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Articles avec #teen-movie tag

Girl

Publié le par Rosalie210

Lukas Dhont (2018)

Girl

"Girl" est un film qui en abordant un sujet sensible a déchaîné les passions. D'un côté ceux qui l'ont encensé (notamment les critiques qui lui ont décerné de nombreux prix (Caméra d'or, queer palm, meilleur premier film au festival de Londres, plusieurs Magritte etc.), de l'autre, ceux qui l'ont rejeté à commencer par les principaux intéressés, les transgenres, du moins ceux qui ont eu assez d'influence pour faire entendre leur voix. "Girl" ne prétend toutefois pas représenter la communauté dans son ensemble mais un parcours individuel inspiré d'une danseuse transgenre d'origine flamande bien réelle, Nora Monsecour qui a conseillé le réalisateur. Autre aspect important qui a mon avis invalide une partie des critiques et qui est occulté par la problématique transgenre, le film raconte l'histoire d'une trans de 15 ans qui par son entraînement acharné et le traitement qu'elle suit espère infléchir sa transformation dans le sens qu'elle souhaite. Le fait de beaucoup se regarder dans le miroir et de se focaliser sur les manifestations génitales de la puberté n'est donc pas déplacé dans un film qui traite autant de l'adolescence que de la transidentité. Et le fait que ce soit un acteur et danseur androgyne qui interprète le rôle n'est peut être pas réaliste mais sa composition n'en est pas moins remarquable.

Néanmoins le film n'est pas exempt de maladresses. Personnellement, j'en vois au moins deux. La première, c'est le fait que la mue de l'héroïne s'apparente à un chemin de croix dépourvu de joie. Lukas Dhont me semble avoir trop lu "La petite sirène" pour s'acharner à ce point sur la souffrance physique que s'inflige Lara par la danse. Une souffrance qui est montrée par ailleurs de façon aussi complaisante que dans "Whiplash" qui pourtant n'a rien à voir avec la transidentité mais qui illustre cette façon navrante d'associer art, compétition acharnée (avec les autres et/ou avec soi) et masochisme. On peut se demander d'ailleurs si Lara aime la danse ou si elle n'instrumentalise pas cet art pour modeler (ou plutôt torturer) son corps selon la conception qu'elle se fait de la féminité. Quoiqu'il en soit le réalisateur n'a aucun recul critique sur ce qu'il filme. La deuxième maladresse, c'est la manière dont le monde extérieur est dépeint. L'entourage de Lara est dépeint comme "compréhensif", "tolérant" etc. mais je l'ai ressenti comme intrusif,  cherchant à connaître voire diriger de façon intolérable sa vie privée (je ne parle pas de ses soi-disant copines qui l'air de rien la mettent à l'écart et l'humilient mais du père qui entre dans la chambre quand elle est nue, lui pose des questions sur son orientation sexuelle et de son docteur qui la pousse à avoir une vie amoureuse, mais de quoi je me mêle?) Il est d'ailleurs étonnant que Lara qui vit de nos jours dans un pays développé avec de nombreux moyens pour rencontrer des personnes vivant la même expérience reste totalement coupée d'elles comme si elle était seule sur terre.

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Les Enfants du Temps (Tenki No Ko)

Publié le par Rosalie210

Makoto Shinkai (2019)

Les Enfants du Temps (Tenki No Ko)

