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Yves Saint Laurent

Publié le par Rosalie210

Jalil Lespert (2013)

Yves Saint Laurent

Le biopic que Jalil LESPERT a consacré à Yves Saint-Laurent a souffert de sa comparaison avec celui que Bertrand BONELLO lui a consacré quelques mois plus tard auprès des critiques cinéphiles professionnels. Mais auprès d'eux seulement. Personnellement, je renvoie les deux films dos à dos: ils sont tous deux bancals et reflètent la personnalité de leur réalisateur. Si le film de Bonello est une oeuvre d'esthète qui se distingue par son raffinement mais aussi par sa fascination pour la décadence et son aspect narcissique et désincarné en dépit de la prestation brillante de Gaspard ULLIEL, le film de Lespert, très plan-plan dans son traitement (hormis deux ou trois scènes comme celle de la piscine qui condense une rencontre en quelques plans imagés faisant penser au film de Jacques DERAY) est plus sensible à l'influence qu'a eu le Maghreb dans les créations de Saint-Laurent (l'Algérie de ses origines et son Maroc d'élection) et donc à son progressisme envers l'image des femmes et des minorités. Progressisme qui s'arrête à l'image mais ce recul critique, le film de Lespert ne l'a pas plus que celui de Bonello. Cependant le film de Lespert est en réalité surtout celui de Pierre Bergé, l'ex-compagnon du grand couturier qui a sponsorisé et approuvé cette version contrairement à celle de Bonello qui le marginalisait dans la narration. Bergé est le narrateur de la version Lespert et le film reflète donc son point de vue sur la vie de Saint-Laurent dans laquelle il occupe une place centrale et protéiforme auprès du génie instable et torturé: agent, protecteur, père de substitution, psychanalyste etc. Cela aussi il faut le prendre avec des pincettes, ce que le film, très premier degré ne fait jamais (j'ai cru rêver quand j'ai entendu Jalil LESPERT dire qu'il avait voulu démontrer qu'il fallait croire en ses rêves, heu...) Le film doit donc l'essentiel de son intérêt à la prestation brillante de Pierre NINEY et de Guillaume GALLIENNE qui donnent de la profondeur et de la complexité à leurs personnages même si leur relation est largement romancée.

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Pour le pire et pour le meilleur (As good as it gets)

Publié le par Rosalie210

James L. Brooks (1997)

Pour le pire et pour le meilleur (As good as it gets)

Je ne compte plus combien de fois j'ai vu "Pour le pire et pour le meilleur", et toujours avec le même plaisir jubilatoire. L'intrigue peut sembler pourtant convenue ("l'habit ne fait pas le moine", "tout les sépare mais l'amour les réunit"), les personnages stéréotypés, bref sur le papier, on peut craindre le pire et pourtant c'est le meilleur qui sort du chapeau. Ca tient à quoi en fait? A des dialogues percutants, souvent acides et teintés d'humour noir, à des personnages fort bien écrits et surtout remarquablement interprétés, à l'énergie qui circule entre eux et qui galvanise le spectateur, au fait qu'on croit à l'alchimie qui se crée entre eux et qui les rapproche. Bref on se retrouve avec une comédie pétillante, rythmée, aux personnages excentriques et attachants dans la veine de ce que Hollywood a pu produire de meilleur au temps de son âge d'or. Car si Jack NICHOLSON fait une prestation royale (je dirais même plus, impériale!), il n'écrase pas ses partenaires qui parviennent à lui tenir tête, chacun à sa manière. Greg KINNEAR en connaît un rayon en matière de personnages décalés, lui qui a joué le père dans "Little miss Sunshine" (2005) et Helen HUNT était alors au sommet de sa gloire, s'illustrant aussi bien chez Robert ZEMECKIS que chez Woody ALLEN.

