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Articles avec #buddy movie tag

Astrid et Raphaëlle (saison 3)

Publié le par Rosalie210

Laurent Burtin et Alexandre de Seguins (2022)

Astrid et Raphaëlle (saison 3)

"Astrid et Raphaëlle" qui en est à sa troisième saison se bonifie d'année en année et je me réjouis de son succès qui est tel d'ailleurs que France 2 a décidé de ne plus diffuser qu'un seul épisode au lieu de deux à partir du 16 septembre 2022, histoire de faire durer le plaisir... et l'audience. Succès qui n'allait pas de soi. Les "buddy cop movies" déclinés en films de cinéma ou en séries télévisées sont été longtemps une affaires d'hommes avec bastons et explosions à la clé (qui ne se souvient pas de "Starsky et Hutch, les chevaliers au grand coeur mais qui n'ont jamais peur de rien"?). "Astrid et Raphaëlle" a beau évoluer dans le milieu très balisé de l'enquête policière à boucler en moins d'une heure chrono par épisode (multiplié par 8), il n'en reste pas moins que son principe relève du domaine du "rendez-vous en terre inconnue". Mettre sur le devant de la scène deux femmes possédant une véritable personnalité (c'est à dire qui ne sont pas réduites à leur genre, auxquelles on peut donc s'attacher et s'identifier de façon universelle) s'avère extrêmement vivifiant. Entre Raphaëlle, l'impulsive rebelle et garçon manqué qui se cache encore pour fumer comme une adolescente attardée prise en faute et Astrid, la jeune femme autiste asperger qui combat à ses côtés autant pour l'aider à résoudre les enquêtes que pour se faire une place au soleil au milieu des neurotypiques, on ne s'ennuie jamais. La finesse avec laquelle ces deux personnages sont dépeintes et interprétées (par Lola DEWAERE et Sara MORTENSEN) ainsi que la dynamique de leur relation est sans aucun doute la clé du succès de la série. Celle-ci bénéficie également lors de cette troisième saison d'intrigues souvent à double détente que je trouve mieux ficelées et également mieux reliées à l'histoire personnelle des enquêtrices, en particulier d'Astrid. Des images mentales telles que le labyrinthe au plafond (comme l'échiquier dans "Le Jeu de la dame") (2019) ou les photos de baisers nous font entrer visuellement (comme le fait un autiste) dans ses pensées pour y découvrir par quel chemin sinueux elle parvient à conjuguer son atypie avec un concours d'entrée dans la police ou avec un amour naissant. Sa passion pour les énigmes prend alors un sens plus profond qu'un simple intérêt restreint. On appréciera d'autant plus le clin d'oeil appuyé à "Le Silence des agneaux" (1989) dans l'épisode 4 ("la Chambre ouverte") où celle-ci est aidée par un criminel auteur de polars et passe-muraille (joué par Stéphane GUILLON), leurs face-à face et leurs propos faisant irrésistiblement penser à ceux des personnages de Jodie FOSTER et Anthony HOPKINS (qui a d'ailleurs été officiellement diagnostiqué autiste asperger en 2014). Mention très bien également pour Valérie KAPRISKY qui a un véritable personnage à défendre, personnage qui au fil des épisodes, ne cesse de gagner en épaisseur.

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L'Arme fatale 4 (Lethal Weapon 4)

Publié le par Rosalie210

Richard Donner (1998)

L'Arme fatale 4 (Lethal Weapon 4)

Sorti six ans après "L'Arme fatale 3" et onze ans après "l'Arme fatale 1", "L'Arme fatale 4" est le film du bilan. Les personnages ont pris un coup de vieux, surtout Martin Riggs (Mel GIBSON) qui a coupé sa crinière et arbore un look de quadragénaire plus posé allant de pair avec sa situation personnelle en voie de "normalisation". Heureusement en dépit de ses dires sur sa supposée perte de forme physique, il en a encore sous le pied pour combattre le charismatique Jet LI dont c'était le premier film hollywoodien et qui fait une impressionnante démonstration de ses talents en arts martiaux. De façon plus générale, les scènes d'action sont toujours aussi bien orchestrées. Quant aux vannes entre potes (Riggs, Murtaugh alias Danny GLOVER, Leo Gletz alias Joe PESCI et le nouveau venu, Lee Butters alias Chris ROCK que je n'ai pas trouvé spécialement drôle), si elles ne se renouvellent pas vraiment, au moins elles aèrent une intrigue assez peu inspirée dans le fond. Les triades chinoises ont remplacé les néo-nazis dans le rôle des méchants dont on se paye la tête et si la maison de Murtaugh est encore une fois détruite, la photo de famille finale a un petit côté "tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil" avec un ancien kamikaze devenu respectable mari et père de famille et un ancien truand évoquant sa petite grenouille pour seul ami. Bref une fin très américaine mais un film qui clôt la série agréablement.

