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Articles avec #western tag

Rio Bravo

Publié le par Rosalie210

Howard Hawks (1959)

Rio Bravo

Howard Hawks est un réalisateur qui s'est toujours mis au service de ses personnages. Les cinéastes de la Nouvelle Vague avaient d'ailleurs dit qu'il filmait à hauteur d'homme. C'est particulièrement frappant dans ce concentré d'humanité qu'est Rio Bravo, un "western de chambre" confiné dans le temps et dans l'espace. Cette approche théâtrale permet de mettre au centre de son film un petit groupe humain chaleureux et attachant. Comme dans Seuls les anges ont des ailes, il célèbre la camaraderie virile entre des professionnels embarqués sur le même bateau. L'individualisme affiché du shérif (sur le refrain du "je n'ai besoin de personne") est contredit tout au long du film par les liens tissés avec ses adjoints et l'aide décisive qu'ils lui apportent. Des liens plus filiaux que strictement professionnels. Dude (Dean Martin) qui souffre d'alcoolisme surnomme le shérif John T. Chance (John WAYNE) à un moment du film "papa" alors que le tout jeune, fier et fringant Colorado (Ricky Nelson, à peine 18 ans lors du tournage) qui a refusé l'association au shérif au nom de son indépendance finit par changer d'avis après l'assassinat de son ancien employeur. Enfin le gardien de la prison Stumpy (Walter Brennan) âgé et boîteux reprend auprès de Wayne le rôle pittoresque qu'il tenait auprès de Stewart dans Je suis un aventurier. Pour ces hommes insatisfaits ou diminués, le bien-nommé Chance représente l'espoir d'une amélioration, d'une rédemption ou de la restauration d'une image plus satisfaisante d'eux-même.

Bien que la mise en scène de Hawks reste discrète pour faire la part belle à ses personnages (et aux acteurs qui les interprètent, tous formidables), elle n'est pas dépourvue de morceaux de bravoure. A commencer par la première scène devenue culte. Hommage au muet, toutes les informations y passent par l'image dont ce célèbre plan en contre-plongée où Chance sauve moralement Dude de la déchéance. Autres scènes cultes, celle où Dude abat un des hommes de main de Nathan Burdette grâce à du sang qui goutte dans un verre de bière (une image symbolique de ce qui l'attend s'il continue à boire) et celle du duel final à la dynamite. Enfin la célèbre digression où les quatre hommes célèbrent en chanson leur cohésion est un pur moment de bonheur tout comme les nombreuses scènes où ils se chambrent.

A cette histoire d'hommes façon "les copains d'abord" il faut rajouter le "cinquième élément", à savoir l'une des femmes hawksienne les plus marquantes de sa filmographie, Feathers (Angie Dickinson) qui par bien des aspects rappelle Lauren Bacall dans le Port de l'Angoisse. Les scènes de séduction avec Wayne directement inspirées de la screwball comédie dont Hawks est l'un des maîtres sont un pur délice. Voir ce grand dadais se faire mener par le bout du nez (et couper la chique!) par cette bombe sexuelle particulièrement mutine est jubilatoire ce qui n'exclut pas une authentique tendresse.

En conclusion Rio Bravo est l'un des plus grands western de l'histoire de par son étude de caractères et cet équilibre miraculeux de rythmes et de genres (comédie, drame, romance, scènes d'action, scènes musicales...) Il fait également chaud au coeur. 

