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Articles avec #aventure tag

100 dollars pour un shérif (True Grit)

Publié le par Rosalie210

Henry Hathaway (1969)

100 dollars pour un shérif (True Grit)

Après avoir vu le film grâce à Arte, je trouve décidément l'original 100 fois (!) meilleur que la copie propre, intellectualisée mais sans âme qu'ont réalisé les frères Joel COEN et Ethan COEN. Je sais qu'ils prétendent s'être inspiré du roman et non du film et qu'une partie de la critique les a encensés pour cela entre autre mais je campe sur mes positions car les deux versions se ressemblent trop pour que cela soit simplement dû à leur source commune. J'en veux pour preuve le clin d'oeil du bandeau ou le passage où Mattie Ross sort de la rivière miraculeusement sèche qui devient sans doute une allusion ironique chez les Coen sauf qu'en fait, on accepte les invraisemblances de ce genre si le film sonne juste par ailleurs et est incarné. La différence pour moi se loge en effet dans les détails et entre les lignes, dans la relation qui se construit entre Rooster Cogburn et Mattie Ross avec le personnage de Leboeuf en intermédiaire. Contrairement à la Mattie des Coen réduite à son rôle de vengeresse désincarnée, celle de Henry HATHAWAY n'a pas abdiqué son humanité si bien que derrière sa quête revendiquée de vengeance s'en cache une autre, implicite qui est la recherche d'un père de substitution (ce qui d'ailleurs entraîne un fin bien différente de celle, glaciale, des Coen). Ca tombe bien, Rooster Cogburn a échoué à en construire une et en particulier à créer un lien avec son fils. Il a donc droit à une seconde chance avec un "garçon manqué". On sourit d'autant mieux devant ses accès de jalousie quand Mattie se détourne trop du "coq" (rooster en VO) pour regarder d'un peu trop près "le boeuf" envers qui elle manifeste une tendresse évidente. Là-dessus John WAYNE nous régale avec une composition pleine de saveur en shérif revenu de tout, borgne, bedonnant et porté sur la bouteille et la gâchette. L'Oscar qu'il a reçu était mérité mais il s'agissait surtout de le couronner pour l'ensemble de sa carrière avant qu'il ne soit trop tard. Comme Ennio MORRICONE dans le domaine de la composition musicale couronné seulement en 2016 à 88 ans, il a payé cher son étiquette d'acteur de films de divertissement alors que plusieurs de ses compositions antérieures auraient dues être récompensées, dans le registre dramatique (comme "La Riviere rouge" (1946) ou "La Prisonniere du desert") (1956) ou dans le registre de la comédie ("Rio Bravo") (1959).

Enfin pour l'anecdote, le film fait jouer dans de petits rôles deux acteurs d'avenir dans le nouvel Hollywood, Robert DUVALL et Dennis HOPPER.

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Austin Powers dans Goldmember (Austin Powers In Goldmember)

Publié le par Rosalie210

Jay Roach (2002)

Austin Powers dans Goldmember (Austin Powers In Goldmember)

