Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Articles avec #film musical tag

La tourneuse de page

Publié le par Rosalie210

Denis Dercourt (2006)

La tourneuse de page

"La Tourneuse de pages" est un thriller à demi-réussi. Denis Dercourt dont j'ai vu récemment le très bon "Vanishing" parvient dès les premières minutes à instaurer un climat de tension et le maintenir tout au long du film, tenant ainsi les spectateurs en haleine. Celui-ci sait en effet grâce à la scène d'humiliation sociale initiale quand Mélanie était enfant qu'en l'accueillant adulte dans sa luxueuse et immense demeure, M. Fouchécourt (Pascal Greggory) fait entrer le loup dans la bergerie. Derrière son rôle de petite main soumise, Mélanie (Déborah François) ne semble en effet vivre que pour sa vengeance et utilise de façon subreptice les failles de la famille pour parvenir à ses fins sans jamais découvrir son jeu. Mais c'est aussi la limite d'un personnage opaque qui à force d'afficher le même masque imperturbable, la même détermination sans faille, la même invulnérabilité, finit par paraître dénué d'humanité, rendant le film sec et froid. Bien qu'on ait beaucoup comparé Mélanie aux blondes hitchcockiennes et sa vengeance sociale à "La Cérémonie" de Claude Chabrol, c'est du côté du thriller asiatique qu'il faut aller chercher ce genre de hiératisme glacé ponctué de gestes ultra-violents qui contraste avec le trouble de plus en plus palpable d'Ariane (Catherine Frot), l'épouse de M. Fouchécourt, pianiste qui perd littéralement les pédales au contact de la jeune femme. On peut d'ailleurs se demander si le début de sa fragilisation suite à un accident de voiture provoqué par un chauffard n'est pas déjà dû à Mélanie qui n'a plus qu'à lui donner l'estocade ou plutôt le baiser de la mort pour l'achever. 

Voir les commentaires

Marguerite

Publié le par Rosalie210

Xavier Giannoli (2015)

Marguerite

Revoir (et écouter) "Marguerite", adaptation très libre de la vie de Florence Foster Jenkins par Xavier GIANNOLI (cantatrice américaine richissime chantant horriblement faux qui a peu de temps après fait l'objet d'un autre film par Stephen FREARS) fait réaliser à quel point il annonce "Illusions perdues" (2019) que ce soit au niveau des écrits journalistiques ou du personnage payé pour faire la claque. Les deux films dissèquent un monde du spectacle (social comme scénique, c'est du pareil au même et la mise en abyme est évidente) fait de mensonges et de dissimulations dans lequel la vérité des sentiments ne peut qu'être mise à mort comme le taureau dans une corrida. Le film joue donc avec les paradoxes. Marguerite Dumont a acheté le titre de son mari et chante comme une casserole mais elle s'avère d'une telle authenticité dans son besoin d'amour et de beauté qu'elle se laisse dévorer par ces passions qui lui sont inaccessibles. La tragique illusion qu'elle se fait de son talent et son besoin d'exister aux yeux de son mari servent de révélateur (de vérité) aux lâchetés, hypocrisies, calculs d'intérêts de son entourage qui ne cesse de lui renvoyer un miroir trompeur dans lequel elle se complait d'autant plus jusqu'à ce qu'elle se confonde tant avec lui que toute tentative de retour au réel ne peut que l'anéantir. Mais les prestations de Marguerite, filmées frontalement non pour se moquer d'elle mais pour provoquer le malaise ont aussi le pouvoir d'arracher les masques. Si Catherine FROT offre une prestation mémorable, le film est une galerie de portraits passionnants car tous plus ambivalents les uns que les autres. Le mari négligent (André MARCON) qui a épousé Marguerite pour sa fortune et la trompe se retrouve de plus en plus accablé par la honte et la culpabilité, observant cette femme s'enfoncer toujours plus loin dans sa folie sans parvenir à la protéger. Son domestique Madelbos (Denis MPUNGA) qui par ses talents de photographe la transforme en icône et l'histoire de sa vie en roman-photo brûle ensuite ce qu'il a adoré et la vampirise de son voyeurisme jusqu'à son dernier soupir. Son professeur (Michel FAU) ancienne gloire sur le déclin voit à travers elle un miroir de sa déchéance ce qui provoque en lui des bouffées de haine et d'amertume. Enfin les artistes-journalistes comme Lucien (Sylvain DIEUAIDE) qui espèrent se servir d'elle comme produit d'appel pour leurs happenings dadaïstes ou comme tiroir-caisse pour écouler leurs productions sont confrontés à leurs regrets d'avoir gâché leur amour et leur talent. Le miroir en effet fonctionne dans les deux sens et si Marguerite vit dans l'imposture, la société qui l'entoure n'est qu'une sinistre farce. Quand la vérité éclate, elle est dévastatrice.

