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Ander

Publié le par Rosalie210

Roberto Caston (2009)

Ander

Ander, paysan du Pays Basque, célibataire, la quarantaine, vit avec sa mère et sa sœur Arantxa dans un hameau isolé du Pays Basque, la Biscaye. Sa vie est partagée entre les travaux de la ferme familiale et quelques heures à l'usine. Dans ce petit pays sauvage, rustique, la routine d'Ander n'est troublée que par quelques heures dans les bras de Reme, la prostituée locale. En effet, malgré l'insistance de sa mère, Ander refuse de s'engager et de se marier.
Jusqu'au jour où, à la suite d'une fracture de la jambe, il est obligé d'embaucher José, un ouvrier agricole péruvien. José débarque avec son sourire lumineux, sa douceur et sa timidité. L'immigré va bouleverser le monde si cloisonné du paysan et lui faire ressentir des choses qu'il ne soupçonnait même pas.

Dans son premier long-métrage superbe de sensibilité, de retenue et de grâce, Roberto Caston aborde de manière magistrale la thématique LGTB dans un environnement inattendu, celui du Pays Basque. L'histoire d'amour qu'il nous raconte est empreinte de délicatesse. Les regards sont fuyants, les gestes du quotidien évoluent imperceptiblement, les silences sont plus parlants que de longs dialogues : un suspense s’installe, entretenu avec tendresse et empathie. Puis vers le milieu du film, c'est l'explosion du désir qui nous surprend dans une scène d'amour physique brève et enfiévrée. Tout est juste et profondément humain, de la durée des plans au jeu sobre, pudique et intense des acteurs qui font de cet opus charnel, un bouleversement amoureux de deux hommes en quête de délivrance.

 

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Daguerréotypes

Publié le par Rosalie210

Agnès Varda (1975)

Daguerréotypes

Daguerréotypes est un téléfilm tourné par Agnès Varda en 1974-1975, un documentaire consacré aux commerçants vivant près de chez elle. Le titre recouvre plusieurs significations. Avant d'être une cinéaste, Varda a été photographe. De plus elle habite depuis les années 50 au 86-88 rue Daguerre dans le 14° arrondissement de Paris. Une rue commerçante animée et pittoresque rescapée du massacre urbanistique du quartier Montparnasse des années 60. Sa récente maternité (Mathieu est né en 1972) l'oblige à tourner dans un périmètre très étroit autour de sa maison. En effet le câble électrique qui en sortait ne faisant que 90 mètres, il a déterminé le choix des commerçants dont elle décide de tirer le portrait.

Chacun raconte son histoire dans sa boutique et sans interrompre son activité, Varda se faisant la plus petite possible. En dépit du fait qu'elle réalise des portraits individuels, ce sont les similitudes de ces personnes qui frappent; similitude de vie, de choix (ou de destin?), de rêves... Au point que le coeur du film devient un spectacle de magie qui les réunit tous, tel un collectif.

On redécouvre l'importance de l'immigration et de l'exode rural des années 60 dans la composition de cette population parisienne. Les bretons sont les plus nombreux car la gare Montparnasse est tout près. On mesure à quel point ceux-ci ont conservé leurs habitudes campagnardes à la ville. Une vie humble, simple et conviviale. Mais aussi une vie routinière, réglée comme du papier à musique, sans fantaisie, sans horizon, comme s'ils étaient enchaînés à leur boutique du matin au soir. Varda insiste particulièrement sur le regard perdu de "Mme Chardon bleu", l'épouse d'un commerçant qui vend des parfums au détail "âme errante dans une vie trop étroite" comme enfermée derrière les vitres de sa boutique.

Le film permet de prendre conscience de permanences et d' évolutions. Si la rue a peu changé, certains des métiers représentés ont disparu comme le Chardon bleu ou la bonneterie alors que d'autres sont restées en place et sont tenues par les enfants des commerçants des années 70. On aperçoit aussi sur le titre d'un journal une allusion à la loi sur l'avortement qui en 1974 n'a pas encore été adoptée.