"Pour le pire et pour le meilleur" est l'histoire d'un asocial bourré de tocs au comportement exécrable qui cependant parvient à nouer des liens avec deux autres personnes aussi solitaires, marginales et "défectueuses" que lui: son voisin, un peintre homosexuel qui ne parvient pas à joindre les deux bouts et en prime se fait sauvagement agresser et sa serveuse attitrée, une mère célibataire qui peine également à gagner correctement sa vie et qui en prime est rongée par les problèmes de santé de son fils. Carol et Simon sont dépeints avec une sensibilité qui n'est jamais larmoyante car ils sont pleins de vie et heureux d'être ensemble tout en étant parfois irritants. Quant à Melvin, il est l'exemple même du personnage "attachiant" qui commet bourde sur bourde mais qui, lorsqu'il fait bien les choses, ne les fait pas à moitié. C'est même assez princier. C'est ce qui lui permet d'emporter le morceau car les liens qu'il parvient à nouer lui donnent envie comme il le dit lui-même de s'améliorer. Et on y croit d'autant mieux qu'il est porté par la prestation de Jack NICHOLSON. Comme le disait la critique de Télérama que j'ai lu je ne sais combien de fois, Nicholson est "Cabot comme nul n'oserait l'être. Cabot avec orgueil, avec ferveur, avec panache. Cabot -et c'est ça, le talent- avec une précision d'arpenteur, à la frontière exacte du rejet et de la sympathie, du ridicule et du grandiose." Moi j'appelle ça avoir du génie.

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Petite Nature

Publié le par Rosalie210

Samuel Theis (2022)

Petite Nature

J'avais bien aimé l'aspect improvisé de "Party Girl" (2013), le précédent film de Samuel THEIS (qu'il n'avait cependant pas réalisé tout seul), la véracité des acteurs et actrices non-professionnels (dont sa mère dans le rôle principal, le rôle étant inspiré de sa vie), leur ancrage dans un territoire (l'Alsace-Moselle) et enfin le primat donné sur les élans de la vie à toute forme de jugement (sans que le réalisateur n'édulcore pour autant le poids d'avoir une mère "pas comme les autres"). "Petite Nature" qui possède les mêmes caractéristiques prolonge d'une certaine manière "Party Girl" sauf que cette fois, le personnage central n'est plus la mère (bien qu'elle occupe une place non négligeable) mais son fils de 10 ans, Johnny, lui aussi "pas comme les autres" (il est assez clair que Samuel Theis s'y raconte à demi-mot). "Petite Nature" est l'histoire d'une séparation qui se fait déchirement: pour pouvoir grandir et trouver sa place dans le monde, Johnny doit quitter sa mère et trahir son milieu social d'origine avec lequel il est totalement désaccordé. Sa rencontre avec un maître d'école menant une vie bourgeoise et cultivée (Antoine REINARTZ) va être l'élément déclencheur de son émancipation. On pense à "En finir avec Eddy Bellegueule" de Edouard Louis qui possède certains traits similaires (le milieu social prolétaire d'origine, le caractère efféminé du protagoniste, l'éveil au désir homosexuel) sauf que Johnny est beaucoup plus jeune, que son attirance pour son mentor s'exprime de façon plus maladroite bien que relevant plus de l'adolescence que de l'enfance* et que sa famille ne le rejette pas. Bien au contraire et de façon assez paradoxale, elle s'appuie sur lui en raison de sa précocité et ce rôle qu'il est trop jeune pour endosser l'écrase tout en faisant réfléchir le spectateur. En effet alors que Johnny grandit dans un milieu de macho surjouant la virilité, les hommes y fuient systématiquement leurs responsabilités puisque la mère élève seule ses trois enfants que l'on devine de trois pères différents, les seuls hommes adultes présents dans la maison étant des amants de passage. Le frère aîné, Dylan suit le même modèle individualiste "courant d'air" si bien que la mère doit assumer le rôle paternel (elle travaille et se comporte de façon quelque peu "caillera de cité") alors que Johnny assure le rôle maternel auprès de sa petite soeur dont il semble être le seul à s'occuper. On comprend d'autant mieux sa fascination pour le maître qui représente à la fois un père de substitution et l'attirance pour l'inconnu (un très beau plan le montre avec le haut de son visage noyé dans l'ombre superposé sur une image projetée sur un mur du centre Pompidou de Metz). Les acteurs sont remarquables, surtout les non-professionnels. Le jeune Aliocha Reinert crève l'écran par son charisme et son jeu habité.

