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Articles avec #hitchcock (alfred) tag

Correspondant 17 (Foreign Correspondent)

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1940)

Correspondant 17 (Foreign Correspondent)

Pourquoi le deuxième film américain de Alfred HITCHCOCK n'est-il pas plus connu? Sans doute en raison de l'absence de figures de premier plan au casting à l'exception de George SANDERS dont le charisme tranche avec la fadeur de la plupart des autres acteurs. Si Gary COOPER avait accepté le rôle principal comme le souhaitait Alfred HITCHCOCK sans doute qu'il figurerait non seulement au panthéon de ses meilleurs films mais également des meilleurs films américains antinazis réalisés "à chaud" au côté de "Le Dictateur" (1940) et de "To Be or Not to Be" (1942). Car "Correspondant 17" est un vibrant plaidoyer de Hitchcock qui faut-il le rappeler était anglais (comme Charles CHAPLIN, Ernst LUBITSCH étant lui d'origine allemande) pour que les américains interviennent dans le conflit qui commençait à ravager l'Europe. Son héros candide (dans lequel je le répète, Gary COOPER aurait fait merveille) qui incarne l'Américain moyen se retrouve propulsé en Europe au coeur d'événements qui le dépassent. Si le message est limpide et le film, engagé, l'intrigue d'espionnage n'est comme souvent chez Hitchcock qu'un prétexte à des séquences d'action et de suspense mises en scène avec brio. Outre celles que tout le monde cite à savoir le meurtre dans les escaliers qui fait penser à celui d'Odessa dans "Le Cuirassé Potemkine" (1925), à la scène extérieure puis intérieure dans un moulin à vent qui préfigure "La Mort aux trousses" (1959) et "Vertigo" (1958) ou encore celle du crash de l'avion dans la mer vu de l'intérieur (comme dans "Seul au monde" (2001) de Robert ZEMECKIS) qui bénéficie d'effets spéciaux troublants de crédibilité si l'on songe à l'époque où le film a été réalisé, il y a une séquence dont on ne parle jamais mais qui m'a fortement impressionnée, c'est celle de la chute du haut du clocher de la cathédrale de par la façon dont Alfred HITCHCOCK joue avec nos nerfs en faisant durer le suspense. Par ailleurs si le ton plutôt badin du film le rattache davantage à sa période anglaise qu'à ses futurs chefs d'oeuvre américains, il y a un personnage qui tranche avec le reste, c'est celui du père de la petite amie du héros, Stephen Fisher (Herbert MARSHALL) pris dans un dilemme impossible entre ses engagements et ses sentiments qui en fait une figure tragique, annonciatrice du tournant plus grave pris par Alfred HITCHCOCK dans nombre de ses films ultérieurs.

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Le Crime était presque parfait (Dial M for murder)

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1954)

Le Crime était presque parfait (Dial M for murder)

En revoyant "Le Crime était presque parfait", j'ai été frappée par ses similitudes avec "La Corde" (1948) encore plus nombreuses qu'avec son film suivant, "Fenêtre sur cour" (1954). Outre le fait que "Le Crime était presque parfait" qui est adapté d'une pièce de théâtre se déroule presque totalement à huis-clos c'est le cynisme du personnage principal, Tony Wendice (Ray MILLAND) qui m'a fait penser à "La Corde" (1948). Même si les motivations de Tony sont crapuleuses, dans les deux cas, le criminel prend la place du cinéaste: il scénarise et met en scène le crime avec audace, ingéniosité et sang-froid en improvisant au besoin. Ainsi Tony n'est pas déstabilisé par la tournure imprévue des événements (l'homme qu'il a payé pour tuer sa femme et qui est finalement tué par elle). Au contraire il rebondit, tel un acteur devant improviser sur une scène pour semer ou dissimuler des indices sur et autour du cadavre destinés à faire accuser sa femme de crime avec préméditation afin qu'elle soit condamnée à mort. Néanmoins Tony n'est pas omniscient et c'est le petit détail qui lui échappe qui causera sa perte grâce à un inspecteur particulièrement perspicace qui lui aussi est un pro de la mise en scène à chausse-trappe. C'est au moment où il effectue sa fausse sortie que j'ai réalisé tout ce que la série "Colombo" lui devait. Enfin, "Le Crime était presque parfait" partage avec "La Corde" et son simili plan-séquence unique un caractère expérimental. "Le Crime était presque parfait" avait en effet bénéficié à sa sortie d'une technique avant-gardiste: la 3D! (qui comme le son ou la couleur existait bien avant son exploitation à grande échelle). Mais trop peu de cinéma étaient équipés ce qui n'a pas permis à la majorité du public d'apprécier le rendu sur les objets importants de l'histoire tels que les ciseaux et la clé.

