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Articles avec #road movie tag

Go for Sisters

Publié le par Rosalie210

John Sayles (2013)

Go for Sisters

John SAYLES est un pilier du cinéma indépendant américain méconnu en France. Et pour cause, seuls 7 de ses 18 longs-métrages réalisés entre 1979 et 2013 y ont été distribués à ce jour. Le prix à payer pour cette indépendance, son engagement à gauche et le fait de ne pas entrer dans les cases (il n'a d'ailleurs plus rien tourné depuis 2013). Il est significatif que son film le plus accessible chez nous soit "Lone Star" (1996) parce que s'agissant d'un néo-western tourné à la même époque que "Impitoyable" (1992) qui rencontra un grand succès. Mais les films moins immédiatement identifiables passèrent sous les radars. Comme un autre pape du cinéma indépendant américain, John CASSAVETES, John SAYLES put produire ses films en travaillant à côté pour Hollywood, non en tant qu'acteur mais en tant que scénariste (on peut trouver d'ailleurs aussi en VOD des séries B scénarisées par lui comme "Hurlements" (1980) de Joe Dante). La Cinémathèque lui offre en ce moment une rétrospective et a mis en ligne gratuitement sur sa plateforme Henri son dernier film à ce jour "Go for Sisters" jusqu'au 30 novembre 2021.

"Go for Sisters" frappe aussi bien par son réalisme que par son humanisme. C'est un film qui comme on peut s'en douter a été réalisé avec un petit budget (mais de façon très professionnelle, tant sur la forme que dans le fond) et fait la part belle à ceux que le cinéma mainstream néglige, en particulier les minorités ethniques, les pauvres, les handicapés*. On y voit deux afro-américaines (les "sisters" du titre) liées par une amitié de jeunesse se lancer à la recherche du fils de l'une d'entre elle avec l'aide d'un ancien flic d'origine mexicaine à moitié aveugle. Sur cette trame de polar plutôt classique viennent se greffer des scènes d'une sidérante justesse sur ce que signifie être défavorisé aux USA ou pire encore, un migrant illégal en attente de passage de l'autre côté de la frontière. De façon très intelligente, John SAYLES a en effet dédoublé les personnages. Bernice (Lisa Gay HAMILTON) et Fontayne se situent au début du film de chaque côté de la loi mais tout le reste du film tend à montrer que ce qui les rapproche est bien plus fort que ce qui les sépare. Fontayne (Yolonda ROSS) qui est en liberté conditionnelle fait preuve d'un certain fatalisme par rapport à sa situation (peut-on échapper à la prison et à la drogue quand on vit depuis toujours dans un ghetto dont les seules perspectives sont... la drogue et la prison?) mais Bernice qui a bénéficié de meilleures conditions de vie dès l'enfance et donc d'un meilleur destin se retrouve plongée dans une situation équivalente au travers de son fils qu'elle a élevé seule et qui après avoir trempé dans une sale histoire de meurtre et de trafic de migrants à la frontière américano-mexicaine se retrouve en danger de mort. Les deux actrices sont excellentes ce qui donne beaucoup de relief à leur personnage et à leur relation. Quant à Suarez (Edward James OLMOS), le flic latino retraité reconverti en détective officieux et que tout le monde surnomme le "terminator", il est impressionnant de charisme avec sa trogne ridée, patinée et crevassée. Sans jamais le déclarer ouvertement, tout laisse à penser qu'il s'agit d'un vieux cowboy défenseur plein de panache de la veuve et de l'orphelin. Des stars afro-américaines viennent soutenir le temps de quelques scènes ce film-combat (Mahershala ALI et Harold PERRINEAU).

* C'est là qu'on voit le gouffre qui sépare un John SAYLES des cinéastes américains indépendants consacrés par l'intelligentsia française et présents dans les plus grands festivals tels que David LYNCH, Jim JARMUSCH ou Wes ANDERSON. Des réalisateurs issus de l'élite (les deux derniers sont d'ailleurs qualifiés d'aristocrates à tendance dandy) déconnectés du réel et mettant majoritairement en scène des personnages blancs de l'upper class (sauf Jim JARMUSCH dont les castings sont plus bigarrés).

