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Articles avec #realisatrices tag

La Cour

Publié le par Rosalie210

Hafsia Herzi (2022)

La Cour

"La Cour" est un téléfilm de Hafsia Herzi, actrice passée depuis quelques années à la réalisation mais qui s'essaie pour la première fois à une fiction pour le petit écran, celui d'Arte. Je l'ai regardé car le sujet m'intéresse particulièrement. En effet quand je veux expliquer ce qu'est la géopolitique c'est à dire un conflit de pouvoir pour un territoire, je prends souvent pour exemple la cour d'une école primaire et la façon dont l'espace y est réparti. Des garçons en occupent la plus grande partie à jouer au foot avec des cages occupant le centre de l'espace. Les filles sont reléguées sur les côtés et doivent raser les murs pour atteindre l'autre côté de la cour ou bien la traverser à leurs risques et périls, un peu comme on traverserait une autoroute au milieu de bolides lancés à pleine vitesse*. Cette inégalité spatiale n'a longtemps même pas été questionnée, c'était la norme, entérinée par les adultes (responsables de l'agencement de la cour). Les garçons se devaient d'avoir plus d'espace que les filles parce qu'ils en auraient besoin pour se dépenser alors que les filles seraient calmes par nature. Ces préjugés sexistes sont encore renforcés par les quelques filles qui jouent au foot avec les garçons (ce sont des garçons manqués, forcément) et par la minorité de garçons qui n'aiment pas le foot (des "petites natures" évidemment). De nos jours, les choses ont bien peu évolué, "la journée sans ballon" équivalent à "la journée de la femme", un moyen de se donner bonne conscience sans remettre fondamentalement en cause l'aspect structurel des inégalités. "La Cour" raconte comment la remise en question de cet ordre par une petite fille n'ayant jusque là pas été scolarisée débouche sur la déstabilisation de l'ordre établi, la remise en cause des rôles de chacun et une guerre entre enfants sous les yeux d'adultes dépassés qui minimisent ou banalisent la situation. Si les personnages sont bien écrits et bien interprétés, il est dommage que le terrain de jeu devenu terrain d'affrontement soit abandonné en cours de route. Le film aurait été bien plus fort en conservant son unité de lieu d'un bout à l'autre du film d'autant que la fin est bien trop gentillette. C'est à ce moment-là qu'on regrette que Hafsia Herzi n'ait pas été plus ambitieuse.

* Yves Lacoste, géographe et géopolitologue écrivait en 1976 que la géographie, ça servait d'abord à faire la guerre. Le film entérine complètement cette vision des choses. La cour est vue comme une "carte du monde" qu'il faut conquérir ou défendre. Le langage guerrier est omniprésent tout au long du film alors que la réalisatrice souligne combien chacun souffre au final de la place à laquelle il est assigné.

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Le Syndrome asthénique (Astenitcheskiy sindrom)

Publié le par Rosalie210

Kira Mouratova (1989)

Le Syndrome asthénique (Astenitcheskiy sindrom)

Depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine par la Russie, la Cinémathèque propose durant environ un mois de voir l'un des films de Kira MOURATOVA sur sa plateforme de streaming, HENRI. "Le Syndrome asthénique" est déjà le cinquième film de la réalisatrice à être ainsi proposé gratuitement. Réalisé en 1989 durant l'ère de la Perestroïka de Gorbatchev (dont on aperçoit une photo dans l'une des scènes du film), c'est le dernier film de Kira Mouratova à avoir été réalisé sous l'ère soviétique. Alors que ceux qu'elle avait réalisé au début de sa carrière sortaient tout juste du placard où ils avaient été enfermés, "Le Syndrome asthénique" a quant à lui pu franchir les frontières puisqu'il a été primé au festival de Berlin.

