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Articles avec #polar tag

The Ghost Writer

Publié le par Rosalie210

Roman Polanski (2010)

The Ghost Writer

"The Ghost Writer" est un excellent thriller politique et d'espionnage adapté du roman de Robert Harris "L'homme de l'ombre" qui de façon assez transparente charge la barque de l'ancien premier ministre britannique Tony Blair. Celui-ci est accusé d'avoir fait du Royaume-Uni un vassal des USA dans la GWOT (global war on terrorism). Non seulement, c'est de notoriété publique, il a aligné la politique étrangère du Royaume-Uni sur celle de G.W Bush en Irak mais il a permis en retour des ingérences des services secrets américains dans les affaires intérieures du Royaume-Uni. Robert Harris l'accuse également d'avoir commis les mêmes crimes de guerre que les américains en commanditant des actes de torture sur des prisonniers au Moyen-Orient. Bien entendu Tony Blair n'apparaît pas sous son vrai nom et son destin dans le film est plus funeste que dans la réalité mais le modèle est clair et Pierce BROSNAN est très convaincant dans le rôle. Face à ce scandale, le "nègre" chargé d'écrire l'autobiographie "arrangée" de l'ancien ministre s'émancipe pour devenir journaliste d'investigation et rechercher la vérité. La mise en scène de Roman POLANSKI, rigoureuse et haletante de bout en bout fait merveille avec de nombreux morceaux de bravoure (l'enquête à partir du GPS, la course-poursuite à bord du Ferry, la visite de l'île etc.) Mieux encore, le cinéaste ne se contente pas de mettre son savoir-faire au service du roman, il y injecte son style et sa personnalité. On reconnaît donc des leitmotive communs avec d'autres films, principalement "Chinatown" (1974) notamment pour la scène finale (extraordinaire composition du cadre avec la longue diagonale d'où surgit la menace, la collision hors-champ remplacée par le surgissement des feuilles s'éparpillant en tourbillon, une métonymie qui décuple la puissance de la scène) et "Le Locataire" (1976) pour le fantôme du premier "nègre" décédé dont les traces de la présence dont nombreuses (le parcours du GPS mais aussi les affaires dans l'armoire et le dossier secret) qui finit par posséder son successeur. On trouve aussi des soupçons de "Cul-de-sac" (1966) et de "Frantic" (1988): un huis-clos sur une île, une résidence bunkérisée, un homme seul dans un univers hostile, quelques touches de méchanceté avec des dialogues incisifs ("Il m'a appelé mon gars!", "Il dit cela quand il ne se souviens pas du nom"; "Vous avez rédigé son intervention, cela fait de vous notre complice" etc.)

Néanmoins et en dépit de toutes ses qualités il manque quelque chose à ce film pour que je considère qu'il fasse partie des chefs-d'oeuvre de Roman POLANSKI: de l'humanité. L'homme sans nom joué par Ewan McGREGOR est parfaitement ectoplasmique. C'est voulu évidemment, cela va avec son rôle de "ghost" et cela lui donne un côté Tintin qui ne manque pas de pertinence. Le problème c'est que face à un personnage aussi lisse, il en faut d'autres qui soient hauts en couleur pour relever la sauce. Or ce n'est pas le cas. Ceux qui l'environnent sont aussi sinistres et sans âme que les murs gris de la maison-bunker dans laquelle ils se retranchent et la lande aride qui les entourent. Ils se réduisent en effet à leurs fonctions de politiciens corrompus ou d'agents secrets criminels. L'effet obtenu est donc inhumain ce qui n'est pas le cas de "Chinatown" (1974) avec ses accents tragiques ou des thrillers hitchcockiens, fondés sur les sentiments humains et les dysfonctionnements de la psyché.

