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Articles avec #fellini (federico) tag

Huit et demi (Otto e Mezzo)

Publié le par Rosalie210

Federico Fellini (1963)

Huit et demi (Otto e Mezzo)

"Huit et demi" est un monument du cinéma, un film matriciel (je l'ai découvert à travers "Brazil" (1985) dont le premier titre était "1984 et demi" et les films qui y font référence sont légion, de "Stardust Memories" (1980) à "Youth") (2015) mais il faut le dire aussi, un film assez difficile d'accès. Il épouse en effet le mouvement intérieur chaotique d'un créateur (que l'on devine être le double du réalisateur puisque le titre est une référence à sa filmographie alors constituée de 6 films et 3 "demis-films" soit 7 films 1/2 avant le tournage de celui-ci) en panne d'inspiration qui soigne sa crise existentielle dans une station thermale de luxe. Le problème, c'est qu'il ne parvient pas à y trouver le repos tant il est assailli de demandes diverses et variées de la part de son équipe au sujet de son prochain film sans parler de sa situation personnelle compliquée. La mise en scène plutôt frénétique et les travellings jouant sur l'arrière et l'avant-plan suggèrent particulièrement bien cette pression voire cette surenchère permanente autour d'un cerveau en surchauffe ce qui l'empêche de se poser et d'y voir clair: par exemple l'image de son épouse (Anouk AIMÉE) sur laquelle il tente de se concentrer afin de trouver une issue à sa crise conjugale est rapidement cachée derrière des visages lui aboyant diverses injonctions sur un rythme épuisant. On comprend la fatigue profonde qui habite Guido (Marcello MASTROIANNI qui après "La Dolce vita / La Douceur de vivre (1960) trouve un second rôle majeur dans sa carrière auprès de Federico FELLINI) symbolisée par ses yeux cernés. La musique, très expressive renforce d'une part la frénésie baroque qui habite l'oeuvre (par exemple avec "La danse du sabre" de Khatchatourian ou l'ouverture de l'opéra de Rossini "Le Barbier de Séville") mais a également un caractère ironique salutaire. En effet les passages mondains ou les fantasmes misogynes mis en scène comme des parades sont moqués soit avec une musique grandiloquente décalée ("La Chevauchée des Walkyries" de Wagner) soit implicitement comparés à un grand cirque. Encore que la scène de farandole de fin sur la piste avec tous les personnages de la vie de Guido acquiert un autre sens plus positif, relatif à l'enfance (comme dans le sublime et chaplinesque "La Strada") (1954). Tout au long du film, Guido aspire en effet à l'évasion et à l'élévation hors des contingences terrestres qui l'étouffent (la scène onirique introductive est programmatique du film) mais plutôt que d'opter vers un scénario extra-terrien chimérique à la Elon Musk, il finit par renouer le fil de sa propre vie et redécouvrir la joie qui en émane au travers de l'univers du cirque, art qui joue le même rôle salvateur que le théâtre chez Ingmar BERGMAN. Ces deux artistes ont d'ailleurs en commun d'être tiraillés par des forces contradictoires, d'un côté le plaisir et la bohème et de l'autre l'autorité religieuse castratrice (la scène de le prostituée fellinienne assimilée au diable par les curés). Il est d'ailleurs possible que cette farandole finale soit un hommage au réalisateur du "Le Septième sceau" (1957).

"Huit et demi" est ainsi bien plus qu'un simple méta-film, même si les critiques de cinéma portent aux nues ce type d'oeuvre que l'on peut juger nombriliste. Il s'agit surtout d'un film intimiste à la forme éblouissante, comparable à celle d'un ballet baroque et qui comme toutes les grandes oeuvres joue sur toute la gamme des émotions, du désespoir à la joie en reliant comme jamais enfance et création.

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La Strada

Publié le par Rosalie210

Federico Fellini (1954)