* On peut se demander d'ailleurs s'il n'aurait pas été plus judicieux d'attendre 3 ans de plus pour que Aliocha Reinert soit adolescent afin que les émois que le réalisateur revit à travers lui correspondent à son âge dans le film (aucun enfant de CM2 n'a des comportements aussi sexualisés en dehors de ceux qui ont été abusés).

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Jacky au royaume des filles

Publié le par Rosalie210

Riad Sattouf (2014)

Jacky au royaume des filles

Bien qu'il ne soit pas complètement réussi, "Jacky et le royaume des filles" est un film original, un conte philosophique subversif qui interroge les stéréotypes et inégalités de genre ainsi que le poids de l'institution familiale dans les dictatures phallocrates en renversant les rôles pour en faire une dictature gynocratique tout aussi abjecte et ainsi faire réfléchir. C'est comme si "1984" de George Orwell (référence avouée et novlangue incluse féminisant les mots liés au pouvoir qu'ils soit économiques comme "argenterie" ou idéologiques comme "blasphèmerie" ou "voilerie" et masculinisant au contraire les mots dévalorisants tels que "culottin" ou "merdin") rencontrait le conte de "Cendrillon" des frères Grimm et la femme-soldat de "Lady Oscar" de Jacques Demy (son pendant masculin étant l'homme enceint de "L'événement le plus important depuis que l'homme a marché sur la lune"). On peut également citer "Les résultats du féminisme" de Alice Guy avec des femmes dans les rôles sociaux masculins (incluant l'initiative dans la séduction et la domination dans les rapports sexuels) et les hommes dans ceux attribués au féminin du début du XX° (ménage, garde d'enfants, couture etc.) ainsi que "Le Dictateur" de Charles Chaplin (la parenté visuelle saute aux yeux bien que la dystopie de "Jacky au royaume des filles" s'inspire aussi à la fois du stalinisme et de l'islamisme) et même "Tout ce que vous avez voulu savoir sur le sexe sans jamais avoir osé le demander" de Woody Allen (aux femmes réduites à des ventres ou des objets de plaisir dans les films au discours misogyne succède ici l'image de milliers de prétendants enveloppés de blanc de la tête aux pieds ce qui les fait ressembler à des spermatozoïdes avec en plus un "laisson" autour du cou en guise de collier/bague de fiançailles.) J'y ajouterais un zeste de "Soleil Vert" avec le monopole de la production d'une nourriture infâme/informe par l'Etat à l'aide d'une centrifugeuse géante aux allures de tour centrale de "Metropolis" qui permet aux élites de contrôler les "gueusards" (les exécutions à la TV tenant lieu de jeux du cirque et le culte au poney, pardon au "chevalin", de religion). Avec une telle cohérence dans la conception de cette "République démocratique et populaire" qui emprunte aussi un peu de sa culture à l'Inde (les animaux sacrés, la médaille creuse pour les célibataires et pleine pour les hommes mariés voire la voilerie qui mélange le tchador et la draperie des moines bouddhistes), beaucoup de bonnes idées notamment dans le domaine visuel et un excellent casting (à commencer par Anémone dans le rôle de la générale impitoyable et de Charlotte Gainsbourg dans le rôle de son héritière qui fait office de prince charmant), il est dommage que la mise en scène du film soit si classique et le ton, si bon enfant comme si tout cela n'était finalement qu'un grand carnaval. Il faut dire que le renversement des rôles produit un résultats troublant voire dérangeant. De la ressemblance des femmes avec leurs homologues masculins lorsqu'elles disparaissent sous l'uniforme et les armes pour détruire autrui jusqu'à la culture du viol dans lequel cet autrui est utilisé comme un objet de plaisir, cette dictature-là apparaît terriblement crédible et montre crûment l'humain dans ce qu'il a de plus laid lorsqu'il devient un prédateur et ce quel que soit son sexe. Peut-être ne fallait-il pas creuser plus loin pour que le miroir ne devienne pas tout bonnement insupportable...