Voir les commentaires

Pina

Publié le par Rosalie210

Wim Wenders (2011)

Pina

Wim Wenders est l'un de mes cinéastes préférés. Et l'un de mes films préférés, "Parle avec elle" de Pedro Almodovar s'ouvre sur un extrait de "Café Müller" qui m'a fait découvrir la danseuse contemporaine et chorégraphe de génie Pina Bausch et les larmes qu'elle pouvait faire verser aux hommes (Wim Wenders inclus qui a déclaré avoir fondu en larmes devant ce même spectacle en 1985 alors que la danse l'avait jusque là toujours laissé froid). La mort brutale de la chorégraphe allemande en 2009 ne mit pas pour autant fin au projet que Wenders avait eu de tourner un film avec elle et de fait "Pina" (que j'ai vu sur France TV, en 2D alors qu'il a été tourné en 2011, époque où la 3D était à la mode) est bien un film qui fusionne leurs deux univers. En apparence, il s'agit "juste" d'un film-hommage qui donne la parole aux danseurs de la troupe de Pina Bausch -certains préférant d'ailleurs garder le silence- et montre des extraits de ses spectacles les plus célèbres qui font ressortir des traits communs (le style vestimentaire des danseuses avec leurs cheveux lâchés et leurs longues robes fluides, leurs grands mouvements circulaires avec les bras, le jeu avec les éléments -terre battue, pierre, eau- mais surtout les mouvements sans cesse répétés d'attraction, de répulsion et de chute des corps féminins, rattrapés -ou non- par les corps masculins). Mais on reconnaît aussi dans "Pina" l'univers de Wim Wenders. Tout d'abord à travers l'environnement. Lorsque les danseurs sont filmés sur la scène, le sol se couvre de terre, d'eau ou de chaises. Mais lorsqu'ils sont lâchés dans la nature, ils serpentent dans des lieux importants de la filmographie de Wim Wenders, le long des restes du rideau de fer (vus dans "Au fil du temps") ou sous le train suspendu de Wuppertal (où se trouve le siège de la compagnie de danse contemporaine de Pina Bausch) dont j'avais découvert l'existence en regardant "Alice dans les villes". Ensuite les origines très diverses des danseurs qui s'expriment dans leur langue maternelle répondent à une préoccupation commune. Comme Pina Bausch, Wim Wenders est un infatigable voyageur qui a arpenté le monde avec des lieux fétiches (les USA, le Japon, Lisbonne) qui résonnent avec les origines asiatiques, latino ou russes des danseurs et danseuses de Pina Bausch, leur langage commun étant la danse, celle-ci faisant office de tour de Babel.

Voir les commentaires

Diva

Publié le par Rosalie210

Jean-Jacques Beineix (1981)