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L'Arme fatale 3 (Lethal weapon 3)

Publié le par Rosalie210

Richard Donner (1991)

L'Arme fatale 3 (Lethal weapon 3)

La saga de "L'Arme fatale" s'essouffle-t-elle vraiment avec ce troisième opus comme j'ai pu souvent le lire? Je ne le pense pas. Certes, le ton est globalement plus léger que dans le deuxième volet qui l'était déjà plus que le premier. On est même à plusieurs reprises dans le registre de la parodie. Mais cela va de pair avec l'évolution des personnages. Roger Murtaugh adopte des "chiens perdus sans collier", Martin Riggs dans le premier volet, Leo Getz dans le deuxième jusqu'à former avec eux une seconde famille aux côtés de sa famille biologique traditionnelle qui a pour vertu de l'empêcher de se ramollir dans la quiétude de son "home sweet home". L'homme de nature plutôt pantouflarde y prend tellement goût qu'il n'en finit plus de repousser l'échéance de sa retraite (un running gag depuis le premier volet). De leur côté Riggs et Getz et y gagnent une nouvelle raison de vivre. Le premier qui a retrouvé une libido dans le deuxième volet décroche même une nouvelle compagne crack de kung-fu (mais dont l'apparence très BCBG est un peu discordante avec ses talents en arts martiaux... et ses cicatrices). Le second s'est reconverti dans des activités plus respectables. Comme je le disais dans mon avis sur "L'Arme fatale 2", l'amitié virile se colore de nombreux sous-entendus qui donnent lieu à des vannes pas forcément fines mais qui font mouche et il en va de même pour le comique de situation (la visite de la maison en apparence "normale" mais dont chaque recoin recèle son lot de surprises et de quiproquos). Si la mécanique comique est si efficace, c'est parce que son rythme est parfaitement maîtrisé ce qui nous rappelle à quel point les américains sont des maîtres en la matière par rapport à nous (le dialogue de l'examen de proctologie débité du tac au tac m'a fait penser à "La Dame du vendredi") (1939). Il en va de même des scènes d'action, spectaculaires comme jamais et qui ne sont pas sans faire penser quelque peu à celles de "Matrix Reloaded" (2003) (sous la houlette du même producteur, Joel SILVER). Enfin on appréciera les petits clins d'oeil à la saga "Mad Max" dont Mel GIBSON était la vedette, entre l'excitée qui se proclame "Road Warrior" et les croquettes pour chien que dévore Riggs pour se sevrer de la nicotine!

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L'Homme qui tua la peur (Edge of the city)

Publié le par Rosalie210

Martin Ritt (1957)

L'Homme qui tua la peur (Edge of the city)

Premier film de Martin RITT, cinéaste de gauche qui avait été blacklisté durant le maccarthysme, "L'Homme qui tua la peur" reflète son engagement précurseur en faveur des droits civiques des afro-américains. Si les dialogues sont lourdement démonstratifs, les prestations de John CASSAVETES et de Sidney POITIER dont les personnages développent une amitié interraciale qui n'avait rien d'évident à l'époque méritent le détour. Ils crèvent tous deux l'écran dans un registre complémentaire, fiévreux et renfermé ou au contraire ouvert et chaleureux, le second devenant un grand frère de substitution pour le premier qui devra pourtant apprendre à voler de ses propres ailes. Mais le milieu des dockers montré de façon schématique et la mise en scène plate souffrent de la comparaison avec "Sur les quais" (1954) de Elia KAZAN qui se trouvait pourtant au même moment de l'autre côté de la barrière, celui des délateurs.

