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Articles avec #aventure tag

Inception

Publié le par Rosalie210

Christopher Nolan (2010)

Inception

"Non, rien de rien, non, je ne regrette rien. Ni le bien, qu'on m'a fait, ni le mal, tout ça m'est bien égal"*. Si les personnages d'"Inception" étaient semblables à la chanson qu'ils utilisent pour leur indiquer qu'il est bientôt  l'heure de se réveiller parmi les différentes strates de rêves dans lesquels ils sont plongés, il n'y aurait pas "d'Inception". Il n'y aurait pas de coffre à secrets, de phrase malentendue ou mal interprétée, d'acte manqué ou funeste revenant hanter son protagoniste. Il n'y aurait pas de question non résolue telle que "suis-je responsable de la mort de ma femme?", "Pourquoi n'ai-je pas pris le temps de regarder le visage de mes enfants avant de partir?" ou "suis-je un raté aux yeux de mon père?". Ainsi "Inception" derrière ses allures de labyrinthe du casse de l'esprit est aussi une gigantesque thérapie visant à offrir à des personnages tourmentés le repos de l'âme. Peu importe au fond de distinguer le vrai du faux comme le montre la réponse que Cobb implante dans l'esprit de Fisher (qui est d'ailleurs peut-être la vérité, qui sait! Ce qui compte au fond, c'est qu'elle le libère) et la fin volontairement ouverte où l'on se demande si Cobb (Leonardo DiCAPRIO) est véritablement revenu dans la réalité ou s'il ne rêve pas encore. Comme dans "Interstellar" (2014), des personnages qui se sont arrachés de la pesanteur terrestre et des êtres qu'ils y aimaient se perdent dans une autre dimension et ont toutes les peines du monde à revenir au point de ne pas y parvenir comme le montre le personnage de Mal (Marion COTILLARD).

En plus de ces questionnements philosophiques et psychologiques, "Inception" est un grand film de structures virtuoses qui met un peu de temps à démarrer car il lui faut le temps d'exposer son dispositif complexe. Mais quand il se déploie dans toute sa splendeur il en met plein la vue avec ses différents rêves emboîtés aux temporalités différentes mais qui interagissent les uns avec les autres. Ainsi en est-il de la chute du van au ralenti qui provoque les scènes d'apesanteur surréalistes de l'hôtel et les scènes de réveil successif, strate après strate. Les références utilisées par Christopher NOLAN sont nombreuses. Il s'est beaucoup inspiré pour le scénario et certaines scènes de "Paprika" (2006) de Satoshi KON et d'ailleurs le début du film est un clin d'œil au Japon avec notamment un décor dérivé de celui du château Nijo à Kyoto. Mais sur le plan formel, le réalisateur auquel on pense le plus en dehors du "Blade Runner" (1982) de Ridley SCOTT (film également sous influence japonaise et très "architecturé") c'est Stanley KUBRICK, un architecte de l'image explorant l'espace dans "2001, l'odyssée de l'espace" (1968) et flirtant avec le cauchemar paranormal dans "Shining" (1980) (le choix du couloir d'un hôtel comme décor majeur pour le film n'est pas dû au hasard). Evidemment la saga "Matrix" (1998) ne peut pas être occultée à cause notamment de la similitude des va et vient permanents entre monde réel où les personnages sont réveillés et mondes virtuels où pendant qu'ils dorment, on retrouve leur image dans une autre dimension entre rêve et jeu vidéo. "Inception" comme "Matrix" sont des films-métaphores de l'art cinématographique lui-même puisque pendant que notre corps repose dans un fauteuil, notre esprit s'affranchit des contingences du réel pour aller à l'autre bout du monde, sous l'eau ou dans l'espace, dix siècles plus tôt ou mille ans plus tard (sans parler du fait qu'il peut aussi reconfigurer la personnalité physiquement et psychiquement par l'identification aux héros de l'histoire). Des œuvres littéraires ont également influé sur le film, notamment celle de Borges (elle imprègne toute l'œuvre de Christopher NOLAN) et "Alice au pays des merveilles".

