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Articles avec #polanski (roman) tag

Rosemary's Baby

Publié le par Rosalie210

Roman Polanski (1968)

Rosemary's Baby

On pourrait longtemps méditer avec un tel film sur le fait que l'on échappe pas à ses démons où que l'on aille, que la prétendue rationalité de l'homme moderne n'est qu'une pellicule qui dissimule les instincts les plus barbares ou bien que la vieille Europe et ses croyances les plus archaïques se sont exportées jusqu'au coeur du Manhattan le plus futuriste. Bref "Rosemary's Baby" qui appartient à la trilogie des appartements maléfiques de Roman POLANSKI (entre "Répulsion" (1965) et "Le Locataire") (1976) est tout simplement une allégorie de l'enfer. Son succès se situe au croisement des tourments personnels et récurrents du réalisateur et de ceux de l'Amérique qui connaît à partir de la fin des années 60 une vague de désenchantement et de paranoïa dont le cinéma se fait l'écho. On y voit une jeune femme d'apparence tout à fait équilibrée, Rosemary (Mia FARROW) basculer dans un monde parallèle cauchemardesque à partir de ce qui semble être la prise d'une drogue administrée par ses voisins dont les attentions se transforment rapidement en intrusion puis en possession, le tout avec la complicité d'un mari dont tout indique qu'il a vendu son âme au diable (John CASSAVETES). Bien entendu, l'ambiguïté sur la nature du mal qui ronge Rosemary reste entière tout au long du film: est-elle victime d'un complot organisé par une obscure secte sataniste qui veut s'emparer de son enfant pour ses rituels sanglants ou bien rejette-elle tout simplement son bébé à naître? Quelle que soit la réponse, il est frappant de constater combien la mise en scène distille l'angoisse et suggère un paranormal ancestral tout en établissant un parallèle éclairant avec les démons contemporains des USA. Les potions de sorciers du Moyen-Age renvoient aux drogues hallucinogènes qui faisaient alors fureur, l'attitude de Guy qui se dit athée (alors que Rosemary fait figure de madone catholique) renvoie au démon de la réussite (ou comment devenir un winner en signant un pacte méphistophélique), les satanistes peuvent renvoyer aux communistes mais ils font surtout penser aux nazis qui ont été généreusement accueillis sur le sol américain dans l'après-guerre et se sont joint à leurs copains du Ku Klux Klan, eux aussi amateurs de paganisme identitaire et de rituels sanglants aux relents parfois occultes.

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Chinatown

Publié le par Rosalie210

Roman Polanski (1974)

Chinatown

"Chinatown" n'est pas seulement un film noir rétro réussi. Sinon, aussi bien fait soit-il, ce serait juste un exercice de style brillant mais un peu vain. Non, "Chinatown" emprunte tous ses codes à l'âge d'or du film noir hollywoodien des années quarante mais il s'agit d'un film des années soixante-dix. On le perçoit notamment à son pessimisme radical. Comme les films de Arthur PENN qui lui sont contemporains, le message de "Chinatown", est celui de la contestation sans espoir d'un ordre politique et social oppresseur, symbolisée par le corps supplicié du personnage interprété par Faye DUNAWAY. En dépit des apparences, Evelyn est beaucoup plus proche de Bonnie Parker que des femmes fatales des années quarante. Son train de vie bourgeois dissimule qu'il s'agit d'une victime du patriarcat sous sa forme la plus abjecte* qui cherche une issue mais qui contrairement à Bonnie n'ira pas plus loin que le coin de la rue comme si elle vivait dans une cage invisible**. Par ailleurs et de façon similaire à "Bonnie and Clyde" (1967), "Chinatown" offre le portrait d'un anti-héros. Certes, Jake Gittes (Jack NICHOLSON) n'est pas un hors la loi. Mais il est incontestablement une figure de loser dont l'impuissance se voit comme le nez au milieu de la figure ^^. Sa mutilation par la pègre est en effet un symbole de castration. C'est un cowboy solitaire dont la quête de vérité dans un monde corrompu jusqu'à la moëlle ne peut aboutir qu'à un échec au goût particulièrement amer. Enfin on ne peut parler de "Chinatown" sans évoquer la figure tutélaire de John HUSTON. Comme Faye DUNAWAY, sa présence fait sens car il est l'un des grands réalisateurs de l'âge d'or du film noir hollywoodien ("Le Faucon maltais" (1941) est le film qui a fait accéder Humphrey BOGART à la célébrité et a contribué à fixer l'archétype du détective privé au cinéma). Son rôle de parrain cinématographique est déplacé dans le film sur le terrain mafieux, son personnage au patronyme biblique évocateur (Noah Cross) se référant au fait qu'il contrôle l'eau et donc tient la ville et sa région en son pouvoir.

