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Articles avec #lgtb tag

Petite Fille

Publié le par Rosalie210

Sébastien Lifshitz (2020)

Petite Fille

Sébastien LIFSHITZ est décidément le créateur d'une oeuvre d'utilité publique. J'avais déjà beaucoup apprécié son documentaire "Les Invisibles" (2012) dans lequel il donnait une généalogie à l'homosexualité, qu'elle se vive en solo ou en couple, détruisant au passage nombre de clichés en montrant par exemple des couples d'hommes ou de femmes de longue durée, âgés, au physique quelconque et vivant à la campagne de façon très simple. Bref, l'inverse du cliché collé au personnage LGBT: jeune, beau et glamour comme une gravure de mode, branché, urbain, fêtard, à la sexualité débridée etc.

C'est dans cette même perspective qu'il poursuit ce travail de déconstruction et de réhabilitation de tout un pan de l'humanité laissé dans la pénombre avec "Petite fille", remarquable documentaire sur la transidentité d'une enfant de 8 ans. Ce thème avait déjà été abordé dans la fiction avec "Ma vie en rose" (1997) mais la différence de l'enfant se heurtait presque jusqu'au bout à une réprobation générale, y compris de ses parents. "Petite fille" montre au contraire une famille qui accepte et soutient Sasha inconditionnellement. En revanche en dehors des médecins spécialisés (et donc informés) sur la question, on peut dire que l'attitude des adultes ne brille pas par sa tolérance. C'est même le parcours du combattant pour que Sascha obtienne le droit de venir à l'école avec des habits féminins qu'elle porte naturellement chez elle ou en vacances et qu'elle aimerait bien sortir du placard dans sa vie scolaire. Je rappelle qu'on est censé vivre dans un pays libre (mais qui continue à dicter aux femmes la façon dont elles doivent s'habiller, notamment à l'école alors les garçons qui se sentent filles n'en parlons même pas). Ce n'est pas la première fois que je mesure le retard de notre pays sur ces sujets. A Montréal par exemple, j'ai croisé plusieurs personnes transidentitaires dans la rue et parmi elles, une qui travaillait au supermarché du coin en tant qu'hôtesse de caisse. En France, il y a quelques années, une employée d'une célèbre enseigne dont je tairai le nom avait été obligée de retirer son piercing au nez pour être embauchée. Alors un personnage excentrique à la Almodovar derrière le comptoir, ce n'est pas pour demain. Certains articles ont reproché au réalisateur de ne pas avoir filmé le directeur et le personnel de l'école dans laquelle est inscrite Sascha mais ces derniers ont été invités à dialoguer avec la famille et les médecins et ne sont pas venus. Est-ce la caméra qui leur a fait peur ou bien n'ont-ils rien de constructif à dire sur la question? Leur absence en tout cas interroge. Les absents ont toujours tort de toute façon.

Le documentaire ne s'en tient pas qu'à la seule question de l'intégration à l'école même si elle est centrale compte tenu de l'âge de Sasha. Il évoque aussi d'autres pesanteurs: la transphobie d'une professeure de danse du conservatoire dans lequel est inscrite Sasha. Les questionnements et les doutes de sa mère (car c'est toujours la mère que l'on accuse lorsque l'enfant est différent, c'est toujours la mère qui se sent coupable et de ce point le vue les propos du médecin sont une délivrance: les parents ne sont pour rien dans la dysphorie de genre*). Et enfin l'avenir forcément compliqué de la petite fille qui pour ne pas subir le traumatisme de se retrouver dans un corps de garçon à l'adolescence doit se préparer à un cheminement compliqué tant médical que social. Peut-être que Sébastien LIFSHITZ prolongera ce documentaire passionnant avec un deuxième volet sur l'adolescence de Sasha si celle-ci y consent pour que l'on mesure les difficultés d'être à sa place et comprendre qu'il ne s'agit en rien d'une lubie ou pire encore (car la question est évoquée dans le documentaire) le fruit d'une maltraitance parentale.

*La dysphorie de genre est caractérisée par une identification forte et permanente à l'autre genre associée à une anxiété, à une dépression, à une irritabilité et, souvent, à un désir de vivre en tant que genre différent du sexe attribué à la naissance.