*Evidemment, que ce soit intentionnel ou pas, on ne peut s'empêcher de penser aussi à "La Môme" (2007) qui a ouvert les portes d'Hollywood à Marion COTILLARD, protagoniste importante du film de Christopher NOLAN.

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Le Monde perdu: Jurassic Park (The Lost World: Jurassic Park)

Publié le par Rosalie210

Steven Spielberg (1997)

Le Monde perdu: Jurassic Park (The Lost World: Jurassic Park)

La suite de "Jurassic Park" (1993), réalisée également par Steven SPIELBERG ne bénéficie pas de la même aura que son prédécesseur. Il faut dire que celui-ci avait bénéficié d'un effet de surprise qui ne peut plus opérer. Le scénario du "Monde perdu" a donc un petit côté réchauffé et les personnages sont globalement moins travaillés. Mais il n'en reste pas moins un très bon film tant sur la forme que sur le fond. Sur la forme, il se distingue par des scènes d'action spectaculaires toujours aussi remarquablement mises en scène. Celle de la caravane est un morceau d'anthologie. Quant aux effets spéciaux ils sont évidemment toujours aussi intelligemment utilisés de façon à servir le récit et à nourrir l'émotion. Sur le fond, on retrouve une critique acerbe des actions inconsidérées de l'homme sur la nature pour des motifs aussi peu avouables que la cupidité et la vanité avec des références à plusieurs films des années 20 et 30. Tout d'abord "King Kong" (1932) est ouvertement cité sauf que le gorille géant est remplacé par un T.Rex qui est arraché à son île par des chasseurs à la solde du neveu de John Hammond (devenu écologiste entre temps et donc écarté des affaires ^^) théoriquement pour servir de tête de gondole à un projet de parc d'attraction à San Diego en réalité pour venir semer le bazar en pleine ville. Ensuite l'arrivée du bateau fantôme en pleine ville avec son chargement funeste a quelque chose de "Nosferatu le vampire" (1922), la touche d'ironie en plus (j'adore quand le T.Rex défonce la barrière du port indiquant que les animaux et végétaux importés sont interdits à partir de "ce point", comme si l'homme espérait ainsi empêcher la propagation d'une épidémie, une peur qui est loin d'avoir disparu comme le montre l'exemple actuel du coronavirus). Enfin le titre choisi par Steven SPIELBERG est un hommage au film éponyme de Harry O. HOYT de 1925 dans lequel évoluaient les dinosaures animés en stop motion de Willis O'Brien, également créateur de King Kong. Le plateau à l'écosystème du jurassien coupé du reste du monde imaginé par Conan Doyle est devenue une île menacée. Le fait d'avoir choisi des films de cette époque, dont un allemand n'est pas innocent. Beaucoup de critiques ont souligné à quel point Steven SPIELBERG était hanté par "La Liste de Schindler" (1993) tourné quatre ans plus tôt. De fait "Le Monde perdu" est plus sombre, plus violent et plus désenchanté que "Jurassic Park" (1993). Il illustre la tendance profondément autodestructrice de l'homme qui a le don de désirer ce qui est susceptible de lui faire le plus de mal. Le neveu de John Hammond (Arliss HOWARD) et sa quête insensée du profit, le chasseur Roland Tembo (Peter POSTLETHWAITE) obsédé par l'idée de compléter sa collection de trophées de chasse ou encore l'un de ses acolytes qui s'amuse avec un plaisir sadique à lancer des décharges électriques sur des espèces qui n'ont pourtant manifesté aucune intention agressive à son égard sont trois exemples édifiants du mal humain. Face à eux, c'est moins Ian Malcom (Jeff GOLDBLUM) qui s'impose (pour les besoins du film il est plus homme d'action que de réflexion ce que je trouve dommage) que sa petite amie, le Dr Sarah Harding (Julianne MOORE) qui est comparée à juste titre à Dian Fossey, la célèbre primatologue américaine immortalisée par Sigourney WEAVER dans "Gorilles dans la brume" (1988). Dian Fossey qui paya de sa vie son engagement en faveur des gorilles en raison des intérêts puissants qu'elle contrariait que ce soit ceux des braconniers, ceux des éleveurs ou ceux des trafiquants de bébés gorilles dont certains étaient hauts placés. On en comprend d'autant mieux le parallèle avec King Kong.

