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XXY

Publié le par Rosalie210

Lucia Puenzo (2007)

XXY

"XXY" est le premier long-métrage, sensible et délicat de Lucia Puenzo, réalisatrice et scénariste argentine dont le thème récurrent de sa courte filmographie est la relation entre l'humain et la génétique. Là où autrefois les monstres étaient des divertissements de foire, ils sont devenus les cobayes de la médecine qui définit la norme du sujet sain et peut aller jusqu'à violer les droits humains les plus élémentaires comme celui du respect de l'intégrité physique. Pour avoir refusé que leur enfant soit mutilé à la naissance pour entrer dans les cases binaires de la désignation sexuelle*, les parents d'Alex sont mis au ban de la société. Ils passent leur temps à déménager et tentent tant bien que mal de cacher l'hermaphrodisme d'Alex**. Mais celle-ci/celui-ci arrive à l'adolescence et se confronte à l'intolérance et à la violence alors que les parents continuent de subir des pressions sociales pour les inciter à faire opérer Alex. Difficile dans ces conditions de se construire et de chercher sereinement son identité. Alors qu'Alex provoque quitte à prendre ou à donner des coups, elle rencontre une sorte d'âme sœur en la personne d'Alvaro, un timide adolescent de son âge qui se cherche sexuellement et qui à cause de son caractère efféminé est rejeté par son père (lequel comme par hasard est celui qui veut opérer Alex). Mais leur relation est remplie de difficultés et ce qui en ressort est surtout de la douleur. Cependant Alex contrairement à Alvaro a ses parents pour alliés, surtout son père (joué par le génial Ricardo Darin). Celui-ci souffre en silence, serre les dents, explose de rage parfois contre ceux qui s'en prennent à son fils mais il cherche surtout à comprendre et à donner à son enfant la possibilité de choisir qui il veut être.

* Les opérations des enfants intersexués sont très fréquentes. En France en 2016, on les estimaient à 2000. En plus de cela, elles s'accompagnent d'un traitement hormonal qui doit être pris à vie pour correspondre aux canons du sexe qui a été assigné à la naissance par les médecins. Dans le film Alex décide de ne plus prendre les corticoïdes qui doivent l'empêcher de se masculiniser.

** Alex a la même forme d'hermaphrodisme (le syndrome de Klinefelter caractérisé par l'anomalie chromosomique XXY qui est aussi évocatrice d'une mutilation ou incomplétude) que celle qui est dépeinte dans le roman "Middlesex" de Jeffrey Eugénides (l'auteur de "Virgin Suicides" adapté par Sofia Coppola
). Elle est assignée enfant au genre féminin avant que l'adolescence ne révèle que ses caractères dominants sont masculins. Cet hermaphrodisme s'accompagne par ailleurs d'infertilité. Alex semble cependant plutôt attiré par les garçons alors que dans "Middlesex", Calliope est attiré par les filles. L'hermaphrodisme invalide totalement les assignations de genre binaires tout comme les stéréotypes sexués en démontrant qu'il existe un continuum entre les deux sexes et de multiples cas d'entre-deux.

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8 Femmes

Publié le par Rosalie210

François Ozon (2002)

8 Femmes

Film de Noël pour adultes, "8 femmes" est un festin royal pour cinéphile: un titre à la George CUKOR ("Femmes") (1939), une séquence d'ouverture à la Douglas SIRK ("Tout ce que le ciel permet") (1955), un aréopage d'actrices françaises de premier ordre dont le duo mère-fille des "Les Demoiselles de Rochefort" (1966) alias Danielle DARRIEUX et Catherine DENEUVE reformé 35 ans après, l'hommage à Jacques DEMY s'inscrivant aussi dans l'aspect comédie musicale du film. Mais aussi une chorégraphie de Fanny ARDANT qui fait référence à "Gilda" (1946) et ses interactions avec Deneuve qui renvoient cette fois à François TRUFFAUT, plus précisément à "Le Dernier métro" (1980) (d'où provient la citation "t'aimer est une joie et une souffrance") et à "La Femme d à côté" (1981), Fanny ARDANT étant la seule des huit femmes qui se joint au groupe en cours de route puisqu'elle ne loge pas officiellement sous le même toit que les autres (mais elle a une liaison clandestine dans la dépendance d'à côté). Si l'on ajoute le huis-clos théâtral, l'intrigue policière façon Cluedo et le glamour hollywoodien dans lequel sont drapées les actrices, on obtient une parfaite illustration du film "tranche de gâteau" destiné à maximiser le plaisir du spectateur. Avec une touche de perversité propre aussi bien à Alfred HITCHCOCK qu'à François OZON. Aucune de ces femmes n'est innocente, chacune dissimule un ou plusieurs secrets plus ou moins sulfureux qu'il s'agisse d'actes criminels, de nymphomanie, de liaisons secrètes avec ou sans grossesse et/ou lien incestueux, d'homosexualité féminine (l'action se déroulant dans les années cinquante, la tolérance n'était pas des plus grandes ce qui renvoie encore à "Tout ce que le ciel permet" (1955) dont le couple dérange sans parler de l'homosexualité cachée de Rock HUDSON) ou de frustrations sexuelles (le personnage de Isabelle HUPPERT fait penser à celui de Charlotte RAMPLING dans "Swimming pool" (2003) du même Ozon).

