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Articles avec #erotique tag

Le Coucher de la mariée

Publié le par Rosalie210

Eugène Pirou (1896)

Le Coucher de la mariée

Le premier "mur de Jéricho" est-il tombé? Nous ne le saurons jamais étant donné que sur les sept minutes initiales du film, seules les deux premières minutes ont été conservées. Mais elles ont suffi à faire date puisque "Le coucher de la mariée", la version du photographe Eugene PIROU (Albert Kirchner étant son chef-opérateur) est considéré comme le premier strip-tease de l'histoire du cinéma. Il s'agit en réalité et comme souvent à l'époque de l'adaptation d'une pantomime coquine représentée sur les théâtres des boulevards, ici l'Olympia, avec l'artiste de cabaret Louise WILLY qui reprend son rôle pour le film. Eugene PIROU photographiait et filmait beaucoup en effet les vedettes et les spectacles qui étaient alors à l'affiche dans la capitale. Outre la tension érotique liée au déshabillage progressif à une époque où les femmes portaient de multiples couches de vêtements, ce qui frappe, c'est le paravent entre elle et son mari (d'où mon allusion au "mur de Jéricho"), celui-ci ne pouvant s'empêcher au fur et à mesure que l'opération progresse de tenter de jeter des coups d'oeil par-dessus la cloison, visiblement de plus en plus excité. Le voyeurisme masculin allait devenir un des ressorts majeurs de l'érotisme au cinéma, alimentant le male gaze sur le corps de la femme, présenté comme une attraction. Et ce dès 1897 avec Georges MELIES ou Ferdinand ZECCA avec un titre appelé à un grand avenir "Par le trou de la serrure" (1901).

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La Chasse (Cruising)

Publié le par Rosalie210

William Friedkin (1980)

La Chasse (Cruising)

C'est un drôle d'Alice de l'autre côté du miroir que ce "Cruising" qui raconte l'histoire d'une errance qui prend l'allure d'une mue à bas bruit. Le film de William Friedkin longtemps maudit et aujourd'hui réhabilité s'ouvre et se ferme sur les mêmes images de traversée de l'Hudson au large de Manhattan par un bateau qui commence repêcher un membre et semble ensuite draguer (au sens littéral) le fond. Cette traversée très métaphorique (d'où le titre en VO), ce sont les boîtes de nuit gay SM du New-York underground* fréquentées par Steve Burns (Al Pacino), flic infiltré dont l'identité vacille au fur et à mesure qu'il s'enfonce en eaux eaux profondes et troubles. Si la lecture littérale du scénario est une enquête policière consistant à découvrir un serial killer sévissant au sein du milieu, c'est évidemment la dimension psychanalytique qui en fait tout l'intérêt. Outre la métamorphose ("je change" dira à un moment Steve Burns à son supérieur, le capitaine Edelson), le film traite en effet du double tout à la fait à la manière d'un Hitchcock ou d'un De Palma (qui voulait réaliser le film et dont le "Pulsions" a des contours assez proches**). Steve est "casté" par Edelson (Paul Sorvino) parce qu'il a un physique proche de celui des victimes et du tueur (dont le visage semble d'ailleurs changer d'un crime à l'autre). Les meurtres sont ritualisés et filmés graphiquement d'une manière qui rappelle "Psychose". Les rôles sont renversés, le flic devenant la proie. Tellement d'ailleurs que dans une scène ironique, il est refoulé de la boîte parce qu'il ne porte pas le costume adéquat ce soir-là qui est celui justement d'un policier.  La scène de confrontation finale entre le flic et le tueur est troublante: les deux hommes, habillés de façon strictement identique fonctionnent en miroir au point qu'on ne sait plus qui est le chassé et qui est le chasseur. Et la fin est un sommet d'ambiguïté. 

* Milieu dépeint de façon documentaire et immersive avec des détails très crus mais sans aucun jugement moral. Car le mal selon Friedkin ne réside pas dans la pratique d'une sexualité marginale mais dans le refoulement des pulsions par le puritanisme de la société américaine. 

** "Un Couteau dans le coeur" de Yann Gonzalez qui rend hommage à Brian de Palma et aux giallos italiens fait aussi référence à "Cruising" en mêlant plaisir et souffrance. Les scènes d'amour filmées comme des scènes de meurtre et vice-versa sont un des grands leitmotivs du cinéma de Alfred Hitchcock.