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La prisonnière du désert (The Searchers)

Publié le par Rosalie210

John Ford (1956)

La prisonnière du désert (The Searchers)

Ce film beau et profond a été souvent considéré comme le deuxième d'une trilogie fordienne consacrée à l'histoire du western. La Chevauchée fantastique signait son acte de naissance, L'Homme qui tua Liberty Valance son acte de décès et entre les deux, La Prisonnière du désert en montrait la face obscure. Mais j'aimerais apporter une nuance. A l'image de son héros, Ethan Edwards, le film est à la fois sombre ET lumineux. Ce clair-obscur est parfaitement retranscrit dans les célèbres cadrages ciselés qui ouvrent et referment le film. Dans une même image composée à la façon d'un cadre dans le cadre Ford synthétise l'alternance intérieur/extérieur qui caractérise ses films. L'intérieur sombre représente le foyer familial des pionniers, un univers matriciel autant qu'un possible tombeau. La caméra située au fond du foyer filme la porte ouverte dans l'encadrement de laquelle apparaît un bout de l'immensité rougeoyante et monumentale du désert, symbole de l'ouest sauvage que les pionniers soumis à rude épreuve tentent de conquérir et de domestiquer. Les deux mondes peuvent-ils s'interpénétrer? La greffe est-elle possible ou bien l'un des mondes rejettera-t-il l'autre? Quelle nation naîtra de ce "choc des mondes"?

A ce questionnement collectif se superpose une histoire intimiste douloureuse et complexe. L'élément perturbateur de la famille Edwards qui surgit du désert dans le premier plan du film n'est autre qu'Ethan, le frère maudit. Son retour inattendu après huit années d'absence révèle les failles cachées de la famille. Le frère d'Ethan, Aaron ne se réjouit guère de le revoir car les deux hommes sont amoureux de la même femme, Martha qui a épousé Aaron mais semble toujours très éprise d'Ethan qui est resté célibataire. Là-dessus vient se greffer un fils adoptif métis, Martin Pawley qu'Ethan supporte d'autant plus mal que lui-même n'a pas su trouver sa place dans la famille. Mais dès cet instant, l'ambivalence d'Ethan nous est révélée car on apprend que c'est lui qui a sauvé la vie de Martin après le massacre de toute sa famille et l'a en quelque sorte adopté (ce que la suite du film confirmera).

Cette introduction nous donne toutes les clés dont nous avons besoin pour comprendre la suite c'est à dire l'obsession avec laquelle Ethan se lance à la poursuite des Comanches qui ont enlevé sa nièce Debbie et l'incertitude que nous avons jusqu'au bout du sort qu'il lui réserve. En surface, il dit vouloir sa peau car ayant été souillée par les indiens, elle ne fait plus partie de la famille. Ce préjugé raciste est d'ailleurs partagé par les voisins des Edwards qui après leur disparition font figure de famille de substitution. Laurie leur fille (un double de Martha) qui est fiancée à Martin Pawley ne dit-elle pas que Debbie n'est plus qu'un "rebut, vendue de multiples fois" et qu'il vaudrait mieux qu'Ethan la tue? Mais en profondeur, ce qui torture Ethan Edwards est son secret familial, une ambivalence amour/haine liée au fait que Debbie est la fille de la femme qu'il a tant aimé et en même temps la preuve vivante de l'échec de sa vie personnelle puisqu'elle n'est pas sa fille. Deux choix s'ouvrent devant lui: ou la vengeance (supprimer la filiation de son frère) ou la réparation (protéger Debbie ce qu'il n'a pas pu faire pour sa mère). C'est pourquoi le geste instinctif par lequel il soulève l'enfant au-dessus de lui joue un rôle si important dans le film. Il symbolise la reconnaissance d'un lien de filiation plus fort que tout.

En créant Ethan Edwards, Ford s'est montré particulièrement audacieux. Dans un pays très porté sur le manichéisme, il a créé un héros complexe, imparfait, ambigu. Ethan est un sauveur mais lorsque la haine le submerge on le voit commettre des actes cruels et vils et certaines de ses paroles font frémir. S'il réussit à recomposer sa famille à l'image d'une nation désormais métissée, il en reste exclu et devra continuer à errer dans le désert à la recherche de lui-même.