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Le Crime était presque parfait (Dial M for murder)

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1954)

Le Crime était presque parfait (Dial M for murder)

En revoyant "Le Crime était presque parfait", j'ai été frappée par ses similitudes avec "La Corde" (1948) encore plus nombreuses qu'avec son film suivant, "Fenêtre sur cour" (1954). Outre le fait que "Le Crime était presque parfait" qui est adapté d'une pièce de théâtre se déroule presque totalement à huis-clos c'est le cynisme du personnage principal, Tony Wendice (Ray MILLAND) qui m'a fait penser à "La Corde" (1948). Même si les motivations de Tony sont crapuleuses, dans les deux cas, le criminel prend la place du cinéaste: il scénarise et met en scène le crime avec audace, ingéniosité et sang-froid en improvisant au besoin. Ainsi Tony n'est pas déstabilisé par la tournure imprévue des événements (l'homme qu'il a payé pour tuer sa femme et qui est finalement tué par elle). Au contraire il rebondit, tel un acteur devant improviser sur une scène pour semer ou dissimuler des indices sur et autour du cadavre destinés à faire accuser sa femme de crime avec préméditation afin qu'elle soit condamnée à mort. Néanmoins Tony n'est pas omniscient et c'est le petit détail qui lui échappe qui causera sa perte grâce à un inspecteur particulièrement perspicace qui lui aussi est un pro de la mise en scène à chausse-trappe. C'est au moment où il effectue sa fausse sortie que j'ai réalisé tout ce que la série "Colombo" lui devait. Enfin, "Le Crime était presque parfait" partage avec "La Corde" et son simili plan-séquence unique un caractère expérimental. "Le Crime était presque parfait" avait en effet bénéficié à sa sortie d'une technique avant-gardiste: la 3D! (qui comme le son ou la couleur existait bien avant son exploitation à grande échelle). Mais trop peu de cinéma étaient équipés ce qui n'a pas permis à la majorité du public d'apprécier le rendu sur les objets importants de l'histoire tels que les ciseaux et la clé.

D'autre part "Le Crime était presque parfait" est resté célèbre parce qu'il est le premier des trois films de Hitchcock tournés avec Grace KELLY qui incarne à la perfection la blonde hitchcockienne faussement froide fantasmée par le cinéaste. La scène des ciseaux est devenue iconique et le plan de la main ouverte est repris quasiment à l'identique dans "Psychose" (1960) sauf qu'au lieu de se refermer sur une arme castratrice lui permettant de se défendre (d'un mari qui ne supporte pas sa richesse et sa liberté de moeurs), elle étreint son futur linceul.

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Le Convoyeur

Publié le par Rosalie210

Nicolas Boukhrief (2004)

Le Convoyeur

L'accroche donne l'une des clés du film: "Mille euros par mois, un million dans chaque sac". Ou quand des smicards en voie de précarisation se retrouvent à convoyer des fortunes dont il ne verront jamais la couleur mais pour lesquelles ils risquent leur vie, on comprend qu'ils "pètent les plombs". Selon les caractères, cela se traduit par des dépressions, des suicides sur le lieu de travail, des troubles mentaux, des accès de violence ou le basculement dans le grand banditisme. La précision avec laquelle le film de Nicolas BOUKHRIEF dresse ces portraits de convoyeurs au bord de la crise de nerf donne au film beaucoup de relief tout en l'ancrant dans le drame social. Comme chez Stéphane BRIZÉ ou Ken LOACH, les conditions de travail périlleuses de ces prolétaires sont montrées avec force détails ainsi que leurs angoisses face au rachat programmé de leur société par des américains chargés de la renflouer en la modernisant mais aussi en y faisant le ménage. Et chacun de se demander quel sera son sort ce qui nourrit d'autant plus le climat paranoïaque de ce quasi huis-clos lorsqu'y entre Alexandre Demarre (Albert DUPONTEL), personnage opaque, indéchiffrable qui nourrit tous les fantasmes: est-il la taupe des américains venu espionner les employés? Ou bien est-il le traître qui renseigne les braqueurs qui tuent les convoyeurs les uns après les autres? Car "Le Convoyeur" est également un thriller percutant qui lorgne du côté du vigilante movie (c'est d'ailleurs le nom de la société) avec son cow-boy solitaire qui semble surgir du néant pour mieux y retourner. Un homme cependant profondément tourmenté, traumatisé à qui Albert DUPONTEL donne une interprétation profondément habitée. Face à lui Jean DUJARDIN est ambigu à souhait (pour mémoire, les deux acteurs se sont retrouvés quelques années plus tard dans "Le Bruit des glaçons" (2010), l'un jouant le cancer de l'autre et Dujardin a fait un hilarant caméo dans "9 mois ferme"). On reconnaît aussi d'autres acteurs proches de Dupontel ayant joués dans nombre de ses films tels que Claude PERRON et Nicolas MARIÉ. Bref "Le Convoyeur" est un film atypique par son mélange des genres autant que par son casting de haut niveau et qui tape dans le mille.

