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Articles avec #teen-movie tag

Le Péril jeune

Publié le par Rosalie210

Cédric Klapisch (1994)

Le Péril jeune

"Le Péril jeune" est un film culte de la première moitié des années 90. Plus exactement un téléfilm commandé par Arte dans le cadre d'une collection sur les années lycée et qui s'est autonomisé du lot pour sortir au cinéma avec le succès et la postérité que l'on sait. D'ailleurs à la même époque, Arte avait commandé une autre série de téléfilms sur l'adolescence, "tous les garçons et les filles de leur âge" d'où sont sortis également quelques films importants transposés au cinéma dont "Les Roseaux sauvages" (1994) de Andre TECHINE avec Elodie BOUCHEZ qui jouait également dans "Le Péril jeune". Ces films ont en effet permis d'apporter un renouveau dans le regard porté sur l'adolescence et du sang frais dans le cinéma français. Le casting du film de Cedric KLAPISCH comporte plusieurs futures stars, Romain DURIS en tête qui avait 19 ans, dont c'était le premier rôle et qui crevait l'écran. Cedric KLAPISCH venait de dénicher son Antoine Doinel avec lequel il allait tourner par la suite sept films dont la trilogie de l'auberge espagnole traitant également de thèmes proches. On voit déjà dans "Le Péril jeune" (qui n'était que le deuxième film de Klapisch) s'esquisser une famille de cinéma avec des seconds rôles tels que Zinedine SOUALEM ou Marina TOME et même Renee LE CALM qui prononce la phrase donnant son titre au film. Cedric KLAPISCH lui-même fait plusieurs caméos dans le film ce qui deviendra son habitude.

"Le Péril jeune" est emblématique des films de jeunesse de Cedric KLAPISCH quand celui-ci savait saisir les changements à l'oeuvre dans un quartier, dans la famille ou dans la jeunesse avec justesse et légèreté tout en l'inscrivant toujours dans une certaine mélancolie. Je suis nostalgique de cette période de sa filmographie car je trouve que sa patte s'est depuis considérablement alourdie. L'idée de génie de "Le Péril jeune", outre le refrain "on s'était dit rendez-vous dans 10 ans" qui fait fonctionner le film en flash-backs, l'inscrivant d'emblée dans un cadre nostalgique de jeunesse révolue et de passage de témoin avec l'attente de la naissance d'un enfant, c'est le personnage de Tomasi. Sa disparition le transforme en symbole, l'incarnation de l'adolescent rebelle, fauché au zénith de sa jeunesse ce que les dernières images transcrivent parfaitement. Il s'inscrit dans une lignée qui évoque aussi bien James DEAN que Jim MORRISON d'autant que ce dernier appartient à la même époque que la jeunesse du film, à savoir la première moitié des années 70 marquée par le rock, la contre-culture, l'émancipation des filles mais aussi la montée du chômage de masse et la drogue, bref l'angoisse du "no future" qu'incarne parfaitement Tomasi, cet être solaire qui porte en lui la mort.