* Bien qu'elle ne soit pas physiquement cloîtrée, le fait est que Evelyn est prisonnière de son père qui a pris possession d'elle et de leur progéniture exactement à la manière de Joseph et Elisabeth Fritzl (affaire romancée par Regis Jauffret dans "Claustria" sorti en 2012). L'enfermement est une thématique récurrente des films de Roman POLANSKI et il est dans "Chinatown" particulièrement subtil puisque les murs de la prison qui retiennent Evelyn et sa fille Katherine relèvent de l'emprise mentale avant de se matérialiser physiquement.

** Le titre qui fait référence au quartier chinois de Los Angeles suggère le poids de la pègre qui gangrène la ville tout en faisant scintiller un exotisme illusoire aux yeux de personnages qui ne peuvent s'en échapper.

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The Ghost Writer

Publié le par Rosalie210

Roman Polanski (2010)

The Ghost Writer

"The Ghost Writer" est un excellent thriller politique et d'espionnage adapté du roman de Robert Harris "L'homme de l'ombre" qui de façon assez transparente charge la barque de l'ancien premier ministre britannique Tony Blair. Celui-ci est accusé d'avoir fait du Royaume-Uni un vassal des USA dans la GWOT (global war on terrorism). Non seulement, c'est de notoriété publique, il a aligné la politique étrangère du Royaume-Uni sur celle de G.W Bush en Irak mais il a permis en retour des ingérences des services secrets américains dans les affaires intérieures du Royaume-Uni. Robert Harris l'accuse également d'avoir commis les mêmes crimes de guerre que les américains en commanditant des actes de torture sur des prisonniers au Moyen-Orient. Bien entendu Tony Blair n'apparaît pas sous son vrai nom et son destin dans le film est plus funeste que dans la réalité mais le modèle est clair et Pierce BROSNAN est très convaincant dans le rôle. Face à ce scandale, le "nègre" chargé d'écrire l'autobiographie "arrangée" de l'ancien ministre s'émancipe pour devenir journaliste d'investigation et rechercher la vérité. La mise en scène de Roman POLANSKI, rigoureuse et haletante de bout en bout fait merveille avec de nombreux morceaux de bravoure (l'enquête à partir du GPS, la course-poursuite à bord du Ferry, la visite de l'île etc.) Mieux encore, le cinéaste ne se contente pas de mettre son savoir-faire au service du roman, il y injecte son style et sa personnalité. On reconnaît donc des leitmotive communs avec d'autres films, principalement "Chinatown" (1974) notamment pour la scène finale (extraordinaire composition du cadre avec la longue diagonale d'où surgit la menace, la collision hors-champ remplacée par le surgissement des feuilles s'éparpillant en tourbillon, une métonymie qui décuple la puissance de la scène) et "Le Locataire" (1976) pour le fantôme du premier "nègre" décédé dont les traces de la présence dont nombreuses (le parcours du GPS mais aussi les affaires dans l'armoire et le dossier secret) qui finit par posséder son successeur. On trouve aussi des soupçons de "Cul-de-sac" (1966) et de "Frantic" (1988): un huis-clos sur une île, une résidence bunkérisée, un homme seul dans un univers hostile, quelques touches de méchanceté avec des dialogues incisifs ("Il m'a appelé mon gars!", "Il dit cela quand il ne se souviens pas du nom"; "Vous avez rédigé son intervention, cela fait de vous notre complice" etc.)

Néanmoins et en dépit de toutes ses qualités il manque quelque chose à ce film pour que je considère qu'il fasse partie des chefs-d'oeuvre de Roman POLANSKI: de l'humanité. L'homme sans nom joué par Ewan McGREGOR est parfaitement ectoplasmique. C'est voulu évidemment, cela va avec son rôle de "ghost" et cela lui donne un côté Tintin qui ne manque pas de pertinence. Le problème c'est que face à un personnage aussi lisse, il en faut d'autres qui soient hauts en couleur pour relever la sauce. Or ce n'est pas le cas. Ceux qui l'environnent sont aussi sinistres et sans âme que les murs gris de la maison-bunker dans laquelle ils se retranchent et la lande aride qui les entourent. Ils se réduisent en effet à leurs fonctions de politiciens corrompus ou d'agents secrets criminels. L'effet obtenu est donc inhumain ce qui n'est pas le cas de "Chinatown" (1974) avec ses accents tragiques ou des thrillers hitchcockiens, fondés sur les sentiments humains et les dysfonctionnements de la psyché.

