Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Articles avec #realisatrices tag

L'Accordeur (Nastroïchtchik)

Publié le par Rosalie210

Kira Mouratova (2004)

L'Accordeur (Nastroïchtchik)

Inspiré des mémoires d'un ancien chef de la police tsariste, l'histoire de "l'Accordeur" est transposée à une époque indéterminée: les personnage portent des costumes sans âge, le noir et blanc déréalise l'environnement ainsi que les cadrages serrés. Si le couple d'escrocs vivotant dans la marginalité qui vont monter un tour de passe-passe pour délester d'une jolie somme deux riches veuves d'âge mûr est assez haut en couleur et leur combine, astucieuse, ce que moi j'ai retenu du film est moins son aspect comique voire farcesque que son caractère mélancolique. Kira Mouratova dresse un portrait touchant des deux victimes, Anna et Liouba que leur manque affectif rend particulièrement naïves et crédules. Dès la première scène du film, le ton est donné: Liouba se jette sur le premier venu et lui offre de l'argent en échange d'une affection qui ne lui sera bien évidemment pas payée de retour. Plus tard, on la verra se faire arnaquer d'une manière encore plus grotesque dans un train. Anna observe avec condescendance les mésaventures de son amie, celle-ci lui servant de miroir de réassurance quant à son propre degré de vulnérabilité. Elle est donc complètement aveuglée par le numéro de séduction d'Andreï, l'accordeur de piano qu'elle a pris sous son aile et contrairement au spectateur qui n'en perd pas une miette, ne voit aucune des ficelles qu'il met en place pour la dépouiller.  

Voir les commentaires

Slalom

Publié le par Rosalie210

Charlène Favier (2020)

Slalom

"Slalom", sorti en 2020 sur un sujet brûlant (les abus sexuels commis sur des mineurs dans le milieu du sport de haut niveau) est un film inégal. Le début est assez convaincant. La relation malsaine entre la jeune sportive de haut niveau et son entraîneur (Noée ABITA et Jérémie RENIER, tous deux très bons) se met en place par petites touches qui dès le début mettent en scène l'appropriation d'un corps par un autre, même si c'est au départ dans un but de performance sportive et non d'abus sexuel. La psychologie n'est pas oubliée avec le portrait d'une adolescente qui se cherche et qui projette son besoin de reconnaissance autant que ses premiers émois sur son entraîneur alors que ce dernier semble très vite surinvestir sa jeune prodige à travers qui il espère prendre une revanche, lui-même ayant échoué. La famille de Lyz étant aux abonnés absents, elle lui laisse le champ libre, au point qu'il finit par lui proposer de venir vivre avec lui et sa compagne, laquelle s'avère être un ectoplasme. Bref, le terreau est propice au dérapage et celui-ci ne manque pas d'arriver: lorsque Fred déverse ses pulsions sexuelles sur Lyz, celle-ci est incapable de lui résister, se murant dans le silence et la sidération. Hélas, à vouloir trop coller au point de vue de la jeune fille, le film en devient glacé et abstrait, rétrécissant son champ de vision alors qu'il aurait été intéressant d'interroger les nombreux témoins: les autres jeunes sportifs dont certains sont jaloux de Lyz et la montre du doigt, la compagne qui sait mais se tait ou la mère qui ne veut rien voir. Une fois le méfait accompli et l'omerta bien installée, le film semble ne plus rien avoir à raconter sinon de montrer que les victoires ne comblent plus le vide glacial qui s'est emparé de Lyz. L'histoire fait du sur-place et se termine en queue de poisson: frustrant.