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Le Règne animal

Publié le par Rosalie210

Thomas Cailley 

Le Règne animal

"Le film de Thomas CAILLEY bouscule le cinéma français": c'est le moins que l'on puisse dire! Car même en connaissant vaguement le synopsis, jamais je n'aurais pensé qu'un jour, un cinéaste français allait réaliser en prises de vues réelle un film aussi proche de ce que j'ai pu voir et ressentir devant les plus grands films d'animation japonais pour lesquels la métamorphose, particulièrement celle de l'adolescence n'a aucun secret. Alors, bien sûr que l'on pense à Hayao MIYAZAKI qui dans toute son oeuvre a analysé la relation entre l'homme et la nature. On pense tout particulièrement à "Princesse Mononoke" (1997) parce que l'histoire se déroule dans une grande forêt peuplée d'esprits en lutte contre une micro-société humaine et que par-delà tout manichéisme, la question que pose "Le Règne animal" est fondamentalement la même: comment cohabiter? Mais il y a un film qui ressemble encore plus à "Le Règne animal", c'est "Les Enfants Loups : Ame & Yuki" (2012) de Mamoru HOSODA. Le film raconte l'histoire d'amour clandestine entre une jeune femme et un homme-loup qui disparaît rapidement et la nécessité pour elle par la suite de partir à la campagne, près de la forêt afin d'élever leurs enfants, tous deux hybrides et qui en grandissant doivent choisir entre la condition d'homme et celle de loup. Dans "Le Règne animal", c'est le père, François (Romain DURIS) qui est humain et sa femme, Lana qui s'est transformée, comme d'autres humains, en créature hybride que la société, dépassée, ne sait gérer que par la violence et la camisole chimique. Le film montre de manière frappante ce que le géographe François Terrasson appelait "L'Apartheid de la nature" c'est à dire la séparation totale entre la société humaine et la forêt avec une frontière hérissée de barrières entre deux mondes étanches qui ne communiquent pas. Le seul qui y parvient est Emile (Paul KIRCHER), le fils de François et de Lana parce que c'est un adolescent en pleine transformation et que celle-ci emprunte le chemin de l'hybridation. C'est lui que l'on suit et qui nous permet de basculer dans l'autre monde, peuplé de créatures fantastiques plus vraies que nature et plus humaines que les humains. Il y a Fix (Tom MERCIER), l'homme-oiseau qui fait penser à une gueule cassée et a bien du mal à prendre son envol. Il y a aussi la petite créature qui le suit partout et qui à l'approche de la menace humaine adopte le camouflage du caméléon. Il y a enfin la mère, Lana que Emile ne peut retrouver qu'en liberté. Les effets spéciaux, eux-mêmes hybrides sont une réussite ainsi que la conception des créatures (élaborées avec l'aide de l'auteur de BD, Frederik Peeters qui est un disciple de Moebius lui-même grand fan de Miyazaki). Le fait d'avoir tourné en décors naturels est également un élément clé de la réussite du film. Jamais la forêt des Landes (pourtant à l'origine une plantation d'arbres 100% d'origine humaine!) n'a paru aussi mystérieuse, ni aussi "naturelle". Et la scène de chasse à "l'homme-animal" en nocturne dans les champs de maïs avec des hommes à échasses est particulièrement puissante. Les quelques scories du film (Adele EXARCHOPOULOS dans un rôle qui sonne faux et qui est inutile par exemple) n'enlèvent rien à la beauté, la force d'évocation du film et à la richesse des réflexions qu'il suscite.

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Les Baleines ne savent pas nager

Publié le par Rosalie210

Matthieu Ruyssen (2020)

Les Baleines ne savent pas nager

Monteur professionnel dans différents secteurs (courts-métrages, clips, séries), Matthieu RUYSSEN est passé à l'écriture et à la réalisation avec "Les Baleines ne savent pas nager" en 2020, son premier court-métrage. Situé entre "Naissance des pieuvres" (2007) et "Le Grand bain" (2017). La similitude avec le film de Gilles LELLOUCHE est particulièrement frappante. Même si le scénario a été écrit avant la sortie du film, il lui fait écho en décrivant la passion secrète pour la natation synchronisée d'Yves, un adolescent corpulent qui a une double vie. Le jour, il subit des brimades à l'école où il ne brille guère par ses résultats et où il est moqué pour son physique ingrat. A la maison ce n'est guère mieux, son père étant plus préoccupé par ses rendez-vous galants que par ses enfants. La nuit il s'introduit à la piscine pour travailler seul la chorégraphie qu'il a vu être répétée en journée par les filles. Le film raconte comment il réussit à s'affranchir du poids des normes et de la peur du regard des autres pour participer à une démonstration en public grâce à son amitié naissante avec Charlotte. On dira que cela n'est guère original mais d'une part, la performance de Yves n'est pas idéalisée et reste limitée et de l'autre, le monde adulte est dépeint d'une manière sarcastique qui rend le film souvent drôle. Raphael QUENARD que l'on ne présente plus interprète un coach obsédé par la performance... de sa longue perche tendue vers le groupe féminin qu'il entraîne. Le père d'Yves (Bruno PAVIOT) qui néglige son fils au profit de sa nouvelle conquête est ridicule et la prof de physique (Camille RUTHERFORD) ne cherche pas à cacher qu'elle est complètement dépressive. Quant au proviseur collectionneur (Hugues MARTEL), il orchestre un conflit et une agression d'une manière plutôt surprenante. En bref les adultes apparaissent comme immatures, laissant le champ libre aux adolescents qui désirent innover. Soit l'extrême inverse d'un film qui reposait lui aussi sur la stigmatisation de ceux qui ne parvenaient pas à se fondre dans le groupe, "Full Metal Jacket" (1987) dont un jeune homme corpulent surnommé justement "Baleine". Mais avec une issue tout autre.

