Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Articles avec #erotique tag

Lust, Caution (Se, Jie)

Publié le par Rosalie210

Ang Lee (2007)

Lust, Caution (Se, Jie)

Alors que j'avais beaucoup aimé "Raison et sentiments" (1995) et "Le Secret de Brokeback Mountain" (2005), j'ai été profondément déçue par ce film bancal qui n'est pas dénué de qualités certes mais qui ne méritait certainement pas son Lion d'Or à Venise.
Qu'est ce qui cloche donc dans ce film? Beaucoup de choses en fait.

- Premièrement les séquences réussies dans "Lust, Caution" sont noyées au beau milieu d'un film extrêmement long et pesant. Pour ne prendre qu'un exemple la séquence de Mahjong inaugurale avec sa caméra nerveuse et son rythme endiablé distille un sentiment d'urgence qui suscite immédiatement l'intérêt. Pourquoi faut-il alors que lui succède un flashback interminable (près d'une heure!), ampoulé et fade consacré à la formation puis à la première tentative (avortée) de l'héroïne pour piéger sa cible? Cette énorme digression retarde d'autant le moment où on entre enfin dans le vif du sujet à savoir la relation SM qui se noue entre elle et M. Yee (Tony LEUNG Chiu Wai, impeccable comme toujours). Ang LEE est visiblement plus à l'aise dans un cadre intimiste que dans des reconstitutions historiques à grand spectacle et il ne sait pas relier efficacement les deux. Bref, il n'est pas David LEAN.

- Deuxièmement, l'intrigue n'est absolument pas crédible. Mais il existe d'excellents films reposant sur des intrigues invraisemblables. Le problème vient ici du fait que Ang LEE veut faire un film historique engagé et donc sérieux auquel on ne croit pas un seul instant. La faute aussi à une erreur de casting: Tang WEI n'a pas l'étoffe pour jouer les espionnes et ne possède pas le charisme de la femme fatale. Même maquillée ou dénudée et en action dans des scènes torrides, elle ressemble à une petite fille timide dans un costume trop grand pour elle. Son club théâtre est d'ailleurs à l'avenant. Comment croire un seul instant que ces étudiants inexpérimentés (et dépourvus de tout talent d'acteur pour simuler d'ailleurs) puissent monter un tel projet contre un homme aussi puissant et l'amener aussi loin dans un contexte de danger extrême? Quand on compare avec par exemple l'infiltration dans le QG des nazis de "L Armée des ombres" (1969) ou même avec le bien meilleur "Black Book" (2006) au sujet proche, la comparaison est douloureuse pour le film de Ang LEE. Il en va de même avec les références à Alfred HITCHCOCK, plus que maladroites.

- Enfin il y a à mon sens un problème d'éthique fondamental dans ce film. Je ne supporte pas d'entendre le mot "amour" quand il n'y en a pas. Or beaucoup de critiques ont évoqué "un grand film romantique tragique" ou bien "une histoire d'amour impossible". Là encore la faute au réalisateur. Peu importe la complexité de ce que ressentent les personnages, lui doit être clair dans le message qu'il fait passer. Or il ne l'est pas et affiche une complaisance plus que douteuse envers son personnage masculin assassin, tortionnaire, violeur, collaborateur carriériste et lâche de surcroît. M. Yee peut bien éprouver des sentiments, verser des larmes et s'autodétruire, le fait est qu'il agit en prédateur qui logiquement croque toute crue la jeune Wong incapable de faire le poids face à lui: il lui prend son corps, son coeur et au final sa vie. Seuls les actes comptent. Violence et amour sont incompatibles.

Voir les commentaires

La Proie du vent

Publié le par Rosalie210

René Clair (1926)