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Pierrot le Fou

Publié le par Rosalie210

Jean-Luc Godard (1965)

Pierrot le Fou

En hommage à Jean-Paul Belmondo, j'ai eu envie de revoir enfin "Pierrot le Fou". Enfin car cela faisait plusieurs décennies que je ne l'avait pas revu. Liste d'impressions, non exhaustive (mais comment l'être avec ce film foisonnant qui fourmille d'idées, d'images, de citations...):

- De la première vision du film quand j'étais enfant, il ne m'est resté qu'un seul souvenir: les couleurs primaires.  Le bleu, le rouge, le jaune. J'avais l'impression que Pierrot-Ferdinand juste avant de se faire exploser était devenu un indien. Avec une peinture de guerre, des plumes (les bâtons de dynamite) et que le feu de l'explosion servait à lancer des signaux. Pas étonnant que ce soit la seule scène qui me soit restée en mémoire. La picturalité du film est telle qu'il est impossible de ne pas en conserver une trace.

- A la deuxième vision, j'ai remarqué d'abord la présence de Samuel Fuller qui vient apporter un vent cinématographique venu d'outre-atlantique. Comme il le fera quelques années plus tard dans "L'Ami américain" de Wim Wenders. Deux films qui ont pour personnage principal un homme qui ne supporte plus sa vie conformiste étriquée et qui envoie tout balader pour goûter enfin à la liberté "bigger than life" imprégnée de film noir (gangsters, femme fatale, issue fatale, tueurs à gages se retrouvent dans l'un ou l'autre de ces films ou les deux) mais aussi de road-movie, autre genre associé à l'Amérique dont Wenders a réalisé l'un des plus beaux fleurons. Même si la cavale de Pierrot-Ferdinand et de Marianne (Anna Karina) ressemble bien davantage à celle de "Bonnie et Clyde" qu'à celle de "Paris-Texas".

- Pourtant il y a aussi du contemplatif dans "Pierrot le Fou". Entre deux scènes de cavale effrénées (que Luc Lagier de "Blow Up" associe à "Sailor et Lula" de David Lynch ce qui est d'autant plus pertinent qu'il utilise un code couleur et des filtres assez semblables), Jean-Luc Godard fait respirer ses personnages dans ce qui s'apparente à "la possibilité d'une île" façon Paul et Virginie, On y dort sur la plage, on y apprivoise un perroquet, on y chante mais on s'y ennuie aussi beaucoup "Qu'est ce que je peux faire? Je ne sais pas quoi faire" entre autre phrases cultes reprise comme on le découvre dans "Blow Up" jusque dans un épisode de Tchoupi!

- Et puis il y a la poésie et la littérature, omniprésentes, du "Voyage au bout de la nuit" qui a baptisé "Ferdinand" à la "saison en Enfer" d'un certain Arthur Rimbaud, l'homme aux semelles de vent qui a toujours pensé que la vraie vie était ailleurs... au cinéma par exemple, même s'il n'existait pas à son époque. Autre amoureux des mots mais bien vivant celui-là en 1965, Raymond Devos qui le temps d'une séquence vient croiser le verbe avec Pierrot-Ferdinand.

- Le contexte politique s'invite aussi régulièrement dans le film, rappelant que si les personnages mènent une vie dangereuse, ils sont plongés dans une époque qui ne l'est pas moins, entre la guerre d'Algérie (le tag "OASis") et la guerre du Vietnam (rejouée par des acteurs qui brisent à plusieurs reprises le quatrième mur en s'adressant au spectateur, comme dans "A bout de Souffle").

-Mais le plus grand miracle de "Pierrot le Fou", c'est qu'un tel collage d'éléments hétérogènes ne cherchant absolument pas à dissimuler ses coutures (montage heurté, désynchronisation image-son etc.) aboutisse à un tout aussi cohérent!