Tous ces constats sociologiques ou historiques peuvent se faire sans perdre de vue l'essentiel de son propos qui est humaniste. Et c'est parce que l'histoire ou la sociologie s'incarnent dans des destins particuliers et émouvants qu'ils s'impriment en nous.

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Le château ambulant (Hauru no ugoku shiro)

Publié le par Rosalie210

Hayao Miyazaki (2004)

Le château ambulant (Hauru no ugoku shiro)

Le château ambulant est une libre adaptation du roman de Diana Wynes Jones, Le château de Hurle. Comme dans la plupart de ses films, Miyazaki laisse libre cours au métamorphisme et à une esthétique singulière très steampunk.

La construction identitaire est au coeur du film. Il s'agit d'un jeu sur les places, les rôles et les apparences. Contrairement à une idée reçue, l'identité peut évoluer tout au long de la vie. Sophie est une jeune fille solitaire qui subit son destin au travers d'un héritage (la chapellerie de son père) qu'elle ne remet pas en question. Jusqu'au jour ou à la suite d'un maléfice elle devient physiquement ce qu'elle est déjà intérieurement: une vieillarde. C'est la perte de sa jeunesse qui paradoxalement la libère, lui donne l'audace et le regain d'énergie pour prendre son destin en main et choisir sa manière de vivre avant que celle-ci ne lui échappe. Comme elle le dit elle-même, elle a peu à perdre. Tout au long du film, son âge ne cesse de varier selon son état d'esprit avant de se fixer vers la fin sur un ultime paradoxe. Elle retrouve l'apparence de ses 18 ans mais garde les cheveux blancs ou plutôt comme le dit Hauru "couleur de lune." Comme quoi de multiples significations peuvent être attachées à cette couleur.

Hauru est lui aussi un personnage en quête d'identité comme en témoigne ses changements de nom et de couleur de cheveux. Il semble très attaché à montrer de lui une apparence parfaite mais ses transformations démontrent qu'il ne la maîtrise pas cette identité parfaite ce qui le désespère. D'autre part Sophie découvre à la suite d'un voyage dans le passé qu'il a uni ses pouvoirs à ceux d'un démon du feu ce qui l'a privé de son coeur. Le démon alias Calcifer est enchaîné au château par le pacte qu'il a conclu avec Hauru. Quant à ce dernier, il n'a plus accès à ses émotions et se transforme lorsqu'il combat en oiseau nocturne qui a bien du mal à reprendre ensuite forme humaine. Sophie a la tâche de libérer Calcifer et de rendre son cœur à Hauru.

Comme souvent chez Miyazaki, la technologie est ambigue. Hauru est un magicien-sorcier (l'ancêtre du scientifique) qui est sollicité pour participer à l'effort de guerre. Il se distingue justement par le fait qu'il rejette cette guerre qu'il considère injuste et refuse de prendre parti quitte à se mettre à dos sa hiérarchie. On retrouve ainsi dans le Château ambulant l'antimilitarisme et la dénonciation de l'utilisation perverse de la technologie comme dans les films de Kubrick et Zemeckis.

Mais en même temps Miyazaki est un grand admirateur de l'oeuvre de Jules Verne comme en témoigne ses machines volantes diverses inspirées des premiers aéroplanes, ses cités industrielles basées sur l’énergie thermique, sans parler des costumes des personnages qui s’apparentent à ceux du XIXe siècle. Le château ambulant lui-même reprend cette esthétique steampunk. La demeure est faite de bric et de broc et se déplace grâce à l’énergie thermique procurée par un esprit de feu. Elle ouvre sur plusieurs mondes et plusieurs époques, soutenue par cette énergie mystérieuse.