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La Folle journée de Ferris Bueller (Ferris Bueller's Day Off)

Publié le par Rosalie210

John Hugues (1986)

La Folle journée de Ferris Bueller (Ferris Bueller's Day Off)

"La folle journée de Ferris Bueller" est l'un des meilleurs teen-movie de l'histoire. C'est une comédie culte, impertinente, intelligente et qui procure un jubilatoire sentiment de liberté. le film parle d'ailleurs tout autant aux adolescents qu'aux adultes qui ne l'ont pas oublié (à l'image du réalisateur John HUGHES). Ferris Bueller (Matthew BRODERICK, excellent) qui ne cesse de prendre le spectateur à témoin de ses combines pour profiter de la vie au nez et à la barbe des adultes aurait pu être une insupportable tête à claques. Mais grâce aux qualités d'écriture de son personnage qui s'avère agir par altruisme, le spectateur prend son parti et éprouve de la jubilation devant son audace à qui rien ne résiste. Et surtout pas des adultes mortellement ennuyeux à l'image de la plupart des cours, enfermés dans leurs routines morbides, stupidement crédules ou tragiquement absents. Ainsi Cameron, le meilleur ami de Ferris est dépressif et n'a de confrontation avec son père qu'à travers un objet, sa Ferrari à qui il semble tenir plus qu'à son fils. Plutôt que la fuite par la maladie, Ferris propose à sa petite amie Sloane et à Cameron d'inventer une temporalité parallèle (ce que souligne l'affiche du film) lors d'une journée où tout serait permis dans une sorte de subversion carnavalesque. L'aspect jouissif et transgressif de cette soudaine liberté est rehaussée par les manoeuvres grotesques du directeur (Jeffrey JONES) pour coincer Ferris, tel Gargamel échouant à attraper les schtroumpfs. Et pendant que les institutions se ridiculisent, la jeunesse libérée de ses chaînes s'offre une parenthèse enchantée, que ce soit lors d'un numéro improvisé au cours d'une parade ou de la visite du musée de Chicago aussi surprenante et dynamique que dans "Bande a part" (1964). L'insolence et la flamboyance de la jeunesse selon John HUGHES a beaucoup de points communs avec celle qu'a montré à l'écran Jean-Luc GODARD et Michel Poiccard n'hésitait pas non plus à faire rouler à fond la caisse une automobile empruntée tout en brisant le quatrième mur pour prendre le spectateur à témoin. D'ailleurs la soeur frustrée et jalouse de Ferris (Jennifer GREY) finit par être contaminée par l'esprit de la bande en tombant amoureuse d'un petit voyou joué par Charlie SHEEN!

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Steak

Publié le par Rosalie210

Quentin Dupieux (2007)

Steak

"Steak" est fondé sur un malentendu devenu célèbre. Les spectateurs croyaient voir le nouveau film de Eric & Ramzy et se sont retrouvés devant le premier vrai long-métrage de Quentin Dupieux (Nonfilm est considéré comme un court-métrage même s'il en existe une version longue). Autrement dit, un film vendu et distribué comme une grosse comédie populaire telle que la France en produit au kilomètre s'est avéré être un film d'auteur expérimental qui plus est dans un registre d'humour nonsensique devenu élitiste alors que jusqu'aux années 80, il existait encore dans la culture populaire. C'était donc le rejet et l'échec assuré. 16 ans et une dizaine de films plus tard, la compréhension de l'univers de Quentin Dupieux aidant (même s'il reste un réalisateur clivant), "Steak" a été réhabilité par les critiques qui l'avaient assassiné à l'époque de sa sortie et est en passe de devenir un film culte.

