Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Articles avec #cinema italien tag

La Strada

Publié le par Rosalie210

Federico Fellini (1954)

La Strada

"La Strada" est mon film préféré de Federico FELLINI. Il s'agit d'un film qui s'abreuve à la source même du cinéma. Celle des arts forains (le cirque) mais aussi du cinéma muet burlesque avec son personnage de femme-enfant saltimbanque innocente au visage lunaire incroyablement expressif (Giulietta MASINA) qui fait tant penser à celui du vagabond de Charles CHAPLIN. Cette matrice spectaculaire s'établit sur un fond social néoréaliste très âpre, courant d'où était issu Federico FELLINI (co-scénariste de Roberto ROSSELLINI notamment sur "Rome, ville ouverte" (1945) ce qui lui vaut d'être confondu avec lui dans une séquence de "Nous nous sommes tant aimés" (1974) de Ettore SCOLA qui retrace l'histoire du cinéma italien dans la seconde moitié du XX° siècle). Enfin, le film comporte une importante dimension religieuse et morale. Le personnage de Gelsomina ressemble à Jésus en ce qu'elle se sacrifie pour que Zampano (Anthony QUINN), la brute épaisse qui fait office de compagnon/maître/bourreau soit sauvé. La fin de "la Strada" a des points communs avec celle de "La Dolce vita / La Douceur de vivre" (1960) qui fait également surgir le spirituel dans la trivialité: le personnage masculin principal, prisonnier d'un enfer qui s'est mis en scène tout au long du film au travers d'un numéro répétitif aliénant (les chaînes) arrive à une sorte de terminus figuré par une plage. Il se retrouve alors face à lui-même dans une épreuve de vérité. Dans "La Strada" il observe le ciel et se laisse toucher par la grâce. Dans "La dolce vita" il contemple un monstre marin et il la refuse, tournant le dos à la jeune fille au visage d'ange qui voulait le sauver. Dans "La Strada", un troisième personnage joue un rôle important, le Fou (Richard BASEHART), un funambule musicien et poète tout aussi pur et enfantin que Gelsomina et tout aussi fragile qu'elle. Leur rencontre prouve à Gelsomina que la grâce divine existe dans le monde mais leur destin est de finir broyé entre les pattes de la brute Zampano pour que celui-ci qui fuit toute forme d'intimité (à commencer par lui-même) puisse commencer à entrevoir la lumière.

Voir les commentaires

Blow-up

Publié le par Rosalie210

Michaelangelo Antonioni (1966)

Blow-up

"Blow-up" fait partie du club des méta-films matriciel du cinéma. C'est aussi un film culte pour sa représentation du swinging london des sixties. C'est enfin un film qui repose sur un mystérieux paradoxe: le personnage principal, Thomas (David HEMMINGS) qui est photographe de mode mais qui aimerait être artiste se comporte en mâle dominant tout ce qu'il y a de plus primaire mais sa puissance phallique repose sur son seul appareil. Privé de cet "appendice", le jeune homme apparaît bien peu viril. Son comportement odieux vis à vis de ses modèles peut donc aussi s'interpréter comme un mal-être quant à son identité. Mal-être qui culmine dans une scène finale assez fascinante dans laquelle toutes les dimensions du film se rejoignent. En effet que raconte "Blow-up" sinon l'impuissance du photographe à s'approprier le réel? Il observe, enregistre, déduit, mime, reconstitue grâce à ses photographies qui lui donnent l'illusion de contrôler son environnement voire de se l'approprier pour le réagencer dans un fantasme de toute-puissance mais ne brasse au final que du vide comme s'il était lui-même un fantôme... ou un enfant.

Brian DE PALMA a prolongé cette réflexion existentialiste de la position de l'artiste dans "Blow Out" (1981) dans lequel un ingénieur son déduit de son enregistrement qu'il a été témoin d'un meurtre mais qui se heurte à une même impuissance vis à vis du réel. Réel qui se dérobe d'autant plus que la lecture des images (ou des images et du son) relève de l'interprétation et ne suffit pas à embrasser la totalité d'une expérience. Michelangelo ANTONIONI suit les traces de Alfred HITCHCOCK qui instaurait volontairement la confusion entre ses scènes d'amour et ses scènes de meurtre, montrant ainsi que les contraires se touchent et qu'il est bien difficile de les séparer à l'image.