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Jurassic Park

Publié le par Rosalie210

Steven Spielberg (1993)

Jurassic Park

Jurassic Park qui à sa sortie a fait sensation notamment en raison de ses effets spéciaux révolutionnaires (et qui conservent toute leur puissance de frappe près de trois décennies plus tard) est aussi l'œuvre d'un grand réalisateur. Soit ce qui manque aux blockbusters actuels, pilotés par des producteurs qui pour maximiser leurs profits recyclent à l'infini les recettes scénaristiques du passé (et Jurassic park qui n'en finit plus d'avoir des avatars sans intérêt ne fait pas exception à la règle) relookés par de la surenchère technologique indigeste.

Jurassic Park se démarque de ceux-ci sur de nombreux points:

- Un art de la mise en scène qui intègre intelligemment les effets spéciaux à des scènes d'action et de suspense qui de ce fait sont passées à la postérité. Deux exemples: la découverte progressive du T.Rex depuis l'intérieur de la voiture et la scène de la cuisine à la fin où l'utilisation de l'espace et des éléments du décor est tout simplement magistrale! De plus, soucieux de conférer le plus grand réalisme possible à ses dinosaures, Steven SPIELBERG a choisi d'intégrer les images de synthèse à des scènes de nuit ou de pluie et a fait étroitement collaborer (et pas seulement cohabiter) les techniques animatroniques et numériques. De ce point de vue "Jurassic park" est un film se situant dans une transition technologique tout à fait passionnante. Car le résultat est bluffant alors que pourtant les dinosaures ne sont présents qu'un quart d'heure à l'écran (9 minutes pour les animatroniques et 6 pour les effets numériques).

- Des acteurs avec une vraie présence campant des personnages bien construits à partir d'une intrigue bien ficelée adaptée du roman de Michael CRICHTON. Sam NEILL et Laura DERN incarnent Alan et Ellie, un couple de paléontologues de renom brusquement confrontés à des dinosaures vivants recréés par la science. Ils sont tous deux fascinés par le fait de pouvoir regarder et toucher les créatures qu'ils n'appréhendaient jusque là qu'à l'état de squelettes. Le mathématicien Ian Malcom (Jeff GOLDBLUM), spécialiste de la théorie du chaos est quant à lui conscient des dangers que l'expérience fait courir à l'humanité et au monde et fait preuve d'esprit critique ce qui énerve le milliardaire inconscient John Hammond (Richard ATTENBOROUGH) qui est à l'origine du projet et passe son temps à répéter qu'il a "dépensé sans compter". Même les enfants ne sont pas là pour faire joli mais ont un vrai rôle à jouer, en particulier le petit Tim (Joseph MAZZELLO) dont les pulsions voyeuristes sont souvent soulignées. Les péripéties que vivent les personnages révèlent soit leur médiocrité (informaticien véreux, avocat d'affaires veule, garde-chasse trop sûr de lui) , soit au contraire leurs qualités (Allan et Ellie se révèlent être des héros qui sauvent la situation et protègent les enfants).