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Cul-de-sac

Publié le par Rosalie210

Roman Polanski (1966)

Cul-de-sac

Après Catherine DENEUVE dans "Répulsion" (1965), Roman POLANSKI a choisi de tourner son troisième film avec sa soeur Françoise DORLÉAC et une partie de l'équipe de "Répulsion" (1965) (même chef opérateur Gilbert TAYLOR, même scénariste Gérard BRACH, même compositeur Krzysztof KOMEDA). Le résultat est par conséquent tout aussi atypique et fascinant. Le thriller à huis-clos est transposé dans un décor naturel grandiose, un château sur la presqu'île de Lindisfarne en Angleterre qui à marée haute se coupe du monde. Quant à l'ambiance, elle n'est pas horrifique comme dans "Répulsion" (1965) mais elle baigne plutôt dans l'humour noir. Personnages improbables et situations absurdes font furieusement penser au "En attendant Godot" de Samuel Beckett. Une référence qui était explicitement assumée dans le premier titre du film "Si Katelbach arrive". Quant aux jeux de rôles sadomasochistes auxquels se livrent les trois personnages principaux issus de classes sociales différentes, ils font penser à du Harold Pinter, dramaturge mais également scénariste, notamment du film "The Servant" (1962) qui explorait une relation dans laquelle les rapports entre le maître et le serviteur s'inversaient. C'est aussi un peu le cas ici mais en mode grotesque. George (Donald PLEASENCE), le propriétaire du château et époux de la très belle, très jeune (et aussi très dénudée) Térésa (Françoise DORLÉAC) est cocu, beaucoup plus âgé, bigleux, chauve, couard, bête et efféminé. Il ressemble à une poupée de chiffons que Térésa s'amuse d'ailleurs à travestir. Elle-même est une allumeuse qui passe son temps à "pêcher" la crevette ou plutôt les apollons des environs et à se moquer ouvertement de son mari (qu'elle a sûrement épousé pour son fric même si cela n'est pas ouvertement dit). Voilà que débarque au beau milieu de ce couple déjà mal apparié un gangster en cavale rustre et patibulaire (Lionel STANDER qui apparemment se comportait aussi mal avec l'équipe qu'avec les personnages dans le film) qui prend ses aises dans le château comme s'il en était le maître. Très misogyne, il méprise voire humilie Térésa (qu'il a vu en pleine action avec un de ses amants), surtout quand elle essaye de prendre le dessus sur lui. Mais son souffre-douleur préféré est bien entendu George même si devant les invités, chacun fait semblant de reprendre la place sociale qui lui revient. Invités qui d'ailleurs sont plutôt des pique-assiette flanqués d'un petit garçon particulièrement insupportable. C'est avec ce film que j'ai réalisé la disposition à la méchanceté du cinéma de Roman POLANSKI que l'on retrouve par exemple dans l'ultra-théâtral "Carnage" (2011).

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J'accuse

Publié le par Rosalie210

Roman Polanski (2019)

