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Articles avec #horreur tag

Frenzy

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1972)

Frenzy

"Frenzy", avant-dernier film de l'un des plus grands cinéastes de l'histoire peut être considéré comme son film-testament. En effet il constitue la quintessence de son cinéma. On peut y humer un parfum d'Angleterre, terre de ses origines d'où est issue près de la moitié de sa filmographie. Le film aurait pu s'appeler "le ventre de Londres" (en référence au "Ventre de Paris" de Emile Zola) parce qu'il se déroule au coeur d'un marché de fruits et légumes dont Alfred HITCHCOCK capte les pulsations mais aussi parce qu'il met beaucoup les tripes en avant. Dans une sorte de running gag, l'épouse de l'inspecteur de police lui cuisine des plats plus organiques les uns que les autres: des tripes bien évidemment mais aussi des pieds de porc, des canetons ou encore une soupe de poisson avec des morceaux entiers dedans. Une nourriture faite de cadavres (entiers ou morcelés) qui sert de métaphore aux crimes en série commis par celui qui dans l'imaginaire collectif des londoniens fait figure de nouveau Jack l'Eventreur. Alfred HITCHCOCK peut ainsi établir une nouvelle variante de ses thèmes fétiches dont font partie la psychopathologie sexuelle et le faux coupable. La nouveauté par rapport à ses classiques des années cinquante et soixante tient encore une fois à la crudité organique des images. Alors que les crimes avaient lieu dans ses précédents films hors-champ ou bien étaient plus ou moins édulcorés par divers procédés cinématographiques destinés à déjouer le code Hays quand il était en vigueur, dans "Frenzy", Alfred HITCHCOCK peut tout montrer. Les cadavres des victimes du tueur, dénudées ressemblent à des morceaux de viande froide et à la manière de Michael POWELL dans "Le Voyeur" (1960), l'agonie est montrée en très gros plans avec tous les détails (yeux révulsés, langue sortant de la bouche etc.)*. Le tueur lui-même lorsqu'il est en action fait penser à un porc suant et haletant. Pour en rajouter une couche, l'un des morceaux de bravoure du film se déroule dans un camion transportant des patates au milieu desquelles le tueur a dissimulé un corps qu'il est obligé d'exhumer avant de lui briser les doigts rigidifiés pour en extirper un objet compromettant. Des détails très concrets qui marquent l'esprit. Cependant Alfred HITCHCOCK n'abuse pas du procédé et alterne scènes/plans frontaux (le premier meurtre) et art de la suggestion par le hors-champ (le deuxième meurtre). Cela suffit amplement à compenser une distribution moins flamboyante qu'à l'époque de son âge d'or avec des prestations inégales (Jon FINCH est très moyen, l'assassinat des femmes de son entourage n'ayant pas l'air de l'affecter plus que ça) ainsi qu'une intrigue assez prévisible.

* Il reprend également la même actrice, Anna MASSEY.

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Boulevard de la mort (Grindhouse: Death Proof)

Publié le par Rosalie210

Quentin Tarantino (2007)

Boulevard de la mort (Grindhouse: Death Proof)

