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Articles avec #ganz (bruno) tag

Amnesia

Publié le par Rosalie210

Barbet Schroeder (2015)

Amnesia

Quarante-six ans après son premier long-métrage, More (1969), Barbet Schroeder revient à Ibiza, dans la maison de sa mère pour y dévoiler (un peu) de son histoire. "Amnesia" raconte en effet l'histoire d'une allemande qui a choisi de s'exiler à Ibiza à la fin de la guerre et de couper tous les ponts avec son pays natal, refusant notamment d'en parler la langue*. A ce reniement de ses origines s'ajoute le repli sur soi, Martha vivant en ermite c'est à dire dans la solitude et la frugalité, coupée des autres dans une sorte de bulle routinière hors du temps. Jusqu'à ce qu'un jeune homme qui pourrait être son fils débarque dans la maison voisine (qui est cependant loin d'être mitoyenne) et ne sympathise avec elle. Martha et Jo se découvrent des points communs: l'origine allemande qui les oblige à faire un travail d'introspection et à sortir de leurs croyances et certitudes mais aussi la danse et la musique qui la conduit à rejouer du violoncelle alors que son cadet DJ rêve de se produire à "L'Amnésia" (titre qui fait référence à ce club aussi bien qu'à la mémoire allemande). Si les dialogues sont parfois maladroits tant ils sont démonstratifs (comme certains passages que l'on peut juger ridicules), ils ne sont pas simplistes pour autant car il y a pas de jugement de la part du réalisateur. La stratégie de fuite et de table rase de Martha n'est ni pire ni meilleure que celle de la mère de Jo qui a consisté à laisser le passé dans l'ombre pour reconstruire le présent. Quant au grand-père (joué par Bruno Ganz), il a transformé son histoire pour la rendre supportable à ses propres yeux mais le film montre que le mensonge est aussi une stratégie de survie.

Si le film est un huis-clos à ciel ouvert très théâtral dans son dispositif, il est illuminé par les paysages, la lumière et la prestation remarquable de Marthe Keller (l'inoubliable Fedora de Billy Wilder) qui obtient un rôle de femme mystérieuse et désirable à 70 ans.** Car la désaffiliation de son personnage brouille les repères générationnels. La relation avec Jo est ambigüe, entre amitié et séduction amoureuse mais lorsqu'elle finit par lui dire non, elle se transforme en relation filiale et Martha réintègre alors un arbre généalogique: c'est le sens des premières et des dernières images.

* Langue maternelle de la mère de Barbet Schroeder, celle-ci ne lui a pourtant pas été transmise.

** J'ai pensé à "Harold et Maude" et ce d'autant plus que Maude et Martha sont des dames âgées dont la situation de marginalité est liée dans les deux cas aux traumatismes du nazisme même si elles se situent à l'opposé l'une de l'autre (Maude parmi les victimes et Martha dans le clan des bourreaux). 

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Dans la ville blanche

Publié le par Rosalie210

Alain Tanner (1983)

Dans la ville blanche

"Dans la ville blanche" est un film essentiellement contemplatif, un film en "creux" propice aux réflexions et aux déambulations. On y voit un homme, Paul, mécanicien sur un bateau qui lors d'une escale à Lisbonne met sa vie entre parenthèses. Il déserte le navire, prend une chambre d'hôtel, et décide de se mettre en retrait du monde. Son impuissance éclate lors les rares événements qui l'affectent tel le vol de son portefeuille, son agression ou la disparition de Rosa qu'il est condamné à subir. Le rôle a été écrit spécifiquement pour Bruno GANZ et il est vrai qu'on reconnaît dans cette errance, cette introspection et cette crise existentielle nombre de films des années 80 où il a tourné depuis "Le Faussaire" (1981) jusqu'aux "Les Ailes du désir" (1987).

