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Le Voyage de la peur (The Hitch-Hiker)

Publié le par Rosalie210

Ida Lupino (1953)

Le Voyage de la peur (The Hitch-Hiker)

"Le Voyage de la peur" est le cinquième film de Ida LUPINO réalisé la même année que "Bigamie" (1953). Point commun: dans les deux cas, elle y dissèque le mal-être du mâle américain dans la société hyper-conformiste des années 50, un peu comme le fera une vingtaine d'années plus tard John CASSAVETES. Comme le cinéaste pré-cité, Ida LUPINO a été actrice et scénariste, un pied dans le système hollywoodien et l'autre en marge de celui-ci, d'où sa distance critique par-rapport au système tout en maîtrisant ses codes. "Le Voyage de la peur" est en effet un thriller et il est considéré comme le premier film noir réalisé par une femme, du moins aux USA. Comme chez John CASSAVETES, la crise existentielle des "Husbands" (1970) par rapport à leur quotidien étouffant se traduit par une errance et une perte de repères, y compris par rapport à la sexualité: les deux hommes sont tentés par la débauche dans des bars à prostituées à la frontière mexicaine et leur relation n'est pas sans ambiguïté (comme dans nombre de films de buddies). Mais leur voyage tourne mal lorsqu'ils prennent en auto-stop un serial killer, à croire que cette mauvaise pioche était inconsciemment préméditée (la culpabilité?).

Néanmoins, si les premières scènes de son film témoignent d'un sens assez magistral de la mise en scène (une série de plans brefs ne cadrant que les jambes du tueur et les silhouettes et les objets des victimes qu'il sème le long de sa macabre odyssée), la suite s'essouffle dans une série de scènes répétitives (la cavale du tueur et de ses otages d'un côté à voiture puis à pied dans le désert et la traque de la police des deux côtés de la frontière) qui finissent par émousser l'intérêt que l'on porte aux personnages et à l'intrigue. Ida LUPINO ne va en effet pas assez loin dans l'étude de caractères, que ce soit celle du tueur ou celle de ses otages. A force de s'amuser à les humilier et à les dresser l'un contre l'autre à longueur de temps, la dynamique entre le tueur et les deux hommes tourne au procédé dont le renversement final n'altère en rien l'aspect mécanique. Dommage car la gueule cassée (et flippante) du tueur traduit des souffrance que la réalisatrice ne fait qu'effleurer, son film ressemblant davantage à un exercice de style qu'à une odyssée pleinement humaine.

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Bigamie (The Bigamist)

Publié le par Rosalie210

Ida Lupino (1953)

Bigamie (The Bigamist)

Ida LUPINO est un énième exemple illustrant le livre de Titiou Lecoq sur l'effacement des femmes dans l'histoire. En effet il y a toujours eu des créatrices dans tous les domaines artistiques qui ont souvent oeuvré au coeur même de l'industrie du divertissement ou des institutions culturelles de leur pays, rencontrant même le succès mais elles ont été ensuite oubliées. Le mot "patrimoine" est lourd de sens puisqu'il est genré de manière a en exclure les femmes. La transmission des oeuvres d'art s'est donc effectuée durant des siècles de façon discriminante, celles des femmes étant effacées à de rare exceptions près, jusqu'à ce qu'une époque prête à faire plus de place aux femmes ne redécouvre leur héritage. C'est ce qu'il se passe depuis quelques années dans le domaine du cinéma. Après Alice GUY, Lois WEBER et d'autres pionnières comme Germaine DULAC, après Yumiko TANAKA, seule cinéaste de l'âge d'or des studios japonais dont l'intégrale est désormais visible en France, c'est au tour de Ida LUPINO, la seule cinéaste à avoir réalisé des films hollywoodiens dans les années 50 d'être mise à l'honneur par Arte jusqu'en juillet.