"Les enfants du temps" est le dernier film de Makoto SHINKAI le réalisateur du très remarqué "Your name" (2016). Mais "Les enfants du temps" lui est encore supérieur en jouant avec virtuosité et une grande précision sur deux tableaux, celui de l'hyper réalisme et celui du fantastique poétique. Le titre est très approprié car effectivement les enfants du film sont bien de "leur temps", un temps de crise sociale et écologique aigüe. Les héros sont des adolescents laissés-pour-compte de la société, livrés à eux-mêmes et tentant de survivre dans la jungle urbaine de Tokyo comme dans "Le Garçon et la Bête" (2015). Peu à peu, on les voit tenter de reconstruire quelque chose qui ressemble à un foyer. Mais comme dans "Une Affaire de famille" (2018) ils sont rapidement inquiétés par les autorités alors que le seul adulte qui leur a tendu la main se dérobe à son tour, de peur de ne plus pouvoir rendre visite à sa propre fille, lui aussi ayant vu sa famille se faire atomiser. Et bien qu'en ces temps troublés par les catastrophes écologiques à répétition, c'est le feu qui occupe le devant de la scène, la montée des eaux est tout aussi préoccupante. Makoto SHINKAI imagine quelque chose qui ressemble au Déluge. Une pluie diluvienne qui ne peut être interrompue que par le sacrifice d'une "fille-soleil" dotée de pouvoirs paranormaux. Mais le garçon qui l'aime se révolte contre l'injustice qui consiste à échanger une innocente contre le sauvetage d'une société malade et préfère vivre avec elle dans une ville noyée sous les eaux et "sans soleil". Comment ne pas voir dans ce thème un hommage à Chris MARKER et son documentaire sur les "pôles extrêmes de la survie" incluant le Japon, seul pays riche à avoir conservé un tel degré de conscience de sa fragilité intrinsèque et de ce fait à avoir gardé un lien puissant avec les forces invisibles. Hina la "fille-soleil" étant reliée au ciel de par sa nature même, elle a le pouvoir de provoquer des éclaircies ou de faire tomber la neige en plein milieu de l'été.

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Liz et l'Oiseau bleu (Rizu to aoi tori)

Publié le par Rosalie210

Naoko Yamada (2018)

Liz et l'Oiseau bleu (Rizu to aoi tori)

C’est un film d’animation magnifique, tout en délicatesse et subtilité. Déjà dans son précédent film "Silent Voice" (2016) Naoko YAMADA faisait preuve d’une grande finesse dans l’évocation des difficultés de communication entre adolescents. Dans « Liz et l’Oiseau bleu », elle s’attache dans le huis-clos d’un lycée à étudier la relation entre deux adolescentes très différentes dont l’amitié fusionnelle -admirablement disséquée dans toute la complexité de ses composantes- est à la croisée des chemins. En effet avec la fin du lycée arrive l’heure des choix de vie et avec eux, la douloureuse mais inévitable séparation. Tous les enjeux du film se cristallisent autour d’un morceau de musique tiré d’une adaptation de « L’Oiseau bleu » de Maurice Maeterlinck que les deux amies -l’une flûtiste et l’autre joueuse de hautbois- doivent interpréter ensemble pour le concours de fin d’année de leur orchestre scolaire. Mais elles ne parviennent pas à le jouer harmonieusement parce que Mizore bride son talent pour ne pas surpasser Nozomi. Mizore est en effet terrifiée à l’idée d’être abandonnée par Nozomi, vivant dans son ombre, n’existant qu’à travers elle et s’attachant à suivre le moindre de ses pas, sans un bruit ou presque car l’asynchronie entre elles est tangible dès la première séquence du film. Mizore est en effet solitaire, extrêmement timide et renfermée alors que Nozomi est extravertie, sociable et volubile. Néanmoins les apparences sont trompeuses et la plus faible des deux n’est pas celle que l’on croit. Seulement, l’affirmation de soi passe par une remise en question du mode relationnel déséquilibré que les deux jeunes filles ont tissé entre elles depuis des années. Les mots étant impuissants à traduire la complexité des êtres, Naoko YAMADA saisit les plus ténus mouvements de l’âme par une attention extrême vis-à-vis du langage du corps, celui des regards, des gestes, des postures, des tics, des sons et des silences au travers de plans souvent décentrés et parcellaires sur des mouvements de pieds, des mains qui touchent nerveusement une mèche de cheveux ou des nuances de lumière dans les yeux. Elle la métaphorise également au travers de la musique mais aussi du conte de « Liz et l’oiseau bleu », un livre illustré à l’aquarelle dont nous voyons des extraits tout au long du film. Celui-ci raconte l’histoire de Liz, une jeune fille solitaire proche de la nature qui s’éprend d’un oiseau bleu métamorphosé en jeune fille (un leitmotiv de l’animation japonaise que l’on retrouve aussi bien dans "Ponyo sur la falaise" (2008) que dans "La Tortue rouge") (2016) dont pourtant elle pressent l’inéluctable envol.

