Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Chico & Rita

Publié le par Rosalie210

Fernando Trueba, Javier Mariscal (2010)

Chico & Rita

Brillante première réalisation du duo Fernando TRUEBA et Javier MARISCAL qui fait penser, forcément pour ceux qui l'ont vu à "Buena Vista Social Club" (1999) de Wim WENDERS. Car l'histoire de Chico, inspirée par la vie du père du latin jazz Bebo VALDES (qui a composé la majeure partie de la musique du film) est celle de tous ces musiciens cubains ayant animé les cabarets de jazz sur l'île dans les années 40 et 50 avant de tomber dans l'oubli suite à la chute du dictateur pro-US Batista qui rendit cette musique et la culture associée à celle-ci "persona non grata" dans le nouvel Etat communiste. Le film étant pour l'essentiel construit sur un flashback nostalgique, on découvre d'abord Chico âgé, survivant comme cireur de chaussures. Mais comme Ruben GONZALEZ, Ibrahim FERRER ou Compay SEGUNDO et comme son modèle, Bebo VALDES, il entame une seconde carrière à l'âge de la retraite sous l'impulsion d'une nouvelle génération. Comme son titre l'indique, le film est aussi l'histoire de Rita Martinez, formant à la ville comme à la scène un duo complémentaire avec Chico. Un personnage fictif s'inspirant des chanteuses latino à la voix d'or ayant fait une carrière internationale mais s'étant heurté aux discriminations raciales et au machisme ordinaire. Les relations entre Chico et Rita en effet sont orageuses, systématiquement contrariées et pas toujours par des éléments extérieurs. Chico jeune apparaît comme un mufle, aussi veule qu'indélicat. Le film nous transporte par sa musique évidemment mais aussi par son animation qui est artisanale et de toute beauté. L'atmosphère est immersive, on se croirait véritablement transporté à La Havane d'avant la révolution avec ses cabarets aux enseignes fluo ou à New-York avec ses clubs de jazz semi-clandestins et les personnages sont incarnés. Ainsi Rita possède une telle sensualité qu'on croit voir devant nous un être de chair et de sang. Bref "Chico & Rita" est un film vibrant et vivant, incontournable, notamment pour tous les amoureux de ce style musical.

Voir les commentaires

Le Bal (Ballando, Ballando)

Publié le par Rosalie210

Ettore Scola (1983)

Le Bal (Ballando, Ballando)

La filmographie de Ettore SCOLA est remplie de films confrontant petite et grande histoire. Grande histoire évoquée généralement de façon indirecte, soit à travers le cinéma ("Nous nous sommes tant aimes") (1974), soit par la bande-son en hors-champ ("Une journee particuliere" (1977), "La Famille") (1987). "Le Bal" est une variante originale de ce dispositif, réussissant à nous faire traverser un demi-siècle d'histoire, de 1936 à 1983 sans bouger du dancing art-déco parisien qui constitue le décor unique du film par le biais de la musique, de la danse, des costumes et éléments du décor. Ettore SCOLA adapte en effet une pièce créée en 1981 par la troupe du théâtre du Campagnol (qui reprennent leurs rôles dans le film). Mais il ajoute sa pierre à l'édifice avec des moyens proprement cinématographiques: la bande-son, les lumières, la photographie et puis bien sûr la musique. "Le Bal" constitue en effet l'unique collaboration entre Ettore SCOLA et Vladimir COSMA qui a réalisée la bande originale. Celle-ci est la clé de voûte de l'édifice. Vladimir Cosma a composé des chansons et en a arrangé d'autres préexistantes et ce sont elles le meilleur commentaire puisque le film est dépourvu de dialogues. Les acteurs-danseurs sont tous remarquables, parvenant à créer des personnalités expressives à partir de leurs postures et de leurs gestuelle. La dancing est tantôt le support de bals musette populaires comme en 1936 où l'on fête la victoire du Front populaire, tantôt le théâtre de danses de salon plus guindées avant que le disco ne fasse éclater les codes. La présence d'un ou plusieurs personnages typés aide à caractériser l'époque: un sosie (très crédible) de Jean GABIN s'invite au milieu de "La Belle équipe" (1936) avant de refaire un come-back 20 ans plus tard en inspecteur bedonnant. Un officier allemand (joué par Jean-Francois PERRIER alias M. Interligator dans "Delicatessen") (1990) tente par l'intermédiaire de son sous-fifre collabo de s'attirer les bonnes grâces des danseuses françaises avant d'être remplacé par des GI et du Coca-Cola puis par des appelés en Algérie alors qu'une ratonnade éclate dans les toilettes. Les blousons noirs sont remplacés par les rebelles de mai 68. Tout change pour que rien ne change alors que seules les photos accrochées au mur à la fin de chaque séquence témoignent du passage du temps.