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The Hours

Publié le par Rosalie210

Stephen Daldry (2002)

The Hours

"The Hours" était à l'origine le premier titre envisagé par Virginia Woolf pour son roman "Mrs Dalloway". En 1998, il est devenu le titre d'un roman de Michael Cunningham mettant en scène l'écrivaine au moment de l'écriture de son roman. Puis en 2002, Stephen DALDRY en a fait un film. Celui-ci est une réflexion aiguisée sur la place de la femme dans la société et sa difficile évolution. Il est construit selon un système d'échos (leitmotivs narratifs et visuels) entre trois histoires vécues par trois femmes de trois époques différentes que l'on suit en parallèle: celle de Virginia Woolf (Nicole KIDMAN) dans l'entre-deux-guerres (de la rédaction de son roman "Mrs Dalloway" à son suicide), celle de Laura Brown, femme au foyer lectrice de "Mrs Dalloway" dans les années 50 (Julianne MOORE dans un rôle très proche de celui qu'elle interprétait la même année dans "Loin du paradis" (2002) de Todd HAYNES) et enfin celle de Clarissa Vaughan (Meryl STREEP) qui incarne une "Mrs Dalloway" du XXI° siècle et a une relation privilégiée avec Richard, le fils de Laura Brown (Ed HARRIS). Si le segment contemporain n'est pas totalement convaincant (peut-être aurait-il fallu être plus tranchant dans l'évocation du thème de l'homosexualité et du sida qui est traité de manière allusive et doloriste) en revanche les deux autres parties sont passionnantes et remarquablement interprétées. Il ne faut pas réduire la performance de Nicole KIDMAN à son faux nez. C'est l'ensemble de son apparence qui exprime la souffrance de son personnage inadapté à son milieu. Ses cheveux décoiffés, sa robe mal ajustée et son air absorbé et rêveur sont à des années lumières du rôle social de maîtresse de maison bourgeoise qu'elle est censé incarner. Les scènes avec ses domestiques sont révélatrices du fait qu'elle ne sait pas tenir son rang et que de ce fait ils la méprisent et ont pris le pouvoir sur elle. On comprend son sentiment d'étrangeté, son mal-être profond, son échappatoire dans l'écriture, sa tentative de fuite et au final son suicide. Il en va à peu près de même pour Laura Brown. Comme Cathy dans "Loin du paradis" (2002), elle incarne l'épouse modèle de l'american way of life des années 50 ou plutôt la "desperate housewife" qui se cache derrière. Profondément dépressive devant la vacuité de sa vie, elle songe à se suicider et finit par fuir en abandonnant son mari et ses enfants derrière elle. Julianne MOORE est remarquable dans sa capacité à exprimer la souffrance intérieure de cette femme qui comme l'auteure du livre qu'elle lit se sent étrangère à son environnement et ne trouve que la fuite pour échapper à la mort. Mais comme toujours mort et sexualité vont de pair et si ces femmes sont dans un tel mal-être, ce n'est pas étranger à leurs penchants homosexuels réprimés dans les années 20 et 50 et lourdement surplombés par l'ombre du sida dans les années 2000.

