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Articles avec #comedie musicale tag

Je sens le beat qui monte en moi

Publié le par Rosalie210

Yann le Quellec (2012)

Je sens le beat qui monte en moi

Cet excellent court-métrage raconte la rencontre amoureuse de deux collègues travaillant pour une agence touristique "vintage" proposant des visites guidées de la ville de Poitiers en mini-van "vintage". Dès le début, on sent donc poindre la comédie décalée. Le premier personnage est chauffeur, sa collègue est guide. Tous deux auraient pu appartenir au club de "Les Émotifs anonymes" (2010). Mais fort heureusement pour eux (et pour nous), il s'avèrent qu'ils sont possédés par le démon de la musique et de la danse. S'ils sont rongés par la timidité dans des situations ordinaires, leur corps échappe à leur contrôle et "parle" pour eux dès que la température commence à monter. Chacun avec son identité propre cependant. Alain (Serge BOZON BG à tendance dandy bien plus accessible cependant qu'un Benjamin BIOLAY) ne vibre que sur un certain type de musique (celle qu'aime justement Serge BOZON, la northern soul) et sinon est du genre à raser les murs ou à multiplier les maladresses. Rosalba (Rosalba TORRES GUERRERO, danseuse et chorégraphe professionnelle) donne en revanche l'impression d'être possédée dès la première note de musique, quelle qu'elle soit (hip-hop, toccata et fugue de Bach, air joué à la flûte à bec, sonnerie de portable, techno...). Ce qui donne lieu à pas mal de séquences fort cocasses quand elle doit s'habiller, se maquiller, porter des verres remplis à ras bord alors que ses bras, jambes ou hanches se mettent à onduler ou tressauter dans tous les sens. Le film se situe au carrefour de trois genres: la comédie musicale (façon Jacques DEMY au vu du choix des couleurs pétantes rouge et bleue, de la ville de Poitiers et de compositions scéniques et chorégraphiques affirmant délibérément leur artificialité), la comédie burlesque (façon Jacques TATI avec un choix de gags millimétrés dont l'un des plus drôles semble sorti tout droit de "Playtime"(1967) qui libérait les êtres de leur aliénation par la danse) et enfin la comédie romantique.

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La Joyeuse Divorcée (The Gay Divorcee)

Publié le par Rosalie210

Mark Sandrich (1934)

La Joyeuse Divorcée (The Gay Divorcee)

Plus je vois les films que la RKO a tourné à la chaîne avec le duo Fred Astaire-Ginger Rogers, plus je fais le parallèle avec ceux que la MGM a tourné avec les Marx Brothers dans la deuxième moitié des années 30 (donc durant la même période). Autrement dit, une recette, toujours la même servant d'écrin à un duo ou à un trio de talents exceptionnels sans lesquels ces films, professionnels mais dénués de toute personnalité seraient tombés dans l'oubli. Le début de "La Joyeuse Divorcée", leur deuxième film, est pourtant prometteur avec un Fred Astaire plus sobre dans son jeu qu'à l'ordinaire (ouf!) et une rencontre avec Mimi-Rogers sur un mode "coquin" qui fait penser à l'une des scènes les plus célèbres de "L'impossible M. Bébé", celle dans laquelle la jupe de l'héroïne se déchire à l'arrière avec tout le sous-entendu érotique que cela sous-entend. Hélas, très vite, l'intrigue (du bon gros vaudeville qui tache) patine, servant de prétexte à des numéros élégants mais convenus tout comme le jeu des rigolos de service de la maison RKO, Edward Everett Horton et Eric  Blore (excellents certes mais qui pourraient être tellement mieux employés avec un scénario digne de ce nom). Il faut patienter 50 minutes avant de voir le couple magique enfin s'élancer sur la piste (et en plus sur un titre de Cole Porter, "Night and Day"!) Leurs numéros sont trop rares (et trop courts!) mais chacun d'entre eux suffit à écrire une page du 7eme art comme celui du final dans lequel ils dansent sur les meubles le plus naturellement du monde comme s'ils étaient en apesanteur. Et Ginger Rogers affirme là encore un sacré tempérament de comédienne qui sera plus tard mis en valeur en dehors de ses talents de danseuse entre autres par Billy Wilder et Howard Hawks. 