- Les thématiques qui traversent le film sont particulièrement riches et pertinentes. On y trouve d'une part une énième critique de l'homme démiurge/apprenti-sorcier/prométhéen (que l'on peut renommer "hommo occidentalus" ^^) qui croit pouvoir jouer impunément avec les règles de la nature en cherchant à la reconfigurer pour son bon plaisir et à la contrôler alors que bien entendu, elle lui échappe comme l'avait prévu Ian Malcom. A cela s'ajoute une critique de la société du spectacle fondée sur la consommation et le voyeurisme et de la technologie censée remédier aux failles humaines. Le "Jurassic Park" de John Hammond est conçu comme une sorte de zoo géant disneylandisé sauf que la visite (trop) guidée fait un flop retentissant car le vivant ne se plie pas aux désirs mercantiles alimentés par la "pulsion scopique". Lorsque les portes s'ouvrent et que la promenade en voiture (téléguidée) commence il n'y a littéralement rien à voir et les grillages électrifiés s'avèreront très vite dérisoires pour endiguer une sauvagerie moins animale qu'humaine. Le personnage de Dennis Nedry (Wayne KNIGHT), le programmeur du système de gestion automatisé du parc et responsable de la catastrophe est très intéressant à étudier comme un exemple éloquent de l'irrationnalité humaine. Son corps déborde de partout, son bureau en vrac est une poubelle à ciel ouvert, il est accablé par les problèmes financiers (s'il les gère comme son bureau ou son régime alimentaire, on comprend pourquoi) et déborde d'anxiété. Bref c'est l'homme idéal pour commettre une grosse bêtise. Car en coupant l'alimentation électrique pour voler des embryons, il ouvre en même temps la cage des dinosaures et signe son arrêt de mort. D'ailleurs Steven SPIELBERG punit d'une façon ou d'autre autre tous ceux qui cherchent à tirer profit du parc, même le petit Tim se prend un bon coup de jus pour son plaisir un peu trop manifeste devant le spectacle du "gore en live".

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Le Monde perdu (The Lost World)

Publié le par Rosalie210

Irwin Allen (1960)

Le Monde perdu (The Lost World)

Cette seconde adaptation du roman de Sir Conan Doyle après celle, muette, de 1925 par Harry O. HOYT est un monument de kitsch. Le film de Irwin ALLEN apparaît daté avec ses effets spéciaux ridicules (par seulement liés à l'époque mais aussi à un budget réduit à cause du tournage concomitant de "Cléopâtre") (1963) et ses personnages mal joués et stéréotypés jusqu'au bout des ongles dont les costumes, coiffures et maquillages restent impeccables jusqu'au fin fond de la jungle. Difficile de décider si la palme du ridicule va au caniche à rubans roses de Jill (elle-même vêtue de rose) ou aux pauvres reptiles que l'on a affublés de cornes ou d'autres appendices factices afin de les faire passer pour les sauriens de la préhistoire. Ils sont d'ailleurs très peu présents dans le film, on comprend pourquoi. D'autre part sa vision manichéenne des "gentils" (les occidentaux) et des "méchants" (les indigènes et deux membres du groupe vils et cupides qui sont comme par hasard latino et qui sont purement et simplement éliminés) n'est certainement pas sauvée par le personnage d'une sauvageonne au brushing et au bronzage californiens et dont le costume rappelle celui de l'épouse de la famille Pierrafeu, la série de William HANNA et Joseph BARBERA. D'ailleurs le parallèle est d'autant plus pertinent que les deux oeuvres sont contemporaines avec une toile de fond préhistorique qui sert de prétexte à mettre en scène l'american way of life des années 1960. Lequel consiste entre autre dans le film pour Jill à se faire épouser par un Lord (diamonds are girl's best friends, tout en rose ^^) chasseur de fauves et explorateur face auquel le journaliste (un parvenu nommé Ed Malone) n'a aucune chance. Bref s'il y a un certain savoir faire dans la réalisation et la photographie, ce film parfaitement dispensable est une série B qui a mal vieilli et qui ne peut plaire aujourd'hui soit qu'à ceux qui cherchent de l'imagerie naïve et colorée, soit aux amateurs de comique involontaire.

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Le Retour du Jedi (Return of the Jedi)

Publié le par Rosalie210

Richard Marquand (1983)

Le Retour du Jedi (Return of the Jedi)