 

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L'Aurore (Sunrise: A Song of Two Humans)

Publié le par Rosalie210

Friedrich Wilhelm Murnau (1927)

L'Aurore (Sunrise: A Song of Two Humans)

L'Aurore est un film d'une force expressive rare qui ferait presque regretter la "facilité" de l'avènement du parlant qui a lieu la même année. Chaque geste, chaque posture, chaque regard est puissamment évocateur et suscite une émotion profonde. Et à l'image de leur environnement, les personnages ne cessent de changer, de passer de l'obscurité à la lumière, de la tempête à la sérénité, de la gravité à l'insouciance (et vice versa). On a en effet beaucoup parlé des nombreuses dichotomies sur lesquelles se fonde le film (jour/nuit, soleil/lune, noir/blanc, ville/campagne, brune/blonde, vie/mort, sexe/amour, tragique/burlesque, réalisme/fantastique etc.) mais on a peu insisté sur la réversibilité de ces contraires et surtout sur leurs états intermédiaires c’est à dire un univers où tout n’est que changement, métamorphose et bouleversement. Par exemple le personnage masculin principal, Ansass, passe d’un bout à l’autre du film par 1001 états physiques et mentaux. On peut le voir tour à tour envoûté, possédé, tourmenté, ravagé, accablé, menaçant, suppliant, joyeux, vibrant et tout son corps l’exprime tantôt vulnérable et tendre comme un enfant, tantôt monstre de haine déformé par la colère. Sa femme Indre n’est pas en reste. Icône virginale menacée d’ophélisation, puis petit animal prostré dans une douleur sans fond, elle renaît à la vie en révélant qu’elle possède elle aussi certaines des qualités de la rivale qui a failli faire chavirer son couple. Indre la vierge devient Indre la femme désirante et désirée à l'image de ses cheveux qui à la fin se déploient librement (une métaphore bien connue de la sexualité). Le film est une métaphore de leur voyage intérieur vers leur accomplissement en tant que personne et en tant que couple et en même temps ce parcours a une valeur archétypale. Tout y passe: complicité enfantine (fous rires, bêtises, soirée au Luna Park), badinage, séduction, passion physique, engagement, enlisement dans la routine, tentations, pulsions meurtrières... mais pas dans cet ordre puisque tout est réversible, tout peut recommencer, aussi bien les multiples embûches et épreuves qui se dressent sur leur route que les cîmes de la félicité comme si l’un n’allait pas sans l’autre. Situé entre conte (le cercle) et roman (la digression, l'échappée) le film est au final d’une sagesse toute orientale, encore un dépassement de la dichotomie Europe/Amérique mille fois soulignée. On se croirait parfois chez Miyazaki: Le tramway qui surgit de nulle part au milieu de la forêt pour embarquer ses voyageurs a quelque chose du Chatbus de Mon voisin Totoro ou du train du Voyage de Chihiro…

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Lady Oscar

Publié le par Rosalie210

Jacques Demy (1978)

Lady Oscar

Comment expliquer le naufrage de ce film en bonne place sur le site Nanarland (tout comme Parking) alors qu'il avait tant d'atouts au départ? Trop d'écueils se sont dressés sur le chemin de Jacques Demy sans doute et trop de paramètres non maîtrisés.

- La barrière de la langue et de la culture japonaise tout d'abord. En 1978 qui connaît les mangas en France alors que les animés commencent tout juste à remplir les grilles des programmes jeunesse d'Antenne 2? Celui de Lady Oscar n'existe d'ailleurs pas encore puisqu'il sera diffusé au Japon l'année suivante et en France à partir de 1986 avec le succès que l'on sait. La grandeur tragique et le souffle épique du manga de Riyoko Ikeda ainsi que la touche shojo si particulière (ce mélange unique et délicieux d'androgynie, de kitsch et de raffinement) disparaissent complètement. On retrouve certes chez Demy le même raffinement, la même élégance (dans l'harmonie des couleurs ou les mouvements de caméra tourbillonants par exemple) mais il vide le scénario de tout élément dramatique pour le tirer du côté du divertissement à la française du style "les mariés de l'an II." La figure transgenre d'Oscar devient ainsi un simple effet de mode, exactement comme pour Marco enceint dans L'Evénement le plus important depuis que l'homme a marché sur la lune. Mal à l'aise avec un thème qui le touche manifestement de trop près, Demy désamorce ce qu'il peut avoir d'explosif. Or la transgression subversive est au coeur de l'histoire et donne un relief extraordinaire à la Révolution dans le manga et l'anime qui est aussi l'histoire d'une émancipation. Rien de tel ici.

