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Articles avec #realisatrices tag

T'as de beaux escaliers, tu sais

Publié le par Rosalie210

Agnès Varda (1986)

T'as de beaux escaliers, tu sais

Court-métrage de trois minutes de Agnès Varda, le concept de "T'as de beaux escaliers, tu sais" est l'ancêtre direct du magazine d'Arte "Blow up" créé en 2010 par Luc Lagier. Même point de départ, issu de l'actualité (le film qui date de 1986 a été conçu pour un anniversaire, celui des cinquante ans de la Cinémathèque française) et même principe, celui du montage d'extraits de films autour d'une thématique commune qui a également pour fonction de réveiller la mémoire cinéphilique du spectateur (ce que Luc Lagier appelle les "petites madeleines" qu'il a été évidemment été chercher "Du côté de chez Swann"). En 1986, la Cinémathèque française était encore domiciliée dans le palais de Chaillot, lieu qu'elle occupait depuis 1963 et l'appui des pouvoirs publics*. Appui à double tranchant puisque son co-fondateur, Henri Langlois avait été limogé en 1968 avant d'être réintégré grâce à la mobilisation du monde du cinéma français (dont la plupart des cinéastes de la nouvelle vague). Le palais de Chaillot étant situé sur une colline, on accédait à la Cinémathèque par des escaliers montants (vers le musée) ou descendants (vers la salle de cinéma) ce qui a donné l'idée à Agnès Varda de la thématique des escaliers, et d'un titre clin d'oeil à "Le Quai des Brumes" de Marcel Carné. Il est amusant de comparer son film au "Blow up" consacré aux escaliers au cinéma car bien évidemment on y retrouve des extraits communs, notamment une séquence développée différemment autour du célébrissime passage des escaliers d'Odessa dans "Le Cuirassé Potemkine". Agnès Varda reconstitue la séquence du landau à la Cinémathèque avec des spectateurs anonymes alors que Luc Lagier passe en revue quelques célèbres reprises dans des films ultérieurs. Autre lien commun, les escaliers comme métaphore de la grandeur et de la déchéance avec le "Citizen Kane" de Orson Welles ou le "Ran" de Kurosawa (qui témoignent de la programmation éclectique et ouverte de la cinémathèque). Ou encore les escaliers comme support chorégraphique des comédies musicales. Là où Varda met plutôt en avant l'utilisation comique voire burlesque de l'escalier ("Cover Girl", "Le Coup du parapluie"), Luc Lagier développe la thématique des scènes de combat en apesanteur. Enfin l'utilisation des escaliers dans les scènes de suspense ou de terreur sont absentes du film de Agnès Varda qui conserve un ton plutôt léger et ludique, même au moment du dernier extrait, consacré à "L'Histoire de Adèle H": c'est que Isabelle Adjani, alors au firmament de sa carrière fait une courte apparition à la fin du film. La musique est signée de Michel Legrand (et reprise partiellement de "Cléo de 5 à 7").

*Ce n'est qu'en 2005 qu'elle a déménagé à son emplacement actuel situé dans le parc de Bercy.

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Aline

Publié le par Rosalie210

Valérie Lemercier (2020)

Aline

Dans le film de Valérie LEMERCIER, Céline Dion s'appelle Aline Dieu. Un nom fictif qui en dit long. L'album "D'Eux" écrit par Jean-Jacques GOLDMAN comporte lui aussi des références religieuses "Les derniers seront les premiers" et "La mémoire d'Abraham". Une façon discrète de souligner le don exceptionnel de la chanteuse. Mais pas seulement pour chanter, également pour aimer, les deux ayant un caractère divin. Jean-Jacques Goldman avait d'ailleurs expliqué qu'il avait été séduit (outre la voix) par le côté nature et généreux de Céline Dion que sa carrière de diva à la Barbra STREISAND (son modèle) n'avait pas altéré*. Le film de Valérie Lemercier conserve ce côté nature et généreux d'un bout à l'autre. La facette showbiz disparaît au profit de la désarmante simplicité du personnage (même à l'intérieur d'un palace ou d'une immense salle de concert elle nous semble proche, "a girl next door"). Car Céline/Aline emporte partout ses racines et sa famille avec elle (le porte-bonheur de son père, sa mère qui veille sur elle et plusieurs de ses nombreux frères et soeurs) qui forment une bulle de protection autour d'elle. Cela aurait pu la maintenir dans un répertoire infantile mais c'était sans compter sur l'expérience décisive de Guy-Claude (alias René Angelil) son manager et futur époux. Les scènes d'explication orageuse entre Sylvain MARCEL et Danielle FICHAUD sont savoureuses (comme d'ailleurs tout le casting québécois), la mère n'appréciant guère d'avoir un "vieux pruneau" divorcé deux fois pour gendre. Comme le reste de la famille et Aline elle-même avec ses imperfections, Guy-Claude est croqué avec drôlerie et tendresse. Même les salles de concert les plus imposantes prennent ainsi un caractère chaleureux et familial et on comprend pourquoi les moqueries dont Céline/Aline fait l'objet (qui sont évoquées à plusieurs reprises dans le film) glissent sur elle sans la toucher, comme tout ce qui a trait à la laideur ou à la corruption du monde dans lequel elle évolue. La performance de Valérie LEMERCIER est bluffante (même si je ne suis pas coinvaincue par les effets spéciaux qui lui donnent l'allure d'une gamine de 8 ans).