La Proie du vent

Grâce au travail de restauration de la cinémathèque et à la plateforme de streaming gratuite Henri, on peut aujourd'hui admirer cette magnifique oeuvre muette de René CLAIR. Sous prétexte que l'intrigue est "conventionnelle" (le terme plus juste serait romantique mais à la manière d'un Alfred HITCHCOCK ou d'un Joseph L. MANKIEWICZ dans leur période gothique et onirique des années quarante), les critiques que j'ai lues ici et là sous-estiment le film, pourtant l'un des plus virtuoses, oniriques et sensuels qu'il m'ait été donné de voir dans le cinéma muet. D'un bout à l'autre, le film repose sur des ambiguïtés. Il est construit comme un rêve avec son pilote qui se pose en catastrophe -et se repose- dans un château hors du temps mais pourtant il est également tempétueux comme les émotions et désirs qui traversent son héros et comme le contexte historique qu'il reflète. Simplement le pays fictif dont sont originaires les personnages du château est déplacé de la Russie aux Balkans*. Un autre élément essentiel du film est son mystère et son suspens lié au fait que René CLAIR nous fait pour l'essentiel partager le point de vue de son héros, Pierre Vignal. Celui-ci est en effet pris en tenaille entre des sentiments ardents pour la châtelaine, Elisabeth et le fait qu'elle lui cache des secrets, secrets qui la lie à son beau-frère et à leur médecin mais dont Vignal est exclu. Avec la réapparition (pour le spectateur) d'une soeur soi-disant morte et qui accuse son mari et Elisabeth d'être des espions sur le point de la faire assassiner, Pierre ne sait plus à qui, à quoi se fier et la douleur et la jalousie le font chavirer. Et cela, René CLAIR l'illustre admirablement à l'aide d'une mise en scène qui se met à tanguer dès que les émotions deviennent trop fortes. A cela s'ajoute une incroyable séquence onirique très magrittienne s'ouvrant et se fermant sur le même plan (en zoom avant puis arrière) de fente lumineuse entrouverte derrière des rideaux que Pierre écarte pour lâcher ses pulsions de désir et de meurtre. Il en va de même de l'ébouriffante scène de course-poursuite et d'accident qui confirme que Pierre est bel et bien devenu "la proie du vent". Et pour couronner le tout, René CLAIR met en valeur le charisme de Charles VANEL de telle façon que celui-ci apparaît d'une sensualité folle**. Que ce soit lors de la scène de la cigarette dans laquelle il échange son mégot contre celui de l'être aimé (à son insu) dont il peut ainsi "goûter" les lèvres par le biais d'un objet que celles-ci ont touché ou bien celle dans laquelle ses mains filmées en gros plan caressent une lettre, tout semble d'un érotisme vibrant dans ce film si ancien et pourtant tellement plus vivant que tant de films contemporains.


* Evidemment il s'agit d'un film Albatros fondé par des émigrés russes dont la devise est "Debout malgré la tempête".

** René CLAIR a la même approche le concernant que Jane CAMPION avec Harvey KEITEL dans "La Leçon de piano" (1993). Tous deux ont utilisé à contre-emploi des acteurs spécialisés dans des rôles de truands, les transformant en grands personnages romantiques tout en les érotisant. Le toucher est d'ailleurs le sens le plus sollicité dans les deux films (par les mains mais aussi dans "La Proie du vent" par la bouche) ainsi que la vue.

 

Voir les commentaires

Un Couteau dans le Coeur

Publié le par Rosalie210

Yann Gonzalez (2018)

Un Couteau dans le Coeur

Pure coïncidence: le jour même où je découvre enfin "Le Voyeur" (1960) de Michael POWELL, Arte propose en replay sur son site de streaming "Un couteau dans le coeur". Quel est le rapport? "Le Voyeur" (1960) est non seulement l'un des films matriciels du slasher (sous-genre du film d'horreur plutôt anglo-saxon dont s'est inspiré par exemple Brian DE PALMA pour certains de ses films) mais également du giallo, cousin italien du slasher mêlant horreur, polar et érotisme et dont les deux maîtres sont Dario ARGENTO et Mario BAVA. Tous deux sont d'ailleurs passés du statut de réalisateurs de cinéma de genre bis/exploitation/underground à la reconnaissance du statut d'auteur-créateur avec à la clé une consécration cinéphilique au plus haut niveau (exactement comme pour le slasher d'ailleurs, par exemple, j'ai découvert le cinéma de John CARPENTER en regardant des épisodes de Blow-up sur Arte et celui-ci est régulièrement cité aujourd'hui comme une référence ce qui n'était pas le cas à ses débuts). Les deux ex(?) sous-genres ne sont d'ailleurs pas étanches, Brian DE PALMA et Dario ARGENTO se disputant par exemple la paternité de certaines de leurs idées de mise en scène.