"Boulevard de la mort" était un film de Quentin TARANTINO que je n'avais pas encore vu. Il s'agit clairement d'un hommage au cinéma des seventies de série B, tant sur le fond que sur la forme. Sur la forme, le travail effectué est impressionnant tant sur la pellicule (son grain, ses rayures etc.) que sur la bande-son toujours au top ou encore sur l'emballage du film présenté comme la première partie d'un diptyque nommé Grindhouse* d'après le nom des cinémas d'exploitation qui proposaient deux films pour le prix d'un seul ticket. Sur le fond, le film est un hybride de genres et de sous-genres de l'époque liés à ce cinéma bis cheap mais explorant les tabous de la société. Ainsi structure et thématique font penser à un "rape and revenge". Deux parties de longueur quasi identique se répondent: une première partie dans laquelle quatre filles se font littéralement "défoncer" par un tueur psychopathe cascadeur (Kurt RUSSELL qui trouve ainsi comme d'autres avant lui un second souffle après ses rôles pour John CARPENTER) et une deuxième dans laquelle quatre autres filles prises à leur tour en chasse par le même tueur (dont deux cascadeuses) vont se venger à la manière de l'arroseur arrosé (mais en bien plus spectaculaire). Le film d'action se taille logiquement la part du lion avec un hommage appuyé à "Vanishing Point" (1971) abondamment cité dans la deuxième partie avec dans le rôle de la star une Dodge Challenger Blanche identique à celle du film de Richard C. SARAFIAN. On connaît le fétichisme de Quentin TARANTINO pour les voitures mais il y en a un autre qui est encore plus envahissant que dans ses autres films: celui des pieds de jeunes et jolies filles en gros plan (dès le générique!). Il faut dire que "Boulevard de la mort" aurait pu s'appeler "Prendre son pied en voiture" car c'est en effet infiniment plus jouissif que le sinistre "Crash" (1996) alors qu'il traite fondamentalement du même sujet (sauf qu'on a des bimbos en lieu et place des BCBG et que question course-poursuite et cascades, ça déchire, surtout en deuxième partie!). Néanmoins il y a quelques longueurs car le film est très bavard et les sujets de conversation des filles, inintéressants et répétitifs (filles interchangeables en dépit de quelques noms qui claquent à la façon du gang de "Kill Bill" comme Jungle Julia). C'est nettement moins drôle et marquant que "Like a Virgin" dans "Reservoir Dogs" (1992) ou "Le Big mac et le foot massage" de "Pulp Fiction" (1994) même si c'est filmé de la même manière.

* La deuxième partie "Planète Terreur" (2007) a été réalisée par Robert RODRIGUEZ.

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Un Couteau dans le Coeur

Publié le par Rosalie210

Yann Gonzalez (2018)

Un Couteau dans le Coeur

Pure coïncidence: le jour même où je découvre enfin "Le Voyeur" (1960) de Michael POWELL, Arte propose en replay sur son site de streaming "Un couteau dans le coeur". Quel est le rapport? "Le Voyeur" (1960) est non seulement l'un des films matriciels du slasher (sous-genre du film d'horreur plutôt anglo-saxon dont s'est inspiré par exemple Brian DE PALMA pour certains de ses films) mais également du giallo, cousin italien du slasher mêlant horreur, polar et érotisme et dont les deux maîtres sont Dario ARGENTO et Mario BAVA. Tous deux sont d'ailleurs passés du statut de réalisateurs de cinéma de genre bis/exploitation/underground à la reconnaissance du statut d'auteur-créateur avec à la clé une consécration cinéphilique au plus haut niveau (exactement comme pour le slasher d'ailleurs, par exemple, j'ai découvert le cinéma de John CARPENTER en regardant des épisodes de Blow-up sur Arte et celui-ci est régulièrement cité aujourd'hui comme une référence ce qui n'était pas le cas à ses débuts). Les deux ex(?) sous-genres ne sont d'ailleurs pas étanches, Brian DE PALMA et Dario ARGENTO se disputant par exemple la paternité de certaines de leurs idées de mise en scène.

Ce préambule est nécessaire pour comprendre que "Un couteau dans le coeur" ne sort pas de nulle part mais est un hommage du réalisateur, Yann GONZALEZ au giallo tout comme Julia DUCOURNAU dans "Titane" (2020) rend un hommage appuyé au slasher. Et il est salutaire que le festival de Cannes soutienne les films de genre français, sous-développés par rapport à leurs homologues américains et italiens afin de sortir de la dualité drame social ou sentimental auteuriste/comédie commerciale dans lequel a tendance à s'enfermer le cinéma français (heureusement il y a de nombreuses exceptions!)