-Les choix scénaristiques réduisent les personnages et situations à des caricatures. Oscar devient une potiche (le plus beau poireau de France en fait...), Marie-Antoinette, une idiote écervelée qui bécote Fersen sous les fenêtres de Louis XVI, Rosalie une fille facile, Girodet un gros pervers (fous rires garantis dans la salle).

- Le choix des décors et des acteurs. Tourner à Versailles en décors naturels était en soi une idée séduisante. Mais Demy l'a fait pour des raisons de contraintes budgétaires et a bien du mal à habiter ces vastes espaces auxquels il n'a pas le droit de toucher. De même il doit renoncer à Dominique SANDA qui aurait été parfaite pour le rôle d'Oscar parce qu'elle est trop chère. Il choisit une danseuse anglaise inconnue Catriona Mc Coll parce qu'elle est blonde, sait faire de l'escrime et monter à cheval. Problème: elle ne dégage aucun trouble d'aucune sorte et son jeu est disons...limité. Le reste de la distribution est à l'avenant. Conséquence de ce manque de moyens et d'une direction d'acteurs approximative: de nombreuses scènes deviennent ridicules comme la prise de la Bastille, les Etats Généraux ou les mouvements théatraux de Catriona Mc Coll et des autres (fous rires garantis dans la salle bis repetita). Quant à la fin qui s'inspire clairement de celle des Enfants du Paradis elle achève de dénaturer les personnages, privés de rôle actif dans les événements et au final séparés alors que dans la mémoire japonaise ils sont indissociables. Franchement quel sens aurait Roméo et Juliette si Juliette lui avait survécu?

Le film a été un nouvel échec cuisant pour Demy. Il n'a évidemment pas marché au Japon puisqu'il dénaturait trop l'oeuvre d'origine. En France il n'a tout simplement pas été distribué. Il a fallu attendre 1997 pour qu'il sorte enfin en salles. Cependant tout n'aura pas été négatif. Un lien est né entre deux mondes bien différents exactement comme avec Harrison Ford et Model Shop. Lorsque Riyoko Ikeda s'est reconvertie en chanteuse lyrique, elle a donné un récital des airs chantés par Marie-Antoinette dans son petit théâtre à Versailles et Agnès Varda est venue l'écouter.

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La rose pourpre du Caire (Purple Rose of Cairo)

Publié le par Rosalie210

Woody Allen (1985)

La rose pourpre du Caire (Purple Rose of Cairo)

Annie Hall et Manhattan sont considérés comme les plus grands chefs-d'oeuvre de Woody Allen, ce sont en effet les films de sa filmographie qui reviennent le plus souvent dans les anthologies du cinéma. Mais les films qu'il a réalisés dans les années 80 avec Mia Farrow comptent également parmi ses plus belles réussites. Avec cette interprète (qu'il rend?) exceptionnelle, il réalise de bouleversants et magnifiques portraits de femme. La Cécilia de la Rose pourpre du Caire en fait bien évidemment partie.

Cécilia vit dans deux mondes. Comme beaucoup de gens insatisfaits de leur vie, elle s'évade en allant au cinéma. Un cinéma exotique, kitsch, romantique à des années lumières de la vie réelle. C'est un fait avéré que plus la réalité est sombre, plus l'imaginaire a la cote (les chômeurs des années 30 se ruaient sur les comédies musicales, les cinémas et spectacles parisiens faisaient le plein pendant la guerre). Inversement de nos jours, la grande bourgeoisie se repaît de sordides drames sociaux pseudo-réalistes (double palme à Ken Loach, double palme aux frères Dardenne, palme d'interprétation masculine à La Loi du marché...)