D'autre part "Le Crime était presque parfait" est resté célèbre parce qu'il est le premier des trois films de Hitchcock tournés avec Grace KELLY qui incarne à la perfection la blonde hitchcockienne faussement froide fantasmée par le cinéaste. La scène des ciseaux est devenue iconique et le plan de la main ouverte est repris quasiment à l'identique dans "Psychose" (1960) sauf qu'au lieu de se refermer sur une arme castratrice lui permettant de se défendre (d'un mari qui ne supporte pas sa richesse et sa liberté de moeurs), elle étreint son futur linceul.

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Cinquième Colonne (Saboteur)

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1942)

Cinquième Colonne (Saboteur)

"Cinquième colonne" est l'œuvre de transition parfaite entre "Les 39 marches" (1935) qui selon François TRUFFAUT symbolisait la période anglaise de Alfred HITCHCOCK et "La Mort aux trousses" (1959) qui toujours selon Truffaut symbolisait sa période américaine. Les trois films bénéficient de structures similaires (la cavale d'un faux coupable assisté d'une blonde qui finit par devenir sa complice) et la fin spectaculaire de "Cinquième colonne" du haut de la statue de la liberté ressemble beaucoup à celle de "La Mort aux trousses (1959) sur le mont Rushmore. Ces deux monuments filmés par Hitchcock comme point culminant de ses films d'espionnage symbolisent les valeurs des USA face aux ennemis de l'intérieur qui cherchent à déstabiliser le pays en période de guerre (seconde guerre mondiale pour "Cinquième colonne", guerre froide pour "La Mort aux trousses" (1959)). Cependant le ton de "Cinquième colonne" est moins joueur que dans "La Mort aux trousses" (1959) car il s'agit d'un film de propagande où le héros doit sauver l'industrie de guerre des USA d'un réseau nazi qui s'est infiltré partout en s'y infiltrant à son tour. Ce héros est par ailleurs joué par un acteur (Robert CUMMINGS) nettement moins flamboyant que Cary GRANT. Mais Hitchcock nous régale d'une série de morceaux de bravoure qui compense largement ce que le film peut avoir de trop sérieux. La scène du ranch par exemple est assez remarquable avec son ambiance faussement légère où l'on découvre que le grand-père d'une famille américaine "modèle" qui joue avec son bébé est en réalité un chef nazi. Il en va de même avec la traque du faux coupable dans le torrent où la mise en scène effectue en même temps que le héros et son complice de circonstance un véritable tour d'illusionnisme, la grande scène de bal pleine de chausse-trappes et enfin la scène de fusillade dans un cinéma où la réalité finit par se confondre avec la fiction (scène qui a sans doute inspiré Quentin TARANTINO pour le final de "Inglourious Basterds") (2009).

Le film de Hitchcock est intéressant aussi dans le fait de rendre hommage au genre fantastique dans un film d'espionnage. La scène de la cabane où un aveugle reconnaît l'innocence de Barry Kane est une allusion à "La Fiancée de Frankenstein" (1935) alors que celle où Patricia et lui sont cachés par un cirque composé de monstres de foire fait penser à "La Monstrueuse Parade" (1932).

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Jeune et Innocent (Young and Innocent)

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1937)

Jeune et Innocent (Young and Innocent)


"Jeune et innocent" est un film complètement jouissif pour qui aime Alfred HITCHCOCK. L'un de ces films "tranche de gâteau" qu'il affectionnait. Sa tonalité est résolument légère mais son efficacité redoutable. Et il offre une sorte de best-of made in English de ce que le réalisateur offrira de mieux dans sa période américaine:

- Un travelling mémorable (c'est le passage le plus célèbre du film) qui part du hall d'un grand hôtel rempli de danseurs et s'approche d'un orchestre de jazz composé de blancs grimés en noirs (car on ne se mélangeait pas à cette époque et Hitchcock s'amuse beaucoup à transgresser la règle avec le clochard Will qui s'est introduit dans l'hôtel grimé en bourgeois pour identifier le coupable) jusqu'au très gros plan révélant le tic des yeux de celui que nous savons être le vrai coupable. Hitchcock utilisera un plan virtuose similaire dans "Les Enchaînés" (1945).