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Les Cadavres ne portent pas de costard (Dead Men Don't Wear Plaid)

Publié le par Rosalie210

Carl Reiner (1982)

Les Cadavres ne portent pas de costard (Dead Men Don't Wear Plaid)

Des images en noir et blanc, un accident de voiture en pleine nuit, le bureau d'un privé revenu de tout à la ressemblance plus que troublante avec Dana ANDREWS, la silhouette d'une superbe femme fatale se découpant contre la vitre du bureau, des flingues, du poison, des chambres d'hôtel où l'on ne trouve pas "Le Grand sommeil" (1946), des tavernes mal famées, des ports de l'angoisse, des blondes et des brunes qui vampent, des nazis qui complotent, des indices, des fausses pistes, des meurtres, des trahisons... en bref un pastiche très réussi en forme d'hommage aux films noirs américains des années quarante et cinquante. Le soin maniaque avec lequel les dix-neuf extraits de films de cette époque sont insérés dans l'intrigue originale et la haute dose d'autodérision font penser aux films de Michel HAZANAVICIUS et plus précisément à ses deux OSS 117. Sauf que Jean DUJARDIN n'y rencontrait pas des acteurs ou des figures historiques des années cinquante et soixante "en chair et en os" (ou plutôt à l'écran). Le travail de Carl REINER se rapproche davantage de celui d'un Robert ZEMECKIS. Il s'agit de rendre possible l'interaction entre un acteur des années quatre-vingt (Steve MARTIN) et ses compatriotes de l'âge d'or d'Hollywood ayant officié dans le genre à savoir Humphrey BOGART, Barbara STANWYCK, James CAGNEY, Veronica LAKE, Fred MacMURRAY, Ingrid BERGMAN, Cary GRANT, Ava GARDNER, Burt LANCASTER et tant d'autres. Certes, les trucages sont moins sophistiqués que chez Robert ZEMECKIS car constitués principalement de champs et de contrechamps et non d'interactions dans un même plan comme dans "Forrest Gump" (1994) ou "Qui veut la peau de Roger Rabbit?" (1988) (également un bel hommage au film noir en plus d'être un éblouissant film cartoonesque mêlant animation et prises de vues réelles). Mais ils fonctionnent. On se délecte aussi de l'humour omniprésent (l'extraction des balles avec les dents, le pelotage renommé "repositionnement des seins" etc.) et des nombreux clins d'oeil (la tirade sur le sifflement dans "Le Port de l'angoisse" (1944) qui se transforme en leçon d'apprentissage de la composition d'un numéro de téléphone sur un cadran etc.) Bref le père du cinéaste Rob REINER a signé avec un film un petit bijou dont se régalent les cinéphiles du monde entier depuis bientôt quatre décennies.

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Mystic River

Publié le par Rosalie210

Clint Eastwood (2003)

Mystic River

J'aime beaucoup Clint EASTWOOD en tant que réalisateur mais j'avoue ne pas être au diapason des louanges qui accompagnent "Mystic River" depuis sa sortie et en ont fait un film culte. Peut-être parce que c'est un film très froid, mettant en scène des personnages dévitalisés voire vraiment glaçants. La tragédie initiale qui frappe l'un d'entre eux a un caractère déterministe étant donné que tout ce qui advient après semble en découler: Jimmy est devenu un mafieux adepte de la justice privée (Sean PENN), Sean s'est engagé dans la police (Kevin BACON) et Dave, est restée l'éternelle victime, le bouc émissaire de tous les maux de la société (Tim ROBBINS). Quant à la notion d'amitié, si elle a existé dans leur enfance, elle n'est plus ce qui définit leurs interactions basées sur la méfiance, l'indifférence ou la violence. Si l'on rajoute des conjointes tout aussi effrayantes, chacune dans leur genre (l'une qui se fait la complice des meurtres de son mari, l'autre qui semble terrorisée par les agissements du sien au point de le trahir et la troisième qui est ectoplasmique), il m'a été d'autant plus difficile d'adhérer à ce sado-masochisme généralisé. De plus l'intrigue policière est très classique dans son déroulement voire se traîne par moments et son dénouement semble noyer le poisson dans une culpabilité collective ce qui est une façon de prôner au final l'irresponsabilité de chacun. Il faut dire que je ne crois pas à la fatalité (sauf dans les histoires mettant en scène des héros ou des demi-dieux) bien pratique pour ne pas assumer les conséquences de ses actes mais plutôt au libre-arbitre. Comme ce n'est pas réalisé par un manche et que c'est très bien joué, je mets quand même la moyenne mais il est clair que ce n'est pas ma tasse de thé.