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La Strada

Publié le par Rosalie210

Federico Fellini (1954)

La Strada

"La Strada" est mon film préféré de Federico FELLINI. Il s'agit d'un film qui s'abreuve à la source même du cinéma. Celle des arts forains (le cirque) mais aussi du cinéma muet burlesque avec son personnage de femme-enfant saltimbanque innocente au visage lunaire incroyablement expressif (Giulietta MASINA) qui fait tant penser à celui du vagabond de Charles CHAPLIN. Cette matrice spectaculaire s'établit sur un fond social néoréaliste très âpre, courant d'où était issu Federico FELLINI (co-scénariste de Roberto ROSSELLINI notamment sur "Rome, ville ouverte" (1945) ce qui lui vaut d'être confondu avec lui dans une séquence de "Nous nous sommes tant aimés" (1974) de Ettore SCOLA qui retrace l'histoire du cinéma italien dans la seconde moitié du XX° siècle). Enfin, le film comporte une importante dimension religieuse et morale. Le personnage de Gelsomina ressemble à Jésus en ce qu'elle se sacrifie pour que Zampano (Anthony QUINN), la brute épaisse qui fait office de compagnon/maître/bourreau soit sauvé. La fin de "la Strada" a des points communs avec celle de "La Dolce vita / La Douceur de vivre" (1960) qui fait également surgir le spirituel dans la trivialité: le personnage masculin principal, prisonnier d'un enfer qui s'est mis en scène tout au long du film au travers d'un numéro répétitif aliénant (les chaînes) arrive à une sorte de terminus figuré par une plage. Il se retrouve alors face à lui-même dans une épreuve de vérité. Dans "La Strada" il observe le ciel et se laisse toucher par la grâce. Dans "La dolce vita" il contemple un monstre marin et il la refuse, tournant le dos à la jeune fille au visage d'ange qui voulait le sauver. Dans "La Strada", un troisième personnage joue un rôle important, le Fou (Richard BASEHART), un funambule musicien et poète tout aussi pur et enfantin que Gelsomina et tout aussi fragile qu'elle. Leur rencontre prouve à Gelsomina que la grâce divine existe dans le monde mais leur destin est de finir broyé entre les pattes de la brute Zampano pour que celui-ci qui fuit toute forme d'intimité (à commencer par lui-même) puisse commencer à entrevoir la lumière.

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Electroma (Daft Punk's Electroma)

Publié le par Rosalie210

Daft Punk (2006)

Electroma (Daft Punk's Electroma)

En écho à leur album sorti en 2005 "Human after all", les Daft Punk réalisèrent l'année suivante un long-métrage expérimental qui prolongeait la thématique de l'album puisqu'il racontait l'odyssée de deux robots en quête d'humanité dans un monde qui en était visiblement dépourvu. Cet OVNI en forme d'exercice de style sans paroles mais riche en musiques et en références cinématographiques se découpe en trois parties ou plutôt trois "tableaux animés". Le premier est un road-movie en Ferrari dans les paysages désertiques californiens qui fait penser aux films de la contre-culture hippie du type "Easy Rider" de Dennis Hopper et à "Duel" de Spielberg. Le deuxième se déroule dans un laboratoire aux machines vintage très kubrickiennes et à la lumière aveuglante où les deux robots se retrouvent dotés d'une apparence humaine. Mais cette métamorphose échoue, autant en raison de la chaleur écrasante qui fait fondre leur visage en latex que de la réaction hostile des habitants tous revêtus des casques du groupe qui lancent une "chasse à l'homme" dans la lignée de "l'invasion des profanateurs de sépulture" de Don Siegel. Le troisième, la plus marquant montre les deux robots marchant dans le désert jusqu'à ce que mort s'ensuive. Un contrepied évident à l'univers du clip fondé sur la vitesse puisque LA référence de cette dernière partie c'est "Gerry" de Gus Van Sant, film lui-même expérimental qui racontait l'errance de deux garçons perdus dans le désert et adoptait à l'aide de très longs plans-séquence muets le rythme lent de leur marche de plus en plus laborieuse au fur et à mesure que le poids des privations (d'eau surtout) se faisait ressentir. Les robots ne souffrent évidemment pas des mêmes maux, pourtant quelque chose finit pourtant par se "casser" en eux et les conduire droit à l'autodestruction, spectaculaire, surtout la deuxième qui fait figure d'holocauste en pleine nuit. Le résultat est envoûtant pour peu que l'on accepte de se laisser porter par l'étrangeté de ce "trip" visuel et sonore. Envoûtant et prophétique puisque lorsque le groupe de musique électronique annonça sa séparation en 2021, il le fit sur des images tirées de la fin du film.

