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Articles avec #cinema japonais tag

Mademoiselle Ogin (Ogin-sama)

Publié le par Rosalie210

Kinuyo Tanaka (1962)

Mademoiselle Ogin (Ogin-sama)

"Mademoiselle Ogin" est le dernier des six films de Kinuyo TANAKA et c'est mon préféré. Le fait qu'il fasse penser à "Les Amants crucifiés" (1954) doit jouer car c'est un film que j'aime profondément. Comme chez Kenji MIZOGUCHI, une scène prémonitoire montre les préparatifs de la crucifixion de celle ou de ceux qui bravent le patriarcat (droit du seigneur, mariage arrangé etc.) pour vivre un amour interdit. C'est également le seul film de Kinuyo TANAKA qui appartienne au genre du Jidai-geki qui désigne les films historiques situés à l'époque féodale, plus précisément ici au XVI° siècle. Son seul autre film en couleur, "La Princesse errante" (1960) était également un film historique mais appartenant au Gendai-geki c'est à dire se situant à l'époque contemporaine (les années 1930 et 1940). "Mademoiselle Ogin" est une splendeur visuelle, les plans sont composés comme des tableaux avec un souci impressionnant du détail, les costumes sont flamboyants et cet écrin magnifique est au service d'une histoire simple et forte, tirée de faits réels. La fille d'un célèbre maître de thé tombe amoureuse d'un samouraï chrétien alors que cette religion importée d'Occident par des missionnaires est interdite, préfigurant la fermeture quasi-totale du Japon aux échanges extérieurs durant près de trois siècles sous les shogun Tokugawa. Mais Ukon qui a épousé un idéal de dévotion et de chasteté repousse Ogin et l'incite même à se marier avec un commerçant adoubé par sa famille. Seulement, Ogin reste fidèle à Ukon (qui une fois "déradicalisé" accepte son amour pour elle) et rejette son mari puis le puissant et odieux Seigneur Hideyoshi qui fait exécuter tous ceux qui lui résistent. Son goût pour l'étalage ostentatoire de sa richesse (il fait décorer son salon de thé entièrement en or) n'est pas sans rappeler un certain Donald Trump! Face à lui comme face aux autres hommes, Ogin reste d'une droiture inébranlable.

"Mademoiselle Ogin" est donc la consécration ultime de la grande cinéaste qu'était Kinuyo TANAKA qui grâce à un studio indépendant (fondé par des femmes) a pu obtenir le budget conséquent pour réaliser un film d'ordinaire réservé aux cinéastes les plus aguerris avec autant de maîtrise qu'eux et un regard féminin en prime.

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La lune s'est levée (Tsuki wa noborinu)

Publié le par Rosalie210

Kinuyo Tanaka (1955)

La lune s'est levée (Tsuki wa noborinu)

Imaginez la rencontre improbable de Yasujiro OZU (qui signe le scénario et "prête" son acteur fétiche, Chishu RYU) et de "Emma l'entremetteuse" de Jane Austen avec une Audrey HEPBURN japonaise dans le rôle principal. Le résultat est le deuxième film de Kinuyo TANAKA. L'intrigue est en effet un mélange des deux univers: Setsuko, la plus jeune d'une famille de trois filles vivant sous le toit d'un père veuf imagine un stratagème pour faire tomber sa soeur puinée, Ayako dans les bras de l'ami du beau-frère de sa soeur aînée, Chizuru, avec la complicité dudit beau-frère, Shoji. La perspicacité et l'ingéniosité que Setsuko déploie vis à vis des affaires sentimentales de sa soeur lui font cependant complètement défaut lorsque par un effet boomerang, la question lui revient dans la figure lorsqu'elle est confrontée à ses propres sentiments vis à vis de Shoji. Alors que dans la première partie du film, Setsuko se comporte comme une gamine de 13-14 ans (alors qu'elle en a 21) et entretient un rapport fraternel avec Shoji, leur relation se métamorphose dans la deuxième partie, de même que l'actrice qui semble prendre 10 années en quelques jours.