Diva

Je ne suis pas spécialement fan de Jean-Jacques Beineix et de l'esthétique années 80 qui l'accompagne mais j'aime bien "Diva" son premier film qui a acquis le statut de film culte. Celui-ci a en effet relativement bien vieilli comparativement à d'autres oeuvres de cette époque et je pense que c'est lié au fait que "Diva" est un alliage réussi d'éléments contradictoires. En effet la réalisation tape-à-l'oeil (la critique a suffisamment taillé en pièces les films de Beineix en raison de leur parenté avec l'esthétique du clip et de la publicité pour que je n'aie pas besoin de développer davantage cet aspect) est contrebalancée par un travail d'épure qui par moments, touche, n'ayons pas peur des mots, la grâce (pour le dire autrement, il y a une âme derrière l'image). Chaque passage où l'on écoute l'air extrait de "La Wally" chanté par Wilhelmenia Wiggins Fernandez (la diva du titre qui fascine Jules, l'improbable facteur mélomane héros de l'histoire) s'accompagne de mouvements de caméra planants, épousant le rythme lent et hypnotique de la musique. Il y a aussi l'univers tout aussi hypnotique de l'allié de Jules, Gorodish qui pratique la philosophie zen dans son loft quasi vide plongé tout entier dans le "grand bleu" de "La Vague" de Hokusai (le travail très pop art sur les couleurs primaires, jaune, rouge et bleu et les jeux de lumières et de mouvements oscillatoires d'une sculpture associée au bleu renforcent l'effet d'hypnose ressenti, un peu comme l'atmosphère de "Blade Runner").

Le motif de la vague a aussi selon moi un autre sens. "Diva" rend à sa manière -décalée- hommage aux courants qui l'ont précédé: le réalisme poétique et la nouvelle vague. Côté Carné, le film met en avant des décors de studio et une galerie d'acteurs typés inconnus à l'époque mais que le film allait hisser au rang de stars: Gérard Darmon, Dominique Pinon et surtout Richard Bohringer. Côté Godard (outre les couleurs primaires), je ne peux pas m'empêcher de penser à une parodie du début de "Le Mépris" quand j'entends les répliques de Dominique Pinon dans le film "j'aime pas Beethoven", "j'aime pas les ascenseurs", "j'aime pas ta gueule"* et son comparse qui finit par lui dire "mais t'aime rien alors?" (sans parler de l'actrice asiatique qui joue Alba, la compagne de Gorodish et qui je trouve joue comme Bardot).

Enfin "Diva" a une parenté qui m'a sauté aux yeux lorsque je l'ai revu avec le cinéma de Leos Carax et particulièrement ses deux premiers films, "Boy meets Girl" et "Mauvais Sang" (dans la manière de filmer des marginaux, les quais déserts de Paris, des intérieurs désaffectés, de mener un thriller, de décrire des couples improbables incarnant le "modern love") ainsi qu'avec celui de Jean-Pierre Jeunet. Et pas seulement en terme d'esthétique (des décors en studio à la Trauner façon "Le jour se lève") mais aussi en terme de "gueules de cinéma". Ainsi les répliques de Dominique Pinon font penser au court-métrage "Foutaises", le prototype du "Fabuleux destin de Amélie Poulain" où celui-ci alterne entre les "j'aime" et les "j'aime pas". Alors "cinéma du look" comme cette "nouvelle-nouvelle vague" (incluant aussi évidemment Luc Besson) a été qualifiée ou bien cinéma "d'atmosphère-atmosphère, est-ce que j'ai une gueule d'atmosphère!"

Voir les commentaires

Belle (Ryū to sobakasu no hime)

Publié le par Rosalie210

Mamoru Hosoda (2021)

Belle (Ryū to sobakasu no hime)