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90's (Mid90s)

Publié le par Rosalie210

Jonah Hill (2019)

90's (Mid90s)

"90'S", le premier film de Jonah HILL est un récit d'apprentissage dans le milieu des skateurs de Los Angeles qui fait bien davantage penser à des films du cinéma indépendant américain tels que "Wassup rockers" (2006) de Larry CLARK et "Paranoïd Park" (2007) de Gus Van SANT ainsi qu'à à la Nouvelle vague française du type "Les Quatre cents coups" (1959) de François TRUFFAUT qu'aux comédies hollywoodiennes potaches de Judd APATOW dans lesquelles Jonah HILL a débuté comme acteur. Aux premiers, outre les thèmes de l'adolescence et du skateboard, il a emprunté le directeur photo Christopher BLAUVELT et l'acteur Sunny SULJIC (qui jouait déjà un skateboarder!) du film de Gus Van SANT "Don't Worry, He Won't Get Far On Foot" (2018) dans lequel il jouait lui-même. Pour le second, il y a le caractère semi-autobiographique de l'histoire et le thème de la rébellion d'un jeune qui cherche à échapper à un foyer dysfonctionnel (à noter que la mère célibataire est jouée par Katherine Waterston plus connue pour le rôle de Porpentina Golstein dans la saga des Animaux fantastiques). En dépit du filtre nostalgique de l'image qui recréé au format 4/3 et en 16 mm avec un grain apparent une époque révolue, celle des années 90 avec ses VHS, ses walkmen et cassettes audio, ses consoles Nintendo d'époque et sa bande-son à dominante hip-hop/rap, le film a un caractère tranchant lié à la violence que subit, s'inflige et inflige Stevie pour s'extirper de son marasme et grandir. Mais ce qui l'emporte tout de même, c'est la joie et la fierté de s'être intégré à un groupe de skaters plus âgés avec lesquels des liens de fraternité se sont tissés. Les étapes initiatiques de la quête identitaire sont bien balisées (la première cigarette, la première cuite, la première fille, les dangereux défis en skateboard etc.) mais c'est plutôt ce qui se joue entre qui interpelle. Tous ces jeunes garçons ont des fêlures qu'ils dissimulent sous des airs bravaches de "petits durs" qui les soudent en dépit de leur différence d'âge et de leur diversité ethnique et sociale. De façon plus générale, ce qui frappe, c'est le regard bienveillant que le réalisateur pose sur ces adolescents qui ont adopté la culture de la rue faute de repères, même sur le grand frère de Stevie qui a bien du mal à s'exprimer autrement que par des coups mais dont on sent bien la détresse intérieure.

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Le Cercle des poètes disparus (Dead Poets Society)

Publié le par Rosalie210

Peter Weir (1989)

Le Cercle des poètes disparus (Dead Poets Society)

Dans son livre "L'Intelligence du coeur", Isabelle Filiozat s'interroge sur l'éducation répressive qui s'acharne à soumettre des générations d'enfants en les obligeant à obéir, à se conformer et à faire taire leurs émotions. Cela commence dès la naissance et cela se poursuit ensuite jusqu'à l'âge adulte c'est à dire jusqu'à ce que l'individu ait si bien intériorisé les normes et les règles qu'il n'a plus conscience de la prison mentale dans laquelle il est enfermé. Le système éducatif traditionnel (parental et scolaire) fabrique donc à la chaîne de bons petits soldats dont le CV bien rempli dissimule le vide intérieur. Quant à ceux qui ne se conforment pas, les irréductibles, ils sont impitoyablement rejetés du système et deviennent invisibles.

