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Articles avec #film de proces tag

Il était une fois (A Woman's face)

Publié le par Rosalie210

George Cukor (1941)

Il était une fois (A Woman's face)

Réalisé juste après "Indiscrétions" (1940), "Il était une fois" (on se demande d'où vient ce titre absurde en VF, "A Woman s Face" (1941) le titre en VO est beaucoup plus parlant) est un film méconnu qu'il est intéressant de redécouvrir. Remake de "Visage de femme" (1938), film suédois réalisé trois ans auparavant avec Ingrid BERGMAN, "A Woman's face" appartient au genre du mélodrame mais ce n'est pas un mélodrame classique. Je soupçonne d'ailleurs son oubli relatif d'être lié à son caractère hybride. Il emprunte en effet des éléments au film noir, au film de procès et même au film d'épouvante de par notamment ses nombreuses allusions à Frankenstein. Exceptionnel directeur d'actrices hollywoodiennes, George CUKOR offre dans ce film un grand rôle à Joan CRAWFORD dont la carrière commençait à montrer des signes d'essoufflement. Celle-ci joue en effet dans le film le rôle d'une femme partiellement défigurée dont le visage est ensuite reconstruit par un chirurgien esthétique ce qui préfigure nombre de films sur le sujet, de "Les Yeux sans visage" (1960) à "Fedora" (1978). Le caractère méta (volontaire ou non) du film saute tout de suite aux yeux. Le glamour hollywoodien reposait en effet, du moins en partie sur la photogénie des visages de ses stars. "Il était une fois" ose donc briser son icône, au propre comme au figuré puisque l'amertume liée à sa difformité pousse Anna dans les bras du mal, d'abord en jouant les corbeaux puis en tombant dans les bras de Torsten Barring joué par Conrad VEIDT (le futur nazi de "Casablanca" (1942), les méchants dans le cinéma hollywoodien étant allemands ou russe c'est bien connu) qui lui propose un pacte diabolique. Bien évidemment, dans l'optique d'un manichéisme américain s'inscrivant sur le visage dont on a vu une manifestation éclatante dans le personnage de Harvey Dent alias Double Face issu de l'univers Batman, Anna possède aussi un côté lumineux que va mettre au jour le docteur Gustaf Segert (Melvyn DOUGLAS vu aussi chez Ernst LUBITSCH) qui de son propre aveu joue à Pygmalion... et au docteur Frankenstein. Cependant, sa situation de couple laissant à désirer avec son épouse volage et écervelée qui ne lui convient pas du tout, il se sent attirée par sa créature et devient logiquement le grand rival de Torsten Barring. Là-dessus, George Cukor orchestre des séquences de thriller à haut suspense moral (le téléphérique et la course-poursuite en traîneau) qui n'ont rien à envier à celles de Alfred HITCHCOCK, le tout étant raconté sous forme de flashbacks lors du déroulement du procès d'Anna qui a pour but de trancher entre le côté lumineux et le côté sombre du personnage.

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Le Procès de Jeanne d'Arc

Publié le par Rosalie210

Robert Bresson (1961)

Le Procès de Jeanne d'Arc

Film court (1h05) de Robert BRESSON qui frappe par sa concision mais aussi son extrême précision:
- Précision documentaire: le film est pour l'essentiel basé sur les minutes du procès de 1431 conservées à la BNF.
- Précision de la mise en scène: très épurée, celle-ci est pour l'essentiel une confrontation entre Jeanne d'Arc et l'évêque de Beauvais Pierre Cauchon, allié aux anglais qui veulent la mettre à mort. En dépit de son inculture, de sa peur de la mort et de sa solitude face à un aéropage d'hommes hostiles, Jeanne d'Arc tient tête à l'évêque et la mise en scène fait en sorte qu'ils soient sur un pied d'égalité. Le film acquiert de ce fait une dimension universelle et intemporelle: on y voit une jeune fille résister à toutes les pressions et accusations au nom de convictions profondes et inébranlables. Sa foi en Dieu et dans le roi Charles VII son lieutenant sur terre ébranle le pouvoir d'intermédiaire de l'Eglise et celui des anglais qui ont des prétentions dynastiques sur le trône de France. Autre temps, autres lieux, j'ai pensé à "Sophie Scholl - Les derniers jours" (2005) qui est également un mano à mano entre un représentant du pouvoir oppresseur et une résistante vouée à la mort mais qui triomphe par sa force morale.
- Précision des mots: dans une langue simple et directe, Jeanne déjoue les pièges tendus par Cauchon (principalement lorsqu'il tente de prouver son hérésie ou l'entraîner sur le terrain de la sorcellerie) pressé par les anglais d'en finir (le hors-champ sonore et visuel laisse entrevoir l'ambiance haineuse autour du procès). Cauchon la presse de questions courtes et incisives et elle lui répond du tac au tac sans se démonter et sans se laisser perturber par l'ambiance hostile à son égard.
- Précision des images enfin: comme nombre d'autres héroïnes bressonnienne, Jeanne est habitée par la grâce et celle-ci illumine son visage. Sa posture la fait d'ailleurs souvent ressembler à une icône alors que la scène de fin ressemble à une assomption: Jeanne s'évanouit en fumée plus qu'elle ne brûle et les colombes que l'on voir passer sont comme des témoignages de son salut.

