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Articles avec #rohmer (eric) tag

La Boulangère de Monceau

Publié le par Rosalie210

Eric Rohmer (1962)

La Boulangère de Monceau

"La Boulangère de Monceau" est le premier des six contes moraux que Éric ROHMER a tourné entre 1962 et 1972. C'est un court-métrage qui pose le canevas sur lequel le cinéaste brodera des variations de plus en plus complexes au fil des cinq films suivants. Comme ceux qui le suivront, le personnage principal est un jeune homme plutôt imbu de sa personne et qui adore s'écouter parler (et penser) tant il est bourré de certitudes. C'est pourquoi il a souvent un plan de carrière et une stratégie matrimoniale prête à l'emploi. Bref, c'est la tête à claques parfaite. Mais un petit grain de sel vient faire (momentanément) dérailler la machine bien huilée sous la forme d'une ou plusieurs "tentatrices" qui n'appartiennent pas au même milieu social ou bien n'ont pas le même âge ou bien les mêmes moeurs que lui. Elles dévoilent sa profonde lâcheté devant le "tourbillon de la vie" avec lequel il préfère jouer plutôt que de s'y abandonner avant de reprendre le contrôle de sa vie, confirmant qu'il est bien une nature morte.

Bien entendu "La Boulangère de Monceau" n'est qu'une esquisse de cette intrigue, tant le manque de moyens se fait ressentir à l'image (qui présente un cadre particulièrement étriqué) mais sa simplicité et sa concision rendent les enjeux limpides. La boulangère est clairement présentée comme le "bouche-trou" du séducteur entre deux laps de temps durant lesquels il drague le véritable objet de son désir, Sylvie, une jeune fille "digne de lui" (entendez par là issue de la bourgeoisie) mais qu'il est trop mou pour rechercher lorsqu'il ne la rencontre plus dans la rue. Seul le hasard pallie le manque de volonté du héros qui considère la boulangère comme une facilité étant donné qu'elle ne bouge pas de sa place et qu'il n'a pas besoin de se casser la tête pour aller la trouver. C'est donc une stratégie assez minable qui nous est présentée et on s'amuse de voir l'ami de Éric ROHMER, Barbet SCHROEDER tiré à quatre épingles très loin des films hippies qu'il réalisera pourtant seulement quelques années plus tard.

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La Carrière de Suzanne

Publié le par Rosalie210

Eric Rohmer (1963)

La Carrière de Suzanne

Comme le premier film de la série des six contes moraux de Éric ROHMER, "La Boulangère de Monceau" (1962), "La Carrière de Suzanne" (1963) le deuxième opus est un métrage fauché (comme d'autres films débutants des cinéastes de la nouvelle vague) se caractérisant par sa durée écourtée, ses acteurs amateurs, un son post synchronisé etc. Néanmoins on reconnaît parfaitement la thématique à venir de ce cinéaste sur les apparences trompeuses, les mensonges que l'on se raconte à soi-même et aux autres, sur soi-même et sur les autres. Le contexte historique et sociologique, très important chez Rohmer est minutieusement décrit. C'est celui de la jeunesse étudiante du quartier latin quelques années avant la révolution de 1968. Le film tourne principalement autour de trois jeunes dont il interroge les rapports amicaux et amoureux. Des rapports qui n'ont d'ailleurs d'amicaux et d'amoureux que la façade puisque ce qui est en réalité étudié, ce sont les relations de domination et de soumission. Guillaume le bourgeois séducteur et manipulateur a besoin d'un confident, d'un spectateur (de ses exploits), d'un admirateur, d'un miroir etc. Il trouve tout cela auprès de l'influençable et mollasson Bertrand qui bien que non dupe de la "crapulerie" de son "ami" (dont on devine qu'il est son modèle) le suit partout sans résister et semble épouser son point de vue (puisque c'est lui que l'on entend en voix-off). Ces deux parfaits spécimens de petits goujats misogynes, vieux avant l'âge jettent leur dévolu sur ce qu'ils pensent être une "pauvre fille" qu'ils passent leur temps à humilier et exploiter de toutes les façons possibles. Sauf que la fille en question n'est pas la gourde qu'elle a l'air d'être ce qui laisse au spectateur tout le loisir d'apprécier le savoureux retournement final.