J'accuse

Un homme seul en proie à l'hostilité générale pendant les 3/4 du film. Une ambiance de plus en plus pesante au fur et à mesure que la distorsion entre la vérité des faits et le mensonge d'Etat (ou plus exactement le mensonge de l'armée couvert par l'Etat) devient plus manifeste. Des plans anxiogènes sur des rues ou des places désertes filmées en diagonale où l'on craint ce qui peut surgir depuis le fond du cadre. Des autodafés de livres, des vitres de magasins juifs brisées. L'enfermement, encore et toujours quand les fenêtres refusent obstinément de s'ouvrir et quand des policiers en civil guettent au pied de l'immeuble l'homme traqué qui se terre derrière elles. L'espace qui se réduit, le piège qui se referme. Bref, la signature de Roman POLANSKI est partout dans ce film remarquable qui est moins une reconstitution historique qu'un thriller d'espionnage centré sur un personnage clé mais méconnu de l'affaire Dreyfus: le lieutenant-colonel Picquart (Jean DUJARDIN qui habite à merveille le rôle ce qui ne m'a guère surpris). Le film raconte comment alors qu'il avait été promu chef du service de contre-espionnage son enquête impartiale et minutieuse lui permit de découvrir rapidement l'identité du vrai coupable. Mais elle conduisit fatalement à arracher le masque des cadres de l'armée qui sous une surface honorable se comportaient en mafiosi prêts à tout pour étouffer la vérité. Parce qu'il refusa de jouer leur jeu ou plutôt comme il le dit dans l'un des rares moments où il se laissa aller au rire grinçant, leur énorme farce, il dérangea et devint donc l'homme à abattre. Il finit d'ailleurs par partager le sort d'Alfred Dreyfus (Louis GARREL) lorsqu'il fut arrêté et incarcéré pour avoir fabriqué soi-disant une fausse preuve contre Esterhazy (qui était authentique) alors que le lieutenant-colonel Henry (Grégory GADEBOIS) en fabriquait lui une de toutes pièces pour accabler Dreyfus*. L'ironie suprême de l'histoire, c'est que le lieutenant-colonel Picquart, en homme de son temps croyait aux valeurs de l'armée et partageait donc leur antisémitisme lequel infusait d'ailleurs dans toute la société française et la majorité des médias. En revanche, il ne partageait pas leurs penchants pour les compromissions et c'est ce qui finit par le faire tomber dans le camp des dreyfusards, lesquels n'apparaissent que dans la dernière partie du film avec à leur tête Georges Clémenceau (alors directeur du journal "l'Aurore" dans lequel paraît la tribune "J'accuse") et Emile Zola, écrivain si assoiffé de justice et de vérité qu'il en fera les titres de deux de ses quatre évangiles ("Vérité" raconte d'ailleurs l'affaire Dreyfus de façon à peine voilée). Roman POLANSKI souligne particulièrement l'injustice faite à ces hommes avec les condamnations de Dreyfus, Picquart puis Zola, il montre également le lien entre le mensonge institutionnel et en toile de fond la pression populaire et médiatique même si c'est la solitude de l'homme présumé coupable qui domine le film.

* La distribution convoque pas moins de huit sociétaires de la Comédie française! Par ailleurs l'histoire de la vraie preuve que l'on fait passer pour fausse et des faux documents fabriqués pour être présentés comme de vraies preuves renvoient à la réflexion de George Orwell dans "1984", aux négationnistes, faussaires de l'histoire et aujourd'hui aux fake news et autres "faits alternatifs".

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Oliver Twist

Publié le par Rosalie210

Roman Polanski (2005)

Oliver Twist

"Oliver Twist" est une sorte de suite officieuse du "Pianiste". Les points communs entre les deux films (qui se suivent dans la filmographie de Polanski) sont nombreux: adaptation d'une oeuvre littéraire, reconstitution historique, personnage de victime passive, ballottée par les événements et sauvée par un don naturel dans lequel Polanski a mis beaucoup de lui-même. Comme Oliver, Polanski est un ancien enfant rescapé de l'horreur. Et comme Szpilmann, son talent artistique l'a sauvé. S'y ajoute également une crudité dans la violence qui était absente du film de David Lean, plus onirique (même si Polanski choisit lui aussi de ne pas montrer le meurtre de Nancy). Enfin, le sauvetage s'accompagne d'un sentiment de perte et de la mélancolie qui l'accompagne. Dans le "Pianiste", Szpilmann se retrouve orphelin et ne peut remercier son bienfaiteur qui meurt prisonnier des russes. Dans "Oliver Twist" il n'y a pas le happy-end qu'il y avait chez Lean car le bonheur d'Oliver chez M. Brownlow est terni par l'exécution de Fagin qu'il considère également comme son bienfaiteur. Les liens d'affection avec ce dernier sont beaucoup plus mis en valeur que chez David Lean ce qui explique cette fin douce-amère. L'ambiguïté de la relation entre le bourreau et sa victime caractéristique du cinéma de Polanski se retrouve donc même dans un film dit "pour enfants". On peut d'ailleurs souligner que Polanski a enlevé tout ce qui a trait à la famille biologique d'Oliver. Sa mère n'apparaît pas de même que son demi-frère Monks. Ce déracinement est pour beaucoup dans l'impression que le destin d'Oliver se joue sur du hasard et de la chance bien plus que sur une quête des origines.

