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Articles avec #allen (woody) tag

Rifkin's Festival

Publié le par Rosalie210

Woody Allen (2020)

Rifkin's Festival

J'ai eu plaisir à renouer le fil des rendez-vous cinéphiles avec Woody ALLEN. Après "Un Jour de pluie à New York" (2017) et une carrière américaine interrompue par les scandales, j'avais entendu dire qu'il tournait un nouveau film en Espagne avec Sergi LÓPEZ et que celui-ci ne serait pas aussi facilement distribué. Mais finalement, après un peu d'attente, le nouveau Woody Allen est bien présent sur les écrans français.

Cependant, force est de constater que si le film est agréable à regarder, il manque de dynamisme et n'apporte rien de nouveau à la filmographie du réalisateur. On est clairement dans du réchauffé ou plutôt du recyclage: celui de la carte postale touristique des années 2010 quand Woody Allen délocalisait les marivaudages sentimentaux de ses couples de bourgeois intellos new-yorkais aux quatre coins de l'Europe de l'ouest avant que le climat de cette région du monde ne tourne à l'étuve estivale. Plus précisément, c'est à une version light de "Vicky Cristina Barcelona" (2007) que l'on a affaire au travers de la romance de Mort, l'anti-héros joué par un second couteau récurrent du cinéma de Woody Allen, Wallace SHAWN avec une médecin espagnole (Elena ANAYA) formant un ménage explosif avec un peintre volage (alias Sergi LÓPEZ). Mais celui-ci qui n'a que quelques minutes d'écran ne peut rivaliser avec Javier BARDEM pas plus que Elena Anaya avec Penélope CRUZ. L'autre intrigue sentimentale concerne l'épouse de Mort, Sue (Gina GERSHON) avec Philippe, un jeune cinéaste imbu de sa personne (Louis GARREL qui peut ainsi compléter la liste des acteurs et actrices français "fils et filles de" ayant joué dans un Woody Allen). Là encore, on retrouve un leitmotiv des films du cinéaste au travers d'un humour cynique à la Groucho MARX lorsque Mort descend en flammes les réalisations de son rival quoique lui-même soit un écrivain raté. Bien que tournant au procédé systématique manquant un peu de rythme (et lui aussi guère neuf, on pense par exemple au voyage temporel du héros de "Minuit à Paris") (2011), les scènes pastichant les films préférés de Woody Allen dans lesquelles Mort projette son imaginaire sont finalement ce qui s'avère être le plus sympathique dans le film. Federico FELLINI, Ingmar BERGMAN mais aussi Orson WELLES, Luis BUÑUEL ou encore la nouvelle vague française se rappellent à notre bon souvenir et Christoph WALTZ se paye même le luxe de reprendre le rôle de la Mort dans une version revue et corrigée de "Le Septième sceau" (1957).

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Escrocs mais pas trop (Small time crooks)

Publié le par Rosalie210

Woody Allen (2000)

Escrocs mais pas trop (Small time crooks)

"Escrocs mais pas trop" de Woody ALLEN ne m'avait pas laissé un souvenir impérissable mais le fait de le revoir s'est avéré une bonne surprise. J'ai effet trouvé que le film s'était bonifié avec le temps (il a tout de même aujourd'hui plus de vingt ans!) Le thème balisé depuis "Le Pigeon" (1958) des bras cassés préparant un casse n'est en fait qu'un prétexte dissimulant le vrai sujet du film, celui du choc socio-culturel entre nouveaux riches bling-bling mais incultes (style Tuche à la sauce américaine bien que la référence de Woody ALLEN soit une série des années cinquante "The Honeymooners") et bourgeoisie mondaine et intello, incarnée par le so british Hugh GRANT. Et il s'avère qu'entre les deux mondes, le plus escroc n'est pas forcément celui que l'on croit. Si Woody ALLEN fait le service minimum en profiteur dépassé par les événements mais qui reste fidèle à sa nature de voleur à la ramasse, celle qui joue sa femme, Tracey ULLMAN et qui est à l'origine de leur succès avec son entreprise de cookies manifeste un bel abattage comique tout en nuançant son personnage en recherche de reconnaissance sociale et de capital culturel.