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L'Entreprenant Mr. Petrov (Shall We Dance)

Publié le par Rosalie210

Mark Sandrich (1937)

L'Entreprenant Mr. Petrov (Shall We Dance)

Je n'ai pas besoin de me casser la tête pour écrire un avis sur "L'Entreprenant Mr.Petrov" étant donné que je peux copier-coller celle que j'ai écrite pour "Top Hat" du même réalisateur. Entre le scénario anémique fondé sur un seul quiproquo de vaudeville dont la résolution est une question de vie ou de mort (Petrov et Linda sont-ils mariés? Oui mais non mais oui en fait sauf que non etc.), une mise en scène plate comme une limande et un Fred Astaire dont le cabotinage grotesque me tape personnellement sur les nerfs, on comprend que sans les numéros musicaux et dansés, il y a longtemps que cette comédie musicale serait tombée dans l'oubli. Bon, on peut aussi mentionner les faire-valoir comiques que sont Eric Blore et Edward Everett Horton (sorti tout droit de chez Lubitsch) qui font bien leur job mais ne sont pas inoubliables non plus. En revanche, dès qu'il s'agit de chanter et de danser, on change de dimension. Chaque numéro est brillant qu'il soit accompli en solo (Fred Astaire et les jazzmen dans la salle des machines du paquebot) ou en duo (le numéro Astaire-Rogers en patins à roulettes est époustouflant et la chanson qui l'accompagne l'est tout autant). Les véritables auteurs de ces comédies musicales de la RKO aux réalisateurs interchangeables et aux décors et techniciens immuables ce sont les compositeurs (cités, c'est un signe qui ne trompe pas à la place du réalisateur) et les chorégraphes ainsi que le couple vedette. Dans "Shall We Dance", il s'agit de George Gershwin pour la musique et comme dans "Top Hat" de Hermes Pan pour les chorégraphies. Quant au duo Astaire-Rogers, merveilleux danseurs à l'alchimie parfaite entrés dans la légende du cinéma, il s'avère que dès cette époque, Ginger affirme de grandes qualités de comédienne qui font cruellement défaut à son partenaire pourtant bien plus expérimenté qu'elle (qui fera heureusement des progrès par la suite).

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Hellzapoppin

Publié le par Rosalie210

H.C. Potter (1941)

Hellzapoppin

"Hellzapoppin" est un OVNI dans le paysage cinématographique américain des années quarante de par le fait qu'il mélange au moins trois genres: la comédie musicale (le film est d'ailleurs la déclinaison cinématographique de la revue musicale éponyme de Broadway), la comédie burlesque nonsensique (telle qu'on la trouve à l'époque du muet chez Max LINDER et du parlant des années 30 chez les Marx Brothers) et le cartoon façon Tex AVERY . S'y ajoute un jeu de mise en abyme, le spectateur étant souvent interpellé, le projectionniste du film faisant des apparitions sans parler des auteurs de la pièce (et acteurs principaux du film), le duo comique Ole OLSEN et Chic JOHNSON que l'on voit regarder le film. Le résultat est inventif mais foutraque, hystérique et franchement inégal. L'intrigue imposée par les studios (une romance entre deux jeunes premiers fadasses à peine contrariée par quelques quiproquos) n'a aucun intérêt et elle est d'ailleurs sans arrêt parasitée par des intrusions comiques quand elle n'est pas remisée dans un coin au profit d'un délire nonsensique ou d'une scène de danse de Lindy Hop. Heureusement mais la traduction française fait perdre beaucoup de la saveur des jeux de mots initiaux et on oscille sans cesse entre gags liés à des trucages purement cinématographiques (changements intempestifs de costumes, de taille de plante et de décors, décadrages, inserts venant perturber une scène, disparition d'une partie du corps etc.) et d'autres qui relèvent du théâtre filmé, une partie de l'intrigue se déroulant sur les planches. S'y ajoute l'abattage d'une Martha RAYE alias "big mouth" déchaînée mais qui court beaucoup dans tous les sens et en fait des tonnes.

On a beaucoup écrit que Les Monty Python s'étaient inspirés de Hellzapoppin, néanmoins je préfère l'humour pince-sans-rire british à l'agitation hystérique des américains et celui-ci est au service d'une critique acerbe de la société alors que Hellzapoppin relève du pur divertissement ludique qui tourne un peu à vide.