Autant "Star Wars L Empire contre-attaque" (1980) fait aujourd'hui consensus en tant que meilleur de tous les films Star Wars (toutes trilogies confondues), autant celui qui est devenu l'épisode VI "Le Retour du Jedi" suscite des avis plus mitigés. Pourtant je trouve qu'il réussit l'exploit de réunir l'esprit merveilleux et bon enfant du premier film et la noirceur shakespearienne du second. Une fois de plus, la force mentale, la solidarité et l'ingéniosité ont raison d'un ennemi a priori beaucoup plus puissant, numériquement et technologiquement parlant. Le combat des Ewoks et des rebelles contre les stormtroopers et leurs engins blindés et motorisés sur la lune d'Endor (qui font plus que jamais penser à ceux de la Wehrmacht d'autant que dans l'espace, les vaisseaux de l'Empire émettent des bruits qui rappellent ceux des avions de la Luftwaffe) renvoie à David et Goliath ou au pot de terre contre le pot de fer. Quant aux scènes (devenues cultes) dans l'antre de Jabba the Hutt sur Tatooine elles se situent au carrefour du western (repaire de gangsters dans un environnement désertique et chasseurs de prime) et du roman de chevalerie revu et corrigé (Jabba jouant le rôle du dragon cupide et concupiscent). Enfin Luke achève sa formation en même temps qu'il réussit à rassembler le puzzle de ses origines. Sa mue se poursuit et il n'a plus grand-chose à voir avec le jeune homme naïf du premier film. Sa ressemblance avec Dark Vador se fait plus évidente (les habits noirs, l'éclairage qui vers la fin du film semble engloutir son visage dans l'obscurité et surtout la fausse main qui le rapproche du cyborg qu'est devenu son père) ce qui entretient le suspens moral de l'épisode: va-t-il sauver l'âme de son père ou au contraire va-t-il basculer du côté obscur de la Force? Ni Yoda, ni Obi-Wan Kenobi ne croient en la rédemption. Celle-ci est pourtant au cœur du christianisme des origines (issu du judaïsme) qui imprègne la saga. Elle dépasse l'opposition entre le bien et le mal en traitant ce dernier avec compassion au lieu de chercher à l'éliminer. Luke sait qu'en tuant son père, il tuerait une partie de lui-même donc il ne peut en quelque sorte se sauver qu'en sauvant son père. En même temps, la Force est aussi un champ d'énergie issu des croyances orientales (le Ki) et l'influence de l'Extrême-Orient est tout aussi forte dans cet épisode que dans les précédents avec le duel final au sabre-laser ou la scène de poursuite dans la forêt qui se réfère à l'un des films matriciels de la saga: "La Forteresse cachée" (1958) de Akira KUROSAWA.

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L'Empire contre-attaque (The Empire Strikes Back)

Publié le par Rosalie210

Irvin Kershner (1980)

L'Empire contre-attaque (The Empire Strikes Back)

"L'Empire contre-attaque" reprend tous les éléments mis en place dans l'épisode fondateur de la saga et les élève jusqu'à l'âge adulte comme doit le faire le personnage principal, Luke dont la mue se fait par de douloureuses épreuves qui le meurtrissent dans sa chair et dans son âme. Coïncidence, l'acteur, Mark HAMILL avait eu avant le tournage du film un grave accident de voiture qui lui avait laissé des séquelles au niveau du visage. Un visage dont l'aspect angélique et enfantin avait contribué à son choix pour le rôle. Et qui se fait plus dur et moins expressif, en parallèle avec une identité terriblement malmenée. Je pense en particulier à la scène de la grotte du mal sur la planète Dagobah. Elle symbolise la descente dans les abysses où Luke affronte Dark Vador, lequel s'avère être la part obscure de lui-même. Cette scène préfigure celle où il l'affronte directement et qui se termine par sa castration symbolique et sa chute en même temps que par la révélation de ses véritables origines familiales. Là, on n'est plus dans le space opera mais dans la tragédie antique ce qui n'est guère surprenant quand on se penche sur les nombreuses références bibliques, grecques et romaines qui parsèment la saga. Le manichéisme primaire du premier film (chevalier blanc contre chevalier noir, "marcheur céleste" contre "sombre envahisseur") est ainsi battu en brèche par la généalogie comme par l'approfondissement de la réflexion sur la nature de la Force. Après Obi-Wan Kenobi (Alec GUINNESS) qui a fusionné avec "le grand tout" à la fin du premier film, c'est au tour du maître Yoda de prendre en main la formation de l'apprenti-Jedi. Avec son apparence de gnome vert, Yoda est une parfaite illustration du fait que les apparences sont trompeuses. L'animation de sa marionnette (créée et manipulée par Frank OZ qui lui prête aussi sa voix et un langage caractérisé par une syntaxe particulière inspirée du latin sans laquelle Yoda ne serait pas Yoda) est tout simplement prodigieuse en ce qu'elle produit une humanité que par la suite les effets numériques ne parviendront jamais à recréer.