*" Mais si tu grattes là
Tout près de l'apparence
Tremble un petit qui nous ressemble
On sait bien qu'il est là
On l'entend parfois
Sa rengaine insolente
Qui s'entête et qui répète
"Oh, ne me quitte pas"

On n'oublie jamais
On a toujours un geste
Qui trahit qui l'on est
Un prince, un valet
Sous la couronne un regard
Une arrogance, un trait
D'un prince ou d'un valet

Je sais tellement ça
J'ai copié des images
Et des rêves que j'avais
Tous ces milliers de rêves
Mais si près de moi
Une petite fille maigre
Marche à Charlemagne, inquiète
Et me parle tout bas." (On ne change pas)

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Dieu existe, son nom est Petrunya (Gospod postoi, imeto i'e Petrunija)

Publié le par Rosalie210

Teona Strugar MITEVSKA (2018)

Dieu existe, son nom est Petrunya (Gospod postoi, imeto i'e Petrunija)

Inspiré d'une histoire vraie ayant eu lieu en 2014 à Stip en Macédoine du nord mais qui semble sortie tout droit du Moyen-Age, "Dieu existe, son nom est Petrunya" a un titre en forme de réponse iconoclaste aux autorités ecclésiastiques locales qui avaient affirmé que Dieu existait et qu'il était un homme. Au delà de la question de la représentation du divin, le désordre créé par le simple fait qu'une jeune femme s'empare d'un objet religieux (une croix) qu'un rituel religieux orthodoxe réserve aux hommes a quelque chose d'absurde mais aussi de glaçant. On découvre à travers ce film qui ne se déroule pas au Moyen-Orient mais bien en Europe combien l'état de droit est fragile face à des traditions archaïques mais âprement défendues par une jeunesse masculine locale aux allures de hooligans soutenue par des autorités religieuses que les autorités civiles sont soucieuses de ne pas heurter au nom du maintien de l'ordre public. C'est ainsi que Petrunya qui n'a commis aucun délit d'après la loi se retrouve pourtant au commissariat qui devient par la suite un refuge précaire face aux menaces de lynchage. La vraie raison d'être des "traditions" apparaît alors comme un moyen de canalisation des pulsions les plus primitives de ceux qui ont les moyens physiques d'imposer leur loi, celle de la jungle. La croix étant une promesse de bonheur et prospérité pour celui qui s'en empare, Petrunya affirme par son geste irréfléchi son droit à y accéder, elle dont l'existence est marquée par l'exclusion: diplômée d'histoire (intellectuelle donc) mais sans travail, vivant à 32 ans toujours chez ses parents et que son physique non conforme rend "imbaisable" par les mâles décideurs du coin. C'est ce désespoir qui la pousse à transgresser les règles sociales afin d'exister enfin. On peut toutefois regretter un discours trop appuyé avec une Petrunya qui passe de personnage léthargique à personnage subversif sans nuances et une journaliste que je trouve tout à fait inutile. Un huis-clos villageois aurait considérablement renforcé la puissance du film.