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L'Arme fatale 2 (Lethal weapon 2)

Publié le par Rosalie210

Richard Donner (1989)

L'Arme fatale 2 (Lethal weapon 2)

Cette première suite de "l'Arme fatale" est particulièrement savoureuse car elle parvient à se renouveler tout en conservant un équilibre entre humour et action. La réécriture du scénario a fait grincer des dents le scénariste Shane BLACK, partisan d'une version conservant le côté sombre de Martin Riggs mais pour une fois, le parti de la légèreté pris par Richard DONNER et Joel SILVER s'avère payant. Peut-être parce que l'humour distillé dans le film est plutôt intelligent. Il y a d'abord un panel de méchants de choix répondant au contexte de l'époque, celui des dernières années de l'Apartheid en Afrique du sud. Roger Murtaugh (Danny GLOVER) et Martin Riggs (Mel GIBSON) se payent leur tête d'aryens racistes avec une jubilation particulièrement communicative. Ensuite il y a une bonne dose d'autodérision, notamment de la part du personnage de Roger Murtaugh dont les moeurs conservatrices sont mises à rude épreuve. A cela il faut ajouter le grand numéro d'un Joe PESCI complètement azimuté qui vient perturber la dynamique du duo et auquel on s'attache immédiatement. Enfin, il y a cette fin "Eros et Thanatos" qui concentre un peu tous les enjeux et toutes les tensions sous-jacentes du film. Avec la scène des toilettes, elle vient nous rappeler que l'amitié virile (telle qu'on la voit dans "Point Break" (1991), "Top Gun" (1986) ou "Les Valseuses" (1974) par exemple) a toujours une connotation ambigüe, ce qui d'ailleurs fait l'objet d'une réflexion dans "Husbands" (1970) de John CASSAVETES de la part de Harry, le personnage de Ben GAZZARA qui en étreignant ses deux potes après une nuit de beuverie se surnomme "Fairy Harry". Une émotion extrême comme un état d'ivresse conduit à faire sauter les barrières sociales et à laisser paraître une certaine ambivalence que chantait déjà Henry Garat (et que l'on peut entendre dans "On connaît la chanson") (1997): "Avoir un bon copain / Voilà c'qui y a d'meilleur au monde / Oui, car, un bon copain / C'est plus fidèle qu'une blonde" (il y en a une d'ailleurs dans le film jouée par la chanteuse Patsy KENSIT et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle et le fameux "copain" ne peuvent pas cohabiter: boire ou conduire, il faut choisir ^^.)

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L'Arme fatale (Lethal Weapon)

Publié le par Rosalie210

Richard Donner (1986)

L'Arme fatale (Lethal Weapon)

"L'Arme fatale" est un jalon-clé de l'histoire du buddy movie, un genre qui trouve sa genèse dans le tandem formé par Stan LAUREL et Oliver HARDY dont la célèbre chanson est la définition même du genre "C'est moi Laurel, c'est toi Hardy, c'est toi le gros et moi le petit, c'est moi Laurel, c'est toi Hardy
Et nous sommes de bons amis. Quand un y va, l'autre le suit, toujours ensemble, toujours unis, on se dispute mais qu'est-ce qu'on rit, nous sommes Laurel et Hardy." Sa variante policière, le "buddy cop movie" explose dans les années 80 et atteint la perfection dans le premier volet de "L'Arme fatale", scénarisé par LE pape américain du genre, Shane BLACK. On y trouve en effet tout ce qui constitue l'ADN du genre: un duo de flics dont les personnalités opposées font des étincelles à l'écran mais qui sont obligés de coopérer face à un ennemi commun, l'épreuve partagée faisant naître une estime réciproque qui grandit au final chacun d'entre eux. Mais "L'Arme fatale" aussi emblématique du genre soit-il ne se réduit pas à cette recette, il a quelque chose en plus. Et ce quelque chose provient du fait que l'un des deux flics, Martin Riggs (joué par un Mel GIBSON plus borderline et charismatique que jamais) est animé de pulsions suicidaires si extrêmes qu'il renverse l'ordre établi partout où il passe. Les truands sont effrayés ou dépassés par cet homme incontrôlable qui ne semble connaître ni la douleur ni la peur, le suicidaire "lambda" apparaît pusillanime face à ce kamikaze et le flic bon père de famille bien plan-plan (Danny GLOVER) voit son "home sweet home" dévasté par la tornade qui s'abat sur lui le soir de noël. Martin Riggs a bien plus en commun avec le truand psychopathe qu'avec le justicier et son duel final contre Mr Joshua (Gary BUSEY) est d'une certaine manière un combat contre la partie la plus obscure de lui-même, Murtaugh étant celui qui le ramène du côté de la vie et de la raison, non sans accepter lui-même d'entrer dans l'arène et de lâcher les monstres. En témoigne l'état final de sa maison, l'attirance dangereuse de sa fille aînée pour les bad boys ou encore la violence extrême à laquelle ils sont tous deux confrontés ainsi que l'alignement final avec son partenaire. Le film bien que ne lésinant pas sur l'humour est en effet plus violent et dérangeant que la norme avec par ailleurs des scènes d'action remarquablement mises en scène notamment celle qui se déroule dans le désert.