Il se dégage une certaine poésie de ce film notamment lorsque le réalisateur et son personnage filment les pulsations et les méandres de la ville, l'un en 35 mm et l'autre avec une caméra super 8. Mais son intérêt reste tout de même limité tant le travers de l'ego trip occidental masculin viril (comme dans "Le Faussaire") (1981) a tendance à tout recouvrir. Il y a un effet "posture" désagréable dans ce film où le personnage principal se regarde beaucoup trop filmer et s'écoute beaucoup trop penser. Paul est même un avant-gardiste du selfie et de la sex tape. Un personnage qui veut vraiment se perdre entre dans un pays "sans langage" comme le dit Travis dans "Paris, Texas" (1984)". Sans langage et sans miroirs. De ce point de vue, Paul échoue sur toute la ligne. Si Rosa prend le large en comprenant qu'elle n'a rien à attendre d'un homme indécis qui se laisse dériver sans but en contemplant son petit nombril, on plaint sa femme restée au pays qui n'est pour lui que le réceptacle de ses lettres et vidéos où il étale ses "réflexions" et "expériences" souvent à caractère sexuel sans tenir compte de ce que peut ressentir son destinataire (qui est furieuse mais le film survole le personnage). On comprend pourquoi il n'a guère envie de revenir chez lui et de se confronter au réel où il ne sera plus son propre centre (il casse d'ailleurs son miroir et vend ses enregistreurs vidéo juste avant de quitter son hôtel). Le film laisse percevoir cette dimension mais il n'a aucune vraie dimension critique, dommage.

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Le Faussaire (Die Falschung)

Publié le par Rosalie210

Volker Schlöndorff (1981)

Le Faussaire (Die Falschung)

Volker SCHLÖNDORFF fait partie de la même génération de cinéastes allemands que Werner HERZOG et Wim WENDERS, celle qui est née pendant la seconde guerre mondiale et dont le cinéma, bien qu'ancré en apparence dans les années 70-80 est hanté par la volonté de revenir sur "le passé qui ne passe pas" en réglant des comptes avec les secrets et mensonges de la génération des parents ou en les escamotant purement et simplement.

Le gros problème du "Faussaire" provient de la contradiction entre ce qu'il prétend démontrer et ce qu'il produit effectivement. Le roman dont il s'inspire dénonçait les pratiques journalistiques falsifiant la réalité des conflits. Le film se veut un nouveau "Allemagne, année zéro" (1947) en prise avec le documentaire et l'actualité. Mais comme il est impossible de remonter le temps pour filmer les ruines de la seconde guerre mondiale, "Le Faussaire" s'inscrit dans un conflit contemporain de l'époque où il a été tourné: la guerre civile au Liban (1975-1990) en y projetant la grille de lecture de la "mauvaise conscience" allemande. Bien que tourné sur place, le film fausse l'histoire immédiate en faisant du conflit libanais une réitération de l'épuration raciale nazie (avec les phalangistes chrétiens dans le rôle de ces derniers), en simplifiant abusivement les enjeux, en mélangeant les époques (le Beyrouth représenté dans le film est celui de 1976 et non celui de 1981) et en reconstituant la plupart des scènes de guerre au lieu de filmer l'instant présent. Le résultat apparaît extrêmement factice.

Comme si cette approche pseudo-documentaire reposant sur la confusion des époques, des genres et des enjeux ne suffisait pas, "Le Faussaire" s'écarte également de la démarche de "Allemagne, année zéro (1947)" en ajoutant une dérive existentielle fictionnelle typique du cinéma allemand de cette époque. Le conflit libanais est une fois de plus instrumentalisé pour expliquer la recherche d'identité du reporter Georg Laschen (Bruno GANZ) qui n'est pas (euphémisme) très au clair avec sa propre vie, notamment amoureuse (guère passionnante au demeurant). Faire ainsi un tel parallèle entre les souffrances des libanais et les problèmes "petit-bourgeois" d'un occidental qui ne reste qu'à la surface des choses a même quelque chose d'indécent, tout comme l'est la première scène du film d'ailleurs qui ne passerait plus aujourd'hui.