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De nos frères blessés

Publié le par Rosalie210

Hélier Cisterne (2020)

De nos frères blessés

J'évoquais dans un précédent avis consacré à "Des hommes" (2020) combien les films français sur la guerre d'Algérie étaient rares. Avec la sortie du deuxième film de Hélier CISTERNE, c'est sans doute (je l'espère) le signe que c'est en train de changer. "De nos frères blessés" est adapté du premier roman de Joseph Andras paru en 2016, inspiré d'une histoire vraie, celle de Fernand Iveton qui par son appartenance au parti communiste et par ses croyances en ses idéaux fit partie de cette frange de français minoritaires qui prirent parti pour les algériens musulmans et l'indépendance et en payèrent le prix fort. Le film montre en effet d'une manière très efficace l'une des conséquences de la disparition de l'Etat de droit au profit des "pouvoirs spéciaux" donnés à l'armée à partir de 1956 en Algérie: des règlements de compte camouflés sous des simulacres de procès. Pouvoirs conférés par un Etat, celui de la IV° République qui n'hésite pas à comparer le sort réservé à ceux qu'elle considère comme des traîtres aux "fusillés pour l'exemple" de la première guerre mondiale. Un homme est particulièrement montré du doigt: François Mitterrand, ministre de l'intérieur en 1954 (on lui doit la célèbre phrase "l'Algérie c'est la France") puis garde des Sceaux qui envoya des dizaines de personnes qui attendaient leur exécution dans les prisons algériennes à la guillotine en refusant la grâce dans 80% des cas*.

Or, la plupart de ces exécutés pour l'exemple étaient des insoumis mais pas des meurtriers. Et si Fernand Iveton (seul européen guillotiné pendant la guerre d'Algérie**) fut bien un poseur de bombe, il prit bien garde à choisir un lieu désaffecté dans le but de saboter des installations et non de faire un carnage. Le film retrace son parcours (en particulier sa haine des injustices et discriminations qu'il voyait tous les jours contre les musulmans qui travaillaient avec lui à l'usine de gaz d'Alger) ainsi que celui de sa femme d'origine polonaise qui avait fui le rideau de fer avec une partie de sa famille et n'avait donc pas la même vision du communisme que lui. Vincent LACOSTE et Vicky KRIEPS sont tous deux excellents et crédibles.

Outre son histoire forte et son interprétation solide, le film a été en partie tourné à Alger ce qui n'est absolument pas anecdotique. Rappelons qu'il a longtemps été impossible de tourner en Algérie notamment pour des raisons de sécurité (par exemple "Des hommes et des Dieux" (2010) a été tourné au Maroc). Il est donc émouvant de voir des scènes tournées dans la capitale algérienne, notamment son front de mer à l'architecture haussmanienne. D'autre part, le film établit une filiation avec "La Bataille d Alger" (1965), le film emblématique de Gillo PONTECORVO qui était lui-même proche du PCF, notamment dans la scène finale.

* Voir à ce sujet le livre "François Mitterrand et la guerre d'Algérie", écrit par Benjamin Stora et François Malye et publié en 2010, date à laquelle l'ouverture des archives de la Chancellerie permit de prouver qu'il avait refusé la grâce à Fernand Iveton. Avoir du sang sur les mains -même indirectement- a dû bien le hanter et peser dans sa décision d'abolir la peine de mort en 1981.

** Contrairement à Maurice Audin qui a donné son nom à une place du centre-ville d'Alger, Fernand Iveton a lui été totalement oublié.
 