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Les Blues Brothers (The Blues Brothers)

Publié le par Rosalie210

John Landis (1980)

Les Blues Brothers (The Blues Brothers)

Je cherchais à voir ce film depuis très longtemps. "1941" (1979) le quatrième film complètement déjanté de Steven SPIELBERG avec déjà le tandem John BELUSHI et Dan AYKROYD m'avais mis l'eau à la bouche (Steven SPIELBERG fait d'ailleurs une petite apparition sur "The Blues Brothers") ainsi que "S.O.S. fantômes" (1984) qui réunissait cette fois un trio Dan AYKROYD, Bill MURRAY et Harold RAMIS, tous issus comme John Belushi de la pépinière à talents comiques du Saturday Night Live. Car c'est sur ses planches que le groupe "The Blues Brothers" a fait ses gammes (et trouvé son dress code à la "Reservoir Dogs") (1992) avant d'être adapté à l'écran. Le fait de ne l'avoir vu qu'aujourd'hui m'amène à le rapprocher de "ELVIS" (2020) dont d'ailleurs l'un des titres est interprété dans le film "Jailhouse rock". Elvis avait osé à une époque où la ségrégation était la norme franchir les barrières raciales (et de genre aussi) en pénétrant dans l'espace sacré de la soul and rythm and blues music par sa communion avec les afro-américains. Jake et Elwood Blues n'agissent pas autrement. Ils se retrouvent chargés d'une mission divine après avoir été éveillés par le pape de la soul, James BROWN chantant "Can you see the light" dans une église (la matrice des musiques afro-américaines). Littéralement possédés par l'esprit de la soul, les frères se mettent en quête des musiciens de leur groupe (soit les vrais musiciens réunis par Dan Aykroyd et John Belushi durant leurs prestations au sein du SNL), croisant au passage d'autres poids lourds du genre musical (Aretha FRANKLIN, Ray CHARLES, Cab CALLOWAY, John Lee Hooker etc.) à une époque où certes la ségrégation n'existe plus officiellement mais où il faudra attendre Michael JACKSON pour que MTV (née en 1981) programme des artistes noirs. D'ailleurs l'aspect transgressif du choix des brothers est souligné dans la scène du bar country où ils se retrouvent hués par les rednecks du coin ce qui ne les empêche pas de continuer à "envoyer du bois". Leurs autres ennemis sont sans surprise les néo-nazis (qui eux ne jurent que par Wagner), un groupe de country à qui ils ont volé la vedette et les forces de maintien de l'ordre. Les formidables bluesmen Belushi et Aykroyd, artistes complets se transforment alors en Laurel et Hardy pour leur infliger le traitement burlesque qu'ils méritent lors de scènes cartoonesques assez jouissives impliquant également une ex-fiancée (Carrie FISHER). "The Blues Brothers" n'a pas volé son statut de film culte et est bien plus qu'une simple comédie musicale, touchant à ce qui est selon moi l'essence de l'art, lequel n'a que faire des frontières.

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Wild Men

Publié le par Rosalie210

Thomas Daneskov (2021)