Le seul volet de la trilogie Austin Powers que je n'avais pas encore vu est à l'image des autres: un délicieux bonbon pop, régressif juste ce qu'il faut, bourré d'énergie, d'idées et de références judicieusement placées. Cette parodie des films d'espionnage biberonnée au swinging London et animée de l'esprit potache du Saturday Night Live d'où est issu Mike MYERS est plus réjouissante que jamais, frisant souvent le mauvais goût mais parvenant à l'éviter la plupart du temps grâce à sa tonalité bon enfant. Le titre se passe de commentaire, d'autant que même l'original "Goldfinger" (1964) avait déjà donné lieu à des détournements douteux. L'ouverture est un pastiche de "Mission : Impossible 2" (2000) renommé "Austinpussy" (allusion à "Octopussy") (1983)" avec l'apparition clin d'oeil de Tom CRUISE déguisé en Austin Powers, les autres personnages étant incarnés par Gwyneth PALTROW, Kevin SPACEY et Danny DeVITO, le tout sous la houlette de Steven SPIELBERG et Quincy JONES (il n'y a pas à dire, Mike MYERS fait fort en terme de casting). Quant à l'anti-James Bond des années 60, alias Harry Palmer alias Michael CAINE, il devient rien de moins que le père de Austin Powers ce qui rend explicite le fait que Mike MYERS s'est inspiré de lui pour créer son personnage. Autre très bonne idée, rendre hommage à la blaxploitation au travers du personnage joué par Beyonce KNOWLES qui ressemble furieusement à Pam GRIER. Alors il est vrai que le film ressemble plus à une suite de sketches qu'à un vrai film mais c'était après tout également le cas des Monty Python à qui Mike MYERS rend un hommage appuyé. Et plusieurs scènes sont vraiment très drôles comme celle du cameo de Britney SPEARS (qui devient "canon" au sens propre!), du clip de rap, du sous-marin ou celles qui jouent sur les illusions d'optique (il y en a deux fois plus que dans l'opus précédent). Tout n'est cependant pas aussi drôle, à commencer par Goldmember lui-même (joué également par Mike MYERS) qui exploite maladroitement le concept de "bijoux de famille" que l'on retrouve jusque dans "Pulp Fiction" (1994). Et si le répugnant personnage de Gras-Double (autre personnage joué par Mike MYERS) en fait déjà trop (pour moi), cela aurait pu être pire. Heureusement que Beyonce KNOWLES a mis des limites à l'imagination débordante du réalisateur. Il n'en reste pas moins que cet opus est un festival dont on sort le sourire aux lèvres.

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Les Mystères de Paris

Publié le par Rosalie210

André Hunebelle (1962)

Les Mystères de Paris

Ca fait un bail que je n'avais pas vu de film de Andre HUNEBELLE, le spécialiste des films de divertissement des années cinquante et soixante dans des genres variés: espionnage, comédie policière, cape et d'épée ou ici, mélodrame historique XIX° adapté du roman de Eugène Sue mâtiné d'une ambiance western importée des USA (la chanson dans le saloon ou plutôt la taverne, le dégainage des flingues à tout bout de champ, la scène de pendaison collective etc.) Jean MARAIS, acteur fétiche du réalisateur alors au sommet de sa gloire endosse le rôle de Rodolphe, cet aristocrate au grand coeur et à la force herculéenne qui se fait passer pour un ouvrier dans le Paris des bas-fonds pour réparer un malheur dont il est responsable. Tel Robin des bois, notre super-héros redresseur de torts envoie des torgnoles aux méchants exploiteurs du prolétariat et déjoue tous les pièges avant d'affronter le fourbissime baron de Lansignac (Raymond PELLEGRIN), le tout épaulé par une galerie de seconds rôles savoureux: Pierre MONDY, Jean LE POULAIN, Noel ROQUEVERT etc. Bref, un spectacle plaisant à défaut d'être transcendant.

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Le Comte de Monte-Cristo

Publié le par Rosalie210

Denys de la Patellière (1979)

Le Comte de Monte-Cristo

"Le Comte de Monte-Cristo" a été très souvent adapté depuis les origines du cinéma. Hélas, peu de ces adaptations sont des réussites. Même si je trouve la version muette de Henri FESCOURT satisfaisante, elle n'échappe pas au défaut récurrent des adaptations du roman de Alexandre Dumas: celui des coupes sombres dans l'intrigue. De ce point de vue, la mini-série de Denys de LA PATELLIERE réalisée à la fin des années 70 s'avère être le format idéal. L'ampleur de l'oeuvre d'origine se prête beaucoup mieux à six épisodes de 1h (remontés par la suite en 4 épisodes de 1h30) qu'en deux parties de 2h. On appelait encore ce type d'oeuvre audiovisuelle "feuilleton" en référence à la publication des romans du XIX° siècle en épisodes dans les journaux, ce qui avait été le cas de "Le Comte de Monte-Cristo". Elle restitue donc le roman dans sa quasi-intégralité et avec beaucoup de fidélité, même si de nombreux dialogues sont écourtés et que quelques personnages sont expédiés trop rapidement comme la très androgyne Eugénie Danglars et sa relation avec Louise d'Armilly. Mais développer ces questions était sans doute prématuré en 1979 sur une chaîne de télévision à une heure de grande écoute. Ceci étant, je fais la fine bouche étant donné que dans la plupart des adaptations françaises du roman, les Danglars n'existent pas du tout.