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Drugstore Cowboy

Publié le par Rosalie210

Gus Van Sant (1990)

Drugstore Cowboy

Gus VAN SANT est un cinéaste à la filmographie inégale, capable du meilleur comme du pire. Le meilleur réside dans ce que j'appelle (dans ma tête) ses films de "sauvageons", films par ailleurs souvent expérimentaux, innervés d'énergie pure et donc d'autant plus ébouriffants. "Drugstore cowboy" son deuxième long-métrage fait partie du lot. Il narre le périple de deux jeunes couples qui fuient les responsabilités de l'âge adulte en se créant un chemin de traverse fait d'errances et de rapines mais qui pour eux ont le goût d'une enfance éternelle. Celle de la liberté et d'une vie passée à jouer à la chasse au trésor pour s'emparer d'un maximum de bonbons après avoir au passage joué de mauvais tours aux pharmaciens et hôpitaux. Une vie grisante, passée à planer et à transgresser qui n'est pas sans rappeler l'univers de "Les Valseuses" (1974) (la petite vendeuse qui plaque tout pour suivre la bande) mais qui finit par trouver ses limites quand le réel finit pas entrer brutalement dans leur cocon. Parce que l'envers du décor n'est pas occulté par Gus VAN SANT et qu'il est dangereux et mortifère. La deuxième partie du film évoque donc un peu à la manière de "Clean" (2004) l'atterrissage de Bob (Matt DILLON, formidable, franchement quel dommage qu'il n'ait eu plus de rôles de cette envergure) dans le monde beaucoup moins glamour de la réalité, sa réinsertion sociale et l'apprentissage de la solitude. En se détournant du groupe, il renonce en effet également au couple toxique qu'il formait avec Dianne (Kelly LYNCH) laquelle s'avère incapable de décrocher et représente même pour lui une menace de replonger dans le même enfer décoré en paradis artificiel.

Deux personnages jouent également un rôle clé dans le film et peuvent être considérés comme les pères de substitution de Bob. Le premier est le Père Tom Murphy (William BURROUGHS), un vieux prêtre défroqué au visage en forme de tête de mort qui a initié Bob à la drogue et à qui ce dernier finit par renvoyer la marchandise dans une scène métaphorique située vers la fin du film. Le second est l'inspecteur Gentry (James REMAR) qui n'est pas seulement une figure de surmoi en forme de rappel à la loi jalonnant le parcours de Bob. Il est aussi une figure attentive et bienveillante qui lui enjoint de prendre soin de lui.

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Sailor et Lula (Wild at Heart)

Publié le par Rosalie210

David Lynch (1990)

Sailor et Lula (Wild at Heart)