Au cinéma, Cécilia oublie la grisaille de sa vie. Trop rêveuse, elle n'est pas assez réactive pour répondre correctement aux demandes des clients dans le snack où elle est serveuse. Elle se fait sans cesse houspiller avant d'être congédiée. Son mari est un chômeur alcoolique qui vit à ses crochets, la trompe et la bat. Le contexte, celui de la crise des années 30 brise toute perspective. La seule issue semble bien être le rêve. Jusqu'à ce que le héros imaginaire du film "crève" l'écran et entre dans sa vie, créant la pagaille et la confusion au point de faire intervenir dans l'histoire l'acteur qui l'interprète en chair et en os.

Avec cette histoire de film dans le film, Woody Allen célèbre la magie du cinéma et le pouvoir consolateur de l'art sans pour autant en dissimuler le caractère parfaitement illusoire. Ainsi Cécilia préfère choisir l'homme réel et prendre le risque d'être trahie que son rôle fictif qui quelles que soient ses qualités "Je vous aime, je suis fidèle, homme de parole, courageux, romantique et j'embrasse comme un dieu" n'est qu'un fantôme. Il n'en reste pas moins que ceux qu'Allen exalte sont les losers et les marginaux: "Alors que les années frics, les années 80, ne cessent de faire l'apologie, du réel, de la responsabilité tout autant que du cynisme économique, Allen, parfaitement inactuel, exalte les perdants, les honnêtes, les faibles et les victimes ; ceux pour lesquels il fait du cinéma." (Jean-Luc Lacuve)

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L'impossible monsieur Bébé (Bringing up Baby)

Publié le par Rosalie210

Howard Hawks (1938)

L'impossible monsieur Bébé (Bringing up Baby)

Hawks, largement ignoré dans son propre pays a été défendu par la critique française, notamment Les cahiers du cinéma (La nouvelle vague était très « hichcoco-hawksienne »). Mais si Hitchcock a été défendu surtout par Truffaut, c’est Rivette qui a mis en évidence l’importance de Hawks en 1953 avec un article intitulé Génie d’Howard Hawks : en apparence, Hawks ne fait jamais le même film et touche à tous les genres : films de gangster (Scarface), screwball comédies (Train de luxe, L’impossible M. Bébé, La dame du vendredi, Chérie je me sens rajeunir, Boule de feu, Le sport favori de l’homme, Allez coucher ailleurs ce dernier comme Certains l’aiment chaud ou Sylvia Scarlett étant aussi un drag-film puisque Cary Grant est déguisé en femme la moitié du temps), films d’aviation (Seuls les anges ont des ailes), western (La captive aux yeux clairs, Rio Bravo, Rio Lobo, Eldorado), films noirs (le port de l’angoisse, Le grand sommeil), comédie musicale (Les hommes préfèrent les blondes), fantastique (La chose d’un autre monde qui a donné lieu à un remake de John Carpenter, The Thing). Le génie de Hawks pour Rivette c’est de rester lui-même et reconnaissable quel que soit le genre abordé. En effet, il filme toujours de la même façon, à hauteur d’homme et de façon très énergique.

L’impossible M. Bébé est une comédie de la science comme Chérie je me sens rajeunir et Boule de feu. Le film aborde également le changement de sexe et les limites de l’humain (l’identité sexuelle souvent instable est au cœur des films de Hawks). C’est une screwball comédie (screwball signifie frénétique, fofolle, loufoque, déjantée) avec une forte présence de l’animalité (« comédie avec chien, léopard et brontosaure ») héritée du burlesque (Harold Lloyd) où un tandem qui se dispute se réconcilie à la fin.
Le film appartient au genre de la comédie du remariage (thème majeur de la screwball comédie) en ce que le héros est sur le point d’épouser une certaine Mrs Swallow qui lui promet une vie fossilisée symbolisée par le brontosaure. La rencontre avec Susan lui permet de suivre son instinct et de se réconcilier avec sa part animale qu’il refuse au départ comme le montre sa réaction à la première vision du léopard. La contamination homme/animal est particulièrement forte pendant le dîner avec le major qui imite le cri du léopard. Le film est anarchiste car il s’en prend à toutes les institutions et tous les conformismes. La screwball comédie est profondément subversive socialement, notamment sur les rapports hommes/femmes. Elle joue un rôle d’exutoire comme le carnaval en renversant l’ordre établi et en proposant des modèles de femmes fortes et libres.