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The Party

Publié le par Rosalie210

Sally Potter (2017)

The Party

Une réunion à huis-clos qui tourne au règlement de comptes: "Festen (1998)" de Thomas VINTERBERG? "Carnage" (2011) de Roman POLANSKI? "Le Prénom (2011)" de Mathieu DELAPORTE et Alexandre de la PATELLIÈRE? "Juste la fin du monde" (2015) de Xavier DOLAN? Tous ces exemples pour montrer que ce dispositif d'origine théâtrale est souvent utilisé au cinéma notamment pour son efficacité dû au respect des unités de lieu, de temps et d'action. "The Party" de Sally POTTER, version noire et corrosive (et noir et blanc!) du film coloré et burlesque de Blake EDWARDS s'inscrit parfaitement dans cette lignée. Son cocktail à base de satire du milieu bobo british fonctionne à l'aide de personnages borderline frisant la caricature mais qui parviennent parfois à faire mouche. La mise en scène est plutôt inspirée, soulignant le contraste entre les apparences (le couple uni qui fête le triomphe politique de madame) et la réalité (la déréliction en direct d'un couple qui n'en est plus un avec la revanche du mari sur sa femme carriériste et adultère). Cette mise à nu contamine les autres personnages, contraints à leur tour d'aller "cracher au bassinet" (c'est l'image qui me vient à la vue des nombreuses scènes où un ou plusieurs d'entre eux s'enferment dans les toilettes pour y vomir ou s'y confesser, la poubelle de la cour servant à l'inverse à tenter de cacher le ressentiment). Cela pourrait être juste un torrent de fiel dans la lignée directe du spécialiste de la satire en huis-clos qu'est Roman POLANSKI, heureusement le film va plus loin que le masque grimaçant et tente d'atteindre la chair à l'image de la coupure au genou de Janet (Kristin SCOTT THOMAS). Son mari Bill (campé par un Timothy SPALL considérablement amaigri) n'ayant plus rien à perdre décide de faire voler en éclats les "Secrets et mensonges" (1996) comme dans le film de Mike LEIGH. C'est le seul personnage qui n'est pas agité du bocal parce qu'il est en paix avec lui-même. Mais son acte lui vaut d'en prendre plein la figure au sens propre. A l'inverse la palme du rire est remportée par l'impayable Gottfried, le "coach de vie" légèrement illuminé (et au destin prédestiné avec un prénom pareil!) qui fait tache au milieu de tous ces british (et joué génialement par le regretté Bruno GANZ qui pouvait briller dans tous les registres). Il faut le voir méditer au milieu de la bagarre générale, jouer les conseillers spirituels, s'improviser docteur universel, tenter de réconcilier l'amant et l'époux trompé ("Vous avez déjà un point commun" ah ah ah!) et même essayer de réveiller les morts! Sans parler des échanges avec son épouse à la langue aussi tranchante qu'un rasoir (Patricia CLARKSON). Le couple de lesbiennes et l'avocat dépressif ont moins de relief mais complètent l'étude de mœurs de ce petit milieu. En revanche et en dépit de ce qu'en a dit la presse, je suis moins convaincue par la satire politique du système britannique, celle-ci existant à travers des allusions mais restant périphérique à l'histoire ce qui est logique avec le choix de filmer un noyau en intérieur. Au final "The Party" est un film bien troussé, excellemment interprété, contenant de beaux moments mais dont la durée très courte et le rythme effréné ne permettent pas de dépasser le stade du très bon divertissement.

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La Chute (Der Untergang)

Publié le par Rosalie210

Oliver Hirschbiegel (2004)

La Chute (Der Untergang)