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Vita et Virginia (Vita and Virginia)

Publié le par Rosalie210

Chanya Button (2018)

Vita et Virginia (Vita and Virginia)

Les critiques peu encourageantes m'avaient dissuadée d'aller le voir à sa sortie au cinéma. La réalisatrice, Chanya BUTTON a tenté de bousculer un peu les codes du biopic classique en s'inspirant du caractère expérimental du film de Sally POTTER, "Orlando" (1992). Néanmoins le scénario, pas assez tenu, s'éparpille et mieux vaut connaître à fond non seulement l'histoire de Virginia Woolf mais le contexte dans lequel elle a vécu pour comprendre les tenants et les aboutissants du film. Par exemple il est mentionné à un moment la relation entre Dora Carrington et Lytton Strachey que je connais grâce au film avec Emma THOMPSON mais dans le cas contraire ça passe au-dessus de la tête du spectateur. On peut en dire autant en ce qui concerne la souffrance de Vita de n'avoir pu hériter du manoir familial de Knole, mieux vaut avoir été briefé par "Downton Abbey" (2010) pour comprendre les règles de l'héritage de l'époque. De façon plus générale, les thématiques féministes (être femme et écrivain, être une épouse de diplomate et aspirer à l'autonomie etc.) sont trop brièvement explorées. Bref le film semble davantage d'adresser à des connaisseurs qu'à des spectateurs lambda tout en effleurant à peine son vrai sujet qui est le mystère de la création. J'ai eu beaucoup de mal à croire à la passion entre Virginia et Vita (expédiée en deux-trois scènes) et surtout à comprendre en quoi celle-ci a pu inspirer "Orlando" à Virginia Woolf. Néanmoins le film se laisse voir, surtout grâce au jeu des actrices (Elizabeth DEBICKI dans le rôle de Virginia et Gemma ARTERTON dans celui de Vita), toutes deux excellentes dans la peau de leurs personnages respectifs: une écrivaine de génie introvertie et névrosée et une aristocrate extravertie et séductrice. La meilleure partie du film repose sur leurs échanges qu'ils soient en direct ou par correspondance. Très bonne idée d'avoir filmé face caméra leurs visages en train de réciter le contenu des lettres au milieu d'un flou artistique car c'est dans cette intimité que le film fonctionne le mieux. Hélas, ce n'est pas assez.

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Tangerine

Publié le par Rosalie210

Sean Baker (2015)

Tangerine

"Tangerine" est le film que Sean Baker a réalisé juste avant "The Florida Project". En dehors de sa technique expérimentale qui a fait couler beaucoup d'encre (il a été réalisé avec des Iphone 5s dotés de lentilles anamorphiques), ce qui m'a frappé, ce sont les points communs entre les deux films:

- La peinture d'un monde marginal mais haut en couleurs tant par l'énergie incroyable que développent les deux actrices principales qui sont hyper charismatiques que par un tournage particulièrement nerveux, la technique légère employée favorisant le mouvement qui caractérise le film. En dehors d'une séquence finale statique et théâtrale (mais très drôle) de règlements de comptes dans un diner, le "Donut Time", le film prend l'allure d'une course folle qui colle au plus près des corps et des visages des protagonistes.

- Une réalité sordide transcendée par les couleurs pop (filtres orangés, couleurs éclatantes des fresques murales, utilisation du grand angle) et par l'abattage des actrices.

- Une unité de lieu à savoir un quartier chaud de L.A. situé à l'ombre de ceux qui sont habituellement filmés que l'on arpente dans ses moindres recoins, de jour comme de nuit.

- Un casting amateur puisé dans le vivier des réseaux sociaux pour dénicher les deux héroïnes, Sin-Dee et Alexandra, afro-américaines, transgenre et prostituées. Leurs interprètes, Kitana Kiki Rodriguez et Mya Taylor jouent quasiment leur propre rôle, d'où une aisance, un naturel, une prestance assez ébouriffants.

