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Articles avec #lgtb tag

Pride

Publié le par Rosalie210

Matthew Warchus (2014)

Pride


"Pride" s'inscrit dans la veine des comédies sociales britanniques ("The Full Monty", "Les Virtuoses", "Billy Elliot") et apporte une nouvelle pièce à l'édifice. Une pièce maîtresse.

Le film s'inspire de faits réels: le rapprochement en 1984 a priori improbable entre un village de mineurs en grève et un petit groupe de LGTB londoniens, à l'initiative de leur leader, Mark Ashton (Ben Schnetzer). Ce dernier collecte de l'argent et fonde la LGSM ("Lesbian and Gay Support the Miners"). Il rencontre à Londres Dai (Paddy Considine), le délégué syndical d'Onllwyn, localité du sud du pays de Galles qui les invite en retour dans son village. Le choc des cultures fournit le carburant comique avec des moments hilarants comme la descente des mémères du village complètement déchaînées dans les night clubs gays ou à l'inverse les cours de danse que Jonathan (Dominic West) donne aux jeunes mineurs gallois pour faire tomber les filles.

Mais le film marque aussi les esprits par son réalisme et la profondeur avec laquelle il parvient à décrire les personnages. Joe (un des rares personnages fictifs du film joué par George MacKay) qui découvre son homosexualité en se cachant de ses parents, Jonathan qui est l'un des premiers séropositifs diagnostiqués ou Gethin (Andrew Scott) le gérant d'origine galloise de la librairie gay qui sert de QG à LGSM sont très attachants. Quant à Mark Ashton, il est un peu l'ancêtre de Sean, le héros de "120 battements par minute" en ce sens qu'il se jette corps et âme dans la lutte et vit à 100 à l'heure parce qu'il se sait condamné.

Mais à l'inverse de "120bpm" l'initiative de Mark à une époque où l'homophobie était très virulente et le sida, un mal incurable permet à son groupe (et au film) de sortir du ghetto et d'aller prendre l'air. Par conséquent ce n'est pas la colère qui domine le film mais la fraternité. Les deux communautés ont beau être différentes culturellement, socialement et géographiquement elles ont en commun leur sentiment d'humiliation face au pouvoir et au reste de la société. C'est pourquoi leur soutien mutuel va leur permettre de retrouver leur fierté ("Pride" en VO) et bien plus encore, d'ouvrir des perspectives d'avenir. Du côté des mineurs, le film met en avant le parcours de Sian James (jouée par Jessica Gunning). Mariée à un mineur à 16 ans, elle a déjà deux enfants à 20 ans quand éclate la grève. Ses responsabilités dans le comité de grève et la dureté du conflit la politisent. Elle passe ensuite son bac et fait des études universitaires. En 2005, elle est élue députée de la circonscription de Swansea pour le Parti travailliste. Le film montre l'importance de ses échanges avec les LGSM dans son affirmation politique. A l'inverse , le soutien du syndicat des mineurs s'avère décisif dans l'inscription de la reconnaissance de droits LGBT au sein du programme du Parti travailliste.

Alors je rejoins la critique de Nicolas Bardot pour le site "FilmDeculte", "On ne fait pas de bons films qu'avec de bons sentiments, mais le cœur gros comme ça de Pride pèse dans la balance". Même si le film n'occulte pas le rejet dont les LGSM sont victimes de la part d'esprits obtus, les campagnes de dénigrement de leur front commun avec les mineurs (dont ils récupèrent le slogan "Pits and Pervers" à leur avantage) ou l'échec du mouvement de grève.