Voir les commentaires

Nomadland

Publié le par Rosalie210

Chloé Zhao (2021)

Nomadland

Plus que Terrence MALICK ou Ken LOACH, c'est au film de John FORD, "Les Raisins de la colère" (1940) d'après le roman homonyme de John Steinbeck que j'ai pensé en regardant "Nomadland". Parce qu'il y a d'évidents points communs: la même cause, une crise économique dans un système capitaliste libéral produit les mêmes effets, elle frappe des territoires qu'elle désertifie et jette dans la précarité des cohortes de gens qui en perdant leur emploi et leur logement se retrouvent à errer sur les routes, d'abri temporaires en jobs provisoires. Néanmoins il y a aussi des différences frappantes entre les deux films. L'une d'entre elle réside dans l'individualisme propre à l'époque contemporaine. Dans les années 30, le déracinement concernait des familles entières et il était rare de voir des gens isolés. Il y avait aussi encore une foi dans le pouvoir de la collectivité alors que ce que montre le film de Chloé ZHAO ressemble à un univers post-apocalyptique dans lequel toutes les structures sociales ont été atomisées au profit d'un grand vide. Vide dans les scènes d'intérieur comme d'extérieur dans lequel les humains ressemblent à des fourmis écrasées par la paysage démesuré. Autre différence majeure, la figure de l'ennemi était bien identifiable dans le film de Ford. Même si ses représentants se déchargeaient de toute responsabilité personnelle, ils agissaient au nom du système avec une extrême violence afin de soumettre leurs victimes. Dans "Nomadland", l'ennemi n'a plus de visage, il n'est plus identifiable car il s'est désincarné. L'exploitation vis à vis d'une main-d'oeuvre corvéable et jetable à merci reste la même, mais elle est automatisée, robotisée et virtualisée. Conséquence, les travailleurs exploités ne semblent plus avoir conscience de la réalité de leur sort, ils revendiquent comme un choix de vie (le nomadisme dans la proximité avec la nature et la solitude ponctuée de rencontres sans engagement) ce qui est en réalité le fait d'une aliénation. L'attitude apparemment neutre et distanciée de la réalisatrice, Chloé ZHAO et l'hermétisme du personnage de Fern (Frances McDORMAND) peuvent rebuter. Néanmoins, même si le film emprunte parfois les apparences d'un documentaire, il raconte bien une histoire et ouvre des pistes de réflexion. Par exemple, la trajectoire de Dave éclaire par contrecoup celle de Fern. Dave choisit en effet de se réaffilier à la naissance de son petit-fils ce qui lui permet de prendre à nouveau racine. Il offre cette possibilité à Fern qui la rejette, celle-ci décidant même de se détacher définitivement de son ancienne existence sédentaire (liée à son mari décédé dont elle ne parvient pas à faire le deuil) en liquidant son garde-meuble au profit d'une vie d'errance, dans un plan qui rappelle encore une fois John Ford, mais cette fois dans "La Prisonnière du désert" (1956). Lorsque Nathan Edwards ramène Debbie chez elle mais sans lui-même franchir le seuil de la maison*, le cadre semble le repousser dans l'anéantissement du désert comme le fait l'ancienne maison abandonnée de Fern dans une séquence où elle comprend qu'elle est sans doute intérieurement morte.

* Un schéma que l'on retrouve aussi dans ce qui est l'un de mes films préférés, "Paris, Texas" (1984), où un homme ressoude les liens entre sa femme et son fils, leur permettant de refonder une famille mais il s'en exclue lui-même, préférant se laisser engloutir par le désert.

Voir les commentaires

En Thérapie, saison 2

Publié le par Rosalie210

Eric Toledano, Olivier Nakache, Agnès Jaoui, Arnaud Desplechin, Emmanuelle Bercot, Emmanuel Finkiel (2022)