Bruno GANZ aura incarné au cinéma pour le meilleur et non pour le pire le meilleur et le pire de l’homme. Qui veut faire l’ange fait la bête disait Blaise Pascal et dans "La Marquise d O..." (1976) de Éric ROHMER, Edith CLEVER lui disait (lui prédisait ?) qu’il ne lui aurait pas semblé être le diable si à sa première apparition, elle ne l’avait pris pour un ange. Bruno GANZ en véritable « étoile noire » a donc incarné les deux polarités extrêmes de l’être humain, sa part céleste d’une part et la bête immonde tapie en lui de l’autre avec une profondeur proprement sidérante. « La Chute », grand film crépusculaire sur l’agonie du III° Reich ressemble à un terrifiant cauchemar entre ruines fumantes et bunker lugubre. Il montre avec un réalisme saisissant de crudité ce que deviennent les hommes lorsqu’ils sont acculés dans leurs derniers retranchements et qu’ils ont la certitude que leur fin est proche. Entre recherche de l’oubli dans l’alcool et les orgies, règlements de comptes et petits calculs sordides, ce qui ressort le plus, c’est la terrifiante litanie des suicides dans une ambiance oppressante et claustrophobique. La culture de mort qui a fait des millions de victimes se referme sur les bourreaux eux-mêmes dont certains entraînent leur famille avec eux. Les plus fanatiques, Hitler et Goebbels en arrivent à souhaiter que le peuple allemand tout entier y passe pour se venger sur eux de leur défaite. Les autres, plus lucides regardent le Führer se décomposer avec consternation et désarroi. Bruno GANZ offre une interprétation hallucinée du personnage entre bouffées délirantes où il donne des ordres à une armée qui n’existe plus, accès de mégalomanie quand il élabore les plans de la future Germania avec Albert Speer, fureur contre ses généraux et son peuple qui lui servent d’ultime bouc-émissaire, larmes de rage et d’impuissance face à l’inéluctable défaite, tremblements incontrôlables dus à la maladie de parkinson. Mais en dépit de tous ces signes qui indiquent à quel point Hitler était diminué à la fin de sa vie, celui-ci continue à exercer sa tyrannie délétère faite de séduction et de terreur sur tout son entourage qu’il veut pousser à mourir avec lui. Le bunker devient alors un véritable tombeau où s’accumulent les cadavres pendant qu’à Berlin encerclé par les russes, les enfants des jeunesses hitlériennes fanatisés lui répondent en miroir en sacrifiant inutilement leur vie.
Ce n’est pas parce que Oliver HIRSCHBIEGEL a humanisé les bourreaux que le film est complaisant ou suscite l’empathie. C’est l’effroi qui domine devant des personnes pour qui la vie (la leur comme celle des autres) n’a aucune valeur et qui n’ont comme solution que la mort à offrir. Il s’interroge également sur la notion de responsabilité en choisissant de privilégier le point de vue de la secrétaire d’Hitler. Celle-ci est incarnée par une jeune actrice pour les faits relatifs à la fin de la guerre mais elle apparaît aussi en personne au début et à la fin du film en tant que témoin ayant effectué un travail de mémoire dans lequel elle reconnaît sa responsabilité dans les choix de vie qu’elle a fait. L’exemple de Sophie Scholl qui avait le même âge qu’elle lui a rappelé que la jeunesse n’était pas une excuse. De ce fait elle tend un miroir aux allemands, les incitant à en faire de même.

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Sport de filles

Publié le par Rosalie210

Patricia Mazuy (2011)

Sport de filles

"Sport de filles", titre ironique donne le ton d'un long-métrage ni aimable ni conformiste, filmé de façon parfois approximative mais avec une furieuse énergie. Ironique oui car l'équitation est avec la danse classique une activité cataloguée comme "féminine": en France 85% des licenciées sont des filles. Mais ce que montre le film de Patricia MAZUY c'est un milieu professionnel, celui du dressage, certes dominé par des femmes mais qui ne sont que des héritières. Le milieu est en effet écrasé par des valeurs masculines ancestrales (la compétition, le pedigree, les codes, la hiérarchie sociale) et gangrené par l'argent.