A noter également un casting rendant hommage aux acteurs de comédie anglo-saxonne sous toutes ses formes avec Tracey ULLMAN, star comique de la télévision américaine appariée à Hugh GRANT et à Elaine MAY, elle-même ancienne star comique en duo avec Mike NICHOLS (le réalisateur de "Le Lauréat" (1967), elle-même ayant réalisé plusieurs films dont "Ishtar" (1987) avec Isabelle ADJANI et "Mikey et Nicky" (1976) avec John CASSAVETES et Peter FALK). Enfin citons la présence parmi les hommes de la bande de "braqueurs", de Michael RAPAPORT, le futur Doug de la série "Atypical" (2017) dont la quatrième saison sort le 9 juillet 2021 sur Netflix. Pour l'anecdote, Woody ALLEN a par la suite employé une autre actrice jouant dans la même série, Brigette Lundy-Paine dans "L Homme irrationnel" (2015).

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Ombres et Brouillard (Shadows and Fog)

Publié le par Rosalie210

Woody Allen (1991)

Ombres et Brouillard (Shadows and Fog)

"Ombres et Brouillard", avant-dernier film de Woody ALLEN avec Mia FARROW est un exercice de style raffiné doté d'un casting de rôles secondaires trois étoiles (John MALKOVICH, John CUSACK, MADONNA, Jodie FOSTER, Kathy BATES) du plus bel effet esthétique mais dont l'aspect fake et le déluge de références saute trop aux yeux pour convaincre pleinement. Mettre dans un même film "Nosferatu le vampire" (1922), "M le Maudit" (1931), "La Monstrueuse Parade" (1932), "Le Procès" (1962) et "Kafka" (1991) ça fait déjà beaucoup. Si vous rajoutez en plus une ambiance à la "Furie" (1936) avec des groupes d'autodéfense prêts à lyncher le premier juif venu, ça devient vraiment lourd, le titre faisant penser tout à coup à "Nuit et brouillard" (1956). Heureusement, Woody ALLEN y injecte une part de légèreté en faisant son habituel numéro d'autodérision et en célébrant (comme il le fera souvent à travers ses films) le cinéma comme art de l'illusion. Le contenu de "Nuit et Brouillard" n'est donc pas vraiment à prendre au sérieux, c'est un film avant tout ludique qui recycle d'ailleurs des poncifs des films antérieurs de Woody ALLEN (comme les prostituées au grand coeur qui s'éclatent dans leur bordel, un copié-collé de celles de "La Rose pourpre du Caire") (1985). Le film vaut donc surtout pour sa beauté formelle avec sa photographie noir et blanc très travaillée, ses décors Mitteleuropa et son atmosphère sombre et gothique particulièrement brumeuse.

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L'Homme irrationnel (Irrational Man)

Publié le par Rosalie210

Woody Allen (2015)

L'Homme irrationnel (Irrational Man)

"L'Homme irrationnel" forme un diptyque avec le précédent long-métrage de Woody Allen, "Magic in the moonlight" avec lequel il partage nombre de caractères communs: la délocalisation littorale, l'importance de la lumière magnifiée par le chef opérateur Darius Khondji, le rôle principal confié à un acteur de premier plan qui n'avait pas encore joué pour le cinéaste et la même partenaire féminine, Emma Stone. Néanmoins "Magic in the moonlight" est plus facilement définissable que "L'Homme irrationnel" car c'est une comédie romantique solaire épousant la personnalité faussement cynique et véritablement charmeuse de Colin Firth. "L'Homme irrationnel" comporte également une base romantique mais le scénario est panaché avec une comédie policière très semblable à "Meurtre Mystérieux à Manhattan" (des gens qui s'ennuient dans leur petite routine mènent une enquête qui s'avèrent criminelle sur un citoyen a priori au-dessus de tout soupçon). Enfin le personnage d'Abe (Joaquin Phoenix) appartient à la veine dostoievskienne de Woody Allen, le dénouement du film étant d'ailleurs décalqué sur celui de "Match Point" avec la notion de hasard qui joue un rôle clé dans le basculement des destins.