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Les Invisibles

Publié le par Rosalie210

Sébastien Lifshitz (2012)

Les Invisibles

"Les Invisibles" est un documentaire intimement lié au besoin de combler un vide mémoriel. Le réalisateur, Sébastien Lifshitz confie dans les bonus du DVD que l'idée du film est partie d'une dizaine d'albums photos qu'il a trouvé dans une brocante qui appartenaient à un couple de femmes vivant dans les années 50. Des photos en décalage avec "l'histoire officielle" (moi je dirais plutôt les clichés) attachés à l'homosexualité qui aurait été en ce temps là forcément tragique. Poussé par le besoin de combler l'absence de transmission générationnelle liée à l'invisibilité sociale des homo seniors (sans parler du vide laissé par la génération fauchée par le sida), il décida de mener une enquête auprès d'hommes et de femmes âgés de 60 à 80 ans venant de tous les milieux sociaux et géographiques et capables de produire du sens c'est à dire ayant un recul sur leur vie, des archives et vivant dans un environnement signifiant.

Le résultat, passionnant démonte un certain nombre de clichés sur l'homosexualité mais aussi sur la vieillesse. Tout d'abord et à sa grande surprise, Sébastien Lifshitz a découvert que la plupart des témoins vivaient au sein de couples de longue durée, qu'ils étaient plutôt épanouis et que leur parole était franche voire crue sur la sexualité. Certains ont toujours su qu'ils étaient homosexuels, d'autres l'ont découvert sur le tard. Certains sont passés par la voie du militantisme pour s'affirmer, d'autres non. A cause de leur différence et de la forte répression familiale et sociale qu'ils ont vécu pour la plupart, ces hommes et ces femmes ont dû aller plus loin que les autres sur le chemin de leur vérité intime afin de vivre en harmonie avec leur nature. Ce qui frappe d'ailleurs dans ce documentaire, c'est justement l'omniprésence de la nature, qu'elle soit filmée ou évoquée. A contre-courant de l'idée reçue selon laquelle la ville serait le milieu "naturel" des homos, une partie d'entre eux ont vécu toute leur vie ou trouvé refuge à la campagne. Les propos de Pierrot sur les pratiques sexuelles des animaux vont dans le même sens. A savoir que l'homosexualité est naturelle, que sa place est dans la nature et que ce sont les constructions sociales qui sont à l'origine de son bannissement.

Au final, le film dépasse son sujet initial pour évoquer le travail qu'il est nécessaire d'effectuer pour être soi c'est à dire être libre, heureux, vivant tout simplement. Pierrot, le chevrier philosophe évoque d'ailleurs le fait que renoncer à sa sexualité c'est comme s'assoir sur une chaise pour regarder la TV au moment de la retraite, cela conduit tout droit au cimetière.

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Peter's friends

Publié le par Rosalie210

Kenneth Branagh (1992)

Peter's friends

"On s'était dit rendez-vous dans 10 ans,
Même jour, même heure, même pomme,
On verra quand on aura 30 ans,
Sur les marches de la place des grands hommes."

Parmi tous les tubes des eighties qui parsèment "Peter's friends" celui-ci aurait eu parfaitement sa place bien qu'il ne soit pas anglo-saxon. Car voilà une bande-son tout sauf décorative, qui commente l'action et en souligne les enjeux. Le "You're my best friend" de Queen pour accompagner les retrouvailles d'une bande de trentenaires qui ne se sont pas vus depuis 10 ans et se retrouvent en 1992 ou le "Everybody wants to rule the world" de Tears for fears pour le générique qui égrène 10 ans de ravages du thatchérisme ou encore le "Girls want to have fun" de Cindy Lauper pour la croqueuse d'hommes qu'est Sarah, tous ces titres ancrés dans la mémoire collective nous plongent dans la nostalgie d'une période révolue faussement légère.

Car "Peter's friends", le troisième film de Kenneth Brangh est ce qu'on peut appeler une comédie mélancolique. Contrairement à l'avis de certains critiques, je ne pense pas que la mise en scène du film soit "sans originalité". Elle se distingue au contraire par sa fluidité et son rythme enlevé. Je l'ai dit dans un avis précédent, Branagh est un cinéaste énergique qui aime le mouvement. Cela lui permet de ne jamais se laisser enfermer dans des cases. Par un mouvement subtil de va et vient, ses personnages très typés et qui nous offrent leur lot de scènes comiques (la nymphomane, l'intello coincée, l'hystérique, l'alcoolique, la vedette névrosée...) se glissent hors du moule pour devenir tout simplement humains, notamment lors d'une séquence finale poignante qui rappelle que les années 80 strass et paillettes étaient aussi les années sida.