Néanmoins "Un couteau dans le coeur" est un film avant tout maniériste ("à la manière de") autrement dit un exercice de style qui a bien du mal à exister par lui-même. Il y a de bonnes idées de mise en scène (le film est "tenu" de ses premières à ses dernières images et ne manque pas de créativité), des éclairages particulièrement soignés avec une dichotomie ville nocturne glauque/forêt lumineuse et magique habilement exploitée. De plus chacun de ces univers est incarné par une actrice du même âge ayant eu des débuts au cinéma assez comparables: Vanessa PARADIS et Romane BOHRINGER (dont on apprécie la rencontre). En revanche le film pèche au moins sur deux points: sa direction d'acteur très approximative et des dialogues souvent affligeants. Résultat: les scènes de tournage des films porno gay ne sont pas assez déjantées en dépit d'un excellent Nicolas MAURY, les scènes de meurtre, pas assez effrayantes et les scènes New Age et sentimentales sombrent dans un ridicule achevé d'autant que certaines idées semblent à moitié assumées: quitte à parler de forêt enchantée et de métamorphose, autant aller jusqu'au bout! En bref, "Un couteau dans le coeur" si l'on en accepte les codes est un film qui ne manque pas d'intérêt mais qui reste clairement inabouti.

 

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Le Voyeur (Peeping Tom)

Publié le par Rosalie210

Michael Powell (1960)

Le Voyeur (Peeping Tom)

J'avais beaucoup, beaucoup entendu parler de ce film et pourtant je ne l'avais jamais vu. C'est maintenant chose faite et j'ai tout de suite pensé après l'avoir vu que, bien qu'étant contemporain de "Psychose" (1960), il était le chaînon manquant entre le cinéma de Alfred HITCHCOCK et celui de Brian DE PALMA pour qui il est d'ailleurs une référence (tout comme pour d'autres réalisateurs de cette génération, Martin SCORSESE par exemple qui est un grand admirateur du cinéma de Michael POWELL). Alfred HITCHCOCK est un grand réalisateur de la pulsion scopique qui est un des ressorts majeurs du cinéma (en ce sens beaucoup de ses films sont aussi des méta-films comme "Fenêtre sur cour") (1954) et l'oeil en gros plan qui ouvre "Le Voyeur" fait aussitôt penser à celui de "Vertigo" (1958). Cependant, "Le Voyeur" préfigure non seulement le cinéma de Brian DE PALMA par son côté trash exacerbé par l'utilisation de la caméra subjective* mais aussi les oeuvres les plus tardives de ce même Alfred HITCHCOCK comme "Frenzy" (1972) dans lequel les meurtres de femmes sont filmés crûment et où l'on retrouve la même actrice, Anna MASSEY. Pourtant rien ne laissait prévoir que Michael POWELL, réalisateur de films raffinés avec son compère Emeric PRESSBURGER allait se lancer sur le terrain des futurs "slashers" et autres "snuff movies". Ni que l'époux de Romy SCHNEIDER dans la série des Sissi, Carl BOEHM allait tenir le rôle du tueur à la caméra (rôle que l'on aurait bien vu interprété par Dirk BOGARDE mais celui-ci avait décliné l'offre). Ceci étant, Carl BOEHM est parfait car après tout il joue le rôle d'un fils à papa (lequel lorsqu'il apparaît dans les images d'enfance de Mark est joué par Michael POWELL, la mise en abyme tourne à plein régime) avec une apparence de gendre idéal, sauf qu'à la différence des Sissi il est mentalement dérangé, ayant été lui-même objet du voyeurisme malsain de son père. On pourrait parler de dédoublement de personnalité, tout comme son appartement et le film lui-même. Il y a un côté "Blue Velvet" (1985) dans "Le Voyeur". D'un côté le tournage d'un film de studio tout ce qu'il y a de plus classique, un salon cosy, un jeune homme de bonne famille avec un certain standing social. De l'autre, le laboratoire caché, sombre, saturé de couleurs violentes dans laquelle ce même jeune homme développe et projette les images interdites qu'il a filmées sur son propre appareil, celles que l'inconscient censure et qui l'obsèdent: le sexe et la violence*. Ce dédoublement n'est pas seulement une réflexion sur le cinéma, il est tout autant une peinture sociologique sur l'hypocrisie du puritanisme british. Ainsi la boutique dans laquelle Mark fait des extras en photographiant des filles dénudées se présente comme un magasin de journaux et les clients repartent avec le vrai objet de leur désir emballé dans une enveloppe où est ironiquement écrit qu'il s'agit de "livres éducatifs". Pas étonnant qu'à sa sortie, le film ait été rejeté: il était trop avant-gardiste, trop dérangeant... et totalement "visionnaire".

