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Articles avec #western tag

La Piste de Santa Fe (Santa Fe Trail)

Publié le par Rosalie210

Michael Curtiz (1940)

La Piste de Santa Fe (Santa Fe Trail)

Dans les années 80, je regardais à la TV la série "Nord et Sud" (1985) qui racontait l'histoire d'une amitié entre deux américains, l'un du Nord et l'autre du Sud qui s'étaient rencontrés à l'académie militaire de West Point mais par la suite s'étaient retrouvés dans des camps ennemis lors de la guerre de Sécession. "La Piste de Santa Fe" qui se déroule quelques années avant l'éclatement de la guerre civile américaine est également une histoire de camaraderie entre jeunes officiers formés à West Point, école montrée comme le creuset des USA lors de la cérémonie de remise des diplômes où les Etats dont sont originaires les jeunes officiers sont mentionnés. Cet aspect de propagande patriotique s'explique par le contexte du tournage alors que la seconde guerre mondiale avait débuté et que les USA étaient divisés sur le principe d'une intervention en Europe. Bien que la plupart des officiers mis en avant dans la film aient réellement existé et qu'ils se soient affrontés durant la guerre de Sécession (ce que prédit dans le film une vieille indienne, ne récoltant qu'une incrédulité hilare de la part des principaux concernés), le film met en avant une communauté de valeurs qui transcende les clivages. La cohésion du groupe est assurée par le combat contre "l'ennemi de l'Union", John Brown (Raymond MASSEY), un abolitionniste fanatique prêt à mettre les USA à feu et à sang pour sa cause, certes noble, mais qu'il dessert par les méthodes jusqu'au-boutistes qu'il emploie. Face à lui, Jeb Stuart le sudiste (joué par l'élégant Errol FLYNN dont c'était la onzième collaboration avec Michael CURTIZ, la plus connue étant "Les Aventures de Robin des Bois" (1937) où il est d'ailleurs déjà accompagné par Olivia de HAVILLAND qui sera sa partenaire à huit reprises) ne cesse de répéter que le Sud trouvera lui-même la solution à l'esclavage si on lui en laisse le temps (ce qui n'a pas été le cas). Il est secondé par un nordiste, George Custer joué par Ronald REAGAN, futur président des USA qui reste dans son ombre.

Même si l'aspect historique de ce western est fort intéressant, surtout au vu du contexte actuel où les clivages du passé refont surface, le plaidoyer en faveur de l'unité des USA semble une fois de plus bien embarrassé par la question afro-américaine. Certes, on est plus au temps de "Naissance d une nation" (1915) mais les quelques personnages noirs que l'on voit dans le film ont bien peu de temps d'écran et sont montrés comme les otages silencieux d'une querelle entre blancs. De même, comment ne pas sourire devant les nombreux cartons situant l'action à la frontière de la "civilisation" (la seule, l'unique!!), un terme qui rappelle au spectateur d'aujourd'hui que la conquête de l'ouest a été une forme de colonisation. Il est donc nécessaire de prendre du recul par rapport au discours du film. Par ailleurs, son réalisateur, Michael CURTIZ réussit de spectaculaires scènes d'action, bien secondé par Errol FLYNN: celle de la grange en flammes et celle de l'assaut final à Harper's Ferry sont dirigées de main de maître.

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Les 8 Salopards (The Hateful Height)

Publié le par Rosalie210

Quentin Tarantino (2015)

Les 8 Salopards (The Hateful Height)