Comme les autres films de la réalisatrice, "le Syndrome asthénique" est déroutant, chaotique, expérimental, profondément pessimiste. Pour la première fois, j'ai perçu une parenté entre Kira Mouratova et Kirill SEREBRENNIKOV, le réalisateur russe de "La Fièvre de Petrov" (2021) (le côté fébrile, les digressions, le désespoir, les va et vient entre noir et blanc et couleur, l'agressivité omniprésente et sans doute aussi le nombre élevé de scènes de nu). Scindé en deux parties qui se font écho, l'une en noir et blanc et l'autre en couleurs, le film commence par ce qui s'avère être une mise en abyme à savoir un film dans le film. On y sent comme une odeur de mort, on y voit un monde en putréfaction contre lequel ne cesse de se cogner une femme en deuil manifestement en colère, Natasha. Ses tentatives pour secouer les gens autour d'elle ne suscitent que de l'apathie. De même, quand on passe de l'autre côté du miroir afin d'interroger les spectateurs sur ce qu'ils ont vu (et qui est sans doute une métaphore de l'URSS en décomposition), on voir ceux-ci prendre la fuite, ne laissant dans la salle qu'un régiment aux ordres et un homme endormi, Nikolaï. C'est autour de lui que tourne la deuxième partie du film en couleurs car c'est lui qui est atteint du syndrome asthénique qui donne son titre au film. Incapable contrairement à Natasha de se battre (comme le montre une scène où il tente pitoyablement de faire réagir un élève qui refuse de lui obéir), il réagit à l'agressivité de son environnement par la fuite que lui offre la narcolepsie. L'impuissance de ces personnages à agir sur un monde qui se dérobe, la transformation des gens en une masse anonyme inhumaine indifférente à ce qui l'entoure, l'enfermement de chacun dans sa bulle, le délitement de toutes les structures (à commencer par celle de la famille), le tout dans un environnement agressif (hormis quelques pauses mélodiques et mélancoliques) préfigure "Mélodie pour orgue de barbarie" (2009). Les digressions enfoncent un peu plus le clou. Par exemple les nombreuses scènes mettant en scène des animaux les montrent soit subissant de mauvais traitements, soit en position de prédateur.

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Certaines femmes (Certain Women)

Publié le par Rosalie210

Kelly Reichardt (2016)

Certaines femmes (Certain Women)

Des vies minuscules dans d'immenses paysages: c'est le fil directeur du film, fragmenté en trois récits adaptés de nouvelles de Maile Meloy se déroulant dans le Montana. J'ai déjà eu l'occasion de dire que je ne suis pas fan de ce type de structure qui empêche d'approfondir scénario et personnages. Autre écueil que n'évite pas Kelly REICHARDT: le manque d'homogénéité. Les récits sont d'un intérêt inégal malgré les efforts pour les relier les uns aux autres. Le second avec Michelle WILLIAMS est vraiment trop ténu, il m'a fait penser à une esquisse. Celui avec Laura DERN est un peu plus étoffé et dynamique mais le personnage apparaît là encore bien difficile à cerner et l'histoire à laquelle elle est mêlée est peu passionnante. Le segment le plus développé avec Kristen STEWART est aussi le seul animé par une véritable dynamique relationnelle, même si la fin est amère. Car le problème est que le minimalisme contemplatif de Kelly REICHARDT vide chaque fragment déjà peu fourni de toute substance narrative. S'y ajoute un terrain dépressif commun à toutes les femmes croisées dans le film, lesquelles semblent rongées par la solitude ou l'incommunicabilité. Bref, comme dans certains autres de ses films, on est vraiment dans un "trop peu" qui confine à la neurasthénie.

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La Dernière piste (Meek's Cutoff)

Publié le par Rosalie210

Kelly Reichardt (2010)

La Dernière piste (Meek's Cutoff)