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Série Noire

Publié le par Rosalie210

Alain Corneau (1979)

Série Noire

Plus glauque et sordide que ce film tu meurs! D'ailleurs le titre en VF du polar de l'américain Jim Thompson* qui l'a inspiré "Des cliques et des cloaques" est évocateur d'une atmosphère parfaitement rendue à l'écran. La banlieue blafarde aux intérieurs décrépis et aux sinistres terrains vagues dans laquelle l'intrigue est transposée fait écho à une galerie de personnages repoussants, véritable lie de l'existence humaine sur laquelle trône le non moins minable Frank Poupart, habité par un Patrick Dewaere dont la performance hallucinée situe son personnage aux portes de la folie. De n'importe quel autre acteur, on aurait dit "qu'est ce qu'il cabotine!". Pas de Patrick Dewaere. Il ne fait pas semblant, quand il se tape la tête contre le capot de sa voiture, il le fait vraiment et on sent que sa prestation borderline, il va la chercher dans les tréfonds de ses tripes**. Ce loser des bas-fonds qui dresse sa personnalité exubérante comme un bouclier face au néant est un véritable one-man show que l'espoir de sortir de son impasse existentielle et l'amour que lui inspire l'énigmatique Mona (Marie Trintignant) aussi mutique que lui est volubile plonge dans une descente aux enfers qui ne semble pas avoir de fond. Alain Corneau a très bien saisi dans ses films la déréliction des banlieues (dans "Le Choix des armes", la Courneuve est filmée de façon quasi-documentaire) et il est assisté pour ce film par l'écrivain George Pérec qui a ciselé les dialogues poétiques pleins d'humour noir, respectés à la lettre malgré une impression d'improvisation. Tout comme la prestation de Patrick Dewaere, ils contrebalancent l'aspect hideux du film sans lui enlever son caractère désespéré. J'ajoute que la bande-son composée de tubes de variété et de disco écoutée sur des postes de radio transistor a quelque chose de grotesque et de poisseux en même temps qui se marie bien avec le reste du film.

* Auteur également du roman à partir duquel Bertrand Tavernier a réalisé "Coup de Torchon", l'un de ses meilleurs films.

** Le rôle est quasiment autobiographique dans le sens où Patrick Dewaere a en vain tenté d'échapper au gouffre insondable qui le rongeait intérieurement de plus en plus en se réfugiant dans des paradis artificiels (drogue, alcool, sexe et jeu).

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Have a Nice Day

Publié le par Rosalie210

Liu Jian (2017)

Have a Nice Day

Une curiosité que ce film d'animation chinois, simple mais percutant qui rappelle beaucoup sur la forme le style pop de Quentin Tarantino: mélange de violence et d'humour noir, ballet de mafieux et d'aspirants mafieux autour d'un sac de billets dérobé à un malfrat (comme dans "Jackie Brown") et même plan iconique en contre-plongée d'ouverture du coffre d'une voiture dans lequel se trouve un type pas mal amoché. L'humour masque quand même la terrible vacuité de la petite société chinoise dépeinte complètement atomisée en individus transformés par l'appât du gain en bêtes féroces. Le film comporte un morceau de bravoure assez épatant: une vidéo détournant des affiches de propagande maoïste en version pop art capitaliste dans laquelle deux des personnages lancés à la course au fric rêvent de "lendemains qui chantent" dans un Shangri-la de pacotille. Ils n'iront pas plus loin que la chambre 301 d'un hôtel minable. Quant à la plupart des autres personnages après s'être entre-déchirés comme des fauves lâchés dans une arène, ils finiront leur course folle dans un grand carambolage. Laissons le mot de la fin à l'élément déclencheur de l'intrigue, Xiao Zhang, un jeune employé du BTP qui arrondit ses fins de mois en convoyant les fonds de son patron mafieux avant de s'enfuir avec la caisse. Il a besoin de cet argent pour payer en Corée l'opération de ravalement de façade de sa fiancée défigurée par une opération de chirurgie (in)esthétique qui a mal tourné en Chine. Par ailleurs il proclame son admiration au tueur à gages venu lui faire la peau. Bref, peu de substance sous la coquille et on appréciera aussi bien l'ironie du titre que du passage sur l'acquisition de la liberté en Chine qui se mesure à ce qu'il est possible ou non d'acheter selon le taux de remplissage de son portefeuille.