Le seul film de Quentin TARANTINO que je n'avais pas vu était "Les 8 Salopards". La raison? "Il y a des têtes qui explosent" m'avait-on dit et cela avait suffi à me bloquer. En réalité, la violence est tellement exagérée qu'elle en perd tout son côté horrifique (le terme "grand-guignol" convient parfaitement au film qui est en réalité très supportable) et "Les 8 Salopards" n'est au final pas plus violent que "Pulp Fiction" (1994). Mais celui auquel il ressemble le plus est sans conteste "Reservoir Dogs" (1992), le premier film de Tarantino, comme si celui-ci avait voulu revenir aux sources*, l'habillage western en plus (d'ailleurs Michael Madsen est présent dans les deux films). Car "Les 8 Salopards" a beau être un huis-clos façon panier de crabes dans lequel tout le monde finit par s'entretuer à la manière des polars d'Agatha Christie, l'habillage est quant à lui super classe. Il y a d'abord une atmosphère très particulière: le film commence dans les grands espaces mais ceux-ci sont brouillés par le blizzard qui oblige les hommes à se confiner d'abord dans une diligence puis dans la mercerie de Minnie où se déroule la majeure partie de l'intrigue. A cette photographie (bi)polaire vient s'ajouter la bande originale composée par Ennio MORRICONE qui lui valut sur le tard l'Oscar de la meilleure musique de film et qui donna enfin à Quentin TARANTINO l'occasion de travailler avec son compositeur de prédilection. Ensuite, si le film comporte des longueurs et est un poil trop bavard, il reste néanmoins assez jouissif grâce à une mise en scène maîtrisée qui lorgne ouvertement du côté de Alfred HITCHCOCK. Ainsi lorsque le Major Warren (Samuel L. JACKSON) pénètre dans la mercerie, il se focalise (et la caméra également) sur des indices (un bonbon orange coincé entre deux planches de parquet et un bocal de bonbons manquant sur l'étagère) qui permettront plus tard au spectateur d'anticiper les événements. Il en va de même avec une diligence garée près de la mercerie que l'on retrouvera plus tard, preuve que chaque détail a son importance et que le film des événements se reconstitue comme un puzzle dans lequel chaque pièce s'emboîte parfaitement avec les autres. Par delà l'aspect ouvertement ludique du film, c'est (une nouvelle fois) la question du racisme qui est au coeur de l'histoire et le film pourrait tout à fait s'appeler "la revanche du major Warren", sa principale antagoniste étant la tueuse manipulatrice Daisy Domergue (Jennifer JASON LEIGH de plus en plus tuméfiée et peinturlurée au cours du film, certains pensent que c'est un hommage à "Carrie au bal du diable" (1976), moi je pense que c'est surtout un moyen -très efficace au demeurant- de dissimuler son visage lifté).

* "Réservoir Dogs" et "Les 8 Salopards" ont tous deux pour modèle avoué par Quentin Tarantino le désormais classique film d'horreur de John CARPENTER, "The Thing" (1982) et pour mieux enfoncer le clou, son acteur fétiche, Kurt RUSSELL joue l'un des principaux rôles dans "Les 8 Salopards" sans parler du trait d'union effectué par Ennio MORRICONE compositeur de BO inoubliables pour les westerns de Sergio LEONE mais aussi du film de John CARPENTER.

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Un homme courageux (West of hot dog)

Publié le par Rosalie210

Percy Pembroke (1924)

Un homme courageux (West of hot dog)

Stan LAUREL eut une carrière artistique avant son duo avec Oliver HARDY, d'abord sur les planches (notamment en tant que doublure de Charles CHAPLIN) puis au cinéma dès 1917. "Un homme courageux" est l'un des 16 courts-métrages le mettant en vedette entre 1923 et 1925. Il avait à cette époque signé un contrat de 12 films pour le producteur Joe ROCK et travaillait également pour les studios de Hal Roach. "West of hot dog", réalisé par Percy PEMBROKE (une production Joe ROCK) transpose son personnage décalé et lunaire dans l'univers du western où il n'est évidemment pas à sa place. D'ailleurs pour bien marquer sa différence avec les brutes patibulaires qui le malmènent, il ajoute à son air ahuri une énorme paire de lorgnons. Le film, d'une durée de deux bobines enchaîne des gags allant du plus simple (les mains en l'air qui font tomber le pantalon) aux plus sophistiqués (la partie de cache-cache dans la maison qui transforme Laurel en héros alors que les bandits meurent les uns après les autres suite à une série de hasard et coïncidences parfaitement orchestrés). Entre les deux, une scène spectaculaire, celle de la lecture du testament où les brutes ne cessent de passer le pauvre Laurel par la fenêtre, le faisant tomber de plusieurs étages mais celui-ci revient aussitôt par la porte presque comme si de rien n'était. Une sacré prouesse!