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The Third Murder

Publié le par Rosalie210

Hirokazu Kore-Eda (2017)

The Third Murder

Hirokazu KORE-EDA ne manque pas d'ambition, ni d'audace. Il a voulu changer de son registre habituel (le film intimiste sur la famille) pour un thriller judiciaire dans lequel il interroge néanmoins toujours autant les institutions de son pays. Jamais autant que dans ce film, celles-ci ne semblent avoir été plus construites sur du sable, pour ne pas dire sur du vent. L'accusé de "The Third Murder" est en effet proprement insaisissable. Une vraie "coquille vide" comme il le dit qui n'arrête pas de changer sa version des faits et qui tel un miroir, renvoie les images, les projections que chacun se fait de lui ou plutôt de ce qu'il représente. Car le film fonctionne comme une mise en abîme en nous mettant en garde contre la véracité de ce qui est donné à voir: si les premières images indiquent qu'il est le tueur, d'autres images plus tardives mettent en doute ce postulat à peu près au moment où lui-même finit par prétendre qu'il n'a pas tué. On n'arrive plus alors à démêler le vrai du faux, ce qui est l'objectif du réalisateur: nous faire douter voire nous perdre dans un grand labyrinthe d'images trompeuses.

Ceci étant, je n'ai pas été pleinement convaincue par ce procédé aux ramifications si absconses et complexes qu'il finit par noyer tous les enjeux dans un océan d'illisibilité et d'abstraction que ce soit la dénonciation de la peine de mort, la démonstration du machiavélisme des procédures judiciaires, l'exploration de la part de mystère et d'ombre en chacun de nous, la mise en évidence des injustices sociales, de l'exploitation de l'homme par l'homme, de la corruption, du sexisme, de l'inceste, bref de tout ce qui peut mener à l'homicide. A force d'emprunter des pistes comme autant d'images et de les brouiller entre elles, aucune n'est creusée ce qui laisse un sentiment de frustration et de vide. Mieux aurait valu en rabattre sur l'ambition et rester à hauteur d'homme. Et non d'ectoplasme servant de support à une démonstration brillante certes mais un peu vaine parce que manquant d'incarnation en dépit d'acteurs émotionnellement impliqués.

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Pour l'exemple (King & Country)

Publié le par Rosalie210

Joseph Losey (1964)

Pour l'exemple (King & Country)

"Pour l'exemple" de Joseph LOSEY est systématiquement comparé au film de Stanley KUBRICK "Les Sentiers de la gloire (1957). Mais bien qu'abordant le même sujet (les soldats condamnés à mort et fusillés "pour l'exemple" par leur propre camp en 1917) il est dommage qu'il soit autant dans l'ombre de son illustre prédécesseur. Il est en effet bien différent. Plus froid, plus clinique avec ses nombreux passages d'arrêts sur image montrant des corps se dissolvant dans la boue, condamnés à l'anéantissement et à l'oubli. Et surtout, il est bien plus dur.

Dans le film de Stanley KUBRICK, le colonel Dax joué par Kirk DOUGLAS qui est l'avocat des soldats condamnés pour "lâcheté devant l'ennemi" ne parvient pas à sauver leur tête mais il s'en tire avec les honneurs en gardant toute son intégrité. Un réflexe très américain. Rien de tel avec le capitaine Hargreaves qui se fait l'avocat du soldat Hamp (Tom COURTENAY) accusé de désertion.

Certes, sa plaidoirie est tout aussi humaniste que celle du colonel Dax. Elle est tout aussi vouée à l'échec dans cette logique impitoyable de la guerre dans laquelle les hommes doivent tenir coûte que coûte, aucune défaillance n'étant tolérée mais tous les coups étant permis sous un vernis parfaitement légal. Légalité s'accompagnant d'ailleurs du mensonge d'Etat lorsque la missive parvenant à la famille indique que le soldat Hamp est mort au combat.