Si cette intrigue qu'on a parfois rapproché de Marivaux en raison notamment d'un dispositif assez théâtral de chassé-croisé sentimental ne semble pas très personnelle, elle reste agréable à suivre. Surtout, le film présente un autre intérêt: témoigner des transformations du Japon dans les années 50. La famille Asai est en effet aussi hétérogène que le film lui-même. Si les deux filles les plus âgées sont des japonaises traditionnelles, soumises, introverties jusqu'à être emmurées en elles-mêmes, Setsuko est au contraire complètement occidentalisée aussi bien dans son apparence que dans son comportement extraverti et primesautier. Dans un tout autre genre, elle fait penser à Mickey (un surnom ô combien révélateur) dans "La Rue de la honte" (1956). Il est permis cependant de douter que cette modernité survivra au mariage qui se profile dont les paramètres semblent relever du dispositif le plus classique.

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La Princesse errante (Ruten no ōhi)

Publié le par Rosalie210

Kinuyo Tanaka (1960)

La Princesse errante (Ruten no ōhi)

Première superproduction de Kinuyo TANAKApour un grand studio, la Daiei en couleur et en scope, "La Princesse errante" est aussi un de ses plus beaux films. Cependant si sa splendeur esthétique fait l'unanimité (décors, costumes, photographie), les critiques français ont été moins séduits par la façon dont Kinuyo Tanaka a abordé le genre de la fresque historique, lui reprochant un manque de souffle épique et de lisibilité des enjeux. En ce qui concerne ces derniers, je ne suis pas sûre que"Ben-Hur" (1959) ou "Le Docteur Jivago" (1965) soient plus faciles à comprendre pour une personne non-occidentale. Et quant au souffle épique, je ne pense pas que ce soit son propos. Davantage que le champ, Kinuyo Tanaka s'intéresse au contrechamp, celui des "femmes de" dans un style rappelant les mélodrames flamboyants de Douglas SIRK. Elle s'intéresse particulièrement au destin de la belle-soeur de l'Empereur du Mandchoukouo, cet Etat satellite du Japon créé en 1932 à la suite de l'invasion de la Mandchourie par l'armée japonaise et dissout en août 1945 peu avant la capitulation du Japon. Ryuko (Machiko KYÔ, star de la Daiei Studios) qui est issue de l'aristocratie accepte le mariage arrangé avec le frère de l'Empereur (qui est chinois) et l'exil alors qu'elle souhaitait devenir peintre: c'est le premier de ses nombreux renoncements. Son destin la confronte en effet à la solitude (si son mari l'aime, l'Empereur et l'armée se méfient d'elle) et à une succession d'épreuves lorsque la Mandchourie est libérée par l'URSS en 1945: déportation, emprisonnement, mort de plusieurs de ses proches, perte de ses biens les plus précieux. Et lorsqu'enfin Ryuko semble retrouver une vie plus sereine, elle est frappée par un drame plus terrible que tous les autres démontrant qu'elle ne pourra jamais s'ancrer quelque part. Tout au plus pourra-t-elle faire fleurir les graines que l'impératrice du Japon lui aura donné: on remarque en effet que le premier et le dernier plan se répondent. Le premier plan est un travelling vertical allant du haut vers le bas sur des branches chargées de feuilles mortes annonçant un très long hiver, le dernier un travelling vertical du bas vers le haut sur des branches en fleur annonçant le retour du printemps.