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L'Homme des vallées perdues (Shane)

Publié le par Rosalie210

George Stevens (1953)

L'Homme des vallées perdues (Shane)

"L'Homme des vallées perdues" est un western des années 50 un peu étrange et inégal. D'un côté, le point de vue adopté, celui d'un enfant naïf (et quelque peu agaçant par son omniprésence et son jeu) renvoie la vision du monde manichéenne du western classique avec d'un côté, Shane un chevalier blanc sorti de nulle part pour protéger sa famille et de l'autre des méchants bien méchants avec à leur tête, un silencieux mais très inquiétant tueur vêtu de noir joué par Jack PALANCE: le parfait double inversé de Alan LADD. De plus, le premier peuple spolié de sa terre, celui des indiens est absent, le conflit se concentrant uniquement sur le conflit de territoire entre ranchers et agriculteurs. Certaines scènes, très lentes et aux effets appuyés font "gros sabots". Mais de l'autre, le film détone du classicisme hollywoodien sur tellement d'aspects qu'il n'est guère étonnant qu'il ait autant inspiré le western "moderne" et même au-delà. Le cavalier solitaire qui surgit du fond de l'écran et qui y retourne à la fin, c'est "L'homme sans nom" de Sergio LEONE et encore plus "Pale Rider - Le cavalier solitaire" (1985) de Clint EASTWOOD qui est presque un remake inavoué du film de George STEVENS. On peut même aller jusqu'à "Drive" (2011) qui présente un schéma assez semblable. La rudesse et le réalisme des décors et des costumes ne sont pas non plus habituels dans ce type de westerns de même que la sécheresse et la brièveté des scènes de violence comme la mort du personnage de Elisha COOK Jr. (qui a inspiré Sam PECKINPAH pour ses propres westerns). La très belle photographie et le choix des cadrages ramènent les hommes à une dimension bien modeste par rapport à un environnement grandiose. Enfin, le film repose sur beaucoup de non-dits. Le personnage de Shane ne se dévoile que très peu et on se rend compte peu à peu que de nombreux personnages cachent également leurs états d'âme (la femme du fermier jouée par Jean ARTHUR qui semble le reconnaître tout comme le personnage joué par Jack PALANCE, l'un des hommes de main de l'éleveur Ryker qui change de camp après s'être battu avec Shane etc.)

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La Dernière piste (Meek's Cutoff)

Publié le par Rosalie210

Kelly Reichardt (2010)

La Dernière piste (Meek's Cutoff)

L'art d'en dire beaucoup en montrant peu est le propre du cinéma de Kelly REICHARDT. Ce minimalisme quelque peu aride est exacerbé dans "La dernière piste" dans lequel elle s'approprie le genre du western pour mieux en détourner les codes. L'action est remplacée dans "La dernière piste" par l'errance de trois familles de pionniers dans l'Oregon du milieu du XIX° siècle qui pour avoir suivi Meek (Bruce GREENWOOD), un guide vaniteux mais incompétent qui leur a promis un raccourci (le titre du film en VO est "le raccourci de Meek") se retrouve perdue dans le désert. Conséquence de cette erreur fatale, tous les paradigmes de culture occidentale sont renversés. Les pionniers se retrouvent à subir leur environnement au lieu de le dominer, la pénibilité de leur parcours étant particulièrement soulignée par la réalisatrice au travers du format d'image carré qui rétrécit leur horizon à leur seule survie quotidienne et la pénibilité de leurs mouvements qui fait ressentir au spectateur combien ils sont écrasés par la fatigue, la chaleur, la faim et surtout la soif. Après une introduction où les chariots arrivent au bord d'une rivière et où l'eau irrigue chaque plan, apportant un soulagement temporaire, celle-ci disparaît durant le reste du film, hormis un cruel passage où elle réapparaît mais s'avère non potable. Cette terrible épreuve existentielle a pour conséquence de bousculer l'ordre établi. Meek est démonétisé et finit ravalé en queue de peloton malgré ses démonstrations d'agressivité au profit de deux êtres culturellement dominés: une femme et un indien. Seul espoir de trouver de l'eau, l'indien capturé durant leur parcours est néanmoins indéchiffrable et incontrôlable: il représente la nature. D'où la tentation de détruire ce qui ne peut être asservi. Mais Emily (Michelle WILLIAMS, actrice récurrente du cinéma de Kelly REICHARDT), la pionnière la plus forte du trio de femmes (la deuxième, jouée par Shirley HENDERSON la "Mimi Geignarde" des films Harry Potter est enceinte et la troisième, jouée par Zoe KAZAN, compagne à la ville et dans le film de Paul DANO sombre dans la folie hystérique) décide de s'allier à l'indien et de le protéger de la violence impuissante de Meek. Elle m'a fait penser à une incarnation du discours visionnaire de Michel SIMON qui prédisait en 1965 la disparition du vivant alors même que les 30 Glorieuses triomphaient: " Ce qui aurait pu sauver l'humanité c'est la femme car elle est encore en contact direct avec la nature mais elle n'a pas voix au chapitre". La place de plus en plus importante prise par Emily dans le film qui va de pair avec l'effacement de Meek sonne comme une uchronie: si l'histoire avait été différente, en serions-nous arrivés là aujourd'hui?