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Cabaret

Publié le par Rosalie210

Bob Fosse (1972)

Cabaret

"Cabaret", chef-d'oeuvre de ce que l'on peut appeler le "musical politique" des années 70 est une mise en abyme de l'art lui-même en tant que miroir déformant du monde extérieur pour mieux révéler ses enjeux. Pour montrer comment l'Allemagne est peu à peu gangrenée par la montée en puissance du nazisme dans les dernières années du régime de Weimar, le film joue sur deux tableaux. Le montage associe étroitement les numéros qui se succèdent au Kit-Kat-Club et ce qui se passe au même moment dans la rue et dans la vie des personnages. Loin de constituer une évasion du réel, les numéros on stage se font l'écho grotesque de la tragédie qui se joue en coulisses et jouent plutôt le rôle d'exutoire pour le public. Mais le cabaret et le monde extérieur sont unis par la même atmosphère décadente, poisseuse et inquiétante qui imprégnait la peinture d'Otto Dix et les films de cette époque comme "M le Maudit" (1931) avec la fanatisation des foules et surtout "L'Ange Bleu" (1930) qui se situe lui aussi dans un cabaret avec une femme fatale... sauf qu'en 1972, "Cabaret" bénéficie d'un recul que n'avait pas "L'Ange bleu" et qu'il déconstruit aussi cette figure de la femme fatale, laquelle apparaît plutôt comme une petite fille égocentrique, perdue et manipulable avec son pathétique besoin de reconnaissance qui la fait se vendre en échange de promesses fallacieuses. Son ami/amant Brian (Michael YORK) n'est pas plus assuré qu'elle avec son identité sexuelle incertaine et son manque de fermeté morale. En dépit de leur complicité et de leur tendresse mutuelle, ils renvoient une image infantile inquiétante qui laisse le champ libre à l'emprise d'un homme charismatique tel que Maximilien (Helmut GRIEM) l'aristocrate aryen qui soutient le nazisme dans l'espoir vain de le manipuler pour neutraliser le communisme. Ces âmes faibles et désorientées sont de parfaites proies pour les forces obscures qui sont en train de prendre possession du pays. Joel GREY le maître de cérémonie ("Wilcommen, Bienvenue, Welcome") déclame avec une bouffonnerie grinçante les passions tristes à l'œuvre dans le pays bien secondé par l'abattage de Liza MINNELLI (l'hommage à son père, le grand réalisateur de comédies musicales Vincente MINNELLI est évident). Joel GREY fait un peu penser à Klaus Nomi, autre artiste de cabaret inclassable ayant émergé dans une période particulièrement sombre, celle des années sida. La seule lueur d'espoir que montre le film se situe justement dans ce que la société allemande est en train de rejeter: la culture juive. C'est sa rencontre avec Natalia (Marisa BERENSON) qui permet à Fritz (Fritz WEPPER), l'ami de Brian dépeint également comme un ensemble vide au départ de reprendre contact avec ses origines qu'il avait renié au point de finir par s'y réaffilier.

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Une nouvelle amie

Publié le par Rosalie210

François Ozon (2014)