Le troisième protagoniste important, un chauffeur de taxi arménien englué dans une vie conventionnelle qui fréquente secrètement les prostitués trans du quartier est nettement moins flamboyant (et plus convenu) mais la scène finale dans laquelle il se fait pincer la main dans le sac par sa belle-mère est assez amusante.

Sans être aussi abouti que "The Florida Project", "Tangerine" est donc un film pêchu et gonflé qui sort du lot et mérite qu'on y jette un coup d'oeil.

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Transamerica

Publié le par Rosalie210

Duncan Tucker (2005)

Transamerica

"Transamerica" est un film américain indépendant qui joue beaucoup dans son titre comme dans les thèmes qu'il aborde à brouiller les frontières entre le cinéma mainstream (le road et le buddy movie, la famille et filiation à travers une rencontre entre un père et un fils qui ne se connaissent pas) et le cinéma underground au travers de deux portraits fort peu conventionnels. Tout d'abord la star, Bree (Felicity HUFFMAN) qui accomplit une énorme performance à savoir celle de nous faire croire qu'elle est une transsexuelle en pleine transition. Et pour nous faire croire qu'elle est un homme en train de devenir une femme, elle engage son corps et sa voix qui sont les instruments essentiels de sa crédibilité en tant que personnage. On la voit donc se battre contre une biologie et des réflexes comportementaux récalcitrants en dépit des hormones qu'elle prend et des exercices quotidiens qu'elle accomplit notamment pour féminiser sa voix. Elle s'est enfermée dans une certaine rigidité physique et morale que l'on peut interpréter comme un extrême contrôle de soi mais ce corset craque parfois et l'on voit alors Bree adopter des attitudes typiquement masculines comme le manspreading... en jupe! Il y a aussi les effets secondaires des médicaments censés la féminiser mais qui l'obligent à de fréquentes mictions dévoilant l'appareil génital qui la révulse puisqu'elle est en attente d'opération. C'est ce travail d'acteur fouillé, sensible et juste qui fait sortir le film du lot. Il faut ajouter également le fils de Bree, Toby (Kevin ZEGERS) qui est lui aussi un marginal dans la lignée des protagonistes de "My Own Private Idaho" (1991). Il est d'ailleurs amusant de constater que la famille de Bree l'accueille bien plus chaleureusement que Bree en raison de son apparence "normale" sans savoir qu'il sort de prison, qu'il se drogue et se prostitue et a pour objectif de travailler dans le porno.

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I Love You Phillip Morris

Publié le par Rosalie210

Glenn Fincarra et John Requa (2009)

I Love You Phillip Morris

"I love you Phillip Morris" est à peu près le seul point d'ancrage de la vie rocambolesque et tapageuse de Steven Russell, un personnage d'escroc et d'imposteur mythomane haut en couleurs capable de se faire passer pour à peu près n'importe qui et de s'inventer 1000 vies (et qui a réellement existé). Sa véritable identité reste d'ailleurs un mystère puisque lui-même ne la connaît pas, ses parents biologiques l'ayant abandonné et refusant de lui communiquer la moindre information. Les réalisateurs, Glenn Fincarra et John Requa dont c'était le premier film s'amusent à jouer avec le spectateur qui tout comme Phillip (Ewan McGregor, mignon tout plein mais un peu transparent) ne sait jamais si ce que son amant lui raconte est du lard ou du cochon ce qui permet de multiples rebondissements jusqu'à la fin. L'ogre Jim Carrey est parfaitement taillé pour le rôle de cet homme insaisissable et son abattage fait merveille. Enfin en plus d'être une sorte de mise en abyme sur l'art du comédien (non plus "aux milles ruses" mais "aux mille visages"), le film est assez insolent, joyeusement carnavalesque (à défaut d'être véritablement subversif). On s'y moque de la religion, de la famille, de la loi, de la réussite et de toutes les valeurs morales de l'Amérique conservatrice. En revanche on y célèbre l'hédonisme, l'amour fou, l'homosexualité est montrée plus frontalement que dans "Le Secret de Brockeback Mountain" (2005) et les arnaques ingénieuses montées par Steven pour s'enrichir sont tout aussi jouissives que son talent houdinesque pour l'évasion. On comprend que le film ait eu du mal à trouver un distributeur aux USA même si comme je le disais plus haut, tout cela relève plus de la farce que du film véritablement engagé.