Après "Le Garçon et la Bête", Mamoru Hosoda nous propose une version 2.0 de "La Belle et la Bête" qui rend hommage à la version Disney dont Hosoda est fan mais qui s'en éloigne cependant sensiblement ainsi que du conte d'origine pour se rapprocher de ses thèmes fétiches: la dualité (tant des univers que des personnages), l'altérité, l'animalité. Très riche graphiquement et narrativement, n'hésitant pas à jouer sur des ruptures de ton, le film possède plusieurs trames et plusieurs niveaux de lecture. Au premier abord, on a l'impression d'une redite de "Summer Wars" car la scène d'introduction est quasiment identique: l'exposition d'un gigantesque monde virtuel nommé U (dans "Summer Wars", il s'appelle Oz) où chaque membre possède un avatar qui le définit par rapport à sa personnalité intérieure (on pense aussi forcément à "Ready Player One" et à l'OASIS). Cependant si "Summer Wars" insistait surtout sur les dangers de l'IA pour le monde réel, "Belle" en montre au contraire les possibles bienfaits. Le monde virtuel devient une extension de soi et s'apparente autant à un réseau social qu'à une oeuvre d'art en mouvement. Le style graphique en 3D fait ressortir formes et couleurs et s'apparente par moments à une toile abstraite ou surréaliste alors que le monde réel en 2D est dans l'ensemble naturaliste. Néanmoins, Mamoru Hosoda n'hésite pas à brouiller les frontières du réel et du virtuel et à déjouer nos attentes. D'abord parce que le virtuel a des retombées concrètes dans le monde réel. Ainsi Suzu, l'héroïne (alias "Belle" dans le monde virtuel) est appelée à revivre la situation traumatique dans laquelle elle a perdu sa mère sauf que c'est désormais elle qui se retrouve dans le rôle du sauveur et du protecteur au lieu d'être dans celui du témoin impuissant. Mais pour cela, elle doit tomber le masque qui lui permettait de s'affirmer dans le monde virtuel (dans un rôle de pop idol qui m'a fait penser quelque peu aux films de Satoshi Kon, "Perfect Blue" et "Paprika"). Ensuite parce qu'à l'inverse, la fille dont elle s'est inspirée pour créer son avatar dans U s'avère être en réalité peu sûre d'elle lorsqu'il s'agit d'aborder l'élu de son coeur, un garçon un peu bizarre qui n'est pas un parangon de beauté. Cela donne lieu à une scène franchement burlesque en plan fixe basée sur des entrées et sorties de champ qui est en rupture par rapport au style réaliste du film dans le monde réel. Enfin un des enjeux du film est la révélation de la véritable identité de la Bête (surnommée "Le Dragon" dans U) qui lorsqu'elle survient donne au récit une tournure d'une gravité et d'une profondeur inattendue. Contrairement à ce que j'ai pu lire dans certaines critiques superficielles, les super-héros chargés de faire la police dans U en révélant la véritable identité des avatars pour ensuite les expulser ne sont pas de simples commodités. Ce sont des figures de justiciers sorties d'un système de valeurs réactionnaire (patriarcal et manichéen) que Suzu va battre en brèche, parallèlement au fait qu'elle va dévoiler l'hypocrisie d'un père qui donne de lui une belle image en société mais dont le vrai visage ne se révèle que dans l'intimité du foyer. Cela montre l'ambivalence des outils technologiques qui dépendent de l'usage que l'on en fait: Big Brother peut se muer en lanceur d'alerte. Et on pense au rôle capital joué par les photos, les vidéos et les enregistrements sonores dans la révélation de malversations et de crimes, à échelle individuelle ou collective.  

Voir les commentaires

Shine

Publié le par Rosalie210

Scott Hicks (1996)

Shine

"Shine" commence paradoxalement dans les ténèbres. Il y a d'une part la scène nocturne et pluvieuse durant laquelle David Helfgott (Geoffrey Rush) âme errante en souffrance trouve refuge dans un piano-bar. Et de l'autre le récit de son enfance et de son adolescence sous la férule d'un père tout-puissant et profondément toxique. Les histoires d'éclosion de génies de la musique sont parsemées de mentors tyranniques voire tortionnaires qui se servent de leur protégé pour compenser leurs failles narcissiques. Entre les mains de Peter (Pater?), David n'est qu'un jouet qui n'a pas le droit d'avoir des désirs propres, pas le droit de grandir, pas le droit de s'émanciper. Non seulement il doit être le meilleur au piano pour satisfaire son père qui n'avait pas le droit de faire de la musique quand il était petit mais Peter, survivant de la Shoah qui a emporté ses parents a barricadé sa famille derrière des planches et des barbelés vis à vis d'un monde extérieur perçu comme irrémédiablement hostile. Dans la famille Helfgott, le temps s'est arrêté, l'espace s'est replié. David n'a pas le droit de partir et lorsqu'il le fait en s'aliénant son paternel qui l'efface de son existence (par le feu, c'est dire son degré de folie), il est si fragile qu'il sabote sa carrière en sombrant dans la dépression et la maladie mentale.