En Thérapie, saison 2

La deuxième saison de la série "En Thérapie" qui avait créé l'événement l'année dernière et que je viens de terminer en seulement cinq jours est une éclatante réussite. Elle est même supérieure à la première saison qui était déjà d'un niveau remarquable mais qui présentait quelques défauts qui ont disparu de cette nouvelle saison. Je pense en particulier à l'intérêt très inégal des différents patients que recevait le docteur Dayan. Le succès de la première saison a sans doute libéré le champ des possibilités d'enquête intérieure (car qu'est ce que l'analyse sinon une enquête sur soi afin que l'éclairage des zones d'ombre de sa personnalité et de son histoire vienne apaiser les souffrances, rendre compréhensible ses actes et son cheminement et ainsi permette de vivre plus en harmonie avec soi, les siens et le monde) car les scénaristes du tandem Philippe TOLEDANO et Olivier NAKACHE osent aller beaucoup plus loin et affronter le tabou de la mort ainsi que s'approcher au plus près de la véracité d'un travail analytique (actes et paroles manquées, interprétation des rêves etc.). L'intervention du psychiatre et psychanalyste Serge Hefez dans l'écriture du scénario se ressent. Exit donc les affaires de coeur et autres dissensions de couple qui polluaient la première saison à la manière d'une rengaine sentimentale un peu éculée. Le penchant du docteur Dayan (Frédéric PIERROT, extraordinaire dans sa capacité à exprimer par le moindre de ses regards, de ses expressions, par les postures de son corps tous les états d'âme de son personnage) à sortir de son rôle pour jouer les sauveurs et sa profonde culpabilité liée au fait de ne pas y parvenir sont ici profondément questionnés:

- Au travers des fantômes de la saison 1 (dont les événements sont situés cinq ans avant la saison 2 qui s'ouvre au sortir du premier confinement de l'ère covid) qui reviennent le hanter, la mort de Adel Chibane (Reda KATEB) s'étant muée en procédure judiciaire aboutissant sur un procès dans lequel intervient Esther (Carole BOUQUET), l'ancienne superviseuse de Philippe.
- Au travers de sa propre enfance et adolescence qu'il affronte avec l'aide d'une nouvelle superviseuse qui devient au fil du temps une égale et presque un miroir de lui-même, forte et fragile à la fois, remarquablement interprétée par Charlotte GAINSBOURG (qui avait déjà joué sous la direction de Philippe TOLEDANO et Olivier NAKACHE dans "Samba") (2014). Le titre de son livre est programmatique du sens de la série comme de ce qu'elle apporte à Dayan: "la psychanalyse réenchantée".
- Au travers de ses nouveaux patients qui sont tous à un titre ou à un autre en danger de mort (physique, symbolique, filiale ou sociale): l'avortement, le suicide, le cancer, le cyberharcèlement, la dénutrition poussent le docteur Dayan dans ses retranchements tandis que les acteurs qui les interprètent, tous brillants, offrent des compositions subtiles et complexes. On mesure une fois de plus le talent de Eric TOLEDANO et Olivier NAKACHE à faire travailler harmonieusement des gens d'horizons très différents voire opposés et à sortir le meilleur d'eux-mêmes que ce soit au niveau des différents réalisateurs des épisodes (Agnès JAOUI qui a également un petit rôle dans la série, Arnaud DESPLECHIN dont je me suis rappelé qu'il avait déjà abordé la psychanalyse dans "Jimmy P. (Psychothérapie d un Indien des Plaines)" (2013), Emmanuelle BERCOT, Emmanuel FINKIEL) ou bien au niveau des acteurs (Eye HAÏDARA qu'ils avaient d'ailleurs révélé dans "Le Sens de la fête" (2016), le jeune Aliocha Delmotte dont le rôle est autrement plus intéressant et touchant que celui de ses parents dans la saison 1, Suzanne LINDON, fille de qui affirme une présence forte bien à elle et enfin le grand Jacques WEBER que l'on est plus habitué à voir au théâtre et dont l'intensité des échanges, non-verbaux surtout avec Frédéric PIERROT atteint des sommets).