L'art d'en dire beaucoup en montrant peu est le propre du cinéma de Kelly REICHARDT. Ce minimalisme quelque peu aride est exacerbé dans "La dernière piste" dans lequel elle s'approprie le genre du western pour mieux en détourner les codes. L'action est remplacée dans "La dernière piste" par l'errance de trois familles de pionniers dans l'Oregon du milieu du XIX° siècle qui pour avoir suivi Meek (Bruce GREENWOOD), un guide vaniteux mais incompétent qui leur a promis un raccourci (le titre du film en VO est "le raccourci de Meek") se retrouve perdue dans le désert. Conséquence de cette erreur fatale, tous les paradigmes de culture occidentale sont renversés. Les pionniers se retrouvent à subir leur environnement au lieu de le dominer, la pénibilité de leur parcours étant particulièrement soulignée par la réalisatrice au travers du format d'image carré qui rétrécit leur horizon à leur seule survie quotidienne et la pénibilité de leurs mouvements qui fait ressentir au spectateur combien ils sont écrasés par la fatigue, la chaleur, la faim et surtout la soif. Après une introduction où les chariots arrivent au bord d'une rivière et où l'eau irrigue chaque plan, apportant un soulagement temporaire, celle-ci disparaît durant le reste du film, hormis un cruel passage où elle réapparaît mais s'avère non potable. Cette terrible épreuve existentielle a pour conséquence de bousculer l'ordre établi. Meek est démonétisé et finit ravalé en queue de peloton malgré ses démonstrations d'agressivité au profit de deux êtres culturellement dominés: une femme et un indien. Seul espoir de trouver de l'eau, l'indien capturé durant leur parcours est néanmoins indéchiffrable et incontrôlable: il représente la nature. D'où la tentation de détruire ce qui ne peut être asservi. Mais Emily (Michelle WILLIAMS, actrice récurrente du cinéma de Kelly REICHARDT), la pionnière la plus forte du trio de femmes (la deuxième, jouée par Shirley HENDERSON la "Mimi Geignarde" des films Harry Potter est enceinte et la troisième, jouée par Zoe KAZAN, compagne à la ville et dans le film de Paul DANO sombre dans la folie hystérique) décide de s'allier à l'indien et de le protéger de la violence impuissante de Meek. Elle m'a fait penser à une incarnation du discours visionnaire de Michel SIMON qui prédisait en 1965 la disparition du vivant alors même que les 30 Glorieuses triomphaient: " Ce qui aurait pu sauver l'humanité c'est la femme car elle est encore en contact direct avec la nature mais elle n'a pas voix au chapitre". La place de plus en plus importante prise par Emily dans le film qui va de pair avec l'effacement de Meek sonne comme une uchronie: si l'histoire avait été différente, en serions-nous arrivés là aujourd'hui?

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Enorme

Publié le par Rosalie210

Sophie Letourneur (2019)

Enorme

Comédie dont j'ai pu découvrir un extrait lors d'une conférence sur le cinéma burlesque français, "Enorme", s'il n'est pas totalement réussi sort des sentiers battus et mérite d'être vu (d'ailleurs Arte l'a mis à son programme). La volonté de casser les codes est manifeste, tant sur la forme que sur le fond. Sur la forme, on a donc une tentative de marier des gags burlesques (comme celui qui donne son titre au film) et le réalisme documentaire, avec l'intervention de véritables professionnels de l'accouchement, particulièrement à la fin du film qui est on ne peut plus réaliste. Cela ne fonctionne pas vraiment car chaque style exclue de fait l'autre. Le fond est plus convaincant avec la description d'un couple dans lequel les rôles sont inversés: Mme est l'artiste à succès (Marina FOÏS) qui a remis sa vie et sa carrière entre les mains de M. (Jonathan COHEN) afin de n'avoir à s'occuper que de son piano. C'est donc dans la même logique lui qui prend la décision d'avoir un enfant d'autant qu'il a les moyens de parvenir à ses fins: Madame lui a remis la responsabilité de sa prise de pilule quotidienne. La polémique déclenchée par ce scénario auprès de certaines féministes n'a pas lieu d'être. En simplifiant et essentialisant le monde de façon binaire (femmes victimes/hommes prédateurs) à la manière des racistes (nous les gentils aryens/eux les méchants basanés), elles ne peuvent que passer à côté d'une réalité bien plus complexe et nuancée. Si l'on peut déplorer que Mme se retrouve avec une grossesse non désirée, ce n'est que la suite logique de sa démission envers le contrôle de ses facultés reproductives au profit de son mari. Lequel prend sa place psychologiquement au point de faire une couvade alors que sa femme considère juste son ventre comme un fardeau dont elle veut se débarrasser au plus vite ainsi que de son statut d'objet au profit d'un retour à la normale. C'est à dire dans la sphère de l'art pour elle et aux affaires matérielles pour lui dont on comprend que cela inclut de s'occuper de l'enfant. Sophie LETOURNEUR a le mérite de faire réfléchir en cassant les stéréotypes de genre, le titre étant polysémique: il peut désigner le mari qui prend toute la place, la bulle dans laquelle s'enferme sa femme qui est du genre autiste (elle déteste le contact humain) ou le poids de ce ventre gonflé jusqu'au grotesque.

