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Articles avec #aventure tag

Fitzcarraldo

Publié le par Rosalie210

Werner Herzog (1982)

Fitzcarraldo

Et si c'était le rêveur fou qui avait vu juste? Terry GILLIAM avait son Don Quichotte perdu dans la Mancha, Werner HERZOG son Fitzcarraldo "conquérant de l'inutile" et les deux réalisateurs ont en commun d'avoir entrepris des tournages homériques à la hauteur de leurs projets démesurés. Mais à la différence de Terry GILLIAM dont la première tentative se soldera par un échec, Werner Herzog, animé par le souci de coller au plus près d'un réel pourtant semé d'obstacles a priori impossibles à franchir parviendra au bout de son aventure. D'une certaine manière "Fitzcarraldo" n'est autre que le réalisateur soulevant des montagnes pour donner corps à son rêve. Et c'est cette sensation de voir un rêve se concrétiser dans le réel qui rend le film aussi fascinant. Il y a en fait deux parties dans le film. La première, "réaliste" est celle où les propriétaires terriens qui exploitent l'hévéa se moquent de Fitzcarraldo et de son projet de construire un opéra dans la jungle amazonienne. Pour trouver l'argent nécessaire, celui-ci décide d'acheter un bateau à vapeur afin de mettre en valeur un endroit non encore approprié mais réputé inaccessible. La deuxième commence quand le bateau à vapeur devient "le char blanc" hissé mètre après mètre au sommet d'une montagne par une tribu indienne qui lui fait ensuite dévaler un fleuve en furie dans l'espoir d'apaiser les démons des rapides. C'est à partir du moment où le chant de Caruso sorti du gramophone de Fitzcarraldo et les croyances indiennes se rejoignent et communient dans un même mysticisme que le film prend sa dimension complètement hallucinée. Et ce qui lui donne cette aura, c'est aussi que réel et fiction n'ont fait qu'un. Je l'ai souvent souligné (à propos des films de Tom CRUISE ou de George MILLER) mais aucun effet spécial ne remplacera jamais le vécu gravé dans les images animées telles que la terreur dans les yeux de Klaus KINSKI qui ne faisait pas semblant quand le navire dévalait les rapides ou sa joie en le voyant se soulever (on peut dire ce que l'on veut de cet acteur mais on ne peut pas nier son engagement total). On peut en dire de même des indiens qui se présentent devant la caméra tels qu'ils sont en réalité et utilisent leurs propres techniques pour hisser le bateau, combinées à celles des ingénieurs de l'équipe (ce qui est d'ailleurs retranscrit dans le film). Werner HERZOG manifeste du génie dans cette manière de capter le réel (imprévus compris comme la redescente du bateau) et de le faire entrer dans le film tout en lui donnant la consistance d'un rêve. Le bateau devient une sorte de monstre de métal qui gémit, se tort, se cabre et se cogne aux éléments mais en ressort vivant. L'anti-Titanic en somme.

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Top Gun

Publié le par Rosalie210

Tony Scott (1986)