Voir les commentaires

Night Moves

Publié le par Rosalie210

Kelly Reichardt (2013)

Night Moves

Il est rageant que Kelly REICHARDT n'ait pas su trouver une conclusion satisfaisante à son film. Car le reste était remarquablement tenu. Maniant parfaitement les codes du thriller et du film de casse mais les mettant au service de son style minimaliste et épuré, la cinéaste signe une fable prenante sur la dérive terroriste de trois militants écologistes radicalisés qui préparent puis exécutent un attentat contre un barrage. Dès le début, elle sème de petits cailloux destinés à instiller le doute dans l'esprit du spectateur sur la réussite de l'entreprise du trio. Josh (Jesse EISENBERG) et Dena (Dakota FANNING), deux jeunes idéalistes à l'esprit faible, découvrent en effet que leur partenaire, l'ancien Marine Harmon (Peter SARSGAARD) plus âgé et plus expérimenté leur a menti concernant ses antécédents, ses relations ou l'environnement du barrage qu'ils ont décidé de faire sauter. Mais en dépit de ces mensonges et d'autres signes annonciateurs tels que la crise d'urticaire qui touche Dena ou le contretemps d'un automobiliste qui s'arrête juste en face du barrage piégé, ceux-ci ne parviennent pas à s'extraire de leur projet fou et ce sont eux qui en paieront les conséquences, le troisième devenu un "deus ex machina" (il n'est plus visible à l'écran et s'agit plus qu'au téléphone) continuant sans difficulté à les manipuler en attisant leur paranoïa pour faire en sorte qu'ils se neutralisent mutuellement une fois l'attentat accompli. La beauté des paysages filmés (ceux de l'Oregon, comme dans tous les films de la réalisatrice) et l'attention portée aux gestes méticuleux des fermiers ne fait pas oublier l'essentiel: la contradiction fondamentale que constitue le fait de tuer par idéal (surtout lorsque cet idéal consiste à sauver le vivant!) et l'amère solitude des jeunes gens qui agissent ensemble mais qui doivent ensuite supporter seuls le poids de leurs actes. A ce titre, c'est Josh le maillon le plus faible, celui que la caméra isole dans tous les lieux où il passe et qui coupe peu à peu les derniers liens qui le retenaient au reste de la société.

Voir les commentaires

Marie Curie et la lumière bleue

Publié le par Rosalie210

Marie Noëlle Sehr (2016)

Marie Curie et la lumière bleue

"Marie Curie" (dont le titre est aussi "Marie Curie et la lumière bleue") est le troisième film que je vois consacré à la plus célèbre chimiste et physicienne de l'histoire après le léger et sympathique "Les Palmes de M. Schutz" (1996) et le lourdingue "Radioactive" (2019). Simple coïncidence sans doute, Charles BERLING reprend le rôle de Pierre Curie qu'il jouait déjà dans le film de Claude PINOTEAU. Cependant il est assez peu présent à l'image car le film se concentre sur les cinq années qui ont suivi sa mort et les difficultés que Marie Curie a rencontré pour parvenir à s'affirmer dans un monde scientifique misogyne et une opinion publique travaillée par le nationalisme. L'actrice polonaise qui interprète Marie Curie (Karolina GRUSZKA) est très convaincante tout comme l'ensemble de la distribution (avec notamment le rare André WILMS dans le rôle de Eugène Curie). Cependant la réalisatrice n'évite pas tous les écueils. Si elle montre à raison que le scandale lié à la liaison que Marie Curie aurait eu avec Paul Langevin est teinté de sexisme, de xénophobie et d'antisémitisme, elle prend cette histoire (qui n'a d'ailleurs jamais été complètement avérée) pour argent comptant sans remettre en perspective les calomnies nourries de fantasmes dont Marie Curie, femme libre dans un milieu d'hommes qu'elle surplombait de son génie (à l'exception d'Einstein, montré à juste titre comme un être à part tout comme elle) a toujours fait l'objet. D'autre part elle fait de presque tous les scientifiques français de l'époque des crétins qui auraient passé leur temps à lui mettre des bâtons dans les roues alors que dans la réalité, Marie Curie a tout de même reçu des marques de reconnaissance (autres que ses prix Nobel) et des postes à responsabilité. Même si la réalisatrice a raison de montrer la solitude de Marie Curie dans un aéropage masculin, elle est un poil trop manichéenne. Et puis plutôt que de relater cette période déjà labourée en tous sens, elle aurait pu s'intéresser au rôle joué par Marie Curie pendant la guerre aidée de sa fille, Irène qu'elle filme de façon insistante mais sans la développer alors qu'elle est une personnalité moins connue que sa mère mais au parcours tout aussi exceptionnel.