S'il n'y a pas de steak dans "Steak", la viande (humaine de préférence) est un sujet récurrent du cinéma de Quentin Dupieux. Or le film traite de conformisme par la chirurgie esthétique et quand il n'est pas possible de passer sous le bistouri, on voit un remodelage de façade et un tatouage effectué à l'aide d'agrafes implantées directement dans la chair. Les clones de la bande à "Chivers" (en référence au film de Cronenberg "Shivers", réalisateur qui a énormément influencé les premiers Dupieux) ont tous la tête et la dégaine de Michaël Jackson dans "Thriller" (logique, il y est aussi question de métamorphose et de "shivers") mais ne boivent que du lait ce qui fait ressurgir dans la mémoire cinéphile aux côtés des zombies et loups-garous les droogies de "Orange mécanique". Face à ce phénomène, Eric & Ramzy (alias Blaise et Georges) ont des comportements opposés. Ramzy est un loser qui cherche désespérément à intégrer la bande en se débarrassant de son encombrant ami et en faisant du zèle pour adopter les codes Chivers mais il n'y parvient pas et se fait rejeter. L'introduction du film le montrait déjà comme le souffre-douleur désigné des autres au sein d'un campus estampillé USA mais tourné au Canada (un petit clin d'oeil supplémentaire à Cronenberg). Et ce n'est pas le seul décalage puisque les étudiants ont tous 10-15 ans de trop. Mais les références appartiennent bien aux teen (horror) movies ou aux school shooting movies tels que "Massacre à la tronçonneuse" ou "Elephant". Et à propos de gros mammifère terrestre, il y a aussi du "Rhinocéros" dans "Steak" puisqu'il s'agit de perdre son identité propre pour adopter celle qui permet de se fondre dans le collectif. Blaise lui au contraire n'a aucune difficulté à intégrer la bande alors qu'il ne l'a même pas cherché, son seul désir étant de rester avec son ami. Mais de façon assez machiavélique, ils ne pourront jamais être ensemble, quand l'un est inclus, l'autre est exclu. Rien de tel que de dissocier un duo d'inséparables pour faire réfléchir et faire une satire du rêve américain: obsession du paraître, conformisme outrancier, culte des armes, puritanisme (l'interdiction des substances autres que le lait).

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Juniors

Publié le par Rosalie210

Hugo P. Thomas (2023)