Top Gun

Le fait de revoir "Top Gun" (disponible en ce moment sur Netflix) après avoir vu "Top Gun: Maverick" (2020) s'avère finalement plutôt éclairant tant les deux films reflètent leur époque, n'en déplaise à Tom CRUISE qui aimerait tant arrêter le temps. "Top Gun", c'étaient les années 80, l'ère du vidéo-clip et de la guerre froide mais aussi une vision de la marine digne de "In the Navy" des Village People "We want you, we want you as a new recrue" certes mais à condition d'être un mâle blanc hétérosexuel (enfin selon la définition qu'en donne l'avocat Roy Cohn, bras droit du sénateur McCarthy pendant la chasse aux sorcières contre les communistes et les homosexuels dans "Angels in America" (2003): "je suis un hétéro qui se tape des mecs" ^^ tant l'amitié virile célébrée à l'armée a des côtés tendancieux bien mis en lumière par nombre de films, "Les Damnés" (1969) ou "Reflets dans un oeil d or" (1967) par exemple). Les seules femmes du film sont Meg RYAN dont l'identité se résume à être épouse et mère ainsi que Kelly McGILLIS, l'instructrice des jeunes pilotes mais qui d'une part ne pilote pas elle-même (contrairement à Maverick lorsqu'il devient instructeur dans "Top Gun: Maverick") (2020), et qui de l'autre remise très vite ses prétentions dominatrices pour se jeter dans les bras de Tom Cruise (pas très professionnel tout ça). Si on ajoute que Kelly McGILLIS est absente de "Top Gun: Maverick" (2020) de son propre aveu parce qu'elle est "vieille, grosse et fait son âge", contrairement à Val KILMER qui pourtant a de grandes difficultés à parler depuis sa trachéotomie, on voit bien que ce qui importe dans "Top Gun" et sa suite ce sont les relations viriles, juste ripolinées au goût du jour dans "Top Gun: Maverick" (2020) avec des gages donnés à la diversité (mais celle-ci reste de surface)*. En dépit de tout ce que le film peut avoir de traditionnaliste et de convenu, le fait est qu'il a conservé sa capacité de séduction: de belles images planantes, des scènes aériennes déjà spectaculaires, un Tom CRUISE tout jeune mais déjà hyper charismatique lorsqu'il chevauche sa moto et une BO qui n'est pas pour rien dans le caractère culte du film.

* Je n'ai pu m'empêcher de comparer les deux films à "Orphée" (1950) et "Le Testament d Orphée" (1959) avec Tom CRUISE, cascadeur éternel en lieu et place de Jean COCTEAU, éternel poète. Exercices exacerbant le narcissisme des deux artistes, ces films mettent en évidence l'importance du jumeau-miroir (pour Tom Cruise c'est Goose-Anthony EDWARDS puis Iceman-Val Kilmer, pour Jean Cocteau c'est Cégeste alias Edouard DERMIT). Quant à la femme, qu'elle s'appelle Eurydice ou Charlie, elle est absente des suites et sa place est "à la layette et aux impôts". Une telle comparaison permet de mieux comprendre par ricochet les zones d'ombre de Tom Cruise et notamment les rumeurs sur son homosexualité bien mises en valeur par Stanley KUBRICK dans "Eyes wide shut" (1999).

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Arrietty, le petit monde des chapardeurs (Kari-gurashi no Arietti)

Publié le par Rosalie210

Hiromasa Yonebayashi (2010)

Arrietty, le petit monde des chapardeurs (Kari-gurashi no Arietti)

Très belle découverte que ce film d'animation du studio Ghibli réalisé en 2010 par Hiromasa YONEBAYASHI. Certes, l'influence de Hayao MIYAZAKI (qui a écrit le scénario d'après les livres de la britannique Mary Norton consacrés "au petit monde des borrowers") se fait sentir. On pense surtout à "Mon voisin Totoro" (1988) pour le caractère intimiste, l'enfant malade et la représentation (splendide) de la nature dans et hors de la vieille maison (les chapardeurs font penser aux noiraudes) ainsi qu'à "Kiki la petite sorcière" (1989) au travers d'une adolescente venue d'un autre monde en quête d'émancipation. On peut aussi citer "Princesse Mononoké" (1997) pour la belle relation qui se tisse entre deux personnages (une liliputienne assimilée au monde sauvage et un jeune humain malade du coeur) qui cependant restent condamnés à demeurer de part et d'autre d'une barrière infranchissable. Mais le film a aussi sa petite musique bien à lui, bien plus modeste que les grands opus de Miyazaki certes mais avec sa sensibilité propre. On a par exemple le temps d'apprécier la finesse de la caractérisation des personnages. Ainsi on découvre que l'attitude intransigeante du père d'Arrietty vis à vis des humains (ne pas être vu, sinon fuir immédiatement) n'est pas un réflexe de repli mais de survie et que l'attitude d'un Sho amical ne change rien au danger que les humains font courir à leur espèce en voie de disparition. Ainsi la maison de poupée construite à leur intention peut faire penser à une cage dorée, c'est pourquoi elle reste inoccupée. Quant à Haru, la gouvernante qui cherche à capturer les chapardeurs, elle est assez emblématique des gens qui veulent éradiquer ce qui leur échappe. Ce sens de la nuance ce retrouve dans l'esthétique: l'ode à la nature adopte des couleurs chatoyantes et une picturalité impressionniste qui n'est pas sans rappeler les tableaux de Claude Monet. L'écologie s'y manifeste autant par le plaidoyer envers la cohabitation respectueuse de différentes espèces que par le mode de vie des chapardeurs qui recyclent les objets perdus et se contentent de peu. S'y ajoute un travail minutieux sur le rapport d'échelle et la perception que des êtres miniatures peuvent avoir d'un monde gigantesque. Un rapport qui fait penser à "Alice au pays des merveilles", oeuvre fétiche d'un certain... Hayao MIYAZAKI.