Voir les commentaires

Old Joy

Publié le par Rosalie210

Kelly Reichardt (2006)

Old Joy

Autant je suis restée un peu sur ma faim devant "Wendy & Lucy" (2008) et "First Cow" (2019) qui sont les deux films de Kelly REICHARDT que j'ai vu précédemment, autant celui-ci m'a emporté sans réserve, fait planer et procuré de grandes émotions. A quoi cela tient-il? Les ingrédients sont pourtant semblables. Un style minimaliste et épuré. Un rythme lent et contemplatif. Une intrigue qui tient sur un timbre-poste (deux amis qui se sont perdus de vus partent camper dans une forêt de l'Oregon). Des acteurs peu connus et anti glamour au possible (l'un est chauve et barbu, l'autre a le visage émacié et le nez tordu et aucun artifice ne vient redresser leur image). Mais il y a deux différences qui m'ont paru décisives par rapport aux deux autres films cités. L'enjeu d'abord. Dans "First Cow", il n'y en a aucun. Dès les premières images, le dénouement est révélé ce qui rend le flashback qui occupe l'essentiel du film assez dérisoire. De plus les deux personnages se ressemblent trop ce qui ôte tout sel à leur relation. Dans "Wendy & Lucy", la question de savoir si Wendy va ou non retrouver son chien ne tient pas non plus tellement en haleine. Alors que dans "Old Joy" il y a une vraie tension dramatique entre les deux protagonistes. Car plutôt que de montrer des marginaux dans leur bulle, elle adapte une nouvelle de Jonathan Raymond qui isole du monde le temps d'un week-end deux anciens amis qui ont suivi des chemins radicalement différents. L'un, Kurt est devenu un marginal quelque peu hédoniste, refusant les responsabilités de l'âge adulte et en décalage avec la civilisation moderne alors que l'autre, Mark a choisi la voie conformiste (mariage, boulot, enfant à naître, maison, chien etc.) Tout au long de leur périple, on observe leur difficile cohabitation. Aucune hostilité franche mais des regards et des petites phrases qui en disent plus long que des discours sur ce que chacun pense de l'autre et de ses choix de vie. En bon citoyen américain productiviste, Mark laisse filtrer des marques de mépris envers l'assisté qu'est Kurt alors que ce dernier manifeste sa désapprobation dès que le téléphone de Mark sonne, lui rappelant qu'il y a une femme entre eux.

Car le deuxième aspect fondamentalement différent de "Old Joy" par rapport aux autre films de Kelly REICHARDT que j'ai pu voir est sa dimension érotique. Un érotisme qui fait penser à celui de "Lady Chatterley" (2006) et son homme des bois. Car une fois loin de toute civilisation (laquelle est longuement filmée sous ses aspects les plus toxiques, d'interminables sites industriels jusqu'au coeur d'une décharge sauvage en pleine forêt), les différences s'effacent comme par magie, le temps d'une communion mystique et charnelle avec la nature lorsque les deux hommes prennent un bain dans une source chaude et se dépouillent de leurs vêtements (c'est à dire symboliquement de leurs rôles sociaux). Une séquence de temps suspendu dans laquelle les sens sont exacerbés (la vue, les sons, en particulier celui de l'eau qui coule, le toucher avec le passage du massage, l'odorat et le goût avec l'absorption de substances planantes) qui invite à la rêverie et au lâcher-prise ce qu'un très beau plan sur la main de Mark en train de s'abandonner souligne. Un autre plan montre par un effet d'optique les pieds des deux hommes entrelacés comme s'ils étaient devenus amants. Bien entendu cet instant n'est qu'une parenthèse qui après avoir ouvert une brèche vers "un autre monde possible" se referme aussitôt avec le retour au bercail qui condamne la relation entre les deux hommes. Mark, chassé de l'Eden (ce qui amène à méditer sur le sens du titre) reprend son train-train habituel alors que Kurt qui est sur le point d'être expulsé est montré comme en voie de clochardisation.