L'adaptation de Polanski est donc beaucoup plus personnelle qu'on ne l'a dit. Il a créé un Oliver qui lui ressemble. Le "Pianiste" avait été taxé à sa sortie d'académique avant que la Palme d'or et le succès du film n'en révèlent l'originalité. Même si "Oliver Twist" est moins réussi que le "Pianiste". D'abord parce que c'est la énième adaptation du chef-d'oeuvre de Dickens et qu'il y a quand même un air de déjà-vu. Ensuite la reconstitution trop léchée tue un peu l'émotion. A moins que ce ne soit le jeu de Barney Clark (Oliver) que je ne trouve pas très convaincant. Néanmoins il s'inscrit parfaitement dans l'oeuvre de Polanski et à ce titre il vaut le détour.

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Répulsion (Repulsion)

Publié le par Rosalie210

Roman Polanski (1965)

Répulsion (Repulsion)

De la trilogie des appartements de Polanski (Répulsion, Rosemary's Baby et Le Locataire) c'est Répulsion que je préfère. Ce n'est ni un brouillon comme l'affirme son réalisateur (les créateurs ne sont pas toujours lucides sur leur propre œuvre) ni un film de genre horrifique. C'est un chef-d'oeuvre. Tout est réussi dans ce film: le choix de Catherine DENEUVE dont le pouvoir d'attraction n'est plus à démontrer et qui remarquablement dirigée fait une composition étonnante, la lumière en clair-obscur et les décors de plus en plus distordus, les trucages artisanaux qui font penser à Cocteau, la mise en scène (tant visuelle que sonore), le montage.

Le film offre deux points de vue. Externe et interne.

Le point de vue externe est celui des personnages qui gravitent autour de Carol. On peut y ajouter une partie des critiques du film. Aucun ne manifeste la moindre empathie vis à vis de Carol. Helen, la sœur antinomique de Carol est dans le déni (sa sœur est juste "trop sensible"), son amant, un macho grossier se rend compte qu'elle ne va pas bien mais la traite avec mépris ("elle devrait voir un docteur"), son "amoureux" la harcèle tout en n'utilisant avec elle qu'un registre badin stéréotypé qui sonne horriblement faux, ses collègues pensent qu'elle a juste besoin de se changer les idées etc. Quant aux critiques, ils posent un diagnostic de frigidité et de schizophrénie bien pratique pour éviter de creuser un peu la question et y découvrir des vérités qui dérangent.

Le point de vue interne est celui de Carol. Le film s'ouvre et se clôt sur un gros plan de son œil, comme une plongée dans les abysses de son être. On pense forcément au générique de Vertigo (bien qu'il y ait aussi des analogies avec Psychose et Pas de printemps pour Marnie du même réalisateur). Carol qui est belge apparaît comme un être désemparé dont la solitude et l'isolement dans une ville étrangère et hostile (Londres) sont sans cesse soulignés. Ce motif est récurrent dans toute l'œuvre de Polanski et fait écho à l'enfermement en soi-même que symbolise le huis-clos, ici sous la forme d'un appartement qui devient la métaphore de l'organisme de Carol. Celui-ci est en voie de désagrégation mentale (le symbole le plus éprouvant est le lapin en décomposition mais les fissures dans les murs et les légumes flétris ont la même signification). La cause de cette désagrégation est l'impossibilité de se protéger face aux intrusions extérieures. Quelles que soit les tentatives de Carol pour se bunkériser et se couper du monde l'appartement est sans cesse soit dans l'imaginaire halluciné de Carol soit dans la réalité, forcé, pénétré, agressé (la porte défoncée par Colin, le violeur qui entre dans la chambre en dépit des obstacles, le propriétaire qui s'invite, l'épouse de Michael qui insulte Carol au téléphone en la prenant pour sa sœur, les mains masculines qui sortent des murs). Les meurtres de Carol ne sont que des réactions défensives devant les agressions masculines. Sa folie est sa seule échappatoire. La photo d'enfance sur lequel se termine le film n'est pas là par hasard, elle montre que le traumatisme est ancien et a commencé dans le cadre familial. On y voit la sœur visiblement heureuse et choyée, intégrée dans la famille et Carol en retrait regardant déjà ailleurs.