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Macadam cowboy (Midnight cowboy)

Publié le par Rosalie210

John Schlesinger (1969)

Macadam cowboy (Midnight cowboy)

Les illusions brisées du rêve américain incarnées par un texan benêt déguisé en John Wayne qui espère profiter de sa belle gueule pour se faire entretenir par des femmes riches et un SDF souffreteux et infirme d'origine italienne qui détrousse les nigauds entre deux quintes de toux. Ces deux épaves humaines s'échouent dans un New-York glacial et sordide où ils tentent de survivre en s'accrochant l'un à l'autre comme à une bouée de sauvetage. Leur rêve commun, aller en Floride ("Il me semble que la misère serait moins pénible au soleil"). Le film s'inscrit dans un passage de relai entre le classicisme hollywoodien et la contre-culture du nouvel Hollywood. On le compare à "Easy rider" en raison de ses personnages de marginaux et de sa fuite en avant mais il comporte aussi un caractère underground, les Inrocks n'hésitant pas à le considérer comme un remake informel de "Flesh", le premier volet de la trilogie que Morrissey et Warhol ont consacré à la prostitution masculine (en partie justement en réaction à "Macadam cowboy" qu'ils trouvaient trop formaté et pour cause puisque c'était le premier film mainstream a évoquer ce sujet alors sulfureux). Morrissey réalise tout de même un film en super 8 dans le film de John Schlesinger et les deux quidam sont invités à une soirée dans laquelle trônent les proches de Warhol dont Viva, son égérie (filmée à la même époque par Agnès Varda dans "Lions, Love and lies"). Si les flash mentaux censés éclairer la psyché et le passé des protagonistes sont trop nébuleux pour apporter quelque chose d'autre qu'une signature arty, la déconstruction des mythes de l'Amérique WASP justifie à elle seule le statut de film culte de "Macadam cowboy" ainsi qu'une réelle finesse psychologique qui rend le film bouleversant, particulièrement sur la fin. Le personnage de Joe Buck (John Voight) qui au départ se réduit au cliché du self made man parti de rien (ou plutôt du fin fond de la plonge) mais qui est persuadé de pouvoir réussir financièrement par le sexe avec son physique d'étalon et sa défroque de cowboy macho s'affine progressivement jusqu'à la scène clé issue de la soirée underground où sa partenaire sexuelle lui suggère qu'il est sans doute un gay qui s'ignore. Et voilà comment Joe quitte enfin le chemin mensonger de clip publicitaire dans lequel il ne cessait de s'enliser pour "Walk on the wild side" avec son compagnon de route moribond, Rico (Dustin Hoffman) qu'il arrache symboliquement à son enfer de crasse et de solitude, jetant son costume de cowboy à la poubelle au passage comme une vieille peau morte. Cet inexprimable lumière qui pointe à la fin du film alors que pourtant Rico agonise, cela compense tout ce que le film peut avoir par ailleurs de bancal ou d'imparfait.

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Portrait de la jeune fille en feu

Publié le par Rosalie210

Céline Sciamma (2019)

Portrait de la jeune fille en feu

Je ne vais pas y aller par quatre chemins, je me suis ennuyée ferme devant le quatrième film de Céline Sciamma. Il est certes esthétiquement très soigné et comporte quelques passages inspirés. Le meilleur est à mon avis celui qui donne le titre au film avec un chœur nocturne de femmes autour d'un feu qui provoque l'étincelle (au sens propre aussi d'ailleurs!) dont le film manque par ailleurs cruellement. Mais pour le reste on nage dans "l'art pour l'art" et la théorie du féminisme plus que dans le féminisme lui-même. Je veux dire par là que Céline Sciamma ne réussit pas à incarner ses idées. A cela plusieurs raisons:

- D'abord, elle ne s'intéresse pas du tout à l'époque ni au milieu dont elle parle qu'elle utilise comme une toile de fond abstraite (avec pour cadre une île presque déserte et des intérieurs quasi vides). Elle a sans doute choisi le XVIII° siècle pour des raisons esthétiques et parce que la vision obscurantiste qu'elle en donne fait selon elle mieux ressortir les problématiques féminines qu'elle traite (règles, grossesse, avortement, mariage arrangé, accès à une carrière artistique, amours lesbiennes)*. Pourtant le XVIII° ne se réduit pas dans les milieux aisés (ceux que dépeint Céline Sciamma dans son film) à la figure de Cécile de Volanges sortie du couvent pour être aussitôt mariée sans son consentement. Le XVIII° est aussi un siècle riche en figures féminines fortes que ce soit dans le domaine artistique (Mme de Staël pour les lettres, Mary Wollstonecraft pour la philosophie, Elizabeth Vigée-Lebrun pour la peinture sans parler de toutes celles qui recevaient le gratin des Lumières dans leurs salons bourgeois pour des discussions de haute volée comme Mme Geoffrin ou Mme Lambert), politique (Olympe de Gouges et sa déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, Théroigne de Méricourt et ses amazones) et voit même apparaître une grande mathématicienne, Emilie du Châtelet qui fit connaître Newton en France et dont la vie fut par ailleurs aussi libre que celle de Mme de Merteuil dans "Les Liaisons dangereuses". En fait le XVIII° fut un siècle bien plus favorable aux femmes d'esprit que le XIX° qui à partir du code Napoléon les enferma dans le cadre étroit du mariage (ou de la prostitution) et les priva de la plupart de leurs droits. J'ajoute que là où le prétexte historique atteint des sommets, c'est dans la relation avec la jeune servante qui du jour au lendemain devient la grande copine des deux jeunes filles (le cliché de la solidarité féminine joue à plein) d'autant qu'elle aussi est une pure abstraction (je ne pense pas que les servantes bretonnes de cette époque parlaient le français par exemple).

- Ensuite parce qu'il y a un gros problème de crédibilité avec Adèle Haenel. Qui franchement peut croire deux secondes qu'il s'agit d'une oie blanche de 14-15 ans (âge auquel les jeunes filles des classes aisées étaient sorties du couvent pour être mariées)? Sans parler du fait que sa manière de parler ne nous plonge pas vraiment dans l'aristocratie du XVIII°. Mais bon, ça pourrait passer si au moins elle était juste dans les émotions et sentiments qu'elle exprime. Or ce problème de crédibilité concerne aussi l'amour et la sexualité, pas un instant la réalisatrice ou l'actrice ne nous font ressentir qu'il s'agit d'une première fois avec tout le questionnement et le bouleversement qui peut accompagner ce moment dans la vie d'une adolescente (mais Adèle Haenel n'en étant pas une, ceci explique cela). Sa partenaire, Noémie Merlant est plus juste dans son jeu mais elle aussi apparaît trop contemporaine, une fille d'aujourd'hui costumée comme au XVIII° mais ayant gardé sa coupe de cheveux et ses manières du XXI°. Et la relation censée être passionnelle entre Marianne et Héloïse est jouée de façon si peu sensuelle qu'elle semble déconnectée des intentions qui la sursignifient: la robe qui s'enflamme ou l'orage d'été des quatre saisons de Vivaldi. Je soupçonne Céline Sciamma d'avoir voulu en réalité faire un méta-film lesbien sur une relation entre une créatrice (elle-même) et sa muse (Adèle Haenel) mais si c'est cela c'est plutôt prétentieux car désolé mais Céline Sciamma n'est pas (du moins pour l'instant) au niveau d'Ingmar Bergman, Alfred Hitchcock, David Lynch, Jean Cocteau ou côté féminin, Jane Campion (quelques unes des références citées dans son film avec l'opposition entre une blonde et une brune, des plans à la "Persona", des références à Orphée et Eurydice et une scène de chute dans la mer pour récupérer une toile qui fait penser à "La Leçon de Piano"). 

* Un problème qui existait déjà dans son précédent film sur le thème des banlieues "Bande de filles" plus esthétisant que juste et s'éparpillant un peu dans toutes les directions: "qui trop embrasse mal étreint".