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L'homme qui tua Liberty Valance (The Man Shot Liberty Valance)

Publié le par Rosalie210

John Ford (1962)

L'homme qui tua Liberty Valance (The Man Shot Liberty Valance)

L'homme qui tua Liberty Valance fait partie des westerns crépusculaires de John Ford réalisés à la fin de sa carrière. Des héros vieillis, désabusés, parfois cyniques parfois nostalgiques se retrouvent aux prises avec les contradictions de la nation américaine: la violence et la loi, l'individu et la communauté, la tradition et le progrès. Le film raconte l'intégration d'un Far West sans foi ni loi dans le monde civilisé c'est à dire sa disparition. Et pourtant les mythes de l'ouest continuent à travailler la société américaine (la frontière à franchir, l'auto-défense..)

Dans le film tiré d'une nouvelle de Dorothy M. Johnson, le territoire de la petite ville de Shinbone devient un Etat de l'Union et la loi de la jungle est remplacée par la constitution et le code civil. Mais l'ascension sociale et politique de l'avocat Randsom Stoddard (James Steward) qui commence plongeur à Shinbone et finit sénateur a un prix. Celui du sacrifice de son principal allié, le cow-boy Tom Doniphon (John WAYNE) sans lequel il aurait péri sous le fouet ou sous les balles du criminel sans foi ni loi Liberty Valance (Lee Marvin) qui faisait régner la terreur dans la région. Doniphon partage le même humanisme que Stoddard mais c'est un homme solitaire, fier et profondément individualiste. En refusant toute compromission avec la civilisation de "la loi et l'ordre" de Stoddard il signe sa perte et celle du genre western avec lui tant Wayne en est la figure emblématique. Cette mort est symbolisée par l'incendie du ranch qu'il avait fait construire pour lui et Hallie et par son cercueil surmonté d'un cactus en fleur déposé par son ex-fiancée. En acceptant de recevoir l'instruction dispensée par Stoddard, elle finit par l'épouser ainsi que son monde. Un autre personnage important de Shinbone prend le parti de Stoddard, le journaliste Dutton Peabody (Edmond O'Brien) mais lui à tout à gagner au règne d'une société démocratique qui protège la liberté de la presse.

En voyant ce film, on s'aperçoit de l'absurdité qu'il y a à opposer systématiquement le classicisme fordien au baroquisme maniériste de Sergio Leone. Le style diffère mais le darwinisme social agit de façon identique dans leurs westerns crépusculaires respectifs. On pense en particulier à Il était une fois dans l'Ouest où joue également Woody Strode. Le chemin de fer apporte la civilisation, ceux qui s'y adaptent survivent les autres périssent.

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La chevauchée fantastique (Stagecoach)

Publié le par Rosalie210

John Ford (1939)

La chevauchée fantastique (Stagecoach)

La chevauchée fantastique est un chef d'oeuvre du western et du cinéma tout court.

Son aspect mythique est lié au fait qu'il établit les bases du western classique hollywoodien (et même au-delà). C'est en effet le premier western parlant de John Ford qui s'imposera comme le réalisateur majeur du genre, c'est le premier film tourné à Monument Valley qui deviendra le symbole du western tout entier, c'est le premier western de Ford avec John WAYNE qui sera révélé au grand public et deviendra la figure emblématique du genre. Un genre que Ford a contribué à réhabiliter tout en faisant sortir Wayne de son statut d'acteur de série B. Le célèbre mouvement de caméra par lequel on le découvre dans le film est à lui seul une des plus belles entrées de star de l'histoire du cinéma.