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A la poursuite du diamant vert (Romancing the stone)

Publié le par Rosalie210

Robert Zemeckis (1984)

A la poursuite du diamant vert (Romancing the stone)

"L Homme de Rio" (1963) de Philippe de BROCA a fécondé au moins deux beaux bébés. Steven SPIELBERG s'en est inspiré pour "Les Aventuriers de l arche perdue" (1980) et a ensuite rendu hommage à la source originelle du film d'action et d'aventures de Philippe de Broca en réalisant "Les Aventures de Tintin : le secret de la Licorne" (2010). Robert ZEMECKIS, poulain de Spielberg qui avait réalisé "1941" (1979) à partir d'un scénario écrit par Zemeckis et Bob GALE et produit ses deux premiers films n'avait cependant pas encore connu de succès commercial retentissant. Afin de convaincre les studios de lui donner le feu vert pour tourner "Retour vers le futur" (1985) dont il avait écrit le scénario, toujours avec Bob Gale, il s'est donc lancé dans sa propre version de "L'Homme de Rio", "A la poursuite du diamant vert" que Michael DOUGLAS lui avait proposé de réaliser. On l'a un peu oublié aujourd'hui mais Michael Douglas était à cette époque davantage connu comme producteur que comme acteur (il avait notamment été l'artisan du succès de "Vol au-dessus d un nid de coucou") (1975). Le rôle de jack D. Colton a définitivement lancé sa carrière d'acteur.

Dans le genre, "A la poursuite du diamant vert" est une réussite qui se démarque de ses illustres "parrains" en ajoutant à la BD d'aventures trépidantes dans la jungle (par ailleurs parfaitement menée) une touche de screwball comédie à caractère féministe. Le film doit beaucoup en effet à l'alchimie du duo formé par Michael DOUGLAS et Kathleen TURNER et à la dynamique de leur relation. Alors qu'au départ Jack D. Colton est présenté comme un baroudeur expérimenté face à Joan la romancière inadaptée avec sa valise et ses talons, le rapport de forces s'inverse très vite. Colton fait systématiquement les mauvais choix face aux situations auxquelles ils sont confrontés alors que Joan s'ouvre facilement toutes les portes ce qui conduit Colton à se plonger dans des romans qu'il aurait auparavant méprisés. A ce couple détonant il faut ajouter la plue-value comique de Danny DeVITO et voilà comment Robert Zemeckis obtint le ticket gagnant pour sa célèbre saga rétro-futuriste tout en nous livrant un film réjouissant qui traverse le temps avec une suprême élégance!

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Le Voleur de Bagdad (The Thief of Bagdad)

Publié le par Rosalie210

Raoul Walsh (1924)

Le Voleur de Bagdad (The Thief of Bagdad)