Les sources de comique sont nombreuses :
-Répétition (par exemple: les phrases répétitives comme « Je reviens dans une minute Mr Peabody" ou « Tout va bien »)
-Gestes : olives, chutes, inversion des sacs de femme, costumes déchirés etc. L'héritage burlesque joue à plein comme le film avec Laurel et Hardy Son altesse Royale de Léo Mc Carey (un court-métrage muet) où l’on trouve également le gag de la robe déchirée.
-Allusions salaces : « Mr Bone-Mr Bony » qui signifie en argot "en érection" ; « Cet os doit faire partie de la queue » ; Mrs Swallow ; « Arrêtez de faire ça avec votre chapeau » (en fait une main aux fesses déguisée).
-Inversion, métamorphose, transformation (homme/femme), dédoublement (léopard apprivoisé/sauvage) et symétrie (première et dernière séquence, celle-ci étant reprise dans La mort aux trousses).

 

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Jacquot de Nantes

Publié le par Rosalie210

Agnès Varda (1991)

Jacquot de Nantes

La force de Jacquot de Nantes réalisé par Agnès Varda en 1990 vient du fait qu'il raconte l'enfance de Jacques Demy alors que celui-ci est en train de mourir. C'est aussi en creux l'histoire d'un couple qui après une longue séparation s'est retrouvé et uni face à la maladie et à la mort. Jacquot de Nantes est en effet le premier et le dernier film qu'ils ont fait ensemble. Jacques Demy écrivait ses souvenirs pendant qu'Agnès Varda les mettait en forme et les réalisait. Un film-transbordeur en quelque sorte de la rive du cinéma de Demy à celle du cinéma de Varda:

" A Varda, dont l'oeuvre est depuis l'origine hantée par la mort, Jacques Demy fait le cadeau du plus joyeux de ses films et du plus vibrant de confiance en la vie. A Demy dont le sable coule trop vite entre ses doigts, Varda offre d'arrêter le temps, de réinventer cette enfance dont il n'a jamais perdu la nostalgie, de devenir ce film qu'il n'aura plus le temps de faire. Jacquot de Nantes défie la mort et dit plus fort que tout l'amour de la vie et du cinéma". (JP Berthomé)

Le film reconstitue l'enfance et l'adolescence de Demy, souligne les influences biographiques de ses films (dont on voit des extraits), montre sa créativité à l'oeuvre ("l'évocation d'une vocation" dit le film). Mais il montre aussi la mort au travail dans toute sa crudité: "Dans la difficulté, dans ce chemin très dur qu'il parcourt, qu'est-ce que je pouvais faire d'autre sinon être au plus près de lui? Au plus près serré comme on dit." (Agnès Varda)
Des plans magnifiques et dérangeants jalonnent ainsi le film, des plans rapprochés de son visage, de ses mains et de ses yeux, des plans comme autant de caresses et de témoignages (on les retrouve aussi dans les Plages d'Agnès, réalisé en 2008).

"Il y a du sacré, dans Jacquot de Nantes, parce que l'amour y tend vers l'universel, vers l'union mystique. Il y a de la dévoration dans le rapport de Varda à Demy, mais parce que cette dévoration est exigée par le don de son corps, consenti par Demy. Il abandonne ses dernières forces à la caméra, mais c'est pour que celle-ci le fasse à son tour film, lui qui n'a jamais rêvé d'autre chose. Et derrière cette caméra qui le crucifie et le promet à l'éternité à la fois, l'épouse, la soeur, la mère, la compagne." (JP Berthomé)

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L'Evénement le plus important depuis que l'homme a marché sur la Lune  

Publié le par Rosalie210

Jacques Demy (1973)

L'Evénement le plus important depuis que l'homme a marché sur la Lune  

Un beau gâchis ce film de Jacques Demy! En effet dès qu'il aborde la problématique transgenre il se prend les pieds dans ses contradictions. Résultat, Lady Oscar, Parking et L'événement... sont ses moins bons films.