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Une femme est une femme

Publié le par Rosalie210

Jean-Luc Godard (1960)

Une femme est une femme

"Une femme est une femme", le troisième film de Jean-Luc GODARD (mais le deuxième sorti sur les écrans à cause de la censure de "Le Petit soldat") (1960) est aussi son premier en couleur. Et comme son contemporain et "collègue" de la Nouvelle vague, Jacques DEMY avec son troisième film "Les Parapluies de Cherbourg" (1964), Godard donne avec "Une femme est une femme" son interprétation toute personnelle de la comédie musicale qu'il s'amuse à déstructurer tant du point de vue du montage des images que celui du son. Il multiplie d'ailleurs les clins d'oeil à ses amis de la Nouvelle vague (Jacques DEMY n'ayant pas encore tourné "Les Parapluies de Cherbourg" (1964), c'est "Lola" (1960) qui sert de référence, notamment pour les scènes de cabaret avec Anna KARINA sans parler de l'emprunt de Michel LEGRAND et ses airs jazzy si reconnaissables mais on trouve aussi des allusions à "Tirez sur le pianiste" (1960) de François TRUFFAUT, à "L'Opéra-mouffe" de Agnès VARDA et à "À bout de souffle (1959) son premier film, c'est d'ailleurs Jean-Paul BELMONDO qui veut comme par hasard "ne pas le louper" à la TV) mais aussi aux grands noms de la comédie musicale hollywoodienne (Cyd CHARISSE, Gene KELLY future vedette des "Les Demoiselles de Rochefort" (1966) à Bob FOSSE). L'exercice de style est fort réussi, notamment en ce qui concerne l'usage de la couleur qui m'a fait penser à un détonnant mélange de portraits polychromes de Andy Warhol et de chauvinisme cocorico bleu blanc rouge! Le fond en revanche est bien léger et l'intrigue tient sur un timbre-poste. Il ne suffit pas de citer Ernst LUBITSCH pour avoir sa subtile "touch". Même si le badinage à trois reste charmant et élégant, Anna KARINA et surtout Jean-Claude BRIALY surjouent par rapport à un Jean-Paul BELMONDO qui reste parfait de naturel. Bref c'est rafraîchissant et récréatif, innovant et audacieux mais un peu plus de charpente aurait été bienvenu.

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Coup de foudre à Bollywood (Bride and Prejudice)

Publié le par Rosalie210

Gurinder Chadha (2004)

Coup de foudre à Bollywood (Bride and Prejudice)

"Orgueil et Préjugés" à la sauce bollywoodienne revue et corrigée par Hollywood et la réalisatrice de "Joue-la comme Beckham" (2002) cela donne un film chatoyant et entraînant dans lequel on ne s'ennuie pas une seconde. Le livre de Jane Austen renommé en VO "Bride and Prejudice" est astucieusement transposé de nos jours entre personnes de la très bonne société certes mais issues de deux cultures différentes ce qui épice pas mal la sauce. Outre les chassés croisés dans les différents pays des protagonistes (l'Inde, le Royaume-Uni et les USA) on retrouve l'esprit melting-pot dans des chorégraphies qui évoquent autant Bollywood que Broadway. Les acteurs indiens sont globalement très bons avec une mention spéciale pour l'héroïne, Lalita. Aishwarya RAI est d'une beauté à couper le souffle (elle a été miss monde dix ans avant de jouer dans le film) et a beaucoup d'esprit et de caractère, bref elle est parfaite en Elizabeth indienne. L'autre acteur épatant, c'est Nitin Chandra Ganatra qui joue un M. Kohli (Mr. Collins) beaucoup plus sympathique que dans le roman, ridicule certes mais tendre. Il est clair que le film n'est pas une satire sociale comme peut l'être le roman d'origine, tout est fait pour faire rêver et divertir le spectateur à la manière des soap opera donc on ne parle pas des choses qui fâchent et on reste léger. Il n'empêche que le charme opère et que le film opte pour une direction clairement féministe. Les personnages masculins sont en effet pâlots à côté des filles de la famille Bakshi, y compris le pauvre Darcy joué par un bellâtre quelconque. C'est dommage mais le personnage est souvent sacrifié dans les adaptations au profit d'Elizabeth.