Le Voleur de Bagdad est un exemple de syncrétisme réussi entre le conte européen* dont on retrouve la plupart des codes (récit initiatique où le héros après une série d'épreuves sort transformé de sa quête) et le rêve américain (le voleur est un self man man parti de rien et qui réussit à s'élever jusqu'au sommet par sa seule volonté et un peu de chance qui est ici incarnée par la magie) auquel il faut rajouter une grosse pincée d'exotisme oriental (avec sa dose de clichés, le fourbe chinois à l'apparence de Fu Manchu par exemple). Douglas FAIRBANKS alors au sommet de sa gloire est le véritable maître d'oeuvre du film. C'est lui qui a choisi la plupart des membres de l'équipe dont le réalisateur Raoul WALSH. Douglas Fairbanks réussit ainsi la fusion du courant expressionniste allemand alors maître du genre fantastique (dont il s'est chargé de distribuer un certain nombre de films au travers de sa société de production, la United Artists) et de la superproduction américaine à la manière de D.W. GRIFFITH. S'y ajoute les qualités athlétiques de l'acteur-scénariste-producteur-cascadeur qui faisaient déjà merveille dans ses précédents films d'action et d'aventures où il jouait les bandits au grand coeur tels que "Robin des Bois" (1922). Douglas Fairbanks semble plus que jamais libéré des contraintes de la pesanteur, à l'image des décors verticaux imaginés par William Cameron MENZIES et des différents moyens de transport magiques qu'il expérimente (cheval ailé, tapis volant, corde qui se dresse toute seule). Le résultat, fastueux, spectaculaire, merveilleux est entré dans les annales du cinéma et n'en est plus ressorti depuis. Un sommet du genre.

* En dépit de son titre, l'histoire n'est pas tirée des mille et une nuits mais a été écrite spécialement pour le film.

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Top Gun: Maverick

Publié le par Rosalie210

Joseph Kosinski (2022)

Top Gun: Maverick

J'aurais bien aimé revoir le premier "Top Gun" réalisé en 1986 dont je n'ai plus guère de souvenirs avant d'aborder celui-ci mais j'ai raté l'opportunité et il fallait se décider avant qu'il ne quitte les salles obscures étant donné que c'est un film qui se savoure mieux sur grand écran.

"Top Gun: Maverick" est un blockbuster entièrement construit autour de Tom Cruise, l'un des derniers acteurs de chair et d'os à pouvoir dicter ses exigences aux studios hollywoodiens. Le scénario, ultra convenu doit être lu à l'aune de la star sexagénaire qui se bat pour rester au top alors que la jeune génération aimerait le mettre au placard. La fin est de ce point de vue, limpide. Cruise alias Maverick et son protégé s'emparent d'un F-14, un avion datant de l'époque du premier Top Gun jugé bon pour la casse mais qui entre les mains des pilotes chevronnés fait encore des prouesses ("on a vu souvent, rejaillir le feu, de l'ancien volcan, qu'on croyait trop vieux"). Il ne s'agit pas seulement de nostalgie mais d'une métaphore car ce qui fait la valeur d'un avion "ce sont les pilotes" et à côté du petit jeune qu'il est chargé de former, Cruise doit montrer qu'il en a encore sous la pédale. L'autre cheval de bataille de l'acteur est d'ailleurs résumé dans la scène introductive où il se mesure à un drone: aucune technologie ne pourra se substituer à l'être humain. Comme dans les "Mission: impossible", les effets spéciaux numériques ne remplacent pas le réel. Même si les acteurs n'ont pas eu l'autorisation de piloter eux-mêmes les avions de chasse, ils ont tourné à l'intérieur de véritables appareils et non de simulateurs si bien qu'ils ont ressenti les effets des accélérations et autres voltiges que l'on voit dans le film. Ce souci du réel (même si l'intrigue est truffée d'invraisemblances, les pilotes étant "Incassable" pour reprendre le titre du film de M. Night Shyamalan) est ce qui distingue les films d'action de Tom Cruise du tout-venant. Ce panache du dernier des mohicans qui accouche de scènes d'action spectaculaires avec ce petit supplément d'âme qui fait toute la différence.

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Robin des Bois (Robin Hood)

Publié le par Rosalie210

Allan Dwan (1922)

Robin des Bois (Robin Hood)

