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Articles avec #frears (stephen) tag

Tamara Drewe

Publié le par Rosalie210

Stephen Frears (2009)

Tamara Drewe

Mais que peut-il bien se passer lorsqu'une bombe sexuelle revient dans son village natal et tombe sur une bande de frustrés? Non ce n'est pas un scénario champêtre de "Supergrave" (2007) bien qu'ils ne pensent tous qu'à "ça". Sauf que, convenances british oblige, les pensionnaires et hôtes du cottage de "Far from the madding crowd" (nom tiré du roman de Thomas Hardy jouant sur l'idée d'une paisible retraite rurale dédiée à la création littéraire et allusion au roman graphique de Posy Simmonds dont le film est l'adaptation qui s'inspire lui-même du roman du célèbre écrivain) ne sont pas du genre à mettre cartes sur table. Mais plutôt à faire croire que la seule motivation qui les anime c'est la création, a cup of tea et les gâteaux de leur hôtesse, Beth (Tamsin GREIG) qui est comme il se doit un cordon bleu. C'est donc un festival de "médisances, fourberies, tromperies et cie" façon vaudeville satirique avec une galerie de personnages dont certains sont savoureux. En tête de liste, je mettrai l'époux de Beth, Nicholas (surnommé "Nico-nnard") Hardiment (Roger ALLAM), propriétaire du cottage et écrivain de romans policiers à succès imbu de sa personne (pourtant peu attrayante) et gagné par le démon de midi lequel finit par prendre le visage de la sexy Tamara (Gemma ARTERTON), ex-vilain petit canard changé en cygne depuis qu'elle s'est fait refaire le nez à Londres. Un petit détail qui lui vaut les surnoms peu flatteurs de "plastique" et "Cyrano" auprès de la petite peste qu'est Jody (Jessica BARDEN), lycéenne désoeuvrée qui passe son temps avec sa copine à lire les magazines people, médire, espionner et semer la zizanie. Elle aussi a le feu aux fesses mais l'objet de son désir se trouve être le type qui sort avec Tamara, le musicien Ben (Dominic COOPER) de passage dans la région avec son groupe. Enfin il y a les losers en quête de revanche amoureux de Beth ou de Tamara observant en retrait cet étalage de libido, le bedonnant et dégarni écrivain Glen (Bill CAMP) qui souffre d'une panne d'inspiration et le larbin bellâtre Andy (Luke EVANS).

J'en suis à mon troisième visionnage en 10 ans de ce film irrésistiblement drôle, sorte de jeu de massacre jubilatoire égratignant entre autre le marketing littéraire et le monde des médias. Une version comique de "Loin de la foule déchaînée" de Thomas Hardy dans lequel une femme à la tête d'un domaine faisait tourner la tête à trois hommes d'âge et de condition différente (un autre propriétaire terrien, un valet et un soldat, ce dernier étant remplacé par la rock star dans le film de Stephen FREARS)

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My Beautiful Laundrette

Publié le par Rosalie210

Stephen Frears (1985)

My Beautiful Laundrette

"My Beautiful Laundrette" qui a révélé le talent de Stephen FREARS est une oeuvre modeste au départ, pensée pour la TV mais qui s'avère passionnante en ce qu'elle détricote toutes les formes de manichéisme et plus généralement de binarité dans une époque pourtant particulièrement clivante, celle les grandes grèves ouvrières de l'ère Thatcher. Et elle le fait d'une manière particulièrement originale. Les personnages ont tous plusieurs facettes et appartenances qui brouillent les barrières sociales. Mieux encore, on décolle du pur réalisme social que l'ancrage territorial dans une banlieue sinistre du sud de Londres semblait annoncer pour s'élever quelque peu sarcastiquement vers un mini-royaume kitsch de comédie musicale à la Jacques DEMY. La laverie automatique (laundry) pourrie que l'on rénove et que l'on transforme en mini-palace forme une bulle qui bien qu'éclatée sur la fin ne remet pas en cause une histoire d'alchimie et de réussite sociale décalée riche de métaphores autour du nettoyage (de la crasse sociale) et du blanchiment (de l'argent sale). Autour de la transparence aussi. Car cette entreprise est le fruit d'une union aussi improbable que riche d'enseignements entre un anglo-pakistanais ambitieux et un petit voyou facho. Omar (Gordon WARNECKE) est tiraillé entre un père intellectuel déchu et un oncle mafieux richissime. Il rejette les injonctions du premier (faire des études et se marier) pour se lancer dans les affaires, aidé par le second sans pour autant se laisser happer par les lois du clan. Il choisit au contraire un positionnement de rupture en s'alliant professionnellement mais aussi amoureusement avec son ancien camarade de classe qu'il ose aborder, tous arguments de séduction dehors en faisant fi de sa bande de skinheads pourtant ouvertement agressifs et racistes. Johnny (Daniel DAY-LEWIS) accepte le marché parce que au fond de lui-même il se sait différent et qu'il accepte de redevenir un individu au lieu de se fondre dans son groupe. Soit exactement ce que lui propose Omar. Tous deux osent donc sortir des logiques sociales et ethniques de groupe simplistes. L'origine pakistanaise de Omar est compensée par son capital culturel (qu'il doit à son père) et social (qu'il doit à son oncle) alors que Johnny qui appartient au groupe dominant WASP (white anglo-saxon protestant) ne possède ni l'un (comme le révèle son accent prolétaire cockney), ni l'autre (il est SDF) et doit se farcir les tâches subalternes à la laverie.