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Le bal des vampires (The Fearless Vampire Killers)

Publié le par Rosalie210

Roman Polanski (1967)

Le bal des vampires (The Fearless Vampire Killers)

Honnêtement, je trouve que ce film culte de ma jeunesse a un peu vieilli et qu'il manque de rythme, surtout au début. Le mythe du vampire a été depuis bien dépoussiéré et réactualisé. Mais il faut reconnaître à Polanski le mérite d'avoir été le premier à mélanger avec réussite le fantastique et le burlesque. Le fantastique car le film se situe dans un univers réaliste d'où surgissent des événements surnaturels. Et le burlesque à cause de son duo comique composé d'un savant illuminé sosie d'Einstein et de son assistant Alfred, homme-enfant timide et extrêmement maladroit (joué par Roman Polanski lui-même). À ce duo comique répond un autre duo, parodique, celui du comte von Krolock (dont le nom peut se lire comme "crocs vissés") écho du comte "Nosferatu" Orlok de Murnau, sosie de Christopher Lee dans les Dracula de la Hammer et son serviteur bossu aux dents plantées de travers Koukol (cou/col). Les sources de comique sont nombreuses et issues de la veine slapstick: coups de pied, chutes, vitesse accélérée, détournements d'objets (un cercueil devient une luge, deux épées un crucifix, un saucisson un bâton etc.) sans parler de quelques traits d'humour bien sentis se moquant du folklore vampirique et de ses sous-entendus (l'aubergiste juif qui n'a pas peur du crucifix, le vampire homosexuel qui tente de "draguer" Alfred au sens propre...)

Mais si le film a un côté bouffon, il n'est pas léger pour autant car sur le fond il est extrêmement noir. La sexualité est par exemple montrée sous son angle le plus mortifère, ainsi la scène du bain de Sarah (la flamboyante Sharon Tate qui devait mourir assassinée deux ans plus tard dans des circonstances atroces) fait penser à Psychose avec ses pulsions voyeuristes et meurtrières teintées d'impuissance. De même l'aubergiste finit dans une tombe avec le cadavre de son employée qu'il a vampirisée jusqu'à la moelle. Et quand le professeur quitte le château, loin d'avoir éradiqué le mal, il l'emporte avec lui ce qui mondialise la contamination. L'enfer est pavé de bonnes intentions.

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Le Pianiste (The Pianist)

Publié le par Rosalie210

Roman Polanski (2002)

Le Pianiste (The Pianist)

Si la liste de Schindler est le grand film de la réconciliation entre juifs et allemands Le pianiste est celui de la réconciliation entre polonais catholiques et juifs. Le film est l'adaptation du roman autobiographique de Władysław Szpilman un pianiste célèbre en Pologne rescapé du ghetto de Varsovie. Ecrit en 1946, son roman fut censuré par les autorités pro-soviétiques durant un demi-siècle. Il contient également de nombreux éléments autobiographiques de l'enfance de Roman Polanski lui-même rescapé du ghetto de Cracovie. Polanski avait d'ailleurs été pressenti pour la Liste de Schindler mais il avait refusé car le film était trop proche de son vécu.

Le pianiste est bien plus qu'une remarquable reconstitution historique. C'est un film vivant, sensible qui nous fait ressentir de l'intérieur ce qu'a été la Shoah. Les conditions inhumaines de la vie dans le ghetto, l'impression de piège se refermant sur ses victimes, la brutalité sans nom des allemands et le vide abyssal laissé par la déportation à l'aide de plans montrant des rues et des places jonchées d'objets laissés à l'abandon.

Il donne également des clés pour comprendre l'oeuvre de Polanski, son goût pour le huis-clos par exemple. Szpilman passe en effet l'essentiel de la guerre enfermé: dans le ghetto de Varsovie tout d'abord puis dans les différents appartements où ses amis polonais le cachent puis dans un grenier où il reçoit l'aide d'un officier allemand repenti, Wilm Hosenfeld. A cette sensation physique de claustrophobie se rajoute la déshumanisation progressive de l'individu, privé peu à peu de tous ses proches puis de tout contact humain. La folie guette comme dans d'autres oeuvres du cinéaste mais Szpilman garde une raison de vivre: son art.

Szpilman et Polanski sont des survivants et des artistes. Et ce dernier montre durant tout le film à quel point l'art permet de survivre dans les conditions les plus inhumaines. Même privé de son piano et réduit à l'état de loque humaine, errant dans les ruines de Varsovie à la recherche de nourriture, Szpilman continue à entendre la musique dans sa tête et à jouer avec ses mains sur un clavier imaginaire. Aussi animalisé qu'il soit, il reste supérieur à ses bourreaux qui ont jeté aux orties tout ce qu'ils avaient d'humains et de civilisé. Pour le plus grand malheur de l'Europe qui depuis à bien du mal à s'en remettre...

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