Ce préambule est nécessaire pour comprendre que "Un couteau dans le coeur" ne sort pas de nulle part mais est un hommage du réalisateur, Yann GONZALEZ au giallo tout comme Julia DUCOURNAU dans "Titane" (2020) rend un hommage appuyé au slasher. Et il est salutaire que le festival de Cannes soutienne les films de genre français, sous-développés par rapport à leurs homologues américains et italiens afin de sortir de la dualité drame social ou sentimental auteuriste/comédie commerciale dans lequel a tendance à s'enfermer le cinéma français (heureusement il y a de nombreuses exceptions!)

Néanmoins "Un couteau dans le coeur" est un film avant tout maniériste ("à la manière de") autrement dit un exercice de style qui a bien du mal à exister par lui-même. Il y a de bonnes idées de mise en scène (le film est "tenu" de ses premières à ses dernières images et ne manque pas de créativité), des éclairages particulièrement soignés avec une dichotomie ville nocturne glauque/forêt lumineuse et magique habilement exploitée. De plus chacun de ces univers est incarné par une actrice du même âge ayant eu des débuts au cinéma assez comparables: Vanessa PARADIS et Romane BOHRINGER (dont on apprécie la rencontre). En revanche le film pèche au moins sur deux points: sa direction d'acteur très approximative et des dialogues souvent affligeants. Résultat: les scènes de tournage des films porno gay ne sont pas assez déjantées en dépit d'un excellent Nicolas MAURY, les scènes de meurtre, pas assez effrayantes et les scènes New Age et sentimentales sombrent dans un ridicule achevé d'autant que certaines idées semblent à moitié assumées: quitte à parler de forêt enchantée et de métamorphose, autant aller jusqu'au bout! En bref, "Un couteau dans le coeur" si l'on en accepte les codes est un film qui ne manque pas d'intérêt mais qui reste clairement inabouti.

 

Voir les commentaires

Les Derniers Jours du monde

Publié le par Rosalie210

Arnaud et Jean-Marie Larrieu (2009)

Les Derniers Jours du monde

J'ai une certaine sympathie pour les films français qui sortent des sentiers battus, notamment lorsqu'il s'attaquent à des genres tels que le thriller, le fantastique, l'épouvante ou la science-fiction dont le plus gros contingent provient des USA (et secondairement d'Asie). Alors ça donne quoi un film-catastrophe à la française? Quelque chose d'atypique en tout cas. Loin de singer leurs confrères d'outre atlantique (ils n'en auraient de toutes façons pas eu les moyens) les frères Larrieu adaptent deux livres de Dominique Noguez pour narrer l'odyssée régionaliste picaresque d'un Robinson anti-héros au possible (Mathieu Amalric). Sauver le monde, très peu pour lui. D'ailleurs il ne cherche même pas à se sauver lui-même, naviguant à contre-courant de la foule qui cherche (ou pas d'ailleurs, les suicides sont légion dans le film) à échapper à l'apocalypse. Lui cherche au contraire à la heurter de plein fouet car cette apocalypse se confond avec l'objet de son désir obsessionnel, celui qu'il a pour Lae (Omahyra Mota), belle métisse androgyne brésilienne insaisissable, rencontrée un an avant "les 10 derniers jours du monde" pour laquelle il laisse tomber femme (Karin Viard) et maîtresse (Catherine Frot).

