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Articles avec #nouvelle vague tag

La Collectionneuse

Publié le par Rosalie210

Eric Rohmer (1967)

La Collectionneuse

Quatrième conte moral de Eric Rohmer (mais tourné avant le troisième "Ma nuit chez Maud"), "La Collectionneuse" se situe dans la continuité de "La Carrière de Suzanne" et annonce "Le genou de Claire". Deux insupportables goujats intellos imbus d'eux-mêmes (mais paresseux et misanthropes comme pas deux) déversent leur misogynie sur une fille qui les trouble et les exaspère par son comportement libéré. Comme dans "Le genou de Claire", tout ce petit monde se retrouve en villégiature, le temps d'un été à marivauder dans un langage très écrit (bien que se laissant volontiers aller à quelques "vulgarités") dans une villa inondée de soleil. Avec l'apparition de la couleur, Eric Rohmer fétichise le corps de Haydée dont le ventre, la nuque et les genoux apparaissent en gros plan quand elle est en maillot de bain au moment même où Adrien prétend ne pas être intéressé (l'hypocrite). Cette ironie s'observe dès le prologue: Haydée qui ne prononce pas un mot et se contente de marcher sur la plage est présentée avant tout comme un objet de désir alors que les deux hommes avec qui elle va partager son espace sont au contraire des moulins à parole. Cette inégale répartition des rôles théâtralise en apparence ce qui se joue dans la société à ceci près que Eric Rohmer en inverse le sens. Le jugement moral que les deux hommes portent sur Haydée qu'ils définissent comme une "collectionneuse" (d'amants) révèle leur peur d'être eux-mêmes transformés en objets (de collection). Prise dans le tourbillon de la vie, Haydée ne cesse au final de leur échapper, se joue d'eux, sème la zizanie et leur renvoie la balle de la moralité, eux qui adorent s'écouter parler plutôt que d'écouter leurs vrais désirs. 

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Blue Jeans

Publié le par Rosalie210

Jacques Rozier (1957)

Blue Jeans

Il y a comme un parfum d'Italie dans le deuxième court-métrage de Jacques ROZIER. Après "Rentrée des classes" (1956) qui filmait l'école buissonnière comme une épopée sensualiste, "Blue Jeans" conserve l'élément aquatique (l'histoire se déroule à Cannes) ainsi que le charme et la fraîcheur de son précédent court-métrage. Cette fois, ce sont deux adolescents de dix-sept ans qui occupent le devant de la scène. Comme tous les personnages de Jacques ROZIER, ils sont en "vacance" et passent l'essentiel de leur temps à butiner, non les fleurs, mais les filles. Le film colle à leurs corps en mouvement, qu'ils soient à pied ou en Vespa. Ivresse de la sensation de liberté (comparable en cela à la moto) jumelée au plaisir de la "dolce vita" (avec sans doute les "Vacances romaines" (1953) en point de mire), les deux dragueurs n'ont (hélas pour eux) qu'une idée en tête: "lever" des filles, les "emballer" et enfin "conclure" ce qui leur vaut de se vautrer lourdement. Cette sensation de liberté que Jacques ROZIER savait saisir comme personne et qui donne encore aujourd'hui à son film un aspect extrêmement vivant se teinte en effet d'amertume lorsque les deux jeunes s'aperçoivent qu'ils leur manque un élément essentiel à leur entreprise: l'argent. Car faute de moyens, leurs tentatives de séduction grossière tournent court étant donné qu'ils n'ont pas grand-chose à proposer aux filles qu'ils croisent pour les divertir et n'ont strictement rien à leur dire (la seule chose qui les intéresse, on l'a compris, c'est de les mettre dans leur lit). Il leur manque en effet autre chose (qu'ils n'ont visiblement pas compris): le tact. Avec leurs méthodes de pachyderme à la limite du harcèlement de rue voire de l'agression (ils se permettent de toucher toutes les femmes qui se trouvent sur leur chemin), ils n'ont évidemment aucune chance d'y arriver. Aujourd'hui, leurs méthodes ne passeraient d'ailleurs plus du tout et la liberté revendiquée deviendrait celle d'importuner, voire de harceler un sexe féminin vu comme un étalage de chair fraîche sans identité, sans personnalité, juste à prendre d'assaut pour satisfaire ses pulsions les plus primaires. Jacques ROZIER les montre au final comme ce qu'ils sont: des losers pathétiques.