S'il ne s'agit pas de la première adaptation cinématographique du mythe du justicier hors la loi qui vole aux riches pour donner aux pauvres, il s'agit de l'une des premières superproductions de l'histoire: 2h20, un budget de 1,4 millions de dollars, des milliers  de figurants, le plus grand décor alors jamais construit pour un film muet et le plus  grand succès de l'année 1922. A cela il faut ajouter la première superstar de la cascade, Douglas Fairbanks dans l'un de ses rôles les plus célèbres. Et pour cause, il livre une prestation en apesanteur, multipliant les prouesses acrobatiques et interprète un Robin des bois joyeux, léger et perpétuellement en mouvement d'un charme irrésistible: 100 ans après, il crève toujours l'écran. Eternel adolescent, on le voit s'amuser avec ses ennemis de façon très cartoonesque (on pense aussi à la façon dont Astérix sous potion et Obélix envoient valser les romains dans les airs). Cependant, il faut attendre plus d'une heure avant de voir surgir le diablotin bousculant une mise en scène bien trop sage. La faute à un prologue fastueux pour ne pas dire fastidieux (que l'on appellerait aujourd'hui une préquelle) essayant de donner une explication réaliste à l'origine du personnage avant que la légende telle qu'on la connaît se déploie dans toute sa splendeur, entraînant une nette accélération du rythme du film.

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Le Crabe-Tambour

Publié le par Rosalie210

 Pierre SCHOENDOERFFER (1977)

Le Crabe-Tambour

C'est le premier film que je vois de Pierre SCHOENDOERFFER et ce qui m'a frappé tout de suite, c'est à quel point il respire le vécu: un vécu de marin, de soldat et de reporter de guerre nourri aux mêmes livres d'aventures que l'acteur Bernard GIRAUDEAU qui avait été mécanicien dans la marine nationale (celle-ci joue un rôle central dans "Le Crabe-Tambour"). D'ailleurs le père de Bernard Giraudeau qui était militaire avait été envoyé en mission en Indochine et en Algérie alors que Pierre SCHOENDOERFFER avait été fait prisonnier à la fin de la première de ces deux guerres de décolonisation avant de partir documenter la seconde. Enfin les deux hommes outre une carrière dans l'armée et au cinéma étaient eux-mêmes devenus romanciers, les livres de Pierre SCHOENDOERFFER ayant servi de support à ses deux films les plus célèbres, "La 317ème section" (1964) et donc "Le Crabe-Tambour". Deux films entretenant une relation étroite au travers de l'itinéraire des frères Willsdorff inspirés par l'histoire des frères Guillaume, le premier tué en Algérie à la tête de son commando, le second devenu lieutenant de vaisseau. Dans la fiction, l'adjudant Willsdorff (Bruno CREMER), central dans "La 317ème section" qui se déroule en Indochine est juste mentionné sur un journal dans "Le Crabe-Tambour" lorsqu'il meurt en Algérie. Dans "le Crabe-Tambour", on découvre au travers de flashbacks l'existence de son frère, le lieutenant Willsdorff (joué par Jacques PERRIN qui dans "La 317ème section" était le sous-lieutenant que Bruno Cremer secondait) ayant également traversé les deux guerres avant de devenir capitaine de pêche sur un chalutier au large de Terre-Neuve.

C'est donc vers cet homme devenu un fantôme hantant les souvenirs de ceux qui l'ont croisé que vogue le navire d'escadre Jauréguibbery. A son bord un commandant taciturne, dissimulant sa maladie et son infirmité sous son code d'honneur (Jean ROCHEFORT alors à contre-emploi), son confident, le médecin du bord (Claude RICH) et enfin le chef-mécanicien, un vieux loup de mer breton friand d'histoires bigoudènes (Jacques DUFILHO). On est pris dans une expérience immersive puissante oscillant entre le documentaire (de nombreuses scènes sont saisissante de réalisme et minutieusement documentées: vie à bord d'un navire de guerre en mission d'assistance à la Grande pêche sur les bancs de Terre-Neuve, transfert et soins des marins-pêcheurs blessés et malades, découpe du poisson en haute-mer etc.) et le mythe à la manière d'un roman de Emile Zola. La manière dont la mer est filmée par Raoul COUTARD, compagnon de route de Pierre SCHOENDOERFFER sur les théâtres de guerre et chef-opérateur de la nouvelle vague (c'est le cas de le dire) en fait un être vivant, actrice du film à part entière tous comme les bateaux qui ressemblent à de grands animaux marins. Quant au code d'honneur des militaires qui est lui aussi central dans le film, il m'a fait penser avant même que je ne le découvre à celui de Arthur HARARI, "Onoda, 10 000 nuits dans la jungle" (2021). Je ne savais pas encore (et Arthur Harari non plus puisqu'il ne l'a découvert qu'a postériori) que "Le Crabe Tambour" s'ouvre justement sur une référence directe au véritable Onoda qui venait alors à peine de se rendre en 1974 après trente ans passés dans une réalité parallèle à continuer une guerre officiellement terminée en 1945 au nom de la parole donnée et des engagements pris et non révoqués, le lien d'homme à homme étant plus important que les décisions de l'Etat.