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Rocketman

Publié le par Rosalie210

Dexter Fletcher (2019)

Rocketman

J'ai été globalement déçue par le film que j'ai trouvé à la fois convenu, poussif et sans relief. L'idée de renouveler le genre très codifié du biopic à l'aide de la comédie musicale était bonne mais je n'ai pas trouvé le résultat magique alors que j'adore la plupart des chansons d'Elton John. Il manque un grain de folie dans les chorégraphies qui les auraient rendues plus percutantes et un point de vue moins lourdement psychologisant sur l'artiste. Non que ses traumatismes d'enfance ne soient pas importants mais cela ne suffit pas à expliquer son génie. Car on nous présente surtout Elton comme un être névrosé et dépressif pour expliquer son besoin d'évasion dans un univers extravagant et coloré (en plus du fait que le déguisement et le théâtre sont de bons remèdes à la timidité). L'indifférence de ses parents qui ne l'ont pas désiré est montrée comme étant à l'origine de sa soif d'exister ainsi que de ses multiples addictions (qui ont pour fonction de combler le vide affectif). Ok mais sa flamboyance ne peut s'expliquer seulement en réaction à un environnement mortifère. Par exemple ses relations amicales et amoureuses sont survolées alors qu'elles sont essentielles dans sa créativité. Idem sur ses sources d'inspiration. Car son travail de composition n'est jamais véritablement abordé, c'est plutôt la bête de scène et les affres du show business qui sont mis en avant. Ce qui manque aussi beaucoup à mon sens, c'est une véritable contextualisation historique. En effet être homosexuel en Angleterre dans les années 70-80 n'était pas aussi évident qu'aujourd'hui et la difficulté de s'affirmer différent ne peut se résumer aux quelques propos péremptoires de la mère ou au comportement masculiniste du père. L'iconoclasme d'Elton John bouscule l'ensemble de la société. Enfin seule la première partie de sa carrière est couverte par le film, c'est frustrant. Dans le genre, j'ai préféré "Bohemian Rhapsody" (2017) qui est inégal mais fait mieux ressentir l'énergie et le talent de chaque membre du groupe.

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Moulin Rouge

Publié le par Rosalie210

Baz Luhrmann (2001)

Moulin Rouge

Cela vaut la peine de ne pas s'arrêter au premier quart d'heure d'un film dont on voit alors surtout les défauts (le côté hystérique du montage, les effets visuels pas toujours de bon goût et un jeu outrancier du côté des personnages secondaires). Cela vaut le coup parce que Baz Luhrmann dépoussière dans "Moulin Rouge" la comédie musicale d'une manière aussi audacieuse et intelligente qu'il l'avait fait pour le drame de Shakespeare "Romeo + Juliette". Bien que cette référence ne soit pas revendiquée par la réalisateur "Moulin Rouge" ressemble à une version baroque, pop-rock et barrée de "La Traviata" avec Christian dans le rôle d'Alfredo et Satine dans celui de Violetta. Ce n'est certainement pas par hasard que Ewan Mc Grégor et Nicole Kidman ont marqué les esprits, le premier chantant divinement bien, la seconde déployant son charisme dans de superbes chorégraphies, avec notamment la reprise du "Diamonds are a girl's best friend" chanté et dansé par Marilyn Monroe dans "Les Hommes préfèrent les blondes" (mélangé au "Material Girl" de Madonna) et  une dernière demi-heure bollywoodienne de folie. Mais j'ai trouvé remarquable aussi l'abattage de Jim Broadbent (Horace Slughorn dans la saga Harry Potter) dans le rôle de Harold Zidler. le propriétaire du cabaret-club. Son interprétation du "Like a Virgin" de Madonna a largement sa place aux côtés de la séquence introductive de "Réservoir Dogs" dans les annales de l'exégèse de ce tube éternel.

Car c'est dans la réinvention des standards de la pop culture que le film atteint le nirvana ^^. Chacune est un vrai petit bijou, drôle, décalé, surprenant et le plus fort dans tout cela c'est que cela ne jure jamais avec le cadre Belle-Epoque que ce soit pour Madonna, David Bowie, Nirvana, Police, Elton John ou Freddy Mercury (ces deux derniers par leur sens de la démesure et leur extravagance se seraient bien entendu avec Baz Luhrmann, je le sens). Mine de rien, Baz Luhrmann confère à cette culture populaire ses lettres de noblesse en lui donnant la dimension d'un opéra et à l'inverse, il revitalise celui-ci d'une manière aussi flamboyante que le titre que porte le show du film "Spectacular, Spectacular".