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Dallas Buyers Club

Publié le par Rosalie210

Jean-Marc Vallée (2013)

Dallas Buyers Club

De Jean-Marc Vallée, disparu à 58 ans le 25 décembre 2021, je n'avais vu que C.R.A.Z.Y dont j'ai gardé un souvenir trop vague pour pouvoir en parler mais que je reverrai si j'en ai l'occasion. En attendant, j'ai choisi pour lui rendre hommage son film le plus connu et reconnu, notamment pour les performances de ses deux acteurs principaux, Matthew McConaughey et Jared Leto justement récompensées aux Oscar et aux Golden Globe 2014.

Inspiré d'une histoire vraie, le film met en scène un personnage type de cow-boy texan bas du front adepte de pratiques à risques, certaines avouables socialement car conformes à son image de rustre hyper-viril (la pratique du rodéo) et d'autres, non. C'est ce que montre le générique: d'un côté de la barrière, la mise en scène de la virilité brute de décoffrage. De l'autre, façon backdoor de boîte de nuit, les partouzes bisexuelles sauvages non protégées et non assumées (dans le noir, dans le tas et aussitôt fait, aussitôt oublié)*. Sauf qu'on est dans les années 80 c'est à dire à l'ère de l'expansion de l'épidémie de SIDA qui ne tarde pas à être détecté chez Ron Woodrof. Son secret révélé, il est rejeté par ses pairs qui l'assimilent à un homosexuel et les médecins ne lui prédisent qu'un mois à vivre. C'est là que le film commence vraiment. Car face à l'adversité, Ron a deux choix possibles: baisser les bras ou bien se battre. Il choisit évidemment la deuxième solution et son caractère rebelle, teigneux, buté va s'avérer un allié de poids dans cette lutte contre la maladie mais surtout contre le carcan administratif et médical qui veut l'enfermer dans un protocole expérimental destiné à se servir de lui et de ses compagnons d'infortune comme cobayes pour obtenir le monopole des juteux profits liés au traitement de la maladie. Tel un animal poussé dans ses derniers retranchements, Ron Woodrof décide de rendre coup pour coup au Big Business des laboratoires pharmaceutiques US avec l'énergie du désespoir en montant sa propre officine médicale et ses propres traitements médicamenteux obtenus à l'étranger en profitant d'un vide juridique qui ne tardera pas à être comblé. Mais cela n'empêchera pas Ron de continuer son combat, un combat pour sa propre survie, de plus en plus soutenu par tous ceux pour qui ces traitements constituent un espoir en terme de durée et de qualité de vie. Matthew McConaughey donne l'apparence d'un corps qui se consume pour son combat (d'autant que le réalisateur nous fait partager ses sensations de vertige et de maux de tête) et parallèlement d'une âme qui s'élève au fur et à mesure qu'il accepte à ses côtés et comme ses égaux des homosexuels et des femmes. Parmi eux, Rayon (Jared Leto), un travesti toxicomane que l'on découvre issu d'un milieu aisé devient son associé et son ami, leur "amour vache" constitue un des meilleurs ressorts du film que ce soit en terme d'humour ou d'émotion. Mais le symbole le plus significatif est un tableau fleuri qui est la seule chose que Ron emporte avec lui quand il est expulsé. Il l'offre plus tard au docteur Eve Sacks (Jennifer Garner) qui le soutient en lui expliquant qu'il lui vient de sa mère qui était issue de la communauté gitane.

* Le parallèle avec l'acteur Rock Hudson, souligné au début du film n'est évidemment pas innocent. Celui-ci a entretenu toute sa vie une image de séducteur hétérosexuel, devant et derrière l'écran, allant jusqu'à se marier alors qu'il était homosexuel et adepte de relations multiples (il avait d'ailleurs fait l'objet d'un chantage avec des photos compromettantes que les studios avaient réussi à étouffer). Il a fini par révéler qu'il était atteint du sida en 1985. 