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Le Signe du Lion

Publié le par Rosalie210

Eric Rohmer (1959)

Le Signe du Lion

Contrairement à ses compatriotes des "Cahiers du cinéma", François Truffaut et Jean-Luc Godard* qui firent une entrée "fracassante" sur la scène du septième art avec leur premier long-métrage (respectivement Prix de la mise en scène à Cannes et Ours d'argent à Berlin et aujourd'hui devenus de grands classiques incontournables du cinéma français), celui d'Eric Rohmer tourné la même année ne sortit sur les écrans que trois ans plus tard, dans une version écourtée et ne connut pas la même gloire. Aujourd'hui encore il reste méconnu. Bien à tort selon moi. "Le Signe du Lion" est même l'un de mes films préférés d'Eric Rohmer. Il contient en germe toute son oeuvre ou plutôt tout l'ADN de son oeuvre à venir, bien loin de l'idée que beaucoup s'en font. On y retrouve les notions de hasard et de destin mais aussi les illusions que l'on se fait sur soi-même et l'épreuve qu'implique le fait de s'y confronter. Cette épreuve qui prend la plupart du temps la forme d'une errance (physique et/ou intellectuelle et spirituelle) aboutit à l'émergence d'un "autre soi". Evidemment cette possibilité fait peur et nombre de personnages préfèrent retourner dans le giron d'une identité factice mais qu'ils maîtrisent. Dans le cas du "Signe du Lion", Pierre, un musicien américain fréquentant le milieu germanopratin se retrouve du jour au lendemain sans le sou, à la rue et totalement seul pour avoir eu le tort de vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué. Avec beaucoup de sensibilité et un certain naturalisme**, Eric Rohmer filme sa douloureuse métamorphose en SDF arpentant du matin au soir et du soir au matin les rues de la capitale désertée et brûlante à la recherche d'une aide qui sonne aux abonnés absents. Avec sa déchéance, il découvre l'aspect factice du monde dans lequel il a vécu, la seule personne lui tendant la main étant justement celle qui est le plus méprisée par ce milieu de mondains. Facticité encore plus soulignée par le fait qu'il suffit que Pierre retrouve à la faveur de l'un de ces coups du destin improbables dont Rohmer a le secret toute la fortune qu'il croyait avoir perdue pour qu'en un instant il redevienne le roi de ce milieu et jette son seul véritable ami aux oubliettes. Bien que n'en faisant pas officiellement partie, "La Signe du Lion" préfigure déjà les six contes moraux des années 60 et 70.

* Jean-Luc Godard fait d'ailleurs une furtive apparition au début du film de Eric Rohmer.

** La déchéance physique et morale du personnage est soulignée par de multiples petits détails: la marche de plus en plus lourde, le regard qui devient hagard sous l'effet de la chaleur et de la fatigue, la faim qui tenaille les tripes et pousse à faire les poubelles ou chaparder, les chaussures et chaussettes qui se trouent, la saleté qui se répand sur ses vêtements etc.

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Ma nuit chez Maud

Publié le par Rosalie210

Eric Rohmer (1969)