Voir les commentaires

Better Man

Publié le par Rosalie210

Michael Gracey (2025)

Better Man

"Gainsbourg (Vie heroique)" (2009) (que j'aimerais bien revoir d'ailleurs) montrait dans plusieurs séquences comment l'auteur-compositeur-interprète se voyait, sa tête étant remplacée par un chou ou par une marionnette artisanale un peu grotesque accentuant les proéminences de son nez et de ses oreilles. Il faut dire que l'homme était croqué par un réalisateur également dessinateur de BD. "Better Man" qui est consacré au parcours agité d'un autre auteur-compositeur-interprète, Robbie WILLIAMS le représente sous la forme d'un chimpanzé numérique tout au long du film. Une manière de souligner son sentiment d'inadaptation, notamment dans les situations de groupe (les autres personnages étant tous humains) et de contourner la problématique de la ressemblance du comédien avec son modèle. C'est aussi un moyen de représenter les démons qui le poursuivent. A chaque fois qu'il croit enfin s'en sortir, les visages simiesques correspondant aux moments les moins glorieux de sa vie, de ses débuts dans un boys band dans lequel il se sentait exposé comme une bête de foire à ses excès "sexe, drogue et pop-rock and roll" reviennent le narguer. Autre caractéristique du film, il s'agit d'une comédie musicale dans laquelle les tubes du chanteur sont utilisés pour illustrer les moments importants de sa vie. Celle-ci est racontée de façon chronologique, de ce point de vue, on est dans une narration parfaitement balisée. J'ai apprécié l'énergie dégagée par les morceaux chantés et dansés ainsi que leur esthétique. Certains sont très réussis, comme "Rock DJ" qui se déroule sur Regent Street et donne un cachet british à un film dont tous les codes sont pourtant ceux du blockbuster américain ou "She's the one" qui ressemble à un ballet féérique. J'aime les chansons de Robbie WILLIAMS dont j'ai apprécié de découvrir les paroles sous-titrées en français. Néanmoins le film épouse un rythme survolté (trop selon moi) et n'évite pas le pathos. Ainsi le final vendu comme émouvant m'a surtout paru politiquement correct et profondément gênant.

Voir les commentaires

L'Histoire de Souleymane

Publié le par Rosalie210

Boris Lojkine (2024)

L'Histoire de Souleymane

Cela valait le coup de rattraper au cinéma "L'Histoire de Souleymane" que j'avais raté à sa sortie. Heureusement, outre les prix reçus à Cannes en section parallèle, le film a réussi à dépasser les 500 mille entrées, élargissant son public, notamment à des jeunes qui peuvent enfin voir à l'écran un personnage qui n'est pas souvent représenté au cinéma de façon aussi centrale*. Abou SANGARE qui est de tous les plans porte le film sur ses épaules et se donne sans compter dans une histoire qui lui ressemble, même si on reste dans la fiction. Comme le personnage de Laure CALAMY dans "A plein temps" (2021), Souleymane est lancé dans une course contre la montre dans laquelle il joue à la fois sa survie quotidienne et son avenir en France ce qui imprime un rythme trépidant à la majeure partie du film. Une tension proche du thriller qui n'occulte pas pour autant une description réaliste de la vie d'un migrant sans-papiers aujourd'hui en France. Vie que la plupart des français ne connaissent que sous l'angle de discours politiques démagogiques, occultant le fait que des secteurs entiers de l'économie profitent de cette main d'oeuvre privée de droits et donc taillable et corvéable à merci. Souleymane l'est d'autant plus qu'il est demandeur d'asile et n'a pas le droit de travailler. Il se fait donc exploiter par un "compatriote" en effectuant des livraisons à son nom et sur son compte ce qui signifie qu'il est à sa merci pour être payé. Un autre "compatriote" lui réclame de l'argent pour soi-disant aider à étoffer son dossier dans l'entretien qu'il doit passer à l'OFPRA. Et comme si cela n'était déjà pas assez difficile comme ça, Souleymane qui est SDF doit se lever aux aurores pour réserver chaque jour sa place d'hébergement d'urgence et être le soir à l'heure pour attraper le bus social, faute de quoi, il se retrouve à la rue. Bref une vie d'enfer, constamment sous pression qui fait qu'on tremble à le voir pédaler comme un fou sur son vélo au milieu de la dense circulation parisienne. C'est pourquoi l'entretien en face à face de la fin tranche autant avec tout ce qui précède. Une fin bouleversante, à plusieurs niveaux de lecture et qui pose beaucoup plus de questions qu'elle n'apporte de réponses.