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Le Pouvoir du Chien (The Power of the Dog)

Publié le par Rosalie210

Jane Campion (2021)

Le Pouvoir du Chien (The Power of the Dog)

"La faiblesse est un crime" peut-on lire sur la page de couverture d'une revue intitulée "Physical culture" et peuplée de photos d'hommes nus. On est environ à la moitié du film et Peter, l'étudiant en chirurgie efféminé qui est la risée de tous les cow-boys du ranch où vit sa mère vient de découvrir la cachette -et le secret- du pire d'entre eux, Phil (Benedict Cumberbatch, interprète idéal des mâles ambigus et névrosés). Celui-ci se baigne nu non loin de là juste après avoir fait glisser sur son corps un foulard ayant appartenu à son mentor, Bronco Henry (chez Jane Campion, le sens tactile est un moyen vital d'interaction avec le monde sensible). Seul, évidemment. Sous le regard des autres, Phil a revêtu depuis longtemps le costume du mâle alpha en recouvrant son passé étudiant mais aussi son homosexualité sous une bonne couche de crasse et de rudesse pour ne pas dire de cruauté. Empoignant les testicules des animaux à castrer à pleine main, chevauchant pendant des heures, effectuant les travaux les plus durs, tout est bon pour mettre en scène sa virilité. Or on le sait, surjouer à ce point la virilité et écraser ceux qui la mettent en danger est un signe de trouble identitaire. Le frère de Phil, beaucoup plus doux et policé fait entrer la discorde au ranch lorsqu'il se marie avec Rose (Kirsten Dunst), la mère de Peter. Phil qui ne supporte pas sa présence décide de l'anéantir et il est en voie d'y réussir lorsque Peter découvre son secret. Peter et lui développent alors une relation semblable à celle qu'a vécu Phil avec Bronco Henry à ceci près que Peter n'a qu'une idée en tête: sauver sa mère des griffes du prédateur. Et pour cela il a les armes de son savoir mais aussi une dureté forgée au contact des humiliations subies. Il sait se montrer cruel et impitoyable avec les êtres vivants et vis à vis de Phil, il fait figure d'ange de la mort. Parmi les scènes les plus fortes du film, il y a celle, très sensuelle forcément où les deux hommes échangent une cigarette c'est à dire mélangent leurs fluides. Sauf que Peter a empoisonné ceux de Phil avec le cuir d'une vache malade: le plan où celui-ci le saisit à pleine main dans l'eau alors qu'il a une profonde plaie qui saigne est lourd de signification.

Le film de Jane Campion est une déconstruction du western qui fait quelque peu penser au "Secret de Brokeback Mountain" ou si on remonte plus loin au "Reflets dans un oeil d'or" de John Huston (qui n'est pas un western mais étudie dans un milieu ultra-viril, celui de l'armée le désir refoulé du major Penderton pour le soldat Williams, lequel aime chevaucher nu dans la forêt). Offrant des scènes sublimes de grands espaces (même si son film est aussi un huis-clos étouffant), il est dommage qu'il ne soit visible que sur petit écran. Mais Netflix a eu le mérite de permettre à Jane Campion de réaliser enfin un long-métrage, 12 ans après "Bright Star" dont l'originalité par rapport aux autres est de centrer l'histoire sur des personnages masculins ou plutôt sur la féminité refoulée dans les comportements masculins toxiques plutôt que de montrer le monde par les yeux d'une femme. Et celui-ci est une réussite.