Voir les commentaires

Les Longs adieux (Dolguie provody)

Publié le par Rosalie210

Kira Mouratova (1971)

Les Longs adieux (Dolguie provody)

"Je me souviens dans un film, j'ai eu des sensations vraiment fortes de ce que c'est que toucher. C'étaient deux mains qui caressaient un chien. Les mains se frôlaient. celle du garçon n'osaient pas toucher celles de la fille. Et les poils du chien... ça faisait une impression... très érotique, je crois."

"C'était quel film?"

"Les longs adieux de Kira Mouratova."

"Akira, un japonais?"

"Non, Kira. Kira Mouratova. Une ukrainienne. J'adore ses films. C'est rare les films où on a l'impression que les choses existent à ce point, jusqu'à en sentir les caresses."

(Kira Mouratova par Jean-Paul Civeyrac, Blow Up, Arte, 2019 à l'occasion de la rétrospective consacrée à la cinéaste décédée en 2018 par la Cinémathèque).

Kira Mouratova, dont le second métrage, "Les Longs adieux" est disponible en ce moment sur la plateforme Henri de la Cinémathèque jusqu'au 5 avril 2022 a une identité complexe puisqu'elle est née en 1934 d'un père russe et d'une mère roumaine en Bessarabie, une région qui était alors roumaine (elle est aujourd'hui moldave). Mais elle a réalisé presque tous ses films dans le studio d'Odessa où elle a vécu jusqu'à sa mort ce qui l'a conduite à affirmer après la dislocation de l'URSS son identité ukrainienne, réaffirmée en 2014 lors de l'annexion de la Crimée. Durant toute sa carrière, elle a refusé de servir les intérêts de la propagande soviétique ce qui l'a exposée à la censure. Ainsi "Les Longs adieux" dont le ton contemplatif et mélancolique ne pouvait être utilisé pour galvaniser les foules est resté invisible jusqu'en 1987, date à laquelle il a été redécouvert durant la Perestroïka.

"Les Longs adieux" relate la relation tourmentée entre une mère divorcée possessive et immature et son fils adolescent mal dans sa peau. "Ni avec toi, ni sans toi" pourrait-on l'intituler tant le film ressemble à une valse-hésitation entre cette mère incapable de couper le cordon au point de ne pouvoir refaire sa vie et son fils qu'elle étouffe, qu'elle empêche de grandir et qui a bien du mal à trouver la bonne distance pour pouvoir exister par lui-même, ce que le film montre de façon éclatante au travers de l'éloignement et du rapprochement de leurs corps mais aussi de leur relation vis à vis d'autres corps. Car Sacha est attiré par les filles de son âge et son bouillonnement hormonal se traduit par des scènes extrêmement sensuelles (celle du chien mais aussi celle du ruban dans les cheveux). Il envisage également de partir vivre avec son père qui apparaît cependant comme bien trop lointain pour pouvoir l'arracher à sa mère à laquelle il reste scotché. De son côté, les velléités de séduction de celle-ci auprès d'hommes de son âge sont étouffées par l'obsession de perdre l'emprise qu'elle a sur son fils ce qui la conduit à adopter des comportements de harcèlement. La scène la plus impressionnante de ce point de vue est celle où à force d'insistance auprès d'une guichetière, elle parvient à subtiliser et à ouvrir le courrier envoyé par son ex-mari à Sacha en dépit de la précaution qu'a pris ce dernier d'utiliser la poste restante. Guichetière qui est enceinte ce qui expliquer sans doute qu'elle ne parvienne pas à résister à la pression maternelle, plus forte que la Loi des pères semble nous dire la cinéaste. Pas vraiment raccord avec l'idéologie soviétique, égalitaire de façade et patriarcale en profondeur dans laquelle les mères devaient enfanter une armée de travailleurs et de soldats pour la gloire du régime.