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Girl

Publié le par Rosalie210

Lukas Dhont (2018)

Girl

"Girl" est un film qui en abordant un sujet sensible a déchaîné les passions. D'un côté ceux qui l'ont encensé (notamment les critiques qui lui ont décerné de nombreux prix (Caméra d'or, queer palm, meilleur premier film au festival de Londres, plusieurs Magritte etc.), de l'autre, ceux qui l'ont rejeté à commencer par les principaux intéressés, les transgenres, du moins ceux qui ont eu assez d'influence pour faire entendre leur voix. "Girl" ne prétend toutefois pas représenter la communauté dans son ensemble mais un parcours individuel inspiré d'une danseuse transgenre d'origine flamande bien réelle, Nora Monsecour qui a conseillé le réalisateur. Autre aspect important qui a mon avis invalide une partie des critiques et qui est occulté par la problématique transgenre, le film raconte l'histoire d'une trans de 15 ans qui par son entraînement acharné et le traitement qu'elle suit espère infléchir sa transformation dans le sens qu'elle souhaite. Le fait de beaucoup se regarder dans le miroir et de se focaliser sur les manifestations génitales de la puberté n'est donc pas déplacé dans un film qui traite autant de l'adolescence que de la transidentité. Et le fait que ce soit un acteur et danseur androgyne qui interprète le rôle n'est peut être pas réaliste mais sa composition n'en est pas moins remarquable.

Néanmoins le film n'est pas exempt de maladresses. Personnellement, j'en vois au moins deux. La première, c'est le fait que la mue de l'héroïne s'apparente à un chemin de croix dépourvu de joie. Lukas Dhont me semble avoir trop lu "La petite sirène" pour s'acharner à ce point sur la souffrance physique que s'inflige Lara par la danse. Une souffrance qui est montrée par ailleurs de façon aussi complaisante que dans "Whiplash" qui pourtant n'a rien à voir avec la transidentité mais qui illustre cette façon navrante d'associer art, compétition acharnée (avec les autres et/ou avec soi) et masochisme. On peut se demander d'ailleurs si Lara aime la danse ou si elle n'instrumentalise pas cet art pour modeler (ou plutôt torturer) son corps selon la conception qu'elle se fait de la féminité. Quoiqu'il en soit le réalisateur n'a aucun recul critique sur ce qu'il filme. La deuxième maladresse, c'est la manière dont le monde extérieur est dépeint. L'entourage de Lara est dépeint comme "compréhensif", "tolérant" etc. mais je l'ai ressenti comme intrusif, cherchant à connaître voire diriger de façon intolérable sa vie privée (je ne parle pas de ses soi-disant copines qui l'air de rien la mettent à l'écart et l'humilient mais du père qui entre dans la chambre quand elle est nue, lui pose des questions sur son orientation sexuelle et de son docteur qui la pousse à avoir une vie amoureuse, mais de quoi je me mêle?) Il est d'ailleurs étonnant que Lara qui vit de nos jours dans un pays développé avec de nombreux moyens pour rencontrer des personnes vivant la même expérience reste totalement coupée d'elles comme si elle était seule sur terre.

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Tenue de soirée

Publié le par Rosalie210

Bertrand Blier (1986)

Tenue de soirée

Douze ans après "Les Valseuses" (1974), Bertrand BLIER remettait le couvert avec "Tenue de soirée" pensé à l'origine pour le même trio c'est à dire Gérard DEPARDIEU, Patrick DEWAERE et MIOU-MIOU. Mais Patrick DEWAERE s'étant suicidé entre-temps, il lui a fallu envisager un autre acteur. Dans un premier temps il a pensé dans la continuité de Dewaere à Bernard GIRAUDEAU qui a refusé. Alors il a changé complètement de style en engageant Michel BLANC dont la composition remarquable lui a valu un prix d'interprétation mérité au festival de Cannes.