Le personnage surnommé Gracieuse (encore un nom bien ironique) a l'oeil noir, le visage renfrogné, un bandeau de pirate qui lui couvre la moitié du visage, la hargne de sa passion chevillée au corps. Elle est indomptable, entière, perpétuellement en porte-à-faux par rapport à des normes sociales (et genrées) qu'elle méprise et qu'elle bafoue, que ce soit celles de son milieu paysan d'origine ou celui aristocratique dans lequel elle veut s'imposer. Par conséquent elle subit la pression de son père qui veut la caser avec Jacky ("Il est du pays et il travaille, c'est important"), un palefrenier qui a déjà un projet de vie clés en mains pour elle et que son refus pousse à des jugements à l'emporte-pièce tels que "une vraie fille, ça a besoin d'un homme" ou "tu n'aimes que les chevaux, pas les hommes". Il est d'ailleurs intéressant de constater les écarts considérables que les critiques du film manifestent dans leur vision du personnage. Pour "Benzine Magazine", "Revêche et imprévisible, Gracieuse n’attise en rien la sympathie et son comportement nous parait puéril ou à peu près incompréhensible." alors que dans "Causeur", elle a juste le puissant désir de s'en sortir "Pour qui ne connaît pas la province, la scène du supermarché donne envie de faire des études supérieures à tout prix. Ou bien de dresser des chevaux au mépris du scénario social déjà écrit". Quant aux aristos du haras où elle travaille comme palefrenière, ils lui aboient dessus dès qu'elle tente de monter sur un cheval (un paysan c'est fait pour patauger dans la gadoue). Marina HANDS trouve là un rôle qui prolonge l'histoire de sa propre vie (elle voulait devenir cavalière professionnelle) et celui de "Lady Chatterley" (2006) dans lequel elle subvertissait déjà les barrières sociales pour renouer avec sa puissance vitale.

Le film narre sa rencontre avec un autre déclassé, Franz Mann qui est un entraîneur de renom mais qui à cause de ses origines modestes s'est enfermé dans le rôle d'un "sex toy" (pour reprendre l'expression de Patricia MAZUY) pour un petit club de dames fortunées qui exploitent son nom, son savoir et son corps, un petit business florissant tenu d'une main de fer par sa régulière, un véritable dragon dont la préoccupation principale est de faire tourner la machine à cash (Josiane BALASKO est parfaite dans le rôle). Comme elle le dit à Gracieuse en empochant les billets, "Franz Mann ça vaut de l'or". Lui-même est formidable d'ambiguïté entre le cynisme du gigolo sur le retour, la lassitude de l'homme meurtri et les coups de colère du type qui étouffe et qui voudrait prendre un bol d'air. Normal, c'est Bruno GANZ qui l'interprète, d'ailleurs le fait qu'il doive se colleter à une langue étrangère (un parler français plutôt cru) accentue l'impression de décalage et d'étrangeté du personnage par rapport au milieu où il évolue. Comme son personnage, Bruno GANZ aurait bien aimé faire de l'équitation dans sa jeunesse mais il n'avait pas pu réaliser son désir à cause de ses origines modestes (son père était ouvrier d'usine). Quand la réalité rejoint la fiction...

Il est clair que la rencontre entre Gracieuse et Franz Mann représente un espoir pour elle de gravir les échelons et pour lui de sortir de son marasme. Mais cette rencontre n'échappe pas elle non plus aux réalités sociales. Si sur le plan instinctif, les deux âmes s'accordent parfaitement, les compromissions de Franz face au caractère entier de Gracieuse font des étincelles et on ne sait exactement si leur collaboration relève d'une élévation (à tous les sens du terme) ou d'une nouvelle domestication.

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Hommage à Bruno Ganz par Laetitia Masson (Blow Up, Arte)

Publié le par Rosalie210

Hommage à Bruno Ganz par Laetitia Masson (Blow Up, Arte)