Voir les commentaires

Ludwig, le crépuscule des Dieux (Ludwig)

Publié le par Rosalie210

Luchino Visconti (1972)

Ludwig, le crépuscule des Dieux (Ludwig)

Ludwig est le dernier volet de la trilogie allemande de Luchino VISCONTI après "Les Damnés" (1969) et "Mort à Venise" (1971) et il est encore plus dans la démesure puisqu'il dure dans sa version intégrale près de quatre heures! Le destin du roi Louis II de Bavière ne pouvait que fasciner le cinéaste de par son romantisme, sa soif d'absolu, son inadaptation au monde réel et enfin sa déchéance.Luchino VISCONTI offre le rôle à sa muse, Helmut BERGER qui fait une prestation habitée tandis que Romy SCHNEIDER reprend le rôle qui l'a rendu célèbre, celui d'Elisabeth d'Autriche pour mieux l'exorciser. En effet la vision qu'elle donne de l'impératrice, nettement plus sombre et tourmentée que dans les images d'Epinal mièvres des années cinquante en fait le parfait miroir féminin de Ludwig. Pas étonnant qu'elle soit la seule femme qui le fascine, la recherche du double étant chez lui une obsession ne pouvant l'entraîner que de déception en déception. Complètement inadapté aux attentes attachées à sa fonction et manifestement asocial, Ludwig rejette la guerre, la réalité du pouvoir et la conjugalité. Roi esthète profondément catholique (religion de la Bavière), il sublime son homosexualité dans la recherche éperdue de la beauté, que ce soit à travers la musique de Wagner dont il devient le mécène ou la construction de ses extravagants châteaux. Autant de folies ruineuses (et de fuites de la réalité) qui lui aliènent la confiance des élites du pays qui finissent par le déclarer fou et le destituer. De toutes façons, Ludwig découvre très tôt que les grandes décisions lui échappent étant donné qu'il n'est le roi que d'un confetti à côté de ses puissants voisins, l'Autriche-Hongrie et la Prusse. Tel un lapin traqué, Ludwig tente de fuir un destin qu'il n'a pas choisi mais celui-ci le rattrape et sa profonde solitude nourrie de désillusions rejaillit sur son apparence qui se dégrade: à quarante ans, celui-ci est devenu une épave dans des habits de prince. C'est la puissance de ce portrait intimiste allié à la magnificence du cadre et de la musique (Luchino VISCONTI est un grand esthète) qui fait toute la beauté du film, construit comme une enquête avec différents intervenants témoignant face caméra venant ponctuer le récit.

Voir les commentaires

Les Damnés (La caduta degli dei/Götterdämmerung)

Publié le par Rosalie210

Luchino Visconti (1969)

Les Damnés (La caduta degli dei/Götterdämmerung)