- Le thème du faux coupable charmeur en cavale fait beaucoup penser à "La Mort aux trousses" (1959). Et ce d'autant plus qu'il y a un passage où la fille du commissaire, Erica tombe dans un grand trou et est sauvée de justesse par Robert. La façon dont le visage d'Erica est filmé, les mains qui ont du mal à se tenir, tout fait penser à la scène du Mont Rushmore, la couleur en moins.

- Dans la scène de la plage d'où procède le malentendu qui accuse Robert, Hitchcock filme au ralenti des mouettes comme un présage funeste qui fait penser immanquablement à "Les Oiseaux (1962).

Mais le film ne doit pas être réduit à ces références écrasantes. C'est une délicieuse comédie policière proche de la screwball avec son renversement des rôles masculin et féminin (la référence s'impose d'autant plus que Derrick DE MARNEY qui joue Robert endosse un rôle à la Cary GRANT). C'est l'homme qui s'évanouit et est vigoureusement ranimé par une jeune fille intrépide qui avec sa guimbarde s'avère être le moteur de l'action. leur odyssée offre à Hitchcock le plaisir savoureux de caricaturer de nombreuses institutions britanniques (justice, police, famille, piliers de comptoirs) avec en particulier deux flics à la Dupond-Dupont qui m'ont fait beaucoup rire.

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Le passé ne meurt pas (Easy Virtue)

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1928)

Le passé ne meurt pas (Easy Virtue)

"Easy virtue", film muet de Alfred HITCHCOCK un peu écourté et abimé par le temps introduit déjà tous ses thèmes de prédilection. Tiré d'une pièce de théâtre de Noël Coward ("Brève rencontre", adapté au cinéma par David LEAN est son œuvre la plus célèbre), il s'agit d'un film de procès. Même lorsque celui-ci semble prendre fin au bout de 20 minutes, il continue implicitement jusqu'au dénouement où il refait surface avec le même plan du juge qu'au début. La structure du film est en effet cyclique et sans issue. La "bonne" société patriarcale y juge une fausse coupable, à l'aune d'apparences accablantes: elle a osé poser pour un peintre qui la courtisait ouvertement et lui a légué sa fortune donc il est forcément son amant et il l'a débarrassé de son mari CQFD. Ce passé la poursuit (thème aussi récurrent chez Alfred HITCHCOCK que celui du faux coupable) jusque sur la Riviera où elle tente de refaire sa vie avec un nouveau prétendant. Mais celui-ci s'avère être un homme faible d'esprit vivant sous la coupe d'une génitrice abusive (combien de marâtres et de mère castratrices chez Alfred HITCHCOCK?) qui rejette l'intruse et finit par percer son secret avec un petit coup de pouce de la presse à scandales. Bref si le thème de la femme de petite vertu (ou jugée comme telle et de ce fait perdue de réputation) est complètement obsolète aujourd'hui, et l'histoire, pas exempte de longueurs en dépit de la brièveté du film, la mise en scène brillante de Alfred HITCHCOCK suffit à relever le niveau et l'actrice principale, Isabel JEANS (ex-épouse de Claude RAINS, le futur mari sous influence matriarcale dans "Les Enchaînés" ^^) (1945) est très émouvante, notamment dans sa réplique finale lorsqu'elle s'offre aux caméras à la sortie du tribunal et qu'elle leur dit "Shoot ! There is nothing left to kill !" ce qui a été traduit par "Allez-y, mitraillez-moi, je suis déjà morte!".