Mais si le film reste incontournable aujourd'hui c'est parce qu'il possède des qualités intrinsèques. Ford se révèle être un conteur hors-pair, un psychologue-né et fait preuve d'une précision sans faille dans les choix de bande-son, de cadrages, de montage, ce qui assure la réussite de son histoire et de sa mise en scène. Celle-ci alterne avec bonheur des scènes d'action étourdissantes dans l'immensité cosmique comme celle de l'attaque des indiens, et des scènes intimistes dans un huis-clos théâtral qui lui permettent d'analyser en profondeur ses personnages et les évolutions de leurs relations. La réunion de caractères différents dans un espace restreint et dans un climat tendu n'est pas en soi un thème nouveau. Ford s'est d'ailleurs inspiré d'une nouvelle de Ernest Haycox sortie en 1937, Stage to Lordsburg qui transposait dans un cadre américain la nouvelle de Maupassant Boule de Suif. Mais Ford a transcendé son sujet en posant un regard profondément humaniste sur ses personnages. En prenant le parti des exclus victimes des préjugés du puritanisme américain, il fait une critique sociale salutaire. Les épreuves que vivent les personnages révèlent leurs vraies personnalités et ce sont ceux qui sont les plus ostracisés (Boone, Dallas et Ringo Kid) qui s'avèrent être ceux qui ont les plus grandes qualités morales. Le voyage est d'ailleurs symboliquement synonyme de transformation. Les barrières de classe et les jugements moraux très palpables au début de leur périple finissent par tomber avec pour catalyseur la naissance d'un bébé dans des conditions particulièrement précaires. Seul Gatewood, le banquier escroc reste en dehors de cette communion. Symbolisant le capitalisme-voyou, il est mis hors d'état de nuire et remplace en prison le "hors la loi" Ringo Kid qui en faisant alliance avec le Shérif Curly Wilcox (un père de substitution) réintègre la société. Les bandits ne sont pas ceux que l'on croit!

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La colline des potences (The Hanging Tree)

Publié le par Rosalie210

Delmer Daves (1959)

La colline des potences (The Hanging Tree)

Gary Cooper est impérial dans ce western sorti seulement deux ans avant sa mort. Il interprète le rôle d'un médecin, le Dr Frail (fragile) qu'un drame personnel a rendu misanthrope et taciturne. Il s'installe à Skull Creek, une petite ville-champignon d'orpailleurs, non au milieu de ses congénères mais seul au sommet d'une colline. Il signifie ainsi autant son asociabilité que sa différence de classe avec les chercheurs d'or. L'ambivalence du personnage mi-ange mi-démon fascine. D'un côté il manifeste un dévouement et un désintéressement dans son métier qui ressemble à un sacerdoce (ou un besoin de se faire pardonner quelque chose). De l'autre, il se méfie tant de la nature humaine qu'il éprouve le besoin de contrôler tout son entourage. Le jeune voleur de pépites qu'il sauve est contraint de se mettre à son service. De même la jeune femme qu'il soigne après l'attaque de sa diligence est traitée par lui en recluse puis infantilisée, puis repoussée lorsqu'elle s'approche trop près de lui alors qu'il l'aide (et l'aime) en secret.
Ce personnage magnifique est confronté à ses démons c'est à dire sa propre violence face à un milieu dans lequel il ne parvient pas à s'intégrer et où les pulsions primitives des hommes se déchaînent. Le personnage de Frenchy (Karl Malden), l'antagonisme du docteur Frail, plus sympathique au premier abord, libidineux et cupide en réalité incarne les pires aspects de la nature humaine. Comme dans les Anthony Mann, Frail doit surmonter ses pulsions de mort pour revenir à la vie, réapprendre à faire confiance et à aimer.
Signalons enfin la beauté des paysages, de la composition du cadre (voir scène de fin) et une chanson titre "the hanging tree" qui reste dans les têtes.

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L'homme de la plaine (The Man from Laramie)

Publié le par Rosalie210

Anthony Mann (1955)

L'homme de la plaine (The Man from Laramie)

Le dernier des cinq westerns réalisé par Anthony Mann avec James Stewart est le premier tourné en cinémascope. Il est aussi celui qui se rapproche le plus avec Winchester 73 de la tragédie shakespearienne. Ce qui peut expliquer la préférence de Mann issu du théâtre pour le premier et le dernier opus de son cycle. Il avoué à ce propos qu'il avait voulu faire une adaptation du roi Lear dans l'univers du western. Lear c'est le patriarche Alec Waggoman tout puissant propriétaire de la ville de Coronado. Mais cette puissance cache un drame intime, celle de sa descendance. D'un côté Dave son fils biologique, un véritable psychopathe au comportement incontrôlable. De l'autre Vic, son employé aux dents longues, sorte de fils adoptif, mal aimé en dépit de ses efforts pour se rendre indispensable. Enfin Will, son fils spirituel qui lui ressemble mais dont il est persuadé qu'il est venu à Coronado pour tuer Dave.

