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Articles avec #comedie musicale tag

Rocketman

Publié le par Rosalie210

Dexter Fletcher (2019)

Rocketman

J'ai été globalement déçue par le film que j'ai trouvé à la fois convenu, poussif et sans relief. L'idée de renouveler le genre très codifié du biopic à l'aide de la comédie musicale était bonne mais je n'ai pas trouvé le résultat magique alors que j'adore la plupart des chansons d'Elton John. Il manque un grain de folie dans les chorégraphies qui les auraient rendues plus percutantes et un point de vue moins lourdement psychologisant sur l'artiste. Non que ses traumatismes d'enfance ne soient pas importants mais cela ne suffit pas à expliquer son génie. Car on nous présente surtout Elton comme un être névrosé et dépressif pour expliquer son besoin d'évasion dans un univers extravagant et coloré (en plus du fait que le déguisement et le théâtre sont de bons remèdes à la timidité). L'indifférence de ses parents qui ne l'ont pas désiré est montrée comme étant à l'origine de sa soif d'exister ainsi que de ses multiples addictions (qui ont pour fonction de combler le vide affectif). Ok mais sa flamboyance ne peut s'expliquer seulement en réaction à un environnement mortifère. Par exemple ses relations amicales et amoureuses sont survolées alors qu'elles sont essentielles dans sa créativité. Idem sur ses sources d'inspiration. Car son travail de composition n'est jamais véritablement abordé, c'est plutôt la bête de scène et les affres du show business qui sont mis en avant. Ce qui manque aussi beaucoup à mon sens, c'est une véritable contextualisation historique. En effet être homosexuel en Angleterre dans les années 70-80 n'était pas aussi évident qu'aujourd'hui et la difficulté de s'affirmer différent ne peut se résumer aux quelques propos péremptoires de la mère ou au comportement masculiniste du père. L'iconoclasme d'Elton John bouscule l'ensemble de la société. Enfin seule la première partie de sa carrière est couverte par le film, c'est frustrant. Dans le genre, j'ai préféré "Bohemian Rhapsody" (2017) qui est inégal mais fait mieux ressentir l'énergie et le talent de chaque membre du groupe.

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Moulin Rouge

Publié le par Rosalie210

Baz Luhrmann (2001)

Moulin Rouge

Cela vaut la peine de ne pas s'arrêter au premier quart d'heure d'un film dont on voit alors surtout les défauts (le côté hystérique du montage, les effets visuels pas toujours de bon goût et un jeu outrancier du côté des personnages secondaires). Cela vaut le coup parce que Baz Luhrmann dépoussière dans "Moulin Rouge" la comédie musicale d'une manière aussi audacieuse et intelligente qu'il l'avait fait pour le drame de Shakespeare "Romeo + Juliette". Bien que cette référence ne soit pas revendiquée par la réalisateur "Moulin Rouge" ressemble à une version baroque, pop-rock et barrée de "La Traviata" avec Christian dans le rôle d'Alfredo et Satine dans celui de Violetta. Ce n'est certainement pas par hasard que Ewan Mc Grégor et Nicole Kidman ont marqué les esprits, le premier chantant divinement bien, la seconde déployant son charisme dans de superbes chorégraphies, avec notamment la reprise du "Diamonds are a girl's best friend" chanté et dansé par Marilyn Monroe dans "Les Hommes préfèrent les blondes" (mélangé au "Material Girl" de Madonna) et  une dernière demi-heure bollywoodienne de folie. Mais j'ai trouvé remarquable aussi l'abattage de Jim Broadbent (Horace Slughorn dans la saga Harry Potter) dans le rôle de Harold Zidler. le propriétaire du cabaret-club. Son interprétation du "Like a Virgin" de Madonna a largement sa place aux côtés de la séquence introductive de "Réservoir Dogs" dans les annales de l'exégèse de ce tube éternel.

