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Articles avec #film musical tag

Aline

Publié le par Rosalie210

Valérie Lemercier (2020)

Aline

Dans le film de Valérie LEMERCIER, Céline Dion s'appelle Aline Dieu. Un nom fictif qui en dit long. L'album "D'Eux" écrit par Jean-Jacques GOLDMAN comporte lui aussi des références religieuses "Les derniers seront les premiers" et "La mémoire d'Abraham". Une façon discrète de souligner le don exceptionnel de la chanteuse. Mais pas seulement pour chanter, également pour aimer, les deux ayant un caractère divin. Jean-Jacques Goldman avait d'ailleurs expliqué qu'il avait été séduit (outre la voix) par le côté nature et généreux de Céline Dion que sa carrière de diva à la Barbra STREISAND (son modèle) n'avait pas altéré*. Le film de Valérie Lemercier conserve ce côté nature et généreux d'un bout à l'autre. La facette showbiz disparaît au profit de la désarmante simplicité du personnage (même à l'intérieur d'un palace ou d'une immense salle de concert elle nous semble proche, "a girl next door"). Car Céline/Aline emporte partout ses racines et sa famille avec elle (le porte-bonheur de son père, sa mère qui veille sur elle et plusieurs de ses nombreux frères et soeurs) qui forment une bulle de protection autour d'elle. Cela aurait pu la maintenir dans un répertoire infantile mais c'était sans compter sur l'expérience décisive de Guy-Claude (alias René Angelil) son manager et futur époux. Les scènes d'explication orageuse entre Sylvain MARCEL et Danielle FICHAUD sont savoureuses (comme d'ailleurs tout le casting québécois), la mère n'appréciant guère d'avoir un "vieux pruneau" divorcé deux fois pour gendre. Comme le reste de la famille et Aline elle-même avec ses imperfections, Guy-Claude est croqué avec drôlerie et tendresse. Même les salles de concert les plus imposantes prennent ainsi un caractère chaleureux et familial et on comprend pourquoi les moqueries dont Céline/Aline fait l'objet (qui sont évoquées à plusieurs reprises dans le film) glissent sur elle sans la toucher, comme tout ce qui a trait à la laideur ou à la corruption du monde dans lequel elle évolue. La performance de Valérie LEMERCIER est bluffante (même si je ne suis pas coinvaincue par les effets spéciaux qui lui donnent l'allure d'une gamine de 8 ans).

*" Mais si tu grattes là
Tout près de l'apparence
Tremble un petit qui nous ressemble
On sait bien qu'il est là
On l'entend parfois
Sa rengaine insolente
Qui s'entête et qui répète
"Oh, ne me quitte pas"

On n'oublie jamais
On a toujours un geste
Qui trahit qui l'on est
Un prince, un valet
Sous la couronne un regard
Une arrogance, un trait
D'un prince ou d'un valet

Je sais tellement ça
J'ai copié des images
Et des rêves que j'avais
Tous ces milliers de rêves
Mais si près de moi
Une petite fille maigre
Marche à Charlemagne, inquiète
Et me parle tout bas." (On ne change pas)

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Annette

Publié le par Rosalie210

Leos Carax (2021)

Annette

Spectacle total, plein les yeux et plein les oreilles! On n'aime ou on n'aime pas Leos CARAX mais, déjà intriguée à défaut d'être 100% convaincue par les précédents films de lui que j'ai vu ("Les Amants du Pont-Neuf" (1991) qu'il me faut revoir car je n'en ai plus que des souvenirs flous et "Holy Motors" (2012) que j'avais trouvé inégal), j'ai été séduite par son dernier film tout en contrastes, aussi sombre que flamboyant, aussi osé que virtuose, aussi poignant que grinçant, aussi lyrique que cynique, aussi vulgaire que sublime que j'ai décidé de voir rien qu'en regardant l'affiche: les couleurs (bleu et jaune), la tempête, le trou noir, la petite fille lunaire, la valse sur le pont et Adam Driver, acteur génial dont Carax parvient à extraire ici la substantifique moëlle, sans doute parce qu'il trouve en lui la même "inquiétante étrangeté" que chez Denis LAVANT, étrangeté qui doit faire écho à celle qu'il a en lui-même.