"Les Damnés", en VO "La Chute des Dieux" dans les forges de l'enfer est l'un des plus grands films de Luchino VISCONTI. Avec la puissance opératique qui le caractérise, le cinéaste croise l'Histoire, la tragédie antique et le théâtre shakespearien pour mettre en parallèle l'avènement du nazisme dont il explore les soubassements inavoués et l'autodestruction d'une famille d'Atrides germaniques, les von Essenbeck. Inspirés des magnats de la sidérurgie Krupp qui firent alliance avec Hitler parce qu'ils avaient tout à gagner de la remilitarisation de l'Allemagne (sans parler de plusieurs de ses membres qui devinrent SS), les Essenbeck symbolisent cette aristocratie décadente, fascinante et terrifiante dont Luchino VISCONTI lui-même issu de l'aristocratie s'est fait le peintre. "Les Damnés" est ainsi le premier volet d'une trilogie poursuivie avec "Mort à Venise" (1971) et "Ludwig, le crépuscule des Dieux" (1972) au titre wagnérien ô combien significatif ("La Chute des Dieux" s'en approchait déjà). La séquence quasi-inaugurale des "Damnés" dans laquelle Martin (Helmut BERGER) travesti en Marlene DIETRICH chante "Ein richtiger Mann" évoque tout autant "L Ange bleu" (1930) que le futur "Cabaret" (1972) de Bob FOSSE. Alors c'est quoi "Un homme, un vrai?" pour le nazisme dont on connaît le culte pour la virilité "aryenne"? A cette question, Visconti donne une réponse juste mais qui sent le souffre puisque son principal représentant dans le film, le cousin SS Aschenbach (Helmut GRIEM) décide justement de couronner ce Martin non seulement équivoque mais pervers et meurtrier. Le spectateur a tout le temps de frémir en découvrant ses penchants pédophiles et incestueux mais aussi de comprendre en quoi ceux-ci servent le nazisme. En effet comme tous les totalitarismes (et tous les systèmes fondés sur l'embrigadement), le nazisme a besoin de serviteurs fanatiques totalement contrôlables c'est à dire qui n'ont aucune limite et aucune attache autre qu'eux. Or Martin qui a des points communs avec Hamlet à travers sa haine pour sa mère Sophie (Ingrid THULIN) et l'amant de celle-ci, l'arriviste Friedrich (Dirk BOGARDE) mais aussi avec les perversions sexuelles des notables de "Salò ou les 120 jours de Sodome" (1975) et que sa soif de revanche achève de transformer en monstre passe l'essentiel du film à se déshumaniser et à se désaffilier pour mieux tomber entre les griffes des nazis dont le rapport trouble à l'homoérotisme est également très fouillé notamment lors de ce morceau de bravoure qu'est la nuit des longs couteaux. Le fait qu'en 2016, le metteur en scène Ivo van Hove ait transposé avec succès "Les Damnés" sur scène montre d'une part à quel point ce film reste pertinent (il est également cité dans d'autres films comme "Saint Laurent" (2014) dans lequel Helmut BERGER joue le grand couturier âgé) et à quel point il se prête particulièrement bien à une adaptation théâtrale. C'est même la meilleure façon de relier l'Antiquité, la période élisabéthaine, le grand siècle (époque de la fondation de la Comédie française dont les acteurs ont interprété les rôles dans la pièce) et l'époque contemporaine soit les moments clés de l'histoire du théâtre occidental.

Voir les commentaires

Mort à Venise (Morto a Venezia)

Publié le par Rosalie210

Luchino Visconti (1971)

Mort à Venise (Morto a Venezia)

L'un des films de ma vie, celui qui m'a fait découvrir en même temps Luchino VISCONTI, Dirk BOGARDE, Gustav Mahler et la ville de Venise. Le film est si indissociable du lieu que lorsque j'ai visité Venise, j'ai dormi au Lido, je me suis promenée sur sa longue plage bordant l'Adriatique et je suis passée devant le grand Hôtel des Bains qui était alors encore en activité et qui abrite une bonne part de l'intrigue du film. Cet hôtel de style art nouveau avait été construit pour accueillir les riches touristes internationaux de la Belle Epoque et c'est exactement cette période qui est reconstituée à la perfection par Luchino VISCONTI, en référence au roman d'origine de Thomas Mann. On croirait vraiment que le film a été tourné en 1911, pas seulement par son esthétique, aussi raffinée et minutieuse soit-elle mais aussi par d'infimes détails qui nous renseignent sur les moeurs de l'époque. Il est frappant de constater que sur la plage, seuls les jeunes garçons sont libres de leur corps, libres de le déployer dans l'espace: ils peuvent se battre, se salir, se baigner comme le ferait n'importe quel gamin d'aujourd'hui. En revanche les fillettes et les adultes se comportent à la plage comme s'ils étaient dans le salon de l'hôtel, habillés de pied en cap, engoncés dans leurs habits et effectuant le moins de mouvements possibles, la plage n'étant qu'une scène sociale parmi d'autres. Par ailleurs la primauté des garçons sur les filles s'observe par le fait que Tadzio (Bjorn ANDRESEN) se comporte en petit roi dans sa famille exclusivement composée de femmes et de filles. Non seulement il peut aller et venir quand ça lui chante mais lorsqu'il exprime un désir, celui-ci est aussitôt satisfait. On voit l'une de ses soeurs se lever et lui laisser la place sur le transat dès qu'il s'en approche, comme s'il s'agissait d'un réflexe conditionné.