Une nouvelle amie

J'ai souvent (très souvent même) été déçue par les films de François OZON soit parce que je les ai trouvés inaboutis ("Dans la maison" (2011), "Jeune et Jolie") (2013), soit grotesquement artificiels ("Huit Femmes" (2002), "Potiche") (2010). Le cinéma rentre-dedans n'est pas forcément une réussite mais celui qui est trop distant avec son sujet, presque à la limite de l'exercice de style n'est pas convaincant non plus ("Frantz" (2015) qui souffre beaucoup de la comparaison avec l'original de Ernst LUBITSCH). Or j'ai trouvé que "Une nouvelle amie" se plaçait à la bonne distance, ni trop loin, ni trop près et parvenait à dérouler un récit abouti et suscitant des émotions. "Une nouvelle amie" appartient à la même famille que "Le Refuge" (2009), celle qui trace une route pionnière (et encore en grande partie utopique, du moins en France, d'ailleurs le film baigne dans une ambiance irréelle de conte de fées) dans le domaine de la construction des genres, de la relation de couple et de la recomposition familiale. Au lieu d'être fixé une fois pour toutes, le genre s'avère malléable et réversible au sein de ces deux êtres à l'identité flottante et en quête d'affirmation de soi que sont David (Romain DURIS) et Claire (Anaïs DEMOUSTIER) même s'il est assez évident que le premier penche vers le féminin alors que la seconde est davantage "gender fluid". François OZON a d'ailleurs le mérite de traiter de façon pertinente à la fois la question de l'identité de genre et celle de l'orientation sexuelle qui sont souvent confondues. Même si David aime se travestir et plaire aux hommes (c'est d'ailleurs François OZON himself qui le drague dans la scène du cinéma ^^), il est attiré successivement par deux femmes qui entretiennent une relation ambigüe "à la vie et par delà la mort" ("Laura" (1944) me paraît d'ailleurs une référence plus appropriée que "Vertigo" (1958) en ce que le film bien que traitant du deuil n'est pas mortifère). On peut penser que s'il revêt l'apparence de sa défunte épouse, c'est pour mieux séduire la meilleure amie de celle-ci et ce avec un certain succès, même si lors d'une scène-clé, celle-ci doit bien se confronter à la réalité de son altérité sexuelle. Bref le film pose des questions pertinentes, ouvre des perspectives, fait souffler lors de certaines scènes un vrai vent de liberté et de fantaisie, celle de choisir qui on est et qui on aime. "Le Grand bain" (2017) l'avait montré, en chaque homme existe une femme (même si parfois il faut la chercher très loin ^^^^) peu importe l'apparence physique et j'ai trouvé Romain DURIS troublant, habitant Virginia comme une seconde peau. Anaïs DEMOUSTIER est également parfaite, d'une grande finesse dans son interprétation. La scène où elle habille David en Virginia sur son lit d'hôpital (et qui fait écho à celle où David habillait Laura sur son lit de mort) est une belle métaphore de la transfusion (de la mort à la vie, d'une identité à une autre).

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Bienvenue à Marwen (Welcome to Marwen)

Publié le par Rosalie210

Robert Zemeckis (2018)

Bienvenue à Marwen (Welcome to Marwen)

"Bienvenue à Marwen" est un film clé de la filmographie de Robert ZEMECKIS, une œuvre-somme qui réunit ses principaux thèmes et figures de style: l'animation et la performance capture renvoient à "Qui veut la peau de Roger Rabbit ?" (1988) et à la trilogie "Le Pôle Express" (2004), "La Légende de Beowulf" (2007) et "Le Drôle de Noël de Scrooge" (2009), le monologue d'un homme solitaire avec un/des objets (des poupées à son effigie et celle de son entourage) qu'il dote d'une anima renvoie à "Seul au monde" (2001), les mutilations subies par les corps "cartoonisés" renvoient à Roger Rabbit mais aussi à "La Mort vous va si bien" (1992) l'entrée dans l'intrigue par la spectaculaire chute d'un avion renvoie à "Seul au monde" (2001) et à "Flight" (2012), la figure de l'innocent/handicapé mental/enfant dans un corps d'adulte renvoie à "Forrest Gump" (1994) enfin celle de l'artisan inadapté qui dialogue avec le monde par le truchement de ses créations/créatures renvoie à Doc Brown de la trilogie "Retour vers le futur" (1985), "Retour vers le futur II" (1989) et "Retour vers le futur III (1990). Robert ZEMECKIS rend d'ailleurs un hommage appuyé à la trilogie avec l'apparition de la maquette miniature d'une DeLorean bricolée pour voyager dans le temps (et qui laisse brièvement les mêmes traces de son passage une fois disparue) et fait également un clin d'oeil à son précédent film "Alliés" (2016).