Rien que sur la forme, "Annette" mérite d'être vu: c'est à la fois une comédie musicale dont les airs composés par le groupe Sparks (auteurs également de l'histoire) restent dans la tête ("May we start?", "We love each other so much", l'aria "The Forest"...) et un conte à l'intérieur desquels Leos CARAX se permet toutes les libertés, toutes les fantaisies. En même temps, c'est la terrible histoire de Henry (Adam DRIVER) humoriste de stand up rongé par la frustration et la colère qui de son propre aveu est attiré par les abysses et en y plongeant, va tout perdre: son talent, son public, sa liberté, sa fortune, sa femme et sa fille. Si les allusions à "Metoo" mais aussi à l'exploitation des enfants-stars par leurs parents sont assumées lors de "parenthèses" adoptant avec beaucoup d'ironie le style journalistique people ou déconstruisant des films comme "Titanic" (1997) (la scène de valse sur le pont du bateau), la profondeur du personnage de Henry et la grâce évanescente de la cantatrice Ann Desfranoux (Marion COTILLARD) donnent un caractère franchement opératique au film. Un opéra tragique. Et parallèlement à cette histoire d'adultes, c'est aussi un conte vu à hauteur de la petite fille du couple qu'est Annette. Dans sa vision, son père ("la bête") est un gorille (allusion à son surnom d'humoriste, le "gorille de dieu") atteint de la malédiction* de Ashitaka dans "Princesse Mononoké" (1997), son mal intérieur prenant la forme d'une tache lie-de-vin qui se répand sur son visage, sa mère ("la belle") est une Blanche-Neige qui a croqué la pomme empoisonnée et elle-même, mi-Pinocchio, mi-Harry Potter est un pantin de bois doté d'une cicatrice sur le front. Une marionnette réduite à l'impuissance et privée de parole mais dotée d'un chant sublime qui ne s'exprime qu'à la pleine lune avant de s'éteindre définitivement en même temps que son âme.

* L'influence de l'expressionnisme allemand sur Leos CARAX se fait sentir sur le personnage de Henry au moins à deux reprises: dans un plan (visible dans la bande-annonce) où il tend les mains vers Ann à la manière de "Nosferatu le vampire" (1922) et dans la dernière scène qui me fait de plus en plus penser à celle de "M le Maudit" (1931) (scène bouleversante dans laquelle une petite fille libérée de sa servitude solde les comptes avec son paternel toxique en quête de rédemption).

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David Bowie: les cinq dernières années

Publié le par Rosalie210

Francis Whately (2017)

David Bowie: les cinq dernières années

Deuxième volet de la trilogie que Francis Whately a consacré à David Bowie après "David Bowie en cinq actes" (2013) et avant "David avant Bowie" (2018), "David Bowie: les cinq dernières années" (2017) se penche comme son titre l'indique sur la période allant de 2011 à 2016 c'est à dire le chant du cygne (ou plutôt du phénix) de cet immense artiste caméléon qui mourut d'un cancer le 10 janvier 2016, deux jours après avoir fêté son soixante-neuvième anniversaire. Le réalisateur fait toutefois une entorse à la chronologie en débutant le film par la dernière tournée de David Bowie en 2004 pour faire émerger un paradoxe qui innerve l'ensemble du film. A savoir que jamais David Bowie n'a paru si heureux qu'à ce moment-là alors que c'est précisément lors de cette tournée que débutent ses ennuis de santé qui le contraignirent à se retirer de la scène et à interrompre provisoirement sa carrière. Pourtant, le vieillissement, la maladie et l'approche de la mort c'est à dire le fait que son temps soit compté furent à l'origine d'un come-back fulgurant. Après dix ans de silence et dans le plus grand secret (une performance de nos jours), David Bowie réussit à sortir à la surprise générale "The Next Day" en 2013 puis "Blackstar" son testament deux jours avant sa mort ainsi qu'une comédie musicale au titre hautement significatif "Lazarus" alors même qu'il se savait condamné. Dire que David Bowie a créé jusqu'à son dernier souffle de vie est littéralement illustré par ce documentaire passionnant (comme les deux autres) que l'on soit connaisseur ou néophyte et qui mélange archives visuelles et sonores et témoignages des musiciens qui l'ont accompagné sur ses derniers projets mais aussi les réalisateurs de ses derniers clips. En effet, le documentaire revient régulièrement en arrière pour souligner la continuité dans la rupture de la carrière de David Bowie, faisant émerger par-delà les avatars et la nostalgie les thématiques récurrentes de sa personnalité et de son univers: l'androgynie et la bisexualité (fameuse idée de l'avoir apparié avec Tilda Swinton le temps d'un clip), la ville de Berlin avec le titre et le clip "Where are we now?" ou encore l'ultime retrouvaille avec l'espace et le Major Tom ou plutôt ce qu'il en reste dans "Blackstar".