Malgré les grands espaces, le règlement de comptes familial a quelque chose d'un huis-clos étouffant. Vic a pour mission de surveiller Dave qui a pour obsession de détruire Will et de prouver qu'il est un homme aux yeux de son père. Comme dans les Atrides, tout ce petit monde s'entretue.

La notion de héros est donc particulièrement mise à mal. Stewart contribue simplement à accélérer un processus fatal qui de son propre aveu était en route bien avant son arrivée. Sa motivation qui est de venger son jeune frère tué par un fusil à répétition qu'un trafiquant a fourni aux Apaches devient l'occasion d'en détourner tous les codes. Il subit agression sur agression sans jamais les provoquer, la violence gratuite le dégoûte, il laisse la vie sauve au responsable de la mort de son frère, le duel avec le père tourne au fiasco ce dernier étant aveugle et Will blessé à la main. "La vengeance ne vous va pas" lui dit-on au début du film et la suite le prouve ce qui offre une variation intéressante sur un thème archi rebattu sans parler de la profondeur de caractère des protagonistes. L'homme de la plaine comme les autres films du cycle est un grand western introspectif qui offre une véracité documentaire sur le far west.

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Je suis un aventurier (The Far Country)

Publié le par Rosalie210

Anthony Mann (1954)

Je suis un aventurier (The Far Country)

Dans le quatrième western du duo Mann-Stewart l'enjeu n'est plus la vengeance ou la rédemption mais l'engagement et le sens des responsabilités. Jeff le personnage joué par Stewart est un cowboy solitaire misanthrope et nihiliste qui ne se sent pas concerné par ce qui se passe autour de lui et l'affiche sans vergogne au cours de ses dialogues avec la généreuse Renee ou le vieux Ben. Extraits choisis: " Tu vas me gêner, que vais-je faire de toi à Dawson?" " Pourquoi devrais-je aimer les gens?" "Les actes gratuits n'existent pas." "Je n'ai besoin de personne" etc. Cependant Jeff n'est pas aussi simple qu'il le prétend. Il est en effet inséparable de son ami Ben avec lequel il caresse le projet de construire un ranch dans l'Utah. Avec ce vieil homme débonnaire (joué par Walter Brennan un habitué du western, chez Hawks par exemple) il fend l'armure et se montre tendre et attentionné. Ben représente ce qui lui reste d'humanité et de conscience.

Les deux hommes effectuent un parcours périlleux qui les mène avec le troupeau que Jeff souhaite vendre pour financer le ranch, de Seattle à Dawson City au Canada en passant par Stagway en Alaska. La piste du Klondike est aux confins de la frontière toujours repoussée de la conquête de l'ouest. Comme dans les Affameurs deux logiques s'opposent: celle des profiteurs et prédateurs et celle des bâtisseurs, celle des chercheurs d'or et celle des colons. Mais dans ces lieux éloignés de la civilisation où la présence de l'homme commence à peine à marquer les paysages (grandioses), la loi du plus fort règne. Le seul représentant de l'Etat est le shérif Gannon, un être malfaisant et cupide qui utilise la loi pour couvrir ses méfaits. Ainsi il dépossède les colons de leurs concessions en les faisant enregistrer à son nom à Ottawa, profitant de leur ignorance de la procédure légale. Toute contestation est réprimée dans le sang par ses hommes de main. Une seule personne pourrait arrêter Gannon mais son féroce individualisme l'empêche de se considérer comme citoyen d'une communauté à protéger. Il souhaite juste en partir après avoir exploité ses ressources. Tout à fait à l'image de son double féminin la redoutable femme d'affaires Ronda Castle.