* L'ouverture de "Blow Out" (1981) ressemble à celle du film de Michael POWELL sauf qu'on ne voit pas la mire de l'appareil qui filme à l'intérieur des douches une scène avatar de "Psychose" (1960).

* La caméra au pied transformé en arme meurtrière étant un évident substitut phallique.

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Grave

Publié le par Rosalie210

Julia Ducournau (2016)

Grave

Une bleue qui découvre le goût du sang et les plaisirs de la chair, voilà le programme du premier étonnant film de Julia Ducournau, qui comme son successeur, "Titane", primé à Cannes "libère les monstres" comme on lâcherait les chiens et interroge la notion de mutation corporelle mais aussi l'organicité (ou non) des liens du sang. En s'inscrivant dans le genre du film initiatique pour adolescents tendance gore (donc interdit aux moins de 16 ans, il ne faut pas craindre les scènes de boucherie et le sang qui coule à flots) "Grave" est cependant mieux structuré que "Titane" qui est plus expérimental. Mais non moins percutant, Julia Ducournau ayant de sacré bonnes idées et une maîtrise assez impressionnante de la mise en scène. Il fallait oser montrer de façon aussi frontale (et littérale!) l'animalité de l'être humain et le caractère dévorant des relations intra-familiales. La famille de Justine tente ainsi de contrôler sa bestialité en étant végétarienne. Mais de façon parfaitement contradictoire, tout le monde y est vétérinaire (pour apprivoiser cette part animale?). Justine (Garance Marillier qui joue aussi dans "Titane"), la fille cadette qui entame ses études découvre donc sa vraie nature, celle de sa famille et par extension, celle de l'homme au travers d'un bizutage musclé plus vrai que nature (sans doute l'une des meilleures représentation du corps médical dans le cinéma français avec "Hippocrate"). Nourriture et sexualité étant liées, elle découvre son féroce appétit pour la viande, et surtout la viande humaine en même temps que son désir pour son colocataire homosexuel, Adrien (Rabah Naït Ouffela) dont les muscles appétissants lui provoquent des saignements de nez (je crois que c'est la première fois que je vois cette manifestation de l'excitation sexuelle dans le cinéma hexagonal alors que les mangas et anime japonais dont je me suis abreuvée à l'adolescence et dans les années qui ont suivi en regorgent!) Mais dans cette course au mâle, elle est concurrencée par sa grande soeur, Alexia (Ella Rumpf qui incarne un personnage au prénom identique à celui de "Titane", est-ce un hasard?), élève-vétérinaire dans la même école qui est à la fois son mentor et sa rivale. Aucune ne sortira indemne de cet affrontement tout en chair et... en poils (autre tabou majeur de l'animalité du corps féminin qui est exhibé frontalement dans le film). 

J'ajoute pour ma part le plaisir de voir Laurent Lucas jouer un père dont le corps recèle bien des secrets après son mémorable rôle dans un autre must du cinéma de genre français: "Harry, un ami qui vous veut du bien" (2000) de Dominik Moll. Oui, on a besoin d'être nourris par ce genre de films et on est loin d'être rassasiés!