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Plein Soleil

Publié le par Rosalie210

René Clément (1960)

Plein Soleil

Aujourd'hui "Plein Soleil" se confond avec l'avènement de sa star, le fauve Alain Delon qui irradie de jeunesse (il n'avait que 23 ans au début du tournage!), de beauté, de magnétisme animal. Ce n'était pas son premier film mais c'est celui qui l'a révélé dans un rôle qui lui va comme un gant et pour cause, c'est lui qui l'a choisi presque contre tout le monde. Il fallait oser tenir tête pour un quasi-inconnu à l'époque à l'équipe du film qui lui avait attribué le rôle ingrat de la doublure. L'audace et la conviction intime paient. Sans "Plein Soleil", Luchino Visconti n'aurait pas engagé Alain Delon pour "Rocco et ses frères" et ce dernier n'aurait sans doute pas eu la même carrière.

A l'image de sa star, "Plein Soleil" est un film culotté à qui sa restauration en 2013 a permis de retrouver une seconde jeunesse. Trop vite catalogué par la Nouvelle Vague dans la catégorie "cinéma de papa", René Clément réalise pourtant un film qui penche bien plus du côté des Godard, Truffaut et consorts que du cinéma académique réalisé en studio. Il y a l'insolence de la jeunesse du jeune loup cité plus haut qui n'a rien à envier à son contemporain, Jean-Paul Belmondo révélé par "A bout de souffle". Il y a l'apport décisif du chef opérateur Henri Decaë (celui des "Quatre Cent Coups") dont le travail sur la lumière et les couleurs force l'admiration, particulièrement dans les scènes de haute mer. Celui du scénariste de Chabrol, Paul Gégauff. Enfin le travail de René Clément lui-même qui se révèle extrêmement talentueux dans l'art de filmer en décors naturels à la façon d'un documentaire que ce soit Alain Delon se débattant au milieu des éléments déchaînés ou déambulant dans des scènes de foule. 

Et puis il y a la thématique évoquée dans le film qui n'est pas moins audacieuse. "Plein Soleil" est en effet la première adaptation de "Monsieur Ripley", le premier roman que Patricia Highsmith a consacré à Tom Ripley, héros amoral et ambigu sexuellement. Dans "Plein Soleil" comme dans les adaptations ultérieures des romans mettant en scène le personnage ("L'Ami Américain" de Wim Wenders, "Le Talentueux Mr Ripley" de Anthony Minghella etc.) tout comme d'ailleurs dans des adaptations plus ou moins libres d'autres romans de l'auteure ("L'Inconnu du Nord-Express" de Alfred Hitchcock, "Harry, un ami qui vous veut du bien" de Dominik Moll etc.) le thème du double est une véritable obsession. Dans une scène emblématique située au début de "Plein Soleil", Tom Ripley  (Alain Delon) enfile le costume de son rival bourgeois Philippe (Maurice Ronet) et s'admire dans la glace, imitant ses intonations et allant jusqu'à embrasser son reflet. Illusion narcissique brisée lorsqu'apparaît ledit Philippe armé d'une cravache. Scène homoérotique typique qui définit les rapports des deux hommes basés sur la gémellité/complicité, l'ambiguïté des désirs et le sado-masochisme*. Du moins jusqu'à ce que les deux ne fassent plus qu'un (dans une pulsion à la fois fusionnelle et meurtrière) et que Ripley doive endosser une double identité qui s'avère au final trop lourde pour les épaules d'un seul homme, de nombreux éléments de mise en scène soulignant la solitude du personnage comme la fatalité de son destin.

* Une décennie plus tard, le "couple" formé par Alain Delon et Maurice Ronet a rejoué une partie des enjeux de "Plein Soleil" non plus à bord d'un bateau mais au bord de "La Piscine" avec pour pôle féminin Romy Schneider qui fait une brève apparition dans "Plein Soleil", Marie Laforêt interprétant le rôle de Marge, la petite amie de Philippe. D'une certaine manière, "La Piscine" est le jumeau de "Plein Soleil".