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Grave

Publié le par Rosalie210

Julia Ducournau (2016)

Grave

Une bleue qui découvre le goût du sang et les plaisirs de la chair, voilà le programme du premier étonnant film de Julia Ducournau, qui comme son successeur, "Titane", primé à Cannes "libère les monstres" comme on lâcherait les chiens et interroge la notion de mutation corporelle mais aussi l'organicité (ou non) des liens du sang. En s'inscrivant dans le genre du film initiatique pour adolescents tendance gore (donc interdit aux moins de 16 ans, il ne faut pas craindre les scènes de boucherie et le sang qui coule à flots) "Grave" est cependant mieux structuré que "Titane" qui est plus expérimental. Mais non moins percutant, Julia Ducournau ayant de sacré bonnes idées et une maîtrise assez impressionnante de la mise en scène. Il fallait oser montrer de façon aussi frontale (et littérale!) l'animalité de l'être humain et le caractère dévorant des relations intra-familiales. La famille de Justine tente ainsi de contrôler sa bestialité en étant végétarienne. Mais de façon parfaitement contradictoire, tout le monde y est vétérinaire (pour apprivoiser cette part animale?). Justine (Garance Marillier qui joue aussi dans "Titane"), la fille cadette qui entame ses études découvre donc sa vraie nature, celle de sa famille et par extension, celle de l'homme au travers d'un bizutage musclé plus vrai que nature (sans doute l'une des meilleures représentation du corps médical dans le cinéma français avec "Hippocrate"). Nourriture et sexualité étant liées, elle découvre son féroce appétit pour la viande, et surtout la viande humaine en même temps que son désir pour son colocataire homosexuel, Adrien (Rabah Naït Ouffela) dont les muscles appétissants lui provoquent des saignements de nez (je crois que c'est la première fois que je vois cette manifestation de l'excitation sexuelle dans le cinéma hexagonal alors que les mangas et anime japonais dont je me suis abreuvée à l'adolescence et dans les années qui ont suivi en regorgent!) Mais dans cette course au mâle, elle est concurrencée par sa grande soeur, Alexia (Ella Rumpf qui incarne un personnage au prénom identique à celui de "Titane", est-ce un hasard?), élève-vétérinaire dans la même école qui est à la fois son mentor et sa rivale. Aucune ne sortira indemne de cet affrontement tout en chair et... en poils (autre tabou majeur de l'animalité du corps féminin qui est exhibé frontalement dans le film). 

J'ajoute pour ma part le plaisir de voir Laurent Lucas jouer un père dont le corps recèle bien des secrets après son mémorable rôle dans un autre must du cinéma de genre français: "Harry, un ami qui vous veut du bien" (2000) de Dominik Moll. Oui, on a besoin d'être nourris par ce genre de films et on est loin d'être rassasiés!

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Titane

Publié le par Rosalie210

Julia Ducournau (2020)

Titane

Ira, ira pas? Je me suis posée la question pendant quinze jours. D'un côté un film qui traite de sujets qui m'intéressent et une réalisatrice dont le discours ému à Cannes et les tremblements incontrôlables de son bras tranchaient avec le caractère convenu des autres. De l'autre mon peu d'envie de me confronter à des scènes insoutenables. Finalement, ayant appris que ces scènes étaient brèves, prévisibles, peu nombreuses et concentrées dans la première partie, j'ai pu les gérer en fermant les yeux au moment adéquat. D'ailleurs si ces scènes sont globalement nécessaires dans le parcours du personnage d'Alexia, l'une d'entre elle (la plus longue) me semble limite superflue, comme un sacrifice fait au genre.