Au-delà de ces références immédiates, évidentes, il y en a d'autres, plus subtiles et plus douloureuses qui font de ce "Bienvenue à Marwen" (2018) pourtant tiré de l'histoire vraie d'une autre personne une œuvre à forte résonance autobiographique. L'exclusion et l'annihilation de la différence par le nazisme et le capitalisme n'a jamais été aussi clairement exprimée que dans ce film. Elle l'était déjà dans les autres, mais de manière plus subliminale que ce soit l'enfermement à l'asile psychiatrique de Doc Brown dans l'Amérique néo-trumpienne ("Retour vers le futur II") (1989) ou le génocide des toons par un toon niant ses origines dans "Qui veut la peau de Roger Rabbit ?" (1988). L'ombre de la seconde guerre mondiale, recréée à l'échelle d'un village miniature par Mark plane sur de nombreuses créations de Robert ZEMECKIS qui ainsi peut raconter en jouant ou plutôt en rejouant l'histoire des propres traumatismes familiaux, lui dont les origines paternelles se situent dans ce qui a été l'un des épicentres de la Shoah, la Lituanie. C'est ainsi par exemple que dans "Retour vers le futur III" (1990), Doc et Clara héritent d'une partie de l'autobiographie de Wernher von Braun, célèbre ingénieur allemand que sa fascination pour Jules Verne a poussé à créer des machines volantes capables d'aller dans l'espace. Sauf que contrairement aux héros de Robert ZEMECKIS qui préfèrent la marginalité à la compromission, il a vendu son âme d'abord aux nazis (en étant à l'origine des premiers missiles V2 sans parler de son rang de SS) puis après avoir émigré aux USA dans le cadre de l'opération Paperclip, en participant au programme Apollo au sein de la Nasa. Il a d'ailleurs inspiré le "Docteur Folamour" (1963) de Stanley KUBRICK. Dans "Forrest Gump" (1994) dont les racines se situent dans le sud profond, le péché paternel originel qu'expie son fils tout au long de sa vie est celui de "Naissance d'une Nation" (1915) qui est explicitement cité (D.W. GRIFFITH devait d'ailleurs apparaître dans une première mouture du scénario de "Retour vers le futur III") (1990).

Bien entendu, cette différence a quelque chose à voir avec le féminisme. Robert ZEMECKIS a pour caractéristique de pouvoir s'exprimer aussi bien à travers un héros qu'à travers une héroïne, elle aussi différente et décalée, elle aussi la tête dans les étoiles et luttant pour pouvoir créer dans un monde qui n'est pas fait pour elle. C'est l'autrice/écrivaine/auteure de "À la poursuite du Diamant vert" (1984) et l'astrophysicienne exploratrice de "Contact" (1997) qui est l'extension de Clara dans "Retour vers le futur III" (1990). Mark est la synthèse parfaite du héros et de l'héroïne de Robert ZEMECKIS, homme lunaire et vulnérable qui se fantasme en guerrier viril entouré de bombes sexuelles ultra puissantes mais dont le talon d'Achille ^^ le renvoie en réalité à une féminité qui l'interroge sur son identité et sa place dans le monde.

Si je connais si bien l'œuvre de Robert ZEMECKIS c'est parce que j'avais un projet de livre à son sujet qui avait pour but de démontrer à quel point il s'agit d'un grand cinéaste dont l'œuvre, sous-estimée, est loin d'avoir livré tous ses secrets. Mais les critiques de son dernier film montrent que c'est en train de changer. Tant mieux. C'est d'ailleurs l'échec de ce projet qui m'a conduit à écrire sur Notre Cinéma en 2016. C'est pourquoi j'ai parsemé les sites où j'écris d'allusions à "Retour vers le futur III" (1990) de la lune à mon ancien avatar, "Lady in Violet".

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Call me by your name

Publié le par Rosalie210

Luca Guadagnino (2017)

Call me by your name


"Call me by your name" est un beau film dans lequel on reconnaît la finesse d'écriture de James IVORY (qui a reçu à 89 ans un Oscar et un BAFTA du meilleur scénario) et qui bénéficie d'une très belle photographie et d'une très bonne interprétation. Un bel objet d'art raffiné qui réussit à dépeindre avec beaucoup de nuances les émois qu'un adolescent (Timothée CHALAMET) éprouve pour un jeune adulte (Armie HAMMER) venu passer quelques semaines dans la maison secondaire de ses parents. Le discours du père (sans doute double du réalisateur) à son fils est sans doute le moment le plus fort du film. Le contexte rétro (l'histoire se déroule en 1983) teinte d'emblée de nostalgie l'atmosphère hédoniste dans laquelle baigne le film avant que celle-ci ne l'emporte dans la scène finale.