En dépit de cette gravité et même d'une certaine noirceur qui touche aussi les autres personnages (C3PO se fait tailler en pièces, Han Solo est torturé puis cryogénisé sans parler de sa rivalité latente avec Luke pour le cœur de Leia étant donné que ces deux derniers ne connaissent pas leurs liens biologiques), l'humour est toujours très présent au travers des compagnons fidèles: Chewbacca, R2D2, C3P0. Enfin le film se caractérise par des scènes d'action épiques dans des décors bien plus grandioses que le film précédent en particulier la bataille des tripodes sur la planète Hoth et la cité dans les nuages de Lando Calrissian (Billy Dee WILLIAMS).

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La Guerre des Etoiles (Star Wars)

Publié le par Rosalie210

George Lucas (1977)

La Guerre des Etoiles (Star Wars)

Depuis sa première sortie en 1977 le premier film de la saga Star Wars a connu plusieurs mutations. Il a tout d'abord changé de titre: "La Guerre des étoiles" (ou plutôt si le titre avait été correctement traduit, "Les guerres de l'Etoile" ce qui a autrement plus de sens!) est devenu "Un nouvel espoir", l'épisode IV d'une saga qui en comporte à ce jour neuf (sans parler des films qui en sont dérivés). Il est ensuite aujourd'hui introuvable sous sa forme originelle (du moins officiellement). Son créateur, George LUCAS a décidé pour la ressortie de la trilogie au cinéma en 1997 d'effectuer des incrustations numériques tout à fait dispensables (et discutables car elles jurent avec le reste du film et brouillent l'identité spatio-temporelle dans lequel il a été conçu) et même de changer le sens d'une scène-clé, celle où Han Solo tue Greedo dans la Cantina. Dans la version d'origine il tire le premier alors qu'à partir de 1997, il réagit au tir de Greedo ce qui le place en situation de légitime défense (et depuis la scène a été encore modifiée pour brouiller les pistes). Ce révisionnisme affectant le cowboy de l'espace me fait penser à celui qui a un moment donné a touché Lucky Luke qui ne pouvait plus fumer ni tirer. Imaginez le même traitement appliqué aux westerns de John FORD ou de Sergio LEONE!

Malgré ces vicissitudes, le film de George LUCAS n'est pas devenu par hasard l'une des références incontournable de la planète cinéma. Il réunit les codes du conte ("Il y a bien longtemps dans une galaxie lointaine, très lointaine" résonne exactement comme "Il était une fois" et il y a de nobles chevaliers, une princesse et des forêts… de météorites), ceux du mythe (dont l'unicité à travers les âges et les cultures a été mise en évidence par Joseph Campbell dans son ouvrage "Le héros aux mille et un visages". Ainsi Luke dans la plus pure tradition du récit initiatique quitte son quotidien pour vivre des aventures fabuleuses et s'accomplir en tant que héros) et enfin ceux de plusieurs genres cinématographiques: le space opera, le western (déjà cité plus haut), le film historique (l'anéantissement d'une planète, les combats entre engins spatiaux, les uniformes des officiers de l'Empire et leurs cérémonies renvoient au nazisme et à la seconde guerre mondiale) et le film de sabre japonais (George LUCAS est un admirateur de Akira KUROSAWA et l'influence de celui-ci est très forte). S'y ajoute une forte dimension mystique. "Un nouvel espoir" est un film "réenchanteur" qui affirme haut et fort la supériorité des forces de l'esprit (puisées dans les religions occidentales et orientales) sur la technologie. Enfin le casting n'est pas pour rien dans la réussite du film. Luke, le chevalier blanc est campé par un Mark HAMILL à la candeur émouvante, Han Solo le space cowboy a contribué à propulser le charismatique Harrison FORD au firmament des étoiles ^^ et Leia la princesse au caractère bien trempé et aux célèbres macarons est pour toujours associée à Carrie FISHER a qui le personnage a terriblement pesé. Obi-Wan Kenobi, le mentor spirituel est une sorte de résurrection des premiers moines du désert auquel Alec GUINNESS apporte toute sa classe. Enfin leur antithèse, le chevalier noir Dark Vador est entré dans la légende des plus grands méchants de l'histoire du cinéma.