Le retour à la vie passe par le détachement psychique avec son père qui s'accomplit lorsqu'il ne ressent plus que de l'indifférence à son égard. Il passe aussi par la réconciliation avec la musique sous un angle de plaisir et de joie et non plus de torture et de compétition. Enfin, David devenu un homme-enfant loufoque, exubérant et volubile (un peu à la manière de Roberto Benigni) se tourne vers des figures à l'opposé de son père: un professeur de musique homosexuel, une poétesse mère de substitution à la forte personnalité (la sienne était transparente, entièrement soumise au père), une pianiste très religieuse qu'il rencontre alors qu'il est interné à l'asile, Sylvia qui l'accueille dans le piano-bar alors qu'il est dans la plus profonde détresse et enfin, l'amie de Sylvia, Gillian qui devient sa femme. Le basculement de l'univers froid, aride et sombre de son père vers sa renaissance par les femmes est symbolisé par l'importance croissante de l'eau dans le film dans laquelle David Helfgott passe l'essentiel de son temps à s'immerger (baignoire, mer, piscine).

"Shine" a révélé Geoffrey Rush qui a reçu l'Oscar du meilleur acteur pour un rôle "à performance". Mais Noah Taylor qui joue David Helfgott adolescent est tout aussi bon, notamment lors de la scène de la désintégration de sa psyché lorsqu'il joue sur scène le très difficile morceau de Rachmaninov voulu par son père. 

Voir les commentaires

Aline

Publié le par Rosalie210

Valérie Lemercier (2020)

Aline

Dans le film de Valérie LEMERCIER, Céline Dion s'appelle Aline Dieu. Un nom fictif qui en dit long. L'album "D'Eux" écrit par Jean-Jacques GOLDMAN comporte lui aussi des références religieuses "Les derniers seront les premiers" et "La mémoire d'Abraham". Une façon discrète de souligner le don exceptionnel de la chanteuse. Mais pas seulement pour chanter, également pour aimer, les deux ayant un caractère divin. Jean-Jacques Goldman avait d'ailleurs expliqué qu'il avait été séduit (outre la voix) par le côté nature et généreux de Céline Dion que sa carrière de diva à la Barbra STREISAND (son modèle) n'avait pas altéré*. Le film de Valérie Lemercier conserve ce côté nature et généreux d'un bout à l'autre. La facette showbiz disparaît au profit de la désarmante simplicité du personnage (même à l'intérieur d'un palace ou d'une immense salle de concert elle nous semble proche, "a girl next door"). Car Céline/Aline emporte partout ses racines et sa famille avec elle (le porte-bonheur de son père, sa mère qui veille sur elle et plusieurs de ses nombreux frères et soeurs) qui forment une bulle de protection autour d'elle. Cela aurait pu la maintenir dans un répertoire infantile mais c'était sans compter sur l'expérience décisive de Guy-Claude (alias René Angelil) son manager et futur époux. Les scènes d'explication orageuse entre Sylvain MARCEL et Danielle FICHAUD sont savoureuses (comme d'ailleurs tout le casting québécois), la mère n'appréciant guère d'avoir un "vieux pruneau" divorcé deux fois pour gendre. Comme le reste de la famille et Aline elle-même avec ses imperfections, Guy-Claude est croqué avec drôlerie et tendresse. Même les salles de concert les plus imposantes prennent ainsi un caractère chaleureux et familial et on comprend pourquoi les moqueries dont Céline/Aline fait l'objet (qui sont évoquées à plusieurs reprises dans le film) glissent sur elle sans la toucher, comme tout ce qui a trait à la laideur ou à la corruption du monde dans lequel elle évolue. La performance de Valérie LEMERCIER est bluffante (même si je ne suis pas coinvaincue par les effets spéciaux qui lui donnent l'allure d'une gamine de 8 ans).