"J'ai mis du temps à comprendre ce que représentait pour moi Bruno Ganz. Je le voyais flou. Un soir je rentrais dans la nuit après un rendez-vous avec Marina Hands qui a été sa partenaire dans un film de Patricia Masuy ["Sport de filles"]. Elle non plus n'arrivait pas vraiment non plus à parler de lui. Il était resté une sorte de mystère. La veille, j'avais vu André Wilms qu'il a eu souvent comme partenaire au théâtre. Il était en train de mettre en scène une pièce de Fassbinder. Il n'avait pas du tout à tête à me faire le portrait de Bruno Ganz. Je rentrais donc dans la nuit, prise d'un accès de mélancolie. J'avais d'abord eu envie d'écouter Jean-Louis Murat, comme toujours.
"Ami, Amour, Amant".
Parce que c'était ça pour moi en premier mon idée de Bruno Ganz. Ce qui m'avais toujours frappé chez lui, c'était la douceur de son visage. Un visage comme une page blanche. L'ami idéal. Mais avec le sourire de quelqu'un qui sait. Il sait que tout peut arriver, que tout peut mal tourner et qu'on peut espérer, qu'on peut relativiser et même qu'on peut aimer. Donc Bruno Ganz n'était pas loin non plus d'être l'amour idéal. On le regarde faire l'ange et on voudrait l'avoir sur notre épaule. On le regarde caresser un pied et on pense aussi à lui comme amant.
"L'Ennemi"
Sauf que Bruno Ganz, ce n'était pas que ça. Finie la douceur, finie la page blanche, tout vire au noir. Une simple moustache et on comprend que Bruno Ganz est un acteur multiple. On voit les nuances de l'ombre qu'il est capable de donner, on voit la palette du monstre qu'il convoque en lui.
"L'Agent double"
C'est ça pour moi Bruno Ganz et c'est ça qu'il a joué. Les types qui convoquent les vampires, les types qui hésitent entre le bien et le mal, les types sympas qui deviennent des meurtriers. Il aurait été parfait dans les histoires de John Le Carré, il aurait pu jouer tous ses espions, incarner George Smiley, le gardien de la nuit et d'autres, tous ces types insondables, invisibles, insaisissables comme semble l'être l'acteur lui-même. Mais moi, je voulais le saisir, je continue à rouler. De plus en plus mélancolique, prête maintenant pour David Bowie. La musique a commencé et j'ai repensé à tous ces films singuliers que Bruno Ganz a traversé, et en particulier à celui contemplatif, méditatif, libre, moderne d'Alain Tanner. Et c'est là, grâce à David Bowie donc, que j'ai compris.
"Black Star"
Pour moi, Bruno Ganz est une étoile noire, un type qui ne brille pas, un type des profondeurs, l'homme idéal pour jouer l'homme ordinaire, un homme de l'intérieur, grave sans gravité, avec ou sans qualités, un homme pour tous les espaces et pour tous les temps. Un homme dont mon père m'a fait remarquer l'autre soir qu'il n'était pas sans ressembler à Jacques Rivette, sur certaines images du cinéaste à qui appartenait une belle partie de Paris. Alors, cher Bruno Ganz, vous reliez pour moi les points d'une voûte céleste musicale et cinématographique éternelle et inspirante et je vous remercie."
Laetitia Masson, Blow Up, Arte

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Nosferatu, fantôme de la nuit (Nosferatu: Phantom der Nacht)

Publié le par Rosalie210

Werner Herzog (1979)

Nosferatu, fantôme de la nuit  (Nosferatu: Phantom der Nacht)
Nosferatu, fantôme de la nuit  (Nosferatu: Phantom der Nacht)
Nosferatu, fantôme de la nuit  (Nosferatu: Phantom der Nacht)

Comme Wim Wenders, Werner Herzog appartient à la génération du nouveau cinéma allemand des années 70. Comme ce dernier, il est hanté par la nécessité de combler l'immense vide laissé par la génération des parents. Comme il est impossible de partir de zéro (comme l'a si bien démontré Rossellini), ces réalisateurs se tournent naturellement vers la dernière génération d'allemands ayant accouché de grands cinéastes, celle des grands-parents pour reconstruire leur filiation ou bien ils se tournent vers de nouvelles familles d'adoption (Wenders fait les deux, un pied en Europe, l'autre aux USA).

C'est exactement dans cette démarche que se situe "Nosferatu, fantôme de la nuit". C'est un pont jeté entre le cinéma allemand du passé et celui du présent destiné à retricoter les fils d'une histoire brisée par l'entreprise d'anéantissement que fut le nazisme. Herzog est en effet très fidèle à l'original de Murnau, au point de reproduire certains plans avec une exactitude maniaque tout en étant capable de construire une vision profondément personnelle de cette oeuvre. On est frappé par l'extrême passivité des personnages qui subissent les assauts du mal sans pouvoir le contrecarrer comme s'ils étaient écrasés par le poids de la fatalité. Herzog a d'ailleurs modifié la fin. Loin d'être une délivrance, elle devient par son caractère cyclique un éternel recommencement faisant de Nosferatu un être immortel. Pour son plus grand malheur d'ailleurs. Nosferatu ne cesse de dire en effet que ne pouvoir mourir est cruel car son immortalité le condamne à subir à jamais le pire des tourments: la solitude, l'absence d'amour (le vide béant laissé par les ravages du nazisme). Klaus Kinski, remarquablement dirigé donne une interprétation introvertie toute de douceur et de douleur enfouie. Il ne désire pas d'ailleurs que Lucy, la femme de Jonathan, il désire l'amour fusionnel qui unit ce couple si bien qu'il ne fait pas de différence entre l'un et l'autre et les désire tous les deux (les scènes du substitut sexuel qu'est la morsure sont filmées exactement de la même façon). Bruno Ganz et Isabelle Adjani sont d'ailleurs parfaitement assortis et tous deux d'un romantisme enfiévré aux limites de la folie (qui renvoie à des interprétations antérieures: "La Marquise d'O" pour Ganz, "L'Histoire d'Adèle H" pour Adjani). Ce casting remarquable est complété par Roland Topor dans le rôle de Renfield qui s'intègre très bien dans un film qui se situe aux confins du surréalisme.