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Antoine et Colette

Publié le par Rosalie210

François Truffaut (1962)

Antoine et Colette

Conçu à l'origine comme le segment parisien du film à sketches "L Amour à vingt ans" (1962), "Antoine et Colette" est aujourd'hui diffusé de façon indépendante comme le chaînon manquant de la saga de Antoine Doinel entre "Les Quatre cents coups" (1959) et "Baisers volés" (1968). En effet, il est la suite directe du premier long-métrage de François TRUFFAUT qui est souvent rappelé que ce soit par une affiche dans la chambre d'Antoine, la musique qui vient de temps en temps à nos oreilles, les façades de cinéma et même un court extrait quand lui et son ami René (Patrick AUFFAY qui reprend également son rôle) fumaient dans la chambre de ce dernier. Trois ans séparent seulement les deux films mais Antoine (et l'acteur qui l'incarne, Jean-Pierre LÉAUD devenu d'un des visages emblématiques de la nouvelle vague) a bien changé, du moins en apparence. Le film est en effet construit sur un paradoxe qui en fait tout son intérêt. Alors que la voix-off ne cesse d'affirmer qu'Antoine est devenu un adulte dont il a la plupart des attributs extérieurs, la rencontre amoureuse avec Colette (Marie-France PISIER, si jeune qu'elle en est à peine reconnaissable) ne se produit pas malgré tous les efforts de ce dernier. Colette le considère juste comme un ami ou un membre de la famille et lui préfère un homme plus aguerri. Car La véritable rencontre a lieu avec les parents de Colette (Rosy VARTE et François DARBON) qui semblent avoir adopté le jeune homme qui il faut le dire donne l'impression d'être à peine tombé du nid. Et c'est ainsi que sans avoir besoin de le souligner, François TRUFFAUT créé le lien le plus fort avec "Les Quatre cents coups" (1959) en faisant ressortir le manque parental qui empêche Antoine Doinel de devenir un homme et le relègue au statut peu enviable de petit garçon.

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La Boulangère de Monceau

Publié le par Rosalie210

Eric Rohmer (1962)

La Boulangère de Monceau

"La Boulangère de Monceau" est le premier des six contes moraux que Éric ROHMER a tourné entre 1962 et 1972. C'est un court-métrage qui pose le canevas sur lequel le cinéaste brodera des variations de plus en plus complexes au fil des cinq films suivants. Comme ceux qui le suivront, le personnage principal est un jeune homme plutôt imbu de sa personne et qui adore s'écouter parler (et penser) tant il est bourré de certitudes. C'est pourquoi il a souvent un plan de carrière et une stratégie matrimoniale prête à l'emploi. Bref, c'est la tête à claques parfaite. Mais un petit grain de sel vient faire (momentanément) dérailler la machine bien huilée sous la forme d'une ou plusieurs "tentatrices" qui n'appartiennent pas au même milieu social ou bien n'ont pas le même âge ou bien les mêmes moeurs que lui. Elles dévoilent sa profonde lâcheté devant le "tourbillon de la vie" avec lequel il préfère jouer plutôt que de s'y abandonner avant de reprendre le contrôle de sa vie, confirmant qu'il est bien une nature morte.

Bien entendu "La Boulangère de Monceau" n'est qu'une esquisse de cette intrigue, tant le manque de moyens se fait ressentir à l'image (qui présente un cadre particulièrement étriqué) mais sa simplicité et sa concision rendent les enjeux limpides. La boulangère est clairement présentée comme le "bouche-trou" du séducteur entre deux laps de temps durant lesquels il drague le véritable objet de son désir, Sylvie, une jeune fille "digne de lui" (entendez par là issue de la bourgeoisie) mais qu'il est trop mou pour rechercher lorsqu'il ne la rencontre plus dans la rue. Seul le hasard pallie le manque de volonté du héros qui considère la boulangère comme une facilité étant donné qu'elle ne bouge pas de sa place et qu'il n'a pas besoin de se casser la tête pour aller la trouver. C'est donc une stratégie assez minable qui nous est présentée et on s'amuse de voir l'ami de Éric ROHMER, Barbet SCHROEDER tiré à quatre épingles très loin des films hippies qu'il réalisera pourtant seulement quelques années plus tard.