"Le Cercle des poètes disparus" film éminemment politique confronte ces deux mondes, permettant ainsi de rendre visible les enjeux éducatifs d'ordinaire implicites. Peter WEIR est passé maître dans l'art de dépeindre des microcosmes totalitaires infiltrés par un intrus qui en révèle les rouages avant d'en être expulsé. John Keating (Robin WILLIAMS) est cet intrus qui dérègle le fonctionnement de la Welton Academy, une école privée élitiste accueillant les fils de la bonne bourgeoisie américaine. Sa devise "Tradition, honneur, discipline, excellence" ne laisse aucun doute sur le genre d'éducation qui y est dispensée. Or Keating, esprit libre plein de fantaisie a un tout autre projet: celui d'émanciper les jeunes qui lui sont confiés en leur ouvrant les portes d'une vision poétique du monde. Il ne leur enseigne pas la poésie, il la leur fait se l'approprier en les poussant à puiser dans leurs propres ressources physiques et mentales. Alors que l'éducation normative vide le sujet de sa substance au profit de signes purement extérieurs de richesse et de puissance, Keating est un maïeuticien qui l'aide à accoucher de lui-même. Alors que le système traditionnel fige, réifie, Keating est toujours en mouvement et y entraîne ses élèves. Comme il le leur fait si bien comprendre, l'immobilité signifie la mort et la vie est trop courte pour en perdre une miette (le fameux "Carpe Diem, cueille aujourd'hui les roses de la vie, demain il sera trop tard"). Le titre du dernier livre de Alice Miller "Le corps ne ment jamais" met bien en lumière ce travail d'éveil à la vie par le corps: les élèves marchent, frappent dans un ballon, grimpent sur les tables. Car au mouvement du corps correspond celui de l'esprit à la fois ouvert et critique. Keating anticipe même le débat actuel opposant les défenseurs des humanités (en voie de disparition, le titre du film est hélas prophétique) à ceux qui ont une vision purement utilitariste des contenus à enseigner.

Mais en dépit de son caractère engagé en faveur des électrons libres, des pionniers qui osent s'aventurer sur des chemins non balisés et de sa condamnation sans appel du patriarcat, le film n'est pas manichéen. Keating qui est idéaliste s'aveugle sur les conséquences de ses paroles et de ses actes. Il agit avec légèreté en sous-estimant la capacité
de résistance du système qu'il s'emploie à subvertir. Lorsqu'il réalise que son enseignement parfois mal compris a des effets dévastateurs, c'est trop tard. Cette irresponsabilité retombe sur les élèves, les plaçant pour certains dans des situations inextricables dont ils ne se sortiront pas. Neil Perry (Robert Sean LEONARD) est ainsi le martyr désigné (comme le souligne le symbole de la couronne d'épines) de l'absence de toute communication entre la logique paternelle et celle de son professeur. A l'inverse, Richard Cameron (Dylan KUSSMAN) est le Judas qui provoque à la fois le renvoi de Keating et d'un élève trop insolent et emporté, Charlie Dalton (Gale HANSEN). Reste Todd Anderson (Ethan HAWKE) le timide qui a appris à s'estimer et dont le célèbre geste final d'insoumission est porteur d'espoir.

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A bout de course (Running on empty)

Publié le par Rosalie210

Sidney Lumet (1988)

A bout de course (Running on empty)