"Bigamie", son avant-dernier film résume parfaitement son cinéma. Le décorum hollywoodien y apparaît pour ce qu'il est, un mirage, lorsque les personnages visitent Beverly Hills dans un bus touristique et que le chauffeur égrène les noms des stars vivant dans les luxueuses demeures. Ida LUPINO préfère faire un pas de côté vis à vis de tout ce cirque afin de raconter les existences de gens ordinaires souvent meurtris incarnés par des acteurs peu connus (à l'exception d'elle-même et de Joan FONTAINE qui à l'image du film se sont partagées le même homme). De même, elle utilise les codes du film noir (secret, enquête, flashback, confession) pour raconter le drame d'un homme déchiré entre deux femmes qu'il aime profondément, au point de se mettre hors-la-loi en leur donnant le même statut marital (ce qui d'ailleurs est souligné dans le film: un adultère n'aurait eu aucune conséquence pénale alors que la bigamie met en péril le mariage, pilier de la société américaine). Au-delà de la l'aspect social et juridique, son film est surtout intimiste. Les portraits des trois personnages sont tellement fouillés qu'il devient impossible de les juger (d'ailleurs la sentence du tribunal à la fin du procès est occultée). La détresse de Harry face au mur que sa femme a dressé devant lui suite à la découverte de sa stérilité, leur fuite en avant dans le travail, la solitude et l'errance qui en résultent, la rencontre de Harry avec Phyllis, une femme fière mais aussi égarée que lui, l'éclosion de leur amour, tout cela est raconté avec beaucoup de sensibilité et d'empathie. Ida LUPINO prend le temps de développer les personnages et de nous faire partager ce qu'ils vivent de façon à nous faire ressentir la profondeur de leur tragédie étant donné que c'est leur sincérité dans leurs sentiments qui les met dans cette situation inextricable.

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Insomnia

Publié le par Rosalie210

Christopher Nolan (2002)

Insomnia

Je n'ai pas vu le film original dont "Insomnia" est le remake, en revanche, même si l'intrigue est délocalisée en Alaska, j'ai reconnu l'ambiance des polars scandinaves tels que la saga "Millenium" (2010) ou "Les Enquêtes de l inspecteur Wallander" (2008). Cela tient à la place centrale occupée par une nature oppressante, des intrigues et des personnages malsains, le poids du silence enfin. Et puis j'ai eu l'occasion de faire l'expérience du soleil de minuit et mon organisme n'a pas supporté cette perte de repères, me tenant éveillée durant 72h d'affilée. Bien entendu dans le film, il faut lire l'insomnie qui torture l'inspecteur Will Dormer comme une métaphore de sa conscience intranquille. Le personnage de vieux flic désabusé excellement joué par Al PACINO aspire à un repos qui se dérobe à lui. D'où une conduite à risque (au sens propre!) par laquelle il aspire au sommeil éternel qui le laissera enfin en paix. Si le troisième film de Christopher NOLAN est plus simple dans sa construction que le précédent "Memento" (2000), le fait est qu'ils sont reliés par la mémoire. Mais alors que dans "Memento" il s'agit de raviver (ou d'inventer c'est selon) des souvenirs pour alimenter une mémoire qui s'efface plus vite que son ombre, dans "Insomnia", il s'agit au contraire de parvenir à oublier un passé trop lourd qui s'invite dès le générique de début sous la forme de flashs récurrents montrant un tissu s'imbibant de sang. Will Dormer est en effet poursuivi par une culpabilité aussi tenace que la tache de sang qui refuse de partir. Elle s'invite sous de multiples formes durant le film et brouille les repères entre l'innocent et le coupable, la vérité et le mensonge, le jour et la nuit, le rêve et la réalité (autre thème majeur de la filmographie de Christopher NOLAN). Son antagoniste, l'écrivain Walter Finch (Robin WILLIAMS dont ce n'est pas le seul rôle à contre-emploi, il joue de manière assez semblable dans un film un peu ultérieur "Final cut") (2005) n'est peut-être qu'un avatar de lui-même tout comme l'adolescente assassinée possède un double avec lequel il joue un jeu dangereux (quoique moins poussé que dans la version originale d'après ce que j'ai lu). L'aspect introspectif de "Insomnia" est ce qui en fait un film personnel et non un thriller lambda, une sorte de "voyage au bout de la nuit" lors d'un jour sans fin dans une ville du bout du monde appelée Nightmute (elle existe réellement et comment ne pas faire le rapprochement avec Nuit et brouillard: secret et disparition).