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La Peau douce

Publié le par Rosalie210

François Truffaut (1964)

La Peau douce

"La Peau Douce" est un film qui est longtemps resté dans l'ombre de la filmographie de François TRUFFAUT alors que c'est l'un de ses plus réussis et l'un de ses plus personnels. Comme quoi on peut raconter l'histoire la plus banale du monde -un adultère bourgeois- en la rendant passionnante si l'on sait s'y prendre.

Sur deux points au moins "La Peau Douce" est un chef d'oeuvre. Sa mise en scène d'une précision chirurgicale d'abord qui transforme un drame bourgeois en thriller hitchcockien. Et ça commence quasiment dès le début avec la scène haletante dans laquelle Pierre (Jean DESAILLY) entame une course contre la montre pour prendre un avion pour Lisbonne. Quand on sait que sa future maîtresse, Nicole (Françoise DORLÉAC) l'attend à bord, c'est tout l'enjeu du film qui est contenu dans cette seule scène tournée pied au plancher. Des scènes de tension semblables, on en retrouve avec la grande séquence du séjour à Reims dans laquelle Pierre s'empêtre dans ses mensonges et ne parvient pas à concilier sa vie mondaine et sa vie secrète. Ou encore vers la fin, quand, sur les conseils d'une amie de son épouse, il tente de lui téléphoner pour lui avouer la vérité mais toute une mécanique bien huilée fait qu'il la rate de quelques secondes comme s'il y avait une sorte de "fatum" sur ses épaules.

Cependant, cet engrenage qui transforme un drame bourgeois en tragédie n'aurait pas été possible sans le caractère du personnage principal, artisan de son propre malheur. Pierre s'avère être la médiocrité même, incapable de prendre des décisions, incapable de communiquer franchement. Il dit oui à tout sans le penser ce qui le met dans des situations impossibles engendrant déception, frustrations et amertume. A force d'être incapable de gérer les situations, il finit par se comporter grossièrement avec l'un de ses collègues dont il n'arrive pas à se débarrasser, son épouse à qui il ne parle pas tout en laissant traîner des indices compromettants ou sa maîtresse dont il jouit sur l'instant avec une ardeur fétichiste (très beaux plans à l'appui) mais qui le reste du temps l'embarrasse. Tous deux qui ont une sensible différence d'âge ne vivent pas sur la même planète et n'ont en réalité rien à se dire. D'ailleurs Pierre appelle significativement Nicole "ma poupée", veut qu'elle porte des robes, des talons et des bas (et non des jeans) pour lui faire plaisir et n'éprouve qu'à une seule reprise le besoin de lui dire qu'il l'aime: quand il la pense loin de lui (c'est un écrivain après tout). Dès qu'il réalise sa méprise, il jette son télégramme à la poubelle. Tout cela finit par se payer cash et quand la parole ne peut pas sortir, on sait que le seul soulagement sera celui d'une explosion fatale.

 

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La Carrière de Suzanne

Publié le par Rosalie210

Eric Rohmer (1963)