« A bout de course » s’ouvre sur le défilement d’un ruban de bitume. Encore que sa progressive dissolution dans le noir puisse également signifier l’adieu à une époque, celle des seventies à la fois libertaires et engagées dont le road-movie est un symbole. En effet au bout de quelques minutes, on comprend qu’il s’agit de l’histoire d’une famille traquée par les agents du FBI pour un acte terroriste commis par les parents, militants de l’ultra gauche. Une quinzaine d’années auparavant, en 1971. Ils ont plastiqué un laboratoire du M.I.T (Massachussetts Institute of Technology) qui fabriquait du napalm pour l’armée américaine alors engagée dans la guerre du Vietnam. L’ironie du sort veut que cet acte violent commis au nom d’idéaux pacifistes ait mutilé un gardien, condamnant les parents à une vie d’errance perpétuelle. Au contexte américain où la mobilité est un fait de société (il n’est pas rare qu’une famille déménage 30 fois au cours de son existence au gré d’offres de boulots souvent temporaires) s’ajoute les origines juives communistes d’Arthur le père (Judd HIRSCH) qui donne à cette odyssée un caractère biblique. Annie la mère (Christine LAHTI) ayant renié son milieu bourgeois d’origine en rompant le contact avec ses parents a accepté de faire corps avec le destin du père… du moins jusqu’à un certain point.

Car cet aspect de l’histoire reste en arrière-plan, telle une épée de Damoclès suspendue au-dessus des personnages. On a même tendance même à oublier par moments leur statut de clandestins en cavale tant le film s’attache à dépeindre leur quotidien et non leurs moments de rupture. Ce qui intéresse Sidney LUMET et ce qui rend ce film inoubliable, ce sont les répercussions du drame sur les enfants. Obligés de changer d’identité, d’apparence et de déménager tous les six mois, comment peuvent-ils se construire et se projeter dans l’avenir ? Doivent-ils payer pour une faute qu’ils n’ont pas commise au nom de l’unité du « clan » obligé de se serrer les coudes dans l’adversité ? Cette loyauté qui les condamne au silence n’est-elle pas incompatible avec la rébellion propre à l’adolescence, indispensable pour s’autonomiser ? C’est tout le questionnement qui traverse le personnage central de Danny, le fils aîné de 17 ans, merveilleusement interprété par River PHOENIX. Pour caractériser ses contradictions internes, outre une magnifique scène impressionniste entre ombre et lumière, Sidney LUMET fait apparaître sur la porte d’un placard un poster de Charles CHAPLIN, la star du muet et juste derrière, un poster de James DEAN, le symbole de la jeunesse rebelle des années 50 (identification renforcée a postériori par le fait que River Phoenix comme James Dean est mort très jeune). D’autre part se pose la question de la transmission. Ironiquement (là encore), le seul véritable héritage que reçoit Danny est celui de sa mère Annie (car du côté du père, derrière une idéologie révolue il n’y a qu’un trou béant). En effet Sidney LUMET montre qu’il est impossible de faire table rase du passé. Celle-ci a eu beau couper tout contact avec ses parents, elle a emporté avec elle un clavier de piano, symbole de ses talents musicaux et elle l’a transmis à Danny qui s’avère être un musicien surdoué. Il n’est pas surprenant qu’elle finisse par éprouver le besoin de renouer les liens avec son père pour lui confier l’avenir de son fils lors de l’une des scènes les plus fortes du film. Cette évolution d’Annie était déjà perceptible lors des retrouvailles avec Gus (L.M. Kit CARSON) l’un de ses camarades activistes resté figé dans le radicalisme de sa jeunesse et qui lui reproche de s’être embourgeoisée (parce qu’elle a fondé une famille et qu’elle refuse de le suivre dans un nouveau « coup » dont l’issue tragique ne fait aucun doute). Subtilement, Sidney LUMET renvoie dos à dos les deux systèmes, celui du réseau activiste révolutionnaire et celui de la cellule familiale en ce qu’ils privent les individus de leur libre-arbitre. Alors que les parents se sont engagés très jeunes dans une voie dont ils payent à vie les conséquences, leur fils se sent tellement lié à eux qu’il ne se donne pas l’autorisation de s’engager dans une voie qui lui serait propre. En même temps, le film dépeint le moment clé où celui-ci découvre que son talent peut lui ouvrir une perspective d’avenir distincte de ses parents en étant remarqué par son professeur de musique et en tombant amoureux précisément de sa fille alors que l’attachement en dehors du clan lui est en principe interdit (comme le montre l’abandon du chien dans la séquence d’introduction). Quant à l’accusation « d’embourgeoisement » émise par Gus et par le père de Danny à propos de la vie de famille et de la passion de la musique classique, elle tombe d’elle-même à partir du moment où les « vieux » ont confisqué de façon contre-nature la rébellion qui est le privilège de la jeunesse. La fin tragique de Gus et l’errance sans but de la famille de Danny (« Running on empty » comme le dit le titre en VO, ils tournent à vide) montre que ce choix de vie nihiliste n’en est pas un. Danny ne peut sortir de son aliénation familiale qu’en restant sur place et en prenant racine quelque part. Le tout avec l’aide de sa mère mais aussi de son père qui s’avère moins psychorigide qu’il n’en a l’air. La mort de Gus a souligné que leur existence était une impasse et il aime suffisamment son fils pour lui laisser une chance d’en construire une qui ne le soit pas : « Va changer le monde. Nous avons essayé ».