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The Program

Publié le par Rosalie210

Stephen Frears (2015)

The Program

Je ne me suis jamais vraiment intéressée au cyclisme mais comme mon père était un fan inconditionnel du tour de France au point de nous emmener régulièrement voir passer les coureurs, j'ai tout de même plus ou moins suivi les boucles des années quatre-vingts jusqu'à la fin de la première décennie des années 2000. Ce qui m'a le plus marqué à l'époque où Lance Armstrong enchaînait les victoires c'était le décalage abyssal entre d'un côté la ferveur populaire envers ce sport et les discours premier degré des présentateurs qui présentaient les champions comme des héros dépassant leurs limites et de l'autre la cinglante ironie des chroniques que je pouvais lire dans le journal "Libération" qui dépeignaient cette "épopée" comme une énorme mascarade. C'est d'ailleurs presque le mot employé dans le film de Stephen FREARS où l'on parle de farce. Car de fait, il y a bien longtemps que le tour de France offre un spectacle qui n'a plus grand-chose à voir avec le sport mais qui s'accorde bien en revanche avec les artifices des films de super-héros dont le public est friand. La preuve c'est qu'en dépit des scandales qui l'ont affecté, il reste increvable, continuant comme si de rien n'était.

L'angle choisi par Stephen FREARS a le tort selon moi de rester à la surface des choses, tant en ce qui concerne la personnalité énigmatique de Lance Armstrong que du système qui a fait de lui une machine à gagner. Il simplifie même beaucoup la réalité, par exemple en réduisant le combat de ceux qui souhaitaient faire éclater la vérité à celui d'un seul homme (le fait que Stephen FREARS se soit inspiré de son livre l'explique sans doute) ou en passant sous silence le fait que le dopage était tout aussi "institutionnalisé" chez les concurrents de Armstrong et que les seuls coureurs qui le refusaient étaient condamnés à la marginalité en queue de peloton et dans un angle mort médiatique (comme l'un d'entre eux l'a raconté). Frears n'a pas assez réfléchi à la société dans laquelle et pour laquelle ces spectacles sportifs ont été fabriqués ni au fait que l'omerta généralisée était comme toutes les omertas le fait d'une somme d'intérêts et de complicités. L'aspect mafieux du système sur lequel Lance Armstrong a régné en parrain tout comme ses efforts pour se construire une image positive avec des résultats inégaux (il était assez impopulaire auprès des français qui le trouvaient glacial) sont effleurés ou ignorés, dommage.

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Mary Reilly

Publié le par Rosalie210

Stephen Frears (1996)

Mary Reilly

Dans les années 90, il était à la mode de revisiter les grands mythes fantastiques sous un angle romantique. C'est ainsi qu'après le "Dracula" (1992) de Francis Ford COPPOLA, Stephen FREARS a proposé une nouvelle version de "L'étrange cas du docteur Jekyll et de M. Hyde" de Robert Louis Stevenson. En fait comme pour son chef d'oeuvre "Les Liaisons dangereuses" (1988), il a fait un pas de côté en adaptant non pas directement l'œuvre originale mais une variation écrite par Valérie Martin et qui a pour particularité d'adopter le point de vue de sa servante, Mary Reilly. Il a d'ailleurs repris une bonne partie de l'équipe des "Liaisons dangereuses" de Christopher HAMPTON pour le scénario à John MALKOVICH pour le rôle du docteur.