Wild Men

"Wild men" est une comédie décalée sur la crise du mâle occidental. C'est le deuxième film du réalisateur danois Thomas Daneskov. Martin (Rasmus Bjerg) quadragénaire danois tout ce qu'il y a de plus "normal" mais ne supportant plus le manque de sens à sa vie décide sur un coup de tête de plaquer boulot, famille et confort pour partir vivre seul dans la nature norvégienne et renouer avec le mode de vie de ses ancêtres. A une nuance près. Les vikings vivaient en communauté et la seule que rencontre Martin dans son périple est une reconstitution qui prétend proposer une expérience authentique sauf qu'à l'époque des vikings, on ne payait pas sa nourriture en carte bleue. C'est sur ce genre de décalage entre l'apparence immémoriale des paysages grandioses et sauvages de la Norvège et la réalité d'un monde moderne qui n'a que des ersatz mercantiles à offrir que joue le réalisateur danois tout au long du film. Une règle du jeu que refuse Martin mais comme il ne sait bien évidemment pas non plus chasser et qu'il a faim, il s'improvise hors la loi en "braquant" (à l'arc) une station-essence. Par conséquent il va rencontrer son miroir inversé, lequel s'appelle Musa (Zaki Youssef), un trafiquant de drogue qui a réchappé d'un accident de voiture dans lequel il s'est blessé et pour qui vivre hors la loi n'est pas une lubie de privilégié incapable d'exprimer son mal-être comme Martin mais une question de survie. Le troisième homme important de l'histoire est le policier lancé à leurs trousses. Enfin lancé est un bien grand mot car il s'agit d'un vieil homme fatigué qui ne s'est pas remis de la disparition de son épouse. Les autres policiers semblent tout aussi peu motivés ce qui a provoqué un rapprochement avec "Fargo" dont Thomas Daneskov est fan. "Wild Men" n'a pas la profondeur du film des frères Coen mais il s'en rapproche par l'humour qui se dégage de ses situations absurdes et de ses personnages déphasés. Un agréable moment de cinéma.

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Old Joy

Publié le par Rosalie210

Kelly Reichardt (2006)

Old Joy

Autant je suis restée un peu sur ma faim devant "Wendy & Lucy" (2008) et "First Cow" (2019) qui sont les deux films de Kelly REICHARDT que j'ai vu précédemment, autant celui-ci m'a emporté sans réserve, fait planer et procuré de grandes émotions. A quoi cela tient-il? Les ingrédients sont pourtant semblables. Un style minimaliste et épuré. Un rythme lent et contemplatif. Une intrigue qui tient sur un timbre-poste (deux amis qui se sont perdus de vus partent camper dans une forêt de l'Oregon). Des acteurs peu connus et anti glamour au possible (l'un est chauve et barbu, l'autre a le visage émacié et le nez tordu et aucun artifice ne vient redresser leur image). Mais il y a deux différences qui m'ont paru décisives par rapport aux deux autres films cités. L'enjeu d'abord. Dans "First Cow", il n'y en a aucun. Dès les premières images, le dénouement est révélé ce qui rend le flashback qui occupe l'essentiel du film assez dérisoire. De plus les deux personnages se ressemblent trop ce qui ôte tout sel à leur relation. Dans "Wendy & Lucy", la question de savoir si Wendy va ou non retrouver son chien ne tient pas non plus tellement en haleine. Alors que dans "Old Joy" il y a une vraie tension dramatique entre les deux protagonistes. Car plutôt que de montrer des marginaux dans leur bulle, elle adapte une nouvelle de Jonathan Raymond qui isole du monde le temps d'un week-end deux anciens amis qui ont suivi des chemins radicalement différents. L'un, Kurt est devenu un marginal quelque peu hédoniste, refusant les responsabilités de l'âge adulte et en décalage avec la civilisation moderne alors que l'autre, Mark a choisi la voie conformiste (mariage, boulot, enfant à naître, maison, chien etc.) Tout au long de leur périple, on observe leur difficile cohabitation. Aucune hostilité franche mais des regards et des petites phrases qui en disent plus long que des discours sur ce que chacun pense de l'autre et de ses choix de vie. En bon citoyen américain productiviste, Mark laisse filtrer des marques de mépris envers l'assisté qu'est Kurt alors que ce dernier manifeste sa désapprobation dès que le téléphone de Mark sonne, lui rappelant qu'il y a une femme entre eux.

Car le deuxième aspect fondamentalement différent de "Old Joy" par rapport aux autre films de Kelly REICHARDT que j'ai pu voir est sa dimension érotique. Un érotisme qui fait penser à celui de "Lady Chatterley" (2006) et son homme des bois. Car une fois loin de toute civilisation (laquelle est longuement filmée sous ses aspects les plus toxiques, d'interminables sites industriels jusqu'au coeur d'une décharge sauvage en pleine forêt), les différences s'effacent comme par magie, le temps d'une communion mystique et charnelle avec la nature lorsque les deux hommes prennent un bain dans une source chaude et se dépouillent de leurs vêtements (c'est à dire symboliquement de leurs rôles sociaux). Une séquence de temps suspendu dans laquelle les sens sont exacerbés (la vue, les sons, en particulier celui de l'eau qui coule, le toucher avec le passage du massage, l'odorat et le goût avec l'absorption de substances planantes) qui invite à la rêverie et au lâcher-prise ce qu'un très beau plan sur la main de Mark en train de s'abandonner souligne. Un autre plan montre par un effet d'optique les pieds des deux hommes entrelacés comme s'ils étaient devenus amants. Bien entendu cet instant n'est qu'une parenthèse qui après avoir ouvert une brèche vers "un autre monde possible" se referme aussitôt avec le retour au bercail qui condamne la relation entre les deux hommes. Mark, chassé de l'Eden (ce qui amène à méditer sur le sens du titre) reprend son train-train habituel alors que Kurt qui est sur le point d'être expulsé est montré comme en voie de clochardisation.