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Grease

Publié le par Rosalie210

Randal Kleiser (1978)

Grease

Les vrais "feel-good movies" ont souvent été réalisés avant l'invention de ce terme marketing et dans le but d'échapper à la sinistrose. Billy WILDER disait par exemple que lorsqu'il était très heureux il faisait des tragédies et quand il était déprimé il faisait des comédies. Et donc que pour "Certains l'aiment chaud" (1959) il était très déprimé, voire suicidaire. "Grease" s'inscrit dans la même logique. Dans les années 70 les USA connaissent une crise profonde aussi bien économique que politique et deviennent alors nostalgiques de leur supposé âge d'or des années 50. C'est connu, quand une société va bien, elle regarde vers l'avenir quand elle va mal, elle regarde vers son passé. Par conséquent les films et séries sur cette époque "bénie" se sont multipliés, en particulier "American graffiti" (1973) d'un certain George LUCAS qui avant de diriger son regard vers les étoiles regardait dans son rétro et la série au titre si révélateur "Happy Days" (1974) avec dans le rôle de Fonzie Ron HOWARD qui fut d'ailleurs le premier acteur pressenti pour le rôle de Danny Zuko. Mais finalement, il échu à John TRAVOLTA qui venait juste de rencontrer le succès avec "La Fièvre du samedi soir" (1977). Mais c'est avec "Grease" qu'il devint véritablement une star. Son duo avec Olivia NEWTON-JOHN fonctionne tellement bien qu'on les compare dans le film à celui de Fred ASTAIRE et de Ginger ROGERS. Mais si John TRAVOLTA possède la même fluidité que son illustre aîné, il a en plus le sex-appeal et un certain sens de l'auto-dérision. De fait "Grease" s'inscrit au carrefour de deux genres, celui classique de la comédie musicale et celui encore à venir du teen-movie. Et ce même si les acteurs et actrices de "Grease" ne font guère illusion quant à leur âge véritable. Olivia NEWTON-JOHN par exemple avait 30 ans alors qu'elle est censé en avoir 18. Néanmoins "West side story" (1960) avait ouvert la voie dans les années 60 à ce genre hybride qui se poursuivit dans les années 80 avec "Footloose" (1984) et "Dirty Dancing" (1987).

Mais le paradoxe des paradoxes est que si "Grease" s'est imposé dans la durée, c'est pour son irrésistible énergie seventies cachée derrière le vernis fifties. En effet, son succès durable est lié avant tout à la force de frappe de ses numéros chantés et dansés. Trois d'entre eux en particulier sont devenus mythiques: "Summer Nights", "Greased Lightnin'" et bien sûr "You're the One that I want". Des chansons rock and roll mais traversées par la vibe disco. Celle du générique chantée par Frankie Valli a même été composée par Barry Gibb, l'un des Bee Gees (auteurs de la BO de la "La Fièvre du samedi soir") (1977) et est 100% disco (les images BD tentant de camoufler l'anachronisme). Quant à l'histoire, elle oscille entre les stéréotypes sexistes très appuyés des années 50 (fée du logis sainte-nitouche contre bad boy gomina-cuir-bagnole) et le bousculement de ces mêmes stéréotypes: la sainte-nitouche se transforme en bombe sexuelle dans la séquence la plus mythique du film alors qu'à l'inverse le bad boy tente plus ou moins bien de cacher sa sensibilité féminine devant sa bande de potes qu'il s'agisse de sa fibre romantique pour sa partenaire ou des pulsions homo érotiques vis à vis de ses partenaires.