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Scarface

Publié le par Rosalie210

Brian de Palma (1983)

Scarface

"Scarface" est un film énorme, fruit de la rencontre de trois génies du cinéma alors au sommet de leur art: Al PACINO, Oliver STONE et Brian DE PALMA. Et on peut même doubler la mise si on ajoute les créateurs du film original auquel est dédié le remake, Howard HAWKS et Ben HECHT sans oublier l'idée de génie de Sidney LUMET (premier réalisateur pressenti) de transposer l'histoire originale dans le milieu de la pègre cubaine à Miami. Le résultat est un film culte qui réussit la fusion entre la tragédie antique et shakespearienne et le grand-guignol pop et kitsch. Tragédie par les thèmes abordés (l'ascension et la chute implacable d'un caïd de la drogue empêtré dans des contradictions insurmontables, sa jalousie incestueuse vis à vis de sa soeur qui s'inspire de l'histoire des Borgia) mais traitement outrancier, caricatural qui tourne en dérision le rêve américain et par extension, la réussite capitaliste. Tout n'est que mensonge, vacuité, sauvagerie et vulgarité bling-bling. De ce point de vue, Tony Montana est l'antithèse absolue de Michael Corleone et bien que l'on sache qu'ils sont incarnés par le même acteur, il est impossible de les confondre. Personnages bigger than life, ils ont droit tous les deux à une sortie théâtrale mais là où le second inspire selon les propos d'Aristote la terreur et la pitié, le premier n'est qu'un risible bouffon qui gesticule le nez dans la semoule ou plutôt la coke et n'a que trois mots à son vocabulaire (dont le mot "fuck", répété 182 fois!) La bêtise du bonhomme qui tombe dans tous les panneaux du mirage américain n'a d'égale que sa sauvagerie incontrôlée. Celui-ci allant logiquement de frustration en déception au fur et à mesure que ses illusions se dissipent avance inéluctablement vers sa propre fin. J'ai pensé au court-métrage diffusé récemment sur Arte "Camille" qui raconte par la bouche d'une petite fille la chute de Jérôme Kerviel qui croyait "tenir le monde par les couilles". Le globe terrestre orné de la formule "The world is yours" qui orne le hall de la villa de Tony Montana en est un avatar. On sait quel traitement Charles CHAPLIN a réservé à ceux qui se prennent pour les maîtres du monde. Tony Montana a oublié que la formule qu'il a fait graver sur le globe, il l'a d'abord aperçue sur un ballon dirigeable qui a fini par lui exploser à la figure, libérant le néant qui l'habitait.

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Serpico

Publié le par Rosalie210

Sidney Lumet (1973)

Serpico

Bien que "Serpico" soit un cran en dessous du chef-d'oeuvre qu'est "Un après-midi de chien" (1975) en ce qui concerne la tension dramatique il a en commun avec lui une histoire tirée de faits réels, un regard critique sur la société américaine, un style documentaire percutant et une figure centrale d'inadapté social porté par un Al PACINO intense. Dire que Serpico est un flic intègre qui part en croisade, tel un Don Quichotte des temps modernes contre la corruption qui gangrène à tous les étages l'institution pour laquelle il travaille est un résumé superficiel du film. Le réduire à cet aspect, c'est en effet passer à côté du personnage. Ce que Sidney LUMET filme avant tout, c'est le parcours d'un homme qui ne s'intègre pas au nom de son intégrité et qui donc de ce fait est profondément seul. Dans le film, il n'existe véritablement qu'un personnage qui est proche de lui, celui du commissaire: il symbolise le juif errant qui reconnaît en Serpico une figure christique et le pousse à assumer jusqu'au bout les conséquences de sa quête de justice et de vérité: "si nous obtenons des inculpations, il faudra que vous soyez témoin" (sous-entendu, quitte à en payer le prix). Les autres attendent de lui qu'ils se fondent dans un rôle: celui du flic ripoux qui présente bien afin de ne pas ternir l'image de la police, celui de l'époux et du père pour ses petites amies successives qui ne semblent pas imaginer pouvoir vivre par elles-mêmes. Or Serpico fait exactement l'inverse car il est incapable d'être autre chose que lui-même. Par conséquent il n'entre pas dans les cases. Son look hippie de plus en plus affirmé au fur et à mesure que les années passent (très semblable à celui de John LENNON) et son style de vie bohème détonent dans le milieu. Une des meilleures scènes du film le montre dans sa prime jeunesse participant à une soirée étudiante avec sa petite amie Leslie dont un des amis lui dit qu'elle n'est excitée que par les intellectuels et les génies. Pas étonnant qu'il ait bien du mal à croire que Serpico soit flic. A l'inverse, les ragots sur son homosexualité supposée circulent chez ses collègues de travail autant par son refus d'utiliser la violence sur les détenus que par sa culture qu'il ne cherche pas à dissimuler, y compris lorsqu'elle a des connotations efféminées. Une fois de plus, on constate que l'image est le cadet de ses soucis et que son parcours dans la police est une succession de faux pas qui l'amènent à s'aliéner à peu près tout le monde. D'autant qu'en découvrant qu'il ne peut obtenir aucun secours d'une hiérarchie qui couvre les agissements véreux de ses employés, il les balance à la justice et aux médias devenant ainsi un traître. Le film de Sidney LUMET par-delà le contexte de sa réalisation en pleine contre-culture contestataire a ainsi toujours un caractère actuel, Serpico étant un lanceur d'alerte d'avant l'ère numérique.