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Agent secret (Sabotage)

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1936)

Agent secret (Sabotage)

"Agent secret" (le titre en VO "Sabotage" est bien plus pertinent) fait partie de la période britannique de Alfred HITCHCOCK et a été tourné après "Les 39 marches" (1935) et "Quatre de l'espionnage" (1936). Mais contrairement à ces deux derniers films "Sabotage" est un drame austère d'une noirceur absolue. Si le principal point faible du film réside dans l'écriture bâclée des personnages et une interprétation dans l'ensemble peu convaincante, la mise en scène est déjà au sommet. En témoigne deux scènes restées dans les annales. D'une part celle où le jeune Steve transporte sans le savoir au cœur d'un Londres bondé une bombe dont nous savons à la minute près quand elle doit exploser et où en lui faisant subir divers contretemps (et en insérant sadiquement de nombreux plans d'horloge montrant l'heure qui tourne) Alfred HITCHCOCK joue avec nos nerfs. Cette scène a acquis par ailleurs au XXI° siècle un caractère prophétique: impossible de ne pas penser en voyant le bus exploser aux attentats de juillet 2005 qui avaient notamment soufflé l'étage supérieur d'un autobus à impériale à Tavistock Square et fait 56 morts (dont 14 parmi les passagers du bus)*. Et de l'autre celle de la scène d'explication à table entre Verloc (l'auteur de l'attentat) et son épouse (Sylvia SIDNEY) qui a découvert qu'il était responsable de la mort de son petit frère. La mise en scène (qui pallie le jeu terne des acteurs) suggère si habilement son envie de meurtre à elle et son envie de suicide à lui qu'il devient impossible de savoir qui a accompli le geste fatal. A la limite, ce qui est le plus expressif dans ce passage, c'est le couteau, ou plutôt la caméra qui l'anime. Si le personnage de Verloc (Oskar HOMOLKA) est assez opaque (en dehors de l'argent, on ne comprend pas vraiment ses motivations), celui de son épouse donne une idée assez déprimante de la condition de la femme, celle-ci apparaissant résignée et dépendante. Triste constat.

* Hitchcock pensait qu'il avait eu tort de faire mourir un enfant parce qu'il trouvait que c'était une manipulation détestable des sentiments des spectateurs (qui d'ailleurs ont rejeté le film à l'époque précisément pour cette raison). Mais cela contribue à donner à la scène son caractère réaliste dans lequel on peut reconnaître les sociétés d'aujourd'hui.

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L'Ombre d'un doute (Shadow of a Doubt)

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1943)

L'Ombre d'un doute (Shadow of a Doubt)