En dépit de ces différents emprunts qui pouvaient faire crainte une redite, le film est bien plus réussi que ce que les critiques ont pu en dire. Jill (Emma Stone) représente à la perfection un comportement féminin très répandu, celui de l'infirmière dévouée qui croit que son amour pourra sauver une "âme en perdition". Mélange de narcissisme et d'altruisme, ce comportement aveugle l'amène à côtoyer un faible (comme dans "Match Point") qui cache son impuissance derrière son aura "d'artiste maudit" (il est prof de philo mais il est filmé comme tout droit sorti d'un tableau romantique). Cette coquille vide ne trouve que le meurtre comme remède à son impasse existentielle ce qui en fait un vampire insatiable. Ajoutons que si Jill est attirée par le monstre, c'est qu'elle-même s'ennuie dans sa vie plan-plan de grande bourgeoise. Le monde sans dieu et dépourvu de sens de Woody Allen s'exprime une fois de plus derrière des apparences attrayantes.

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Vicky Cristina Barcelona

Publié le par Rosalie210

Woody Allen (2007)

Vicky Cristina Barcelona

"Vicky Christina Barcelona" est un film qui a un double mérite.

D'une part il masque des questionnements existentiels qui auraient pu être d'un ennui mortel sous les atours chatoyants d'une comédie en forme de carte du tendre touristique de plus en plus épicée pour ne pas dire caliente. La qualité de la distribution et de la photographie apportent un charme indubitable au film qui fait parfois le même effet sur le spectateur que le bon vin et le guitariste espagnol sur Vicky. Et ce même s'il ne connaît pas les monuments de Barcelone (qui doivent beaucoup à Gaudi comme on peut le découvrir dans le film: Sagrada Familia, parc Güell, Pedrera et ses cheminées en forme de chevaliers). Pourtant à travers le marivaudage amoureux des deux jeunes touristes américaines (Rebecca HALL et Scarlett JOHANSSON) et le couple explosif et "almodovarien" formé par Penélope CRUZ et Javier BARDEM, Woody ALLEN pose des questions qui préfigurent celles de "Whatever Works" (2009). Il est loin d'être le premier à opposer l'ennui conjugal qui attend Vicky auprès de son fiancé aussi excitant qu'un "pot de yaourt" pour reprendre l'expression du Monde à la passion auto destructrice qui anime les artistes Juan Antonio et Maria-Helena, trop fusionnels pour ne pas se rendre la vie infernale. C'était déjà l'un des thèmes majeurs du film de Jacques DEMY, "Une chambre en ville" (1982) qui s'y connaissait en problèmes de gémellité artistique. Mais à ces deux extrêmes aussi mortifères l'un que l'autre, Woody ALLEN ajoute des expérimentations amoureuses plus marginales (le saphisme, l'amour à trois) qui au final ne débouchent sur rien. En dépit de la devise de Juan Antonio "Carpe Diem" c'est l'insatisfaction qui prédomine. Vicky se résout à suivre son schéma plan-plan en dépit des avertissements de Judy (Patricia CLARKSON) qui l'héberge à Barcelone et qui ne supporte plus sa situation conjugale très semblable (quoiqu'en dise Vicky). Quant à Cristina, elle n'est pas plus avancée qu'avant puisqu'elle sait certes ce qu'elle ne veut pas mais toujours pas ce qu'elle veut.

D'autre part, ce film qui fait partie de la période où Woody ALLEN faisait le tour d'Europe démontre si besoin était que celui-ci que l'on a longtemps ancré dans une identité "juive new-yorkaise" est en réalité un caméléon. Comme dans "Zelig" (1983) il est capable de se fondre dans n'importe quel décor tout en étant toujours fidèle à lui-même.

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Quoi de neuf, Pussycat? (What's new, Pussycat?)

Publié le par Rosalie210

Clive Donner (1965)

Quoi de neuf, Pussycat? (What's new, Pussycat?)

Les amateurs des sixties adeptes du "who's who" ne peuvent qu'apprécier le film de Clive DONNER qui aligne les célébrités de l'époque comme les perles d'un collier: Romy SCHNEIDER, Ursula ANDRESS, Peter O TOOLE, Paula PRENTISS, Peter SELLERS, CAPUCINE et dans des petits rôles voire des cameos, Françoise HARDY, Daniel ÉMILFORK, Jacques BALUTIN, Richard BURTON etc. Tout ce beau monde s'agite en roue libre dans une intrigue vaudevillesque tournée dans une France "bourgeoise rive gauche", couronnée par une dernière séquence complètement folle au "Château Chantelle" qui est celle que je trouve la plus drôle. Le tout est emballé par le célèbre tube de Tom JONES qui porte le même titre (en VO) que celui du film "WHAT'S NEW PUSSYCAT ?" (1965). Une allusion paraît-il à une expression employée par Warren BEATTY qui devait à l'origine jouer dans le film mais qui s'est défilé quand il a compris qu'il s'agissait de tourner en dérision les obsédés sexuels ^^^^.