Beaucoup de films (britanniques ou non) ultérieurs essayeront de copier la recette du film choral de Branagh, certains avec succès comme le "4 mariages et un enterrement" de Mike Newell, sorti en 1994. Mais aucun ne parviendra à atteindre ce degré de subtilité. 

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120 battements par minute

Publié le par Rosalie210

Robin Campillo (2017)

120 battements par minute

Les films français qui évoquent les années sida ("Les nuits fauves" de Cyril Collard en 1992,"Les témoins" d'André Téchiné en 2007 et dix ans après "120 battements par minute" de Robin Campillo) ont en commun un sentiment d'urgence qui poussent les personnages à vivre plus vite et plus fort que la normale. "120 battements par minute" réussit en prime l'exploit de traduire cette intensité dans sa sa mise en scène alors qu'il s'agit d'un film rétrospectif (ce que n'étaient pas "Les Nuits fauves", film-testament d'un réalisateur alors en phase terminale de la maladie et témoin direct de cette époque).

"120 battements par minute" choisit l'angle militant pour traiter son sujet. A une époque où le sida était encore tabou donc dissimulé et où les groupes les plus touchés (homosexuels, toxicomanes, prostitué(e)s, hémophiles) étaient stigmatisés ou sacrifiés sur l'autel de la "raison d'Etat" (le scandale du sang contaminé), l'association "Act-Up" décidait avec ses opérations coups de poing de jeter un maximum de pavés dans la mare pour être vue et entendue, quitte à verser dans l'outrance. Le film saisit avec une grande justesse le contraste saisissant entre les réunions compassées des pouvoirs publics et des laboratoires et l'énergie fiévreuse et enragée des militants qui leur balancent à la figure des cendres ou du (faux) sang. Il les montre également faisant de la prévention sauvage pour briser l'omerta dans les lycées. Le film est aussi une plongée immersive au cœur des réunions très animées de l'association et ses méthodes proches de la démocratie directe. Enfin il relie cet engagement collectif à des destins individuels. Le personnage le plus fascinant à cet égard est celui de Sean joué par l'extraordinaire acteur argentin Nahuel Perez Biscayart. Comme dans "Au Revoir Là-Haut" d'Albert Dupontel, il interprète un personnage sensible et révolté fauché en pleine jeunesse.

Agnès Varda (qui dans "Cléo de 5 à 7" filme un tableau d'Hans Baldung Grien intitulé "La jeune fille et la mort" dont s'est inspiré Cyril Collard pour "Les nuits fauves") disait que l'art en général et le cinéma en particulier traitaient des deux plus insondables mystères de l'humanité: celui du sexe et celui de la mort. "120 battements par minute" lie inextricablement Eros et Thanatos, des scènes intimes crues (pas seulement physiques mais aussi morales) à la mort qui rôde, l'un se nourrissant de l'autre et lui donnant son sens.

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Soudain l'été dernier (Suddenly, Last Summer)

Publié le par Rosalie210

Joseph L. Mankiewicz (1959)

Soudain l'été dernier (Suddenly, Last Summer)

"Soudain, l'été dernier" est une pièce en un acte de Tennessee Williams aux résonances autobiographiques: une mère castratrice, un fils poète à l'homosexualité cachée et honteuse, une sœur (cousine dans le film) fragile ayant subi une lobotomie. En résumé, des personnages incapables d'affronter la dure réalité et s'en protégeant par toutes sortes de mécanismes de défense.