Assez étrangement, le film n'est pas anxiogène bien qu'il évoque en toile de fond des menaces qui ont une résonance actuelle (les virus, les attentats terroristes ou les catastrophes écologiques). En effet on baigne dans une ambiance complètement irréelle de vacances et de fête perpétuelle liée au choix des lieux (sud-ouest de la France et pays basque espagnol principalement), à la photographie lumineuse, au milieu socio-économique des personnages (CSP ++++++) et enfin à leur comportement hédoniste sachant prendre la vie (et aussi la mort) du bon côté: l'eau est contaminée? Buvons du vin et du champagne! C'est le chaos? Profitons-en pour buller à l'ombre des relais-châteaux et chiper des truffes dans les cuisines. On va tous mourir? Raison de plus pour courir tout nu dans la rue comme aux premiers jours du monde et coucher avec tout ce qui passe à sa portée sans tenir compte de l'âge, du sexe ou même du lien de filiation puisque plus rien n'a de sens et que toutes les structures se sont effondrées! Ce sont d'ailleurs les scènes d'orgie (au sens large) qui sont les plus réussies. Hypnotiques et enivrantes tout en charriant leur part de morbide, elles ont quelque chose de transcendant qui évoque les danses macabres du Moyen-Age: c'est la marée humaine de la feria de Pampelune mais aussi la représentation de "La vie brève" au théâtre du Capitole de Toulouse avec Sergi Lopez dans le rôle du ténor (un habitué des frères Larrieu et du cinéma "atypique" français) et enfin le morceau de bravoure de l'orgie du château dans le Lot qui reprend l'esthétique de "Eyes Wide Shut" tout en faisant un gros clin d'oeil à "La Règle du jeu" (et on a droit à un caméo surréaliste d'une autre habituée du cinéma des Larrieu, Sabine Azéma en marquise décatie et gothique). Bref si l'on peut déplorer la froideur, l'insensibilité de personnages réduits à leurs pulsions les plus primitives, l'inventivité des frères Larrieu rend le film surprenant et réjouissant de bout en bout.

 

Voir les commentaires

La Femme des sables (Suna no onna)

Publié le par Rosalie210

Hiroshi Teshigahara (1964)

La Femme des sables (Suna no onna)

Oeuvre minimaliste extrêmement riche, "La femme des sables" (d'après le roman de Kôbô Abe également auteur du script du film) est une sorte de conte aussi beau que cruel sur la condition humaine. Jouant en permanence sur les changements d'échelle, le film nous fait partager l'expérience d'un maître d'école passionné d'entomologie (Eiji OKADA) parti chasser des spécimens dans le désert et qui se retrouve lui-même "entomologisé" au fond d'un tube qui n'est autre que le trou de sable dans lequel il se retrouve piégé par des villageois cupides et voyeuristes. Tel Sisyphe égaré quelque part chez Beckett, il doit jour après jour écoper le sable qui menace de l'engloutir en même temps que la maison de sa logeuse (Kyoko KISHIDA). Une tache infiniment répétée à la fois absurde et vitale. Le sable, mesure de toute chose est le véritable héros du film. Un héros ambivalent comme l'est la femme qui recueille l'homme et lui fait partager son existence. Elle est en effet implicitement comparée à un foumilion, cet insecte qui creuse des trous dans le sable pour y piéger des fourmis. Dans un premier temps, elle inspire donc de la répulsion à Niki (l'entomologiste) qui tente par tous les moyens de s'échapper. Evidemment, c'est la nature qui a toujours le dernier mot: plus il se débat, plus il s'enfonce, plus le sable se dérobe sous ses pieds. Et ce jusqu'au moment où il accepte son sort et lâche prise: du sable se met alors à jaillir de l'eau. Soit ce que ne cessait de lui dire la femme depuis le début mais il ne la croyait pas. Car l'entonnoir de sable humide est aussi une évidente métaphore du sexe féminin et l'engloutissement est une peur parmi les plus archaïques de l'être humain. Une fois surmontée, cette peur se mue en désir. Le sable aride se liquéfie, devient sensuel, il colle à la peau, se confond avec elle avant de se mettre à couler en traînées de sperme. Le réalisateur, Hiroshi TESHIGAHARA qui a fait des études d'art plastique filme les ondulations du sable, les gouttes de sueur et le grain de la peau comme autant d'oeuvres d'art abstraites, tout en donnant à son film un caractère profondément érotique. Des paysages de fin du monde post-coïtum "ni tout à fait les mêmes, ni tout à fait autres", immuables et changeants qui comblent à la fois le corps, le coeur et l'esprit de celui qui les regarde. C'est ce qu'on appelle la plénitude.