Voir les commentaires

Rosenstrasse

Publié le par Rosalie210

Margarethe von Trotta (2003)

Rosenstrasse

Film historique peu connu en France évoquant un épisode de la guerre lui-même peu connu, "Rosenstrasse" ("La rue des roses" en français) est construit sur des va et vient entre passé et présent. Hannah, la fille de Ruth, une survivante de la Shoah installée à New-York veut comprendre pourquoi sa mère s'oppose à son mariage avec Luis, un latino-américain et pourquoi elle refuse de lui parler de son passé. Elle découvre par une relation familiale l'existence d'une femme, Lena Fischer, issue d'une famille d'aristocrates allemands qui jadis, sauva Ruth à Berlin lorsqu'elle était enfant en se battant au côté de centaines d'autres femmes aryennes pour faire libérer leurs maris juifs qui avaient été arrêtés par la Gestapo en 1943 et étaient parqués dans un immeuble de la Rosenstrasse dans l'attente de leur déportation.

Si le film est un peu inégal (la partie historique est bien plus intéressante que celle du présent, plutôt convenue et peu approfondie), il révèle une nouvelle facette de la résistance interne au troisième Reich tout en soulignant combien celui-ci n'était pas infaillible en dépit de sa brutalité. En effet pour pouvoir agir à l'extérieur en déployant toute son efficacité, le régime avait besoin d'une cohésion interne qu'il obtenait par la propagande, la terreur mais aussi l'adhésion à l'idéologie impliquant l'anéantissement des populations considérées comme exogènes à la communauté de sang allemand, à commencer par les juifs, bouc-émissaire (ou "ennemi imaginaire") absolu du régime. Or en 1943 le front extérieur se lézarde sérieusement avec la défaite de Stalingrad qui signe le début de la fin du troisième Reich. Et le front intérieur menace de rompre lui aussi. D'une part parce que le fossé entre la propagande de l'invincibilité et la réalité de la défaite doublée d'une boucherie fauchant toute la jeunesse allemande ne pouvait plus être totalement occultée. Et de l'autre parce que les lois de Nuremberg de 1935 qui avaient interdit les mariages entre juifs et aryens afin de souder la communauté allemande soi-disant "de race supérieure" contre le judéo-bolchévisme se heurtait à des décennies d'intégration et d'assimilation des juifs au reste de la société allemande se traduisant par de nombreux "mischehen" (mariages mixtes) et enfants "mischlinge" (métis), un tissu social qu'il n'était pas possible de défaire ou de détruire du jour au lendemain. Le film montre tout l'éventail de pressions menées par les autorités du III° Reich sur les conjoints aryens pour obtenir qu'ils divorcent: persécutions (les aryens devaient partager le sort de leur conjoint juif s'ils voulaient rester avec lui c'est à dire perdre leur travail et leurs biens, vivre dans les résidences réservées aux juifs etc.), insultes, intimidations, menaces etc. Le film montre également que les femmes résistèrent mieux que les hommes qui souvent, abandonnèrent leur conjointe juive et leurs enfants métis comme ce fut le cas du père de Ruth, les condamnant ainsi à la mort. En revanche l'exemple de la Rosenstrasse montre que les autorités nazies se sentirent obligées de reculer lorsqu'elle ne purent dissoudre ces liens qui menaçaient de révéler au grand jour leur entreprise d'extermination et provoquer des remous dans toute la société. Preuve qu'en dépit de l'extrême brutalité du régime, celui-ci avait peur de l'opinion, aussi muselée fut-elle, les femmes de la Rosenstrasse obtinrent satisfaction et 98% des juifs allemands qui survécurent à la guerre furent protégés par un conjoint aryen. C'est la preuve éclatante que même face au pire, il était encore possible d'agir et d'infléchir le destin. Margarethe von Trotta rend ainsi hommage au courage et à la détermination de ces femmes que la puissance de leurs liens affectifs transformèrent  en héroïnes alors qu'elle souligne parallèlement la lâcheté de nombreux hommes que ce soit le père de Ruth ou celui de Lena. Mais pas tous: le frère de Lena rescapé mutilé de Stalingrad (et donc "déradicalisé") est de son côté tandis qu'un père juif vient se jeter dans la gueule du loup pour aider sa fille, arrêtée avant lui tandis que sa femme aryenne reste de l'autre côté de la barrière.