L'autre aspect qui fait de cette adaptation un incontournable pour les fans du roman de Dumas, c'est son aspect sépulcral. Plusieurs adaptations traitent le roman de Dumas avec légèreté sous prétexte qu'il s'agit d'une oeuvre populaire, certaines le tirant même vers le film de cape et d'épée ce qui est un contresens. La version de Denys de LA PATELLIERE est au contraire très sombre. Jacques WEBER prend son personnage au sérieux et réussit une composition très proche de celle qu'avait imaginé Alexandre Dumas. Son personnage est au sens propre un revenant qui semble avoir laissé à jamais une partie de lui-même au château d'If. Son visage émacié à la pâleur spectrale annonce la mort partout où il passe. Et ce même s'il parvient à la perfection à se mouler dans le jeu social de la restauration monarchique, empruntant diverses identités (que cette version restitue toutes: le Comte de Monte-Cristo, l'abbé Busoni, Lord Wilmore et Sinbad le marin, chacun d'eux parodiant les statuts sociaux que ses bourreaux parvenus se sont attribués). Comme tous les grands traumatisés, son Edmond Dantès dissimule sous l'impassibilité totale de son personnage de vengeur impitoyable une souffrance déchirante. Si comme dans les autres versions, on assiste à la déchéance de ses bourreaux qui se sont élevés au mieux malhonnêtement, au pire criminellement, l'ampleur de l'adaptation montre également les rouages de l'oppression sociale au sein de la famille bourgeoise, comparée à une prison ou un tombeau, notamment pour les filles réduites au rôle de marchandises vendues au plus offrant par le patriarcat tout-puissant quand elles ne sont pas éliminées pour de sordides questions d'héritage. C'est aussi cet ordre des choses que le Comte de Monte-Cristo remet en cause. Enfin cette vision sombre se maintient jusqu'au bout. Les actes du Comte, inspirés par une vision manichéenne du monde finissent par se retourner contre lui, menaçant d'engloutir le peu d'humanité qui lui reste.

En dépit de son âge et de défauts propres aux réalisations pour la télévision (une photographie pauvre et qui a mal vieilli) ainsi que quelques interprétations insignifiantes, cette version, illuminée par la musique de Nino Rota reste l'une des meilleures et ce n'est pas un hasard si le fils de Denys de LA PATELLIERE, Alexandre de la PATELLIERE prépare à son tour une nouvelle version du roman avec Pierre NINEY dans le rôle principal.

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Le Comte de Monte-Cristo: 1ere époque - la trahison

Publié le par Rosalie210

Robert Vernay (1953)

Le Comte de Monte-Cristo: 1ere époque - la trahison

 

La première adaptation en couleurs du roman de Alexandre Dumas "Le Comte de Monte-Cristo" est de nouveau visible après une restauration qui a permis de lui rendre son éclat, même si elle n'est pas parfaite. Pour information, Robert VERNAY avait déjà réalisé une adaptation du roman dix ans auparavant mais en noir et blanc avec Pierre RICHARD WILLM dans le rôle-titre. Dans la version en couleurs, c'est Jean MARAIS qui interprète Edmond Dantès. Les deux versions possèdent la même structure de deux parties de 1h30 chacune.

La version Vernay-Marais est agréable à suivre. Bien écrite, elle ne manque pas de spiritualité dans sa première partie. Les changements politiques sont racontés avec une certaine ironie, soulignée dans les dialogues par les réparties de Villefort mettant en lumière ses retournements de veste. Ses fiançailles donnent également lieu à une description très juste de ses futurs beaux-parents, le marquis et la marquise de Saint-Méran qui incarnent la nostalgie de l'Ancien Régime. Hélas, le réalisateur ne se sert pas ensuite de cette idée pour montrer comment ceux-ci et le monde révolu qu'ils incarnent sont anéantis dans la deuxième partie. D'autre part, comme dans la version de Henri FESCOURT que j'aime beaucoup, l'aspect théâtre social de l'intrigue est bien restituée. Un parallèle est ainsi établi entre la déchéance de Morcerf à la chambre des pairs et celle de Villefort lors du procès de Andrea Cavalcanti. De même, les retrouvailles entre Dantès et Mercédès ont lieu lors d'un bal masqué. Et comme dans le roman la bonne fortune ne sourit guère à Caderousse, le raté de l'histoire, un esprit faible qui prend systématiquement les mauvaises décisions.