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Un après-midi de chien (Dog day afternoon)

Publié le par Rosalie210

Sidney Lumet (1975)

Un après-midi de chien (Dog day afternoon)

Je n'avais jamais vu ce film et je n'avais aucune idée de ce qu'il contenait. L'effet n'en a été que plus fort. Dès les premières minutes, ce qui m'a frappé, c'est qu'alors que les trois hommes n'ont encore rien fait de concret, il y a déjà écrit "loser" sur leur front: leur air hagard, leurs hésitations, la décision de l'un d'entre eux de rebrousser chemin juste avant de dépasser le point de non-retour, tout cela donne d'emblée l'impression d'un coup improvisé par des amateurs un peu paumés. Ce que la suite vient confirmer. A contre-emploi par rapport à "Le Parrain" (1972) avec son regard mouillé et embrumé, sa pâleur et ses cheveux ébouriffés Al PACINO se retrouve dans la peau d'un personnage qui a certainement inspiré Francis VEBER pour la séquence du hold-up commis par Pierre RICHARD jouant un chômeur désespéré dans "Les Fugitifs" (1986) où il accumule tant de gaffes que la police a tout le temps de se rendre sur les lieux, l'obligeant à prendre un otage en toute hâte. C'est exactement ce qu'il se passe dans "Un après-midi de chien": le braquage tourne court tant les malfaiteurs rivalisent de malchance et de maladresse et ils se retrouvent assiégés à l'intérieur de la banque par la police, le FBI, les journalistes et les badauds avec leurs otages. Le spectacle peut commencer.

C'est seulement à ce moment-là en effet que le film prend sa véritable dimension, celle qui l'ancre profondément dans son époque tout en lui donnant une portée visionnaire. "Un après-midi de chien", c'est le huis-clos caniculaire de "Douze hommes en colère" (1957) dans le bouillon de la contre-culture et sous les projecteurs du tribunal médiatique. Comme si Sidney LUMET-Henry FONDA tendait la main cette fois au Ratso de "Macadam cowboy" (1968) en lui donnant une tribune pour s'exprimer. Et pour cause! Dans cette histoire tirée de faits réels, la presse décrivait l'homme ayant inspiré le personnage de Sonny comme étant très proche du physique de Al PACINO et de Dustin HOFFMAN. Et c'est la crainte qu'il ne lui échappe au profit de son rival qui fit que Al PACINO (qui avait déjà joué pour Lumet dans "Serpico") (1973) accepta le rôle de cet homme dépassé par les événements et qui est amené à devenir le porte-voix des sans voix, ceux-ci étant admirablement symbolisés par la figure mutique et indéchiffrable de Sal (John CAZALE) qui semble emmuré en lui-même. Pourtant on apprend aussi que Sonny et lui-même sont des vétérans du Vietnam et l'on devine entre les lignes que comme Travis Bickle, ils n'ont jamais réussi à se réinsérer. Enfin la sexualité de Sonny, faite d'errance entre une normalité opprimante et une marginalité jetée en pâture aux médias est ce qui est à l'origine de son "coup de folie".