Mais en plus du verdict impitoyable, Joseph LOSEY démonte tous les mythes propagandistes autour des "héros" de guerre et autres concepts de "guerre propre". Non la guerre n'est jamais propre et l'ensemble du film nous le rappelle. Au sens propre puisque les hommes végètent du début à la fin sous une pluie battante dans la boue au milieu des rats, des cadavres et de leur propre merde (le pauvre Hamp est ravagé par la dysenterie) mais également au figuré. Il n'y a ni héros, ni méchant sur le front mais des hommes embarqués sur le même bateau qui sont là avant tout pour obéir aux ordres de supérieurs bien planqués qui consistent à assassiner leurs ennemis mais aussi parfois leurs propres camarades. Le capitaine Hargreaves ne fait pas exception à la règle. Il faut dire que celui-ci est joué -je devrais dire habité!- par l'expert en zones d'ombres et autres ambivalences humaines qu'est Dirk BOGARDE*. Son jeu exceptionnellement riche et nuancé superpose deux couches de sens qui rendent son personnage inoubliable. Hargreaves est un homme de devoir. Il s'avère donc aussi qualifié pour effectuer une plaidoirie vibrante d'humanisme en faveur du déserteur que pour l'achever. Mais il n'est pas uniquement un être de représentation ou un pantin exceptionnellement doué. Tout indique par son regard, par le ton de sa voix un être intérieurement tourmenté, tiraillé entre une éducation psychorigide et sa conscience qui vient de temps à autre le hanter. On peut aussi penser qu'à un moment donné, il a cru que son éloquence allait le tirer de cet enfer et que son réveil lorsqu'il apparaît avec les mains noires de boue -des mains sales- n'en est que plus douloureux.

* Co-scénariste et lui-même ancien soldat de l'armée britannique durant la seconde guerre mondiale.

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Kramer contre Kramer (Kramer vs Kramer)

Publié le par Rosalie210

Robert Benton (1979)

Kramer contre Kramer (Kramer vs Kramer)

Sous ses dehors de mélodrame classique, "Kramer contre Kramer" réalisé en 1979 a lancé quelques pavés dans la mare qui restent d'actualité aujourd'hui. Certes le divorce s'est depuis considérablement banalisé sous sa forme traditionnelle matrimoniale aussi bien que moderne avec les séparations à la suite de rupture de PACS (en France) ou sans contrat, avec ou sans besoin de passer par un notaire (pour régler le partage des biens et la garde des enfants). Mais le film va bien au-delà car il ébranle les rôles sociaux traditionnels dévolus aux parents et amorce une recomposition de ceux-ci qui n'est toujours pas achevée aujourd'hui. Comme dans le film (et le livre dont il est adapté) c'est la femme qui décide le plus souvent de partir car elle ne trouve pas son compte dans un schéma familial encore très marqué par le patriarcat. Si les femmes parviennent mieux de nos jours à concilier leur travail (condition de leur indépendance économique) et leur famille, cela dépend des pays (c'est plus facile en France qu'en Allemagne ou au Japon par exemple), elles sont moins payées à qualification égale et doivent supporter presque entièrement le fardeau des taches domestiques. Et elles sont les principales victimes des violences conjugales qui révèlent que le couple repose encore trop souvent sur le rapport de forces. Johanna n'est pas maltraitée par Ted mais il la néglige ainsi que leur fils au profit de sa carrière. Schéma patriarcal classique qu'elle décide de briser non seulement en partant mais en laissant son fils à la garde du père, au risque de passer pour une "mauvaise mère" qui abandonne son enfant. Car l'immense majorité des foyers monoparentaux sont encore de nos jours dirigés par la mère. Son choix est donc subversif parce qu'il oblige le père à reconsidérer ses valeurs et les priorités dans sa vie. Sa carrière passe au second plan (il est d'ailleurs licencié puis obligé de prendre un travail moins qualifié et moins bien payé) au profit de son fils qu'il doit entièrement prendre en charge et qui est encore très jeune. Ted préfigure ce que l'on appelle aujourd'hui "les nouveaux pères" qui rejettent le productivisme et sa logique de fuite en avant mortifère pour investir la sphère de l'intime en prenant le temps de nouer un véritable lien avec leur enfant. Dustin HOFFMAN est un choix parfait pour le rôle, son interprétation remarquable (incluant le naturel de ses échanges avec Billy alias Justin HENRY) tout comme celle de Meryl STREEP s'alliant avec une aura non-conformiste qui secoue nombre de pesanteurs sociétales dans d'autres films.