Remarquable de maîtrise, "L'Ombre d'un doute" réalisé en 1943 est considéré comme le premier film véritablement américain de Alfred HITCHCOCK. C'est en effet une passionnante réflexion sur le manichéisme propre à cette société pour qui le bien et le mal doivent être strictement séparés et ce dernier, éradiqué. Evidemment comme le bien et le mal cohabitent en réalité en chacun de nous, il faut trouver des boucs-émissaires sur lesquels le projeter (les sorcières de Salem, les vilains des comics, les communistes, les musulmans etc.) Ensuite on envoie les gardiens de l'ordre moral (religieux, armée, super-héros) nettoyer la ville/le pays/le monde jusqu'au prochain épisode. Car le problème est qu'on s'ennuie vite sans méchant à l'horizon. La vie perd tout son sens. C'est la réflexion de la jeune Charlie (Teresa WRIGHT) allongée sur le lit de sa chambre dans la maison proprette de la petite ville de Santa Rosa si représentative de l'American Way of life. Il faut dire que le scénariste Thornton WILDER a été chercher l'inspiration du côté de Sally Benson, auteure du roman adapté au cinéma par Vincente MINNELLI sous le titre "Le Chant du Missouri" (1944). Pour rappel, le livre et le film ont pour théâtre une petite ville américaine rose bonbon où tout le monde se connaît et où il ne se passe jamais rien. Comment grandir en vivant ainsi sous cloche? Alors Charlie convoque en esprit son "jumeau maléfique" (même si "L'Ombre d'un doute" n'est pas un film fantastique, il flirte avec le genre d'aucuns l'ayant comparé à "Nosferatu le vampire") (1921) qui dans un montage parallèle saisissant (plan large sur la ville, puis de plus en plus rapproché jusqu'à la fenêtre de la chambre) est lui aussi en train de réfléchir allongé sur son lit à plusieurs centaines de kilomètres de là. Mais il l'entend et il arrive, précédé par les panaches de fumée noire évocateurs crachés par la locomotive (Charles LAUGHTON s'en est sans doute inspiré pour "La Nuit du chasseur") (1955). Le loup est entré dans la bergerie d'une famille américaine typique à la "Mary Poppins" (1964) (père banquier, mère au foyer, trois enfants) pour y semer le trouble en y introduisant le sexe et la mort, l'un et l'autre étant indissolublement liés. Le sexe y est en effet mortifère, l'oncle Charlie (Joseph COTTEN) ayant des pulsions meurtrières vis à vis des femmes qui préfigurent celles de Norman Bates ou du serial killer de "Frenzy" (1972) même si il y rajoute un motif crapuleux qui ne figure pas chez eux. Sa cible privilégiée semble être en effet la riche veuve d'un certain âge c'est à dire un substitut de sa mère (ou de sa sœur, femme au foyer qui vit des revenus de son mari) et le fait qu'il transfère ce trouble sur sa nièce en lui offrant une bague ayant appartenu à l'une de ses victimes supposée confirme le caractère incestueux de leur relation. En acceptant cette bague, Charlie accepte aussi le jeu dangereux que son oncle lui propose. Car en étant aussi fusionnels (ce n'est évidemment pas par hasard qu'ils ont le même surnom), elle peut deviner tout ce que son oncle cherche à lui cacher et dont elle a sans doute besoin pour devenir adulte. A ses risques et périls cependant car en devenant son objet de désir elle devient aussi la cible de ses pulsions meurtrières. La manière dont évolue leur relation fait penser aux femmes qui une fois la lune de miel passée découvrent les zones d'ombre de leur séducteur et se mettent à éprouver de la répulsion en lieu et place de l'attirance (c'est dire à quel point les contraires se touchent). C'est pourquoi il s'agit sans doute du film où la tentative de meurtre ressemble le plus à une scène d'amour. Lorsque Charlie se débarrasse de cette relation trouble, elle sort définitivement de l'adolescence pour embrasser son destin d'adulte qui est de reproduire le schéma maternel et sociétal en devenant l'épouse d'un gardien du maintien de l'ordre et en ne se posant plus de questions.

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Mais qui a tué Harry? (The Trouble with Harry)

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1955)

Mais qui a tué Harry? (The Trouble with Harry)

« Mais qui a tué Harry ? » est le film le plus décalé de Alfred HITCHCOCK, une farce macabre teintée d’humour noir british et de surréalisme. La photographie est lumineuse, le ton badin, la musique de Bernard HERRMANN (dont c’était la première collaboration avec Alfred HITCHCOCK), guillerette. On se promène dans les bois, on chasse, on flirte, on joue, on dessine, on lit. Tout cela serait parfaitement anodin s’il n’y avait pas ce cadavre encombrant dans le champ de la caméra que les personnages ne considèrent pas plus qu’un vulgaire bout de bois mais qui leur colle aux basques tel un sparadrap dont ils n’arrivent pas à se débarrasser. "La Corde" (1948) manifestait déjà ce goût de la mise en scène macabre et de l’humour noir. Mais si une partie des personnages se délectait de la situation, une autre partie la vivait à son insu. Dans « The trouble with Harry », le cadavre est exposé à la vue de tous mais ne suscite que de l’indifférence. On se croirait dans une partie de Cluedo puisque tout le monde s’avoue coupable à un moment ou à un autre. L’arme évoquée peut être aussi bien un fusil, une bouteille qu’un talon de chaussure. Cet aspect interchangeable des instruments comme des suspects montre qu’il s’agit de coupables « pour rire » : l’investissement émotionnel étant nul, la culpabilité l’est aussi. Alfred Hitchcock démontre par l’absurde qu’il ne peut y avoir de sens sans implication émotionnelle. Lorsqu’on la retire, tout devient futile et vain. Il y a même quelque chose d’angoissant et de malsain à voir ce petit monde de carte postale champêtre s’agiter ainsi au-dessus d’un cadavre. Ce n’est pas prenant faute de suspense et d’émotion mais cela se déguste comme un bonbon un peu acide et c’est l’occasion d’apprécier une facette inattendue de Alfred HITCHCOCK ainsi que l’adorable Shirley MacLAINE dans son premier rôle important au cinéma.