La Carrière de Suzanne

Comme le premier film de la série des six contes moraux de Éric ROHMER, "La Boulangère de Monceau" (1962), "La Carrière de Suzanne" (1963) le deuxième opus est un métrage fauché (comme d'autres films débutants des cinéastes de la nouvelle vague) se caractérisant par sa durée écourtée, ses acteurs amateurs, un son post synchronisé etc. Néanmoins on reconnaît parfaitement la thématique à venir de ce cinéaste sur les apparences trompeuses, les mensonges que l'on se raconte à soi-même et aux autres, sur soi-même et sur les autres. Le contexte historique et sociologique, très important chez Rohmer est minutieusement décrit. C'est celui de la jeunesse étudiante du quartier latin quelques années avant la révolution de 1968. Le film tourne principalement autour de trois jeunes dont il interroge les rapports amicaux et amoureux. Des rapports qui n'ont d'ailleurs d'amicaux et d'amoureux que la façade puisque ce qui est en réalité étudié, ce sont les relations de domination et de soumission. Guillaume le bourgeois séducteur et manipulateur a besoin d'un confident, d'un spectateur (de ses exploits), d'un admirateur, d'un miroir etc. Il trouve tout cela auprès de l'influençable et mollasson Bertrand qui bien que non dupe de la "crapulerie" de son "ami" (dont on devine qu'il est son modèle) le suit partout sans résister et semble épouser son point de vue (puisque c'est lui que l'on entend en voix-off). Ces deux parfaits spécimens de petits goujats misogynes, vieux avant l'âge jettent leur dévolu sur ce qu'ils pensent être une "pauvre fille" qu'ils passent leur temps à humilier et exploiter de toutes les façons possibles. Sauf que la fille en question n'est pas la gourde qu'elle a l'air d'être ce qui laisse au spectateur tout le loisir d'apprécier le savoureux retournement final.

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Charlotte et son jules

Publié le par Rosalie210

Jean-Luc Godard (1958)

Charlotte et son jules

Dans les courts-métrages de Jean-Luc GODARD, "Tous les garçons s appellent Patrick" (1957) et toutes les filles s'appellent "Charlotte et Véronique" (1957). Mais si le trio devait autant sa paternité à Jean-Luc GODARD qu'à Éric ROHMER, "Charlotte et son jules" est une esquisse de "À bout de souffle" (1959). En effet, bien que sorti sur les écrans en 1961 dans la foulée du premier long-métrage de Godard, il a été tourné juste avant, en 1958 avec une actrice inconnue (et qui allait le rester) et un acteur inconnu de 25 ans (mais qui n'allait pas le rester longtemps, lui). "Charlotte et son jules" scelle en effet la rencontre de deux iconoclastes du cinéma tel qu'il se pratiquait alors, Jean-Luc GODARD, qui allait devenir un des réalisateurs phare de la nouvelle vague et l'acteur Jean-Paul BELMONDO dont le physique hors-norme (par rapport au style du jeune premier canonique de l'époque) lui faisait manger de la vache enragée. Encore que dans ce film, Belmondo ne prête que son corps à la caméra étant donné que sa voix est celle de Godard lui-même, l'acteur étant indisponible au moment de la post synchronisation (film fauché oblige!). On ne peut pas mieux figurer la fusion entre un acteur et un cinéaste (Vanityfair évoque un monstre à deux têtes qui s'appellerait Belmondard ou Golmondo!) Quant au film lui-même, il fonctionne tout entier sur une méprise, celle de "Jules" qui croit que Charlotte qui l'a quitté veut revenir avec lui. S'ensuit 12 minutes de quasi-monologue de misogyne aigri durant lequel la belle dont les interventions sont réduites pour l'essentiel à des onomatopées semble ouvertement se moquer des propos de son ex ce que confirme une chute très ironique qui renverse complètement la perspective du film: l'identité de l'idiot n'est pas celle que l'on croit.

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Pierrot le Fou

Publié le par Rosalie210

Jean-Luc Godard (1965)

Pierrot le Fou

En hommage à Jean-Paul Belmondo, j'ai eu envie de revoir enfin "Pierrot le Fou". Enfin car cela faisait plusieurs décennies que je ne l'avait pas revu. Liste d'impressions, non exhaustive (mais comment l'être avec ce film foisonnant qui fourmille d'idées, d'images, de citations...):

- De la première vision du film quand j'étais enfant, il ne m'est resté qu'un seul souvenir: les couleurs primaires.  Le bleu, le rouge, le jaune. J'avais l'impression que Pierrot-Ferdinand juste avant de se faire exploser était devenu un indien. Avec une peinture de guerre, des plumes (les bâtons de dynamite) et que le feu de l'explosion servait à lancer des signaux. Pas étonnant que ce soit la seule scène qui me soit restée en mémoire. La picturalité du film est telle qu'il est impossible de ne pas en conserver une trace.