Voir les commentaires

Crash

Publié le par Rosalie210

David Cronenberg (1996)

Crash

Crash avait fait son petit effet en 1996 sur la Croisette. Il fallait alors choquer le bourgeois avec des codes narratifs porno chic (comme pour "La vie d'Adèle") et des personnages-figurines interchangeables dignes du marquis de Sade c'est à dire tellement blasés que seul le martyre de leur chair pouvait leur faire ressentir quelque chose. Le film n'offre en effet qu'une succession de scènes érotico-morbides répétitives, prévisibles  (deux hommes, trois femmes et autant de possibilités) et qui ne renvoient à rien d'autre qu'aux moeurs échangistes et SM de ce petit club de nantis que seule la tôle froissée et la viande cabossée parvient à exciter. On voit assez bien où David Cronenberg veut en venir avec ses plans de jambes et de cuisses abîmées et gainées par du métal et cette succession de scènes de sexe mécanique. Le film renvoie au fantasme d'un dépassement de l'humain par la technologie, bref au transhumanisme dont Julia Ducournau est de nos jours une héritière. Mais il ne se donne pas les moyens de ses ambitions tant le scénario tourne à vide et tant les personnages sont ectoplasmiques (sauf au niveau des pulsions primaires). Il serait peut-être temps de replacer ces fantasmes de toute-puissance propres aux nantis (comme ceux concernant l'espace) dans la réalité, celle d'une nature que la civilisation occidentale veut dominer et dont elle veut s'affranchir mais qui la rattrape inexorablement. Aujourd'hui un tel film, fruit de son époque fait surtout "Pschitt". On est à des années-lumière de l'érotisme subtil de "La Leçon de Piano" (pour Holly Hunter), de "Sexe, Mensonges et Vidéo" (pour James Spader) ou de "Exotica" (pour Elias Koteas). 

Voir les commentaires

Gilda

Publié le par Rosalie210

Charles Vidor (1946)

Gilda

Ariane, Sabrina, Laura, Eve, Rebecca... et Gilda. Les titres de grands classiques hollywoodiens portant des prénoms de femmes (en VO ou en VF) se divisent en deux catégories: ceux qui sont axés sur la métamorphose (Ariane, Sabrina et Eve) et ceux qui tournent au contraire autour d'une icône figée pour l'éternité. Certes, contrairement à Laura et Rebecca, Gilda n'est pas un portrait qui prend vie et s'émancipe (ou continue de hanter et vampiriser son entourage). Mais elle est bien une image de cinéma, une construction fantasmatique tant elle est fétichisée à l'extrême. Gilda ce n'est pas Rita Hayworth comme elle le disait d'ailleurs elle-même amèrement. Gilda c'est une chevelure de feu (perceptible même en noir et blanc) rejetée en arrière de façon provocante, une robe fourreau de soie noire faisant ressortir la blancheur laiteuse de la peau et la silhouette sculpturale et sensuelle de la dame en train de danser et de chanter "Put the blame on mame" et enfin et surtout un long bras ganté de noir que l'autre main dénude voluptueusement, faisant passer dans l'assistance (devant et derrière la caméra) un frisson érotique dont les réalisateurs actuels feraient bien de s'inspirer tant notre époque actuelle manque d'imagination à ce niveau là. La stupidité crasse du code Hays avait un avantage: sa stupidité justement. Et comme l'érotisme est basé sur la suggestion, le sous-entendu, la subtilité, ses gardiens se faisaient souvent berner sans même sans apercevoir.

Car "Gilda" est moins un grand film noir (l'intrigue, élaborée au jour le jour n'est pas ce qu'il y a de plus réussi avec ses répétitions et ses incohérences) qu'un grand film tout en non-dits sur la complexité du désir et des pulsions sexuelles circulant entre trois personnages: Johnny Farrel (Glenn Ford) le voyou-gorille de service, Ballin Mundson (George Macready) son patron aux manières aristocratiques et Gilda (Rita Hayworth), incendiaire femme du deuxième et ex du premier. Une ambiance trouble s'instaure entre ces trois personnages. Ballin joue les voyeurs en s'amusant à observer derrière les fenêtres de son bureau la relation tendue et pleine de fiel (et de désir) qui s'installe entre Gilda et Johnny. Gilda passe son temps à séduire le premier venu pour que Ballin et Johnny s'intéressent à elle. Comme avec Ballin c'est visiblement peine perdue (il prétend l'adorer... mais à distance, comme un fan avec son idole), elle se donne en spectacle pour susciter de la haine et de la jalousie chez Johnny. Celui-ci l'a en effet laissée tomber et semble plus motivé par le fait de protéger les biens de son patron que par son ex-fiancée. Quant le patron disparaît, il va jusqu'à prendre sa place (comme il le lui avait demandé) en gérant ses biens et épousant sa femme pour mieux la délaisser à nouveau tout en la faisant surveiller d'une façon maladive. Une bien étrange attitude pleine de paradoxes, tel cet amour-haine qu'il voue à Gilda et cette dévotion trouble vis vis de Ballin, lui-même pas très net. La scène de rencontre entre les deux hommes dans laquelle Ballin tire Johnny d'un mauvais pas à l'aide d'une canne-épée est d'un symbolisme aussi évident que le gant retiré à la manière d'un bas de soie sur une jambe parfaitement galbée.