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Silent Voice (Eiga koe no katachi)

Publié le par Rosalie210

Naoko Yamada (2016)

Silent Voice (Eiga koe no katachi)

Savez-vous ce qu'est l'ijime? ("Intimidation") C'est le mot par lequel on désigne le rejet d'une brebis galeuse par la communauté au Japon. Le harcèlement scolaire en est la manifestation la plus typique. Ce fléau n'est pas spécifique au Japon mais dans ce pays il prend des formes particulièrement intenses et dramatiques. Deux raisons au moins à cela. D'abord l'omerta généralisée qui muselle les victimes et les empêche de trouver du secours (les adultes détournent le regard et les structures d'aides sont inexistantes). Ensuite la primauté du groupe sur l'individu propre aux sociétés confucéennes entretient cette culture du silence et de la honte. On peut également ajouter le poids du patriarcat et de la hiérarchie qui entretient un droit implicite à l'humiliation. Par conséquent le pays du soleil levant détient le record du nombre de suicides d'enfants et les homicides sont également parfois la seule issue à ce déferlement de haine.

"Silent Voice", film d'animation adapté du manga éponyme sorti en 2016 au Japon mais seulement aujourd'hui chez nous (et ne nous voilons pas la face, cela nous concerne aussi) brise un double tabou: celui de l'ijime et celui du handicap. Car la différence qui détonne sur l'homogénéité du groupe est l'élément déclencheur de l'ijime. Et l'handicap facteur d'exclusion sociale est particulièrement mal toléré au Japon.

Si cette œuvre s'attaque courageusement aux tares de la société japonaise c'est qu'il y a urgence. Elle fait l'état des lieux d'une société en crise dont le symptôme est le mal-être de sa jeunesse. Le récit se concentre sur deux personnages : Shoko, une jeune fille atteinte de surdité et Shoya, son camarade de classe turbulent qui est à l'origine de la persécution dont elle est victime au quotidien avant d'être à son tour ostracisé et martyrisé par le reste de la classe (qui l'utilise comme bouc-émissaire). Victime et bourreau sont des rôles sociaux réversibles derrière lesquels on remarque surtout la similitude des difficultés qui touchent les deux jeunes gens: isolement, faible estime de soi, famille fragile et défaillante. On observe que dans les deux cas le père, dépassé, a déserté le foyer (être une famille monoparentale au Japon, c'est aussi un handicap), la sœur n'est pas "dans les clous" (celle de Shoya a une petite fille métis et celle de Shoko est un garçon manqué qui sèche l'école pour tenter de pallier l'absence du père). Les jeunes qui gravitent autour d'eux ne sont pas mieux dans leur peau même s'ils sont loin d'être aussi creusés que les protagonistes principaux

A travers l'handicap de Shoko, le film traite aussi des immenses difficultés de communication qui plombent une société du non-dit ou le contact physique est prohibé. Un occidental peut également être agacé par l'aspect larmoyant du film, surtout à la fin (qui comporte quelques longueurs) mais là encore, c'est le fruit d'une société où la colère est interdite au nom de la préservation de l'harmonie du groupe. Le personnage transgressif de Ueno ne cesse d'agresser Shoko justement parce qu'elle passe son temps à s'excuser au lieu de se défendre (en plus du fait qu'elle est jalouse de sa relation avec Shoya). Voilà donc un film courageux et subtil qui mérite d'être découvert.