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Charlie et la Chocolaterie (Charlie and the Chocolate Factory)

Publié le par Rosalie210

Tim Burton (2005)

Charlie et la Chocolaterie (Charlie and the Chocolate Factory)

L'impression irréelle qui se dégage de cette adaptation de "Charlie et la chocolaterie" est lié au fait qu'elle mélange dans un même espace géographique des technologies, des styles d'habitation, des modes de vie et même des genres a priori très différents. Par exemple certains éléments relèvent du conte intemporel (la chaumière de guinguois, les magasins bonbonnières, les propriétés magiques des confiseries) mais d'autres s'inscrivent dans un contexte de société industrielle avec du travail à la chaîne omniprésent qu'il soit humain (le père de Charlie est OS sur une chaîne avant d'être remplacé par des robots), animal (les écureuils trieurs de noix) ou mécanisé (la musique de Danny ELFMAN possède d'ailleurs elle-même un caractère mécanique qui accompagne la chaîne de fabrication du chocolat). Enfin l'intérieur de la chocolaterie par endroits relève du laboratoire de recherche-développement à la blancheur clinique et high-tech en particulier la salle de télévision où la référence à "2001, l'odyssée de l'espace" (1968) et sa tablette-monolithe trouve tout son sens puisque dans le film on a parcouru sans même sans rendre compte une grande partie de l'histoire du "progrès humain".

Mais cette histoire de "progrès humain" est contredite par la satire de "l'enfant-roi" qui accompagne la quête de Willy Wonka pour trouver un héritier. Comme il s'en remet au hasard (ou à la chance c'est selon) avec le seul geste accompli par une main humaine dans le générique qui est de glisser dans cinq tablettes de chocolat un ticket d'or permettant de visiter sa chocolaterie (c'est à dire de le rencontrer), il se retrouve avec quatre véritables petits monstres, chacun d'entre eux incarnant ce que l'on pourrait appeler dans le langage industriel un "vice de forme", allégorie des pires travers de la société occidentale:
- Augustus Gloop, fils de boucher allemand est comme son nom l'indique un glouton obèse "affreux, sale et méchant" à la "M. Creosote" sauf que contrairement au sketch des Monty Python il n'éclate pas. Il ne devient pas non plus comme dans le roman de Roald Dahl fin comme une allumette, il s'est transformé en "bonhomme en chocolat" se dévorant lui-même ce qui est assez terrifiant mais juste dans le fond pour décrire la consommation à outrance.
- Veruca Salt est une petite fille de la haute bourgeoisie britannique tyrannique parce que pourrie-gâtée par son père propriétaire d'une usine de noix. Habituée à avoir tout ce qu'elle veut, son incapacité à supporter la frustration la destine à finir dans "les poubelles de l'histoire".
- Violette Beauregard est l'archétype de la "gagnante", une gamine américaine blonde platine vulgaire qui n'est motivée que par la compétition et les trophées. Elle est le miroir narcissique de sa mère à l'allure de poupée Barbie qui vit ses rêves de gloire par procuration. Qu'elle finisse gonflée comme un gros ballon est un reflet de son caractère mais ce qui traumatise le plus sa mère c'est que sa peau a viré au bleu et qu'elle ne pourra plus jamais lui ressembler.
- Enfin Mike Teavee est le geek blasé qui méprise la terre entière (et ses pauvres parents dépassés en premier) tellement il se sent supérieur. Il n'est pas grossier comme Augustus, tyrannique comme Veruca ou hypocrite comme Violette, il est franchement destructeur. Aussi il finira miniaturisé et "mis en boîte".

Si la visite de la chocolaterie a un côté Disneyland que l'on retrouve aussi dans "Dumbo" (2019) (la scène des rapides en bateau en particulier), les chansons chorégraphiées des oompa-loompa (tous interprétés par le même acteur) qui épinglent le comportement de chacun de ces quatre enfants sont des régals de parodie dissonante tant de stars et de groupes musicaux (Beatles, Queen, Michael Jackson, hard-rock) que de films ("Le Bal des sirènes" (1944), "Psychose" (1960), "Pulp Fiction" (1994) etc.)