- A la deuxième vision, j'ai remarqué d'abord la présence de Samuel Fuller qui vient apporter un vent cinématographique venu d'outre-atlantique. Comme il le fera quelques années plus tard dans "L'Ami américain" de Wim Wenders. Deux films qui ont pour personnage principal un homme qui ne supporte plus sa vie conformiste étriquée et qui envoie tout balader pour goûter enfin à la liberté "bigger than life" imprégnée de film noir (gangsters, femme fatale, issue fatale, tueurs à gages se retrouvent dans l'un ou l'autre de ces films ou les deux) mais aussi de road-movie, autre genre associé à l'Amérique dont Wenders a réalisé l'un des plus beaux fleurons. Même si la cavale de Pierrot-Ferdinand et de Marianne (Anna Karina) ressemble bien davantage à celle de "Bonnie et Clyde" qu'à celle de "Paris-Texas".

- Pourtant il y a aussi du contemplatif dans "Pierrot le Fou". Entre deux scènes de cavale effrénées (que Luc Lagier de "Blow Up" associe à "Sailor et Lula" de David Lynch ce qui est d'autant plus pertinent qu'il utilise un code couleur et des filtres assez semblables), Jean-Luc Godard fait respirer ses personnages dans ce qui s'apparente à "la possibilité d'une île" façon Paul et Virginie, On y dort sur la plage, on y apprivoise un perroquet, on y chante mais on s'y ennuie aussi beaucoup "Qu'est ce que je peux faire? Je ne sais pas quoi faire" entre autre phrases cultes reprise comme on le découvre dans "Blow Up" jusque dans un épisode de Tchoupi!

- Et puis il y a la poésie et la littérature, omniprésentes, du "Voyage au bout de la nuit" qui a baptisé "Ferdinand" à la "saison en Enfer" d'un certain Arthur Rimbaud, l'homme aux semelles de vent qui a toujours pensé que la vraie vie était ailleurs... au cinéma par exemple, même s'il n'existait pas à son époque. Autre amoureux des mots mais bien vivant celui-là en 1965, Raymond Devos qui le temps d'une séquence vient croiser le verbe avec Pierrot-Ferdinand.

- Le contexte politique s'invite aussi régulièrement dans le film, rappelant que si les personnages mènent une vie dangereuse, ils sont plongés dans une époque qui ne l'est pas moins, entre la guerre d'Algérie (le tag "OASis") et la guerre du Vietnam (rejouée par des acteurs qui brisent à plusieurs reprises le quatrième mur en s'adressant au spectateur, comme dans "A bout de Souffle").

-Mais le plus grand miracle de "Pierrot le Fou", c'est qu'un tel collage d'éléments hétérogènes ne cherchant absolument pas à dissimuler ses coutures (montage heurté, désynchronisation image-son etc.) aboutisse à un tout aussi cohérent!

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Le Signe du Lion

Publié le par Rosalie210

Eric Rohmer (1959)