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My Lady (The Children Act)

Publié le par Rosalie210

Richard Eyre (2017)

My Lady (The Children Act)

J'ai voulu voir ce film pour Emma THOMPSON qui est une de mes actrices préférées. Et c'est effectivement son principal atout car pour le reste le film souffre d'une réalisation très plate et d'un scénario confus. En fait il semble qu'en cours de route, le film change de direction mais sans en assumer les conséquences. La première partie qui est de loin la plus intéressante nous montre le travail qu'effectue la juge aux affaires familiales Fiona Maye et les délicates décisions de justice qu'elle doit prendre mettant en jeu des questions morales et religieuses qui s'opposent parfois aux lois. C'est ainsi qu'elle est appelé à trancher sur le cas d'Adam Henry, un jeune garçon leucémique membre des témoins de Jéhovah qui refuse la transfusion sanguine qui pourrait le sauver. En choisissant un cas limite, celui d'un adolescent qui est à 3 mois de sa majorité, le film (adapté d'un livre) analyse les limites de la notion "d'intérêt supérieur de l'enfant", principe international traduit au Royaume Uni par le Children Act de 1989 (titre en VO du film). En effet la deuxième partie du film s'attache à décrire les conséquences "humaines" malheureuses de la décision de justice. Mais hélas, il le fait de façon extrêmement peu convaincante. D'une part il fait de Adam un jeune homme dont la vie semble tellement vide après l'effondrement de son système de valeurs qu'il ne trouve pas mieux que de harceler la juge sans lui dire clairement ce qu'il veut exactement d'elle (une mère? Une confidente? Une amante? Sans doute les trois.) Mais Fiona Maye est tout aussi trouble que consternante dans sa façon de lui opposer une fin de non-recevoir glaçante sans répondre à ses questions alors qu'elle s'est permis une intrusion peu professionnelle dans sa chambre d'hôpital pour prendre sa décision, intrusion dont elle refuse ensuite d'assumer les conséquences. Comme sa vie personnelle est aussi vide que celle d'Adam (un mariage qui part à vau l'eau, pas d'enfant, un dérivatif dans la musique qui ne suffit pas à percer sa cuirasse), on peut se demander ce qu'elle fuit exactement.

Cela aurait pu être passionnant mais sans doute qu'il aurait fallu beaucoup de courage au romancier et au réalisateur pour sortir des non-dits et affronter tout ce qu'aurait impliqué une relation intime entre les deux personnages que ce soit en terme de barrière sociale, de croyance ou d'âge. Rien de tout cela n'advient, on patauge dans la semoule avant une fin terriblement convenue qui "évacue le problème" posé par le jeune homme. Frustrant.

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Au Nom du Père (In the Name of the Father)

Publié le par Rosalie210

Jim Sheridan (1993)

Au Nom du Père (In the Name of the Father)

"Au nom du père" que je n'avais pas revu depuis très longtemps fait partie de ces films qui vous prennent aux tripes et ne vous lâchent plus jusqu'à la dernière seconde. Le titre a une double signification, politique et religieuse d'une part (des innocents crucifiés sur l'autel de la raison d'Etat), intime de l'autre (la relation très forte d'un père et d'un fils victimes de la même erreur judiciaire).

Le film raconte l'histoire vraie de Gerry Conlon qui parce qu'il se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment et qu'il avait un profil de coupable idéal (irlandais et délinquant) se retrouve condamné avec une partie de sa famille à une lourde peine de prison pour un attentat qu'il n'a pas commis. Bien que se situant dans le contexte du conflit en Irlande du nord dans les années 70, le film est très actuel en ce qu'il expose les fragilités de toutes les démocraties confrontées au terrorisme. Face à la pression populaire qui exige des coupables et une politique sécuritaire, l'Etat réagit en prenant des mesures d'exception qui bafouent les libertés individuelles et facilitent les erreurs judiciaires (il est rappelé dans le film que les gardes à vue avaient été prolongées à sept jours sans la présence d'un avocat ce qui donnait aux policiers toute latitude pour abuser de leur pouvoir. C'est de cette manière qu'ils parviennent à extorquer de prétendus aveux à Gerry). Quant à la suite de l'affaire, c'est à dire la dissimulation de preuves pouvant innocenter Gerry et les siens et le refus de rouvrir le dossier en dépit de l'arrestation et des aveux du vrai coupable, elle relève d'un scandale d'Etat digne de l'Affaire Dreyfus. Pour des raisons d'efficacité narrative, la machine judiciaire est incarnée par un seul homme, Dixon (Corin REDGRAVE) mais Jim SHERIDAN rappelle à plusieurs reprises que s'il est mouillé jusqu'au cou dans cette sale affaire, il bénéficie de l'appui de tout l'appareil d'Etat. Par ailleurs, l'adversaire de l'Etat britannique, l'IRA n'est pas davantage épargné par le réalisateur, sa violence terroriste (y compris envers les siens lorsqu'ils compromettent ses actions) et ses méthodes mafieuses étant également soulignées. Ce qui est remarquable, c'est que cet affrontement à grande échelle se double de celui qui se joue entre un père et son fils qui en dépit de leur communauté de destin, de leur nature fondamentalement semblable et d'un amour filial très fort sont séparés par un abîme d'incompréhension. Gerry apparaît longtemps comme un adolescent rebelle et immature qui juge son père faible et sermonneur. Pourtant c'est la peur que l'on s'en prenne à lui qui le fait craquer et sa nature profondément non-violente le fera finalement revenir vers lui pour l'aider dans son combat judiciaire pour faire reconnaître leur innocence avec l'aide d'une avocate intègre pugnace, Gareth Peirce (Emma THOMPSON). Daniel DAY-LEWIS et Pete POSTLETHWAITE sont tous deux remarquables.