Mais le film ne se distingue pas seulement par son casting cinq étoiles, il a également son importance dans la filmographie de Woody ALLEN. En effet il s'agit de sa première apparition sur grand écran (ceux qui se demandent où et quand il a pu embrasser Romy SCHNEIDER ont ainsi la réponse ^^^) et de son premier scénario. Le producteur du film l'avait en effet repéré pendant l'un de ses spectacles de cabaret et lui avait proposé d'en écrire l'histoire. Le film porte donc sa signature avec le thème de la psychanalyse, Paris version artistes de la rive gauche, le motif de la chambre de plus en plus remplie de monde (un hommage évident à la scène de la cabine de "Une nuit à l'opéra" (1935) avec les Marx Brothers) ou encore une séquence au bord de la Seine qui préfigure celle avec Goldie HAWN dans "Tout le monde dit I love you" (1996).

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Crimes et Délits (Crimes and Misdemeanors)

Publié le par Rosalie210

Woody Allen (1989)

Crimes et Délits (Crimes and Misdemeanors)

"Crimes et délits" est l'un des meilleurs films de Woody ALLEN. Tout d'abord parce qu'il réussit à maintenir un équilibre parfait entre la comédie et la tragédie tout en réussissant à les faire se rejoindre dans la scène finale. La comédie, incarnée par Cliff (Woody ALLEN) se teinte alors d'une poignante amertume et la tragédie, incarnée par Judah (Martin LANDAU) disparaît au profit de la mascarade grinçante (celle des rapports conjugaux, familiaux et sociaux) qui était annoncée dès la première scène.

Ensuite "Crimes et délits" est le premier film de la veine dostoïevskienne du réalisateur, celle du crime sans châtiment que l'on retrouve aussi dans "Match point" (2005) et "Le Rêve de Cassandre" (2007). En effet les personnages sont tous confrontés à un moment ou à un autre à la nécessité de faire un choix entre leurs principes moraux (d'origine religieuse, plusieurs scènes évoquent la religion et la culture juive dans lequel ont grandi les personnages tout comme Woody ALLEN) ou le renoncement à ceux-ci. Ironiquement, les personnages intègres connaissent une destinée malheureuse (le rabbin adepte de la transparence et du pardon perd la vue, Cliff accumule les déboires sentimentaux et professionnels) alors que ceux qui ne le sont pas réussissent. Judah qui a commandité le meurtre de Dolorès (Anjelica HUSTON) et dont le frère Jack est un gros bonnet de la pègre est un notable à l'apparence respectable considéré comme un bienfaiteur de l'humanité, Lester (Alan ALDA) qui est un producteur imbu de lui-même séduit Halley Reed (Mia FARROW) qui fait passer sa carrière avant tout le reste et donc la richesse et la célébrité avant les sentiments et la sincérité etc.

On comprend que face à tant d'injustice le philosophe Louis Levy qu'idolâtre Cliff finisse par se suicider, brouillant encore un peu plus les repères de ce monde sans dieu (sans père?) qu'est l'univers de Woody ALLEN. Chacun est donc placé face à ses responsabilités: " Nous nous définissons par les choix que nous faisons ; nous sommes la somme de nos choix". Les idéalistes seront peut-être vertueux mais leur manque de réalisme et de sens pratique les entravera dans leur vie. A l'inverse les pragmatiques sauront se frayer un chemin dans la jungle mais y laisseront une part peut-être essentielle d'eux-mêmes au vestiaire.