L'idée du film que certains trouvent trop retenu, trop en demi-teinte est justement de laisser entrevoir ou de passer par la métaphore en accord avec une époque et un lieu nimbé de brumes masquant des gouffres insondables. Ainsi Mary Reilly apparaît comme l'âme sœur du docteur Jekyll, la seule capable de le comprendre et de percer ses secrets, quitte à aller fouiller au fond des siens. Le décor sert admirablement le propos du film, Mary étant obligé à chaque fois qu'elle se rapproche de l'âme du docteur de passer par le labyrinthe complexe de son laboratoire, séparé du reste de la maison par une cour intérieure et qui symbolise la personnalité scindée de Jekyll/Hyde. Mary elle-même a selon ses propres dires une ombre en elle, celle que lui a laissé son père sadique et incestueux et qu'elle porte comme une croix (d'où son dos toujours un peu voûté et ses cicatrices). Derrière son apparence conforme aux attentes vis à vis des femmes de ce temps et de ce milieu (soumission, effacement, discrétion etc.) se cache une âme tourmentée, attirée comme un aimant par Hyde qu'elle désire autant que Jekyll se consume pour elle. Les pulsions sexuelles non satisfaites étant dévastatrices, pas étonnant qu'elles se transmuent en pulsions mortifères, Mary côtoyant sans arrêt l'abîme du sexe et de la mort et entrevoyant des scènes de carnage derrière les portes quand ce n'est pas une anguille évocatrice qui se tortille entre ses mains. Si le jeu de Julia ROBERTS est un peu terne, celui de John MALKOVICH est étonnant de sobriété même dans le rôle de Hyde qu'il rend au final très proche de son modèle initial.

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Philomena

Publié le par Rosalie210

Stephen Frears (2013)

Philomena

"Philomena", comme "The Magdalene Sisters" (2001) s'appuie sur la tragédie vécue par des milliers de jeunes irlandaises. Du début du XX° siècle jusqu'en 1996, elles furent cloitrées et réduites en esclavage par des institutions religieuses catholiques avec la complicité de leur propre famille et de la société toute entière. Leur crime? Avoir "provoqué" le "péché de chair" (parce que dans l'Eglise catholique, le sexe est un "péché" et c'est toujours la femme la "tentatrice") et devoir l'expier par le travail et les souffrances, notamment de l'enfantement pour celles qui donnèrent naissance à des enfants hors-mariage.

Rien qu'à lire ce préambule, on mesure la terrifiante emprise de cette institution sur les esprits, diabolisant un instinct vital et faisant de la femme son bouc-émissaire tout cela dans un but de domination. Car la répression sexuelle sert toujours les intérêts d'argent et de pouvoir ce que démontre très bien "Philomena". L'exploitation des "pécheresses" s'est étendu en effet à leurs enfants qui ont fait l'objet d'un trafic lucratif avec de riches couples d'américains en mal de progéniture. Pour camoufler leurs activités mafieuses criminelles, les institutions religieuses ont ensuite détruit les preuves. L'emprise du couvent de Roscrea sur Philomena perdure dans le temps et s'étend à son fils ce que le film montre très bien lorsqu'il évoque les efforts infructueux de l'un et de l'autre pour se retrouver, les obligeant à toujours revenir à Roscrea et se heurtant toujours aux secrets et mensonges savamment entretenus par les religieuses du couvent. Le journaliste "cynique" qui accompagne Philomena dans sa quête est en réalité le double du réalisateur, témoin indigné devant ce gâchis humain provoqué sciemment. Il doit cependant accepter le choix de Philomena qui est celui du pardon dont on ne sait s'il est libre ou lié à l'imprégnation de son éducation religieuse qui lui a imposé le silence durant 50 ans. Cependant le film de Stephen FREARS échappe au pathos et à la lourdeur grâce à l'interprétation remarquable de Judi DENCH et de Steve COOGAN (également auteur du scénario et coproducteur du film qui est une idée de lui à l'origine) ainsi qu'au dosage savant entre drame et comédie. La relation piquante qui s'établit entre deux êtres que tout oppose mais qu'une même humanité réunit fournit un contrepoint salvateur à la gravité du thème abordé par le film.