La bonne idée de Mankiewicz est de bâtir son film sur le thème de la cure psychanalytique. En cinéaste traquant la vérité derrière les faux-semblants, il mène à travers son double, le Dr Cukrowicz (Montgomery Clift), une enquête qui couche après couche permet de la percer à jour. Plaçant ses personnages dans un huis-clos étouffant, il les fait évoluer dans une "forêt de symboles" (plantes et oiseaux carnivores, squelettes, fous, dieux, saints, martyrs...) Sauf que cette forêt-là est une jungle si épaisse qu'il faut une certaine patience pour en démêler les lianes. La parole libératrice occupe une place essentielle dans de longues scènes dialoguées ainsi que les réminiscences de la jeune Catherine Holly (jouée par Elisabeth Taylor) dont le traumatisme a été si profond qu'elle a tout oublié pour survivre. Quant à sa tante, Mrs Violet Venable (jouée par Katharine Hepburn), elle s'est réfugiée dans le déni et une posture mégalomane. Ses apparitions saisissantes dans l'ascenseur donnent l'impression qu'il s'agit d'une déesse qui descend des cieux alors qu'elle tente avec son argent de contrôler tout son entourage. Son obsession est de faire taire définitivement Catherine dont les paroles lui sont insupportables.

Mais quel est donc le terrible secret qui lie ces deux femmes? Il s'agit des circonstances exactes de la mort de Sébastien, cousin de l'une et fils de l'autre. Deux récits, deux visions d'un homme double. Une victime expiatoire dévorée par ses proies et un bourreau à la recherche de chair fraîche (la station balnéaire "Cabeza de lobo" signifie "Tête de loup"). Un être manipulé et manipulateur, cherchant à la fois à s'élever dans la sublimation et à se vautrer dans la fange. Sa fin digne d'une tragédie grecque a quelque chose de pasolinien alors que les deux femmes échangent leur place (l'une guérit, l'autre devient folle à son tour).

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Moonlight

Publié le par Rosalie210

Barry Jenkins (2016)

Moonlight

J'ai beaucoup aimé "Moonlight", film intime dont la délicatesse et la sensibilité ainsi que la manière de coller au plus près des émotions de ses personnages (et des acteurs qui les interprètent, tous formidables) fait voler en éclats les clichés que l'on attache aux ghettos noirs-américains. La lumière de la lune éclaire trois fragments de la vie d'un homme dont l'apparence -celle d'un caïd de la drogue bling-bling et bodybuildé- est totalement trompeuse. On comprend que cette carapace lui sert à dissimuler ses fragilités, lesquelles nous sont révélées alors qu'il n'est encore qu'un petit garçon. Taiseux, frêle et efféminé, Chiron est la tête de turc de son quartier où comme on peut s'en douter règne le crime, la drogue et le machisme. Oui mais pas que. La première bonne surprise vient de Juan, un dealer qui prend Chiron sous son aile. En dépit de sa carrure impressionnante, il s'avère être un père de substitution bienveillant, attentif et ouvert, plein de douceur et de délicatesse. C'est avec lui que Chiron fait ses premiers pas sur la plage et se baigne dans la mer, ce paysage féminin symbolisant un échappatoire du ghetto masculiniste où tous deux sont enfermés. La compagne de Juan, Teresa, elle aussi pleine de patience et de tact lui offre une alternative à sa mère indisponible, une paumée qui se défonce au crack et se prostitue. Tous deux lui offrent le toit, la protection et l'écoute qu'il n'a pas chez lui. Mais Juan ne réussit pas à résoudre ses contradictions et meurt dans le ghetto. Ensuite il y a Kevin, l'ami d'enfance de Chiron dont celui-ci tombe amoureux en grandissant. Kevin est lui aussi un homme à la sensibilité féminine, beaucoup plus intelligent et sensible que la moyenne. Mais son attirance pour Chiron pèse peu face au dictat normatif de son milieu. Du moins jusqu'à ce que les épreuves ne le fasse changer et sortir de l'enfer du ghetto.