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Barbarella

Publié le par Rosalie210

Roger Vadim (1968)

Barbarella

Dans "Sois belle et tais-toi" (1976), Jane FONDA raconte comment elle a été façonnée à ses débuts par Hollywood pour être une icône de studio très éloignée de sa vraie personnalité (et de son vrai corps). Roger VADIM, son mari de l'époque a revêtu à son tour les atours de Pygmalion en faisant d'elle une bombe sexuelle calquée sur Brigitte BARDOT, l'une des précédentes muses du réalisateur. La séquence de strip-tease ouvrant "Barbarella" (1968) fait d'ailleurs un clin d'oeil appuyé à l'érotisme des stars façonnées par Hollywood, plus précisément à la scène des gants de "Gilda" (1945). Pour le reste, c'est gentiment coquin et scopophile sans complexe (et hop, mine de rien, la caméra saisit par-ci par-là une fesse à moitié dénudée ou un bout de sein), Roger VADIM s'amusant à habiller et (surtout) déshabiller sa nouvelle Barbie au moindre prétexte. Des poupées aux dents d'acier et des perruches au bec affûté façon "Les Oiseaux" (1962) auront raison des différents justaucorps de Barbarella qui heureusement trouve rapidement une nouvelle tenue, toujours plus sexy que la précédente. Sans l'attraction que représente la plastique de Jane FONDA mise en valeur non seulement par ses costumes mais aussi par des décors hideux qui la magnifient par contraste, que resterait-il aujourd'hui de cette kitscherie dépourvue d'un scénario digne de ce nom? A mon avis, rien.

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L'Empire

Publié le par Rosalie210

Bruno Dumont (2024)

L'Empire

La bande-annonce m'avait donné envie de voir le film qui avait l'air drôle sauf qu'en réalité il est absolument navrant. J'ai pour principe de ne jamais quitter la salle en cours de route mais j'avoue qu'à deux ou trois reprises, ça m'a démangé car il ne faut que dix minutes pour comprendre le problème: les différents éléments de la sauce ne se raccordent jamais entre eux. On a donc des ch'tis du cru qui vivent leur vie en toile de fond et de temps en temps viennent balancer une ou deux blagounettes sans se soucier de l'histoire SF mise au premier plan avec une touche de polar et d'érotisme, ici et là. Visiblement, Bruno DUMONT a pensé qu'il pouvait se passer d'un scénario et qu'il lui suffirait de juxtaposer les différents éléments de son film pour que ça fonctionne. Or ce n'est pas le cas. On décroche d'autant plus vite que le rythme est extrêmement lent pour ne pas dire contemplatif et qu'il ne se passe quasiment rien. On comprend vaguement que les deux empires galactiques représentent le bien et le mal et qu'ils vont se bouffer entre eux, l'un dirigé par Fabrice LUCHINI qui n'est absolument pas drôle et l'autre par Camille COTTIN qui n'a droit qu'à une scène où elle peut jouer normalement, le reste du temps, elle est une sorte d'ectoplasme parlant une langue inconnue (sous-titrée heureusement). Leurs émissaires sur terre se disputent un bébé dont on ne comprend pas bien ce qu'il représente (Jésus? Satan? Les deux?) mais surtout batifolent dans les prés, les deux filles, Jane et Line (Anamaria VARTOLOMEI et Lyna KHOUDRI) avec leurs crop tops et leurs jupes au ras des fesses servant surtout à taquiner le goujon du pseudo-héros, un pêcheur-cavalier qui joue comme une brêle. La seule qualité du film est esthétique, ce sont les paysages de la côte d'Opale, superbement filmés et le design des vaisseaux spatiaux, une cathédrale et un château volants.

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L'Affaire Thomas Crown (The Thomas Crown Affair)

Publié le par Rosalie210

Norman Jewison (1968)

L'Affaire Thomas Crown (The Thomas Crown Affair)

"L'Affaire Thomas Crown" est un film policier divertissant et charmant grâce au glamour de ses deux interprètes (Steve McQUEEN et Faye DUNAWAY) qui jouent à "Arrête-moi si tu peux" (2002) et à toutes sortes d'autres jeux risqués sur fond d'érotisme. Par leur classe et leur goût de l'aventure, ils m'ont tous deux fait penser à James Bond ce qui est logique car le premier choix de casting pour jouer Thomas Crown était Sean CONNERY. De même le côté ludique du film lorgne vers Alfred HITCHCOCK au point qu'on croirait voir surgir l'ombre de Eva Marie SAINT (pressentie pour le rôle de Vicki Anderson) dans la scène de vente aux enchères. Néanmoins, si Vicki Anderson a un rôle actif à jouer contrairement à celui souvent décoratif des James Bond girls des années 60, elle n'est pas pour autant à égalité avec son partenaire et son rôle n'est pas dénués de clichés. Je pense notamment au fait qu'elle fonde son enquête sur la séduction et non sur la recherche de preuves. Ou encore le fait que lors de la partie d'échecs, si la caméra adopte plusieurs fois le point de vue de Thomas Crown observant avec désir tel ou tel détail, tel ou tel geste de sa partenaire, l'inverse ne se produit jamais. En langage actuel, on dirait que cette célèbre séquence est un monument de "male gaze".