Ma nuit chez Maud

Avoir vu à deux jours d'intervalle "La Sonate à Kreutzer" (1956) et "Ma nuit chez Maud", le troisième et le plus célèbre conte moral de Éric ROHMER s'est avéré éclairant en ce que ces deux oeuvres présentent des personnages masculins assez similaires. En effet dans les deux cas, on a affaire à des hommes qui "présentent bien" en terme de réussite sociale, bref ce qu'on appelle des "gendres idéaux" ou encore des "bon partis". Autre point commun, le fait d'adopter leur point de vue nous fait comprendre que ces hommes agissent comme des stratèges qui ont planifié leur vie à l'avance. Tous deux veulent se marier, non parce qu'ils en ont réellement envie mais parce que cela fait partie du CV qu'ils veulent arborer en guise d'identité. Dans le cas de Jean-Louis (Jean-Louis TRINTIGNANT) il lui faut une catholique parce que lui-même se prétend tel et qu'il cherche une femme assortie à ses propres critères de valeur ou plutôt à l'étiquette qui leur correspond. En creusant un peu, on découvre, chez lui comme chez la fille sur laquelle il a jeté son dévolu, Françoise (Marie-Christine BARRAULT) que cette prétendue foi n'est qu'un palliatif à l'absence de personnalité (ou plutôt au refus de la laisser éclore), qu'il n'y a chez l'un comme chez l'autre ni spiritualité réelle, ni mysticisme, juste de la mauvaise conscience liée à un comportement marqué par le conformisme et la médiocrité. Tout cela ne ressortirait pas avec autant de relief si Éric ROHMER n'avait pas eu l'idée de confronter Jean-Louis à la perspicace Maud (Françoise FABIAN) à croire que ce prénom s'attache aux femmes les plus libres penseuses et les plus vraies du cinéma occidental (évidemment je fais allusion ici à "Harold et Maude") (1971). Par contraste avec Jean-Louis et Françoise qui semblent vieux avant l'âge et de nos jours, complètement moisis, Maud est éclatante de modernité. Alliant vive intelligence, sensualité débordante et authenticité émotionnelle, elle est complètement avant-gardiste. Et pas seulement par le fait d'être divorcée (en 1969), d'élever seule sa fille ou d'avoir eu un amant qu'elle aimait et pour qui elle aurait quitté son mari volage s'il n'avait eu une fin tragique. Elle a tout compris à Jean-Louis en qui elle semble lire comme dans un livre ouvert et dont elle va tenter de décrisper l'esprit mais aussi le corps (on disserte mieux philosophie et théologie allongé dans un lit dans le plus simple appareil qu'engoncé dans un fauteuil, c'est bien connu ^^). Ceux qui croient que Éric ROHMER est un cinéaste purement intellectuel ont-ils vu "Ma nuit chez Maud"?: outre les tenues sexy mettant bien en évidence ses gambettes, Maud-Françoise FABIAN dormant nue sous une couverture évoquant de la fourrure, c'est carrément "caliente" (idée que l'on retrouve aussi chez son contemporain Jacques DEMY, dans "Peau d âne" (1970) et "Une chambre en ville") (1982). D'ailleurs aussi "freak control" soit-il, Jean-Louis vacille au moment où il est le plus vulnérable c'est à dire le petit matin au réveil. Mais ça ne dure qu'un instant, il se reprend très vite et enfile son costume de "séminariste" qui sonne tellement faux! Dans ses contes moraux des années 60-70 comme plus tard dans ses comédies et proverbes des années 80, Éric ROHMER se joue des apparences et des faux semblants comme personne, notamment en confrontant les discours bien huilés de personnages pleins de certitudes à une vérité intime trouble sur laquelle ils n'ont pas prise et qu'ils préfèrent fuir, c'est tellement plus facile!

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Le Genou de Claire

Publié le par Rosalie210

Eric Rohmer (1970)

Le Genou de Claire

"Le Genou de Claire", cinquième des six contes moraux est un film que je trouve admirable, l'une des incontestables grandes réussites de Éric ROHMER, son conte moral le plus célèbre avec "Ma nuit chez Maud" (1969). Ce n'est cependant pas un film aimable et encore moins attachant mais je dirai que c'est souvent le cas chez Rohmer: beaucoup de ses héros ou héroïnes sont agaçants voire tête à claques (pas étonnant qu'une Arielle DOMBASLE ou un Fabrice LUCHINI qui apparaît âgé de seulement 19 ans dans "Le Genou de Claire" aient fait une belle carrière chez ce cinéaste).