Il rappelle alors Chiron à lui dans une longue scène qui est sans doute l'une des plus belles vues ces dernières années au cinéma. Celle où sans que rien d'explicite ne soit dit et encore moins montré l'on voit un homme mettre tout son cœur à nourrir un autre homme, sonder son regard, le faire parler pour faire craquer le vernis et l'aider à accoucher de lui-même. L'élan des retrouvailles amoureuses est sublimé par deux magnifiques chansons. Du côté de Chiron c'est "Cucurrucucu Paloma" de Caetano Veloso qui imprimait déjà sa marque au plus beau film d'Almodovar "Parle avec elle". Du côté de Kevin c'est "Hello stranger" de Barbara Lewis. Et c'est magnifique!  

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Tokyo Godfathers (Tōkyō Goddofāzāzu)

Publié le par Rosalie210

Satoshi Kon (2003)

Tokyo Godfathers (Tōkyō Goddofāzāzu)

Satoshi Kon est un cinéaste d'animation japonais dont la particularité consiste à abolir les frontières entre l'imaginaire et la réalité comme entre présent, passé et futur. Cet aspect "flottant" de son univers s'explique par le fait qu'il souhaite rendre compte de toutes les dimensions d'un individu et notamment de sa vie imaginaire qui est aussi réelle pour lui que sa vie matérielle. Darren Aronofsky s'inspirera d'ailleurs du premier film de Satoski Kon "Perfect blue" pour réaliser "Black Swan" où un univers réel est progressivement contaminé par la folie intérieure d'un personnage au point de se confondre avec lui.

"Tokyo Godfathers" est le troisième film réalisé par Satoshi Kon après "Perfect blue" donc et "Millenium Actress". Il s'agit d'une transposition du film "Le fils du désert" dans la jungle urbaine tokyoïte. Comme chez John Ford, les trois rois mages au chevet du bébé en danger sont des parias. Sauf qu'au lieu d'être des bandits, ils sont SDF. Ils forment une drôle de famille recomposée. Il y a Gin qui a perdu travail et famille à cause de ses dettes, Hana, un travesti orphelin licencié de la boîte où il se produisait et Miyuki, une adolescente fugueuse. Leur présent qui consiste à sillonner la ville pour retrouver la mère de l'enfant est rattrapé par leur passé sous la forme de rencontres aussi improbables que miraculeuses (Gin retrouve sa fille et Miyuki son père). Le film mêle inextricablement réalisme et surnaturel, exactement comme dans la "Vie est belle" de Capra, film auquel on pense forcément puisque dans les deux cas il s'agit d'un conte de noël festif et familial.

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Carol

Publié le par Rosalie210

Todd Haynes (2015)

Carol

Les romances homosexuelles entre deux femmes sont encore plus rares au cinéma que celles qui mettent en scène des histoires d'amour entre hommes. Le cinéma (du moins dans sa version mainstream) étant un reflet de notre société, on ne s'étonnera pas de cette quasi-invisibilité de tout un pan de la réalité humaine.

Néanmoins ces dernières années, quelques films sont parvenus à se faire connaître notamment grâce au festival de Cannes. La palme d'or 2013 accordé à "La Vie d'Adèle" était une palme sensationnelle, politique mais dont la réelle valeur cinématographique restait discutable à cause notamment de son côté caricatural et voyeuriste (pour ne pas dire même pornographique). Rien de tel en ce qui concerne "Carol" qui deux ans plus tard permit à Rooney Mara de remporter le prix d'interprétation féminine. Le film est délicat, complexe, nuancé et possède un background passionnant.

A l'origine de "Carol" il y a le deuxième livre d'une célèbre romancière: Patricia Highsmith, déjà auteure de "L'inconnu du Nord-Express" adapté au cinéma par Hitchcock. Ce livre paru en 1952, elle dû l'écrire sous un pseudonyme et il ne fut publié en France que 30 ans plus tard, la censure sévissant des deux côtés de l'Atlantique (pas seulement celle du puritanisme mais aussi celle des rapports de pouvoirs, le monde de l'édition étant aux mains des hommes).