Mais en explorant cette facette du film qui participe à sa beauté, sa richesse et à son authenticité, je ne dis pas l'essentiel, à savoir qu'on à affaire à une oeuvre sublime, une oeuvre mystique. On touche ici à la perfection, à la grâce pure. Evidemment, ce n'est pas un film facile, il faut entrer dedans, se laisser porter par la beauté des images en symbiose avec la musique (utilisée de façon aussi expressive que chez Stanley KUBRICK ce qui la rend inoubliable). "Mort à Venise" se regarde et s'écoute religieusement, oui c'est le mot. C'est un film avare de mots mais profondément lyrique qui parvient à faire se toucher l'amour et la mort comme peu de films y sont parvenus. Toute l'ambivalence de Venise, sa beauté mais aussi son caractère putride ressort en parallèle de la relation qui se noue par delà les mots entre un adolescent polonais beau comme un dieu grec et un homme vieillissant et malade qui a déjà un pied dans la tombe. Chaque échange de regards avec Tadzio le consume un peu plus avec toute l'ambivalence que cela représente. Gustav von Aschenbach (nom qui fait allusion évidemment à Gustav Mahler d'autant que le personnage est aussi germanique et musicien) accélère sa fin tout en touchant du doigt cet absolu qu'il a recherché toute sa vie ce qui se traduit physiquement par un rajeunissement spectaculaire et même une agonie qui ressemble aux spasmes d'un orgasme, preuve que le corps et l'esprit ne font qu'un. Dirk BOGARDE est époustouflant, exprimant toutes les émotions qui traversent son personnage avec une intensité folle.

Voir les commentaires

Théorème (Teorema)

Publié le par Rosalie210

Pier Paolo Pasolini (1968)

Théorème (Teorema)

"Théorème", mon film préféré de Pier Paolo PASOLINI a gardé intact son pouvoir de fascination plus de cinquante ans après sa sortie. Son titre souligne sa rigueur mathématique implacable. Le film se compose de deux parties d'une durée équivalente. Dans la première partie, un jeune homme qui s'avère être l'incarnation divine vient "visiter" tour à tour les cinq membres d'une famille de la grande bourgeoisie milanaise. Puis il disparaît brusquement au milieu du film. La seconde partie explore le bouleversement que cette rencontre entraîne sur chaque membre de la famille. Elle fait exploser les faux-semblants et met chacun face à lui-même ou plutôt pour la plupart, face à un vide insupportable. C'est le père qui se dépouille de tous ses biens et part errer et crier dans le désert, c'est la mère qui d'étreinte en étreinte cherche en vain à retrouver le moment de plénitude qu'elle a vécu avec le visiteur, c'est la fille qui n'a plus goût à rien et sombre dans la catatonie et le fils qui tente d'exprimer ce qu'il a ressenti par la peinture sans y parvenir. Seule la bonne, retournée dans son village et réfugiée dans une pose méditative parvient à trouver Dieu en elle ce qui se manifeste par des interventions surnaturelles dans la plus pure tradition évangélique: elle opère des guérisons miraculeuses, elle lévite, elle fait jaillir une source de larmes.

Pier Paolo PASOLINI a réussi un film qui démontre que la vraie foi, la vraie spiritualité est incompatible avec les institutions, qu'il démolit méthodiquement. Logique pour quelqu'un qui se situait dans les marges du monde. De ces institutions (l'Eglise et ses dogmes castrateurs mais aussi le capitalisme et son culte de l'argent, la bourgeoisie et sa domination de classe), il en fait littéralement table rase, ne laissant plus à l'image que les étendues désertiques des pentes de l'Etna qui reflètent l'état réel de dénuement des membres de cette famille aisée (en plus de revenir aux sources du christianisme). Et il démontre de manière éloquente et provocante que l'acte sexuel lorsqu'il est don de soi ("ceci est mon sang [...] ceci est mon corps") est l'expérience mystique suprême là où l'Eglise catholique a décrété que la chair n'était que péché, divisant et coupant l'être de toute possibilité de transcendance. Voilà pourquoi un tel film put quasiment en même temps recevoir le grand prix de l'Office catholique et être condamné par le Vatican, faire scandale et porter encore aujourd'hui la mention (sur le DVD que j'ai emprunté à la médiathèque) "interdit aux moins de 18 ans"* alors que n'importe quelle grosse comédie familiale grand public bourrée d'obscénités passe crème.