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True Grit

Publié le par Rosalie210

Joel et Ethan Coen (2010)

True Grit

La filmographie des frères Coen est inégale, oscillant entre des films personnels pour la plupart géniaux et des exercices de style et remakes pas inintéressants mais souvent un peu vains. "True Grit" appartient à la seconde catégorie. Remake de "100 dollars pour un shérif" de Henry Hathaway qui permit à John Wayne de décrocher un oscar en 1969, le film est un western très bien réalisé mais qui ne dépasse pas son sujet rebattu, la vengeance*. La soumission des frères aux lois du genre fait que leur personnalité ne ressort pas vraiment. Si le film se suit sans déplaisir, il s'oublie aussi très vite. Cela n'empêche pas Jeff Bridges d'être savoureux dans le rôle truculent de Rooster Cogburn, marshall alcoolique à la gâchette facile. Matt Damon, méconnaissable, est plus fade. Quant à Hailee Steinfeld, elle déréalise complètement le film, donnant l'impression que celui-ci se déroule sur une scène de théâtre. D'une part parce qu'elle est bien trop lisse et propre sur elle. Ainsi la scène reprise à l'identique dans le film des frères Coen où elle sort de la rivière parfaitement sèche est digne de James Bond qui se bat sans faire un seul pli à son costume. De l'autre parce que son jeu est dénué d'émotions: elle semble ne connaître ni la peur, ni le chagrin, ni la joie, sauf vis à vis de son cheval, c'est mince. Deux films brillants que j'ai vu récemment, "Le Crabe-Tambour" et "La loi de Téhéran" montrent que même les guerriers ou les truands les plus aguerris se font dessus avant de mourir, mais visiblement cette jeune fille a le pouvoir magique de ne pas se mouiller, au propre comme au figuré. Cela n'aurait pas été si embêtant si l'adolescente avait ressemblé un tant soit peu aux jeunes femmes de ce temps là vivant dans les conditions très difficiles de l'ouest sauvage, vieillies et endurcies avant l'âge. Voir cette gamine poupine à tresses jouer au cow-boy face à des brutes d'opérette a donc quelque chose de risible. Lorsque enfin, son corps porte les traces de son vécu, c'est hors-champ puis 25 ans plus tard, dans l'épilogue, avec une autre comédienne. Autrement dit, c'est trop tard, l'occasion est manquée. Et c'est dommage car on passe à côté de ce qui aurait pu être le sujet du film: la construction d'un lien père-fille et  l'éveil de cette dernière à la sensualité qui aurait donné plus de sens à son odyssée.

* Chez Tarantino par exemple, ce sujet récurrent dans son cinéma n'est souvent qu'un MacGuffin (comme la fameuse mallette de "Pulp Fiction"), le vrai sujet étant méta filmique (hommage à des acteurs, actrices et genres de seconde zone des années 60-70-80 qui se retrouvent soudainement projetés dans la lumière.)

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Nomadland

Publié le par Rosalie210

Chloé Zhao (2021)