La Strada

"La Strada" est mon film préféré de Federico FELLINI. Il s'agit d'un film qui s'abreuve à la source même du cinéma. Celle des arts forains (le cirque) mais aussi du cinéma muet burlesque avec son personnage de femme-enfant saltimbanque innocente au visage lunaire incroyablement expressif (Giulietta MASINA) qui fait tant penser à celui du vagabond de Charles CHAPLIN. Cette matrice spectaculaire s'établit sur un fond social néoréaliste très âpre, courant d'où était issu Federico FELLINI (co-scénariste de Roberto ROSSELLINI notamment sur "Rome, ville ouverte" (1945) ce qui lui vaut d'être confondu avec lui dans une séquence de "Nous nous sommes tant aimés" (1974) de Ettore SCOLA qui retrace l'histoire du cinéma italien dans la seconde moitié du XX° siècle). Enfin, le film comporte une importante dimension religieuse et morale. Le personnage de Gelsomina ressemble à Jésus en ce qu'elle se sacrifie pour que Zampano (Anthony QUINN), la brute épaisse qui fait office de compagnon/maître/bourreau soit sauvé. La fin de "la Strada" a des points communs avec celle de "La Dolce vita / La Douceur de vivre" (1960) qui fait également surgir le spirituel dans la trivialité: le personnage masculin principal, prisonnier d'un enfer qui s'est mis en scène tout au long du film au travers d'un numéro répétitif aliénant (les chaînes) arrive à une sorte de terminus figuré par une plage. Il se retrouve alors face à lui-même dans une épreuve de vérité. Dans "La Strada" il observe le ciel et se laisse toucher par la grâce. Dans "La dolce vita" il contemple un monstre marin et il la refuse, tournant le dos à la jeune fille au visage d'ange qui voulait le sauver. Dans "La Strada", un troisième personnage joue un rôle important, le Fou (Richard BASEHART), un funambule musicien et poète tout aussi pur et enfantin que Gelsomina et tout aussi fragile qu'elle. Leur rencontre prouve à Gelsomina que la grâce divine existe dans le monde mais leur destin est de finir broyé entre les pattes de la brute Zampano pour que celui-ci qui fuit toute forme d'intimité (à commencer par lui-même) puisse commencer à entrevoir la lumière.

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Nous nous sommes tant aimés (C'eravamo tanto amati)

Publié le par Rosalie210

Ettore Scola (1974)

Nous nous sommes tant aimés (C'eravamo tanto amati)

Trois hommes, Antonio un prolétaire (Nino MANFREDI), Gianni un bourgeois (Vittorio GASSMAN) et Nicola un intellectuel (Stefano SATTA FLORES) amoureux de la même femme, Luciana (Stefania SANDRELLI) traversent trente années d'histoire de l'Italie, de la fin de la seconde guerre mondiale jusqu'à l'époque du tournage du film au début des années 70. Leur amitié forgée au sein de la Résistance ne résiste pas au rouleau compresseur de la réalité. Leurs idéaux subissent le même sort, résumé dans cette remarquable phrase-bilan pleine d'amertume "nous voulions changer le monde et c'est le monde qui nous a changé". Ettore SCOLA entremêle destins individuels et histoire collective dans ce qui est l'un de ses plus beaux films, travaillé plus que jamais par le passage du temps. Car il y ajoute un troisième ingrédient fondamental qui soude l'individuel et le collectif: le cinéma italien dont il retrace également l'évolution sur trente années autour de quelques jalons essentiels et sous diverses formes. "Le Voleur de bicyclette" (1948) de Vittorio DE SICA est présent en filigrane tout au long du film parce qu'il résume le parcours des trois hommes. Unis par une même cause au début du film, ils se retrouvent séparés par une infranchissable barrière sociale (et morale) à la fin. De même, lorsqu'il voit enfin en chair et en os 1974 Vittorio DE SICA, l'idole pour lequel il a sacrifié son confort matériel et sa vie personnelle, Nicola subit une terrible désillusion et refuse finalement de le rencontrer. Celle-ci se réfère au fait qu'après avoir été porté aux nues pour sa contribution à la naissance du néoréalisme (décrié par la bourgeoisie), Vittorio DE SICA a été accusé de faire du cinéma commercial et bourgeois à partir des années 60, donc d'avoir trahi ses idéaux. Il est d'ailleurs décédé avant la sortie du film qui lui est dédié (un symbole de la fin de l'âge d'or de ce cinéma?) De manière plus ludique, la reconstitution de la scène de la fontaine de Trevi de "La Dolce vita / La Douceur de vivre" (1960) qui est étroitement insérée dans l'histoire des protagonistes du film puisque Luciana y fait de la figuration (elle n'aura jamais mieux et sa place dans le film symbolise son échec professionnel) est un régal pour le cinéphile car on y voit Federico FELLINI et Marcello MASTROIANNI dans un exercice d'autodérision assez jouissif (le premier est confondu avec Roberto ROSSELLINI, le second tente d'échapper à son étiquette de "latin lover" en portant des lunettes noires ^^). Enfin, Michelangelo ANTONIONI est étroitement lié à l'histoire d'Elide (Giovanna RALLI), la femme bourgeoise de Gianni épousée par intérêt qui se reconnaît dans le personnage joué par Monica VITTI dans "L Éclipse" (1962). Ridicule au début du film, Elide devient de plus en plus émouvante au fur et à mesure que ses efforts pour être à la hauteur des attentes de son mari (sur le plan physique et intellectuel) se heurtent à une froide indifférence et une absence de communication symbolisée par les cadres vides qu'elle accroche au mur.

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