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David Bowie en cinq actes

Publié le par Rosalie210

Francis Whately (2013)

David Bowie en cinq actes

Ayant beaucoup aimé "David avant Bowie", j'ai eu envie de voir les autres documentaires que Francis Whately a consacré à l'artiste et tout d'abord en guise d'entrée en matière "David Bowie en cinq actes" qui constitue en soixante minutes un tour d'horizon des années les plus connues de sa carrière de 1971 à 1983. Les cinq actes en question constituent en fait cinq moments clés durant lesquels il change d'identité personnelle comme professionnelle: la période glam rock liée à son personnage androgyne et extra-terrestre Ziggy Stardust, la période soul américaine à Los Angeles durant laquelle il réalise les albums "Young American" et "Station to station" et s'abîme plus que jamais dans la drogue sous les traits du Thin White Duke (il est alors plus pâle et émacié que jamais), la période berlinoise électronique et son apothéose avec l'album "Heroes", l'album romantique moderne "Scary Monsters" et enfin son virage commercial avec Let's Dance, China Girl et Fame qui transforme l'artiste expérimental underground en icone pop mainstream. Outre le montage d'images visuelles et sonores rares, l'aspect que j'ai trouvé le plus intéressant, ce sont les témoignages de ses musiciens qui expliquent la genèse des chansons. Notamment Rick Wikeman qui démontre de façon très claire l'originalité de "Life on mars" en montrant qu'une version lambda aurait été monocorde alors que la version Bowie ne cesse d'aller crescendo grâce à des notes charnières qui servent de tremplin à la mélodie. Ce passage me paraît être une parfaite métaphore musicale de l'artiste lui-même.

Les critiques de l'époque qui reprochaient au réalisateur de ne pas évoquer les débuts ni la fin de carrière du chanteur ne savaient pas que ce documentaire servirait de maillon central à une trilogie avec "David avant Bowie" (2019) pour ses années de galère dans les années soixante et début des années soixante dix et "David Bowie, les cinq dernières années" (2016) pour sa fin de carrière.

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David avant Bowie

Publié le par Rosalie210

Francis Whately (2019)