Il y a deux types de films de David LYNCH que j'aime particulièrement: ses films "classiques" à l'apparence réaliste et qui pourtant ont pour thème central l'étrangeté et donc n'ont rien de facile (le génial "Elephant Man" (1980 bien sûr mais aussi "The Straight Story" (1999) qui me fait penser à un conte de fée dans lequel une jeune fille devait supporter de faire un voyage de plusieurs mois sur le dos d'une tortue). Et ses relectures sous acide du "Le Magicien d'Oz" (1939) que sont "Blue Velvet" (1986) (l'héroïne ne s'appelait pas Dorothy par hasard) et de façon bien plus explicite encore "Sailor et Lula". Le film conserve la trame du conte initiatique avec des touches kitsch assumées (l'apparition des sorcières en surimpression, les chaussures rouges de Lula etc.) mais il l'azimute avec une odeur de souffre, une bande-son rock and roll et des visions trash de sexe et de mort. Le film est en effet une expérience sensorielle totale à la Rimbaud ("le dérèglement de tous les sens"). Les couleurs primaires (et criardes) envahissent l'écran quand les pulsions s'expriment crûment, les ondes pulsées électrisent les corps dans des scènes de danse hystériques proches de la transe, l'odeur du vomi qui imprègne la chambre d'hôtel s'incruste dans l'esprit du spectateur parce que celui-ci est filmé à l'échelle de la matière en décomposition comme dans "Blue Velvet" et Lynch parvient même à faire toucher du doigt la matérialité d'un trou mortel dans la tête. C'est organique, répugnant parfois mais fatalement fascinant. Car cette dimension viscérale donne aussi sa substance au couple d'amoureux fous et traqués engagé dans une incertaine fuite en avant vers ce qu'ils croient être la liberté. Un chemin parsemé de personnages barrés, véritables monstres de foire tout en haut desquels trône Bobby Peru (Willem DAFOE). Sailor (Nicolas CAGE, brillant dans un rôle qui n'est pas sans rappeler celui qu'il interprétait quelque années plus tôt chez les frères Coen) est un personnage de tendre voyou mi-Elvis, mi-Brando qui définit son individualité par sa veste en peau de serpent (allusion au personnage principal du film éponyme de Sidney LUMET qui fuit la la Nouvelle-Orléans, passage obligé du film de David LYNCH). Lula (Laura DERN qui jouait déjà dans "Blue Velvet) (1986) est une très jeune femme débordante de sensualité qui cherche à échapper à son traumatisme familial sans se douter (au départ) que Sailor fait partie du problème. La scène de road movie nocturne "in blue" dans laquelle il lui raconte pourquoi les gangsters-amants de Marietta, la mère de Lula (Diane LADD) sont à leurs trousses est celle que je préfère. Parce qu'elle est baignée par la mélancolie qui perce dans la voix du sublime titre de Chris Isaak, "Wicked game" que le film a révélé et qui se trouve sur le même album que "Blue hotel". Les phrases de ces chansons auraient pu avoir été écrites pour le film.

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Wendy et Lucy (Wendy and Lucy)

Publié le par Rosalie210

Kelly Reichardt (2008)

Wendy et Lucy (Wendy and Lucy)

Joli petit film (je n'ai pas vu le précédent) qui en dit long sur l'état de l'Amérique profonde. Quand on voit les malheurs qui s'abattent sur la pauvre Wendy (Michelle WILLIAMS) pour quelques boîtes de canigou chapardées dans un magasin, on se dit que le pays ne tourne pas rond. D'ailleurs ironiquement le film est un road-movie qui fait du sur-place, l'héroïne, jeune femme un peu marginale, un peu paumée se retrouvant arrêtée près du parking d'un supermarché à la fois par la panne de sa voiture et la perte de son chien. D'elle, on ne sait presque rien. Le film ne s'attarde pas sur son passé, il filme l'instant présent. Tout au plus au détour d'une conversation téléphonique comprend-t-on qu'elle ne peut pas compter sur sa famille pour l'aider et qu'elle doit se débrouiller seule, quitte à faire des centaines de kilomètres pour trouver un boulot. Classique aux USA mais pas quand on a une guimbarde pourrie en guise de véhicule ni les moyens de se loger ou de se nourrir décemment.