Car c'est dans la réinvention des standards de la pop culture que le film atteint le nirvana ^^. Chacune est un vrai petit bijou, drôle, décalé, surprenant et le plus fort dans tout cela c'est que cela ne jure jamais avec le cadre Belle-Epoque que ce soit pour Madonna, David Bowie, Nirvana, Police, Elton John ou Freddy Mercury (ces deux derniers par leur sens de la démesure et leur extravagance se seraient bien entendu avec Baz Luhrmann, je le sens). Mine de rien, Baz Luhrmann confère à cette culture populaire ses lettres de noblesse en lui donnant la dimension d'un opéra et à l'inverse, il revitalise celui-ci d'une manière aussi flamboyante que le titre que porte le show du film "Spectacular, Spectacular".

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Charlie et la Chocolaterie (Charlie and the Chocolate Factory)

Publié le par Rosalie210

Tim Burton (2005)

Charlie et la Chocolaterie (Charlie and the Chocolate Factory)

L'impression irréelle qui se dégage de cette adaptation de "Charlie et la chocolaterie" est lié au fait qu'elle mélange dans un même espace géographique des technologies, des styles d'habitation, des modes de vie et même des genres a priori très différents. Par exemple certains éléments relèvent du conte intemporel (la chaumière de guinguois, les magasins bonbonnières, les propriétés magiques des confiseries) mais d'autres s'inscrivent dans un contexte de société industrielle avec du travail à la chaîne omniprésent qu'il soit humain (le père de Charlie est OS sur une chaîne avant d'être remplacé par des robots), animal (les écureuils trieurs de noix) ou mécanisé (la musique de Danny ELFMAN possède d'ailleurs elle-même un caractère mécanique qui accompagne la chaîne de fabrication du chocolat). Enfin l'intérieur de la chocolaterie par endroits relève du laboratoire de recherche-développement à la blancheur clinique et high-tech en particulier la salle de télévision où la référence à "2001, l'odyssée de l'espace" (1968) et sa tablette-monolithe trouve tout son sens puisque dans le film on a parcouru sans même sans rendre compte une grande partie de l'histoire du "progrès humain".

Mais cette histoire de "progrès humain" est contredite par la satire de "l'enfant-roi" qui accompagne la quête de Willy Wonka pour trouver un héritier. Comme il s'en remet au hasard (ou à la chance c'est selon) avec le seul geste accompli par une main humaine dans le générique qui est de glisser dans cinq tablettes de chocolat un ticket d'or permettant de visiter sa chocolaterie (c'est à dire de le rencontrer), il se retrouve avec quatre véritables petits monstres, chacun d'entre eux incarnant ce que l'on pourrait appeler dans le langage industriel un "vice de forme", allégorie des pires travers de la société occidentale:
- Augustus Gloop, fils de boucher allemand est comme son nom l'indique un glouton obèse "affreux, sale et méchant" à la "M. Creosote" sauf que contrairement au sketch des Monty Python il n'éclate pas. Il ne devient pas non plus comme dans le roman de Roald Dahl fin comme une allumette, il s'est transformé en "bonhomme en chocolat" se dévorant lui-même ce qui est assez terrifiant mais juste dans le fond pour décrire la consommation à outrance.
- Veruca Salt est une petite fille de la haute bourgeoisie britannique tyrannique parce que pourrie-gâtée par son père propriétaire d'une usine de noix. Habituée à avoir tout ce qu'elle veut, son incapacité à supporter la frustration la destine à finir dans "les poubelles de l'histoire".
- Violette Beauregard est l'archétype de la "gagnante", une gamine américaine blonde platine vulgaire qui n'est motivée que par la compétition et les trophées. Elle est le miroir narcissique de sa mère à l'allure de poupée Barbie qui vit ses rêves de gloire par procuration. Qu'elle finisse gonflée comme un gros ballon est un reflet de son caractère mais ce qui traumatise le plus sa mère c'est que sa peau a viré au bleu et qu'elle ne pourra plus jamais lui ressembler.
- Enfin Mike Teavee est le geek blasé qui méprise la terre entière (et ses pauvres parents dépassés en premier) tellement il se sent supérieur. Il n'est pas grossier comme Augustus, tyrannique comme Veruca ou hypocrite comme Violette, il est franchement destructeur. Aussi il finira miniaturisé et "mis en boîte".