David avant Bowie

Pour faire un grand documentaire (ou un grand film de fiction) sur un ou une personnalité il faut au moins deux ingrédients. Tout d'abord il faut que la personnalité en question soit taillée pour le costume ce qui n'est pas toujours le cas loin s'en faut. Ensuite il faut un réalisateur inspiré. Les deux sont réunis ici et le résultat est passionnant. Francis Wathely est en effet un spécialiste des documentaires musicaux et celui-ci est déjà son troisième sur David Bowie après "David Bowie en cinq actes" (2013) et "David Bowie- Les Cinq dernières années" (2017). En effet que raconte David avant Bowie sinon la longue et compliquée genèse d'une étoile dans les années soixante et le début des années soixante-dix? Déjà ce qui est remarquable, c'est qu'un documentaire mette ainsi l'accent sur les échecs qui ont forgé la star David Bowie. 11 ans de galère, 9 groupes différents et des dizaines de "flops" commerciaux qui auraient pu en décourager plus d'un. Mais on mesure la personnalité exceptionnelle qu'était David Bowie au fait qu'aucun d'entre eux ne l'a mis par terre. Chacun lui a permis de rebondir en explorant de nouvelles voies (poésie, mime) jusqu'à ce qu'enfin il en trouve une qui rencontre aussi le public. Et encore, cela s'est fait en deux temps puisque le succès de "Space Oddity" en 1969 est resté celui d'un single et qu'il a fallu "The Rise and Fall of Ziggy Stardust and the Spiders from Mars", son cinquième album en 1973 pour assoir définitivement sa carrière. On comprend alors d'où vient son art de se réinventer sans cesse sans pourtant jamais se perdre puisque même une fois parvenu au sommet, David Bowie refuse de capitaliser sur la même formule en tuant son personnage pour mieux renaître ailleurs sous une autre forme tel un phénix. Jalonné de témoignages précis de ceux qui l'ont côtoyé de près durant ses années de formation (bien que méconnus du grand public, on peut constater que David Bowie ne collaborait pas ou ne sortait pas avec n'importe qui), d'images d'archives visuelles et sonores où on entend la voix de la star faire ses propres commentaires, on comprend aussi que la quête identitaire de Bowie était liée à un profond désir de transplantation. Il ne se reconnaissait pas du tout dans le milieu sans âme dans lequel il avait grandi et il s'est donc cherché ailleurs. Dans tous les ailleurs possibles et imaginables, propulsé puis mis sur orbite par une époque effervescente propice aux expérimentations et excentricités en tous genres.

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Electroma (Daft Punk's Electroma)

Publié le par Rosalie210

Daft Punk (2006)

Electroma (Daft Punk's Electroma)

En écho à leur album sorti en 2005 "Human after all", les Daft Punk réalisèrent l'année suivante un long-métrage expérimental qui prolongeait la thématique de l'album puisqu'il racontait l'odyssée de deux robots en quête d'humanité dans un monde qui en était visiblement dépourvu. Cet OVNI en forme d'exercice de style sans paroles mais riche en musiques et en références cinématographiques se découpe en trois parties ou plutôt trois "tableaux animés". Le premier est un road-movie en Ferrari dans les paysages désertiques californiens qui fait penser aux films de la contre-culture hippie du type "Easy Rider" de Dennis Hopper et à "Duel" de Spielberg. Le deuxième se déroule dans un laboratoire aux machines vintage très kubrickiennes et à la lumière aveuglante où les deux robots se retrouvent dotés d'une apparence humaine. Mais cette métamorphose échoue, autant en raison de la chaleur écrasante qui fait fondre leur visage en latex que de la réaction hostile des habitants tous revêtus des casques du groupe qui lancent une "chasse à l'homme" dans la lignée de "l'invasion des profanateurs de sépulture" de Don Siegel. Le troisième, la plus marquant montre les deux robots marchant dans le désert jusqu'à ce que mort s'ensuive. Un contrepied évident à l'univers du clip fondé sur la vitesse puisque LA référence de cette dernière partie c'est "Gerry" de Gus Van Sant, film lui-même expérimental qui racontait l'errance de deux garçons perdus dans le désert et adoptait à l'aide de très longs plans-séquence muets le rythme lent de leur marche de plus en plus laborieuse au fur et à mesure que le poids des privations (d'eau surtout) se faisait ressentir. Les robots ne souffrent évidemment pas des mêmes maux, pourtant quelque chose finit pourtant par se "casser" en eux et les conduire droit à l'autodestruction, spectaculaire, surtout la deuxième qui fait figure d'holocauste en pleine nuit. Le résultat est envoûtant pour peu que l'on accepte de se laisser porter par l'étrangeté de ce "trip" visuel et sonore. Envoûtant et prophétique puisque lorsque le groupe de musique électronique annonça sa séparation en 2021, il le fit sur des images tirées de la fin du film.