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Les Bonnes Etoiles (Beurokeo)

Publié le par Rosalie210

Hirokazu Kore-Eda (2022)

Les Bonnes Etoiles (Beurokeo)

Même s'il n'est pas parfait, "Les Bonne étoiles" est un film de Hirokazu KORE-EDA que j'ai trouvé particulièrement prenant. Contrairement à "La Vérité" (2019) tourné en France avec des stars occidentales qui sonnait complètement faux, "Les Bonnes Etoiles" tourné en Corée du sud avec des stars coréennes est sur la même longueur d'ondes que ses films japonais. C'est à peine si on voit la différence. C'est un film qui pose un regard extrêmement bienveillant sur des personnages a priori peu sympathiques: une très jeune mère qui abandonne son bébé, l'employé d'une Eglise qui s'adonne à un trafic d'enfants avec l'aide d'un tailleur-blanchisseur surendetté, une policière d'apparence très froide qui tente de surprendre les deux hommes en flagrant délit pour les arrêter. Ces êtres disparates se fédèrent autour du bébé abandonné afin de lui trouver des parents adoptifs. Par cette quête qui prend la forme d'un road-movie dans un van pourri, ils entreprennent de réparer les blessures affectives liées à leur propre abandon ou leurs manquements en tant que parents biologiques. A l'image du personnage joué par SONG Kang-ho (justement récompensé à Cannes) qui raccommode les vêtements usagés Hirokazu KORE-EDA tisse des liens entre des gens mal assortis sinon par l'expérience de la marginalité. Comme dans "Une Affaire de famille" (2018) qui partage de nombreux traits communs avec "Les Bonnes étoiles", les affinités électives tombent sous le coup de la loi même si ses représentantes jouent un rôle qui s'avère plus positif. En dépit de quelques longueurs, on s'attache à ces anti-héros drôles, maladroits et touchants sur lesquels le réalisateur pose un regard tendre et dépourvu (contrairement à ce que j'ai pu lire) de mièvrerie.

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Aristocrats (Anoko wa Kizoku)

Publié le par Rosalie210

Yukiko Sode (2022)

Aristocrats (Anoko wa Kizoku)

"Aristocrats" est le premier long-métrage de Yukiko SODE distribué en France. Il dépeint la persistance de traditions archaïques dans les hautes sphères de la société japonaise. Obsédées par leur reproduction sociale, elles exercent un contrôle étroit sur leurs enfants dans tous les aspects de leur vie. Ceux-ci se retrouvent donc enfermés dans un rôle depuis leur naissance et ne peuvent pas aspirer à avoir de vie propre. La réalisatrice s'attache à montrer que si les deux sexes sont victimes de ce système, les femmes le sont encore plus que les hommes, ces derniers ayant la possibilité d'avoir une (ou plusieurs) vies clandestines. C'est pourquoi, la réalisatrice démontre que c'est par les femmes que le système patriarcal japonais peut être remis en cause. Ainsi Hanako, la jeune fille de bonne famille qui sous la pression de sa famille finit par accepter un mariage arrangé se rapproche de Miki, une ex-hôtesse issue d'un milieu bien plus modeste qu'elle une fois qu'elle découvre qu'elle fréquente son mari Koichiro. Et elle découvre lors d'une cérémonie l'existence d'une femme bannie par la famille parce qu'ayant décidé de divorcer au prix du renoncement à élever son enfant, lequel reste la "propriété" du mari. Mais divorce ou pas divorce, la femme n'a a fait pas son mot à dire sur l'éducation et l'avenir de ses enfants, tout étant décidé à l'avance. Aussi après avoir subi la pression de sa famille pour qu'elle se marie, Hanako subit celle de sa belle-famille pour qu'elle tombe enceinte, sa belle-mère allant jusqu'à l'inscrire dans une clinique de fertilité. Mais c'est sur ce point précis que les pressions familiales atteignent leurs limites et même si cela n'est jamais explicité, Koichiro et Hanako semblent s'éviter le plus possible justement pour que cela n'arrive pas. Cela va dans le sens d'un Japon dont la démographie décline depuis vingt ans et de systèmes clos sur eux-mêmes (comme l'aristocratie britannique) qui faute de parvenir à se renouveler finissent par disparaître.

Le film de Yukiko SODE est donc d'un grand intérêt social et sociétal. Hélas la mise en scène qui manque parfois de rythme est trop calibrée, trop retenue, tout comme le jeu des des acteurs pour pleinement captiver.