Néanmoins cette adaptation possède également d'importants défauts. Comme la plupart d'entre elles, elle simplifie trop le roman au point de faire passer à la trappe le personnage de Danglars qui est pourtant non seulement le cerveau du complot contre Edmond Dantès mais l'arriviste du monde de la finance qui complète celui de la magistrature qu'incarne Villefort et celui de l'armée qu'incarne Morcerf durant la période de la Restauration et de la monarchie de Juillet propice aux anoblis et aux enrichis peu regardants sur les moyens de leur ascension sociale. Autre gros problème, le personnage de Dantès est dénaturé. Il n'a plus rien de tourmenté, ni de mystérieux. Il semble identique du début à la fin, alors que Edmond Dantès est décrit au départ comme un jeune homme simple et naïf que les épreuves transforment en vengeur manipulateur et mégalomane. Ce manque de profondeur est particulièrement flagrant dans sa relation avec Mercédès. Ils se retrouvent comme s'ils s'étaient quittés deux heures auparavant, Monte-Cristo tentant de convaincre Mercédès de s'enfuir avec lui comme si elle n'était pas mariée et n'avait pas de fils, comme si elle le fait qu'elle ne l'avait pas attendu n'avait aucune importance. Ce qui rend le passage où il se prépare au duel avec Albert incompréhensible. Mais ce n'est qu'une incohérence parmi d'autres dans cette adaptation sympathique mais bien trop légère.

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Le Comte de Monte-Cristo: 2ème époque - la vengeance

Publié le par Rosalie210

Robert Vernay (1954)

Le Comte de Monte-Cristo: 2ème époque - la vengeance

 

La première adaptation en couleurs du roman de Alexandre Dumas "Le Comte de Monte-Cristo" est de nouveau visible après une restauration qui a permis de lui rendre son éclat, même si elle n'est pas parfaite. Pour information, Robert VERNAY avait déjà réalisé une adaptation du roman dix ans auparavant mais en noir et blanc avec Pierre RICHARD WILLM dans le rôle-titre. Dans la version en couleurs, c'est Jean MARAIS qui interprète Edmond Dantès. Les deux versions possèdent la même structure de deux parties de 1h30 chacune.

La version Vernay-Marais est agréable à suivre. Bien écrite, elle ne manque pas de spiritualité dans sa première partie. Les changements politiques sont racontés avec une certaine ironie, soulignée dans les dialogues par les réparties de Villefort mettant en lumière ses retournements de veste. Ses fiançailles donnent également lieu à une description très juste de ses futurs beaux-parents, le marquis et la marquise de Saint-Méran qui incarnent la nostalgie de l'Ancien Régime. Hélas, le réalisateur ne se sert pas ensuite de cette idée pour montrer comment ceux-ci et le monde révolu qu'ils incarnent sont anéantis dans la deuxième partie. D'autre part, comme dans la version de Henri FESCOURT que j'aime beaucoup, l'aspect théâtre social de l'intrigue est bien restituée. Un parallèle est ainsi établi entre la déchéance de Morcerf à la chambre des pairs et celle de Villefort lors du procès de Andrea Cavalcanti. De même, les retrouvailles entre Dantès et Mercédès ont lieu lors d'un bal masqué. Et comme dans le roman la bonne fortune ne sourit guère à Caderousse, le raté de l'histoire, un esprit faible qui prend systématiquement les mauvaises décisions.