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Dallas Buyers Club

Publié le par Rosalie210

Jean-Marc Vallée (2013)

Dallas Buyers Club

De Jean-Marc Vallée, disparu à 58 ans le 25 décembre 2021, je n'avais vu que C.R.A.Z.Y dont j'ai gardé un souvenir trop vague pour pouvoir en parler mais que je reverrai si j'en ai l'occasion. En attendant, j'ai choisi pour lui rendre hommage son film le plus connu et reconnu, notamment pour les performances de ses deux acteurs principaux, Matthew McConaughey et Jared Leto justement récompensées aux Oscar et aux Golden Globe 2014.

Inspiré d'une histoire vraie, le film met en scène un personnage type de cow-boy texan bas du front adepte de pratiques à risques, certaines avouables socialement car conformes à son image de rustre hyper-viril (la pratique du rodéo) et d'autres, non. C'est ce que montre le générique: d'un côté de la barrière, la mise en scène de la virilité brute de décoffrage. De l'autre, façon backdoor de boîte de nuit, les partouzes bisexuelles sauvages non protégées et non assumées (dans le noir, dans le tas et aussitôt fait, aussitôt oublié)*. Sauf qu'on est dans les années 80 c'est à dire à l'ère de l'expansion de l'épidémie de SIDA qui ne tarde pas à être détecté chez Ron Woodrof. Son secret révélé, il est rejeté par ses pairs qui l'assimilent à un homosexuel et les médecins ne lui prédisent qu'un mois à vivre. C'est là que le film commence vraiment. Car face à l'adversité, Ron a deux choix possibles: baisser les bras ou bien se battre. Il choisit évidemment la deuxième solution et son caractère rebelle, teigneux, buté va s'avérer un allié de poids dans cette lutte contre la maladie mais surtout contre le carcan administratif et médical qui veut l'enfermer dans un protocole expérimental destiné à se servir de lui et de ses compagnons d'infortune comme cobayes pour obtenir le monopole des juteux profits liés au traitement de la maladie. Tel un animal poussé dans ses derniers retranchements, Ron Woodrof décide de rendre coup pour coup au Big Business des laboratoires pharmaceutiques US avec l'énergie du désespoir en montant sa propre officine médicale et ses propres traitements médicamenteux obtenus à l'étranger en profitant d'un vide juridique qui ne tardera pas à être comblé. Mais cela n'empêchera pas Ron de continuer son combat, un combat pour sa propre survie, de plus en plus soutenu par tous ceux pour qui ces traitements constituent un espoir en terme de durée et de qualité de vie. Matthew McConaughey donne l'apparence d'un corps qui se consume pour son combat (d'autant que le réalisateur nous fait partager ses sensations de vertige et de maux de tête) et parallèlement d'une âme qui s'élève au fur et à mesure qu'il accepte à ses côtés et comme ses égaux des homosexuels et des femmes. Parmi eux, Rayon (Jared Leto), un travesti toxicomane que l'on découvre issu d'un milieu aisé devient son associé et son ami, leur "amour vache" constitue un des meilleurs ressorts du film que ce soit en terme d'humour ou d'émotion. Mais le symbole le plus significatif est un tableau fleuri qui est la seule chose que Ron emporte avec lui quand il est expulsé. Il l'offre plus tard au docteur Eve Sacks (Jennifer Garner) qui le soutient en lui expliquant qu'il lui vient de sa mère qui était issue de la communauté gitane.

* Le parallèle avec l'acteur Rock Hudson, souligné au début du film n'est évidemment pas innocent. Celui-ci a entretenu toute sa vie une image de séducteur hétérosexuel, devant et derrière l'écran, allant jusqu'à se marier alors qu'il était homosexuel et adepte de relations multiples (il avait d'ailleurs fait l'objet d'un chantage avec des photos compromettantes que les studios avaient réussi à étouffer). Il a fini par révéler qu'il était atteint du sida en 1985. 

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