Si la visite de la chocolaterie a un côté Disneyland que l'on retrouve aussi dans "Dumbo" (2019) (la scène des rapides en bateau en particulier), les chansons chorégraphiées des oompa-loompa (tous interprétés par le même acteur) qui épinglent le comportement de chacun de ces quatre enfants sont des régals de parodie dissonante tant de stars et de groupes musicaux (Beatles, Queen, Michael Jackson, hard-rock) que de films ("Le Bal des sirènes" (1944), "Psychose" (1960), "Pulp Fiction" (1994) etc.)

Charlie, le cinquième enfant et Willy Wonka qui incarnent les deux extrêmes opposés vont pourtant se rencontrer parce qu'ils ont un point commun: ils ne rentrent pas dans la norme telle qu'elle est représentée par les quatre autres enfants. Charlie semble tout droit sortir des faubourgs misérables du Londres du XIX° décrit par Charles Dickens à ceci près que s'il est misérable sur le plan matériel, il est riche de l'amour de sa famille élargie avec laquelle il vit en harmonie. Willy Wonka en revanche est un créateur de génie et un industriel plein aux as mais sans famille. Dans la version de Tim BURTON où il est incarné par Johnny DEPP, ce dernier le décrit comme autiste, ce qui effectivement saute aux yeux. Dire qu'il vit dans sa bulle chocolatière est un euphémisme, il est également entouré d'une bulle transparente quand il sort (l'ascenseur) et même lorsqu'il finit par adopter Charlie puis sa famille, il les inclut dans sa bulle. Il n'est pas à l'aise dans les rapports humains, n'aime pas être touché, n'a pas une attitude socialement adaptée au point d'être obligé de lire des fiches pour savoir quoi dire à son audience et a un petit rire qui résonne à contretemps, quelque peu mécanique comme le reste de sa personne tirée à quatre épingles comme s'il était une sorte de pantin sorti de la vitrine (la scène où on le voit la première fois le présente exactement ainsi et le fait que les vrais pantins prennent feu et que cela le fasse rire suscite d'emblée un certain malaise). En revanche dans le domaine exclusif du chocolat, il est aussi expert que perfectionniste et la richesse de son univers intérieur contraste violemment avec l'aspect grisâtre du bâtiment extérieur.

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Blanches colombes et vilains messieurs (Guys and dolls)

Publié le par Rosalie210

Joseph L. Mankiewicz (1955)

Blanches colombes et vilains messieurs (Guys and dolls)

"Blanches colombes et vilains messieurs" est une œuvre à la fois impersonnelle et incohérente. Impersonnelle car il s'agit de la commande d'un producteur, Samuel GOLDWYN qui a fait des choix surprenants. Au lieu de s'assurer les services d'un spécialiste de la comédie musicale comme Stanley DONEN ou Vincente MINNELLI, il a désigné un réalisateur très éloigné du genre, Joseph L. MANKIEWICZ et qui n'est parvenu à aucun moment à exprimer sa personnalité propre (plutôt intellectuelle et ironique avec un intérêt prononcé pour les conflits de classes sociales). Au niveau du casting, c'est tout aussi fouillis avec un mélange peu harmonieux entre d'une part des professionnels chevronnés ayant joué dans la comédie musicale sur les planches de Broadway et des premiers rôles totalement novices dans le genre comme Marlon BRANDO et Jean SIMMONS, les deux têtes d'affiche. La mayonnaise ne prend pas et on a l'impression le plus souvent d'avoir deux films différents juxtaposés. Sans parler de Frank SINATRA qui semble se demander ce qu'il fait là et est totalement éteint. Paradoxalement, les meilleurs moments sont ceux de Marlon BRANDO et Jean SIMMONS qui s'en sortent bien et s'avèrent même inventifs et dynamiques malgré leurs rôles stéréotypés alors que les comédiens professionnels ronronnent dans une routine mécanique profondément ennuyeuse. Si l'on ajoute que les chorégraphies pompées sur le spectacle sentent la poussière (quand elles ne sont pas tout simplement vulgaires), que les décors en studio font ringards et que le scénario est insignifiant, il est clair que cette comédie musicale est un pur produit commercial mal fagoté mais bankable puisque ayant rencontré un grand succès à sa sortie et ayant des fans encore aujourd'hui. Mais si vous aimez vraiment les films de Joseph L. MANKIEWICZ, passez votre chemin. En revanche si vous aimez Marlon BRANDO, vous pouvez vous risquer à subir ces 2h30 de purge pour les quelques moments sympas où il apparaît en poussant la chansonnette.