En dépit de cette trame sombre le film est plutôt jubilatoire. Il offre toute une série de scènes pittoresques et de personnages hauts en couleur. L'utilisation de la profondeur de champ est remarquable par exemple lorsque surgit le tueur de Ben en arrière-plan et contre-plongée. Enfin l'utilisation du son dans ce film est tout aussi remarquable au travers du symbolisme changeant du grelot suspendu à la selle de Jeff. D'abord associé à l'individualisme il symbolise la prise de conscience de Jeff et annonce sa mue en justicier. Il leurre ses ennemis, accompagne tel un chant funèbre le cadavre de Ben et termine sa course en symbole du foyer que Jeff et Renee s'apprêtent à construire. Un passage de relai puisque c'est Ben qui avait offert le grelot à Jeff pour lui rappeler leur objectif de construire un ranch ensemble.

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L'Appât (The Naked Spur)

Publié le par Rosalie210

Anthony Mann (1953)

L'Appât (The Naked Spur)

Troisième western du cycle Mann-Stewart, l'Appât est le plus dépouillé, le plus amer et le plus sombre, proche d'un film noir. C'est une mise à nu des rapports humains dans ce qu'ils ont de plus brutal, de plus âpre. La dureté des paysages des Montagnes Rocheuses renvoie à celle des sentiments. La mise en scène est épurée à l'extrême. Jamais elle ne dévie de son sujet principal, elle fonce droit au but, sans digression. Entre la nature sauvage et tourmentée et les cinq protagonistes nulle ville, nul ranch, nul rôle ou intrigue secondaire. C'est un huis-clos à ciel ouvert qui exacerbe passions et conflits avec le torrent pour catalyseur.

Le film se concentre sur trois chasseurs de prime mus par la soif de l'or et l'instinct de survie. Tous sont la proie de leurs bas instincts, ont une âme tourmentée ou un passé trouble. Trois parfaits antihéros. Mais alors que Jesse Tate le chercheur d'or aussi bête que cupide et Roy Anderson le violeur sanguinaire sont irrécupérables, le film se concentre sur Howard Kemp l'ex fermier et soldat naïf trahi par sa petite amie et que sa blessure non cicatrisée a rendu fou, sans foi ni loi, violent, taciturne, inquiétant voire odieux. Mais comme dans les Affameurs, il s'agit d'un héros en gestation. Un homme qui doit affronter un parcours semé d'embûches pour reconquérir son humanité et se racheter. Stewart est prodigieux dans ce type de rôle ambigu qui peut passer en un éclair de la tendresse la plus profonde à la haine la plus bestiale.

Kemp étant le seul des trois hommes à pouvoir évoluer il devient l'enjeu d'un combat entre le diable et l'ange. Le diable c'est Ben dont la tête est mise à prix et qui a parfaitement compris comment il pouvait semer la zizanie entre les 3 hommes venus l'arrêter en exploitant leurs failles. L'ange c'est Lina sa protégée loyale et fidèle mais attirée par Kemp dont elle devient la force rédemptrice. Dans les Affameurs déjà la femme aimée arrêtait par son cri le geste meurtrier du héros. Dans l'Appât la blessure de Kemp se réouvre, il redevient vulnérable et au prix d'un vrai chemin de croix il renonce à ses pulsions bestiales (il enterre Ben au lieu de le traiter en marchandise) par amour pour Lina. La guérison de son âme est symbolisé par ses larmes libératrices. Le ranch qu'il part construire avec Lina en Californie symbolise la refondation de la nation sur des bases saines et non sur la violence.