Herzog adapte brillamment l'expressionnisme à la couleur et au son. Visuellement, le film, tourné en décors réels, est profondément pictural. Tantôt on est chez Brueghel (l'orgie de la ville détruite par la peste), tantôt chez les romantiques allemands comme Caspar David Friedrich. Les visages eux-mêmes ont un caractère iconique. L'atmosphère est brumeuse, fantomatique et elle contraste avec les passions exacerbées qui s'emparent des personnages. Et la musique de Popol Vuh et de Wagner joue un grand rôle dans la construction de cette atmosphère, compensant largement ce que le film peut perdre d'onirisme visuel par rapport à l'œuvre de Murnau.

Au final, Herzog nous livre une vision poétique et romantique extrêmement forte et personnelle qui parvient à se hisser au niveau de l'original. Mission accomplie.

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l'Ami américain (Der Amerikanische Freund)

Publié le par Rosalie210

Wim Wenders (1977)

l'Ami américain (Der Amerikanische Freund)

La majorité des critiques français qui se sont exprimés sur "L'Ami américain" ont souligné son caractère morbide, inscrit dans les décors, l'atmosphère et la trajectoire de son personnage principal dont on apprend dès le début qu'il est condamné. Certains critiques plus finauds ont souligné à quel point il était inclassable, à mi chemin entre le film noir américain et le film d'auteur européen. Peu, très peu en revanche ont souligné que le film tout entier était parcouru de tensions contradictoires parfaitement gérées qui le rendent fascinant, surtout dans sa deuxième partie.Le morbide et le cafardeux se mêlent à des aspects comico-ludiques quelque peu régressifs (comme dans "Si Loin si proche!" qui a également un aspect néo-noir) même si le film est bien plus sombre que le titre du roman original de Patricia Highsmith dont il est adapté "Ripley s'amuse".

Le personnage principal de l'histoire, c'est Jonathan Zimmermann (joué par Bruno Ganz), un petit artisan de Hambourg sans histoire vivant modestement avec sa femme et son fils. Ce qui le détruit à petit feu, c'est justement d'être sans histoire. Alors va lui tomber dessus une histoire complètement invraisemblable "bigger than life" qui va peut-être (on ne le saura jamais vraiment) précipiter sa fin mais aussi lui permettre de vivre dangereusement, c'est à dire intensément ses derniers moments. Et dans le rôle du père noël/ange gardien/ange de la mort, "l'ami américain" alias Tom Ripley, alias Dennis Hopper, le symbole de la contre-culture US. Ce monstre de charisme est habillé et filmé de façon à encore amplifier son statut de mythe vivant.