Néanmoins cette adaptation possède également d'importants défauts. Comme la plupart d'entre elles, elle simplifie trop le roman au point de faire passer à la trappe le personnage de Danglars qui est pourtant non seulement le cerveau du complot contre Edmond Dantès mais l'arriviste du monde de la finance qui complète celui de la magistrature qu'incarne Villefort et celui de l'armée qu'incarne Morcerf durant la période de la Restauration et de la monarchie de Juillet propice aux anoblis et aux enrichis peu regardants sur les moyens de leur ascension sociale. Autre gros problème, le personnage de Dantès est dénaturé. Il n'a plus rien de tourmenté, ni de mystérieux. Il semble identique du début à la fin, alors que Edmond Dantès est décrit au départ comme un jeune homme simple et naïf que les épreuves transforment en vengeur manipulateur et mégalomane. Ce manque de profondeur est particulièrement flagrant dans sa relation avec Mercédès. Ils se retrouvent comme s'ils s'étaient quittés deux heures auparavant, Monte-Cristo tentant de convaincre Mercédès de s'enfuir avec lui comme si elle n'était pas mariée et n'avait pas de fils, comme si elle le fait qu'elle ne l'avait pas attendu n'avait aucune importance. Ce qui rend le passage où il se prépare au duel avec Albert incompréhensible. Mais ce n'est qu'une incohérence parmi d'autres dans cette adaptation sympathique mais bien trop légère.

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Les Trois Mousquetaires- Milady

Publié le par Rosalie210

Martin Bourboulon (2023)

Les Trois Mousquetaires- Milady

J'ai pris tout mon temps pour voir la suite des aventures de d'Artagnan par Martin BOURBOULON, anticipant le fait que la suite n'allait pas confirmer les promesses du premier volet. Je ne me suis pas trompée. Faire une suite qui fonctionne, ça ne s'improvise pas. Or c'est exactement l'impression que m'a donnée cette brouillonne et anémique deuxième partie. Exit la mise en scène combinant plusieurs arcs narratifs qui donnait du relief à la première partie. Exit également la qualité d'écriture. On se retrouve avec une intrigue pauvre et décousue qui finit par se résumer à une enfilade de scènes de bravoure: le siège de la Rochelle (transposé à Saint-Malo), le combat d'Artagnan/Milady dans les flammes etc. Tout cela est mené avec une facilité si déconcertante qu'elle enlève tout suspens: on s'infiltre dans la citadelle comme dans du beurre, d'Artagnan braque Richelieu puis s'en va comme si de rien n'était (ils sont passés où les gardes du cardinal?), il suffit à Milady de changer de vêtements pour quitter sa prison sans être inquiétée et à l'inverse, D'Artagnan et ses amis y entrent armés jusqu'aux dents comme dans un moulin (les gardes de Buckingham ne sont pas plus réactifs que ceux de Richelieu). Ce n'est pas le fait d'être invraisemblable qui est problématique mais la désinvolture avec laquelle toutes ces séquences, visiblement bâclées tant au niveau de la dramaturgie que de la chorégraphie sont traitées. Cela va de pair avec l'autre gros problème du film, la dénaturation des personnages créés par Alexandre Dumas. D'Artagnan qui court après Constance durant tout le film et s'offusque presque des avances de Milady (un comble par rapport au roman où c'est lui qui abuse d'elle par la ruse) est inintéressant, Portos et Aramis font de la figuration. Mais les deux personnages les plus transformés sont Athos et Milady. Contrairement à ce qui est annoncé dans le titre, l'intrigue ne repose pas sur Milady et pour cause. Celle-ci s'est tellement ramollie que le scénario revu et corrigé lui épargne de faire couler le sang. Au lieu de trucider Constance, elle la prend dans ses bras. Et comme si cela ne suffisait pas, elle devient même une mère. Mais où est donc passé le monstre assoiffé de vengeance de Dumas? Quant à Athos, il semble regretter ses agissements envers Milady ce qui est impensable chez un grand seigneur dont la ligne de conduite est dictée par le code d'honneur propre à son rang qui lui sert à rendre une justice expéditive. Le fait de leur inventer un fils n'explique pas à lui seul le ramollissement de Milady, après tout, l'enfant n'arrêtait nullement la vengeance de "La Mariée" dans "Kill Bill : Volume 2" (2004). On ne sait pas trop où ce scénario revu et corrigé pour le pire veut nous emmener, sinon vers une nouvelle suite totalement déconnectée des romans de Dumas. Pas sûre d'avoir envie de suivre cette voie-là. Je n'aime guère quand il y a tromperie sur la marchandise, encore moins quand après avoir soigné la première partie, on torche à ce point le travail. Ni Alexandre Dumas, ni les spectateurs ne méritent cela.