Nomadland

Plus que Terrence MALICK ou Ken LOACH, c'est au film de John FORD, "Les Raisins de la colère" (1940) d'après le roman homonyme de John Steinbeck que j'ai pensé en regardant "Nomadland". Parce qu'il y a d'évidents points communs: la même cause, une crise économique dans un système capitaliste libéral produit les mêmes effets, elle frappe des territoires qu'elle désertifie et jette dans la précarité des cohortes de gens qui en perdant leur emploi et leur logement se retrouvent à errer sur les routes, d'abri temporaires en jobs provisoires. Néanmoins il y a aussi des différences frappantes entre les deux films. L'une d'entre elle réside dans l'individualisme propre à l'époque contemporaine. Dans les années 30, le déracinement concernait des familles entières et il était rare de voir des gens isolés. Il y avait aussi encore une foi dans le pouvoir de la collectivité alors que ce que montre le film de Chloé ZHAO ressemble à un univers post-apocalyptique dans lequel toutes les structures sociales ont été atomisées au profit d'un grand vide. Vide dans les scènes d'intérieur comme d'extérieur dans lequel les humains ressemblent à des fourmis écrasées par la paysage démesuré. Autre différence majeure, la figure de l'ennemi était bien identifiable dans le film de Ford. Même si ses représentants se déchargeaient de toute responsabilité personnelle, ils agissaient au nom du système avec une extrême violence afin de soumettre leurs victimes. Dans "Nomadland", l'ennemi n'a plus de visage, il n'est plus identifiable car il s'est désincarné. L'exploitation vis à vis d'une main-d'oeuvre corvéable et jetable à merci reste la même, mais elle est automatisée, robotisée et virtualisée. Conséquence, les travailleurs exploités ne semblent plus avoir conscience de la réalité de leur sort, ils revendiquent comme un choix de vie (le nomadisme dans la proximité avec la nature et la solitude ponctuée de rencontres sans engagement) ce qui est en réalité le fait d'une aliénation. L'attitude apparemment neutre et distanciée de la réalisatrice, Chloé ZHAO et l'hermétisme du personnage de Fern (Frances McDORMAND) peuvent rebuter. Néanmoins, même si le film emprunte parfois les apparences d'un documentaire, il raconte bien une histoire et ouvre des pistes de réflexion. Par exemple, la trajectoire de Dave éclaire par contrecoup celle de Fern. Dave choisit en effet de se réaffilier à la naissance de son petit-fils ce qui lui permet de prendre à nouveau racine. Il offre cette possibilité à Fern qui la rejette, celle-ci décidant même de se détacher définitivement de son ancienne existence sédentaire (liée à son mari décédé dont elle ne parvient pas à faire le deuil) en liquidant son garde-meuble au profit d'une vie d'errance, dans un plan qui rappelle encore une fois John Ford, mais cette fois dans "La Prisonnière du désert" (1956). Lorsque Nathan Edwards ramène Debbie chez elle mais sans lui-même franchir le seuil de la maison*, le cadre semble le repousser dans l'anéantissement du désert comme le fait l'ancienne maison abandonnée de Fern dans une séquence où elle comprend qu'elle est sans doute intérieurement morte.

* Un schéma que l'on retrouve aussi dans ce qui est l'un de mes films préférés, "Paris, Texas" (1984), où un homme ressoude les liens entre sa femme et son fils, leur permettant de refonder une famille mais il s'en exclue lui-même, préférant se laisser engloutir par le désert.

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First Cow

Publié le par Rosalie210

Kelly Reichardt (2019)

First Cow

Le western est un genre qui, comme beaucoup d'autres (le film d'action, le film d'aventures, le film de gangsters, le film de guerre, le film noir) a été façonné par des hommes (occidentaux) à leur propre gloire: à eux l'exploration, la conquête, l'appropriation des territoires, la "mise en valeur" et à eux aussi la mise en récit (narcissique) de leurs exploits guerriers et bâtisseurs. Bien que le western classique n'ait jamais été univoque (le cinéma de John Ford ou de Anthony Mann, deux réalisateurs que j'admire en témoigne) et bien que le genre ait été déconstruit depuis bien longtemps, il manquait d'un regard spécifiquement féminin pour l'aborder. Depuis quelques années, c'est chose faite: les femmes s'emparent du genre et livrent leur propre récit de la conquête de l'ouest et des hommes qui l'ont faite. 

"First Cow" est le deuxième western de Kelly Reichardt (après "La Dernière piste"), cinéaste indépendante américaine qui aime dépeindre des marginaux, comme elle l'est elle-même dans le monde du cinéma. Il est intéressant de souligner que dans l'introduction de son film, une jeune femme anonyme contemporaine de nous (qui pourrait être la cinéaste elle-même) déterre deux cadavres dont elle raconte ensuite l'histoire. Une histoire ignorée ou longtemps étouffée par la civilisation dominante. C'est un thème ultra contemporain: "Madres Paralelas", le dernier film à ce jour de Pedro Almodovar procède lui aussi à une exhumation de corps pour raconter une histoire "parallèle" à celle qui a longtemps été officielle. 