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La nuit des femmes (Onna bakari no yoru)

Publié le par Rosalie210

Kinuyo Tanaka (1961)

La nuit des femmes (Onna bakari no yoru)

"La nuit des femmes" est l'avant-dernier film de Kinuyo Tanaka qui bénéficia pour l'occasion des gros moyens des studios Toho: le chef-opérateur des plus grands films de Kurosawa et un format Cinémascope, le compositeur de "L'île nue" et une pléthore de vedettes nippones.

Le titre fait référence à "Femmes de la nuit", tourné en 1948 par Kenji Mizoguchi avec en vedette Kinuyo Tanaka justement. Elle y interprétait une jeune femme poussée par le chaos et la misère de l'après-guerre à se prostituer. Par conséquent "La nuit des femmes" est une sorte d'état des lieux de la prostitution et de son rapport avec la société japonaise 13 ans plus tard. Et le constat n'est guère glorieux. Le film se situe au lendemain de l'interdiction de la prostitution en 1956 qui entraîna la fermeture des maisons closes et la répression du racolage de rue. Les prostituées furent prises en charge par des maisons de réhabilitation qui ouvrirent dans la plupart des grandes villes. Leur mission était d'aider les anciennes prostituées à se réinsérer par le travail. Mais dans une société aussi rigide et bien-pensante que celle du Japon, cette réinsertion prend l'allure d'un chemin de croix pour la pauvre Kuniko qui est pourtant pleine de bonne volonté. Mais partout où elle va, dès que ses patrons ou ses collègues apprennent son ancienne condition, elle se retrouve rejetée, maltraitée, harcelée. Je n'ai pu m'empêcher de faire le parallèle avec Fantine dans "Les Misérables" qui cherche à gagner sa vie honnêtement mais qui est bannie de la société en raison de sa condition de fille-mère jusqu'à tomber dans la prostitution. Dans "La nuit des femmes", Kuniko est tentée de retourner à son ancienne condition mais elle subit aussitôt la répression policière. Sa situation semble donc sans issue. Cependant Kinuyo Tanaka évite la surenchère mélodramatique. Au contraire, elle aide (avec sa scénariste Sumie Tanaka) la jeune femme à sortir la tête haute des différentes épreuves qu'elle endure. Sa vengeance contre l'odieuse femme de l'épicier qui l'emploie est par exemple des plus cocasses. Et face à l'opprobre, elle interroge ouvertement le spectateur sur le bien-fondé des persécutions qui visent "le plus vieux métier du monde". Enfin, face à l'injustice, Kuniko trouve refuge et secours auprès d'autres communautés de femmes dont les ama, des pêcheuses en apnée qui m'ont fait penser aux filles de l'air qui recueillent la petite sirène lorsqu'elle est sur le point de se transformer en écume.

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Lettre d'amour (Koibumi)

Publié le par Rosalie210

Kinuyo Tanaka (1953)

Lettre d'amour (Koibumi)

Kenji MIZOGUCHI est connu pour être le réalisateur de l'âge d'or du cinéma japonais le plus sensible à la condition féminine. Ce que l'on sait moins, c'est qu'il a travaillé avec les deux premières réalisatrices du cinéma nippon. "Lettre d'amour" est en effet le premier film de Kinuyo TANAKA qui a longuement collaboré avec lui en tant qu'actrice. Avant elle, Tazuko SAKANE avait elle aussi travaillé avec Kenji MIZOGUCHI notamment en tant que scripte et assistante-réalisatrice.