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Memories of murder (Salinui chueok)

Publié le par Rosalie210

Bong Joon-ho (2003)

Memories of murder (Salinui chueok)

Le deuxième film de Bong Joon-ho "Memories of murder" est aussi l'un de ses plus grands films. Il s'inspire d'une pièce de théâtre elle-même issue d'un fait divers qui avait défrayé la chronique en Corée: le viol et le meurtre d'une dizaine de femmes de tous âges à Hwaseong au sud de Séoul entre 1986 et 1991 par un serial killer, le premier du genre au pays du matin calme et qui n'a été confondu que trente ans après les faits c'est à dire en 2019.

Le film de Bong Joon-ho qui se concentre sur la traque infructueuse du coupable tient en haleine du début à la fin avec une montée en puissance impressionnante sur la dernière demi-heure qui tourne à la tragédie noire à l'entrée d'un tunnel ferroviaire. Avec un sujet pareil, on pourrait s'attendre à un film seulement très sombre mais en maestro du mélange des genres, Bong Joon-ho en fait aussi un film très drôle. Un humour burlesque ravageur qui souligne l'incompétence de la police de l'époque dans un contexte politique par ailleurs troublé. En effet le trio d'enquêteurs, Park (Song Kang-ho) le policier local, son brutal coéquipier Jo Young-goo et un inspecteur venu de Séoul leur prêter main-forte, Seo (Kim Sang-kyeong) vont systématiquement se retrouver mis en échec par un tueur insaisissable qui profite des failles béantes du système pour s'évanouir dans la nature. La Corée du sud des années 80 n'était pas développée comme elle l'est aujourd'hui et elle était encore en transition entre l'autoritarisme et la démocratie. Par conséquent les policiers manquent de rigueur scientifique et de moyens pour mener leur enquête. Les tests ADN ne peuvent être menés qu'aux USA*, les scènes de crime ne sont pas assez protégées et face au manque de preuves Park se réfugie dans toute une série de pistes plus farfelues les unes que les autres (le "contact visuel" alors qu'une scène prouve qu'il est incapable de différencier un coupable d'une victime, la méthode chamanique, la visite des saunas pour tenter de repérer des hommes imberbes, le criminel ne laissant aucun poil sur les lieux de ses crimes, la recherche d'un auditeur qui demande la même chanson à la radio les soirs de meurtre etc.) Par ailleurs, on voit ces mêmes policiers utiliser la torture pour faire endosser les crimes à des boucs-émissaires tels qu'un attardé mental ou un miséreux surpris en pleine forêt en train de se masturber avec des dessous féminins volés. Des séquences qui pourraient être révoltantes mais qui tournent au grotesque avec les interrogatoires surréalistes des hommes incriminés. Hommes à qui n'est offert par la suite qu'une réparation dérisoire. Enfin le régime offre un boulevard au meurtrier en utilisant les forces de police pour la répression des manifestants plutôt que pour traquer les criminels et en imposant un couvre-feu qui facilite d'autant son passage à l'acte (les lumières qui s'éteignent symbolisent un régime qui ferme les yeux). Alors des années plus tard quand Park qui a changé de métier (on le comprend) revient sur les lieux du premier crime et apprend de la bouche d'une fillette que le tueur est venu s'y recueillir peu de temps auparavant, il regarde droit dans les yeux par un regard caméra les spectateurs de son pays pour qu'ils ne puissent plus jamais détourner le regard.

* C'est d'ailleurs par son ADN que le meurtrier a fini par être confondu. Les bavures, les erreurs de l'enquête et le retard technologique m'ont fait penser à l'affaire Grégory qui date de la même époque et qui reste irrésolue.

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Mother (Madeo)

Publié le par Rosalie210

Bong Joon-ho (2009)

Mother (Madeo)

Avant de commencer ma critique proprement dite, je mets en garde contre tout risque de confusion entre le film du coréen Bong Joon-ho et celui plus récent et plus connu de Daren Aronofsky avec Jennifer Lawrence et Javier Bardem qui porte le même titre mais qui est suivi d'un point d'exclamation.