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Le Chat du Rabbin

Publié le par Rosalie210

Joann Sfar, Antoine Delesvaux (2010)

Le Chat du Rabbin

Vraiment très sympa, "Le Chat du rabbin". En dépit d'un scénario décousu qui a tendance à survoler nombre de personnages avant de se terminer en queue de poisson, la faute sans doute à la volonté de synthétiser les albums BD en 1h30, le charme opère. Cette fable philosophique qui se déroule dans l'Afrique coloniale de l'entre-deux-guerres évoque la coexistence religieuse des juifs et des musulmans, certains ouverts et tolérants et d'autres, beaucoup moins. Le rabbin et le cheik font partie des seconds et se lancent à l'aventure en quête d'une nouvelle Jérusalem en Ethiopie avec un attelage aussi hétéroclite qu'eux. Leur périple est l'occasion d'envoyer des piques bien senties sur l'interprétation des textes religieux. Le statut des images fait par exemple l'objet d'un passage bien ironique dans lequel le chef d'une tribu de musulmans fondamentalistes ne voit aucun inconvénient à se faire tirer le portrait tant que cela flatte son ego. Ses justifications alambiquées montrent que les dogmes sont à géométrie variable: ainsi dans sa bouche la peinture n'est plus de l'idolâtrie contrairement à la sculpture. Même traitement ironique du colonialisme à travers l'hilarant passage où nos amis rencontrent Tintin au Congo flanqué d'un accent belge à couper au couteau (c'est Francois DAMIENS qui le double) et qui les prend de haut. Comme dans toutes les fables il y a des animaux, ici un âne, un perroquet et surtout un chat qui parle et ne croit en rien. Les questions gênantes qu'il pose à son maître remettent en question les croyances religieuses alors que le racisme pseudo-scientifique se prend un gros coup de poing dans la figure et que la violence des pogroms est mise à distance par l'effet cartoon. Seule l'étrange séquence du cauchemar du chat où il voit la fille de son maître mourir et celui-ci sombrer vient véritablement rompre l'atmosphère plutôt bon enfant de l'ensemble mais elle ne trouve pas d'explication ultérieure dans le film, laissant le spectateur qui n'a pas lu les BD à ses conjectures.