Juniors

Un teen-movie rural à la française, ça fait penser à "Teddy" (2020) ce qui n'est pas surprenant, le réalisateur, Hugo P. THOMAS ayant fréquenté Ludovic BOUKHERMA et Zoran BOUKHERMA à l'école de la Cité du cinéma avant de réaliser plusieurs courts-métrages et un long-métrage avec eux, "Willy 1er" (2016). Mais "Juniors" est son premier long-métrage en solo. Néanmoins cette comédie dramatique sur les affres de l'adolescence est bien plus proche de "Les Beaux gosses" (2008) que des films de genre horrifiques et régionalistes qu'affectionnent les Boukherma. L'histoire tourne autour de deux amis de 14 ans, Jordan et Patrick qui s'ennuient ferme dans leur petit village au point de regretter de ne pas habiter en banlieue pour avoir des bâtiments à taguer (comme quoi l'article du journal "Le Monde" de Thomas Piketty sur le malaise territorial français englobant rural profond et banlieues sensibles voyait juste). Ils passent leur temps à jouer aux jeux vidéos jusqu'à ce que la Playstation de Jordan rende l'âme. Ils décident alors de monter une cagnotte en ligne en faisant passer Jordan pour malade afin de trouver l'argent nécessaire à son remplacement. Evidemment ce gros mensonge va finir par les dépasser. Si tout n'est pas parfaitement vraisemblable, le scénario est écrit avec une certaine finesse en décrivant avec humour les bénéfices sociaux que la cagnotte mensongère leur offre dans un premier temps. Elle attire l'attention sur eux, les rend populaires, leur permet d'obtenir une série de petits privilèges dans leur collège et de se rapprocher des filles qu'ils convoitent*. En même temps elle révèle combien ces ados sont livrés à eux-mêmes, la famille de Patrick n'apparaissant dans le lointain qu'à la fin et celle de Jordan se limitant à un père hors-champ et à une mère infirmière dont l'absence est soulignée par les post-it qu'elle laisse sur le frigo (Vanessa PARADIS). D'ailleurs face aux ennuis que rencontre son fils lorsque sa supercherie est démasquée, celle-ci est amenée à faire un début d'introspection sur ses choix de vie et on se dit que son cas n'est effectivement pas si différent des jeunes de banlieue élevés dans des familles monoparentales dont le parent travaillant en horaires décalés ne peut en même temps s'occuper de son enfant. La fin du film n'est d'ailleurs pas exempte d'une certaine mélancolie qui souligne qu'il y a un prix à payer pour grandir. Hugo P. THOMAS a donc une approche assez juste de la jeunesse territorialement défavorisée et son film est prometteur en dépit d'un titre passe-partout qui le dévalorise.

* Tout à la fait dans la lignée de la série "Mytho" (2019) qui reposait sur le même mensonge afin de souligner cette fois le mal-être de la femme au foyer.

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C.R.A.Z.Y.

Publié le par Rosalie210

Jean-Marc Vallée (2005)

C.R.A.Z.Y.

Lorsque j'ai rendu hommage à Jean-Marc VALLÉE, j'ai écrit à l'époque que je souhaitais revoir "C.R.A.Z.Y." dont je n'avais presque plus aucun souvenir. J'ignorais alors que le film était invisible depuis six ans en raison de problèmes de droits sur sa bande musicale très riche qui est absolument essentielle au film, tant pour marquer le passage du temps que pour exprimer les doutes de Zach sur son identité. Heureusement, ces droits (qui n'avaient été accordés que pour dix ans, Jean-Marc VALLÉE ayant même rogné son salaire pour gonfler celui de la musique) ont été renouvelés sans limite de durée ce qui signifie que le film est désormais sauvé dans son intégrité ce qui a permis sa restauration et sa ressortie, en DVD et VOD notamment.

"C.R.A.Z.Y." est le film qui a propulsé Jean-Marc VALLÉE sur le devant de la scène en raison de son énorme succès au Québec mais aussi parce qu'il s'agit du premier teen-movie mainstream qui aborde la question de l'homosexualité, quelques années avant l'éclosion de Xavier DOLAN. "C.R.A.Z.Y." est une chronique familiale s'étalant sur une vingtaine d'années, son titre faisant référence à la chanson de Patsy Cline dont est fan Gervais, le père de famille (Michel CÔTÉ) au point que ses cinq garçons ont un prénom dont l'initiale se compose d'une de ses lettres, d'où découle le titre du film (Christian, Raymond, Antoine, Zac et Yvan). Si trois d'entre eux se réduisent à un seul trait de caractère qui en font juste des éléments du décor (encore un problème de budget apparemment), les deux autres, Raymond et Zach sont les "déviants" qui se détestent d'autant plus que chacun est le miroir de l'autre. En témoigne leurs goûts musicaux, leur look rebelle et leur difficulté pour trouver leur place. Zac, le personnage principal qui est symboliquement né le jour de noël (coïncidence, Jean-Marc VALLÉE est également décédé ce même jour) et qui est interprété enfant par le fils de Jean-Marc Vallée doit refouler très tôt ses inclinations en raison du regard désapprobateur de son père qui essaie de le remodeler en fonction des normes viriles qu'il incarne. Il faudra donc beaucoup de temps à Zac pour s'affirmer et se faire accepter par lui contrairement à sa mère qui le traite avec bienveillance depuis son plus jeune âge. Quant à Raymond qui incarne jusqu'à la caricature la virilité mal dégrossie, son parcours tragique symbolise l'échec des tentatives de normalisation de Zac qui ne peut se libérer que lorsque "l'ennemi intime" s'efface de la scène. "C.R.A.Z.Y." est un film attachant même s'il comporte un certain nombre de maladresses et de longueurs.