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Parmi les pierres grises (Sredi seryh kamnej)

Publié le par Rosalie210

Kira Mouratova (1983)

Parmi les pierres grises (Sredi seryh kamnej)

Adaptation de "En mauvaise compagnie" de Korolenko qui narre au XIX° siècle en Pologne l'amitié entre un petit orphelin de mère, fils d'un juge froid et distant et deux enfants très pauvres vivant dans les sous-sols d'une église avec leur père, "Parmi les pierres grises" est l'un des films les plus censurés de l'ère soviétique. Il a valu à sa réalisatrice un renvoi des studios d'Odessa ce qui en URSS était une décision rarissime. Qu'avait-elle donc pu filmer qui fâche ainsi les autorités? Rien de sciemment contestataire à l’égard du régime soviétique mais une farouche volonté de filmer les marges et notamment les mendiants et les vagabonds, leur volonté de vivre mais aussi l'aspect chaotique de leur existence aux portes de la folie. Car l'autre aspect de son cinéma qui a déplu, ce sont les trouvailles formelles ayant pour but de rendre compte d'un monde quasi surréel où rien n'est logique ni cohérent (aucune place pour une quelconque édification idéologique donc). Les voix s’ignorent, se chevauchent, les corps se bousculent, les esprits peinent à se comprendre à l'aide d'une désynchronisation volontaire des voix, d'effets de répétition ou de rupture, du jaillissement du passé dans le présent (la voix de la mère malade par exemple) ou encore de jeux d'ombres et de lumières. Toutes ces idées sont contenues dans un montage – réalisé par Mouratova – qu’on peut associer à une partition nécessairement cacophonique qui finirait par aboutir à une symphonie pour les exclus. En fin de compte, dans l’horizon étroit que put être le modèle soviétique, les films de Mouratova, tout à la fois tragiques et comiques ne correspondaient pas à l'image que le régime voulait donner du pays ni à l'usage qu'il souhaitait faire de l'outil cinématographique.

Comme "Mélodie pour orgue de Barbarie" réalisé vingt ans plus tard dans le contexte de l'Ukraine indépendante, "Parmi les pierres grises" est un conte à hauteur d'enfant qui exalte leurs capacités de résilience mais n'occulte rien de la dureté du monde qui les entoure et engloutit les plus faibles. Néanmoins, si la l'expérience de la mort fait partie intégrante de la vie de ces enfants à moitié orphelins qui jouent dans une église et un cimetière, la cruauté est combattue par une recherche de proximité qui triomphe un temps des clivages sociaux. Vassia donne une leçon d'humanité à son père en s'affiliant à une autre famille pourtant démunie de tout sauf de vitalité et de coeur soit deux choses dont il manque terriblement chez lui.

