guerres révolutionnaires et napoléoniennes et "d'épurer" les élites de ceux qui avaient sympathisés avec les mouvements populaires (comme le curé Bonal). Cette situation conjuguée au souvenir des droits acquis à partir de 1789 était intenable et l'on comprend mieux les raisons de la chute de Charles X qui voulait effacer toute trace du passé révolutionnaire (accusation récurrente dans la série qui fait écho au contexte de sa réalisation avec en toile de fond l'hystérie anti-rouge). Par-delà le contexte historique, la description âpre et vériste du quotidien d'une famille de métayers périgourdins qui tente de garder sa dignité sous le joug du tyran local qui les persécute rapproche la situation du paysan dominé par le seigneur de celle de l'esclave, victime du même système de prédation et d'exploitation à base de racket des biens et de culture du viol mené en toute impunité en dépit de la mise en place d'un Etat de droit tant que celui-ci n'est pas suffisamment défendu. Ajoutons qu'il se dégage beaucoup d'authenticité de cette reconstitution du monde paysan d'autrefois et que la distribution est au diapason.
 

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Le Héros sacrilège (Shin Heike Monogatari)

Publié le par Rosalie210

Kenji Mizoguchi (1955)

Le Héros sacrilège (Shin Heike Monogatari)

"Le Héros sacrilège" est une oeuvre particulière dans la filmographie de Kenji MIZOGUCHI. D'abord parce qu'il s'agit de son second (et dernier) film en couleur après "L Impératrice Yang Kwei Fei" (1955). Ensuite parce qu'il s'agit d'un film à grand spectacle avec des scènes d'action que n'aurait pas renié Akira KUROSAWA. La raison est qu'il s'agit d'une adaptation, celle du roman historique de Eiji Yoshikawa, "Shin heike monogatari" qui raconte la montée en puissance des samouraï dans un contexte politique de luttes de pouvoir entre nobles et moines au sein du Japon féodal du XII° siècle. Au sein de ce genre assez étranger à l'univers de Kenji MIZOGUCHI, celui-ci parvient tout de même à en faire une oeuvre personnelle que j'ai trouvé très moderne. En effet l'histoire se focalise sur un jeune homme, le fameux "héros sacrilège" élevé dans un clan de samouraï mais à l'origine incertaine (sa mère étant une courtisane, il ne sait s'il est le fils d'un empereur, d'un moine ou de son père adoptif samouraï) qui se construit en rupture avec l'ordre ancien fondé sur les superstitions et les privilèges de caste. Kiyomori n'accepte pas (à juste titre) l'injustice dont est victime son père adoptif, Tadamori qui n'est pas récompensé pour ses bons et loyaux services en raison de l'opposition de la cour qui craint de perdre ses privilèges. Avec l'aide d'une famille de nobles désargentés "félone" dont il épouse la fille, Kiyomori va donc briser le "plafond de verre" qui empêche sa famille de s'élever et décider en toute liberté qui il est et avec qui il veut être. Si une fois n'est pas coutume, c'est un garçon qui est le héros du film, les femmes occupent une position loin d'être négligeable dans l'histoire que ce soit la mère indigne de Kiyomori, odieuse certes dans ses préjugés de caste et son indifférence à ses enfants mais qui démontre elle aussi son indépendance de caractère en prenant son destin en main ou bien Tokiko, la fille du noble sans le sou qui travaille de ses mains en teignant et en tissant. A ce contenu très riche s'ajoute la beauté formelle du film, sa mise en scène parfaite que ce soit dans les scènes intimistes ou dans celles de groupe avec de nombreux figurants et un usage splendide de la couleur qui exacerbe les sentiments.

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Attaque! (Attack!)

Publié le par Rosalie210

Robert Aldrich (1956)

Attaque! (Attack!)

Excellent film de Robert ALDRICH, puissant et sans concessions de bout en bout qui n'est pas sans faire penser au beaucoup plus connu "Les Sentiers de la gloire" (1957) sorti l'année suivante. Bien que l'intrigue de "Attaque!" se déroule en 1944 au sein de l'armée américaine dans une ambiance de huis-clos étouffant, même dans les scènes d'extérieur (le scénario est tiré d'une pièce de théâtre, ceci explique cela), on retrouve la dénonciation de ce qui est au coeur du futur film de Stanley KUBRICK: la culture de l'obéissance et de l'irresponsabilité au sein de l'armée, minée par les hiérarchies sociales et la corruption. C'est ainsi qu'un peloton mené par le lieutenant Da Costa (Jack PALANCE) se fait absurdement décimer en raison de l'incompétence et de la lâcheté de leur supérieur, le capitaine Cooney (Eddie ALBERT) dont les agissements sont couverts par le colonel Bartlett (Lee MARVIN). Il apparaît que Cooney occupe le poste parce que c'est un fils à papa qui a des relations dont espère profiter le colonel Bartlett qui ambitionne de faire une carrière politique dans le civil. Mais l'incapacité de Cooney à faire face à la situation évolue vers une démarche suicidaire pour la compagnie toute entière. Plus l'étau de l'ennemi se resserre, plus l'étendue de la névrose de celui-ci se révèle dans toute son horreur alors que le calculateur colonel ne pense qu'à tirer un profit personnel de la situation. Face à ce commandement pourri jusqu'à la moëlle, le film met en avant des hommes rudes mais qui se soucient les uns des autres, serrent les coudes et tentent de rester fidèles à une ligne de conduite honorable. Jack PALANCE est particulièrement impressionnant. Robert ALDRICH n'y va pas avec le dos de la cuillère quand il s'agit de martyriser les corps et de montrer la violence dans toute sa sécheresse et sa brutalité et on reste hanté par la vision frontale de son visage de cire aux yeux révulsés et à la bouche grande ouverte, figé dans sa rage par une mort violente qu'aucune retouche de thanatopracteur ne vient atténuer.