Si "Le Genou de Claire" est si admirable, c'est qu'il s'agit d'un palimpseste. En apparence c'est un huis-clos à ciel ouvert et une tranche de vie façon journal de bord se déroulant sur un mois d'été, scandé par des cartons énumérant les différentes dates dans lesquelles prennent place les événements montrés. En réalité c'est un film qui réussit à nous faire voyager dans le temps:

- Au XVIII° siècle tout d'abord. Les jeux de l'amour et du hasard qui forment le coeur de l'intrigue renvoient à Marivaux d'autant plus que le cadre a quelque chose de très scénique. Mais les personnages eux, entretiennent des conversations mondaines comme on le faisait dans les salons bourgeois de Mme Geoffrin qui accueillait les philosophes des Lumière et ont quelque chose du roman épistolaire de Choderlos de Laclos. Aurora (Aurora CORNU) bien que ses motivations soient très différentes de Mme de Merteuil est une manipulatrice hors pair. Pour les besoins de son roman, elle attise l'ego de Jérôme (Jean-Claude BRIALY) en le poussant à flirter avec deux nymphettes de 16-17 ans. Un jeu de séduction quelque peu pervers qui fait penser à celui de Valmont avec Cécile de Volanges d'autant que pour parvenir à ses fins, il doit séparer Claire de son amoureux, Gilles. Il y a même un alter ego de Mme de Volanges en la personne de la mère de Claire et de Laura qui ne voit rien de ce qui se déroule sous son propre toit. Ne manque que Mme de Tourvel et l'équivalence serait parfaite.

- Le XIX° siècle est présent au travers de l'esthétique particulièrement réussie du film. Le travail sur la lumière et les couleurs confère une ambiance impressionniste au film qui se déroule pour l'essentiel en extérieurs, dans des cadres naturels enchanteurs (les Alpes et le lac d'Annecy) et le canotier que porte sur la tête un Jérôme barbu renforce encore l'impression d'être dans un tableau animé de Auguste Renoir. Et pour enfoncer encore le clou, une scène entière, la plus emblématique puisque totalement silencieuse dans un film par ailleurs très bavard se réfère elle à Renoir fils, plus précisément à "Une partie de campagne" (1936) quand les éléments se déchaînent en relation avec l'explosion sensuelle qui se produit à ce moment-là en pleine nature.

- Enfin le XX° siècle est présent au travers d'une étude de moeurs doublée d'une discrète étude sociologique qui ancre en dépit des apparences le film dans son époque: les années 1970. La scène de conflit entre d'un côté Jérôme, les Walter et Gilles et de l'autre les campeurs renvoie à la lutte des classes transposée dans un cadre estival. Les premiers font partie de ces touristes privilégiés qui ont hérité d'un important patrimoine de villégiature issu du XIX° siècle alors que les seconds, issus des classes moyennes et populaires incarnent le tourisme de masse des Trente Glorieuses. Quant à la relation entre Jérôme et les deux soeurs, Claire (Laurence de MONAGHAN) et Laura (Béatrice ROMAND, l'une des égéries du cinéaste dont on peut suivre l'évolution de film en film de son adolescence dans "Le Genou de Claire" à l'âge mûr 27 ans plus tard dans "Conte d automne" (1997)), elle illustre à quel point à cette époque le désir d'un homme adulte pour une adolescente n'était pas questionné, il était même encouragé. Celui-ci pouvait se livrer à des gestes déplacés tels qu'un baiser volé ou un long attouchement (certes sans aucune vulgarité, la distinction étant le maître mot du comportement des personnages) en toute impunité. Et pour cause, car c'est son point de vue que le film adopte. Que la fille soit aguicheuse comme Laura ou froide et indifférente comme Claire n'a aucune importance. Ce sont des corps-objets, jeunes et frais exposé à la concupiscence du mâle dominant, le plus âgé et le plus velu. Seul le carcan éducatif, la haute opinion qu'il se fait de lui-même et une faiblesse de caractère qui en fait la proie de femmes matures (dont sa future épouse) empêche Jérôme s'exercer pleinement son "droit de cuissage" sur la chair fraîche mise à sa disposition. Car il y a évidemment une grande ironie chez Éric ROHMER. Dans nombre de ses films, les personnages se grisent de mots raffinés pour se persuader qu'ils contrôlent la situation alors qu'ils sont le jouet de leurs pulsions. Parfois ils finissent par découvrir la vérité en lâchant prise (c'est par exemple le thème majeur de "La Marquise d O...") (1976). Parfois ils continuent à s'aveugler comme Jérôme qui pense avoir satisfait son désir alors qu'il l'a fui en courant.