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Judy

Publié le par Rosalie210

Rupert Goold (2018)

Judy

Il y a eu au début des années 2000 la mode des fictions biographiques sur des auteurs de grands classiques dont on savait peu de choses et qui ont été (platement) réinventés à l'aune de leurs oeuvres les plus populaires, ou du moins ce qu'en avait retenu le cinéma hollywoodien à savoir les plus grandes facilités. Puis est arrivé la mode des biopics, une autre forme de recyclage, beaucoup plus vaste car le catalogue des célébrités à traiter est sans fin. Comme pour les franchises ou les remakes de classiques, le biopic est une recette au succès prévisible sinon toujours assuré et à la recette sinon immuable, du moins assez standardisée. Celle de "Judy" ne déroge pas à la règle. On pouvait espérer un traitement plus fouillé et moins insipide concernant une "huge star maison" voire une réflexion du système sur les ambivalences monstrueuses qu'il a engendré. En se focalisant sur la dernière année de la vie de Judy Garland, morte prématurément usée à 47 ans on voit surtout les aspects les plus pénibles (et misérabilistes) de sa vie, la déchéance, l'instabilité, les addictions multiples, les dérèglements de l'alimentation et du sommeil, la souffrance, le tout expliqué à l'aide de petits flashbacks par le dressage subi à la MGM dans son adolescence. Cette image de Garland-victime est au-delà de la simplification. Elle ne s'accorde ni avec la star de cinéma ni avec la bête de scène qu'elle a été. Si le rapport de Garland avec l'oralité avait été creusé davantage, on aurait vu qu'elle était tout autant vampire que vampirisée. Il faut dire que Renée ZELLWEGER en dépit de sa bouche rougie pour l'occasion n'a pas un charisme suffisant pour porter l'aura écrasante d'une telle star et que tout ce qui l'entoure est survolé voire parfois biaisé comme souvent dans les biopics.

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La Flûte magique

Publié le par Rosalie210

Paul Grimault (1946)

La Flûte magique

Comme la plupart des films d'animation de Paul GRIMAULT, "La Flûte magique" est une ode à la résistance à l'oppression par le pouvoir enchanteur de la beauté. Réalisé en 1946 soit dans l'après-guerre, sans le scénariste de ses premières oeuvres Jean AURENCHE, il préfigure dans son esthétique comme dans sa thématique "Le Roi et l'Oiseau"* (1979). Il raconte l'histoire d'un jeune troubadour qui se fait méchamment refouler à l'entrée d'un château fort par un seigneur et ses sbires particulièrement mal embouchés, ceux-ci allant jusqu'à lui casser son instrument. Mais par la grâce d'une flûte magique, don de la nature alliée au petit troubadour (et obtenue par la métamorphose d'un oiseau), celui-ci va radicalement changer la nature de la menaçante forteresse et de ses sombres habitants, à leur corps défendant, les obligeant au péril de sa vie à danser au son de sa petite musique. Bien que l'histoire se situe au Moyen-Age, le film lorgne vers le cinéma burlesque et cartoonesque et le compositeur Marcel DELANNOY se permet de délicieux anachronismes avec des airs jazzy entraînants. C'est joyeux, léger et délicieusement impertinent.

* "graphisme net et élégant fondé sur la courbe, le traitement en volume des personnages, le soin apporté aux détails dans les décors tendant au réalisme, une animation fluide et riche en mouvements, une palette luxuriante de couleurs fort variées, un découpage technique abondant en plans de différentes valeurs, de changements d'angles de prises de vues et de mouvements d'appareils... En ce qui concerne le fond, par une philosophie poético-anarchiste « prévertienne », par un amour pour les faibles, les êtres différents et fantaisistes, par une haine de la méchanceté, de la bêtise, de l'envie et de la tyrannie." (Alain GAREL critique et historien de cinéma, professeur d'histoire du cinéma)

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Mes meilleurs copains

Publié le par Rosalie210

Jean-Marie Poiré (1989)