La relation Zimmermann/Ripley, intime et complexe est faite d'attraction-répulsion. Zimmermann refuse de lui serrer la main pour ensuite mieux tomber dans ses bras pour ensuite mieux le fuir. Et Ripley est celui qui précipite Zimmermann dans un cauchemar éveillé à base de diagnostics médicaux truqués et de contrats criminels à remplir tout en intervenant pour le protéger. Le jeu outrancier de Dennis Hopper tire son personnage vers le burlesque, un genre qui occupe une place importante dès le début du film avec une allusion au "Mecano de la General" de Buster Keaton. Il faut dire que la séquence du train ou l'on voit le tueur amateur allemand et son doppelgänger américain multiplier les tours de passe-passe dans les toilettes pour éliminer un truand et son garde du corps est 100% jouissive (et le train est présent dans un autre livre de Patricia Highsmith adapté par Hitchcock pour le cinéma, "L'inconnu du Nord-Express"). Comme dans d'autres films de Wenders, les personnages fonctionnent en miroir l'un de l'autre. Ripley est pour Zimmermann "l'autre soi", ce soi inconnu sauvage, violent, fou que seule l'approche de la mort peut faire sortir du bois. La femme de Zimmermann (Lisa Kreuzer) est mise à l'écart par ce couple Eros-Thanatos qu'elle a bien du mal à briser.

Film sur le pouvoir du cinéma, "l'Ami américain" est rempli de références cinéphiles. Pas moins de sept réalisateurs y font des apparitions de Nicholas Ray à Samuel Fuller en passant par Jean Eustache dans les trois villes où se déroule le film (Hambourg, Paris et New-York).

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La Marquise d'O...

Publié le par Rosalie210

Eric Rohmer (1976)

La Marquise d'O...

Adaptation élégante et raffinée de la nouvelle d'Heinrich von Kleist, La marquise d'O qui obtint le prix spécial du jury à Cannes en 1975 est aussi un passionnant "conte moral/immoral" à multiples facettes. Tous les personnages s'y révèlent ambivalents, complexes à des années lumières de leurs comportements stéréotypés et de leurs cadres de référence manichéens. La marquise est une jeune veuve qui s'attache à donner d'elle une image maternelle et filiale de sainte éthérée. Mais son nom ambigu et les miroirs placés derrière elle révèlent une autre marquise tenaillée par des désirs inavouables. Et ce même si Rohmer attribue son inconscience durant le viol à un narcotique et non à un invraisemblable évanouissement. Même chose pour le comte qu’elle prend d’abord pour un ange (le sauveur tombé du ciel comme le suggère le plan où il apparaît) puis pour le diable (le violeur bestial). Ni l’un, ni l’autre il est tout simplement humain. Comme la marquise à qui il ressemble comme deux gouttes d’O, il est tiraillé entre sa morale chevaleresque et ses pulsions animales. Pour la marquise il est inconcevable que l’on puisse à la fois sauver une femme et abuser d’elle. C’est l’ambivalence de la nature humaine qu’elle doit assimiler afin de devenir pleinement femme. Ce qui redéfinit aussi les rapports à ses parents, des parents pas moins ambigus qu’elle derrière leurs attitudes outrancières. Le père a un comportement ouvertement incestueux et la mère a une manière particulièrement retorse de manipuler sa fille en prêchant le faux pour savoir le vrai. Symboliquement, le film commence lorsque l’ennemi russe (dont fait partie le comte qui est lieutenant-colonel) assiège, bombarde et pénètre la forteresse tenue par la père de la marquise. La guerre étant une métaphore bien connue du sexe, il est facile d’établir un rapport avec la fille du commandant qui est aussitôt assaillie par cinq soudards russes prêts à lui faire subir les derniers outrages. Le film se termine d’ailleurs sur un intertitre ambigu « Dès lors toute une série de jeunes russes vit le jour à la suite du premier »…

Outre l’aspect très littéraire de cette adaptation, le film ressemble à un tableau vivant. La photographie, les décors et costumes, les attitudes des personnages s’inspirent de nombreuses références picturales : David (La marquise ressemble à Juliette Récamier, elle s’appelle d’ailleurs elle-même Julietta), Ingres, Delacroix, Le cauchemar de Johan Heinrich Füssli (pour la scène de « l’évanouissement » de la marquise) etc. Enfin Rohmer a fait appel à trois merveilleux comédiens de la prestigieuse Schaubühne (la comédie-française berlinoise) dirigée alors par Peter Stein : Bruno Ganz (le comte), Otto Sander (le frère de la marquise) et Edith Clever (la marquise). Les deux premiers deviendront célèbres sur le plan international 11 ans plus tard avec Les anges des Ailes du désir de Wim Wenders.

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