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La sonate à Kreutzer

Publié le par Rosalie210

Eric Rohmer (1956)

La sonate à Kreutzer

Une curiosité que ce moyen métrage datant du début de la carrière de Éric ROHMER. Longtemps considéré comme perdu, il a essentiellement une valeur documentaire. On y voit en effet non seulement Éric ROHMER faisant l'acteur (et on comprend pourquoi contrairement par exemple à François TRUFFAUT il n'a pas continué l'expérience) mais le temps d'une brève séquence, toute l'équipe des Cahiers du cinéma de l'époque: Jean-Luc GODARD (qui jour le rôle de l'ami journaliste du personnage principal), François TRUFFAUT, Claude CHABROL, André Bazin... En dehors de ce dernier, y figurent plusieurs grosses pointures de la Nouvelle vague alors en gestation.

Pour le reste "La sonate à Kreutzer", librement inspiré d'une nouvelle de Léon Tolstoï raconte l'histoire moyennement intéressante d'un architecte qui cherche à se marier par pur conformisme social. Résultat, il épouse la première venue (Françoise MARTINELLI) qui ne l'aime pas plus que lui ne l'aime. Il n'avait pas prévu que la femme qu'il épouserait ne serait pas une marionnette mais un être humain qui ne se plierait pas à ses désirs. Aussi au lieu de l'amour, c'est la haine liée à la frustration qui l'envahit, surtout quand son épouse tombe amoureuse d'un jeune critique (Jean-Claude BRIALY alors débutant qui traînait dans le sillage de l'équipe des Cahiers du cinéma et que l'on a vu ensuite dans plusieurs films importants de la Nouvelle vague dont "Le Genou de Claire" (1970) d'un certain... Éric ROHMER) avec lequel elle partage les mêmes goûts musicaux. Bref "La sonate à Kreutzer" est un banal "crime passionnel" qui porte bien mal son nom car il s'agit plutôt d'une histoire d'orgueil bafoué qui se mue en violence conjugale.

Le film se distingue aussi par son style particulier. Il est en effet dépourvu de dialogues, tourné comme au temps du muet avec une bande-son ajoutée a posteriori contenant les morceaux musicaux et la voix off intarissable de Éric ROHMER qui raconte ce qu'il s'est passé, le film étant construit en flashback.

 

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L'Arbre, le maire et la médiathèque

Publié le par Rosalie210

Eric Rohmer (1993)

L'Arbre, le maire et la médiathèque

Film hybride se situant entre la fiction et le documentaire où les jeux des "sept hasards" (sous-titre du film) ne concernent plus l'amour mais l'action politique. Un maire vendéen tendance gauche plurielle (Pascal GREGGORY) veut faire construire un grand centre sportif et culturel dans le village qu'il dirige. S'engage une discussion sur le bien-fondé de son projet avec des journalistes, des politiques, sa petite amie romancière (Arielle DOMBASLE), l'instituteur du village (Fabrice LUCHINI) et les habitants. Quoiqu'on pense du style très écrit de Éric ROHMER, le fait est qu'il est l'égal d'un Jacques TATI pour ce qui est d'analyser les transformations du paysage français. Au début des années 90 (époque où a été réalisé le film), les villes s'étendent et les campagnes soit se périurbanisent, soit se désertifient. Dans le premier cas de figure, elles sont menacées de perdre leur identité (c'est l'un des enjeux de la construction de la médiathèque dans un pré du village de St-Juire: s'agit-il de le "revitaliser" ou de l'annexer à la ville?) Dans le second, c'est le vieillissement et la disparition des agriculteurs et des services de proximité qui guette. Le film s'interroge aussi déjà sur la question sociale et écologique. Il oppose les paysans gardiens de la nature à l'agriculture productiviste et aux projets d'aménagement mégalos et hors-sol d'hommes politiques n'ayant plus qu'un lien ténu avec leurs racines rurales (une maison secondaire par exemple) et bien plus proches des technocrates parisiens que de leurs administrés. Une opposition qui dessine déjà la coupure profonde de la société française entre son peuple et ses élites avec tous les conflits qui en résultent. Et ce même si la fin du film est optimiste avec une pirouette en forme de "la vérité sort toujours de la bouche des enfants"!