* Au niveau des images, ce qu'on voit de plus scandaleux, ce sont des gros plans d'entrejambes d'hommes (vêtus) en posture "manspreading" servant à exprimer par l'image le désir sexuel que les membres de la famille ressentent pour le visiteur. Cette soudaine pudeur dans une société saturée de consommation sexuelle a quelque chose de pathétique, de risible. De plus, Pier Paolo PASOLINI alterne ces plans avec ceux des visages en gros plans, beaux comme des icônes. Que ce soit celui de Terence STAMP dans le rôle du messager de l'amour divin, de Silvana MANGANO dans le rôle de Lucia la mère, de Anne WIAZEMSKY dans celui de la fille Odetta ou encore de la sublime Laura BETTI dans celui d'Emilia la bonne, chacun s'est imprimé durablement sur ma rétine.

Voir les commentaires

Rocco et ses frères (Rocco e i suoi fratelli)

Publié le par Rosalie210

Luchino Visconti (1960)

Rocco et ses frères (Rocco e i suoi fratelli)

"Rocco et ses frères" est sorti la même année que "Plein soleil" (1960). Deux films très différents mais qui ont en commun leur fascination pour la gueule d'ange de Alain DELON avec un sous-texte homosexuel implicite mais plus qu'évident. Dans "Rocco et ses frères", tout est dit par le regard caméra qui s'attarde longuement sur le visage en gros plan de la star montante mais aussi sur son corps et ceux de ses frères, filmés nus d'ailleurs lors d'une scène de douche évocatrice. Et le rôle joué par Alain DELON dans le film a aussi quelque chose à voir avec les héros pasoliniens, beaux comme les dieux de l'Olympe, surtout quand ils sont voués au sacrifice.

"Rocco et ses frères" est un film puissant qui par moment prend aux tripes. Mêlant avec réussite néoréalisme italien d'après-guerre et tragédie opératique rejouant l'histoire de Abel et Caïn, il narre le parcours d'une famille du Mezzogiorno composée d'une matriarche et de ses cinq fils venus tenter leur chance à Milan. Luchino VISCONTI voulaient qu'ils soient cinq, unis comme les doigts de la main. Et pourtant, ce qu'il raconte, comme dans beaucoup de ses films, c'est une désagrégation familiale sous le poids des changements historiques. L'unité des Parondi ne survivra pas à l'épreuve de la ville. Ce sont les fractures qui la scindent en dépit des efforts de la mère pour maintenir l'entité familiale qu'observe Luchino VISCONTI. D'un côté il y a ceux qui s'intègrent. L'aîné, Vincenzo (Spiros FOCÁS) qui est déjà dans la place avant l'arrivée des autres, est fiancé à Ginetta (Claudia CARDINALE) et se forge un destin de petit-bourgeois. Ciro (Max CARTIER) trouve un travail d'ouvrier spécialisé dans une usine Alfa Romeo et se fiance également. Surtout, il est "le traître", celui qui refuse la loi archaïque du clan faite d'omerta et de sacrifice de soi en dénonçant la brebis galeuse, Simone (Renato SALVATORI). Son geste fait de lui un nouveau guide pour Luca, le plus jeune des frères (Rocco Vidolazzi). Simone est conçu comme le miroir inversé de Rocco (Alain DELON). Boxeur, comme lui. Instable, comme lui. Attiré par Nadia (Annie GIRARDOT), comme lui. Mais Simone est une brute épaisse gouverné par ses pires instincts ce qui le conduit à sa perte. A l'inverse, Rocco le "saint" est un modèle de masochisme qui accepte de se sacrifier pour tenter de sauver son frère, y compris quand celui-ci par jalousie lui inflige la pire des humiliations. Ces deux figures archétypales surgies du fond des temps n'ont aucune place dans la petite vie étriquée de l'Italie du nord industrielle et capitaliste. Elles doivent donc disparaître, ainsi que l'objet de leur folie, Nadia, fille perdue que leur fratricide condamne au même supplice que Rocco.