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Madres Paralelas

Publié le par Rosalie210

Pedro Almodovar (2021)

Madres Paralelas

S'il fallait résumer d'une seule phrase le dernier film de Pedro Almodovar, ce serait celle-ci: les femmes sont à la fois les dépositaires du passé et celles qui garantissent l'avenir. Et cela vaut aussi bien à l'échelle de la généalogie familiale qu'à celle de l'histoire d'un pays. Pedro Almodovar n'établit pas seulement en effet un parallèle entre deux mères d'âge différent dont les bébés ont été échangés à la naissance (intrigue téléphonée qu'on a déjà vu dans plusieurs films). Il va beaucoup plus loin en montrant comment les cicatrices non refermées du franquisme pèsent sur des descendants étrangement absents. En effet ce qui frappe dans ce film, c'est la quasi absence des hommes: disparus au cours de la guerre civile, ils semblent ne pas avoir véritablement réapparus, sinon sur des photos. Le film s'ouvre d'ailleurs sur un shooting photo durant lequel Janis (Penelope Cruz, charismatique comme dans tous les films qu'elle a tourné avec Pedro Almodovar) mitraille Arturo l'historien qui devient également le père de son bébé. Elle exprime ainsi son désir (on remarque au passage l'inversion des rôles genrés dans ce type de situation par rapport à la norme, cela mériterait d'ailleurs une rétrospective) mais aussi le fait qu'il est voué comme l'arrière-grand-père qu'elle recherche à disparaître parce qu'il est marié mais peut-être et surtout parce qu'il ne se reconnaît pas dans le bébé (et pour cause!). Janis l'efface alors de sa vie et décide de garder le secret lorsqu'elle découvre qu'elle n'est pas la mère biologique de l'enfant qu'elle élève. Cependant elle ne peut y parvenir durablement. Car tout le film est construit ainsi comme un relevé d'indices, de traces permettant de reconstituer une lignée mise à mal. Même si ça lui fait mal, Janis ne peut pas d'un côté chercher à faire la lumière et de l'autre, la fuir. Et on voit bien les dysfonctionnements que provoque son silence vis à vis d'Arturo qui l'aide à clarifier son passé et qui donc a un rôle à jouer dans son avenir, vis à vis d'Ana, l'autre mère qui ne sait pas quelle place occuper (amie, nounou, amante) sans parler de l'enfant biologique de Janis, quasiment mort-né. Les parallèles que tissent Pedro Almodovar lient ainsi inextricablement passé et futur et passent par le ventre des femmes mais aussi par leur rôle de gardiennes d'une mémoire longtemps occultée et enfin exhumée*.

* Le film fait référence à la loi sur la mémoire historique de 2007 qui n'allait pas assez loin dans l'engagement du gouvernement en faveur de la réparation des torts faits aux victimes du franquisme par souci de ménager une société encore très divisée sur la question. Ainsi la recherche et l'ouverture des fosses communes dans lesquelles 130 mille personnes ont été ensevelies dépendait des associations privées et les subventions publiques ont été coupées quand la droite est repassée au pouvoir. Une nouvelle loi dite de la mémoire démocratique est en projet pour le début de l'année 2022. Elle condamne sans ambiguïté le coup d'Etat de 1936 et débloque les subventions publiques pour cartographier et ouvrir les 3000 fosses communes du pays ainsi que pour identifier les corps en constituant une banque ADN.  Mais elle suscite une forte résistance de la droite et de l'extrême-droite.

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Plaire, aimer et courir vite

Publié le par Rosalie210

Christophe Honoré (2018)