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Un jour de pluie à New-York (A Rainy Day in New-York)

Publié le par Rosalie210

Woody Allen (2019)

Un jour de pluie à New-York (A Rainy Day in New-York)

En raison des accusations d'agression sexuelle dont a fait l'objet Woody Allen, "Un jour de pluie à New-York" qui a été tourné en 2017 a mis deux ans à sortir en France. Aux USA où on ne pardonne aucun faux-pas dans le milieu du cinéma depuis l'affaire Arbuckle, (que les accusations soient fondées ou non d'ailleurs), plus aucun film de Woody Allen ne devrait pouvoir être visible dans les salles. Cela ne semble d'ailleurs pas le décourager car contrairement aux prévisions des médias "Un jour de pluie à New-York" n'est déjà plus le dernier film de sa prolifique carrière. Il a tourné en effet un nouveau long-métrage en Espagne, ce qui démontre si besoin était que l'Europe s'est toujours montrée plus accueillante que son pays d'origine.

"Un jour de pluie à New-York" est une comédie charmante et légère, typiquement allénienne mettant en scène les étoiles montantes du moment qui considéraient alors encore que tourner avec Woody Allen était un tremplin pour leur carrière. Leurs rôles sont d'ailleurs en décalage avec leur jeune âge tout comme l'atmosphère rétro tant par les références littéraires ("Gatsby le magnifique" en tête) que par la musique jazzy. Timothée Chalamet a pris un abonnement pour les rôles de fils de bonne famille tendance intello-bobo (il faut dire qu'il a la tête de l'emploi) alors que Elle Fanning joue avec conviction les apprentis journalistes surexcitée par ses aventures dans le monde fermé du cinéma où elle rencontre successivement un réalisateur dépressif (Liev Schreiber), un scénariste cocu (Jude Law) et un acteur dragueur (Diego Luna). Le caractère vaudevillesque du film n'occulte pas le fait qu'il s'agit un peu comme dans "Minuit à Paris" de confronter un couple mal assorti aux "jeux de l'amour et du hasard" dans un dédale urbain afin que chacun, séparé de l'autre puisse y trouver sa vérité. Manhattan est comme toujours superbement filmé et l'intrigue, rythmée et pleine de rebondissements se suit avec beaucoup de plaisir.

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Comédie érotique d'une nuit d'été (A Midsummer Night's Sex Comedy)

Publié le par Rosalie210

Woody Allen (1982)

Comédie érotique d'une nuit d'été (A Midsummer Night's Sex Comedy)

Après le "Songe d'une nuit d'été" de William Shakespeare, après sa réinvention "réaliste" avec la comédie "Sourires d une nuit d été" (1955) de Ingmar BERGMAN, Woody ALLEN a livré en 1982 sa propre comédie "nuit d'été" qui met l'accent sur le marivaudage sexuel entre des couples mal accordés qu'un petit séjour à la campagne va remettre d'aplomb ^^. Même s'il semble être à l'opposé de son précédesseur "Stardust Memories" (1980), sa forme est tout aussi travaillée avec pour la cinquième fois Gordon WILLIS à la photographie. Or la lumière est extrêmement importante dans ce film qui a une esthétique inspirée des toiles impressionnistes de Auguste Renoir, l'histoire se déroulant à la Belle Epoque dans une Amérique rurale qui a des airs d'Europe ^^. On constate cependant un certain hiatus entre la sensualité élégiaque que dégagent les paysages magnifiés par la bande originale (qui reprend notamment des extraits de l'ouverture et de la musique de scène que Felix Mendelssohn a composé au XIX° pour la pièce de Shakespeare dont la célèbre marche nuptiale qui accompagne le générique) et le comportement peu romanesque des personnages conjugué à une réalité forcément décevante. Ce contraste entre le rêve et la réalité est l'un des fils directeurs de l'œuvre de Woody ALLEN de "La Rose pourpre du Caire" (1985) à "Vicky Cristina Barcelona" (2007) où l'ivresse de l'exotisme finit toujours par retomber pour laisser place à une réalité beaucoup moins enthousiasmante. Heureusement il reste toujours la lanterne magique de Ingmar BERGMAN réinventée par Andrew, le personnage joué par Woody ALLEN pour éclairer celle ^^ des six personnages en quête de bonheur: Léopold (José FERRER) l'intello cartésien imbu de lui-même qui s'abandonne aux plaisirs de la chair et découvre ce qu'est être un pur esprit, sa fiancée préraphaélite Ariel (la première apparition de Mia FARROW chez le cinéaste dont elle deviendra la muse sur une décennie) dont le prénom trahit à quel point elle est mal assortie avec Léopold, Maxwell (Tony ROBERTS) le séducteur adepte du carpe diem qui lorgne sur Ariel, Andrew le bricoleur rêveur et sa machine volante, sa femme frustrée Adrian (Mary STEENBURGEN) qu'un lourd secret rend frigide et enfin Dulcy l'infirmière (Julie HAGERTY) qui est en réalité la sexologue en herbe du groupe ^^^^.