Le film, proche par son dispositif du documentaire offre une critique sociale et sociétale saisissante de l'Amérique au travers notamment de sa police, de sa justice, de ses médias et de ses valeurs morales puritaines. La disproportion flagrante du rapport de forces entre l'énorme cavalerie déployée autour de la banque et l'allure minable des deux braqueurs fait que, à l'image des otages, l'on prend fait et cause pour eux. Cette disproportion n'est que le reflet des inégalités sociales dont Sonny et Sal sont les victimes. C'est ce que met en évidence le moment où Sonny sort avec un mouchoir blanc à la main et se retrouve aussitôt braqué par des dizaines d'hommes. Lorsqu'il hurle "Attica!"* prenant la foule à témoin, il devient le porte-parole des "damnés de la terre" et il en va de même lorsque la raison de son geste désespéré est dévoilée sur la place publique. D'un côté, il est jugé, humilié, conspué, violé dans son intimité (un thème qui fait écho à l'époque paranoïaque du film et notamment à "Conversation secrète" (1974) où jouait aussi John CAZALE), de l'autre, l'homosexualité, le mariage gay et la transexualité (thème encore jamais abordé dans le cinéma en dehors des films underground) peuvent enfin s'exprimer au grand jour comme un abcès que l'on crève, Sonny devenant à son corps défendant aussi le porte-parole de cette humanité en souffrance à qui il clame son amour et qui le lui rend bien. La dimension christique de Sonny rejoint celle de Pacino qui s'est abîmé pour le rôle au point d'avoir réellement fini à l'hôpital (et d'avoir compris qu'il fallait laisser de côté quelque temps le cinéma pour sauver sa peau) alors que la fiction se nourrissant du réel et vice versa, c'est l'argent du film qui a permis au véritable Sonny de financer l'opération de sa femme trans, de même que sa lutte existentielle lui a sans doute sauvé la vie.

* Allusion à une mutinerie dans la prison d'Attica en 1971 en raison de l'assassinat d'un militant des Black Panthers par des gardiens lors d'une tentative d'évasion, le tout sur fond de racisme et de conditions de détention indignes. Le mouvement se termina dans un bain de sang (39 morts).

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L. 627

Publié le par Rosalie210

Bertrand Tavernier (1992)

L. 627

Après l'avoir vu, j'ai compris pourquoi "L.627" faisait partie des films les plus importants tournés par Bertrand TAVERNIER et était devenu une référence. En effet celui-ci accomplit avec l'aide précieuse de Michel ALEXANDRE, ancien policier spécialisé dans le trafic de drogue un film qui colle à la réalité du terrain sans que pour autant cette démythification du boulot de flic, inhabituelle dans le cinéma français ne provoque l'ennui. En fait je pense que beaucoup de fonctionnaires peuvent y reconnaître leurs propres conditions de travail façonnées par les coupes budgétaires: locaux inadaptés ou vétustes, système D pour se procurer les fournitures essentielles (et encore, le film ne parle pas des pénurie de savon et de PQ dans les WC), manque de véhicules fonctionnels (la scène de la fuite d'essence que les policiers ont bien du mal à faire reconnaître pour ce qu'elle est est un cas d'école) et salaires visiblement insuffisants (puisque l'un d'eux complète ses revenus en filmant des mariages). A ce manque flagrant de moyens financiers viennent s'ajouter la passion française pour la paperasserie administrative inutile (des rapports que personne ne lira jamais), pour les stages totalement déconnectés du réel (l'un des flics est un bleu qui, dépassé par les situations qu'il est amené à vivre et par les réactions de ses collègues passe son temps à dire "qu'on ne lui a pas appris ça") et pour "la culture du chiffre" qui confine à l'absurde. Le boulot de ces flics est en effet un travail de Sisyphe, condamné à la répétition pour un butin dérisoire. Mais comme il faut néanmoins afficher des résultats, chacun se débrouille comme il le peut, bien souvent en dehors de la loi (elle aussi déconnectée des réalités du terrain). Le film met particulièrement en évidence le rôle des indicateurs et les relations forcément complexes qui se nouent entre eux et les flics. En échange de renseignements sans lesquels il leur serait impossible d'agir, ceux-ci deviennent leurs protecteurs voire leurs fournisseurs, n'hésitant pas à prélever une partie de la marchandise confisquée pour ceux qu'ils appellent les "cousins". On voit même se nouer une relation trouble faite de séduction et de tendresse filiale entre Lulu (Didier BEZACE) qui est investi à 100% dans son métier au point d'en négliger ses proches et une prostituée toxicomane, Cécile (Lara GUIRAO). Eux aussi sont dépeints avec un grand réalisme (social et médical), parfois éprouvant. Mais si Lulu est le personnage principal, les membres de son équipe sont également importants, chacun ayant sa personnalité propre sans lequel le film n'aurait pas le même relief. J'ai particulièrement apprécié les touches d'humour qui constituent des respirations salutaires pour les flics comme pour le spectateur.
 