Plaire, aimer et courir vite

J'avais juré de ne plus jamais remettre les pieds dans le cinéma de Christophe Honoré, l'un des réalisateurs parmi les plus affectés du cinéma français actuel dont j'ai détesté chacun des films que j'ai pu voir. Mais le passage de "Plaire, aimer et courir vite" sur Arte m'a donné quand même envie de le voir à cause des deux acteurs principaux que j'aime beaucoup: Pierre Deladonchamps et Vincent Lacoste. Le fait est qu'ils sont impeccables, chacun dans leur registre et qu'ils vont bien ensemble. Il y a aussi incontestablement un caractère intimiste et personnel dans ce film qui convoque les fantômes d'un grand nombre d'artistes morts du sida (ou trop jeunes et admirés par Christophe Honoré) dans les années 80 qui seraient autant de "Jacques" (l'écrivain déclinant joué par Pierre Deladonchamps) que pourrait enfin rencontrer le jeune "Arthur" (l'étudiant breton joué par Vincent Lacoste, étoile montante vraisemblablement un double de Christophe Honoré au même âge). La maîtrise technique (cadrages, lumière, mouvements de caméra) se combine à une bande sonore magnifique. J'ai beaucoup écouté Cocteau Twins à une époque, Ariodante à une autre et la scène qui l'accompagne est particulièrement belle. Quand aux "gens qui doutent" de Anne Sylvestre, c'est une chanson sublime et elle accompagne également une très belle scène intimiste dans laquelle Jacques est en proie à des sentiments contradictoires qui le font souffrir.

Néanmoins ce qui me déplaît dans le cinéma de Christophe Honoré n'a pas disparu comme par magie. En particulier le côté verbeux-prétentieux. Autant les scènes musicales ou simplement chorégraphiées sont réussies, autant les scènes dialoguées brisent le charme par leur caractère souvent péremptoire, poseur, ampoulé et condescendant. C'est censé refléter le caractère de diva du dandy qu'est Jacques (et son métier, écrivain) sauf que cela revient de film en film comme une signature, celle de Christophe Honoré. Ainsi grâce à lui, on saura que manger des BN au petit déjeuner c'est un truc de plouc (ça c'est dans "Métamorphoses"), que les hôtels bon marché puent l'eau de javel (ça c'est dans "Plaire, aimer et courir vite") et que nous, pauvres spectateurs de la plèbe ne sommes "pas des Lumières" (ça c'est dans "Les Malheurs de Sophie"). L'indélicatesse paradoxale d'un monsieur se définissant comme raffiné et érudit se révèle de temps à autre ainsi, au détour de ces petites phrases méprisantes, à l'image d'un personnage écrit pour une partition de mélodrame mais dont l'ego surdimensionné et le caractère dominateur font obstacle à toute forme d'empathie, particulièrement lorsqu'il prend la parole. Goujat avec les femmes, classant ses amants en catégories comme des étalons de concours (mais à partir de références littéraires, histoire d'étaler sa science en prime), se livrant à des ébats sexuels excluant son meilleur ami devenu trop vieux (Denis Podalydès, remarquable, comme ses deux partenaires)*, se querellant avec un ex en phase terminale devant son fils de 9 ans et faisant la leçon à tout le monde, Jacques a beau être gay et malade, jamais Christophe Honoré ne laisse ce versant prendre le dessus sur celui du mâle dominant version intello-bobo-macho qui contrôle et manipule à qui mieux mieux. Heureusement que Pierre Deladonchamps (ultra talentueux, je ne le répèterai jamais assez!) parvient grâce à son jeu sensible à faire passer un peu d'humanité dans le personnage. Christophe Honoré devrait par exemple apprendre outre la simplicité et l'humilité l'art du silence, comme Ada dans "La Leçon de Piano" à qui il rend un drôle d'hommage dont on ne sait si c'est de l'art ou du cochon ^^.

* L'affiche du film où l'on voit trois hommes hilares dans un lit est purement et simplement MENSONGERE. Et j'ai en horreur le mensonge.

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Happy Together

Publié le par Rosalie210

Wong Kar-Wai (1997)