Outre les efforts de la jeune femme pour sortir la tête de l'eau, retrouver son animal, faire réparer sa voiture, ce que le film scrute, ce sont les gens avec lesquels elle entre en contact. Ceux qui lui tendent une main bienveillante (la majorité d'ailleurs, le film n'est absolument pas misérabiliste, ni aigri, ni haineux et montre que même au pays de l'individualisme-roi, il existe de la solidarité!) et ceux qui jouent les petits chefs zélés pour se faire bien voir de leur patron. De ce point de vue, le film donne un bon aperçu de la diversité du comportement humain face à quelqu'un qui est dans la détresse: malveillance, indifférence ou au contraire solidarité. Le style très minimaliste et le rythme assez lent peuvent rebuter ainsi que la peinture anti-glamour de cette Amérique de la marginalité mais Michelle WILLIAMS est très touchante sans être larmoyante et suscite naturellement l'empathie. Elle est beaucoup plus humaine par exemple que "Rosetta" (1999) à qui on peut penser étant donné leur situation similaire (deux jeunes filles SDF en recherche d'emploi) et le style assez néoréaliste des films. On pourrait d'ailleurs remonter la généalogie jusqu'à "Le Voleur de bicyclette" (1948) comment l'Amérique a adapté à sa géographie et sa société un genre venu d'Europe.

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Transamerica

Publié le par Rosalie210

Duncan Tucker (2005)

Transamerica

"Transamerica" est un film américain indépendant qui joue beaucoup dans son titre comme dans les thèmes qu'il aborde à brouiller les frontières entre le cinéma mainstream (le road et le buddy movie, la famille et filiation à travers une rencontre entre un père et un fils qui ne se connaissent pas) et le cinéma underground au travers de deux portraits fort peu conventionnels. Tout d'abord la star, Bree (Felicity HUFFMAN) qui accomplit une énorme performance à savoir celle de nous faire croire qu'elle est une transsexuelle en pleine transition. Et pour nous faire croire qu'elle est un homme en train de devenir une femme, elle engage son corps et sa voix qui sont les instruments essentiels de sa crédibilité en tant que personnage. On la voit donc se battre contre une biologie et des réflexes comportementaux récalcitrants en dépit des hormones qu'elle prend et des exercices quotidiens qu'elle accomplit notamment pour féminiser sa voix. Elle s'est enfermée dans une certaine rigidité physique et morale que l'on peut interpréter comme un extrême contrôle de soi mais ce corset craque parfois et l'on voit alors Bree adopter des attitudes typiquement masculines comme le manspreading... en jupe! Il y a aussi les effets secondaires des médicaments censés la féminiser mais qui l'obligent à de fréquentes mictions dévoilant l'appareil génital qui la révulse puisqu'elle est en attente d'opération. C'est ce travail d'acteur fouillé, sensible et juste qui fait sortir le film du lot. Il faut ajouter également le fils de Bree, Toby (Kevin ZEGERS) qui est lui aussi un marginal dans la lignée des protagonistes de "My Own Private Idaho" (1991). Il est d'ailleurs amusant de constater que la famille de Bree l'accueille bien plus chaleureusement que Bree en raison de son apparence "normale" sans savoir qu'il sort de prison, qu'il se drogue et se prostitue et a pour objectif de travailler dans le porno.

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Rain Man

Publié le par Rosalie210

Barry Levinson (1988)