Voir les commentaires

Le Grand sommeil (The Big Sleep)

Publié le par Rosalie210

Howard Hawks (1946)

Le Grand sommeil (The Big Sleep)

J'ai beaucoup traîné des pieds avant de revoir "Le Grand sommeil" car le souvenir que j'en avais était de n'y avoir rien compris. Mais il n'y a rien (d'important) à comprendre en fait dans cette histoire alambiquée qui l'aurait été (peut-être, pas sûr) un peu moins si les fourches caudines du code Hays n'avaient pas sabré ici et là les passages les plus sulfureux (faisant allusion à l'homosexualité et à la pornographie notamment). Mais peu importe au final l'accumulation de truands et de jolies filles interchangeables. Car ce que l'on retient, c'est à quel point Philip Marlowe (Humphrey BOGART dans l'un de ses rôles les plus mythiques de privé aussi cynique qu'intègre) ne cesse tout au long du film de nager dans les eaux troubles d'Eros (toutes les filles qu'il croise sont sexy et mûres juste à point pour tomber dans ses bras) et de Thanatos (avec l'accumulation des cadavres autour de lui et sa propre peur de la mort). Mais ce qui fait tout le sel du film réside dans ce qui circule entre Howard HAWKS dont le cinéma se situe toujours à hauteur d'homme et le couple alors en train de se former constitué de Humphrey BOGART et de Lauren BACALL. Ils s'étaient rencontrés deux ans auparavant sous l'oeil de sa caméra (dans "Le Port de l'angoisse") (1944) et les premières images en ombres chinoises du "Grand Sommeil" rappellent combien cela avait "matché" entre eux. Les jeux de regard et les joutes verbales savoureuses du duo sont pleines de tension érotique* et rappellent que Howard HAWKS est également un maître de la screwball comédie. Simplement dans "Le Grand sommeil", les (d)ébats érotiques sont rehaussés par la proximité de la mort. Le final dans lequel Marlowe doit affronter un dernier obstacle sur la route de sa fusion avec Vivian est particulièrement émouvant car on peut voir sa main tenant le flingue légèrement trembler, ce simple détail renvoyant à la vulnérabilité de son personnage qui exprime à plusieurs reprises sa lassitude, sa fatigue et sa peur. Du cinéma à hauteur d'homme quoi!

* La scène à double sens où ils parlent de la meilleure manière de monter un cheval est tout simplement grandiose.

Voir les commentaires

Les Innocents (The Innocents)

Publié le par Rosalie210

Jack Clayton (1961)

Les Innocents (The Innocents)