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La Forteresse cachée (Kakushi toride no san akunin)

Publié le par Rosalie210

Akira Kurosawa (1958)

La Forteresse cachée (Kakushi toride no san akunin)

Voir où George LUCAS a puisé l'âme de sa saga "Star Wars" n'est pas très compliqué. Il suffit de bien observer la forme du casque de Dark Vador, les postures des maîtres Jedi et leurs sabres… laser (et je ne parle même pas de la Force) pour comprendre qu'il est autant allé chercher son inspiration du côté du pays du soleil levant que dans le livre de Joseph Campbell "Le Héros aux mille et un visages". La première scène de la "Forteresse cachée" est quasiment reprise telle quelle dans "Star Wars: Episode IV - A New Hope" (1977) avec son étendue désertique dans laquelle errent non les héros mais les comparses, chargés de servir et de divertir la galerie avec leurs comportements grotesques (cupidité, veulerie etc.) Cette ouverture marque d'ailleurs un tournant dans la filmographie de Akira KUROSAWA qui après les échecs successifs de ses films adaptés de grandes oeuvres littéraires s'essaye avec brio à un cinéma d'inspiration plus populaire. Ce récit d'aventures picaresques tourné dans de splendides décors naturels et ponctué de scènes d'action spectaculaires et admirablement filmées (voir la scène où le général Makabe alias Toshiro MIFUNE se lance à la poursuite de ses ennemis le sabre levé) se paye en plus le luxe d'être féministe. La princesse Yuki (Misa UEHARA) est une guerrière (comme l'est également la princesse Leia qui incarne l'âme de la rébellion et finit générale) et si elle doit se faire passer pour muette afin de voyager incognito, sa langue est en réalité bien pendue et elle n'a pas les yeux dans sa poche. Le fait d'être traquée par le clan adverse est une chance pour elle car il lui permet de quitter sa tour d'ivoire et d'observer le monde tel qu'il est, le meilleur et le pire des hommes. Elle est également très critique envers les mentalités féodales (et patriarcales) japonaises, notamment le sens du sacrifice, de la loyauté et de l'honneur poussé jusqu'à ses extrémités les plus mortifères. La manière dont elle bouscule les deux généraux, Makabe et Tadokoro (Susumu FUJITA) dans leurs certitudes (alors qu'elle n'a que 16 ans, soit l'âge auquel Greta Thunberg est devenue célèbre mais je dis ça je ne dis rien) s'avère décisive pour l'issue de l'histoire.

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Jabberwocky

Publié le par Rosalie210

Terry Gilliam (1977)