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Stardust Memories

Publié le par Rosalie210

Woody Allen (1980)

Stardust Memories

Film poétique et foisonnant mais difficile d'accès, "Stardust Memories" est néanmoins incontournable dans la filmographie de Woody ALLEN. Pour le comprendre il est indispensable de le resituer dans son contexte.

Woody ALLEN a commencé sa carrière comme créateur de gags et de sketches puis comme amuseur public de stand up. C'est en effet sur les planches qu'il a créé son personnage d'intellectuel névrosé et anxieux. Naturellement, ses premiers films se situent dans la continuité de ses sketches burlesques et satiriques dans lequel il fait figure d'ahuri maladroit. Un tournant intervient avec son premier grand film "Annie Hall" (1977) où l'écriture se fait plus délicate et bien plus personnelle. Mais bien que parfois mélancolique, il s'agit toujours d'une comédie. "Manhattan" (1979) se situe dans la même lignée avec en plus une esthétique éblouissante marquée par une superbe photographie de Gordon WILLIS et le classique et jazzy "Rhapsody in blue" de George GERSHWIN. Entre les deux films, Woody ALLEN a proposé cependant une rupture radicale avec le style qui avait fait jusqu'ici sa renommée: "Intérieurs" (1978) est son premier drame intimiste et le premier film où il révèle l'influence d'un grand maître, Ingmar BERGMAN. Mais le public américain, déconcerté ne suit pas.

"Stardust Memories" sonne à la fois comme une synthèse et un bilan de toute cette période. Woody ALLEN a d'ailleurs embauché de nouveau Gordon WILLIS pour le noir et blanc du film. Celui-ci reprend le principe de l'oeuvre sous influence sauf qu'ici ce n'est pas Ingmar BERGMAN qui est son modèle mais Federico FELLINI et plus précisément "Huit et demi" (1963). On peut même parler de pastiche (certains parlent même de plagiat mais il s'agit davantage d'un hommage) tant on retrouve d'éléments communs: le noir et blanc, l'artiste dépressif en panne d'inspiration, les lunettes noires, la satire du showbiz dépeint comme un poulailler grotesque (ça parle pour ne rien dire, ça s'agite, ça harcèle de sollicitations diverses le pauvre artiste qui ne sait plus où donner de la tête), les références au monde du cirque et de la magie, le mélange de rêves, de fantasmes, de cinéma et de réalité. Jusqu'à la scène d'ouverture qui est quasiment identique, la route ayant juste été remplacé par le rail (et une belle blonde muette de 22 ans alors inconnue, Sharon STONE). A travers ce dispositif, Woody ALLEN met en scène ses propres interrogations identitaires, aussi bien personnelles que professionnelles. La décoration de son appartement change d'ailleurs en fonction de ses humeurs, tantôt montrant Groucho MARX (l'un de ses grands maîtres, cité d'une façon ou d'une autre dans presque tous ses films) et tantôt ce qui semble être un cambodgien en train de se faire exécuter par un Khmer Rouge. Son personnage et double, Sandy Bates est écartelé entre trois femmes, une actrice brune, ténébreuse et bipolaire qui le hante (Charlotte RAMPLING qui est terriblement envoûtante et bergmanienne), une blonde plantureuse équilibrée et terre à terre (Marie-Christine BARRAULT) et une jeune violoniste névrosée (Jessica HARPER). Sur le plan professionnel, Sandy doit se confronter à des producteurs et à un public qui n'apprécient pas son évolution vers le cinéma sérieux et ne cessent de lui répéter qu'ils préféraient ses premiers films (Steven SPIELBERG qui a connu un peu la même trajectoire s'est d'ailleurs reconnu dans le personnage). On en arrive au paradoxe où Sandy défend ses choix en faisant du stand-up, provoquant l'hilarité de la salle comme s'il se retrouvait au point de départ. Chacun sait qu'il n'en est rien et que désormais, c'est la quête d'un équilibre entre les différentes facettes de sa personnalité qui constitue le fondement des films du réalisateur.

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