 

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Comme des reines

Publié le par Rosalie210

Marion Vernoux (2020)

Comme des reines

Au cours de ses trente années de carrière, Marion Vernoux a alterné les réalisations pour le cinéma et la télévision en plus d'une activité sporadique de scénariste et d'actrice pour d'autres réalisateurs ou réalisatrices ("Vénus beauté", "Grave"). Les films que j'avais pu voir d'elle tournent autour du désir féminin, qu'il balance entre deux hommes ("Love etc.") ou se porte sur un homme beaucoup plus jeune ("Les Beaux Jours"). "Comme des reines" est différent en ce sens que s'il a lui aussi pour moteur les désirs de trois jeunes filles, il évoque leur fourvoiement dans la prostitution. Le scénario est le point fort du film, c'est d'ailleurs ce qui a conduit Marion Vernoux à le réaliser. Aucun didactisme pesant (alors que c'est souvent la tare des téléfilms à sujet de société), aucune exposition à rallonge, on plonge directement dans le sujet et c'est au spectateur de reconstituer le parcours des trois filles qui représentent chacune un profil différent. Samia, collégienne en échec scolaire issue d'une famille monoparentale modeste éblouie par les paillettes et le fric facile, Jess, jeune femme sans famille d'une vingtaine d'années qui espère s'en sortir par la maternité et enfin Louise qui se prend pour la meneuse du groupe, jeune fille rebelle à peine majeure issue d'un milieu aisé qu'elle a quitté pour suivre Nico, le proxénète de la bande dont elle est follement amoureuse et à propos duquel elle se berce d'illusions. Ledit Nico (Idir Azougli déjà vu dans "Shéhérazade" et qui ne manque pas de présence) dont l'allure détone avec celle de l'image qu'on se fait des caïds est en effet des plus retors et le film expose ses méthodes de pervers narcissique, d'abord séductrices puis tyranniques pour maintenir les filles sous son emprise. Ses sbires, des délinquants de cité frappent par leur aspect juvénile et complètent le tableau d'une jeunesse en pleine dérive sectaire (sauf que l'argent et le pouvoir ont remplacé les idéologies). Les quelques figures parentales du film (le père de Louise joué par Bernard Campan, Louise étant d'ailleurs jouée par sa fille Nina et la mère de Samia jouée par Karole Rocher) semblent isolées et impuissantes. Ils sont d'ailleurs presque de trop, surtout Jean-Philippe, le père de Louise qui arpente la nuit les hôtels et les sites internet pour retrouver sa fille (Bernard Campan en fait trop dans le pathos et ses scènes sont répétitives). La fin n'est pas faite pour rassurer "la première fois elles reviennent toujours", la première fois...

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Plaisir d'amour en Iran

Publié le par Rosalie210

Agnès Varda (1976)

Plaisir d'amour en Iran

Témoin de son temps, ce court-métrage de Agnès Varda qui prolonge son long-métrage "L'une chante, l'autre pas" en développant le passage où Pomme (Valérie Mairesse) et Ali Darius (Ali Raffi) se rendent à Ispahan laisse songeur. Il contient les paradoxes de la période post-soixante-huitarde. D'un côté la libération sexuelle et la fascination pour un orient intemporel, exotique et fantasmé dans la lignée de l'orientalisme du XIX° siècle. De l'autre, l'occultation totale de la réalité du pays sous le régime du Shah qui s'ouvrait alors aux réalisateurs européens, trois ans avant la révolution islamique. "Plaisir d'amour en Iran" est donc une belle carte postale avec au dos une rêverie coquine digressant sur les formes suggestives des mosquées qui apparaît bien déconnecté des réalités du terrain (telles qu'elles peuvent être racontées dans "Persépolis" par exemple). Inutile de préciser qu'aujourd'hui, ce pays n'est plus vraiment associé au paradis des amoureux tel que se le représentent les occidentaux, au luxe, au calme, à la volupté. L'exotisme provient du fait qu'il a pu un jour y être associé.

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L'Age des possibles

Publié le par Rosalie210

Pascale Ferran (1995)

L'Age des possibles

Invisible depuis des années (j'avais cherché en vain à le revoir à la sortie de "Lady Chatterley" en 2006), le deuxième film de Pascale Ferran est enfin rediffusé sur Arte qui l'avait co-produit. C'est l'occasion de le faire découvrir à une nouvelle génération qui peut y trouver des résonances actuelles d'autant que le film a gardé toute sa fraîcheur.