Voir les commentaires

Riz amer (Riso amaro)

Publié le par Rosalie210

Giuseppe De Santis (1949)

Riz amer (Riso amaro)

Dès la première séquence du film de Giuseppe de SANTIS, le mélange imparable de (néo)réalisme documentaire attaché à décrire les conditions de travail du lumpenprolétariat et de film noir, de destinées individuelles emportées dans un mouvement collectif merveilleusement filmé nous prédispose à un film hybride parfaitement maîtrisé, à la fois ancré dans le réalisme social tout en étant sujet à de belles envolées lyriques (au sens propre comme au sens figuré). "Riz amer" raconte le dur labeur des repiqueuses de riz de la plaine du Pô dans l'après-guerre avec des accents de tragédie grecque: un choeur de travailleuses sur lequel se détachent quatre personnages principaux, deux femmes et deux hommes. Les femmes sont toutes deux des exploitées du système mais aussi d'un séducteur crapuleux et sans scrupules, Walter (Vittorio GASSMAN). Mais alors que la première, Francesca (l'américaine Doris DOWLING) partie de la situation la plus misérable se redresse peu à peu au contact de ses "soeurs de labeur", la seconde, Silvana (Silvana MANGANO l'une de mes actrices italiennes préférées, révélée par le film) à l'allure fière, sensuelle et libre tombe peu à peu sous le joug de Walter à force de vouloir troquer son existence laborieuse pour la chimère d'une vie facile. Face au truand manipulateur, la loi (démobilisée mais qui reprend du service pour la bonne cause) est représentée par le sergent Marco (Raf VALLONE) qui vient tendre la main à ces deux prolétaires en tentant de les protéger du vautour qui rôde dans le grenier à riz, prêt à chaparder la récolte obtenue au prix d'heures passées courbées les pieds dans la boue.

Ce qui est également fascinant dans "Riz amer", c'est sa féminité. Pas seulement par le fait de se plonger au coeur d'un microcosme de femmes mais par la manière dont elles sont mises en valeur par la caméra qui les filme de manière très charnelle. Evidemment, l'aura érotique dégagé par la plantureuse Silvana MANGANO domine l'ensemble, notamment lors de ses scènes dansées.

Voir les commentaires

Le Pigeon (I Soliti Ignoti)

Publié le par Rosalie210

Mario Monicelli (1958)

Le Pigeon (I Soliti Ignoti)

Que l'humour soit l'ultime politesse du désespoir comme le disait Chris Marker, on ne peut plus en douter après avoir vu "Le Pigeon". Parce que lorsqu'on regarde les arrière-plans si travaillés du film dont la mise en scène joue admirablement sur la profondeur de champ, que voit-on? La misère, la misère et encore la misère. Le fond de la cour d'une prison, les borgate de la banlieue de Rome surplombés d'immeubles en construction, les grandes tables du réfectoire d'un orphelinat. Bref l'arrière-plan du film appartient sans aucun doute au néo-réalisme à la Roberto ROSSELLINI et contextualise le film. Et pourtant, on passe la majeure partie du temps à rire de bon coeur devant les déboires d'une belle galerie de losers qui tentent de monter un casse aussi minable qu'ils le sont eux-mêmes (façon "The Ladykillers" (1955) ou "Du rififi chez les hommes") (1954) avec un enthousiasme voire un abattage phénoménal. Car "Le Pigeon" est aussi un grand film choral qui réussit à merveilleusement équilibrer les talents des acteurs qui composent l'ahurissante bande de bras cassés qui enchaînent les catastrophes. Parmi eux, deux grandes futures stars: le boxeur raté beau parleur (Vittorio GASSMAN, hilarant quand il en fait des tonnes en s'accusant d'un crime qu'il n'a pas commis ou bien quand il se la joue "rusé") et le photographe plus qu'amateur (Marcello MASTROIANNI) toujours lesté d'un gosse dans les bras quand il n'a pas l'un d'eux dans le plâtre. Car ces clowns ont le coeur tendre et sont donc extrêmement attachants grâce aux touches d'humanité que parsème Mario MONICELLI et qui renvoient également à l'arrière-plan mélancolique. De ce point de vue, l'un de mes moments préférés est celui dans lequel Mario (Renato SALVATORI) achète trois tabliers identiques avec le personnage de Donald Duck au marché aux puces et qu'on découvre un peu plus tard avec une efficacité de mise en scène imparable qu'il les a offert à ses trois "mamans" de l'orphelinat. Ce même Mario qui tombe amoureux de la soeur de l'un de ses compagnons qui la surveille pourtant de près. Il faut dire qu'elle est jouée par Claudia CARDINALE dans l'un de ses premiers rôles.