Quel genre d'ailleurs? Les scènes de meurtre se rattachent au slasher, celle de violence sur soi et de transformations corporelles au body horror, deux sous-genres du film d'horreur aussi bien occidental que nippon (j'ai personnellement beaucoup pensé à la saga Alien, à certains films de Brian DE PALMA et à "Akira" (1988) en plus des références citées partout à David CRONENBERG et à John CARPENTER). Il faut en passer par là pour que le film comme l'héroïne mue un peu (trop) abruptement vers une seconde partie très différente dans laquelle Alexia, sorte de cyborg qui se comporte à la fois comme une machine à tuer et un animal sauvage ne devienne Adrien, jeune homme transgenre frêle, ravagé et mutique en quête d'amour et d'acceptation. Alexia et Adrien tous deux incarnés par une impressionnante Agathe Rousselle sont en effet constitués d'un alliage d'homme, de femme et de métal*. Une fusion perturbante dont les manifestations marquent le spectateur: la plaque de titane se greffe sur le crâne, l'huile de moteur coule des orifices charnels et un enfant hybride en sort, une jeune femme utilise un long dard de métal sur ses victimes, un jeune homme danse lascivement sur un véhicule de pompiers sous les regards gênés de ses collègues et de son père adoptif. Vincent LINDON qui s'oppose en tous points au père biologique de Alexia (joué par Bertrand BONELLO) occupe en effet une position clé dans le film et il s'agit d'un choix de casting particulièrement judicieux. Car ce n'est pas tant sa quête de masse musculaire voire d'éternelle jeunesse que j'ai trouvé convaincante que le fait que son humanité ressort de façon saisissante dans un univers futuriste nocturne qui en manque cruellement. "On est responsable pour toujours de ce que l'on a apprivoisé" disait le renard dans Le Petit Prince et c'est exactement la ligne de conduite de Vincent (choix du prénom à mon avis non fortuit), prêt à recevoir tous les secrets que renferme le corps d'Adrien. Vraiment tous.

* Alliage qui sert de support réflexif à la déconstruction des stéréotypes de genre. Le lien femme-automobile au coeur de tant de publicités virilistes est par exemple un fil directeur du film de Julia DUCOURNAU sauf que si le point de départ (la scène de lap-dance dans un salon de tuning automobile) est tout à fait conforme aux pires clichés sexistes, la suite leur tord le cou, offrant aux regards masculins du film (et au spectateur) de quoi déranger cette vision caricaturale du monde.

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Papicha

Publié le par Rosalie210

Mounia Meddour (2019)

Papicha

Un sujet fort et des actrices remarquables, Lyna KHOUDRI en tête (César du meilleur espoir féminin et que j'ai découvert dans "Gagarine" (2020) dans lequel elle est également excellente) mais un scénario maladroit et une réalisation brouillonne font que ce "Papicha" ne parvient pas réellement à décoller, contrairement à "Mustang" (2014) qui traite d'une thématique proche. Si "Papicha" (dont la traduction littérale est "jeune fille coquette" mais celle-ci ne rend guère compte de l'ambiguïté du mot qui peut s'entendre comme "jeune fille facile") s'embourbe, c'est d'abord parce qu'il contient en réalité deux sujets et non un seul: d'une part la condition féminine dans les pays du Maghreb en proie à la montée de l'islamisme intégriste et de l'autre les débuts de la guerre civile algérienne des années 90. Cette dernière n'est qu'une toile de fond d'autant que le choix de faire des plans resserrés sur les personnages étouffe complètement le contexte dans lequel ils vivent. Le vrai sujet de "Papicha", c'est la pression sociale qui s'exerce sur le corps féminin dans l'espace public à travers sa tenue vestimentaire. Il n'y avait pas besoin pour cela de situer l'intrigue dans l'Algérie en guerre, la question est également récurrente en France sous diverses formes: interdiction du foulard islamique à l'école, interdiction du voile intégral dans l'espace public, arrêtés municipaux interdisant le burkini et maintenant débat sur le crop top dans les collèges et les lycées. Et bien entendu, derrière ce débat s'en profile un autre qui est celui de la domination des hommes sur les femmes. Là encore pas besoin de se délocaliser pour traiter du harcèlement de rue ou des tentatives de viol. A cette surcharge thématique vient s'ajouter de grosses maladresses de réalisation et de scénario comme la mort de la soeur qui semble surgir comme un cheveu sur la soupe ou l'attaque finale tout aussi grossièrement amenée et qui est filmée de façon peu lisible. Un montage moins heurté aurait également permis de pouvoir mieux lire les images. Bref, le manque de maîtrise général handicape beaucoup le film et c'est d'autant plus dommage qu'il avait de réels atouts au départ.

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Gagarine

Publié le par Rosalie210

Fanny Liatard et Jérémy Trouilh (2015)

Gagarine

Pour se faire une idée de la merveille qu'est le premier long-métrage de Fanny LIATARD et Jérémy TROUILH, il est possible de voir sur le net leur court-métrage au titre éponyme réalisé en 2015. Bien sûr, en quinze minutes et sur petit écran, le résultat n'est pas aussi grandiose mais il s'agit bien du prototype du film qui aurait été en compétition à Cannes si l'édition 2020 avait pu se tenir et qui sort au cinéma demain, 23 juin 2021.