"L'Age des possibles" est à l'origine un film de commande que Pascale Ferran avait été chargée de réaliser pour le théâtre national de Strasbourg dans le but de lancer la carrière de dix élèves de sa promotion. Inspiré de ses souvenirs personnels mais également de la vie des jeunes comédiens, ce film traite donc l'entrée dans l'âge adulte, de ce moment, à la croisée des chemins où il faut faire des choix, amoureux et professionnels qui conditionneront sinon le reste de la vie, du moins l'orienteront et ce dans un monde de plus en plus incertain, ce qui est très bien résumé par cet extrait:

"Aujourd'hui, tout le monde a peur.
De ne pas trouver de travail, de perdre son travail,
de mettre des enfants au monde dans un monde qui a peur,
de ne pas avoir d'enfant à temps.
Peur de s'engager, d'attraper une maladie,
de passer à côté de la vie, d'aimer trop, ou trop peu, ou mal, ou pas du tout.
La peur est partout et partout provoque des catastrophes.
Elle s'autoalimente. Qui a peur aujourd'hui aura peur davantage demain.
La première chose à faire, le seul but à atteindre : tuer la peur qui est en nous."

Chaque personnage, dont le prénom commence par une lettre de l'alphabet (A comme Agnès, B comme Béatrice, C comme Catherine, D comme Denise etc. et ce jusqu'à J comme Jacques, le dixième personnage) représente une variante de la difficulté à passer ce cap. Il y a ceux ou celles qui temporisent avec un job alimentaire et un partenaire qui ne veut pas s'engager. Ceux ou celles qui vivotent dans une adolescence prolongée. Ceux ou celles qui multiplient des expériences. Ceux ou celles qui dépriment etc. Ces trajectoires sont liées les unes aux autres puisque les différents personnages ne cessent de se croiser, qu'ils soient camarades de promotion (comme dans la réalité), collègues de petits boulots, sondés et sondeurs, colocataires, amis, amants de passage ou en couple avant de tous se retrouver à une soirée rythmée par la chanson de Michel Legrand, "rêves secrets d'un prince et d'une princesse" extraite de "Peau d'âne" d'un des maîtres des jeux de l'amour et du hasard, Jacques Demy. La chanson française en tant que marqueur de l'époque occupe d'ailleurs une place très importante dans un film qui compte tenu de son thème est avant tout choral, qu'elle soit enregistrée ou chantée par les personnages (on entend notamment Cabrel, Souchon, Nougaro, les Rita Mitsouko, MC Solaar, Alain Bashung, Khaled etc.)

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Une histoire roulante

Publié le par Rosalie210

Alice Guy (1906)

Une histoire roulante

Un court-métrage burlesque de la Gaumont réalisé par Alice Guy qui n'a rien à envier à leurs homologues américains de la même époque. Il fallait en effet distancer la concurrence française (Pathé et Lux). Quelques années plus tard, celle-ci fera la seconde partie de sa carrière aux USA dans son propre studio et si la constitution dans l'après-guerre des grandes majors hollywoodiennes aura sa peau, ce sont les américains qui travailleront par la suite à la faire redécouvrir, bien plus que sa France natale que le révisionnisme historique auquel elle est contrainte pour lui faire une place dérange.

Le film de Alice Guy a pour personnage principal un vagabond (dont l'accoutrement préfigure cependant davantage celui de Harpo Marx que de Charles Chaplin) qui se retrouve malgré lui prisonnier d'un tonneau lancé à vive allure sur une pente descendante. Autrement dit, gare à ceux et celles qui se trouvent sur son chemin. Ce jeu de chamboule-tout grandeur nature est orchestré en neuf plans bien rythmés avec à peu près en son milieu une ellipse lorsque le tonneau se retrouve dangereusement catapulté sur les rails du chemin de fer. Il passe alors brusquement de la position couchée à la position redressée ce qui lui évite d'être écrasé par le passage du train qui se contente de le pousser pour qu'il continue sa roulade jusqu'à l'atterrissage final dans le fleuve. Encore que le pauvre vagabond, même libéré de son engin infernal conserve dans le dernier plan des traces visibles de sa mésaventure.

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