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Mamma Mia!

Publié le par Rosalie210

Phyllida Lloyd (2008)

Mamma Mia!

A condition de renoncer à toute prétention cinéphilique et d'assumer son côté kitsch et mièvre (ce que je n'avais pas fait la première fois que je l'avais vu), "Mamma Mia!" permet de passer un bon moment. L'histoire n'est qu'un prétexte à enchaîner les tubes entraînants d'Abba, si nombreux qu'ils permettent de remplir le cahier des charges d'un film de près de deux heures. Dans les années 80 j'écoutais en boucle la comédie musicale "Abbacadabra" où officiaient entre autre le regretté Daniel Balavoine, Plastic Bertrand et … Clémentine Autain (comme quoi tous les chemins mènent à la politique ^^). J'étais donc parée à toute éventualité ^^. Ensuite il y a le casting prestigieux qui y va à fond, quitte à être ridicule, autant l'assumer. Du coup cela devient de l'autodérision et c'est sympathique de voir tous ces quinquagénaires jouer les djeun's et pousser la chansonnette en ne se prenant jamais au sérieux (ce qui est une preuve d'intelligence!). Côté femmes, on a Meryl Streep qui a l'air de s'éclater tout comme ses deux copines, Christine Baranski et Julie Walters (la Molly Weasley de la saga Harry Potter). Côté hommes on a Pierce Brosnan (qui nous casse tout de même un peu les oreilles, le chant n'est pas son fort  mais ça finit par être drôle à la longue ^^) et Colin Firth qui s'autoparodie avec jubilation. Pourquoi ne pas faire la fête en si bonne compagnie? On aurait tort de s'en priver ^^.

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Hair

Publié le par Rosalie210

Milos Forman (1979)

Hair

"Hair" et son hymne "Let the Sunshine in" peut être considérée comme la première comédie musicale rock de l'histoire. Elle a été créée en 1967, en plein mouvement contestataire de la jeunesse contre la guerre du Vietnam. Une jeunesse qui rejette également les valeurs conservatrices des parents en adoptant le mode de vie hippie, son pacifisme (le flower power, l'attirance pour les religions orientales), sa liberté de mœurs (en matière sexuelle et de consommation de drogues), son rejet du productivisme, du puritanisme et de la société de consommation, son esthétique (par rejet des institutions militaires et bourgeoises corsetées, les hippies portaient des tenues décontractées et colorées, s'adonnaient au naturisme et filles comme garçons laissaient leurs cheveux pousser librement ce qui explique le titre de la comédie musicale "Hair"). "Hair" a décoiffé (et dénudé) Broadway tout comme tous les lieux par lesquels elle est passée ensuite, la troupe de comportant dans la salle comme sur scène et suscitant parfois des réactions de rejet comme à Paris en 1969 avec la tentative de l'Armée du Salut pour arrêter le spectacle.