Le film de Kelly Reichardt se déroule en Oregon au début du XIX° siècle dans une forêt généreuse et luxuriante traversée par un grand fleuve. Une nature splendide filmée de manière contemplative et sensuelle avec un luxe de détails sur les couleurs, les jeux de lumière, les sons, comme un grand organisme vivant. Le choix d'un format d'image carré à l'ancienne proche du temps du muet (le film, épuré et minimaliste est très peu bavard et possède une intrigue des plus ténues ce qui peut rebuter) ramène à cette idée de paradis originel, à peine égratigné par les nombreux trappeurs qui le sillonnent et la présence du fort. Néanmoins les apparences sont trompeuses: la vie des hommes est primitive, rude et l'arrivée des colons prédateurs en fait une jungle où règne la loi du plus fort. Les deux personnages principaux, "Cookie" surnommé ainsi parce qu'il a une formation de cuisinier et King-lu, un chinois qui rêve de faire fortune nouent une solide amitié mais leur naïveté leur sera fatale. En effet ils s'avèrent inadaptés au monde qui commence à se construire autour d'eux: celui des prémisses du capitalisme, symbolisé par une vache importée par le gouverneur du fort. Cet être vivant dont ils ont besoin pour monter leur entreprise, se retrouve parqué dans un enclos et gardé par des fusils et y toucher signifie la mort. Il est d'ailleurs dommage que Cookie et King-lu se compromettent dans le monde violent et corrompu en train de naître (celui des "winners" et des "losers" dont ils font évidemment partie) au lieu de prendre le large et de se reconstruire ailleurs, autrement. On aurait aimé aussi plus de détails sur les autres peuples fréquentant les lieux et notamment les indiens, retranscrits avec un réalisme qui fait penser au film de Terrence Malick "Le nouveau monde" mais un peu rapidement. Enfin, ce cinéma tout en retrait et en creux manque à la fois de puissance et d'émotion, deux notions que l'on peut dégenrer et qui ne sont pas incompatibles.

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Le Pouvoir du Chien (The Power of the Dog)

Publié le par Rosalie210

Jane Campion (2021)

Le Pouvoir du Chien (The Power of the Dog)

"La faiblesse est un crime" peut-on lire sur la page de couverture d'une revue intitulée "Physical culture" et peuplée de photos d'hommes nus. On est environ à la moitié du film et Peter, l'étudiant en chirurgie efféminé qui est la risée de tous les cow-boys du ranch où vit sa mère vient de découvrir la cachette -et le secret- du pire d'entre eux, Phil (Benedict Cumberbatch, interprète idéal des mâles ambigus et névrosés). Celui-ci se baigne nu non loin de là juste après avoir fait glisser sur son corps un foulard ayant appartenu à son mentor, Bronco Henry (chez Jane Campion, le sens tactile est un moyen vital d'interaction avec le monde sensible). Seul, évidemment. Sous le regard des autres, Phil a revêtu depuis longtemps le costume du mâle alpha en recouvrant son passé étudiant mais aussi son homosexualité sous une bonne couche de crasse et de rudesse pour ne pas dire de cruauté. Empoignant les testicules des animaux à castrer à pleine main, chevauchant pendant des heures, effectuant les travaux les plus durs, tout est bon pour mettre en scène sa virilité. Or on le sait, surjouer à ce point la virilité et écraser ceux qui la mettent en danger est un signe de trouble identitaire. Le frère de Phil, beaucoup plus doux et policé fait entrer la discorde au ranch lorsqu'il se marie avec Rose (Kirsten Dunst), la mère de Peter. Phil qui ne supporte pas sa présence décide de l'anéantir et il est en voie d'y réussir lorsque Peter découvre son secret. Peter et lui développent alors une relation semblable à celle qu'a vécu Phil avec Bronco Henry à ceci près que Peter n'a qu'une idée en tête: sauver sa mère des griffes du prédateur. Et pour cela il a les armes de son savoir mais aussi une dureté forgée au contact des humiliations subies. Il sait se montrer cruel et impitoyable avec les êtres vivants et vis à vis de Phil, il fait figure d'ange de la mort. Parmi les scènes les plus fortes du film, il y a celle, très sensuelle forcément où les deux hommes échangent une cigarette c'est à dire mélangent leurs fluides. Sauf que Peter a empoisonné ceux de Phil avec le cuir d'une vache malade: le plan où celui-ci le saisit à pleine main dans l'eau alors qu'il a une profonde plaie qui saigne est lourd de signification.