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Arrête-moi si tu peux (Catch Me If You Can)

Publié le par Rosalie210

Steven Spielberg (2002)

Arrête-moi si tu peux (Catch Me If You Can)

Un adolescent à l'orée de l'âge adulte, grand lecteur de comics découvre que ses talents de faussaire et de comédien lui ouvrent les portes d'une société crédule où l'habit fait le moine. Mais contrairement à Peter Parker pour qui "un grand pouvoir entraîne de grandes responsabilités", Frank Abagnale Jr. (qui a réellement existé, son histoire servant de base au film) s'enferme dans un monde de faux-semblants. Il ne touche plus terre (littéralement) jusqu'à ce qu'un véritable adulte, certes un peu empoté mais qui lui ne vit pas dans l'illusion l'y ramène. Le bondissant, léger et cartoonesque générique de "Arrête-moi si tu peux" fait immédiatement penser à Indiana Jones ou à Tintin (sur lequel Spielberg a réalisé un film en 2011), évoquant la comédie policière et d'aventures en mode BD. Le ton est cependant un peu plus grave avec l'histoire de cet adolescent délinquant qui fuit ses problèmes dans l'ivresse d'une vie de mensonges comme d'autres sombreraient dans l'alcool ou la drogue. En dépit de sa forme légère, élégante et pétillante, le fond n'est finalement pas si différent de "Moi, Christiane F." avec un père défaillant (joué par un excellent Christopher Walken) et un foyer éclaté. La symbolique des fêtes de noël a une grande importance dans le film, elle retourne l'illusion contre son protagoniste principal en soulignant cruellement sa solitude et son exclusion. Le policier du FBI qui est la seule personne à s'intéresser à lui et dont le comportement est un rappel à la loi fait donc office de seul (re)père de substitution. Leonardo DiCaprio était alors au sommet de son talent dans ce type de rôle que son vieillissement lui a ensuite interdit et Tom Hanks est l'acteur parfait pour incarner l'humanisme spielbergien.

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Mystères de Lisbonne (Mistérios de Lisboa)

Publié le par Rosalie210

Raoul Ruiz (2010)

Mystères de Lisbonne (Mistérios de Lisboa)

Je ne savais rien de "Mystères de Lisbonne", avant de regarder la mini-série sur Arte et pourtant j'en avais entendu beaucoup parler. Le paradoxe n'est qu'apparent. Je savais qu'il s'agissait d'un monument du cinéma et le gravir avait quelque chose d'un peu impressionnant. En fait le terme est mal choisi. Se jeter dans le tourbillon est bien plus exact. Tourbillon d'un récit aussi foisonnant et romanesque que structuré à la manière d'un labyrinthe mental. Un récit littéraire puisant sa sève dans le roman-feuilleton populaire (ce qui le rend passionnant à la manière de ces livres qu'on ne peut plus lâcher jusqu'à la dernière page tant on a envie de connaître la suite et la fin) mais le développant dans une armature sophistiquée de type cathédrale qui en décuple la portée.