Milos Forman conjugue donc dans son film réalisé dix ans plus tard l'esprit d'une époque avec ses thèmes de prédilection, ceux d'un cinéaste en révolte contre toutes les formes d'oppression institutionnelle. Sous sa direction, "Hair" se transforme en ballet tragi-comique autour d'une liberté ardemment recherchée mais dont l'accomplissement se paye d'un prix aussi amer que dans "Vol au-dessus d'un nid de coucou". Le système social que dépeint Milos Forman est en effet menacé par la subversion de ceux qui le défient. Dans "Hair", ils s'invitent dans la société bourgeoise pour y renverser la table et commencent à convertir à leur cause les jeunes pousses. Aussi, chez Forman, les deux camps se livrent une lutte à mort où le système ne laisse que deux possibilités à ceux qui le remettent en cause: rentrer dans le rang ou être écrasé. Berger (Treat Williams), le leader des hippies sacrifie ainsi sa vie sans le vouloir pour permettre à son ami Claude (John Savage) de recouvrer la liberté, un peu comme le faisait (symboliquement) Mc Murphy pour "Chef" dans "Vol au-dessus d'un nid de coucou". Toutes les séquences de happening filmées dans Central Park sont admirables dans leur composition, de même que celle où Berger secoue le cocotier d'un grand repas de cérémonie bourgeoise, tout comme la fin où l'hymne "Let The Sunshine in" prend une résonance poignante.

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Jeanne et le garçon formidable

Publié le par Rosalie210

Olivier Ducastel et Jacques Martineau (1998)

Jeanne et le garçon formidable

"Jeanne et le garçon formidable" est un alliage réussi entre l'héritage de la comédie musicale de Jacques Demy et l'actualité de l'époque, plus précisément l'épopée activiste d'Act Up telle qu'elle est racontée dans "120 battements par minute" de Robin Campillo. Jacques Martineau et Olivier Ducastel militaient chez Act Up et le deuxième avait été également assistant-monteur sur le dernier film de Jacques Demy "Trois places pour le 26". Leur premier long-métrage lui rend donc hommage de plusieurs manières tout en donnant aux chansons un caractère engagé Act Up. Mathieu Demy, fils de Jacques Demy et d'Agnès Varda interprète le rôle principal. Afin qu'il n'endosse pas le rôle de son père (homosexuel et mort du sida ce qui était tenu secret à l'époque mais était connu des protagonistes du film devant et derrière la caméra), il devient hétérosexuel et toxicomane dans le film, celui-ci pour citer Libération "consistant à goupiller le patois d'un genre (homo) dans le dialecte d'un autre (hétéro)" avec dans le rôle de la butineuse polyamoureuse, Virginie Ledoyen. "Jeanne et le garçon formidable" est par ailleurs une comédie musicale, genre tombé en désuétude dont les codes sont extrêmement proches de celles de Jacques Demy. On retrouve les personnages qui se ratent, qui dansent à l'arrière-plan ainsi que le prosaïsme et la légèreté de façade ("S'il te plait, donne-moi une tranche/ Attends je vais te la, je vais te la beurrer/ Je te mets de la confiture/ Ou bien du miel si tu préfères/ Je crois que j'aime autant nature/Passe-moi le sucre, c'est trop amer." etc.) derrière lesquels se dissimule un contexte social grave. Celui des malades du sida mais également celui de l'exclusion des homosexuels de la juridiction touchant la vie de couple (la chanson de François à propos de la mort de son compagnon rappelle qu'avant l'adoption du PACS en 1999 les conjoints n'avaient aucun droit et se retrouvaient parfois dans des situations dramatiques) et enfin les difficultés pour les immigrés et leurs enfants à accéder à la nationalité française, allusion aux lois Pasqua (une des bêtes noires des réalisateurs avec Edith Cresson pour leur rôle contre-productif dans la gestion de l'épidémie de sida). "Jeanne et le garçon formidable" est donc paradoxalement un film engagé sur la peur de l'engagement, le seul garçon pour lequel Jeanne est prête à s'impliquer étant justement celui qui se dérobe avant de disparaître définitivement. C'est aussi un film sur le consumérisme. Outre la chanson interprétée par Valérie Bonneton et Denis Podalydès (tous les acteurs chantent eux-mêmes sauf Virginie Ledoyen qui est doublée par Elise Caron) célébrant les joies du confort domestique de l'American way of life dont on ne sait si c'est du premier ou du second degré, le personnage de Jeanne est une croqueuse d'hommes qui en change comme de chemise et est toujours pressée avec un emploi du temps de ministre puisqu'elle mène de front plusieurs relations à la fois. Le marivaudage amoureux est un thème qui colle à la peau du cinéma de la nouvelle vague, on pense parfois à Eric Rohmer et surtout à Jeanne Moreau et son "tourbillon de la vie" dans "Jules et Jim" de François Truffaut.