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Le Docteur Jivago (Doctor Zhivago)

Publié le par Rosalie210

David Lean (1965)

Le Docteur Jivago (Doctor Zhivago)

S'il ne fallait retenir qu'un seul film de David LEAN, ce serait celui-là. Il contient en effet la quintessence de son art. On y retrouve à la fois sa sensibilité littéraire avec l'adaptation du célèbre roman de Boris Pasternak, le mélodrame intimiste de "Brève rencontre" (1945) (un homme déchiré entre bonheur conjugal et passion amoureuse) mêlée au souffle romanesque d'une grande fresque épique et historico-politique dont il s'est fait une spécialité depuis "Le Pont de la rivière Kwaï" (1957). On y retrouve également l'un de ses acteurs fétiches depuis les adaptations des romans de Charles DICKENS (Alec GUINNESS) et la célèbre musique de Maurice JARRE qui avec son "Lara's theme" a suffit à elle seule à immortaliser le film. C'est aussi l'un de ceux qui a imposé David LEAN comme un maître de la couleur. La partie "moscovite" du film (tournée en réalité comme presque toutes les scènes du film dans la banlieue de Madrid, les Pyrénées faisant office d'Oural) joue sur un contraste entre le rouge, le noir et le blanc qui a à la fois une dimension politique (tsarisme contre communisme) et individuelle (l'initiation brutale de Lara par Komarovsky se manifeste par les changements de couleur de sa robe). La partie campagnarde se coule dans le cycle des saisons avec des hivers glaciaux suivis de la renaissance du printemps et ses champs couverts de jonquilles. La fleur jaune est associée à ce que représente Lara pour Jivago dès l'époque de la guerre avec le bouquet de tournesols sur fond noir qui perd ses pétales quand Lara s'en va. Il existe d'autres aspects symboliques dans le film. Par exemple les trois hommes de la vie de Lara représentent chacun une facette de l'être humain pris dans la tourmente révolutionnaire. Jivago c'est l'humaniste rêveur et idéaliste qui ne vit que pour la beauté c'est à dire l'amour et l'art et tente de faire du bien à son prochain sans tenir compte des enjeux partisans. Komarovsky, c'est le chancre corrupteur opportuniste et cynique qui parvient à survivre dans toutes les situations et ressurgit régulièrement comme un cauchemar dans la vie de Lara. Pavel Antipov enfin est l'idéologue psycho-rigide qui sacrifie tout (à commencer par l'humanité, la sienne et celle des autres) à sa cause. On peut également souligner l'opposition des deux femmes de Jivago, Tonya la brune et Lara la blonde.

Enfin la réussite du docteur Jivago doit aussi beaucoup à sa distribution. Omar SHARIF l'oriental qui a dû à David LEAN sa notoriété mondiale (pour sa participation à "Lawrence d Arabie") (1962) est absolument parfait dans le rôle de Jivago alors que l'on retrouve avec un immense plaisir les acteurs de la nouvelle vague britannique, Julie CHRISTIE et Tom COURTENAY (qui avaient joué ensemble dans "Billy le menteur" (1963) de John SCHLESINGER). Enfin c'est le premier grand rôle d'une débutante illustre: Geraldine CHAPLIN.

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Au nom de tous les miens

Publié le par Rosalie210

Robert Enrico (1982)

Au nom de tous les miens

Je ne pensais pas pouvoir revoir un jour "Au nom de tous les miens" que j'avais découvert sous forme de série télévisée de huit épisodes d'une heure dans les années 80. La version cinématographique qui ne fait que 2h20 est d'ailleurs bancale avec des coupes brutales et des problèmes de raccord. D'autre part elle est déséquilibrée: les années qui suivent la guerre sont expédiées en vingt minutes. De façon plus générale la qualité du film laisse à désirer. Entre autre la pellicule accuse son âge et la distribution (dominée par Michael York, Jacques Penot, Macha Méril et Brigitte Fossey) est inégale. On est plus proche du téléfilm (bien qu'il y en ait d'excellents, dans ce domaine aussi la nuance s'impose) que du film de cinéma.