Dans ce premier film sorti en 1953 et dont l'action se déroule dans le Tokyo d'après-guerre, ce qui frappe d'emblée est son caractère néoréaliste. Ainsi de nombreuses scènes sont tournées en extérieur. On reconnaît le quartier de Ginza grâce au grand magasin d'angle art déco Wako achevé en 1932 et qui est un des rares bâtiments de Tokyo à avoir survécu à la guerre (il apparaît dans de nombreux films et c'est un des lieux de visite incontournable de la ville) et surtout celui de Shibuya. Bien qu'ayant changé du tout au tout (rien à voir entre l'aspect futuriste et high-tech actuel et celui de l'enchevêtrement d'échoppes et de bicoques de fortune de l'après-guerre que filme Tanaka, sinon son effervescence humaine), un repère permet de l'identifier, celui de la statue du chien Hachiko. Celui-ci est en effet célèbre pour avoir attendu quotidiennement et pendant près de dix ans son maître à la gare de Shibuya après la mort de ce dernier, jusqu'à son propre décès en 1935. La première statue en son honneur ayant été fondue pendant la guerre, une nouvelle fut érigée en 1948 et c'est celle-là que Kinuyo TANAKA filme longuement, en écho à l'histoire qu'elle raconte. "Lettre d'amour" ajoute en effet une couche de mélodrame à ce contexte âpre où pour survivre dans le chaos des années d'après-guerre, hommes et femmes vivant dans la précarité sont obligés de recourir à des expédients pas toujours honorables. Ainsi le personnage principal, Reikichi est un soldat démobilisé qui doit se résoudre à devenir écrivain public pour des femmes essayant d'extorquer par tous les moyens de l'argent à des G.I. dont elles ont été les maîtresses. C'est dans ce contexte qu'il retrouve son grand amour de jeunesse, Michiko à qui il est resté fidèle mais qui est devenue l'une d'entre elles. Reikichi tombe de haut car il a idéalisé Michiko. Blessé dans son amour-propre, il la repousse et la juge avec dureté ce qui change notre regard sur lui. Son frère et l'ami pour lequel il travaille, tous deux bien plus réalistes, débrouillards et tolérants essayent de le raisonner. Cette partie qui verse parfois dans la surenchère moralisatrice et mélodramatique est la moins réussie mais "Lettre d'amour" reste un premier film prometteur.

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Maternité éternelle (Chibusa yo eien nare)

Publié le par Rosalie210

Kinuyo Tanaka (1955)

Maternité éternelle (Chibusa yo eien nare)

Maternité éternelle  

Kinuyo TANAKA est l'un des nombreuses victimes de la transmission sexiste de l'histoire des arts. Alors que ses compatriotes des années 50 pour lesquels elle a joué Kenji MIZOGUCHI principalement mais aussi Yasujiro OZU notamment pour "Fleurs d équinoxe" (1958) sont reconnus en occident comme des piliers de l'âge d'or du cinéma japonais depuis des décennies (Ozu n'a cependant reçu la consécration mondiale que dans les années 70) il a fallu attendre 2022 pour que les six films qu'elle a réalisé entre 1953 et 1962 soient enfin projetés lors des festivals Lumière (dans la section créée en 2013 spécialement réservée aux femmes cinéastes) et cannois. Avec cette accroche risible: "Quand l'actrice de Mizoguchi et de Ozu devient une immense réalisatrice" alors qu'il aurait fallu écrire "Quand cette grande cinéaste de l'âge d'or du cinéma japonais obtient une reconnaissance institutionnelle internationale 45 ans après sa mort."