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La Belle de Moscou (Silk Stockings)

Publié le par Rosalie210

Rouben Mamoulian (1957)

La Belle de Moscou (Silk Stockings)

"La Belle de Moscou" se situe au crépuscule de l'âge d'or de la comédie musicale MGM. C'est aussi un remake musical de "Ninotchka" de Ernst Lubitsch sorti 20 ans plus tôt. C'est également le dernier film de Rouben Mamoulian. Fred Astaire a 58 ans, Cyd Charisse en a 35, ce sont leurs derniers rôles dansants. Sans parler du pauvre Peter Lorre qui en a 53 et s'est reconverti en petit comique de la danse ^^. Il règne donc dans ce film une ambiance de fin de règne propre aux pages sur le point de se tourner. Les chansons font d'ailleurs allusion à la concurrence croissante de la télévision en faisant la promotion du technicolor, du cinémascope et du son stéréophonique pour tenter de retenir les spectateurs dans les salles (une surenchère technologique qui fait penser aujourd'hui à la 3 et 4D, au dolby surround et autres gadgets censés en mettre plein les yeux et les oreilles mais qui sont les aspects des films qui vieillissent toujours le plus vite). L'intrigue oppose toujours de manière aussi manichéenne l'occident et l'URSS qui sont alors en pleine guerre froide. Le premier est dépeint comme un paradis de l'hédonisme. Amusant quand on sait qu'un gardien du code Hays était présent sur le tournage, obligeant Cyd Charisse à cacher le plus possible son corps considéré comme trop légèrement vêtu derrière un fauteuil ou une porte de placard lors de la très belle scène de strip-tease où, transfigurée par l'amour, elle enfile les bas de soie qui donnent leur titre au film en VO. Le second est présenté comme un régime totalitaire psycho-rigide entièrement tourné vers l'utilitarisme. Si nul ne s'offusque de voir Fred Astaire jouer les jeunes premiers alors qu'il a l'âge d'être papy (évidemment l'inverse n'est même pas imaginable), cette convention a quand même un côté assez grotesque. Si ses duos avec Cyd Charisse dégagent toujours beaucoup de charme, la musique de Cole Porter est visiblement trop moderne pour lui avec notamment un dernier titre rock'n roll dans lequel il est à la peine ^^. Mais il faut lui reconnaître un réel panache pour assumer ainsi le passage de témoin. Heureusement, il est bien épaulé par ses partenaires féminines. Outre Cyd Charisse pour le glamour, il y a Janis Paige qui compose une Esther Williams sur le retour un peu neuneu avec autant d'inventivité que Jean Hagen dans "Chantons sous la pluie".

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The Rocky Horror Picture Show

Publié le par Rosalie210

Jim Sharman (1975)