*" Mais si tu grattes là
Tout près de l'apparence
Tremble un petit qui nous ressemble
On sait bien qu'il est là
On l'entend parfois
Sa rengaine insolente
Qui s'entête et qui répète
"Oh, ne me quitte pas"

On n'oublie jamais
On a toujours un geste
Qui trahit qui l'on est
Un prince, un valet
Sous la couronne un regard
Une arrogance, un trait
D'un prince ou d'un valet

Je sais tellement ça
J'ai copié des images
Et des rêves que j'avais
Tous ces milliers de rêves
Mais si près de moi
Une petite fille maigre
Marche à Charlemagne, inquiète
Et me parle tout bas." (On ne change pas)

Voir les commentaires

Annette

Publié le par Rosalie210

Leos Carax (2021)

Annette

Spectacle total, plein les yeux et plein les oreilles! On n'aime ou on n'aime pas Leos CARAX mais, déjà intriguée à défaut d'être 100% convaincue par les précédents films de lui que j'ai vu ("Les Amants du Pont-Neuf" (1991) qu'il me faut revoir car je n'en ai plus que des souvenirs flous et "Holy Motors" (2012) que j'avais trouvé inégal), j'ai été séduite par son dernier film tout en contrastes, aussi sombre que flamboyant, aussi osé que virtuose, aussi poignant que grinçant, aussi lyrique que cynique, aussi vulgaire que sublime que j'ai décidé de voir rien qu'en regardant l'affiche: les couleurs (bleu et jaune), la tempête, le trou noir, la petite fille lunaire, la valse sur le pont et Adam Driver, acteur génial dont Carax parvient à extraire ici la substantifique moëlle, sans doute parce qu'il trouve en lui la même "inquiétante étrangeté" que chez Denis LAVANT, étrangeté qui doit faire écho à celle qu'il a en lui-même.

Rien que sur la forme, "Annette" mérite d'être vu: c'est à la fois une comédie musicale dont les airs composés par le groupe Sparks (auteurs également de l'histoire) restent dans la tête ("May we start?", "We love each other so much", l'aria "The Forest"...) et un conte à l'intérieur desquels Leos CARAX se permet toutes les libertés, toutes les fantaisies. En même temps, c'est la terrible histoire de Henry (Adam DRIVER) humoriste de stand up rongé par la frustration et la colère qui de son propre aveu est attiré par les abysses et en y plongeant, va tout perdre: son talent, son public, sa liberté, sa fortune, sa femme et sa fille. Si les allusions à "Metoo" mais aussi à l'exploitation des enfants-stars par leurs parents sont assumées lors de "parenthèses" adoptant avec beaucoup d'ironie le style journalistique people ou déconstruisant des films comme "Titanic" (1997) (la scène de valse sur le pont du bateau), la profondeur du personnage de Henry et la grâce évanescente de la cantatrice Ann Desfranoux (Marion COTILLARD) donnent un caractère franchement opératique au film. Un opéra tragique. Et parallèlement à cette histoire d'adultes, c'est aussi un conte vu à hauteur de la petite fille du couple qu'est Annette. Dans sa vision, son père ("la bête") est un gorille (allusion à son surnom d'humoriste, le "gorille de dieu") atteint de la malédiction* de Ashitaka dans "Princesse Mononoké" (1997), son mal intérieur prenant la forme d'une tache lie-de-vin qui se répand sur son visage, sa mère ("la belle") est une Blanche-Neige qui a croqué la pomme empoisonnée et elle-même, mi-Pinocchio, mi-Harry Potter est un pantin de bois doté d'une cicatrice sur le front. Une marionnette réduite à l'impuissance et privée de parole mais dotée d'un chant sublime qui ne s'exprime qu'à la pleine lune avant de s'éteindre définitivement en même temps que son âme.

* L'influence de l'expressionnisme allemand sur Leos CARAX se fait sentir sur le personnage de Henry au moins à deux reprises: dans un plan (visible dans la bande-annonce) où il tend les mains vers Ann à la manière de "Nosferatu le vampire" (1922) et dans la dernière scène qui me fait de plus en plus penser à celle de "M le Maudit" (1931) (scène bouleversante dans laquelle une petite fille libérée de sa servitude solde les comptes avec son paternel toxique en quête de rédemption).