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Les Nuits de la pleine lune

Publié le par Rosalie210

Eric Rohmer (1984)

Les Nuits de la pleine lune

L'un des plus beaux et aussi l'un des plus pathétiques films de Éric ROHMER. Quatrième opus du cycle "Comédies et proverbes", il illustre le nomadisme géographique et sentimental d'une jeune femme mélancolique et un peu paumée qui gravite entre plusieurs pôles sans parvenir à se fixer quelque part. Une jeune femme perdue quelque part entre l'adolescence et l'âge adulte, quelque part entre le centre de Paris et la ville nouvelle de Marne-la-Vallée, quelque part entre Rémi (Tchéky KARYO) son compagnon architecte banlieusard très "carré" (à l'image des tableaux de Mondrian qui décorent son appartement et de la ville dans laquelle il habite) qui la rassure mais l'étouffe et l'ennuie, Octave (Fabrice LUCHINI), son ami et confident, un écrivain germanopratin avec lequel elle entretient une relation de séduction trouble mais qu'elle tient à distance et Bastien (Christian VADIM), son "coup de folie d'un soir" qui représente la jeunesse et l'insouciance qu'elle souhaite conserver mais qui s'échappe dès qu'elle cherche à concrétiser. Bref, Louise veut le beurre et l'argent du beurre et à force de s'éparpiller en tentant de tout concilier, elle finit par se retrouver dans un cul-de-sac existentiel.

Cette jeune femme indécise au comportement égocentrique pourrait être une tête à claques mais la fragilité de Pascale OGIER la rend bouleversante. Avec ses yeux trop grands pour son visage, ses paupières lourdes, sa voix éthérée si particulière et son extrême maigreur, elle dégage une mélancolie qui confine au mal de vivre. Éric ROHMER s'est appuyée sur sa personnalité, notamment ses goûts vestimentaires et ses talents de décoratrice d'intérieur pour construire son personnage. De fait il est devenu son film-testament puisque l'actrice (fille de Bulle OGIER) est décédée deux mois plus tard à l'âge de 25 ans.

Enfin "Les nuits de la pleine lune" est également remarquable comme d'autres films de Éric ROHMER par son ancrage dans une réalité urbanistique et sociologique, ici celle du Paris branché de la première moitié des années 80 et du développement des villes nouvelles comme mode de vie bourgeois alternatif.

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Pauline à la plage

Publié le par Rosalie210

Eric Rohmer (1983)

Pauline à la plage

"Qui trop parole il se mesfait" (Chrétien de Troyes) sur fond de barrière qui s'ouvre et se referme comme un rideau de théâtre, telle est l'image du générique (de début et de fin) du troisième film de la série des "Comédies et proverbes" de Éric ROHMER réalisés dans les années 80. Nous allons assister à une comédie de l'amour durant la période des vacances d'été dans une station balnéaire normande. Comédie d'amour indissociable de la comédie de mœurs: le trio d'adultes composé de Marion, de Pierre et d'Henri qui appartiennent tous trois à la bourgeoisie bon teint est en fait un groupe d'adulescents qui en dépit de leurs divergences sont plus amoureux de l'amour (ou de leur idée de l'amour) que capables de le vivre en réalité. Marion qui est sur le point de divorcer minaude à qui mieux mieux comme une vraie-fausse ingénue (normal, c'est Arielle DOMBASLE qui la joue) et veut vivre des passions brûlantes. Elle fuit donc les avances de son ami Pierre (Pascal GREGGORY) qui se morfond pour elle et se comporte en petit garçon jaloux et boudeur. Son perpétuel air de chien battu et ses activités plan-plan ne la font pas rêver. Elle préfère Henri le séducteur-baroudeur tatoué (Féodor ATKINE) père divorcé qui tombe tout ce qui passe à sa portée avant de prendre un bateau pour fuir à l'autre bout du monde (pratique!) Rohmer les renvoie dos à dos: leur logorrhée intellectualisante est inversement proportionnelle à leur maturité et leur capacité à mentir (à eux-mêmes et aux autres) les fait interagir à l'air libre comme dans une comédie de boulevard avec un hilarant quiproquo à l'appui qui fait intervenir un quatrième personnage, plus "populo", celui de Louisette la marchande ( ROSETTE) qui s'oppose en tous points à la précieuse (ridicule) Marion. Rien que la différence de phrasé vaut son pesant de cacahuètes!