"Gagarine" croise deux thématiques: la banlieue et la science-fiction. Le film est ancré dans un lieu unique, la cité Gagarine d'Ivry-sur-Seine, inaugurée en 1963 avec la visite du célèbre cosmonaute soviétique qui a donné son nom a la cité détruite en 2018 après des décennies d'abandon et de taudification comme nombre d'autres grands ensembles de la banlieue rouge. Les images d'archives de 1963 ouvrent le court comme le long métrage et rappellent que ces logements représentaient à l'époque d'un progrès social. En 2015 (pour le court-métrage) et 2018 (pour le long-métrage) on peut mesurer l'étendue de la dégradation des locaux. Paradoxalement le jeune Youri (en référence à Gagarine) qui a 20 ans dans le court-métrage se sent attaché à la cité et tente de la retaper à lui tout seul pour la sauver. Inutile de préciser qu'il plane très loin de la réalité ce que symbolise sa chambre dédiée à sa passion pour l'espace. Le court-métrage mettant en scène peu d'acteurs, il ne fait pas ressortir autant que le long-métrage le déchirement collectif que représente la décision (très politique) des pouvoirs publics de détruire la cité et de reloger les habitants plutôt que de la rénover. Youri apparaît juste comme un peu toqué alors que les quelques personnes qu'il croise ont toutes accepté voire espèrent cette issue. Par contre Youri est mieux entouré puisqu'il vit en famille avec notamment une mère aimante alors que son isolement est le facteur déclencheur de son expérience autarcique dans le long-métrage. On voit également l'esquisse des rêveries de Youri avec des séquences à la limite du fantastique jouant sur les lumières et les formes. Certains plans comme celui qui se réfère à "2001, l odyssée de l espace" (1968) sont repris à l'identique dans le long-métrage. Idem en ce qui concerne les mouvements de caméra qui font ressentir l'apesanteur. Et la dernière séquence dans laquelle la cité devient un vaisseau spatial est une belle variante de celle du long-métrage.

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Chien bleu

Publié le par Rosalie210

Fanny Liatard et Jérémy Trouilh (2018)

Chien bleu

Après l'émerveillement et l'émotion qu'a suscité en moi le premier long-métrage de Fanny LIATARD et Jérémy TROUILH, j'ai eu envie de voir leurs courts-métrages et j'ai trouvé sur le net ce magnifique "Chien bleu" qui contient en miniature toute la beauté et la sensibilité qui les caractérisent.

Le titre "Chien bleu" est polysémique. Il se réfère d'abord au célèbre album jeunesse de Nadja édité par l'Ecole des loisirs et d'ailleurs on retrouve dans le film un plan identique à la couverture où le chien bleu se détache sur un fond jaune. Cet hommage est lié au fait qu'il y a toujours des traces nostalgiques de l'enfance dans leurs films. Comme dans "Gagarine" (2020), le travail sur la couleur des deux cinéastes est exceptionnel, déclinant ici toutes les nuances du bleu pâle au bleu nuit avec également en parallèle un travail sur les formes géométriques, rectangulaires et circulaires.

Mais ce travail formel est au service d'un récit qui comme dans "Gagarine" s'ancre dans le bitume des cités taudifiées de banlieue pour s'élever vers le ciel. Le bleu prend alors tout son sens, plus exactement un double sens contradictoire. D'un côté des "idées bleues" du père de Yoann (Rod PARADOT que j'aimerais voir plus souvent au cinéma tant il est éclatant de sensibilité) qui vit cloîtré chez lui en proie à une profonde dépression qui se manifeste par une obsession monochrome pour le bleu qui sature son environnement et qu'il a déteint sur son chien. Et de l'autre, le bleu est aussi la couleur de Soraya (Mariam Makalou), la jeune femme solaire que rencontre Yoann et qui pratique la danse tamoul sur les toits, en référence aux divinités hindoues. Car le bleu, couleur du ciel est aussi la couleur des dieux. Cette élévation spirituelle est déjà une façon de s'arracher à la pesanteur et à la tristesse qui l'accompagne pour devenir aussi léger que les oiseaux, ceux-ci (de couleur bleue) étant également longuement filmés par le duo. Par l'intermédiaire de Yoann qui cherche une issue pour son père, celui-ci peut donc quitter sa bulle bleue (dans laquelle il se sent en sécurité), mettre son casque (en se peignant le visage) pour rejoindre la station orbitale dans laquelle gravitent les danseuses qui l'attendent pour une rencontre "avec les yeux" pour reprendre la célèbre chanson de Christophe qui accompagne le film. "Le soleil a rendez-vous avec la lune". ^^