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La Taverne de la Jamaïque (The Jamaica Inn)

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1939)

La Taverne de la Jamaïque (The Jamaica Inn)

"La Taverne de la Jamaïque" est le dernier film britannique de Alfred HITCHCOCK et sa première adaptation d’un roman de Daphné du Maurier avant les deux chefs d’œuvre que sont "Rebecca" (1939) et "Les Oiseaux" (1962). Si "La Taverne de la Jamaïque" est loin d’atteindre ce niveau (le scénario est peu palpitant et le rythme laborieux) il s’agit d’un des rares films tournés par Hitchcock qui se situe dans une autre époque (les autres sont "Le Chant du Danube" (1934) et "Les Amants du Capricorne") (1949). L’atmosphère expressionniste y est particulièrement travaillée pour faire ressortir dualités et faux-semblants. La taverne biscornue s’oppose en tous points au manoir aristocratique néo-classique de Sir Humphrey Pengallan (Charles LAUGHTON). Pourtant derrière cette façade respectable, l’âme de ce dernier s’avère aussi tordue que l’escalier et les murs du repaire des bandits. De l’aveu même de Alfred Hitchcock, Pengallan, faux juge de paix et vrai commanditaire des crimes commis par les bandits est un avatar du « Dr Jekyll et Mr Hyde », sa duplicité étant soulignée par le jeu outrancier de Charles LAUGHTON. Hitchcock éprouve un plaisir sadique à jeter Maureen O HARA (dont c’était le premier rôle important) dans les pattes de ce monstre libidineux et de ses sbires. Il est d’autant plus dommage que Hitchcock n’ait pas offert au personnage joué par Charles LAUGHTON un pendant digne de ce nom. Jem Treharne (Robert NEWTON), le bandit sauvé par Mary Yellard du lynchage s’avère en effet être un officier de justice tout ce qu’il y a de plus plan-plan. Heureusement qu’il y a Mary pour incarner la lumière face aux ténèbres. La scène où elle hisse un tissu enflammé en haut d’un mât pour empêcher un bateau de s’échouer est particulièrement évocatrice.

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Le Procès Paradine (The Paradine Case)

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1947)

Le Procès Paradine (The Paradine Case)

"Le Procès Paradine" aurait pu être un grand Hitchcock. On reconnaît d'ailleurs par moments l'empreinte du cinéaste. Il y a du "Vertigo" (1958) dans le duel à distance que se livrent la blonde épouse de l’avocat Anthony Keane et la brune et vénéneuse Mrs Paradine qui l’a fait chavirer en un seul regard. Il y a du "Rebecca" (1939) dans le passage gothique de la visite au manoir et dans l’allure de veuve noire de Mrs Paradine qui détruit tous les hommes qui ont le malheur de croiser son chemin. Il y a du "Les Amants du Capricorne" (1949) dans l’opposition de classe traversant le triangle amoureux du mari, de la femme et de l’amant, ce dernier étant le valet de chambre du premier. Le mépris de classe est également bien perceptible chez l'avocat Anthony Keane qui s'acharne à vouloir faire accuser le valet en lieu et place de Mrs Paradine. Il y a enfin le goût pour les expérimentations formelles telles que le plan circulaire qui tourne autour de Mrs Paradine lors de l’entrée et de la sortie de son amant du tribunal comme si elle avait des yeux derrière sa tête permettant de le voir.

Mais le film souffre de son caractère procédural et surtout d'une trop grande emprise du producteur David O. SELZNICK (avec lequel Alfred HITCHCOCK était en conflit, c'est d'ailleurs le dernier film sur lequel ils ont travaillé ensemble) qui impose un académisme étouffant, dans le choix du casting notamment. Gregory PECK, abonné aux rôles d’avocat ne fait pas british et n’arrive pas non plus à nous faire croire à son soudain envoûtement amoureux, lequel apparaît par conséquent assez ridicule. Louis JOURDAN qui joue le valet est aussi expressif qu’une huître et rend son personnage incompréhensible (il est également sans doute mal écrit). Alida VALLI la séductrice manipulatrice est belle mais trop hiératique pour susciter une quelconque émotion. Ann TODD qui joue l'épouse est transparente. Heureusement qu’il y a Charles LAUGHTON (qui a l'air de s'ennuyer ferme) pour secouer de temps à autre la torpeur de l'ensemble.

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