Voir les commentaires

Bergman island

Publié le par Rosalie210

Mia Hansen-Love (2021)

Bergman island

Il n'y a selon moi que deux ou trois choses à sauver dans ce film: la musique, les paysages (très bien photographiés) ... et la bibliothèque de Ingmar Bergman. Pour le reste, il s'agit d'un exercice de style calibré pour plaire à la critique cannoise c'est à dire à une élite bourgeoise internationale ayant par le passé déjà sacré un film qui tournait autour du réalisateur suédois ("Les meilleures intentions" de Bille August en 1992). Mais pour vraiment le connaître, mieux vaut passer son chemin que de regarder ce film prétentieux et creux qui n'est même pas capable de restituer correctement ce qui fait le génie du réalisateur. On a droit au contraire à une vision caricaturale, sinistre et nombriliste qui évacue la part de magie et d'enfance de son oeuvre ("La Flûte enchantée" et "Fanny et Alexandre" en étant les plus beaux exemples) et plus généralement, tout son versant lumineux (la comédie "Sourires d'une nuit d'été" n'est même pas évoquée sans parler des baladins, comédiens et jeunes menant la vie de bohème pleins de joie de vivre qui peuplent nombre de ses films. Quant à "Scènes de la vie conjugale", le film le réduit à un cliché, celui des divorces que celui-ci aurait entraîné alors qu'il est bien plus complexe que cela). Et si le but était de faire de l'ironie sur le culte du cinéaste, c'est raté: Ingmar Bergman n'est certainement pas quelqu'un qui génère un tourisme de masse!

L'aspect inauthentique du prétendu hommage à Ingmar Bergman (hormis la beauté des lieux qui l'ont inspiré) est ce qui m'a le plus agacé tant il sent la posture à plein nez. Si on l'enlève, il n'y a plus grand-chose à se mettre sous la dent. Le couple de scénaristes américains interprétés par Tim Roth et Vicky Krieps est lui aussi l'objet d'une enfilade de clichés (paraît-ils, autobiographiques. Mais on ne fait pas des films que pour soi ou pour l'entre-soi, surtout que ni Mia Hansen-Love, ni Olivier Assayas son ancien compagnon ne sont Ingmar Bergman): la différence d'âge déjà entre les deux (la deuxième pourrait être la fille du premier), leur très vague crise conjugale à peine effleurée, leurs scénarios bidons (comme l'est celui du film qui ouvre des pistes sans les explorer). De celui de monsieur, on ne saura absolument rien sinon qu'il contient des dessins copiés sur le Kamasutra (ou inspirés de Sade?) Quant à celui de madame, il fait l'objet d'une double mise en abyme totalement inutile au vu de la vacuité de son sujet (un couple qui se sépare, se retrouve, se sépare à nouveau etc. joués par Mia Wasikowska et Anders Danielsen Lie, ce dernier tout aussi monolithique que dans "Oslo 31 août" de Joachim Trier) Tout cela se termine en queue de poisson, logique puisqu'il n'y avait rien à dire.  

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 > >>