Le Signe du Lion

Contrairement à ses compatriotes des "Cahiers du cinéma", François Truffaut et Jean-Luc Godard* qui firent une entrée "fracassante" sur la scène du septième art avec leur premier long-métrage (respectivement Prix de la mise en scène à Cannes et Ours d'argent à Berlin et aujourd'hui devenus de grands classiques incontournables du cinéma français), celui d'Eric Rohmer tourné la même année ne sortit sur les écrans que trois ans plus tard, dans une version écourtée et ne connut pas la même gloire. Aujourd'hui encore il reste méconnu. Bien à tort selon moi. "Le Signe du Lion" est même l'un de mes films préférés d'Eric Rohmer. Il contient en germe toute son oeuvre ou plutôt tout l'ADN de son oeuvre à venir, bien loin de l'idée que beaucoup s'en font. On y retrouve les notions de hasard et de destin mais aussi les illusions que l'on se fait sur soi-même et l'épreuve qu'implique le fait de s'y confronter. Cette épreuve qui prend la plupart du temps la forme d'une errance (physique et/ou intellectuelle et spirituelle) aboutit à l'émergence d'un "autre soi". Evidemment cette possibilité fait peur et nombre de personnages préfèrent retourner dans le giron d'une identité factice mais qu'ils maîtrisent. Dans le cas du "Signe du Lion", Pierre, un musicien américain fréquentant le milieu germanopratin se retrouve du jour au lendemain sans le sou, à la rue et totalement seul pour avoir eu le tort de vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Avec beaucoup de sensibilité et un certain naturalisme**, Eric Rohmer filme sa douloureuse métamorphose en SDF arpentant du matin au soir et du soir au matin les rues de la capitale désertée et brûlante à la recherche d'une aide qui sonne aux abonnés absents. Avec sa déchéance, il découvre l'aspect factice du monde dans lequel il a vécu, la seule personne lui tendant la main étant justement celle qui est le plus méprisée par ce milieu de mondains. Facticité encore plus soulignée par le fait qu'il suffit que Pierre retrouve à la faveur de l'un de ces coups du destin improbables dont Rohmer a le secret toute la fortune qu'il croyait avoir perdue pour qu'en un instant il redevienne le roi de ce milieu et jette son seul véritable ami aux oubliettes. Bien que n'en faisant pas officiellement partie, "La Signe du Lion" préfigure déjà les six contes moraux des années 60 et 70.

* Jean-Luc Godard fait d'ailleurs une furtive apparition au début du film de Eric Rohmer.

** La déchéance physique et morale du personnage est soulignée par de multiples petits détails: la marche de plus en plus lourde, le regard qui devient hagard sous l'effet de la chaleur et de la fatigue, la faim qui tenaille les tripes et pousse à faire les poubelles ou chaparder, les chaussures et chaussettes qui se trouent, la saleté qui se répand sur ses vêtements etc.

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Hiroshima mon amour

Publié le par Rosalie210

Alain Resnais (1959)

Hiroshima mon amour

Il y a quelques années, j'ai pris un train qui s'arrêtait à Nevers. Ma pensée est allée alors vers le premier long-métrage de Alain RESNAIS et j'ai réalisé que Nevers ça résonnait comme "never" (jamais) et que ça se trouvait sur la même ligne ferroviaire que Riom et Vichy... "Hiroshima mon amour" est ainsi un film qui travaille sur des éléments a priori que tout oppose mais que la mémoire associe. Ou plutôt les mémoires, le film alternant entre la mémoire individuelle du personnage joué par Emmanuelle RIVA et la mémoire collective des événements du passé qui se transmettent au travers des traces que ce passé laisse dans le présent (les archives, le patrimoine). Par le jeu du montage dont Alain RESNAIS est un spécialiste, Nevers et Hiroshima se répondent comme s'il s'agissait d'une seule et même géographie, d'une seule et même temporalité, d'une seule et même Histoire, celle de la guerre et de ses stigmates. Une grande Histoire qui croise celle du personnage d'Emmanuelle Riva qui à la manière de "Je t aime, je t aime" (1967) vit à Hiroshima, lieu chargé d'Histoire à la fin des années cinquante une histoire d'amour avec un japonais (Eiji OKADA) qui lui rappelle celle qu'elle a connu à Nevers avec un soldat allemand en pleine seconde guerre mondiale 14 ans plus tôt et qui lui a valu d'être tondue à la Libération. Ce télescopage passé/présent, histoire/mémoire, amour/mort, témoignage/reconstitution donne tout son sens aux célèbres dialogues de Marguerite DURAS fondés sur des leitmotivs tels que "tu n'as rien vu à Hiroshima/j'ai tout vu" et "Tu me tues/Tu me fais du bien". Le premier cas, porté par le film lui-même apporte sa pierre au débat animé entre autres par Claude LANZMANN sur l'impossibilité de représenter la Shoah et de façon plus générale toutes les grandes catastrophes de l'histoire. Le deuxième porte sur la question de l'oubli et du souvenir de ces mêmes événements: lequel des deux est le moins mortifère (ou le plus salvateur)?

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