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Gagarine

Publié le par Rosalie210

Fanny Liatard et Jérémy Trouilh (2020)

Gagarine

"Gagarine" qui devait sortir fin 2020 et qui finalement sortira le 23 juin 2021 est le premier long-métrage de Fanny LIATARD et de Jérémy TROUILH d'après leur court-métrage éponyme réalisé en 2015. Soit le même parcours que pour "Les Misérables (2019). Mais le parallèle avec le film de Ladj LY ne s'arrête pas là et confirme la "montée en gamme" du film dit "de banlieue" dans le sens où c'est en s'y arrachant, en dépassant son sujet, en se détachant du documentaire social, de l'ici et du maintenant qu'il en parle le mieux en touchant l'universel. "Les Misérables" convoquait le passé de Montfermeil et Victor Hugo. "Gagarine" s'ouvre sur des images d'archives qui rappellent également le terreau historique dans lequel a germé la cité: celui des 30 Glorieuses mais aussi d'un certain âge d'or de l'Etat-providence quand la menace communiste en pleine guerre froide poussait les élites dirigeantes à jouer le jeu de la redistribution des richesses pour réduire les inégalité sociales. La construction d'une cité HLM à Ivry-sur-Seine dans la banlieue rouge de Paris inaugurée par le cosmonaute soviétique Youri Gagarine en 1963 est donc emblématique de cette époque de progrès économique et social sur fond de course à l'armement (et à l'espace). Mais un demi-siècle plus tard, la cité Gagarine, comme la plupart des grands ensembles de HLM construits dans ces années-là se sont taudifiés en raison d'un changement radical de contexte économique, social, diplomatique et idéologique. La fin de la guerre froide et le triomphe du capitalisme libéral mondialisé ont sonné le glas des idéaux de justice sociale. Les cités sont devenus des ghettos habités par les populations les plus pauvres, souvent d'origine immigrée. Des "sans-voix" que les pouvoirs publics déplacent comme des pions sans les consulter, leur infligeant un nouveau traumatisme en décidant d'évacuer la cité et de la dynamiter plutôt que de la rénover. Un choix d'urbanisme très politique comme le montrait déjà Ladj LY en ressuscitant à l'intérieur des cités les barricades proscrites par les grandes percées haussmaniennes du XIX° siècle. Car atomiser la cité, c'est atomiser une communauté, un réseau de solidarités en milliers de petites cellules individualisées beaucoup plus facile à dominer (diviser pour mieux régner).

Mais pour les populations de la cité, la décision de leur expulsion est un drame en ce qu'elle les oblige à revivre le traumatisme de leur déracinement, eux qui avaient réussi à s'ancrer quelque part. Elle les renvoie à leur statut de dominés qui n'ont aucune prise sur leur propre vie. En un geste symbolique dérisoire, l'un des habitants décide d'emporter sa boîte aux lettres, signifiant par là que cela au moins, c'est à lui. Et c'est dans ce contexte que le héros, Youri, décide d'entrer en résistance contre cet ordre des choses. Tout d'abord en s'improvisant bricoleur avec quelques amis pour tenter de rénover lui-même la cité. La tache démesurée est vouée à l'échec. Et puis il découvre lui aussi que "sa" cité est en fait considérée par les pouvoirs publics comme leur bien et non celui des habitants. Alors, le bien-nommé Youri se tourne vers les étoiles, transforme la cité vidée de ses habitants mais pas encore détruite en gigantesque vaisseau spatial pour la faire décoller avec lui. Une envolée magnifique, magique qui permet au film de déployer ses ailes dans l'onirisme poétique et renvoie à d'autres actes de résistance similaires: c'est Karl, le vieillard cerné de tous côtés par les immeubles que l'on veut exproprier et envoyer en maison de retraite et qui transforme sa maison en montgolfière ("Là-haut" de Pete DOCTER). Ce sont aussi les employés des assurances Crimson qui après avoir neutralisés leur hiérarchie partent à l'abordage de la finance en transformant leur immeuble en vaisseau de pierre dans le court-métrage de Terry GILLIAM en ouverture de "Monty Python : Le Sens de la vie (1982). Youri recréé un microcosme déconnecté du réel dans lequel il se réfugie comme un enfant sous sa tente grâce à son imaginaire et des matériaux de récupération là où d'autres se résignent ou sombrent dans le désespoir suicidaire. Les réalisateurs subliment cet environnement peu propice à la rêverie grâce à un travail exceptionnel sur les cadrages et les jeux de lumières. Avec eux, les tours et les barres mais aussi les grues et même les chantiers deviennent des fusées et des paquebots futuristes se nimbant de mystère, certains plans renvoyant directement vers "2001, l odyssée de l espace" (1968). On est transporté dans un autre univers, on revit son enfance et on ressent plus que jamais les points communs de tous ceux qui ne parviennent pas à trouver leur place en ce monde et de ce fait se sentent un peu "extra-terrestre": les migrants, les gens du voyage (la petite amie de Youri est Rom et sa communauté vit dans un climat tout aussi marqué par la précarité et l'arbitraire), les handicapés, les inadaptés, les vieux désargentés, les chômeurs, bref toutes les formes de marginalité.