"Carol" prend pour point de départ un fait réel et autobiographique: la rencontre de Patricia alors qu'elle travaillait pour les fêtes comme vendeuse dans un magasin avec une femme de la haute bourgeoisie venue acheter une poupée pour sa fille. Subjuguée par la prestance de cette femme, Patricia qui était alors indécise quand à son orientation sexuelle imagina une romance avec cette femme et décida de lancer avec son livre un grand coup de pied aux fesses de la société conservatrice patriarcale et bourgeoise.

Avec un matériau déjà aussi riche, Todd Haynes n'avait plus qu'à "ramasser la mise". Mais il serait injuste de diminuer son mérite personnel. Dans l'un de ses précédents films, "Loin du paradis", il reprenait l'esthétique et les thèmes des mélodrames de Douglas Sirk pour dénoncer l'aliénation au conformisme social des années 50, empêchant les individus de réaliser leurs aspirations profondes. Mais son film avait le même ton résigné, vaincu d'avance que le "Brève rencontre" de David Lean auquel se réfère clairement la structure de "Carol": un intrus interrompt une discussion entre deux personnages que l'on devine intimes (la pression de la main nous le confirme). La suite en flashback nous raconte leur histoire avant que le dénouement ne revienne sur la scène initiale dont nous saisissons désormais toute la portée.

Mais "Carol" n'est pas un film soumis comme l'était "Brève rencontre" ou "Loin du Paradis", quel que soit le degré d'enfermement des personnages. Les deux protagonistes ne sont pas des rebelles de nature mais leur rencontre va en quelque sorte les révéler à elles-mêmes. Thérèse, jeune femme indécise qui ressemblait à une petite souris grise et morne découvre la passion qui lui permet de sortir de sa condition de prolétaire et de s'épanouir dans son art. Carol beaucoup plus au fait de sa nature profonde trouve le courage de résister au chantage masculin (de son mari comme de ses avocats) pour affirmer son droit à être elle-même et à vivre librement. "Carol" est une histoire des années 50 mais son état d'esprit est moderne. Il n'y a pas de fatalité, il est possible de faire des choix et d'ouvrir des perspectives émancipatrices pour tous ceux et celles qui ne se reconnaissent pas dans le modèle dominant.

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Billy Elliot

Publié le par Rosalie210

Stephen Daldry (2000)

Billy Elliot

C'est un film extrêmement riche et extrêmement limpide à la fois. Il aurait pu s'intituler "la révolte". Bien que servant de toile de fond au film, il ne s'agit pas de celle des mineurs face à Thatcher en 1984. Pas seulement parce qu'elle est perdue d'avance mais parce qu'elle annonce la fin d'un monde ouvrier communautaire et solidaire mais également étouffant, limité, insulaire, conservateur, conformiste, uniforme. Un monde dont s'accommodait d'ailleurs très bien l'establishment conservateur ("chacun chez soi et les vaches seront bien gardées").

La révolte, la vraie, provient d'un individu "différent" (donc toujours solitaire, exclu ou incompris) dont la créativité n'a pas encore été brisée par le milieu environnant. Un individu donc très jeune forcément, en phase de construction. Ici il s'agit de Billy, 11 ans. Le générique de début, parfait en tous points, nous dit tout de lui. Sur la musique de T.Rex "Cosmic Dancer", il s'élève, encore et encore sur un fond de papier peint lui-même cosmique (mi-mandala, mi-fleurs de cosmos). On ne peut pas mieux exprimer la rage de s'en sortir, de s'extraire du charbon pour les cimaises des salles de spectacle. Plus tard, on verra Billy se heurter puis s'envoler par-dessus les murs.