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Astrid et Raphaëlle (saison 3)

Publié le par Rosalie210

Laurent Burtin et Alexandre de Seguins (2022)

Astrid et Raphaëlle (saison 3)

"Astrid et Raphaëlle" qui en est à sa troisième saison se bonifie d'année en année et je me réjouis de son succès qui est tel d'ailleurs que France 2 a décidé de ne plus diffuser qu'un seul épisode au lieu de deux à partir du 16 septembre 2022, histoire de faire durer le plaisir... et l'audience. Succès qui n'allait pas de soi. Les "buddy cop movies" déclinés en films de cinéma ou en séries télévisées sont été longtemps une affaires d'hommes avec bastons et explosions à la clé (qui ne se souvient pas de "Starsky et Hutch, les chevaliers au grand coeur mais qui n'ont jamais peur de rien"?). "Astrid et Raphaëlle" a beau évoluer dans le milieu très balisé de l'enquête policière à boucler en moins d'une heure chrono par épisode (multiplié par 8), il n'en reste pas moins que son principe relève du domaine du "rendez-vous en terre inconnue". Mettre sur le devant de la scène deux femmes possédant une véritable personnalité (c'est à dire qui ne sont pas réduites à leur genre, auxquelles on peut donc s'attacher et s'identifier de façon universelle) s'avère extrêmement vivifiant. Entre Raphaëlle, l'impulsive rebelle et garçon manqué qui se cache encore pour fumer comme une adolescente attardée prise en faute et Astrid, la jeune femme autiste asperger qui combat à ses côtés autant pour l'aider à résoudre les enquêtes que pour se faire une place au soleil au milieu des neurotypiques, on ne s'ennuie jamais. La finesse avec laquelle ces deux personnages sont dépeintes et interprétées (par Lola DEWAERE et Sara MORTENSEN) ainsi que la dynamique de leur relation est sans aucun doute la clé du succès de la série. Celle-ci bénéficie également lors de cette troisième saison d'intrigues souvent à double détente que je trouve mieux ficelées et également mieux reliées à l'histoire personnelle des enquêtrices, en particulier d'Astrid. Des images mentales telles que le labyrinthe au plafond (comme l'échiquier dans "Le Jeu de la dame") (2019) ou les photos de baisers nous font entrer visuellement (comme le fait un autiste) dans ses pensées pour y découvrir par quel chemin sinueux elle parvient à conjuguer son atypie avec un concours d'entrée dans la police ou avec un amour naissant. Sa passion pour les énigmes prend alors un sens plus profond qu'un simple intérêt restreint. On appréciera d'autant plus le clin d'oeil appuyé à "Le Silence des agneaux" (1989) dans l'épisode 4 ("la Chambre ouverte") où celle-ci est aidée par un criminel auteur de polars et passe-muraille (joué par Stéphane GUILLON), leurs face-à face et leurs propos faisant irrésistiblement penser à ceux des personnages de Jodie FOSTER et Anthony HOPKINS (qui a d'ailleurs été officiellement diagnostiqué autiste asperger en 2014). Mention très bien également pour Valérie KAPRISKY qui a un véritable personnage à défendre, personnage qui au fil des épisodes, ne cesse de gagner en épaisseur.

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Garde à vue

Publié le par Rosalie210

Claude Miller (1981)

Garde à vue

Il y a deux films en un dans "Garde à vue" et même peut-être trois:

- Un polar (des crimes, une enquête, des flics, un commissariat, un suspect).
- Un film noir. Tellement noir d'ailleurs qu'avant d'être exposé à la lumière, les visages de Martinaud (Michel SERRAULT) et de sa femme Chantal (Romy SCHNEIDER dans son avant-dernier rôle) restent dans l'ombre lorsqu'ils apparaissent pour la première fois. Une grande partie de l'enjeu du film consiste à éclairer leurs zones d'ombre. Film noir également par le fait que les deux membres de ce couple s'apparentent aux stéréotypes du genre: l'homme faible et la femme fatale (et vénale).
- Une étude de moeurs, celle d'une bourgeoisie de province que l'on pourrait qualifier de décadente. Cet aspect est fondamental dans le film. Le personnage de Martinaud se définit d'abord par son statut social. Il est notaire et se faire donc appeler "maître Martinaud", il a un beau smoking (on est le soir de la Saint-Sylvestre), de l'argent, des biens, une belle femme. Mais tout cela est à double tranchant. Si dans un premier temps, cela en impose d'autant que l'homme a l'arrogance de sa caste et de l'éloquence au point qu'il donnerait presque l'impression à certains moments de renverser les rôles et de prendre le contrôle du commissariat, on s'aperçoit au fur et à mesure que le film avance que cette apparence respectable cache des secrets inavouables qui pourtant finiront par être mis sur la table. C'est d'ailleurs davantage comme des métaphores du secret que comme des images réalistes que je perçois les flashs mentaux qui ponctuent le film (un bunker, un bois, un couloir, une porte qui se ferme, un phare). Ce renversement de situation donne aux policiers une occasion en or de prendre une revanche qui est aussi sociale. Le huis-clos du commissariat se transforme alors en ring de boxe dans lequel Martinaud se retrouve pris en étau entre les mains du rusé inspecteur Gallien (Lino VENTURA) qui le malmène psychologiquement et du rustre inspecteur Belmont (Guy MARCHAND) qui le rudoie physiquement. C'est à ce moment-là qu'on se souvient du premier film de Claude MILLER, "La Meilleure façon de marcher" (1975) dans lequel deux moniteurs développaient une relation trouble et cruelle placée sous le sceau du tabou. Il règne la même ambiance trouble et cruelle dans un "Garde à vue" qui aurait pu aussi s'appeler "Une exécution ordinaire" à une époque où la peine de mort était juste en train d'être abolie en France. Outre l'excellence de la mise en scène, du scénario et de l'interprétation (le mano à mano intense de Lino Ventura et de Michel Serrault est resté dans les annales, valant au second le César du meilleur acteur), la qualité des dialogues signés de Michel AUDIARD (percutants mais au service des personnages et non pour faire mousser leur auteur) est également à souligner.

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Lost Highway

Publié le par Rosalie210

David Lynch (1996)

Lost Highway

Si David LYNCH était une couleur, il serait le bleu, si David Lynch était un nombre il serait le deux, si David Lynch était un jeu, il serait le puzzle et s'il était une instance psychique, il serait l'inconscient. Ses romans préférés seraient "Alice de l'autre côté du miroir" et "Le Magicien d'Oz" et sa phrase poétique en prose fétiche, "Je est un autre". "Lost Highway" est ainsi le jumeau de "Mulholland Drive" (2001), un thriller sous acide faisant éclater l'unité de la personnalité et restituant donc un récit fragmenté par l'image, le rêve, la folie schizophrène, la brune et la blonde, le négatif et le positif. Le récit y est lui-même double comme l'est la route de briques jaunes délimitant deux rubans de bitume parfaitement symétriques parcourus en nocturne à toute vitesse en caméra subjective à la façon d'un trip hallucinogène. Fred Madison (Bill PULLMAN) un saxophoniste est "habité" par un homme mystérieux (Robert BLAKE) qui hante ses cauchemars, sorte d'être maléfique tapi dans l'ombre ne jaillissant dans la lumière que pour aider Fred à assouvir ses pulsions criminelles et voyeuristes (celles-ci sont filmées ce qui fait penser à "Le Voyeur") (1960). De l'autre côté du miroir, un récit parallèle se déroule dans lequel Fred devient Pete Dayton, garagiste (Balthazar GETTY). La femme qu'il rêve de posséder (Patricia ARQUETTE) change seulement de prénom et de couleur de cheveux (dans le récit en miroir, elle s'appelle Alice, comme quoi même chez Lynch il y a de la logique ^^) alors que le rival de Fred (Robert LOGGIA), homme d'affaires louche trempant notamment dans le business du sexe se contente de changer de nom (Dick Laurent devenant Mr Eddy). Pris isolément, chacun de ses récits constitue une intrigue de film noir dont on trouve également les fondamentaux dans "Blue Velvet (1985) mais c'est leur mise en relation et les accès de folie de Fred transformés en une réflexion méta (le personnage mystérieux avec sa caméra au poing est aussi un double du réalisateur) qui déroute et fascine. Mieux vaut rester dans son sillage le long de la route de briques jaunes...

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