Happy Together

Qui connaît un peu le cinéma de WONG Kar-Wai sait que le titre de son film ne peut être qu'une antiphrase. C'est l'impossibilité de la relation amoureuse qui est explorée dans "Happy Together", film qui joue admirablement tel l'accordéon argentin sur une alternance entre grands espaces dans lesquels les liens se dissolvent et à l'inverse la promiscuité étouffante du huis-clos d'un appartement délabré. "Ni avec toi ni sans toi" est la devise qui semble guider les agissements de Ho (Leslie CHEUNG) et de Fai (Tony LEUNG Chiu Wai), couple gay composé de deux caractères antinomiques qui ne cessent de se retrouver et de se déchirer. "Happy Together" fonctionne comme une danse de tango entre les deux pôles opposés de la planète, Hong-Kong et Buenos Aires. Pourtant, l'aspect le plus réussi du film ne réside pas dans la dramatisation mais dans l'exploration de l'intimité de ce couple au travers de gestes banals du quotidien criants de vérité qui m'ont fait penser à certains passages de "Mala Noche" (1985). L'ébauche de relation entre Fai et Chang (Chen CHANG) fondée sur le non-dit, les rencontres manquées mais aussi le rêve d'un ailleurs m'a fait penser au film le plus connu de WONG Kar-Wai, "In the Mood for Love" (2000) sans parler d'une esthétique très semblable. Néanmoins en dépit de son prix de la mise en scène à Cannes, j'ai trouvé qu'il y avait quelques longueurs dans "Happy Together" et que le fait que WONG Kar-Wai travaille sans scénario préétabli s'y faisait davantage ressentir.

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Hit and Miss

Publié le par Rosalie210

Paul Abbott (2012)

Hit and Miss

"Hit and Miss" est une mini-série de six épisodes de 45 minutes créée en 2012 par Paul Abbott avec Chloë Sevigny, (une adepte des rôles sulfureux) dans le rôle principal qui a été diffusée sur Canal + en 2013. Elle ne comporte qu'une seule saison bien que la première se termine sur un cliffhanger. C'est bien dommage car la série ne manque pas d'intérêt, notamment par les portraits de marginaux mis en scène.

Qui est Mia? Ce qui est sûr c'est que tout ce qui la concerne est fait de morceaux mal ajustés.

Son corps tout d'abord. Une scène montre le petit ami de Mia (très perturbé dans sa propre identité dès qu'il découvre celle de Mia) assemblant deux magazines, l'un avec un buste de femme et l'autre avec un entrejambe masculin. Quoi de mieux pour résumer la difficulté de vivre avec un corps transsexuel encore en chantier?

Les scènes où Mia se regarde dans un miroir sont révélatrices et toujours extrêmes que se soit pour sublimer son reflet ou pour le flageller ou lui cracher dessus.

Son histoire est à l'image de son corps: duale. Dans sa jeunesse et pour l'état civil, Mia est Ryan, le fils cadet d'une famille de forains qui l'ont rejetée quand Ryan a entamé sa transformation. Pour tous les autres, elle est Mia, personnage qui n'a aucune existence légale. 

Enfin il y a sa double vie ou plutôt sa vie coupée en deux. D'un côté, Mia est une tueuse à gages solitaire, sorte d'oiseau de nuit guettant sa proie avant de l'abattre froidement. Pratiquant cette activité à Manchester, elle navigue entre le café de son patron et son nid, un loft à l'état de hangar où elle dissimule la plus grande partie de son matériel.

De l'autre, Mia est le chef d'une famille recomposée de quatre enfants issus de trois pères différents et dont la mère est morte d'un cancer. Ils vivent dans une ferme isolée dans les environs de Manchester.

Cette famille est elle-même une sorte de patchwork rapiécé. Les deux aînés, Levi et Riley sans doute issus du même lit, sont des adolescents rebelles et un peu paumés. Ryan qui a 11 ans n'est autre que le fils biologique de Mia comme le souligne son prénom. Plusieurs scènes montrent qu'il est très perturbé par la mort de sa mère et par l'identité de son père. La plus jeune, Léonie s'est réfugiée dans un monde parallèle où sa mère est encore vivante.

En dépit de tous ses efforts, Mia ne parvient pas à cloisonner ses vies de façon étanche ce qui occasionne des drames. Riley tue son agresseur avec l'arme de Mia, Eddie, le patron de Mia, s'immisce dans la famille et prend Levi à son service sans que celui-ci ne se doute de la nature réelle de ses activités. La scène de fin pousse le drame de l'interpénétration des vies de Mia à son paroxysme.

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