The Rocky Horror Picture Show

Film défouloir kitschissime entre glam rock et movida tout entier polarisé sur Frank, sa star transgenre charismatique et l’hallucinante performance de celui qui l’incarne, Tim (MER)CURRY ^^. Bien que bourré de références de toutes sortes, notamment aux films hollywoodiens de monstres souvent détournés ou parodiés (J’aime particulièrement la créature de Frankenstein new look bodybuildée et bronzée sortant d’un cercueil arc en ciel et puis tel King-Kong, faisant l’ascension de la tour RKO avec Frank évanoui), le film est profondément ancré dans les seventies (dimension contestataire et libertaire, paranoïa). Face au couple aseptisé joué par Susan SARANDON et Barry BOSTWICK, Frank apparaît par antithèse comme un vampire sexuel affamé de chair fraîche. Les chansons et même certaines chorégraphies ont encore de la gueule aujourd’hui. Mais il manque à ce film une vraie mise en scène (on est davantage dans un enchaînement de numéros dans des décors statiques) et un vrai scénario. Voir tous ces pantins sans consistance s’agiter frénétiquement sans but véritable finit par lasser. Quant à l’hédonisme débridé du film, il n’est que l’envers de la médaille du puritanisme du début, une autre forme d’aliénation phallocrate symbolisée par l’emprise que Frank a sur ses créatures déshabillées et utilisées comme des poupées gonflables à usage unique, puis transformées en statues puis en pantins transformistes décalquées sur leur modèle. L’affichage transgenre dissimule en réalité un sexisme tout ce qu’il y a de plus traditionnel. Janet passe ainsi du statut de sainte-nitouche à celui de salope (comme un air de déjà vu). Quant à Frank, une fois ses méfaits accomplis, il repart dans l’espace et n’aura constitué qu’une parenthèse de carnaval servant au final à conforter l’ordre établi.

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Tous en scène (The Band Wagon)

Publié le par Rosalie210

Vincente Minnelli (1953)

Tous en scène (The Band Wagon)

"Tous en scène" de Vincente MINNELLI est la quintessence du second âge d'or de la comédie musicale dominé par la MGM, à égalité avec l'autre sommet que constitue "Chantons sous la pluie" (1952) de Stanley DONEN. Les deux films ont d'ailleurs plus d'un point commun:

- C'est le même duo de scénaristes qui est aux commandes, Betty COMDEN et Adolph GREEN et par conséquent les thématiques des deux films sont voisines avec dans l'un et l'autre cas une mise en abyme de l'univers du show business à un moment délicat de son histoire (passage du cinéma muet au cinéma parlant, de la comédie musicale années 30 à la comédie musicale années 50). On peut imaginer que le duo de scénaristes de film joué par Nanette FABRAY et Oscar LEVANT est leur double de fiction. Par ailleurs le rôle de Cosmo Brown dans "Chantons sous la pluie" (1952) est inspiré de Oscar LEVANT et avait été écrit à l'origine pour lui.

- On y trouve le même salutaire sens de l'autodérision. A la voix de crécelle de Lina Lamont joué par Jean HAGEN se substituent les caprices de diva de Fred ASTAIRE à propos de son âge, de sa carrière et de la taille de ses partenaires de danse transposés sur son personnage de fiction, Tony Hunter. Le caractère mégalo de la comédie musicale que doit préparer la troupe (un "Faust moderne" défendu avec force mimiques outrancières et effets spéciaux ridicules par le metteur en scène Jeffrey Cordova interprété par Jack BUCHANAN et inspiré de l'acteur-réalisateur José FERRER) aboutit par ailleurs à un bide monumental obligeant la troupe à revenir à plus de simplicité.

- La structure des numéros musicaux présente des similitudes avec une longue séquence finale où les deux films (et les deux arts, théâtre et cinéma) se croisent: "Tous en scène" qui raconte la création d'un spectacle finit dans l'univers des privés, gangsters et femmes fatales des films noirs ("Girl Hunt") alors que "Chantons sous la pluie" (1952) qui raconte le tournage du premier film parlant "Lockwood et Lamont" se termine par un hommage aux comédies musicales de Broadway ("Broadway Melody"). Cyd CHARISSE est par ailleurs présente dans les deux numéros. Dans "Chantons sous la pluie" (1952), elle porte une cigarette à sa bouche. Dans "Tous en scène" on découvre qu'elle déteste fumer (autre détail autobiographique, on y découvre ses origines de danseuse classique). Et les deux films possèdent leur hymne fédérateur avec "Make 'Em Laugh" dans un cas et "That's Entertainment" de l'autre (doublé d'un grand moment burlesque, celui des fameux "Triplets"). Enfin chaque film a son moment de grâce gravé dans toutes les mémoires: le "Singin' in the rain" de Gene KELLY contre le "Dancing in the dark" de Fred ASTAIRE et Cyd CHARISSE dont c'était par ailleurs le premier grand rôle "parlant" au cinéma.

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