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La Chinoise

Publié le par Rosalie210

Jean-Luc Godard (1967)

La Chinoise

En regardant "La Chinoise" de Jean-Luc GODARD, j'ai pensé à un autre film, vu à sortie, "La Seconda volta" (1995) dans lequel une ancienne victime des brigades rouges jouée par Nanni MORETTI retrouvait fortuitement la militante qui avait tenté de l'assassiner 10 ans auparavant (jouée par Valeria BRUNI-TEDESCHI) au nom de slogans criminels tels que "en tuer un pour en éduquer cent". Véronique, le personnage joué par Anne WIAZEMSKY dans "La Chinoise" pourrait représenter les années de formation de Lisa Venturi, le personnage joué par Valeria BRUNI-TEDESCHI. Soit une étudiante en philosophie à la faculté de Nanterre un an avant les événements de 1968 (ce qu'était réellement Anne WIAZEMSKY, nouvelle compagne de Jean-Luc GODARD) sous influence maoïste, l'idéologie alors tendance car d'un rouge "pur et parfait"* rejoignant la soif d'idéalisme de la jeunesse face aux "socio-traîtres" soviétiques ayant osé pactiser avec "le tigre de papier" américain pour éviter une guerre nucléaire. Si Jean-Luc GODARD utilise de nombreux procédés de distanciation (l'influence de Brecht est explicitement revendiquée) pour ridiculiser les discours de Véronique et de ses amis étudiants qui jouent au grand timonier entre les quatre murs d'un appartement bourgeois repeint aux couleurs aussi primaires que les idées qu'ils "bêlent comme des moutons" jamais il ne se place d'un point de vue véritablement humain ce qui rend son positionnement au final assez ambigu. Tout au plus, insère-t-il dans son film un moment qui le sort de la cour d'école pour le placer sur un terrain plus réaliste. Il s'agit de la séquence de conversation dans le train entre Véronique et son professeur de philosophie, joué par Francis Jeanson, le véritable professeur de philosophie de Anne WIAZEMSKY qui avait été Résistant puis engagé aux côtés du FLN durant la guerre d'Algérie et qui donc a l'expérience nécessaire pour mettre Véronique face à l'inanité de ses projets terroristes. Néanmoins la légitimité de la méthode n'est quant à elle jamais questionnée et encore moins l'aliénation de toutes les formes d'endoctrinement, à l'opposé de l'émancipation individuelle recherchée par la jeune fille mais aussi collective défendue par son professeur. Le film de Jean-Luc GODARD manque donc de hauteur de vue aussi bien que d'humanité, se réduisant pour l'essentiel à un exercice de style (un manifeste?) esthetico-intellectuel désincarné.

* Un rouge si pur et si parfait qu'il fit des millions de victimes (celles du Grand Bond en avant superbement ignorées avant celles dans les années 70 des Khmers rouges).

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Rushmore

Publié le par Rosalie210

Wes Anderson (1998)