Mes meilleurs copains

Les "films de potes", ça peut être parfois très rance. Mais celui de Jean-Marie POIRÉ à résonance autobiographique échappe à ce travers. Grâce d'une part à sa bande de comédiens très inspirés, notamment Jean-Pierre DARROUSSIN qui est assez irrésistible et touchant dans le rôle de Dany, un doux rêveur perché. Et de l'autre, grâce à un ton doux-amer, ponctué de flashbacks aussi nostalgiques qu'hilarants sur la jeunesse soixante-huitarde de la petite troupe de rockers babas-cool qui vivait alors en communauté. La reconstitution de ce point de vue est soignée avec notamment une séquence d'happening gauchiste en usine, une autre qui fait penser à un Woodstock du pauvre et la projection d'un petit film bien dans le ton de l'époque -on pense à "Lions Love"- (1969) où on expérimente divers cocktails et où on exhibe nudité et sexualité sans tabou. Bien entendu, vingt ans plus tard, il ne reste plus grand-chose de cette époque aventureuse. La communauté s'est dissoute et chacun s'est plus ou moins embourgeoisé. Richard (Gérard LANVIN) avait même un prénom prédestiné puisqu'il est devenu chef d'entreprise avec belle propriété, femme et enfants ainsi que des aventures extra-conjugales pour pimenter le tout. Et il emploie à son service le pauvre Dany, indécrottable idéaliste qui est passé à côté d'une belle carrière. Jean-Michel (Christian CLAVIER) et Guido (Jean-Pierre BACRI) ont également évolué dans la même direction mais avec bien des regrets et des frustrations alors que Bernadette (Louise PORTAL) et Antoine (Philippe KHORSAND) sont restés dans le milieu artistique mais la première s'est intégrée au show-business (en acceptant les compromissions refusées par Dany) et le second est devenu un metteur en scène tyrannique et dépressif. Tout ce petit monde ainsi que quelques invités surprise se retrouve le temps d'une "nuit de folie" chez Richard qui ressemble fort à un baroud d'honneur, le temps de solder les comptes et de dissiper les dernières illusions.

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Cotton Club (The Cotton Club)

Publié le par Rosalie210

Francis Ford Coppola (1984)

Cotton Club (The Cotton Club)

Bien que "Cotton Club" ne soit pas spécialement un film aimable (ce qui explique sans doute son impopularité et sa relégation dans l'ombre au sein de la filmographie de Francis Ford COPPOLA), j'ai eu l'impression en terminant le film d'avoir été comblée ce qui n'est pas si fréquent. Que montre finalement Francis Ford COPPOLA dans le film si ce n'est une certaine réalité de la société américaine au travers de son show business? Car derrière le show il y a le business et il n'est pas des plus propres. Le Cotton Club, cabaret de jazz de Harlem ayant réellement existé au temps de la Prohibition est une scène, comme le cinéma alors en plein essor d'Hollywood derrière laquelle s'agitent des coulisses peu reluisantes. Néanmoins Francis Ford COPPOLA apporte beaucoup de nuances dans sa mise en scène virtuose et c'est cela qui m'a comblé autant que les formidables numéros musicaux. Ainsi Dixie le "héros" musicien joué par Richard GERE est un arriviste c'est vrai mais à côté de son frère Vincent (Nicolas CAGE alias le neveu du réalisateur) qui est prêt à aller jusqu'au massacre des innocents pour assouvir son appétit de réussite, c'est un saint. Il en va de même des deux truands qu'il sert. Le premier, Dutch (James REMAR), un sanguin dominé par ses émotions à qui il a pourtant sauvé la vie ne connaît que les rapports de domination et fait de lui son esclave, de la même façon qu'il a acheté la vénale Vera (Diane LANE). On comprend que Dutch n'arrive pas à la cheville de son rival, Owney Madden (Bob HOSKINS) qui en dépit de sa férocité en tant que gangster a autrement plus de savoir-faire dans les relations humaines. Il a aussi ses entrées dans le milieu artistique en ayant réussi à transformer le plomb (l'argent de la pègre) en or (le Cotton Club) ce qui lui vaut plutôt que de se faire trouer la peau d'aller à "sing sing" ^^^^ où on lui déroule le tapis rouge. Enfin en parallèle de ces guerres de blancs individualistes assoiffés de pouvoir et d'argent, Francis Ford COPPOLA met en lumière la situation paradoxale de la communauté noire sans laquelle l'Amérique n'aurait pu construire son identité artistique mais qui néanmoins subit le joug de la domination des blancs, la ségrégation et les humiliations qui en résultent. Des discriminations qui ont pour effet de souder ses éléments dans un destin commun et de lui donner bien plus de force que n'en ont les WASP. A méditer donc.

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