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Les Affameurs (Bend of the River)

Publié le par Rosalie210

Anthony Mann (1952)

Les Affameurs (Bend of the River)

Les affameurs est le deuxième film du cycle des westerns qu'Anthony Mann a réalisé avec James Stewart, le premier en technicolor. Adapté d'un roman de Bill Gulick, Bend of the river il raconte l'histoire d'un convoi de pionniers dans les années 1840 qui se rend dans l'Oregon et dont le ravitaillement est détourné par des profiteurs dans le contexte de la ruée vers l'or.
Cette trame permet à Mann de poursuivre et d'accentuer la dramatisation des paysages dont il a le secret. La nature est grandiose, sauvage et belle et le cheminement des colons est aussi une lutte contre les éléments là où il n'y a ni pont ni route. Cette âpreté et cette beauté magnifient le parcours du héros. Comme Lin, Glyn l'ex hors-la-loi poursuit avec une opiniatreté sans faille son objectif. Celui-ci n'est plus la vengeance mais la rédemption. Son choix est fait au début du film mais il doit le valider en surmontant l'hostilité de la nature mais aussi celle des hommes. Jérémy le chef des colons dénie en effet aux brebis égarées la possibilité de changer et de s'intégrer "Une pomme pourrie contamine tout le panier." D'où la rencontre dès les premières minutes du film du double maléfique de Glyn, Cole un pillard sur le point d'être pendu. Glyn le sauve (comme on l'a fait pour lui) et lui tend la main. La gémellité des deux hommes est saisissante dans leur habileté à manier les armes comme dans leur inclination pour Laura la fille de Jérémy. Mais Cole doute de la possibilité d'être accepté même après avoir montré des signes de dévouement et de loyauté "Leur gratitude sera éphémère...ou peut-être pas mais c'est une question de chance." C'est pourquoi Cole trahit les colons au profit des chercheurs d'or. Mais il laisse la vie sauve à Glyn (une façon de payer la dette qu'il a envers lui) qui devient alors sa Nemesis. Le conflit fratricide se règle dans la rivière tel un rite de purification au bout duquel Glyn vainc son ennemi intime. Au terme de ce baptême il est affranchi de son passé et admis dans la communauté. Lorsque Jérémy reconnaît son erreur et fait de Glyn son gendre on peut y lire un appel à la tolérance vis à vis d'une société prompte à enfermer et condamner les individus déviants plutôt que de les réinsérer. La démocratie et l'Etat de droit c'est aussi le droit à la seconde chance.

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Winchester '73

Publié le par Rosalie210

Anthony Mann (1950)

Winchester '73

Winchester 73 est le premier des 5 films du cycle des westerns qu'Anthony Mann a tourné avec James Stewart. Un des couples majeurs du genre au même titre que Ford et Wayne ou Leone et Eastwood.
Avec sa structure circulaire, Winchester 73 a la sécheresse et la limpidité d'une épure. Cette histoire d'arme d'exception suscitant la convoitise et passant de main en main a plusieurs dimensions. Celle de la tragédie grecque et du récit biblique matîné de psychanalyse à travers le duel fratricide de Caïn et Abel pour la possession du phallus (la carabine) après avoir tué le père. Celle de la légende arthurienne à travers une nouvelle Excalibur qui ne se donne qu'à un héros au coeur pur et porte malheur à tous les autres. Lin est assoiffé de vengeance mais il a gagné l'arme loyalement, est désintéressé et noue de chaleureuses relations amicales. Bien que plus monolithique que dans les autres westerns de Mann, le héros n'en est pas moins fascinant par son opiniatreté et les nuances de jeu de Stewart qui passe en un clin d'oeil d'un état à un autre. Enfin celle de l'histoire. Le périple de la carabine nous fait passer du centenaire de la guerre d'Indépendance et de Wyatt Earp (soit la promesse d'un pays libre et pacifié où règne la justice) aux guerres indiennes, braquage de banques et règlements de compte à OK Corral en famille en passant par l'évocation de Gettysburg. Histoire de rappeler que dans ce pays un homme qui n'a pas d'armes sur lui est "nu". Winchester 73 est aussi un film sur l'origine de la violence qui gangrène encore aujourd'hui les USA.

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