On reconnaît dans "Tenue de soirée" tout ce qui fait la patte Blier: la verve des dialogues mis dans la bouche de brillants acteurs, la cocasserie drolatique et grinçante de nombreuses situations à caractère satirique, une crudité et une vulgarité qui passent crème parce qu'enrobés de tendresse et de poésie, la transgression et la provocation mis au service d'une réflexion pertinente sur l'époque dans laquelle se situe le film. Car les temps ont bien changé depuis "Les Valseuses" (1974). Aux insolents voyous hippies solaires faisant souffler un vent de liberté sur la France corsetée des seventies succèdent les sordides années 80 sans autre horizon que le fric et le sida. Bob (Gérard DEPARDIEU) et Monique ( MIOU-MIOU) tous deux accros au fric sont capables de vendre père et mère pour avoir la belle vie. Mais n'ayant ni père ni mère, ils passent leur temps à vendre Antoine (Michel BLANC) qui pour son malheur est lui accro aux sentiments. Malgré ce sordide tableau fait de dépendance affective et de descente aux enfers dans la prostitution, ni Bob ni Monique ne sont foncièrement antipathiques. Ils apparaissent surtout paumés et Blier les dépeint avec tendresse. Quant aux situations dans lesquelles se retrouve le trio, elles sont souvent désopilantes se qui fait oublier leur côté scabreux. Par exemple leur confrontation avec les grands bourgeois blasés qu'ils viennent cambrioler (Jean-Pierre MARIELLE et Caroline SILHOL) ne manque pas de sel!

Enfin, comme dans "Les Valseuses" (1974), "Tenue de soirée" (1986) aborde des questions relatives à la sexualité, l'homosexualité occupant une place beaucoup plus importante. Mais là aussi le regard a évolué. A l'utopie soixante-huitarde a succédé un désenchantement certain sur fond de menace du sida (évoqué dans l'une des dernières scènes du film*) Les configurations entreprises par le trio y débouchent systématiquement sur des impasses. Monique ne supporte pas Antoine qui s'accroche à ses basques, le couple Bob-Antoine exploite et exclut Monique, Bob domine et manipule Antoine. Le film lui-même se termine en impasse: Antoine voulait voir la mer il se retrouve à tapiner travesti sur le bitume parisien flanqué de ses deux inséparables complices réduits au même sort.

* L'évolution est la même chez Agnès VARDA. A ses films hippies de la fin des années soixante et des années soixante-dix succèdent ses films sida des années 80 comme "Kung-Fu Master" (1987).

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Talons aiguilles (Tacones lejanos)

Publié le par Rosalie210

Pedro Almodovar (1991)

Talons aiguilles (Tacones lejanos)

Après "Femmes au bord de la crise de nerfs", "Talons aiguilles", le dixième long-métrage de Pedro Almodovar a marqué un nouveau tournant dans sa carrière en lui ouvrant les portes de la reconnaissance internationale. "Talons aiguilles" est un film de transition entre ses œuvres de jeunesse transgressives et kitsch et les films de la maturité plus sombres et mélancoliques. C'est aussi un film qui fusionne plusieurs genres, notamment le mélo sirkien et le thriller hitchcockien (une image extraite du générique de "Vertigo" est d'ailleurs insérée dans le générique) avec une esthétique de télénovela et une identité LGTB affirmée. Ainsi le "body trouble" de l'histoire est un juge barbu le jour qui devient transformiste la nuit en imitant le personnage interprété par Marisa Paredes (la performance de Miguel Bosé est assez hallucinante). A cela il faut ajouter le thème central des relations compliquées entre Becky (Marisa Paredes) une mère narcissique et distante qui a tout sacrifié à sa carrière (le titre en VO est "Talons lointains") et qui cherche à se racheter et sa fille Rebeca (Victoria Abril) que le manque d'amour et la soif de reconnaissance conduit à s'accaparer et/ou à assassiner les amants de sa mère puis à tomber dans les bras de celui qui se fait passer pour elle. Si l'ensemble n'est pas complètement abouti (on sent que Almodovar se cherche encore à travers les références qu'il cite, notamment Bergman), le film est tout de même suffisamment généreux en scènes fortes, émouvantes, jubilatoires, sensuelles ou érotiques avec quelques séquences musicales d'anthologie ("Piensa en mi" chanté par Luz Casal est devenu un hit) pour demeurer l'un des films importants de son réalisateur.  

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