Pourtant le sujet, celui d'un homme qui tombe enceint de sa femme était prometteur. La première demi-heure est
d'ailleurs irrésistible, on pense aux meilleures screwball comedies sauf que l'on est chez les français moyens de l'époque Pompidou. Jubilation suprême, le couple (un moniteur d'auto-école et une coiffeuse) est interprété par Marcello Mastroianni et Catherine DENEUVE qui étaient ensemble à l'époque.

Mais dès que la "bonne" société s'en mêle, le soufflé retombe, le rythme devient poussif et tout se termine par "le retour à l'ordre naturel des choses" (ouf, la morale est sauve). Il faut dire que la présence envahissante de Mireille Mathieu (qui chante le générique et que l'on voit en concert) ne donne pas une couleur très progressiste au film. Et ce n'est pas le douteux calembour de fin " L'homme enceint, c'était du bidon" (ah ah ah!) qui va relever le niveau. Pour poursuivre dans la métaphore, Demy s'est littéralement "dégonflé" car il avait tourné une autre fin (sa valse hésitation sur la fin de ses films est une de ses marques de fabrique) où il osait aller jusqu'au bout et où Marco-Marcello accouchait vraiment avec les cris du bébé en fond sonore!

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Model Shop

Publié le par Rosalie210

Jacques Demy (1969)

Model Shop

Le succès international des Parapluies de Cherbourg et des Demoiselles de Rochefort a ouvert à Jacques Demy la possibilité de réaliser son rêve d'enfance: tourner aux USA. Mais le malentendu est total. Les producteurs de la Columbia attendent de lui une comédie musicale hollywoodienne à gros budget alors que Demy souhaite prendre le pouls du Los Angeles de 1968, faire une oeuvre quasi documentaire et en décors naturels.

Le film, proche de la nouvelle vague et des films néoréalistes de Rossellini prend la forme d'une déambulation, celle de George, un chômeur désoeuvré et angoissé à la perspective de devoir aller au Vietnam. Sur son chemin, il croise une femme vêtue de blanc qui le fascine et qu'il décide de suivre. Il découvre alors qu'elle travaille dans un Model Shop, une sorte de peep-show où les hommes prennent en photo dans des poses suggestives des jeunes femmes choisies sur catalogue. Il noue avec cette femme une relation aussi intense qu'éphémère.

Or cette femme c'est Lola mais une Lola vidée de son énergie par les épreuves qu'elle a subi depuis le premier film: divorce d'avec Michel qui la trompait avec Jackie Demaistre de la Baie des anges, mort de Frankie, départ du petit Yvon pour la France... Demy revisite ses premiers films pour leur donner un tour funèbre, tragique.

Le film est une rupture dans la carrière de Demy. Il a été son premier gros échec commercial aussi bien aux USA qu'en France où sa sortie a été confidentielle. Il marque aussi la fin de ses tentatives pour créer un univers balzacien de personnages récurrents, trop complexe à mettre en oeuvre. Bref Model Shop est le film des rêves fracassés contre le mur de la réalité. D'autant que les américains n'accorderont pas une seconde chance à Demy: son projet d'un Cendrillon en patins à roulette (la mode de L.A en 1978-79) tombera à l'eau.

A noter qu'à l'origine, Demy voulait engager Harrison Ford (alors inconnu) dans le rôle de George mais la Columbia lui a imposé Gary Lockwood tout juste sorti de 2001 l'Odyssée de l'espace. Harrison Ford a conservé une reconnaissance éternelle vis à vis de Demy qui est le premier à avoir cru en lui.

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