Le film explique très bien également pourquoi Billy y parvient. Il bénéficie tout d'abord de la situation de crise sociale que l'on a décrite plus haut qui ôte toute perspective d'avenir aux mines et contraint à chercher des solutions ailleurs. Cette crise sociale se double d'une crise familiale provoquée par la mort de la mère. Billy en se cherchant, cherche également à renouer le contact avec elle ce qui passe par la découverte de sa partie féminine à travers l'art de la danse. Là aussi, il s'engage dans une voie créative et résiliente là où son père et son frère grévistes se murent dans leur carapace de "gros durs". Enfin, il rencontre une bonne fée, comme la plupart des personnes ayant pu bénéficier de la méritocratie. Celle-ci est -logique- une professeur de danse qui repère son talent, l'aide à l'épanouir et surtout lui offre une courroie de transmission pour accomplir son rêve. Issue d'une classe sociale plus élevée (soulignée par sa maison et sa voiture), elle possède également un capital culturel qui s'avère déterminant dans le parcours de Billy. Elle lui fait connaître l'école du Royal Ballet et l'inscrit aux auditions.

Enfin le film montre avec beaucoup de justesse que cette ascension (sociale, artistique, spirituelle) ne va pas sans douleur, sans tristesse, sans déchirement. Et ce même si la libération de Billy rejaillit positivement sur sa famille. Son père et son frère s'ouvrent: pas seulement en découvrant un peu plus le vaste monde mais en laissant leurs sentiments s'exprimer. On a beaucoup critiqué la fin "sentimentaliste" du film avec le père qui pleure devant la prestation de son fils aux côtés de son ancien meilleur ami devenu gay et travesti. Elle est certainement "too much" mais elle a du sens. Elle achève en effet de déconstruire les stéréotypes de genre qui enferment les hommes aussi sûrement que le déterminisme social. Un autre titre aurait très bien convenu à Billy Elliot: "Liberté".

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Reflets dans un oeil d'or (Reflections in a Golden Eye)

Publié le par Rosalie210

John Huston (1967)

Reflets dans un oeil d'or (Reflections in a Golden Eye)

L'un des meilleurs films de John Huston. Un décor unique, celui d'une caserne et des maisons d'officiers qui l'entourent. Une ambiance unique, étouffante, moite et irréelle magnifiée par le prisme lumineux du fameux "œil d'or", celui qui révèle les fantasmes cachés derrière l'apparence lisse et feutrée des soirées entre amis, des jeux de carte au coin du feu, des promenades à cheval et de la discipline stricte qui règne dans la caserne.

Il y a quelque chose de "Blue Velvet" dans "Reflets dans un œil d'or". Derrière le rideau des convenances, c'est un festival de désirs frustrés, d'impuissance sexuelle, de pulsions meurtrières, de tromperies, d'obsessions qui ne demandent qu'à s'exprimer. Plus on avance dans le film, plus la tension augmente et plus la pression s'intensifie jusqu'à l'explosion finale. La question de la virilité, symbolisée par le milieu militaire mais aussi par les chevaux y est centrale. La liste des névroses sexuelles est impressionnante: le soldat Williams, voyeur et fétichiste prend du plaisir à chevaucher nu en forêt et à s'introduire dans la chambre de Leonora, la femme du colonel Penderton pour la regarder dormir et renifler ses dessous. Cette dernière est une nymphomane dominatrice qui écrase son mari fétichiste, impuissant et homosexuel refoulé de tout son mépris. Dans les rôles de Leonora et du major Weldon Penderton, Elizabeth Taylor et Marlon Brando n'ont pas volé leur réputation de "monstres sacrés". Ce sont deux bêtes de scène et de sexe qui électrisent tout ce qu'ils touchent. A ces trois personnages centraux qui forment un triangle amoureux incomplet (Williams est attiré par Leonora et Weldon par Williams) il faut ajouter trois autres personnages: le lieutenant-colonel Langdon qui entretient une liaison avec Leonora, sa femme dépressive Alison et le serviteur de cette dernière, l'efféminé Anacleto qui représente tout ce que les militaires ont en horreur. Mettez tous ces personnages dans un huis-clos et vous obtenez un cocktail explosif que Huston parvient à retenir, entretenant une atmosphère délétère, malsaine jusqu'à la toute dernière scène où il lâche sa caméra en même temps que les pulsions de ses personnages.

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