Voir les commentaires

David Bowie: les cinq dernières années

Publié le par Rosalie210

Francis Whately (2017)

David Bowie: les cinq dernières années

Deuxième volet de la trilogie que Francis Whately a consacré à David Bowie après "David Bowie en cinq actes" (2013) et avant "David avant Bowie" (2018), "David Bowie: les cinq dernières années" (2017) se penche comme son titre l'indique sur la période allant de 2011 à 2016 c'est à dire le chant du cygne (ou plutôt du phénix) de cet immense artiste caméléon qui mourut d'un cancer le 10 janvier 2016, deux jours après avoir fêté son soixante-neuvième anniversaire. Le réalisateur fait toutefois une entorse à la chronologie en débutant le film par la dernière tournée de David Bowie en 2004 pour faire émerger un paradoxe qui innerve l'ensemble du film. A savoir que jamais David Bowie n'a paru si heureux qu'à ce moment-là alors que c'est précisément lors de cette tournée que débutent ses ennuis de santé qui le contraignirent à se retirer de la scène et à interrompre provisoirement sa carrière. Pourtant, le vieillissement, la maladie et l'approche de la mort c'est à dire le fait que son temps soit compté furent à l'origine d'un come-back fulgurant. Après dix ans de silence et dans le plus grand secret (une performance de nos jours), David Bowie réussit à sortir à la surprise générale "The Next Day" en 2013 puis "Blackstar" son testament deux jours avant sa mort ainsi qu'une comédie musicale au titre hautement significatif "Lazarus" alors même qu'il se savait condamné. Dire que David Bowie a créé jusqu'à son dernier souffle de vie est littéralement illustré par ce documentaire passionnant (comme les deux autres) que l'on soit connaisseur ou néophyte et qui mélange archives visuelles et sonores et témoignages des musiciens qui l'ont accompagné sur ses derniers projets mais aussi les réalisateurs de ses derniers clips. En effet, le documentaire revient régulièrement en arrière pour souligner la continuité dans la rupture de la carrière de David Bowie, faisant émerger par-delà les avatars et la nostalgie les thématiques récurrentes de sa personnalité et de son univers: l'androgynie et la bisexualité (fameuse idée de l'avoir apparié avec Tilda Swinton le temps d'un clip), la ville de Berlin avec le titre et le clip "Where are we now?" ou encore l'ultime retrouvaille avec l'espace et le Major Tom ou plutôt ce qu'il en reste dans "Blackstar".

Voir les commentaires

David Bowie en cinq actes

Publié le par Rosalie210

Francis Whately (2013)

David Bowie en cinq actes

Ayant beaucoup aimé "David avant Bowie", j'ai eu envie de voir les autres documentaires que Francis Whately a consacré à l'artiste et tout d'abord en guise d'entrée en matière "David Bowie en cinq actes" qui constitue en soixante minutes un tour d'horizon des années les plus connues de sa carrière de 1971 à 1983. Les cinq actes en question constituent en fait cinq moments clés durant lesquels il change d'identité personnelle comme professionnelle: la période glam rock liée à son personnage androgyne et extra-terrestre Ziggy Stardust, la période soul américaine à Los Angeles durant laquelle il réalise les albums "Young American" et "Station to station" et s'abîme plus que jamais dans la drogue sous les traits du Thin White Duke (il est alors plus pâle et émacié que jamais), la période berlinoise électronique et son apothéose avec l'album "Heroes", l'album romantique moderne "Scary Monsters" et enfin son virage commercial avec Let's Dance, China Girl et Fame qui transforme l'artiste expérimental underground en icone pop mainstream. Outre le montage d'images visuelles et sonores rares, l'aspect que j'ai trouvé le plus intéressant, ce sont les témoignages de ses musiciens qui expliquent la genèse des chansons. Notamment Rick Wikeman qui démontre de façon très claire l'originalité de "Life on mars" en montrant qu'une version lambda aurait été monocorde alors que la version Bowie ne cesse d'aller crescendo grâce à des notes charnières qui servent de tremplin à la mélodie. Ce passage me paraît être une parfaite métaphore musicale de l'artiste lui-même.

Les critiques de l'époque qui reprochaient au réalisateur de ne pas évoquer les débuts ni la fin de carrière du chanteur ne savaient pas que ce documentaire servirait de maillon central à une trilogie avec "David avant Bowie" (2019) pour ses années de galère dans les années soixante et début des années soixante dix et "David Bowie, les cinq dernières années" (2016) pour sa fin de carrière.

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 > >>