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Titane

Publié le par Rosalie210

Julia Ducournau (2020)

Titane

Ira, ira pas? Je me suis posée la question pendant quinze jours. D'un côté un film qui traite de sujets qui m'intéressent et une réalisatrice dont le discours ému à Cannes et les tremblements incontrôlables de son bras tranchaient avec le caractère convenu des autres. De l'autre mon peu d'envie de me confronter à des scènes insoutenables. Finalement, ayant appris que ces scènes étaient brèves, prévisibles, peu nombreuses et concentrées dans la première partie, j'ai pu les gérer en fermant les yeux au moment adéquat. D'ailleurs si ces scènes sont globalement nécessaires dans le parcours du personnage d'Alexia, l'une d'entre elle (la plus longue) me semble limite superflue, comme un sacrifice fait au genre.

Quel genre d'ailleurs? Les scènes de meurtre se rattachent au slasher, celle de violence sur soi et de transformations corporelles au body horror, deux sous-genres du film d'horreur aussi bien occidental que nippon (j'ai personnellement beaucoup pensé à la saga Alien, à certains films de Brian DE PALMA et à "Akira" (1988) en plus des références citées partout à David CRONENBERG et à John CARPENTER). Il faut en passer par là pour que le film comme l'héroïne mue un peu (trop) abruptement vers une seconde partie très différente dans laquelle Alexia, sorte de cyborg qui se comporte à la fois comme une machine à tuer et un animal sauvage ne devienne Adrien, jeune homme transgenre frêle, ravagé et mutique en quête d'amour et d'acceptation. Alexia et Adrien tous deux incarnés par une impressionnante Agathe Rousselle sont en effet constitués d'un alliage d'homme, de femme et de métal*. Une fusion perturbante dont les manifestations marquent le spectateur: la plaque de titane se greffe sur le crâne, l'huile de moteur coule des orifices charnels et un enfant hybride en sort, une jeune femme utilise un long dard de métal sur ses victimes, un jeune homme danse lascivement sur un véhicule de pompiers sous les regards gênés de ses collègues et de son père adoptif. Vincent LINDON qui s'oppose en tous points au père biologique de Alexia (joué par Bertrand BONELLO) occupe en effet une position clé dans le film et il s'agit d'un choix de casting particulièrement judicieux. Car ce n'est pas tant sa quête de masse musculaire voire d'éternelle jeunesse que j'ai trouvé convaincante que le fait que son humanité ressort de façon saisissante dans un univers futuriste nocturne qui en manque cruellement. "On est responsable pour toujours de ce que l'on a apprivoisé" disait le renard dans Le Petit Prince et c'est exactement la ligne de conduite de Vincent (choix du prénom à mon avis non fortuit), prêt à recevoir tous les secrets que renferme le corps d'Adrien. Vraiment tous.

* Alliage qui sert de support réflexif à la déconstruction des stéréotypes de genre. Le lien femme-automobile au coeur de tant de publicités virilistes est par exemple un fil directeur du film de Julia DUCOURNAU sauf que si le point de départ (la scène de lap-dance dans un salon de tuning automobile) est tout à fait conforme aux pires clichés sexistes, la suite leur tord le cou, offrant aux regards masculins du film (et au spectateur) de quoi déranger cette vision caricaturale du monde.