Le film de Jane Campion est une déconstruction du western qui fait quelque peu penser au "Secret de Brokeback Mountain" ou si on remonte plus loin au "Reflets dans un oeil d'or" de John Huston (qui n'est pas un western mais étudie dans un milieu ultra-viril, celui de l'armée le désir refoulé du major Penderton pour le soldat Williams, lequel aime chevaucher nu dans la forêt). Offrant des scènes sublimes de grands espaces (même si son film est aussi un huis-clos étouffant), il est dommage qu'il ne soit visible que sur petit écran. Mais Netflix a eu le mérite de permettre à Jane Campion de réaliser enfin un long-métrage, 12 ans après "Bright Star" dont l'originalité par rapport aux autres est de centrer l'histoire sur des personnages masculins ou plutôt sur la féminité refoulée dans les comportements masculins toxiques plutôt que de montrer le monde par les yeux d'une femme. Et celui-ci est une réussite.

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Jauja

Publié le par Rosalie210

Lisandro Alonso (2014)

Jauja

"Jauja" qui signifie "Eldorado" est une expérience cinématographe assez radicale qui peut dérouter par son ascétisme mais qui s'avère en fait très riche*. Je le rapprocherais d'au moins trois autres films:

- "La Prisonnière du désert" (1956) parce qu'il s'agit d'une épure de western (mais en Patagonie, le réalisateur étant argentin) et que le personnage principal (joué par Viggo MORTENSEN) est un capitaine danois à la recherche de sa fille disparue (volontairement au départ puis "évanouie dans la nature") dans cette immensité sauvage quelque part à la fin du XIX° siècle sur fond de conquête coloniale et de massacre des autochtones.

- "Gerry" (2002) pour les longs plans-séquence d'un homme déraciné qui marche dans un désert sans fin non à la recherche d'une issue mais d'un fantôme.

- "2001 : l'odyssée de l espace" (1968) en raison des failles spatio-temporelles à travers un objet qui ici n'est pas un monolithe noir mais une simple figurine de soldat en bois (du genre casse-noisette). On peut y ajouter un chien et une caverne (et là on pense à "Pique-nique à Hanging Rock" (1975) et à ses mystérieuses disparitions inexpliquées de jeunes filles occidentales en territoire aborigène). Le saut temporel dans notre époque nous amène à nous demander si ce que nous avons vu du XIX° avec ses paysages désertiques et ses tentes pour seuls abris relève d'une histoire qui serait alors généalogique (et expliquerait l'apparition à la fin du XX° des arbres et de la maison, symboles d'enracinement) ou du rêve (le saut temporel commence par le réveil de celle qu'on croit être Ingeborg, la fille du capitaine danois mais il s'avère qu'il s'agit vraisemblablement de sa descendante a moins qu'elle ait dormi 100 ans ce que le château, la forêt peuvent suggérer sans parler de la pelade du chien) ou les deux.

"Jauja" partage avec les deux derniers films l'économie de paroles, le caractère contemplatif (et donc la lenteur), la réduction de l'humain à l'état non de figurine mais de figurant perdu dans un univers beaucoup plus vaste que lui et enfin l'aspect énigmatique car plus le film avance, plus il tend vers l'abstraction, le surnaturel et la métaphysique.

On peut ajouter deux caractéristiques formelles qui relient "Jauja" aux débuts du cinéma: outre le fait que sans être muet, le film n'est pas très bavard, l'image est au format carré 1:33 ce qui surprend, nous qui sommes habitués plutôt au cinémascope pour filmer d'immenses paysages. Enfin celle-ci bénéficie d'une grande profondeur de champ et la composition des plans qui sont fixes se fait selon une diagonale qui amène le spectateur à s'intéresser à deux histoires en parallèle: celle qui se déroule au premier plan et celle qui est esquissée en arrière-plan et n'est pas facilement déchiffrable d'ailleurs. Une manière de suggérer là encore que l'on navigue dans deux dimensions, deux temporalités et deux espaces.

* Il est cependant considéré comme le film le plus accessible de Lisandro ALONSO.

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