Fantômes et fantasmes. Puritanisme et débauche. Sexualité (réprimée) et mort. Noir et blanc. Fleurs et reptiles. Statues et insectes. Images et sons. Enfants et adultes. Ces couples ne fonctionnent pas dans l'opposition mais selon le principe des vases communicants dans le film néo-gothique de Jack CLAYTON qui constitue l'adaptation la plus brillante du roman de Henry James, "Le Tour d'écrou" en parvenant à traduire cinématographiquement son ambiance oppressante et ses zones d'ombre. La réalisation, fondée sur la suggestion, le trouble, distille un malaise croissant alors que selon la dynamique de la contamination qui est à l'oeuvre durant tout le film, les "innocents" le paraissent de moins en moins. Ainsi le comportement de Miss Giddens (Deborah KERR, surdouée de l'interprétation des "vierges folles") face aux visions démoniaques qui l'assaillent se dérègle de plus en plus au point de devenir suspect. Cette vieille fille de pasteur encore désirable (et désirante à son corps défendant) mais corsetée, à l'image de la société victorienne devient un danger pour les enfants qu'elle est chargé de protéger. Enfants auprès desquels on pense qu'elle se réfugie comme un rempart contre sa peur du monde adulte mais manque de chance: ces enfants-là ont été corrompus. Sous le vernis policé de leur éducation aristocratique rôdent des pulsions de sexe et de mort inquiétantes qui se "matérialisent" sous la forme de spectres hantant les recoins du manoir, ceux de la gouvernante et du valet qui étaient chargés de les "éduquer" mais qui forniquaient dans tous les coins tout en se détruisant*. A cet endroit précis réside la principale zone d'ombre du livre et du film mais sa nature ne fait aucun doute. Le comportement séducteur de Miles (Martin STEPHENS), sa franchise déroutante qui révèle que le monde adulte n'a aucun secret pour lui et ses paroles en décalage complet avec son apparence de petit garçon de dix ans suscite un trouble croissant chez Miss Giddens dont le comportement se dérègle de plus en plus (tics nerveux, visage qui se couvre de sueur, vision troublée etc.) La religion s'avère impuissante à contenir ses pulsions. Le couple pervers la hante. Si consciemment elle veut sauver les enfants en les exorcisant, nul doute qu'inconsciemment elle veut prendre la place de Miss Jessel, l'ancienne gouvernante en chassant Flora à travers laquelle elle semble encore vivre pour mieux se retrouver seule avec Peter Quint le valet qui parle à travers la bouche de Miles. La dernière scène, magistrale, à la fois mortifère et orgasmique, se clôt sur un summum de malaise et d'ambiguïté.

* Je n'ai pu m'empêcher de penser à "The Servant" (1962) de Joseph LOSEY qui date de la même époque, histoire d'une subversion sociale et sexuelle dans laquelle le valet finit par posséder le maître à tous les sens du terme. Flora et Miles sont filmés comme des menaces dans "Les Innocents" notamment par le jeu de la contre-plongée, qu'ils le soient réellement ou seulement dans l'imagination de Miss Giddens.

Voir les commentaires

Mademoiselle (Ah-ga-ssi)

Publié le par Rosalie210

Park Chan-Wook (2016)

Mademoiselle (Ah-ga-ssi)


PARK Chan-wook devrait méditer la phrase de Mme de Merteuil dans "Les Liaisons dangereuses" selon laquelle l'amour et la vanité sont incompatibles. "Mademoiselle" veut en effet jouer sur les deux tableaux ce qui le rend au final étrangement bancal. D'un côté une mise en scène calculée au millimètre près, un scénario manipulateur avec retournements de situation et une complaisance prononcée pour la violence insoutenable et les scènes de sexe lesbien (qui même si elles sont filmées avec plus de sensualité et ont plus de sens que chez Abdellatif KECHICHE proviennent du même fond bassement commercial). De l'autre, les élans spontanés des deux actrices, toutes deux formidables, particulièrement KIM Tae-ri dans le rôle de la fougueuse servante Sook-hee. Toutes les scènes où elle rue dans les brancards sont justes formidables avec en point d'orgue la destruction de la bibliothèque perverse du tyran tortionnaire Kouzuki (CHO Jin-woong) et sa fuite dans les champs avec la "princesse" Hideko libérée de son esclavage sexuel doré (KIM Min-hee). Mais à l'image du tyran Kouzuki, cet élan est presque aussitôt coupé par des scènes sanglantes et sordides totalement gratuites même si quelques touches d'humour bien senties viennent alléger l'ensemble. Visiblement le créateur veut garder le contrôle de sa créature jusqu'au bout et castre ainsi son récit. C'est dommage car le beau récit d'émancipation féminine qu'aurait pu être "Mademoiselle" dont on a à juste titre souligné les nombreuses qualités formelles (la photographie notamment sans parler des décors et des costumes grandioses) est parasité par toute cette perversité, les contradictions des deux femmes tiraillées entre leur calcul initial et la passion qui les anime devenant celles du film lui-même. Je terminerai cette critique avec deux citations issues d'autres avis que je rejoins complètement: "je préfère les cinéastes intègres aux cinéastes escrocs" et "féministe et racoleur mais surtout racoleur". Hélas.

Voir les commentaires

1 2 3 4 > >>