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Florence Foster Jenkins

Publié le par Rosalie210

Stephen Frears (2016)

Florence Foster Jenkins

En 2014 deux biopics consacrés à Yves Saint Laurent se sont succédés à quelques mois d'écart. En octobre 2015 et juillet 2016, rebelote avec la vie de la "cantatrice" chantant comme une casserole qui aurait inspiré à Hergé le personnage de la Castafiore, Florence Foster Jenkins. Si le film français de Xavier Giannoli ("Est-ce toi Marguerite, est-ce toi?") se présentait comme une adaptation assez libre, celui de Stephen Frears se veut beaucoup plus fidèle à la véritable histoire de la chanteuse. Néanmoins les deux films ont en commun leur mise en abyme du spectacle cinématographique. Florence/Marguerite est persuadée d'avoir un immense talent et tout son entourage s'évertue à entretenir l'illusion pour la maintenir à flots. Dans les deux cas le mauvais chant trouve ses origines dans les fêlures intérieures de la cantatrice. Chez Giannoli il s'agit d'une compensation à la souffrance d'être délaissée par son mari. Chez Frears le chant est un instinct de survie face aux ravages de la syphilis contractée auprès de son premier mari. Sans occulter les moqueries et réticences dont elle fait l'objet, les films traitent leur personnage avec compassion.

Cependant là ou Giannoli se centrait quasi exclusivement sur son héroïne, Frears fait le choix de dépeindre un trio. Meryl Streep quoique convaincante fait une prestation moins fine que celle de Catherine FROT. En revanche les personnages masculins sont plus travaillés chez Frears. Saint-Clair est une résurrection pour Hugh Grant qui peut de nouveau exceller dans un rôle mêlant plusieurs registres (comique, romantique, mélancolique). Saint-Clair est un acteur raté qui a trouvé un sens à sa vie en protégeant son épouse. Cet objectif moral justifie à ses yeux ses mystifications à l'aide de moyens peu scrupuleux (mensonges, dissimulation, corruption...) qui donnent lieu à des scènes souvent comiques et parfois mélancomiques. Le tout rehaussé par un troisième personnage important, celui du pianiste Cosmé McMoon joué par Simon Helberg lui aussi doué de grands talents comiques pour jouer les ahuris dépassé par le monde de fous dans lequel il est invité à entrer. Peut-être que Frears n'a pas poussé assez loin justement l'aspect déjanté du film. Celui-ci est émouvant, parfois drôle mais il reste un peu trop sage à mon goût pour s'implanter durablement dans les mémoires. 

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Les liaisons dangereuses (Dangerous Liaisons)

Publié le par Rosalie210

Les liaisons dangereuses  (Dangerous Liaisons)

Le film de Stephen Frears est l'adaptation cinématographique de la pièce de Christopher Hampton, elle-même adaptée du célèbre roman épistolaire de Pierre Choderlos de Laclos. Spécialiste de la littérature française du XVIII° siècle, Christopher Hampton a signé le scénario du film de Frears qui n'est pas la première ni la dernière version filmée de cette oeuvre mais sans nul doute la plus brillante à ce jour.

Le film bénéficie d'une mise en scène intelligente, fluide et élégante qui tire un parti remarquable du tournage en décors naturels dans divers châteaux situés en Ile de France. Les lieux le plus souvent fermés ou pourvus d'issues en trompe-l'oeil (miroirs) soulignent le jeu et la vacuité des apparences. De même, Merteuil et Valmont sont représentés comme des gémeaux en miroir notamment dans le célèbre générique de début où un montage parallèle les montre en train de s'habiller comme deux duellistes qui enfilent leur tenue de combat. En revanche la fin du film montre en écho Merteuil vaincue, seule face à son miroir en train de se démaquiller. Valmont a explosé en vol, touché au coeur par l'amour de Mme de Tourvel, incompatible avec sa vanité.

Comme dans le roman, la lettre est au coeur du dispositif. Quand elle ne s'incarne pas dans un corps en action, elle devient un objet de cinéma. L'acte de lire et d'écrire est mis en scène tout comme la circulation des lettres. La lettre symbolise l'intime dans lequel s'immiscent les libertins pour mieux posséder et détruire leurs victimes.

Les références cinématographiques et picturales abondent dans le film. Certaines scènes s'inspirent des tableaux de Fragonard (Le Verrou, La Liseuse), du Barry Lyndon de Kubrick ou encore de La prise du pouvoir par Louis XIV de Rossellini. La distribution composée de stars du cinéma américain (Glenn Close, John Malkovich, Michelle Pfeiffer, Uma Thurman ou encore Keanu Reeves) pouvait laisser interrogateur mais elle s'avère être une réussite. Tous confèrent immédiatement à leur personnage en costume un sentiment de familiarité et de modernité, même si l'on peut trouver que Glenn Close en fait un peu trop.

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