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Le passé ne meurt pas (Easy Virtue)

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1928)

Le passé ne meurt pas (Easy Virtue)

"Easy virtue", film muet de Alfred HITCHCOCK un peu écourté et abimé par le temps introduit déjà tous ses thèmes de prédilection. Tiré d'une pièce de théâtre de Noël Coward ("Brève rencontre", adapté au cinéma par David LEAN est son œuvre la plus célèbre), il s'agit d'un film de procès. Même lorsque celui-ci semble prendre fin au bout de 20 minutes, il continue implicitement jusqu'au dénouement où il refait surface avec le même plan du juge qu'au début. La structure du film est en effet cyclique et sans issue. La "bonne" société patriarcale y juge une fausse coupable, à l'aune d'apparences accablantes: elle a osé poser pour un peintre qui la courtisait ouvertement et lui a légué sa fortune donc il est forcément son amant et il l'a débarrassé de son mari CQFD. Ce passé la poursuit (thème aussi récurrent chez Alfred HITCHCOCK que celui du faux coupable) jusque sur la Riviera où elle tente de refaire sa vie avec un nouveau prétendant. Mais celui-ci s'avère être un homme faible d'esprit vivant sous la coupe d'une génitrice abusive (combien de marâtres et de mère castratrices chez Alfred HITCHCOCK?) qui rejette l'intruse et finit par percer son secret avec un petit coup de pouce de la presse à scandales. Bref si le thème de la femme de petite vertu (ou jugée comme telle et de ce fait perdue de réputation) est complètement obsolète aujourd'hui, et l'histoire, pas exempte de longueurs en dépit de la brièveté du film, la mise en scène brillante de Alfred HITCHCOCK suffit à relever le niveau et l'actrice principale, Isabel JEANS (ex-épouse de Claude RAINS, le futur mari sous influence matriarcale dans "Les Enchaînés" ^^) (1945) est très émouvante, notamment dans sa réplique finale lorsqu'elle s'offre aux caméras à la sortie du tribunal et qu'elle leur dit "Shoot ! There is nothing left to kill !" ce qui a été traduit par "Allez-y, mitraillez-moi, je suis déjà morte!".

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Dixième chambre, instants d'audience

Publié le par Rosalie210

Raymond Depardon (2004)

Dixième chambre, instants d'audience


Suite de "Délits flagrants" (1994), "Dixième chambre, instants d'audience" réalisé 10 ans plus tard se situe dans un décor unique, celui d'un tribunal de correctionnelle où comparaissent 12 prévenus, soit libres, soit détenus (ils n'occupent pas le même espace dans la salle). Michèle BERNARD-REQUIN qui était substitut du procureur dans "Délits flagrants" (1994) est devenue juge et préside la dixième chambre du tribunal de Paris où
sont jugés les affaires relevant de la correctionnelle (d'où le titre du film). Raymond DEPARDON a placé deux caméras filmant en plans fixe à tour de rôle la présidente, les avocats, les accusés et parfois les parties civiles. En dépit de l'aspect répétitif de ce dispositif, émerge de ce petit théâtre de la justice ordinaire des éclats de vérité comme le témoignage glaçant d'une victime du harcèlement de son ex qui minimise les faits et semble bien sous tous rapports. Ce passage qui tranche avec nombre d'affaires tragi-comiques abordées dans le film (autour de la conduite en état d'ivresse ou de la taille d'une lame d'Opinel par exemple) souligne la minimisation des violences conjugales par la société française. D'autre part on observe également l'impuissance de cette justice vis à vis des personnes en situation irrégulière. Elle cherche à faire appliquer le droit mais se retrouve face à des illettrés sans état civil ni nationalité identifiable, interdits du territoire français mais qui y sont toujours ne sachant où aller.

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