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Le Ciel est à vous

Publié le par Rosalie210

Jean Grémillon (1943

Le Ciel est à vous

Dans le monde tel qu'il nous a été transmis par la culture populaire, "c'est pas l'homme qui prend la mer, c'est la mer qui prend l'homme" pendant que sa femme l'attend patiemment et passivement à terre, tenaillée par l'angoisse qu'il ne revienne jamais. Et l'air est un équivalent de la mer lors des premières décennies de l'aviation où les disparus en vol côtoient les disparus en mer à l'image de Antoine de Saint-Exupéry. Pourtant, la conquête de l'air se conjugue également au féminin et des noms d'aviatrices (tous cités dans "Le ciel est à vous") commencent à devenir célèbres aux côtés de ceux de Lindbergh ou Mermoz comme Adrienne Bolland, Hélène Boucher ou Maryse Bastié. Mais c'est une femme "ordinaire" que dépeint "Le ciel est à vous", l'épouse d'un garagiste tout ce qu'il y a de plus traditionnelle voire obtuse comme le montre son obstination à brimer le talent artistique de sa fille ou à chercher querelle à son mari, ex-mécanicien de Georges Guynemer durant la grande guerre lorsqu'il reprend goût aux baptêmes de l'air. Du moins jusqu'à ce qu'elle découvre qu'elle partage la passion de son mari. Et ce dernier s'efface pour lui laisser le champ libre car c'est elle qui a le plus de potentiel. Tous deux se heurtent alors aux préjugés de la société: les subsides leur sont coupés lorsque le fondateur de l'aéroclub décède sous prétexte que la place des femmes est au foyer. Mais le moment le plus puissant du film a lieu lorsque l'on croit Thérèse disparue en vol et que Pierre Gauthier se retrouve dans la peau de la femme du marin. Il ne peut même pas vivre son chagrin parce qu'il se retrouve brutalement poussé devant le tribunal de la petite société de province où il vit et qui le juge défaillant dans son rôle social. A l'image de Spencer TRACY dans "Furie" (1936) à qui Charles VANEL fait penser, on craint alors un lynchage imminent. C'est dans ces rares et trop précieux moments que l'on comprend le poids de l'aliénation patriarcale non seulement pour les femmes mais aussi pour les hommes. "Le ciel est à vous" réalisé pendant l'occupation par Jean GREMILLON est un vibrant plaidoyer pour la liberté d'être soi-même en échappant aux rôles genrés particulièrement défendus par le régime de Vichy. C'est aussi une bouffée d'air dans un cinéma français verrouillé par les représentations stéréotypées et irréelles du masculin et du féminin. Charles VANEL et Madeleine RENAUD qui n'avaient pas le profil de ces rôles fantasmatiques pétris de misogynie dans lesquels on enfermait les hommes et les femmes et peuvent y exprimer leur singularité. Leurs personnages -un couple qui s'aime et dans lequel chacun est le partenaire de l'autre - sont tout autant atypiques. Si le film préserve les apparences familiales et provinciales au point que Vichy y vit une célébration de ses valeurs, il s'avère en réalité avant-gardiste: les aviatrices de l'entre deux guerres militaient pour obtenir le droit de vote et c'est en 1944, l'année de la sortie du film que Charles de Gaulle le leur octroya pour les récompenser de leur engagement au sein de la Résistance dont elles formaient jusqu'à un tiers des effectifs.

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La Chaîne (The Defiant Ones)

Publié le par Rosalie210

Stanley Kramer (1958)

La Chaîne (The Defiant Ones)

Stanley KRAMER a réalisé "La Chaîne" dix ans avant le célèbre "Devine qui vient diner ?" (1967). Chacun de ces films a joué un rôle pionnier dans la représentation des noirs au sein du cinéma hollywoodien, à l'image de sa première star, Sidney POITIER. Si "Devine qui vient dîner?" montrait le premier baiser interracial, "La Chaîne" a été le premier film où Sidney POITIER a décroché le rôle principal, son nom étant affiché sur un pied d'égalité avec son partenaire, Tony CURTIS. Quant au fait qu'un blanc soit enchaîné à un noir dans le sud rural ségrégationniste comme ce n'était guère réaliste, le scénario le justifie par "le sens de l'humour très particulier" du directeur de la prison. Un moyen de désamorcer l'aspect subversif de la situation lorsque les deux détenus s'évadent.

"La Chaîne" est autant un film de cavale qu'un récit de survie, une odyssée initiatique et un buddy movie. Tony CURTIS n'était peut-être pas l'acteur le plus crédible dans le rôle d'un ancien bagnard mais il était en revanche doué pour traverser les barrières en duo (de race ou de genre dans "Certains l'aiment chaud") (1959) Quant à Sidney POITIER il s'avère impérial comme d'habitude. Leur fuite est prenante grâce à une mise en scène dépouillée mettant l'accent sur l'instinct de survie, un montage dynamique, l'absence d'effets superflus. Les deux fuyards vont d'épreuve en épreuve tout en étant traqués par les forces de l'ordre et en devant apprendre à se supporter puis à se connaître, leur enchaînement réciproque devenant au fur et à mesure que le film avance de plus en plus symbolique. L'humanité qui finit par circuler entre les deux hommes contraste violemment avec les bas instincts de leurs poursuivants que le shérif a bien du mal à contenir ou encore des lyncheurs du village, symptôme de la bestialité de l'Amérique profonde. Mais le personnage le plus étonnant est celui de la fermière qui les héberge, trop accueillante pour être honnête.

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