D'un côté en effet les péripéties haletantes et le souffle romanesque typique des feuilletons européens du XIX° siècle: vengeances, trahisons, enfants et couples illégitimes, duels, complots, meurtres etc. Bien qu'adapté d'un roman portugais du XIX°, "Mystères de Lisbonne" évoque immanquablement "Les mystères de Paris" de Eugène Sue et les romans-fleuves de Alexandre Dumas, notamment "Les mémoires d'un médecin" et celui qui est mon préféré (c'est d'ailleurs mon roman préféré tout court), "Le comte de Monte-Cristo" dont je n'avais jamais réussi jusqu'ici à trouver une adaptation qui épouse pleinement toute l'écrasante démesure. Mais le personnage du père Dinis autour de qui se nouent toutes les ramifications du récit de "Mystères de Lisbonne" avec ses multiples identités, ses déguisements et son omniscience (connaissance des langues incluse) qui lui permet d'être le porte-parole d'un Dieu justicier a convoqué chez moi l'ombre de l'abbé Busoni, l'un des multiples masques d'Edmond Dantès. Autour de lui, s'entrecroisent des ascensions sociales tout aussi vertigineuses que celles de Mercédès ou Fernand Mondego avec le personnage (à tiroirs lui aussi) de Alberto de Magalhaes dont il a en quelque sorte "acheté l'âme" alors que d'autres, comme le marquis de Montezelos ou le comte de Santa-Barbara connaîtront "la vengeance de dieu" et chuteront impitoyablement. Et au milieu de toutes ces identités changeantes au gré du "tourbillon de la vie" (et de l'Histoire en arrière-plan, des opportunités d'enrichissement des Amériques à la Révolution française et aux conquêtes napoléoniennes), Pedro, l'autre personnage clé de l'histoire, fils adoptif officieux du père Dinis en représente le reflet inversé. Son reflet car il est un enfant illégitime comme lui, privé comme lui "de père, de mère et de patrie", condamné à l'errance, au déracinement, à l'exil mais lui est amené à disparaître dans le gouffre du néant tandis que son tuteur occupe au contraire une position surplombant l'humanité. Tous deux se rejoignent cependant dans la répartition des rôles littéraires. Pedro le narrateur couche sur le papier les réminiscences de son histoire alors que Dinis le créateur met en garde les personnages de leur funeste destin à venir sans qu'ils ne tiennent compte pour autant de ses conseils (évidemment s'ils en tenaient compte, adieu le romanesque et le mélodrame flamboyant!)

De l'autre, ce qui fascine dans "Mystères de Lisbonne" c'est l'architecture qui soutient cet énorme édifice. Je l'ai comparée à un labyrinthe parce que je l'ai associée spontanément à l'écrivain argentin Jorge Luis Borges (Raoul Ruiz est d'origine chilienne) mais il s'agit davantage d'un récit arborescent de type proustien (Raoul Ruiz a adapté "Le Temps retrouvé") (1999). Raoul RUIZ utilise beaucoup le récit emboîté à la manière des poupées russes et établit des correspondances entre les différentes nappes temporelles de ses récits (d'une tout autre façon que dans "Inception" ^^) (2009). Autre référence à laquelle on pense, "Fanny et Alexandre" (1982). Parce qu'il s'agit d'une oeuvre-fleuve avec une version cinéma (de 3h pour Ingmar BERGMAN et 4h30 pour Raoul RUIZ) et une version télévisée sous forme de mini-série (quatre épisodes chez Ingmar BERGMAN totalisant cinq heures et six épisodes chez Raoul RUIZ totalisant une durée similaire). Et parce qu'un petit théâtre de papier accompagne aussi bien Alexandre que Pedro dans leurs aventures respectives, faisant le pont entre le réel et l'imaginaire en mettant en abyme le monde du spectacle. Dans un tout autre genre, ce théâtre de papier qui lie souvent les séquences entre elles en montrant les personnages sous forme de petites figurines animées de façon sommaire fait penser aux transitions dans les films des Monty Python tout comme certains détails surréalistes (un serviteur qui marche comme les chevaliers de "Monty Python : Sacré Graal !" (1974), les noix de coco en moins).


"Mystères de Lisbonne" dont la construction très rigoureuse fait qu'on ne se perd jamais dans la multiplicité des récits est ainsi ponctué de ces passages récurrents: le théâtre de papier, les serviteurs qui écoutent aux portes (et symbolisent la place du spectateur), le perroquet ironiquement mis sur le même plan que les personnages, le rot et le "passe par le jardin" qui trahit l'identité d'un personnage que l'on reconnaît sous un déguisement qui sinon serait "presque parfait" (ce qui procure au spectateur un plaisir incommensurable), bref la dimension ludique du récit (qui se joue à deux) n'est jamais oubliée sans que cela n'altère le moins du monde l'émotion que seules les grandes oeuvres peuvent procurer.

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