Rain Man

"Rain Man", c'est le sparadrap qui colle aux basques des représentations sur l'autisme au cinéma. Référence quelque peu écrasante et datée qui depuis a été certes rectifiée mais sans que cela ne déboulonne pour autant la statue du commandeur puisque tout film qui sort mettant en scène un autiste est aussitôt comparé à "Rain Man". Tout n'est certes pas mauvais dans cette représentation. On y voit que la place d'un autiste n'est pas à l'asile, que la différence se situe dans le cerveau et est donc neurologique (et non psychologique) et qu'il ne peut évoluer qu'en fréquentant le reste de la société. On précise également que le cas de Raymond Babbitt est exceptionnel, la majorité des autistes étant non verbaux. Il n'est pas précisé que c'est parce qu'il est atteint du syndrome d'Asperger c'est à dire d'une forme d'autisme sans déficience intellectuelle ni retard de langage. Pour autant le film a contribué à fixer des clichés tels que celui de l'autiste savant, surdoué d'un côté (pour les maths, forcément!), inadapté de l'autre. Evidemment c'est caricatural, beaucoup de ces formes d'autisme ne se manifestant pas de façon aussi voyante et extrême, ni d'un côté, ni de l'autre d'ailleurs. Le but est d'offrir à Dustin Hoffman de quoi réaliser un beau (quoique too much) numéro de composition. En face de lui, il n'y a franchement pas grand-chose à se mettre sous la dent. Son frère joué par un tout jeune Tom Cruise est un yuppie tête à claques obnubilé par les questions d'argent et qui ne tient pas en place. On se demande comment Raymond peut le supporter plus de cinq minutes à s'agiter dans tous les sens. Leur road movie est censé narrer comment des liens se créent entre eux mais la séquence à Las Vegas laisse un arrière goût amer d'exploitation de son don à des fins mercantiles qui donne une tonalité définitivement roublarde à l'ensemble.

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Broken flowers

Publié le par Rosalie210

Jim Jarmusch (2005)

Broken flowers

"Broken Flowers" n'est pas le plus célèbre, ni le plus populaire ni le plus flamboyant des films de Jim JARMUSCH mais c'est l'un de ses films les plus intimistes et à mes yeux, l'un des plus attachants. Il s'agit d'un road movie mélancolique dans lequel un séducteur sur le retour mène des investigations sur son passé afin de découvrir laquelle de ses anciennes conquêtes prétend avoir eu un fils de lui. "Mène" est d'ailleurs un bien grand mot tant Don Johnston (on appréciera les références à Don Juan et Don JOHNSON alias "Deux flics à Miami") (1984) ce tombeur soi-disant infatigable apparaît fatigué voire neurasthénique. Et très seul. Pourtant sous l'impulsion de son double inversé*, Winston (Jeffrey WRIGHT) alias Sam Spade, alias Sherlock ^^, il accepte de remonter le cours du temps pour voir s'il a encore un avenir. Au menu, quatre portraits de femmes très différentes et quatre époques. Laura (Sharon STONE) l'accueille à bras ouverts mais Don ne peut détourner ses pensées de son allumeuse de fille, justement prénommée Lolita (clin d'œil évident à Stanley KUBRICK, les cœurs pendant aux oreilles plutôt que sur des verres de lunettes). La seconde Dora (Frances CONROY), émue mais plus distante est une ex-hippie qui s'est embourgeoisée. La troisième, Carmen (Jessica LANGE) a renoncé au barreau pour se reconvertir dans les thérapies new-âge en tant que communicatrice animalière ce qui donne lieu à des moments cocasses. C'est également la première à refuser les fleurs de Don, signifiant ainsi son rejet des hommes au profit de sa secrétaire jouée par la sulfureuse Chloë SEVIGNY. Enfin Don s'enfonce en territoire tout à fait hostile quand il retrouve Penny (Tilda SWINTON), une mégère marginale qui vit entourée de molosses, lesquels se chargent de refaire le portrait de Don. Chou blanc donc pour Don qui n'est pas plus avancé qu'au départ, ses ex ayant des filles, aucun enfant ou refusant de lui répondre (ou bien de lui dire la vérité). Et le film de se conclure sur le fait que seul le présent compte. Une fin en trompe-l'oeil quand par une mise en abîme vertigineuse un jeune homme apparaît derrière celui que Don a fait fuir en tentant de l'apprivoiser. Jeune homme qui fixe longuement le regard de son père avant de disparaître. Non pas Don mais l'immense acteur qui se cache (?) derrière, Bill MURRAY dont le film dresse dans le fond un subtil et émouvant autoportrait.

* Winston est noir, marié et père d'une tribu de 6 enfants (soit le nombre exact d'enfants de Bill MURRAY), enchaîne trois boulots et assure toute la logistique du voyage de Don. Il est donc son Ombre, son envers, la partie cachée de lui-même, celle qui n'a pas renoncé, celle qui veut savoir.

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