Des qualités donc mais également des longueurs, un traitement inégal des personnages (Oliver est survolé) et une (grosse) réserve qui est le fait d'associer à ce point la beauté au capital culturel et économique de la bourgeoisie. Au XIX° passe encore que l'on montre des vacances dans des châteaux en Italie, celles-ci étaient effectivement réservées à l'élite mais on dirait que la démocratisation du XX° n'est pas parvenue jusqu'aux oreilles du réalisateur (qui n'est pas Luchino VISCONTI non plus). Tous ces gens beaux comme des dieux, riches comme Crésus, pratiquant les belles-lettres, l'archéologie gréco-romaine, la pédérastie et l'art de la composition musicale sont si amoureux de leur reflet qu'ils ne savent que pratiquer l'entre-soi et pensent que forcément ça va en mettre plein la vue aux autres. Sauf que ce sont les dinosaures d'une époque révolue que le réalisateur contemple avec une complaisance quelque peu navrante. Forcément, ça met la grande majorité des spectateurs à distance car le message subliminal qui passe est que jamais ils ne pourront en faire partie. Sur un thème proche, je préfère "Le Secret de Brokeback Mountain" (2005) et "Moonlight" (2016) beaucoup plus universels et modernes dans leur approche.

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Gouttes d'eau sur pierres brûlantes

Publié le par Rosalie210

François Ozon (1999)

Gouttes d'eau sur pierres brûlantes

Le premier film marquant de François OZON est l'adaptation d'une pièce de théâtre de Rainer Werner FASSBINDER qu'il avait écrite dans sa jeunesse mais jamais publiée. Elle s'avère cependant très proche d'autres œuvres du cinéaste allemand telles que "Martha" (1973) et "Le Droit du plus fort" (1974). Toutes étudient en effet les rapports de domination et de soumission entre des personnages qui s'enferment dans un huis-clos oppressant. Un climat exacerbé dans "Gouttes d'eau sur pierres brûlantes" par le fait que l'intégralité du film se déroule dans un appartement dont les fenêtres ne s'ouvrent pas. Pour jouer Léopold, François OZON a la bonne idée de faire appel à Bernard GIRAUDEAU qui s'était alors spécialisé dans les rôles de psychopathes, prédateurs et autres pervers narcissiques ("Une Affaire de Goût" (1999) ou "Je suis un assassin") (2004). Son interprétation de Léopold est particulièrement intéressante car elle est riche et nuancée. Certes Léopold est un tortionnaire domestique (comme le terrifiant Helmut dans "Martha") (1973), un maquereau, un prédateur qui exploite ses victimes et s'amuse avec elles avant de les jeter après les avoir fracassées. Mais il est également atteint du syndrome de Peter Pan de par son côté immature, sa nostalgie de l'enfance (le jeu des petits chevaux, la danse, domaine où Bernard GIRAUDEAU, ancien danseur excelle), ses angoisses relatives à la vieillesse et à la mort ou encore son insatisfaction chronique. Autour de Léopold gravite un harem arc-en-ciel se composant d'un éventail varié de sexualités, de l'homosexualité représentée par son amant sous emprise Franz (Malik ZIDI) à l'hétérosexualité incarnée par Anna, l'ex petite amie de Franz (Ludivine SAGNIER cruche comme pas permis) en passant par la transsexualité avec le douloureux personnage de Vera (Anna LEVINE), l'ex brisée de Léopold. Malgré l'aspect tragique de l'histoire, le film ne manque pas d'humour et lorgne même vers la farce grotesque renforcée par le kitsch des décors et des costumes, le numéro de danse très "eurovision" sur "Tanze Samba mit mir" de Tony Holiday ainsi que la cucuterie (à tous les sens du terme) du personnage joué par Ludivine SAGNIER.

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Les Poupées russes

Publié le par Rosalie210

Cédric Klapisch (2005)

Les Poupées russes

En 2005, Cédric KLAPISCH donnait une suite à "L Auberge espagnole" (2002) pour ce qui allait finalement devenir une trilogie, conclue avec "Casse-tête chinois" (2013). "Les Poupées russes" censé se dérouler cinq ans après "L'Auberge espagnole" (2002) nous révèle un Xavier (Romain DURIS, le Antoine Doinel du réalisateur) proche de la trentaine dont la vie est complètement "en vrac". Tout comme le film, plus primesautier que jamais avec ses nombreux effets de montage, incrustation, split screen, film dans le film qui donnent l'impression d'une vie éparpillée façon puzzle.