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Le Chaudron infernal

Publié le par Rosalie210

Georges Méliès (1903)

Le Chaudron infernal

"Le Chaudron infernal" est l'un des plus illustres films de la carrière de Georges MÉLIÈS, sans doute en raison de son ambiance gothique, de la qualité de ses trucages, de son rythme parfait et de la poésie horrifique qui s'en dégage. Car en effet il ne s'agit pas moins que de l'ancêtre du film d'épouvante! La colorisation au pinceau image par image rehausse considérablement l'impact du film. D'abord avec l'opposition entre la couleur verdâtre des démons et le rose vif de leurs trois victimes. Le vert, tout comme le jaune également présent à l'image sont les couleurs du soufre et symbolisent la folie. Tandis que le rose est la couleur associée au féminin, genre auquel appartiennent les trois victimes et dont sont friands les démons. Mais comme il n'est pas question de montrer la luxure, c'est plutôt en les jetant dans les flammes de l'enfer que ceux-ci espèrent s'en repaître (via des trucages cinématographiques et des escamotages théâtraux que l'on devine: coupures/raccords, trappe coulissante verticale à l'intérieur du décor figurant le chaudron). Viennent ensuite les spectaculaires explosions d'un rouge écarlate qui ponctuent la transformation des jeunes femmes en fantômes, lesquels apparaissent à l'aide d'un magnifique travail de surimpression floutés en blanc en haut de l'image avant que ceux-ci ne s'embrasent inexplicablement. Le chef des démons (joué par Georges MÉLIÈS) n'a plus qu'à se jeter à son tour dans le chaudron pour leur échapper... ou bien les rejoindre.

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Black Swan

Publié le par Rosalie210

Darren Aronofsky (2010)

Black Swan

Ce qui me frappe après avoir revisionné "Black Swan" que j'avais vu à sa sortie au cinéma c'est le problème de la distance au sujet. Lorsqu'il en est trop éloigné, le film est souvent froid voire clinique et parfois ennuyeux à force de détachement. Trop proche, on est au contraire aspiré par un maelstrom d'émotions mais on est pas davantage en empathie avec le personnage car on est projeté en lui (je devrais dire même dévoré par lui) ce qui rend toute altérité impossible. Là on est dans la seconde catégorie. Je n'en peux plus de cette Nina qui envahit l'espace à tel point qu'elle ne laisse exister personne d'autre dans le cadre. D'un bout à l'autre, il n'y a qu'elle, vue sous toutes les coutures, reflétée à l'infini par une ribambelle de miroirs et de portraits ou projetée sur les autres danseuses. Sans parler du fait que Nina (Natalie PORTMAN) est elle-même une projection de sa mère (Barbara HERSHEY), ancienne danseuse restée dans l'ombre qui la maintient dans une emprise glaçante. Quoique Thomas Leroy (Vincent CASSEL), le prof qui tel dieu le père fait et défait les carrières d'un geste de la main et abuse ou brise ses jolies poupées n'est pas mal non plus dans le genre. Ce narcissisme est terrifiant. Comment pourrait-on être touchée par quelqu'un qui se regarde à ce point le nombril et ne voit en autrui que d'autres moi. C'est à proprement parler monstrueux. Mais c'est justement cela qu'est Nina: un monstre. Comme son cousin de "Whiplash" (2014), autre film symptomatique (d'une culture et d'une époque) qui confond l'art et le sado-masochisme, elle est prête à se faire saigner ou bien à saigner à mort pour être seule dans la lumière à la recherche d'une perfection inaccessible autrement que dans la folie et la mort. Nina n'est en fait même pas une image, c'est un mirage.

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Rosemary's Baby

Publié le par Rosalie210

Roman Polanski (1968)