"Mother" (sans ! donc) qui a été réalisé en 2009 entre "The Host" et "Snowpiercer" est nettement moins flamboyant et spectaculaire qu'eux. Il est aussi, il faut le dire plus rébarbatif avec des personnages peu sympathiques plongés dans une situation sordide non compensée par les touches d'humour habituelles du cinéaste. Il s'inscrit cependant dans le style d'un réalisateur qui est passé maître dans le mélange des genres, ici le mélo familial et le thriller policier. S'il y a un film auquel on peut comparer "Mother" c'est "Psychose" d'Alfred Hitchcock qui fait d'une histoire de fusion monstrueuse entre mère et fils la substance de son intrigue policière. Il y a d'ailleurs une phrase quasi-identique prononcée dans les deux films: "Elle ne ferait pas mal à une mouche" (à propos de Mrs Bates dans "Psychose"), "Il ne ferait pas même pas mal à une araignée d'eau" (à propos de Do-joon dans "Mother") alors qu'ils sont tous deux accusés de meurtre.

Contrairement à "Psychose", Do-joon et sa mère sont deux entités vivantes aux corps distincts, une séparation matérialisée la plupart du temps par une vitre. Mais l'emprise de la seconde sur le premier tant physique que mentale est très forte puisque Do-joon souffre de retard mental ce qui l'empêche d'être indépendant. Et il est significatif que sa mère n'ait pas de nom, ce qui définit bien comment son identité se confond avec son rôle de mère. Dans l'une des premières scènes du film, Bong Joon-ho définit de façon admirable ce qu'est la non-séparation psychique. La mère massicote des racines au fond d'une pièce tout en surveillant son fils grâce à une baie vitrée qui ouvre sur l'autre côté de la rue où il se trouve. Arrive le moment où il se fait renverser par une voiture, elle se précipite vers lui en hurlant qu'il saigne mais découvre que c'est elle qui s'est coupé au niveau du doigt comme s'ils ne formaient plus à ce moment là qu'un seul corps. Et ces moments de fusion, on les retrouve ponctuellement tout au long du film, le fils étant "programmé" de façon pavlovienne par sa mère et celle-ci prête à toutes les extrémités pour sauver son fils (en raison d'un sentiment de culpabilité inconscient).

"Mother" possède cependant une dimension proprement asiatique, la mère s'avérant dans les (magnifiques) première et dernière scène du film étroitement connectée aux forces de la nature avec lesquelles elle danse, faisant ainsi circuler à travers elle les flux énergétiques de l'univers*. En occident, elle aurait été depuis longtemps brûlée comme sorcière mais en Corée, elle exerce (illégalement) la profession d'acupunctrice et connaît donc bien les différents points du corps qui doivent être stimulés pour que l'énergie vitale y circule de façon harmonieuse. Elle a d'ailleurs appris à son fils une technique qui lui permet de retrouver la mémoire, technique qui joue un rôle clé dans le film tout comme celle qui consiste à se défendre quand on le traite d'idiot. Le film joue beaucoup sur les apparences trompeuses. Tout est fait pour que le spectateur croient Do-joon et sa mère inoffensifs mais le sont-ils vraiment?

Ces dimensions psychiques et spirituelles enrichissent considérablement un film qui en surface ne serait qu'une banale intrigue policière autour du thème du faux coupable (Hitchcock, encore) aggravé par les tares de la société coréenne bien mises en avant par le réalisateur (corruption, inégalités sociales, incompétence) et rehaussé par une mise en scène brillante (voir la scène à suspens où la mère tente de quitter la pièce jonchée de bouteilles sans réveiller l'homme qu'elle surveille et qu'elle croit être le vrai meurtrier). Elles donnent au personnage de la mère* toute sa richesse, en surface une femme pauvre, seule, faible, démunie (sa couleur fétiche, le violet est celle des veuves et des martyrs) mais en profondeur un maelstrom de forces obscures d'une terrifiante puissance capables de dévaster tout sur leur passage. De quoi bien faire réfléchir sur l'ambivalence de l'instinct maternel et du dévouement sans limite.

* Un équivalent de ce Qi-Gong dans la nature peut être trouvé chez les amérindiens du film de Terrence Malick "Le Nouveau Monde".

* Beaucoup de références des films de Bong Joon-ho nous échappent. Ainsi pour "Mother", il a choisi une actrice qui symbolise la mère aux yeux des coréens, rôle qu'elle a joué de multiples fois dans la production locale.

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