"Maternité éternelle", son troisième film dont le titre français est un contresens (il signifie "Féminité éternelle" ou "les Seins éternels") raconte l'histoire vraie d'une poétesse morte à 31 ans des suites d'un cancer du sein. Prenant pour point de départ l'imagerie presque "cliché" de l'épouse et de la mère nippone soumise à un mari absolument odieux, il prend ensuite un tournant inattendu. D'abord il explicite assez rapidement les raisons profondes de la haine que son mari lui voue: Fumiko s'adonne à une riche activité littéraire dans un club de poésie que son mari qui souffre visiblement d'un complexe d'infériorité ne supporte pas. Il l'humilie donc de toutes les façons possibles jusqu'à ce que cette dernière qui le surprend avec une autre ne craque et demande le divorce. On pourrait penser que cet acte marque le début d'un nouveau départ mais la réalité est bien plus complexe. Fumiko doit céder la garde de son fils à son mari et surtout, elle se découvre rongée par un cancer qui la prive d'abord des attributs de sa féminité (les seins) avant de la condamner. De façon tout à fait paradoxale, la maladie qui l'enferme dans une chambre d'hôpital la libère aussi. Libération par l'écriture poétique, par la reconnaissance littéraire qui advient quand elle tombe malade mais surtout libération des carcans moraux et sociaux qui lui permettent de sortir du refoulement et de connaître les moments les plus heureux de sa vie en exprimant et concrétisant ses sentiments amoureux et ses désirs sexuels. Kinuyo TANAKA colle à son héroïne en se permettant une franchise tant dans les mots que dans les situations peu courante à l'époque: Fumiko prend un bain là où l'homme qu'elle aimait et qui est mort sans que cet amour ne soit avoué avait l'habitude de prendre les siens. Fumiko avoue ses sentiments à sa veuve et l'oblige à regarder sa poitrine mutilée comme une ultime preuve que cet amour étouffé l'a détruite. Fumiko prend le journaliste qui vient à son chevet pour amant et Kinuyo Tanaka n'hésite pas à filmer l'intimité meurtrie de la jeune femme (les seins sur le point d'être coupés, les prothèses...) Enfin, parmi les escapades qui permettent à celle-ci de trouver son inspiration créatrice, il en est une qui nous marque plus que les autres et annonce sa fin car elle aboutit à un lieu condamné par un grillage: la morgue. Ainsi, la réalisatrice parvient à réunir dans un même élan le désir et la mort, l'un se nourrissant de la proximité de l'autre pour dresser le portrait d'une femme fauchée en pleine jeunesse mais à qui ce cruel destin a aussi donné le courage de s'émanciper.

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Arrietty, le petit monde des chapardeurs (Kari-gurashi no Arietti)

Publié le par Rosalie210

Hiromasa Yonebayashi (2010)

Arrietty, le petit monde des chapardeurs (Kari-gurashi no Arietti)

Très belle découverte que ce film d'animation du studio Ghibli réalisé en 2010 par Hiromasa YONEBAYASHI. Certes, l'influence de Hayao MIYAZAKI (qui a écrit le scénario d'après les livres de la britannique Mary Norton consacrés "au petit monde des borrowers") se fait sentir. On pense surtout à "Mon voisin Totoro" (1988) pour le caractère intimiste, l'enfant malade et la représentation (splendide) de la nature dans et hors de la vieille maison (les chapardeurs font penser aux noiraudes) ainsi qu'à "Kiki la petite sorcière" (1989) au travers d'une adolescente venue d'un autre monde en quête d'émancipation. On peut aussi citer "Princesse Mononoké" (1997) pour la belle relation qui se tisse entre deux personnages (une liliputienne assimilée au monde sauvage et un jeune humain malade du coeur) qui cependant restent condamnés à demeurer de part et d'autre d'une barrière infranchissable. Mais le film a aussi sa petite musique bien à lui, bien plus modeste que les grands opus de Miyazaki certes mais avec sa sensibilité propre. On a par exemple le temps d'apprécier la finesse de la caractérisation des personnages. Ainsi on découvre que l'attitude intransigeante du père d'Arrietty vis à vis des humains (ne pas être vu, sinon fuir immédiatement) n'est pas un réflexe de repli mais de survie et que l'attitude d'un Sho amical ne change rien au danger que les humains font courir à leur espèce en voie de disparition. Ainsi la maison de poupée construite à leur intention peut faire penser à une cage dorée, c'est pourquoi elle reste inoccupée. Quant à Haru, la gouvernante qui cherche à capturer les chapardeurs, elle est assez emblématique des gens qui veulent éradiquer ce qui leur échappe. Ce sens de la nuance ce retrouve dans l'esthétique: l'ode à la nature adopte des couleurs chatoyantes et une picturalité impressionniste qui n'est pas sans rappeler les tableaux de Claude Monet. L'écologie s'y manifeste autant par le plaidoyer envers la cohabitation respectueuse de différentes espèces que par le mode de vie des chapardeurs qui recyclent les objets perdus et se contentent de peu. S'y ajoute un travail minutieux sur le rapport d'échelle et la perception que des êtres miniatures peuvent avoir d'un monde gigantesque. Un rapport qui fait penser à "Alice au pays des merveilles", oeuvre fétiche d'un certain... Hayao MIYAZAKI.