Rosemary's Baby

On pourrait longtemps méditer avec un tel film sur le fait que l'on échappe pas à ses démons où que l'on aille, que la prétendue rationalité de l'homme moderne n'est qu'une pellicule qui dissimule les instincts les plus barbares ou bien que la vieille Europe et ses croyances les plus archaïques se sont exportées jusqu'au coeur du Manhattan le plus futuriste. Bref "Rosemary's Baby" qui appartient à la trilogie des appartements maléfiques de Roman POLANSKI (entre "Répulsion" (1965) et "Le Locataire") (1976) est tout simplement une allégorie de l'enfer. Son succès se situe au croisement des tourments personnels et récurrents du réalisateur et de ceux de l'Amérique qui connaît à partir de la fin des années 60 une vague de désenchantement et de paranoïa dont le cinéma se fait l'écho. On y voit une jeune femme d'apparence tout à fait équilibrée, Rosemary (Mia FARROW) basculer dans un monde parallèle cauchemardesque à partir de ce qui semble être la prise d'une drogue administrée par ses voisins dont les attentions se transforment rapidement en intrusion puis en possession, le tout avec la complicité d'un mari dont tout indique qu'il a vendu son âme au diable (John CASSAVETES). Bien entendu, l'ambiguïté sur la nature du mal qui ronge Rosemary reste entière tout au long du film: est-elle victime d'un complot organisé par une obscure secte sataniste qui veut s'emparer de son enfant pour ses rituels sanglants ou bien rejette-elle tout simplement son bébé à naître? Quelle que soit la réponse, il est frappant de constater combien la mise en scène distille l'angoisse et suggère un paranormal ancestral tout en établissant un parallèle éclairant avec les démons contemporains des USA. Les potions de sorciers du Moyen-Age renvoient aux drogues hallucinogènes qui faisaient alors fureur, l'attitude de Guy qui se dit athée (alors que Rosemary fait figure de madone catholique) renvoie au démon de la réussite (ou comment devenir un winner en signant un pacte méphistophélique), les satanistes peuvent renvoyer aux communistes mais ils font surtout penser aux nazis qui ont été généreusement accueillis sur le sol américain dans l'après-guerre et se sont joint à leurs copains du Ku Klux Klan, eux aussi amateurs de paganisme identitaire et de rituels sanglants aux relents parfois occultes.

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Les Autres (The Others)

Publié le par Rosalie210

Alejandro AMENÁBAR (2001)

Les Autres (The Others)

"Les Autres" suggère dès son affiche la coexistence de deux mondes incompatibles à la manière du tableau surréaliste de Magritte "L'Empire des lumières". Il y en a effet deux sources de lumière dans "Les Autres": celle qui émane des lampes à pétrole qui éclairent l'intérieur d'un manoir sinistre où vivent en reclus et hors du temps Grace (Nicole KIDMAN) et ses enfants au milieu d'une île plongé dans un épais brouillard. Et celle de la lumière du jour qui leur est interdite car les enfants de Grace, frappés par une mystérieuse maladie ne peuvent la supporter. Tels des vampires, ils vivent donc rideaux tirés sans voir personne excepté trois domestiques étranges qui un jour viennent taper à leur porte et semblent bien les (re)connaître. Malgré toutes les précautions de Grace qui semble toujours sur le qui-vive pour protéger ses enfants, la lumière extérieure (celle de la vérité?) finit par s'immiscer dans leur lugubre prison.

"Les Autres" vaut surtout pour ses qualités formelles. A l'image du manoir victorien aux pièces plus épurées les unes que les autres, le cinéaste a puisé son inspiration chez Alfred HITCHCOCK (avoir choisi Nicole KIDMAN pour interpréter un personnage qui s'appelle Grace n'est certainement pas une coïncidence) et Jack CLAYTON. "Les Autres" est en effet une variante de "Les Innocents" (1961) lui-même tiré du livre de Henry James, "Le Tour d'écrou". Le fantastique est suggéré par la mise en scène, la bande-son et l'atmosphère qui est le point le plus remarquable du film comme je l'ai signalé plus haut. Reposant comme "Sixième sens" (1999) sur un complet renversement de perspective final, "Les Autres" fait le choix de l'illusionnisme en mettant les fantômes sous le nez du spectateur mais en les rendant aussi invisibles que "La Lettre" d'Edgar Allan Poe.

Toutefois si le travail formel est brillant, les films qui ont servi de modèles à Alejandro AMENÁBAR lui sont supérieurs car il manque à "Les Autres" un véritable substrat humain. De ce point de vue, on reste en surface et c'est dommage.

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