Rushmore

"Rushmore", le deuxième long-métrage de Wes ANDERSON est celui qui l'a fait connaître. Bien que l'on reconnaisse son style et ses thèmes de prédilection, ils ne phagocytent ni l'intrigue, ni le personnage principal comme cela peut être le cas parfois, le film tendant à devenir alors un album Panini comme dans le récent et décevant "The French Dispatch" (2018). L'unité de lieu étant la règle dans les films de Wes ANDERSON (train, maison de famille, sous-marin, plage, hôtel, île, siège de rédaction d'un journal) "Rushmore" est le nom d'une prestigieuse école privée dans laquelle Max (Jason SCHWARTZMAN dans son premier rôle) un adolescent décalé et hyperactif tente de s'y faire une place, multipliant les impostures. Pour commencer, il s'invente une origine sociale prestigieuse alors que son père (Seymour CASSEL) qui est veuf est un modeste coiffeur. Ensuite, il délaisse les études pour lesquelles il n'est pas doué (sauf en rêve!) au profit d'une impressionnante liste d'activités extra-scolaires (et donc autant de vignettes!) destinées à le valoriser. Enfin, il ne se lie qu'avec des gens plus jeunes ou plus vieux que lui ce qui finit par le faire dérailler. Il tombe en effet amoureux de l'institutrice (Olivia WILLIAMS) qui repousse ses avances insistantes mais pas celles de Herman Blume (Bill MURRAY dont c'était la première collaboration d'une longue série avec Wes ANDERSON). L'amitié que Max a noué avec le père d'élève chef d'entreprise dépressif quinquagénaire se transforme en guérilla et le jeune homme finit par être renvoyé de l'établissement. Un long purgatoire l'attend avant qu'il ne puisse retrouver un certain équilibre dans sa vie.

Si le portrait de Max sonne juste, c'est sans doute qu'il présente des similitudes avec Wes ANDERSON. En effet outre le fétichisme des uniformes, Max adore créer des microcosmes ce qui est une métaphore du cinéma et surtout du cinéma tel que l'envisage Wes ANDERSON, lui qui invente des mondes autarciques ressemblant à des maisons de poupées. De façon significative, Max est exclu de son établissement pour avoir voulu construire un aquarium sans autorisation sur un terrain de baseball. De façon tout aussi significative Max parvient à s'accomplir en écrivant et faisant représenter des pièces de théâtre, autre microcosme lui permettant de contrôler son environnement et de le mettre à distance. Ainsi dans sa pièce, sa gué-guerre avec Hernan Blume devient la guerre du Vietnam façon "Apocalypse Now" (1976) en modèle réduit avec dans l'un des rôles principaux, l'une des brutes qui le harcelait à Rushmore! La mise en abyme est évidente: l'école Rushmore apparaît dans l'introduction elle-même derrière des rideaux de théâtre que l'on ouvre.

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Teddy

Publié le par Rosalie210

Zoran et Ludovic Boukherma (2020)

Teddy

Si le raté "L'Année du requin" (2022) avait été autant promu dans les salles art et essai c'est parce que les frères Zoran BOUKHERMA et Ludovic BOUKHERMA avaient auparavant réalisé un film de genre, certes un peu bancal mais prometteur, "Teddy". Bancal parce que maîtrisant déjà mal le mélange des genres. Ainsi des scènes très réussies dramatiquement et esthétiquement alternent avec des moments creux. La greffe entre la comédie de terroir à la façon d'un "Groland" occitan, le teen-movie et l'imaginaire fantastique est laborieuse. Heureusement, Anthony BAJON qui est de tous les plans ou presque rend crédible et touchant son personnage de paria social un peu naïf qui tente de gommer les manifestations de sa lycanthropie pour s'intégrer. Du moins jusqu'à ce que ses illusions ne s'écroulent et que n'ayant plus rien à perdre, il provoque un bain de sang dans une scène qui fait fortement penser à "Carrie au bal du diable" (1976). Très travaillée visuellement avec ses contrastes de couleurs primaires et ses cadres dans le cadre, elle conclue un film visuellement recherché que ce soit pour les extérieurs (les paysages de montagnes pyrénéennes) ou les intérieurs (les effets de transparence du salon de massage où travaille Teddy, très "Vénus Beauté Institut" (1999) dans lequel la patronne jouée par Noémie LVOVSKY le poursuit de ses assiduités). Quant à l'horreur, elle reste pour l'essentiel suggérée, sans doute par manque de budget. Les frères Boukherma se font surtout plaisir avec des clins d'oeil à des classiques de la mutation comme "La Mouche" (1986) de David CRONENBERG. En dépit de ses imperfections, le film fonctionne assez bien et il est logique qu'il ait été remarqué.

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