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Les Amants sacrifiés (Supai no tsuma)

Publié le par Rosalie210

Kiyoshi Kurosawa (2020)

Les Amants sacrifiés (Supai no tsuma)

"Les Amants sacrifiés" qui a obtenu le Lion d'argent à Venise avait tout pour séduire sur le papier: son réalisateur, Kiyoshi Kurosawa (auteur du très beau "Tokyo Sonata"), son scénariste, Ryusuke Hamaguchi (son ex-élève devenu lui aussi réalisateur à succès avec "Drive my car"), son argument (la dénonciation des crimes commis par le Japon en Mandchourie dans les années trente et pendant la seconde guerre mondiale sur fond de thriller d'espionnage et de romance). Mais après un début prometteur témoignant de la folie xénophobe, militariste et nationaliste qu'a connu le Japon avant et pendant la guerre, la grande histoire est reléguée en toile de fond (sauf à deux ou trois reprises avec quelques scènes-chocs servant de piqûre de rappel) au profit de celle de ses protagonistes principaux, un riche entrepreneur et son épouse vivant à l'occidentale dont les agissements ne vont cesser d'aller vers une opacité croissante jusqu'à perdre le spectateur en chemin. La mise en scène de Kiyoshi Kurosawa très précise souligne bien les enjeux (un simple regard suffit à signifier au spectateur que le mari de retour de Mandchourie à des choses à cacher à sa femme). Mais la mayonnaise ne prend pas. Le film est certes de bonne facture mais incohérent, désincarné, impersonnel. Les personnages sont mal écrits et mal interprétés par des acteurs peu charismatiques et qui ne semblent pas d'ailleurs savoir dans quelle direction aller. Le pire de tous est Satoko (Yu Aoi, hyper niaise) qui passe sans transition de l'ingénuité bébête à l'amoralité la plus complète, la jalousie et la folie comme si elle était bipolaire pendant que son mari (Issey Takahashi) reste d'une impassibilité indéchiffrable. La manière dont leur entourage est traité n'est pas plus convaincante: l'infirmière que Satoko soupçonne d'être la maîtresse de son mari est (soi-disant) retrouvée assassinée mais ça n'émeut personne (et surtout pas le spectateur qui l'a vue trois secondes), elle dénonce son neveu qui est affreusement torturé sans que là encore ça n'émeuve qui que ce soit, son mari l'abandonne (et peut-être la trahit ou la sauve, on ne sait puisque le spectateur n'a pas accès à ce qu'il pense et ressent), elle ne comprend pas comment son ami d'enfance a pu devenir policier (entendez par là tortionnaire), lui "si gentil" (on appréciera la subtilité des dialogues), etc. L'impression que ce film m'a donné, c'est que Kiyoshi Kurosawa était resté étranger au scénario écrit par Hamaguchi dont il ne comprenait pas plus que le spectateur ou les acteurs les tenants et les aboutissants. Il a donc fait comme eux, il a fait semblant de piger alors que je pense il n'y a tout simplement rien à comprendre. C'est creux mais ça plaît aux snobinards qui peuvent ainsi renchérir sur les méandres tortueux d'un scénario retors (comparé à un jeu d'échecs, rien que ça!) auquel le simple quidam n'aurait pas accès (il est trop bête pour ça). Tout le contraire du thriller hitchcockien auquel ce film fait un évident appel du pied sans pourtant lui arriver à la cheville (et ne parlons même pas du titre VF hors-sujet et racoleur qui fait référence à Kenji Mizoguchi, cité également en passant dans le film, histoire d'en rajouter dans les références).

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