Charlie, le cinquième enfant et Willy Wonka qui incarnent les deux extrêmes opposés vont pourtant se rencontrer parce qu'ils ont un point commun: ils ne rentrent pas dans la norme telle qu'elle est représentée par les quatre autres enfants. Charlie semble tout droit sortir des faubourgs misérables du Londres du XIX° décrit par Charles Dickens à ceci près que s'il est misérable sur le plan matériel, il est riche de l'amour de sa famille élargie avec laquelle il vit en harmonie. Willy Wonka en revanche est un créateur de génie et un industriel plein aux as mais sans famille. Dans la version de Tim BURTON où il est incarné par Johnny DEPP, ce dernier le décrit comme autiste, ce qui effectivement saute aux yeux. Dire qu'il vit dans sa bulle chocolatière est un euphémisme, il est également entouré d'une bulle transparente quand il sort (l'ascenseur) et même lorsqu'il finit par adopter Charlie puis sa famille, il les inclut dans sa bulle. Il n'est pas à l'aise dans les rapports humains, n'aime pas être touché, n'a pas une attitude socialement adaptée au point d'être obligé de lire des fiches pour savoir quoi dire à son audience et a un petit rire qui résonne à contretemps, quelque peu mécanique comme le reste de sa personne tirée à quatre épingles comme s'il était une sorte de pantin sorti de la vitrine (la scène où on le voit la première fois le présente exactement ainsi et le fait que les vrais pantins prennent feu et que cela le fasse rire suscite d'emblée un certain malaise). En revanche dans le domaine exclusif du chocolat, il est aussi expert que perfectionniste et la richesse de son univers intérieur contraste violemment avec l'aspect grisâtre du bâtiment extérieur.

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Blanches colombes et vilains messieurs (Guys and dolls)

Publié le par Rosalie210

Joseph L. Mankiewicz (1955)

Blanches colombes et vilains messieurs (Guys and dolls)

"Blanches colombes et vilains messieurs" est une œuvre à la fois impersonnelle et incohérente. Impersonnelle car il s'agit de la commande d'un producteur, Samuel GOLDWYN qui a fait des choix surprenants. Au lieu de s'assurer les services d'un spécialiste de la comédie musicale comme Stanley DONEN ou Vincente MINNELLI, il a désigné un réalisateur très éloigné du genre, Joseph L. MANKIEWICZ et qui n'est parvenu à aucun moment à exprimer sa personnalité propre (plutôt intellectuelle et ironique avec un intérêt prononcé pour les conflits de classes sociales). Au niveau du casting, c'est tout aussi fouillis avec un mélange peu harmonieux entre d'une part des professionnels chevronnés ayant joué dans la comédie musicale sur les planches de Broadway et des premiers rôles totalement novices dans le genre comme Marlon BRANDO et Jean SIMMONS, les deux têtes d'affiche. La mayonnaise ne prend pas et on a l'impression le plus souvent d'avoir deux films différents juxtaposés. Sans parler de Frank SINATRA qui semble se demander ce qu'il fait là et est totalement éteint. Paradoxalement, les meilleurs moments sont ceux de Marlon BRANDO et Jean SIMMONS qui s'en sortent bien et s'avèrent même inventifs et dynamiques malgré leurs rôles stéréotypés alors que les comédiens professionnels ronronnent dans une routine mécanique profondément ennuyeuse. Si l'on ajoute que les chorégraphies pompées sur le spectacle sentent la poussière (quand elles ne sont pas tout simplement vulgaires), que les décors en studio font ringards et que le scénario est insignifiant, il est clair que cette comédie musicale est un pur produit commercial mal fagoté mais bankable puisque ayant rencontré un grand succès à sa sortie et ayant des fans encore aujourd'hui. Mais si vous aimez vraiment les films de Joseph L. MANKIEWICZ, passez votre chemin. En revanche si vous aimez Marlon BRANDO, vous pouvez vous risquer à subir ces 2h30 de purge pour les quelques moments sympas où il apparaît en poussant la chansonnette.

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