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Antoinette dans les Cévennes

Publié le par Rosalie210

Caroline Vignal (2019)

Antoinette dans les Cévennes

Pour mon premier film en salle depuis le déconfinement, je me suis offert la comédie qui avait fait le buzz juste avant qu'il ne soit plus possible d'aller au cinéma. Franchement, j'ai été déçue. Non que le film soit désagréable, il se regarde avec plaisir, on ne s'ennuie pas du tout mais je trouve le résultat conformiste et inconsistant. En fait c'est une question de dosage. J'aime bien les contes, le western,Éric ROHMER, le "road movie" à pied et à dos d'âne avec une touche biker mais je trouve qu'il n'y a pas assez de tout cela. Ces pistes existent mais à peine entrevues, elles se referment aussitôt: frustrant! J'aurais aimé que la réalisatrice se perde et nous perde sur l'un de ces chemins de traverse. Par exemple en suivant cette énigmatique cowgirl sortie de nulle part qui vient soigner la cheville foulée de Antoinette, sans contact, juste par l'énergie rassemblée dans ses mains à la manière du Qi-Gong. Associée à la chanson "My rifle, my Pony and me" interprétée par Dean MARTIN dans "Rio Bravo" (1959) qu'on entend en générique de fin ça aurait vraiment eu de la gueule car les paysages majestueux des Cévennes se prêtent à cette atmosphère. Ou bien, autre piste possible, celle de Marie RIVIÈRE dont la présence rappelle "Le Rayon vert" (1986), l'un de mes films préférés de Éric ROHMER dans laquelle son personnage, Delphine errait comme une âme en peine d'un lieu de vacances à l'autre, boule de solitude mal-aimable parce que ne se sentant nulle part à sa place mais ayant assez de force de caractère pour refuser de se couler dans un rôle social préétabli. Ou encore, tiens, la petite Pauline, triste héroïne de la Comtesse de Ségur victime d'une mauvaise mère et n'ayant pour seul confident et ami que l'âne Cadichon, la sagesse même, à rebours du "bonnet d'âne". Des portraits de femmes sortant des sentiers battus, ayant une véritable identité que ce soit dans le genre "Johnny Guitar" (1954) ou "La Marquise d O..." (1976) ou "Thelma et Louise" (1991) et sa fin sans compromis. Que nenni. "Antoinette dans les Cévennes" prend bien soin de rester sur le sentier balisé du bon gros vaudeville qui tache avec sa maîtresse aux rêves de pacotille dont la situation est en réalité plutôt sordide (elle fait partie à son insu d'une tractation conjugale, son amant est le père de l'une de ses élèves de CM2, bref c'est malsain) et l'émancipation, toute relative. Certes, elle trace son chemin toute seule mais l'image qu'elle renvoie est quand même celle de la pauvre fille perdue qu'on regarde avec condescendance et qu'il faut aider, soigner, porter. Quant à la fin, elle est ambigüe (comme ça, zéro risques). Va-t-elle guider à son tour ou bien retomber dans ses vieux travers?

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