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Monstres Academy (Monsters University)

Publié le par Rosalie210

Dan Scanlon (2013)

Monstres Academy (Monsters University)

Les studios Pixar étaient dans le creux de la vague lorsqu'ils ont sorti "Monstres Academy" en 2013. Je ne serai toutefois pas aussi sévère que le site du magazine "Première" qui le classe en dernier avec le commentaire suivant: "Pas le moins bon Pixar, non. Le pire. Avec la pire histoire (une origin story pourrie), les pires gags et la pire mise en scène. Produit comme un Dreamworks médiocre. La vraie daube du studio. Si l’erreur est humaine elle est aussi Pixar".

Pixar n'est quand même pas Dreamworks. Techniquement, le film est bluffant comme tous ceux du studio. les personnages de Bob et Sulli bénéficient d'un tel capital sympathie qu'on est content de les retrouver. De plus l'intrigue, divertissante, se suit sans déplaisir.

Il n'en reste pas moins qu'on attend autre chose de Pixar qu'une préquelle inutile et infantile de l'un de leurs chefs-d'oeuvre "Monstres et Compagnie". Le scénario est superficiel et sans originalité (3 épreuves à passer pour prouver que l'on est digne d'être une terreur d'élite) avec une morale convenue du genre "quand on veut, on peut" ou "si on est tous ensemble, on peut arriver à dépasser nos limites". De plus le folklore des campus américains n'intéresse guère hors des frontières. Il y a dans ce film, comme dans "Rebelle", "Le voyage d'Arlo" ou "Cars 2" un renoncement aux différents niveaux de lecture qui font d'ordinaire la richesse des oeuvres du studio, une tentation de la facilité scénaristique un peu mercantile qui aurait pu lui faire perdre son identité mais la suite a montré qu'il lui restait des ressources pour réagir.

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La fureur de vivre (Rebel Without a Cause)

Publié le par Rosalie210

Nicholas Ray (1955)

La fureur de vivre (Rebel Without a Cause)

"La Fureur de vivre", film culte et film maudit est aussi un témoignage d'une incroyable puissance sur la fracture générationnelle des années cinquante. Cette époque fut marquée aux USA par le triomphe de l'American way of life, un modèle de société fondé sur une classe moyenne consumériste et matérialiste aux valeurs très conservatrices. C'est dans cette société qu'une nouvelle classe d'âge est apparue, celle des adolescents, se caractérisant à la fois par un pouvoir d'achat lui permettant d'affirmer une culture spécifique et un allongement de la durée des études. Une jeunesse trop à l'étroit dans les cadres normatifs des parents ce qui a expliqué son rôle essentiel dans l'avènement de la contre-culture.

C'est à cette jeunesse et à son mal-être que s'intéresse Nicholas Ray au travers des trois personnages principaux du film. Jim Stark (James Dean devenu le symbole de l'éternel ado rebelle autant par son charisme et son jeu que par sa mort prématurée peu de temps avant la sortie du film), Judy (Natalie Wood) et Platon (Sal Mineo) sont trois adolescents mal dans leur peau qui font connaissance dans un commissariat. Chacun d'eux réclame désespérément des repères que leurs parents semblent incapables de leur donner. Le père de Jim est une carpette écrasée par sa femme, celui de Judy ne sait que la rabrouer et la frapper, ceux de Platon ont démissionné et se contentent d'envoyer de l'argent à leur fils, confié aux soins d'une gouvernante.

Freud avait écrit au début des années trente "Le malaise dans la civilisation". Ce titre apparaît parfaitement approprié à une société qui n'offre que le néant à ceux qui représentent son avenir. Chaque scène culte est une représentation de ce grand désert affectif et existentiel: celle du planétarium souligne la solitude de ces jeunes et annonce la fin du monde, la course de voitures se termine dans un gouffre, la maison abandonnée est une sinistre caricature du foyer que cherchent Jim, Judy et Platon. Les figures d'adulte sont systématiquement discréditées. Soit elles sont faibles et ridicules soit elles sont brutales et répressives et souvent les deux  

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