Voir les commentaires

Nous nous sommes tant aimés (C'eravamo tanto amati)

Publié le par Rosalie210

Ettore Scola (1974)

Nous nous sommes tant aimés (C'eravamo tanto amati)

Trois hommes, Antonio un prolétaire (Nino MANFREDI), Gianni un bourgeois (Vittorio GASSMAN) et Nicola un intellectuel (Stefano SATTA FLORES) amoureux de la même femme, Luciana (Stefania SANDRELLI) traversent trente années d'histoire de l'Italie, de la fin de la seconde guerre mondiale jusqu'à l'époque du tournage du film au début des années 70. Leur amitié forgée au sein de la Résistance ne résiste pas au rouleau compresseur de la réalité. Leurs idéaux subissent le même sort, résumé dans cette remarquable phrase-bilan pleine d'amertume "nous voulions changer le monde et c'est le monde qui nous a changé". Ettore SCOLA entremêle destins individuels et histoire collective dans ce qui est l'un de ses plus beaux films, travaillé plus que jamais par le passage du temps. Car il y ajoute un troisième ingrédient fondamental qui soude l'individuel et le collectif: le cinéma italien dont il retrace également l'évolution sur trente années autour de quelques jalons essentiels et sous diverses formes. "Le Voleur de bicyclette" (1948) de Vittorio DE SICA est présent en filigrane tout au long du film parce qu'il résume le parcours des trois hommes. Unis par une même cause au début du film, ils se retrouvent séparés par une infranchissable barrière sociale (et morale) à la fin. De même, lorsqu'il voit enfin en chair et en os 1974 Vittorio DE SICA, l'idole pour lequel il a sacrifié son confort matériel et sa vie personnelle, Nicola subit une terrible désillusion et refuse finalement de le rencontrer. Celle-ci se réfère au fait qu'après avoir été porté aux nues pour sa contribution à la naissance du néoréalisme (décrié par la bourgeoisie), Vittorio DE SICA a été accusé de faire du cinéma commercial et bourgeois à partir des années 60, donc d'avoir trahi ses idéaux. Il est d'ailleurs décédé avant la sortie du film qui lui est dédié (un symbole de la fin de l'âge d'or de ce cinéma?) De manière plus ludique, la reconstitution de la scène de la fontaine de Trevi de "La Dolce vita / La Douceur de vivre" (1960) qui est étroitement insérée dans l'histoire des protagonistes du film puisque Luciana y fait de la figuration (elle n'aura jamais mieux et sa place dans le film symbolise son échec professionnel) est un régal pour le cinéphile car on y voit Federico FELLINI et Marcello MASTROIANNI dans un exercice d'autodérision assez jouissif (le premier est confondu avec Roberto ROSSELLINI, le second tente d'échapper à son étiquette de "latin lover" en portant des lunettes noires ^^). Enfin, Michelangelo ANTONIONI est étroitement lié à l'histoire d'Elide (Giovanna RALLI), la femme bourgeoise de Gianni épousée par intérêt qui se reconnaît dans le personnage joué par Monica VITTI dans "L Éclipse" (1962). Ridicule au début du film, Elide devient de plus en plus émouvante au fur et à mesure que ses efforts pour être à la hauteur des attentes de son mari (sur le plan physique et intellectuel) se heurtent à une froide indifférence et une absence de communication symbolisée par les cadres vides qu'elle accroche au mur.

Voir les commentaires

1 2 3 > >>