Jabberwocky

J'ai rarement vu une restauration produire des effets aussi spectaculaires que dans "Jabberwocky", le premier long-métrage réalisé par Terry GILLIAM. En effet celui-ci en dépit d'un budget modeste a créé un magnifique univers visuel qui s'était terni avec le temps. En retrouvant son éclat, l'image révèle des paysages ruraux de chateaux-forts nimbés d'une somptueuse lumière. Les mêmes que ceux de "Monty Python sacré Graal" (1975), l'œil du peintre en prime. Cela n'empêche pas de reconnaître le style Gilliam, récurrent de film en film, celui des courtes focales et des contre-plongées qui écrasent les personnages sous l'architecture, bouchent la vue et déforment les perspectives et les traits jusqu'à la caricature. Le Moyen-Age dépeint par Gilliam est pictural et en même temps il s'en dégage une impression de réalisme comme dans le film antérieur des Monty Python. C'est lié à une intimité avec cette époque dans ce qu'elle a de plus "terre-à-terre" c'est à dire sa violence et sa saleté. Celles-ci deviennent d'ailleurs les supports d'un long gag où la tribune royale d'un tournoi est progressivement recouverte de sang et de morceaux de chair sans que les personnages ne s'en émeuvent (un type de gag non-sensique récurrent chez les Python*). Mais de la saleté au sens propre à la saleté au sens figuré il n'y a qu'un pas et la crasse ou la poussière qui recouvre les dirigeants qui utilisant leurs vassaux comme de la chair à canon n'a rien de gratuit. A travers le Moyen-Age, Terry GILLIAM critique en réalité le fonctionnement de la société britannique des années 70 touchée par la crise et le chômage et désormais rétive comme le reste de l'Europe à l'immigration de travail venue des pays pauvres. Quant au "monstre" (emprunté à un autre univers de l'absurde, celui de Lewis Carroll) qui terrorise la contrée, il est cyniquement instrumentalisé pour manipuler les masses puisque les habitants n'ont guère envie de s'aventurer à l'extérieur et apaisent leurs angoisses en… consommant. Il est presque dommage que Terry GILLIAM finisse par le montrer (d'autant que ce n'est pas une réussite, contrairement aux plans où la caméra adopte son point de vue et où il est donc invisible) car comme le magicien d'oz, il aurait pu tout aussi bien n'être qu'une illusion.

* Une partie d'entre eux participent au film en tant qu'acteurs. Michael Palin interprète le rôle principal et le regretté co-fondateur des Python Terry Jones y joue un petit rôle, celui du braconnier qui apparaît en introduction et est la première victime du monstre.

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Le Monde perdu (The Lost world)

Publié le par Rosalie210

Harry O. Hoyt (1925)

Le Monde perdu (The Lost world)

"Le Monde perdu" est l'œuvre matricielle d'où sont sortis des films de monstre tels que les "Jurassic park" (du côté des USA) et les "Godzilla" (du côté du Japon). Il préfigure également le premier chef- d'œuvre parlant du genre "King-Kong" qui reprend la même technique mélangeant prises de vue réelles et animation en stop motion pour les créatures fantastiques ou disparues. "Le Monde perdu" et "King Kong" sont les deux réussites les plus éclatantes de Willis O'Brien, l'inventeur et le metteur en scène de cette technique d'effets spéciaux*. En dépit de leur âge, les scènes mettant en scène les dinosaures restent impressionnantes (dommage qu'il y ait parmi eux un homme déguisé en singe qui ne fait quant à lui pas du tout illusion). Il y a même devant leur fuite éperdue devant l'éruption volcanique et l'incendie géant qui en résulte une étrange résonnance contemporaine.

Ceci étant si "King Kong" est davantage passé à la postérité que "Le Monde perdu" (sauf via des citations dans ses avatars contemporains) c'est à cause principalement de son scénario. Celui du "Monde perdu", adapté du livre éponyme de Sir Conan Doyle (le père de Sherlock Holmes) paru en 1912 relève du récit d'aventure divertissant à la Jules Verne ou H.G Wells** alors que celui de "King-Kong", bien que présentant des similitudes avec celui du "Monde perdu" (dont il s'est sans doute inspiré) est plus érotique, plus tragique et intègre une puissante dimension de critique politique et sociale. Bref il y a comme une différence de maturité ^^. Le contexte des deux films a sans doute une incidence dans leur tonalité. "Le Monde perdu" a été écrit à la Belle Epoque et réalisé durant les "roaring twenties" alors que "King Kong" date du début des années 30 alors que sévissait la grande crise. 

* Ici assisté de Marcel Delgado qui créa les modèles réduits de sauriens à l'aide d'une armature métallique recouverte de caoutchouc et de matière spongieuse afin de faire illusion à l'écran.

** Le dénouement du "Monde perdu" peut être considérée comme l'histoire de la genèse du monstre du Loch Ness.

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