Après avoir échappé à un destin tout tracé dans "L'Auberge espagnole" (2002), 'Les Poupées russes" montre un Xavier qui ne parvient pas à quitter l'adolescence. Son instabilité est aussi bien géographique (il squatte chez les amis, est souvent entre deux trains), professionnelle (il est un écrivain toujours un peu sur la corde raide, obligé de baratiner banquiers et éditeurs pour obtenir des boulots alimentaires ou rallonges financières sur fond d'air de pipeau ^^) et enfin sentimentale (son désordre amoureux donne lieu à d'hilarants quiproquos). Ses amis de "L'Auberge espagnole" du moins ceux dont la vie est un peu développée (Isabelle alias Cécile DE FRANCE, Martine alias Audrey TAUTOU, Wendy alias Kelly REILLY et William alias Kevin BISHOP) sont globalement plus stables que lui sur le plan professionnel mais tout aussi perdus sur le plan personnel (sauf William, et encore, son histoire avec la ballerine russe Natacha jouée par Evguenia OBRAZTSOVA a quelque chose d'irréel et il a la nausée le jour de son mariage). Par rapport à "L'Auberge espagnole" (2002) qui représentait l'âge des possibles et des expérimentations, "Les Poupées russes" établit un premier bilan qui fait naître derrière la légèreté de façade une sourde mélancolie. Ce qui est le plus important est ce qui se dit en creux, les questionnements liés à l'incapacité d'avancer et de construire faute de parvenir à choisir (c'est à dire à renoncer). C'est particulièrement frappant dans la deuxième moitié du film quand Xavier a la possibilité d'établir une vraie relation avec Wendy (Kelly REILLY est particulièrement émouvante) mais qu'il ne parvient pas à renoncer à sa chimère de la "femme parfaite" incarnée par une Célia (Lucy GORDON) insaisissable.

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Juste la fin du monde

Publié le par Rosalie210

Xavier Dolan (2016)

Juste la fin du monde

Autant le dire d'emblée, Xavier DOLAN n'est pas ma tasse de thé et ce au moins pour deux raisons:

- Je n'aime pas le caractère tape-à-l'oeil chic-et-choc de ses films. Leur aspect clipesque et affecté me hérisse particulièrement.

- Je n'aime pas non plus son goût prononcé pour le masochisme hystérique. Des films où l'on se fait mal, encore et encore et encore, où l'enfer c'est les autres et la vie un chemin de croix (mais avec de la belle image et du gros son). Cela rend la tonalité de ses films monochrome et lassante à force de voir des gens s'entredéchirer durant 2h (c'est d'ailleurs pour faire respirer le spectateur qu'il y a la coupure pub, euh non, clip).

Ces réserves étant posées, "Juste la fin du monde" est quand même pas mal dans son jusqu'au boutisme. La mise en scène rend parfaitement irrespirable l'ambiance dans lequel le film baigne, un huis-clos familial étouffant dans lequel chacun est enfermé en lui-même autant que dans le cadre, l'habitacle d'une voiture ou les pièces de la maison et ne sait que se heurter aux autres. Le climat y est en effet profondément incestuel. Un climat résumé par la scène entre Louis (Gaspard ULLIEL) et sa mère Martine (Nathalie BAYE, maquillée et habillée comme une voiture volée) qui lui demande de prendre la place du père décédé. Il est donc impossible d'échapper à cette famille autrement que par le rejet en étant considéré comme un intrus (ce qu'est Louis) et en se tenant à distance (physiquement et émotionnellement). Les autres forment un paquet d'émotions hystériques indistinctes et indémêlables, comme le montre la scène finale. Pas étonnant que Suzanne (Léa SEYDOUX) la petite sœur n'arrive pas à quitter le nid et que le frère Antoine (Vincent CASSEL) qui végète dans une vie sans perspectives soit violemment frustré. Dans ce contexte l'idée de choisir des acteurs-mannequins symbolisant le luxe français (LVMH et Prada pour Léa SEYDOUX, Dior pour Marion COTILLARD, YSL pour Vincent CASSEL, Chanel pour Gaspard ULLIEL) s'avère être une excellente idée même si les ploucs à qui rend visite Louis ont plutôt l'air d'aristocrates dégénérés. Les voir se bouffer le nez (particulièrement Léa Seydoux et Vincent Cassel qui me sont d'ordinaire très antipathiques mais qui sont ici excellemment dirigés) a quelque chose de jubilatoire. Bien que frappé du même pédigrée que le reste de la "famille" et donc d'un problème insurmontable d'incommunicabilité (le bégaiement), la belle-soeur Catherine (Marion COTILLARD) offre un contrepoint par son calme et son regard plein de compassion sur Louis le mutique dont elle est la seule à avoir percé à jour le secret indicible.

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