Le film n'est donc moderne qu'en apparence et cela se retrouve sur la forme. Si les chorégraphies géométriques des casses et du jeu d'échecs se répondent avec bonheur, la gestion des split-screen est moins heureuse. Cette technique venait d'être découverte et Norman JEWISON en met partout sans que cela soit justifié. L'aspect tape-à-l'oeil de la mise en scène se retrouve aussi dans la bande-son omniprésente voire parfois envahissante (composée par Michel LEGRAND dont c'était la première collaboration dans une production hollywoodienne) dont on retient surtout la chanson "Les moulins de mon coeur".

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Péril en la demeure

Publié le par Rosalie210

Michel Deville (1985)

Péril en la demeure

"Péril en la demeure" que je n'avais jamais vu et qui a été en son temps un succès me semble être un film complètement surfait. Il y a certes une atmosphère un peu étrange qui court tout au long du film et pourrait presque le faire passer pour un rêve éveillé. Aucun réalisme dans les situations mais une succession de clichés-fantasmes autour du sexe, de la mort et de l'argent. Des photos prises sur les lieux du crime (comme dans "Blow-up" (1966), des vidéos tournées en caméra cachée (comme dans le film au titre éponyme de Michael HANEKE), des dessins, des plans-tableaux à base de nus et de natures mortes, des morceaux de guitare, une ambiance de maison hantée avec des portes et des fenêtres qui claquent, du vent qui souffle, de trop grands intérieurs vides. Il faut dire que le film semble peuplé de fantômes plus que d'êtres humains. le personnage joué par Christophe MALAVOY se complaît dans les lieux délabrés et les situations dangereuses et malsaines. Les gens qu'il fréquente sont à son image et ce mélange mortifère d'opacité et de perversité finit par lasser, l'érotisme étant lui-même assez froid. Au final, on a un film incontestablement chic mais creux.

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Camille ou la comédie catastrophique

Publié le par Rosalie210

Claude Miller (1971)

Camille ou la comédie catastrophique

Il y a parfois un gouffre entre les intentions et la réalité. Claude MILLER expliquait avoir conçu "Camille ou la comédie catastrophique" comme une réflexion sur l'hypocrisie des jeunes gens à l'égard de leurs pulsions. Au final que voit-on? Deux trouffions de la première guerre mondiale en manoeuvre, l'un interprété par Philippe LEOTARD et l'autre par Marc CHAPITEAU se faire ridiculiser par Camille (Juliet BERTO) la jeune femme qui excite leur libido ainsi que sa famille ultra bourgeoise jusqu'au retournement grand-guignolesque final. Le jeu de massacre tombe en effet complètement à plat. C'est atrocement mal joué, c'est brouillon, ça manque de rythme et en fait ça s'avère totalement ridicule. On est à des années-lumière de "Docteur Folamour" (1964) qui utilisait lui aussi certains ressorts burlesques pour établir une équivalence entre les pulsions guerrières et les pulsions sexuelles. La seule chose à sauver dans cette mauvaise blague qui porte bien son titre, c'est la photographie impressionniste, onirique et légèrement érotique. Le reste est un gloubiboulga (au sens propre: merde, faux sang, tartes à la crème...) complètement indigeste.

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La Lectrice

Publié le par Rosalie210

Michel Deville (1988)