Il n'en reste pas moins que "Au nom de tous les miens" mériterait de sortir de l'oubli car il occupe une place intéressante dans l'histoire de la mémoire de la Shoah. Contemporain du documentaire fleuve de Claude LANZMANN sur les centres d'extermination polonais, il appartient à cette même ère d'avènement du témoin. Il s'agit en effet de la transposition des mémoires d'un des rares survivants de l'insurrection du ghetto de Varsovie, Martin Gray dont le destin fut hors-norme puisqu'il réussit également à s'évader du camp d'extermination de Treblinka. Une telle "baraka" suscita à sa sortie des polémiques sur la véracité des faits relatés. En effet plusieurs historiens dont Pierre Vidal Naquet, bien connu pour son travail sur les négationnistes pensaient que Martin Gray et son "nègre", l'historien Max Gallo qui rédigea le livre en 1971 avaient enjolivé les faits voire en avaient inventés certains, mettant en doute plus particulièrement le passage de Martin Gray à Treblinka. Mais il lui fut impossible tout comme aux autres de démêler ce qui relevait de la fiction et ce qui relevait de la réalité.

En réalité, je dirais "peu importe", finalement l'essentiel n'est pas là. Romancé ou pas, le témoignage de Martin Gray reste très riche (sur le fonctionnement du ghetto notamment) et sa vie exceptionnelle fait s'interroger sur le concept de résilience. En effet celui-ci partage avec Roman POLANSKI également juif polonais rescapé de la Shoah le fait d'avoir perdu deux fois sa famille à plus de vingt ans d'écart dans des circonstances tragiques et de s'en être relevé pour la reconstruire une troisième fois tout en poursuivant une oeuvre d'utilité publique. Le "merveilleux malheur" de Boris Cyrulnik (lui-même un rescapé) s'y incarne de façon très concrète au travers de ces acharnés de la survie qui ont puisé leur force de vivre et de témoigner dans leurs drames personnels.

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Le Silence de la mer

Publié le par Rosalie210

Jean-Pierre Melville (1949)

Le Silence de la mer

"Le Silence de la mer" d'après la nouvelle éponyme de Vercors est le premier film de Jean-Pierre MELVILLE. Tourné dans l'après-guerre, dans des conditions très difficiles et dans la clandestinité (car Melville n'avait pas les droits d'adaptation du livre), il révéla le cinéaste qui devint l'un des inspirateurs de la nouvelle vague (comme on peut le constater par exemple dans "À bout de souffle" (1959) dans lequel Jean-Pierre MELVILLE fait une apparition dans son propre rôle).

"Le Silence de la mer" est une oeuvre magnifique sur les ravages que la guerre cause à l'humanité, d'autant plus magnifique qu'elle fonctionne à un niveau métaphorique extrêmement dépouillé qui en fait toute sa force. Vercors et Melville (pseudo de Jean Bruller et de Jean-Pierre Grumbach) ont été Résistants et de cette expérience, ils ont su immédiatement tirer la substantifique moëlle puisque le livre a été écrit en 1941 et le film, réalisé entre 1947 et 1949. Pour mémoire, il s'agit d'un quasi huis-clos entre trois personnages: un homme d'une soixantaine d'années, sa nièce et un officier allemand que ces derniers se voient obligés d'héberger chez eux. Pour manifester leur opposition, l'oncle et la nièce décident de faire comme si l'officier n'existait pas. Chaque fois que celui-ci tente d'entrer en contact avec ses logeurs, il se heurte donc à un mur de silence buté. Pourtant il ne se décourage pas et c'est avec une grande habileté que Jean-Pierre MELVILLE parvient grâce aux cadrages, à la lumière et à la composition des plans à faire comprendre comment évolue leur relation, la voix off de l'oncle ne servant que de point d'appui. Ainsi la première apparition de l'officier dans l'encadrement de la porte ne met en avant que ce qu'il représente: l'ennemi nazi en uniforme. Mais les deux personnes apparemment impassibles qui semblent ignorer son existence lorsqu'il monologue auprès d'eux sont aussi en représentation. Des plans plus détaillés ou agencés autrement révèlent à certains mouvements du corps (les mains notamment) qu'il n'en est rien et que chacun souffre en réalité du rôle dans lequel il est enfermé. Car le cadre intimiste du salon le soir et la personnalité de l'officier, idéaliste, sensible, amoureux de la France et qui ouvre son coeur et son esprit à ceux qui l'hébergent pousse au rapprochement. Car c'est un mouvement naturellement humain alors que la guerre elle, est inhumaine. D'ailleurs lorsque l'oncle se rend à la Kommandantur et qu'il croise l'officier, tous deux sont sous le choc. Ils sont filmés à travers des cadres (en représentation donc) qui leur rappellent le rôle de chacun alors qu'ils l'avaient presque oublié. Pour renforcer cette impression, l'officier qui est en uniforme (alors que pour mettre à l'aise l'oncle et la nièce, il ne se montre chez eux qu'en civil) est placé sous un portrait d'Hitler. Et voilà comment Vercors et Melville parviennent à montrer le gâchis humain de la guerre. Dans une autre vie, Werner (Howard VERNON qui est magnifique de sensibilité dans le rôle de cet homme d'honneur qui découvre avec horreur le véritable visage du nazisme) aurait épousé la nièce (Nicole STÉPHANE) et l'oncle (Jean-Marie ROBAIN qui a un petit air de Georges BRASSENS) serait devenu son beau-père.

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