Et Pauline (Amanda LANGLET) dans tout ça? Son personnage à la fois témoin et acteur d'adolescente sensée contraste avec ceux de sa cousine et de ses amis et souligne d'autant mieux leurs tares. D'ailleurs elle rompt avec son petit ami Sylvain parce qu'il est entré dans leur jeu (Jean RENOIR n'est pas loin) ce qu'elle refuse.

Éric ROHMER réussit à mystifier le spectateur avec un film aux allures d'improvisation décontractée qui en réalité est rigoureusement écrit et agencé. Cet équilibre entre spontanéité et théâtralité se retrouve aussi dans l'alternance entre le comique et le doux-amer. Enfin, le film est très pictural aussi bien sur les extérieurs que dans les intérieurs conçus pour rappeler les toiles de Matisse.

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L'Ami de mon amie

Publié le par Rosalie210

Eric Rohmer (1987)

L'Ami de mon amie

"L'Ami de mon amie" est le dernier des six films du cycle des "Comédies et proverbes" réalisés par Éric ROHMER dans les années 80. Il illustre à la perfection le proverbe "les amis de mes amis sont mes amis" mais aussi la définition géographique du cinéma comme science de disposition des corps dans un espace. Il s'agit en effet de l'histoire des trajectoires sentimentales entrecroisées de quatre jeunes gens gravitant dans le même milieu dans le cadre de la ville nouvelle de Cergy Pontoise. L'unité de lieu autant que celle de l'atmosphère estivale contribue à enfermer les personnages dans une ambiance de village où tout le monde se connaît et ne cesse de se croiser alors même que Cergy, issu d'une politique volontariste a hérité d'une architecture des années 60-70 pas vraiment à taille humaine et qui a très mal vieillie. Mais au lieu de ne montrer que les aspects oppressants de cette utopie urbaine, Éric ROHMER utilise astucieusement les contrastes du paysage comme révélateur de ses personnages et tout particulièrement de Blanche (Emmanuelle CHAULET). Sa situation sentimentale aride au début du film est reflétée par son cadre de travail austère à la mairie de Cergy et encore plus par son appartement de la tour Belvédère du quartier Saint-Christophe aménagé par Ricardo Bofill (les délires monumentaux rétro-futuristes de ce dernier parsèment la région IDF du 14° arrondissement de Paris à Noisy-Le-Grand avec la cité Abraxas filmée dans "Brazil") (1985). Grâce aux "amis de son amie", Léa (Sophie RENOIR), nettement plus fun et nomade dans son approche de la vie au point de servir de fournisseuse de contacts masculins ^^, Blanche se dégèle même si elle se trompe longtemps de cible, poursuivant une chimère alors que l'amour lui tend les bras. Et se dégel est symbolisé par les espaces de loisirs de Cergy, sa célèbre base aménagée mais également la nature qui l'environne et qui offre encore quelques recoins qui semblent être "originels" (ce n'est pas un hasard si la scène de révélation amoureuse s'y déroule). Même s'ils sont en réalité artificiels puisque retouchés par l'homme, ce sont ces lieux qui semblent être restés les plus vivants comme l'a montré récemment le documentaire "L'Ile au trésor" (2018) qui leur attribue même une mémoire. Quant au dénouement fondé sur un quiproquo, il est très drôle et plein d'ironie devant ces couples censés être fondés sur la recherche de l'âme soeur mais qu'un jeu de couleurs nous présente comme étant le fruit d'une recomposition à partir d'éléments interchangeables.

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