La Lectrice

Après avoir vu "La Lectrice" je me dis que définitivement le cinéma de Michel DEVILLE est davantage fait pour être écouté que pour être regardé. D'ailleurs, un extrait du film était proposé dans l'exposition "Musique et cinéma" à la Cité de la musique il y a une dizaine d'années. les trajets de Constance/Marie ( MIOU-MIOU) dans les rues d'Arles se font en effet sur la musique de la sonate "Le Printemps" de Beethoven dans un esprit plutôt léger, badin alors que par contraste, Arles apparaît comme une ville morte et sans soleil. Une "mise en bouche" qui précède le plaisir de l'écoute des extraits de texte que Constance lit au domicile de ses "clients" à une époque où le livre audio ne s'était pas encore popularisé grâce au CD et au mp3. Plaisir redoublé par des dialogues eux aussi littéraires avec rimes, jeux de mots, répétitions etc. sans doute repris du roman d'origine de Raymond Jean dont le film est l'adaptation. Néanmoins, la différence avec le livre audio c'est que le verbe s'y fait chair. Et c'est là que le bât blesse. Parce qu'en terme de ligne conductrice (ça rime avec lectrice) le film est quand même un peu bancal. Il est censé nous faire partager les fantasmes de Constance qui dans une mise en abîme lit le roman de Raymond Jean et s'imagine dans la peau de Marie dont l'emploi de lectrice se teinte d'érotisme presque à chaque rencontre. Presque car les scènes avec la petite Coralie ne se rattachent pas vraiment au reste et il en va de même avec la vieille générale (jouée par une Maria CASARÈS dont je n'avais vu aucune prestation depuis le début des années 60) en dépit des problèmes très clairement sexuels de sa soubrette jouée par une toute jeune Marianne DENICOURT. Et si les sous-entendus érotiques sont dans les lectures, ils sont bien cachés. En revanche, ils ne le sont pas lorsqu'elle "livre" des bouts de son anatomie au regard de Eric (Régis ROYER) en lui parlant de "toison d'or" et de "source fraîche" ou se livre tout entière au PDG joué par Patrick CHESNAIS sur "L'Amant" de Marguerite Duras. Ou encore lorsqu'elle se refuse avec malice aux vieux et moins vieux notables libidineux qui veulent la soumettre à "Les 120 journées de Sodome" du Marquis de Sade. MIOU-MIOU est charmante dans ce rôle, l'un de ses plus célèbres mais comme je le disais plus haut sous prétexte de rêverie, le scénario se disperse et le visuel manque terriblement d'éclat que ce soit la photographie ou les décors. Plus grave encore, les interactions entre les personnages restent quelque peu abstraites ce qui limite considérablement la portée de l'érotisme que le film est censé véhiculer.

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Body Double

Publié le par Rosalie210

Brian de Palma (1984)

Body Double

"Obsession" (1975) était une relecture onirique, éthérée de "Vertigo" (1958). "Body Double" est son pendant trash et cauchemardesque. Même si son argument de départ est emprunté à "Fenêtre sur cour" (1954) avec un personnage principal voyeuriste qui dans la première partie du film passe l'essentiel de son temps à mater les exhibitions de sa voisine d'en face au télescope depuis un immense appartement en forme de tour de contrôle, c'est bien l'ombre de "Vertigo" qui hante le film. La phobie de son personnage principal, Jake n'est plus le vertige mais la claustrophobie. Le résultat est identique: il s'agit d'un personnage impuissant, un loser que sa femme trompe sous ses yeux, viré de son job et de son logement, condamné comme le spectateur à être le témoin oculaire d'événements qu'il ne parvient pas à infléchir, avant de s'apercevoir qu'il est le jouet d'une manipulation. Car comme "Vertigo", le film offre une brillante mise en abyme du cinéma mais dans sa version bas de gamme. Jake est un acteur qui joue dans des films de série z et la doublure de la femme qu'il a vu se faire sauvagement assassiner est une actrice qui travaille dans le milieu pornographique. Lui-même est amené à s'infiltrer dans ce milieu en jouant son propre rôle de voyeur ce qui donne lieu à une séquence d'anthologie sur le hit "Relax" de Frankie Goes To Hollywood. Par un brillant jeu de miroirs, Jake se retrouve à tourner une scène dans laquelle il rejoue avec Holly les fantasmes qu'il a projeté sur Gloria: et cette fois, il va jusqu'au bout car à l'image inaccessible d'une femme-fantôme brune inlassablement poursuivie (la brillante scène de la galerie marchande) succède la réalité d'une étreinte charnelle avec une blonde (laquelle s'avère être, coïncidence troublante Melanie GRIFFITH, la fille de Tippi HEDREN). C'est un tournant car comme le titre l'indique, il va être amené à vivre deux fois les mêmes événements avec deux femmes différentes mais dont l'une est la doublure de l'autre. Cependant, contrairement à "Vertigo", Jake n'est pas un nécrophile (même si Brian DE PALMA s'amuse beaucoup avec les cercueils et autres tombeaux) ni un pygmalion. Le fait de revivre deux fois les mêmes événements lui offre en réalité une seconde chance. L'impuissance de Jake est intimement lié à un cri de terreur qui ne veut pas sortir (thème également hitchcockien mais celui-ci le réservait aux femmes, filmées en gros plan en train de hurler et Brian DE PALMA en a également fait un thème majeur de nombre de ses films, de "Pulsions" (1979) à "Blow Out" (1981), en jouant comme le faisait son maître sur l'ambivalence du cri, cri de plaisir filmé comme un cri de terreur et vice-versa) comme s'il était déjà mort ou pas encore né (la séquence du tunnel). Brian DE PALMA joue là encore sur les deux tableaux de la fiction et de la réalité pour nous montrer comment par ce qui s'apparente à une traversée de ses propres abysses, ce cri, non de terreur mais de rage de vivre finira par sortir, rendant à Jake (dont l'acteur qui le joue, Craig WASSON a d'ailleurs des traits féminins) sa pleine capacité à agir. Et après avoir réussi à "faire le job", il ne lui reste plus comme cela est répété à de multiples reprises en forme de private joke à "prendre une bonne douche" ^^.

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Old Joy

Publié le par Rosalie210

Kelly Reichardt (2006)

Old Joy

Autant je suis restée un peu sur ma faim devant "Wendy & Lucy" (2008) et "First Cow" (2019) qui sont les deux films de Kelly REICHARDT que j'ai vu précédemment, autant celui-ci m'a emporté sans réserve, fait planer et procuré de grandes émotions. A quoi cela tient-il? Les ingrédients sont pourtant semblables. Un style minimaliste et épuré. Un rythme lent et contemplatif. Une intrigue qui tient sur un timbre-poste (deux amis qui se sont perdus de vus partent camper dans une forêt de l'Oregon). Des acteurs peu connus et anti glamour au possible (l'un est chauve et barbu, l'autre a le visage émacié et le nez tordu et aucun artifice ne vient redresser leur image). Mais il y a deux différences qui m'ont paru décisives par rapport aux deux autres films cités. L'enjeu d'abord. Dans "First Cow", il n'y en a aucun. Dès les premières images, le dénouement est révélé ce qui rend le flashback qui occupe l'essentiel du film assez dérisoire. De plus les deux personnages se ressemblent trop ce qui ôte tout sel à leur relation. Dans "Wendy & Lucy", la question de savoir si Wendy va ou non retrouver son chien ne tient pas non plus tellement en haleine. Alors que dans "Old Joy" il y a une vraie tension dramatique entre les deux protagonistes. Car plutôt que de montrer des marginaux dans leur bulle, elle adapte une nouvelle de Jonathan Raymond qui isole du monde le temps d'un week-end deux anciens amis qui ont suivi des chemins radicalement différents. L'un, Kurt est devenu un marginal quelque peu hédoniste, refusant les responsabilités de l'âge adulte et en décalage avec la civilisation moderne alors que l'autre, Mark a choisi la voie conformiste (mariage, boulot, enfant à naître, maison, chien etc.) Tout au long de leur périple, on observe leur difficile cohabitation. Aucune hostilité franche mais des regards et des petites phrases qui en disent plus long que des discours sur ce que chacun pense de l'autre et de ses choix de vie. En bon citoyen américain productiviste, Mark laisse filtrer des marques de mépris envers l'assisté qu'est Kurt alors que ce dernier manifeste sa désapprobation dès que le téléphone de Mark sonne, lui rappelant qu'il y a une femme entre eux.

Car le deuxième aspect fondamentalement différent de "Old Joy" par rapport aux autre films de Kelly REICHARDT que j'ai pu voir est sa dimension érotique. Un érotisme qui fait penser à celui de "Lady Chatterley" (2006) et son homme des bois. Car une fois loin de toute civilisation (laquelle est longuement filmée sous ses aspects les plus toxiques, d'interminables sites industriels jusqu'au coeur d'une décharge sauvage en pleine forêt), les différences s'effacent comme par magie, le temps d'une communion mystique et charnelle avec la nature lorsque les deux hommes prennent un bain dans une source chaude et se dépouillent de leurs vêtements (c'est à dire symboliquement de leurs rôles sociaux). Une séquence de temps suspendu dans laquelle les sens sont exacerbés (la vue, les sons, en particulier celui de l'eau qui coule, le toucher avec le passage du massage, l'odorat et le goût avec l'absorption de substances planantes) qui invite à la rêverie et au lâcher-prise ce qu'un très beau plan sur la main de Mark en train de s'abandonner souligne. Un autre plan montre par un effet d'optique les pieds des deux hommes entrelacés comme s'ils étaient devenus amants. Bien entendu cet instant n'est qu'une parenthèse qui après avoir ouvert une brèche vers "un autre monde possible" se referme aussitôt avec le retour au bercail qui condamne la relation entre les deux hommes. Mark, chassé de l'Eden (ce qui amène à méditer sur le sens du titre) reprend son train-train habituel alors que Kurt qui est sur le point d'être expulsé est montré comme en voie de clochardisation.

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