* Un pied-de-nez à la critique négative de "Critikat" qui considérait que le film était calibré pour les bobos "Tout cela s’adresse avec un peu trop d’évidence à un profil type de spectateur : blanc, citadin, bourgeois de préférence, usager compulsif ou occasionnel des applications de livraison à domicile, qui pourra se reconnaître parmi les clients de Souleymane". C'était sans compter avec ce que charrie Abou SANGARE et qui visiblement passe au-dessus de la tête de "Critikat".

Voir les commentaires

Porc Royal (A Private Function)

Publié le par Rosalie210

Malcolm Mowbray (1984)

Porc Royal (A Private Function)

Avant que Arte ne propose "Porc royal", j'ignorais totalement l'existence de ce film. Même si le réalisateur n'est pas le même, il existe une évidente parenté avec "Drole de missionnaire" (1982) réalisé deux ans auparavant. Le film réunit en effet les mêmes acteurs à savoir Michael PALIN (qui a troqué son costume de prêtre défroqué pour celui de pédicure et se trimballe avec un pied géant, clin d'oeil notable aux "Monty Python"), Maggie SMITH et Denholm ELLIOTT dans le rôle d'un notable particulièrement odieux. La guerre des classes sur fond de rationnement d'après-guerre* est savoureuse avec d'un côté un cochon engraissé illégalement qui attire toutes les convoitises mais s'avère bien encombrant (et odorant) et de l'autre celui que l'on nomme "la gestapo", en réalité un inspecteur impitoyable avec tout ce qui relève du marché noir. "Porc royal" est une satire bien troussée sur une Angleterre prompte à critiquer ses voisins (alias la France) plutôt qu'elle-même alors que les inégalités sociales s'y avère exacerbées. De l'acharnement du docteur contre le pauvre pédicure qui pue son mépris de classe à plein nez (bien plus que le pauvre cochon atteint de diarrhée que l'on trimballe un peu partout) au snobisme de sa femme, Mme Chilvers qui considère son mari comme une femmelette et s'offusque d'être placée près des toilettes lors d'un banquet (alors qu'elle cache un cochon chez elle) en passant par des seconds rôles truculents joués par un casting de choix (on reconnaît notamment Pete POSTLETHWAITE et Jim CARTER), le film ne fait aucune impasse sur les moyens peu recommandables avec lesquels chacun tente de remplir sa marmite comme de paraître socialement en dissimulant plus ou moins bien les odeurs de porcherie qui collent à leurs basques.

* Un aspect méconnu de l'histoire car peu évoqué à savoir qu'il a fallu plusieurs années aux pays dévastés par la guerre pour retrouver une situation économique leur permettant de nourrir correctement leur population. Ainsi en France, les tickets de rationnement n'ont été supprimés qu'en 1949 et il fallu attendre 1954 au Royaume-Uni pour que les restrictions sur la viande soient levées.

Voir les commentaires

L'Homme de l'île de Man (The Manxman)

Publié le par Rosalie210

Alfred Hitchcock (1929)

L'Homme de l'île de Man (The Manxman)

Parmi les quelques films de Alfred HITCHCOCK que je n'avais pas encore vu, "The Manxman" ("L'homme de l'île de Man") est une curiosité. Un film tout à fait dispensable dans l'oeuvre du maître du suspense. Il ne s'agit pas d'un thriller mais d'un mélodrame aux très grosses ficelles avec un triangle amoureux se composant de deux hommes issus de deux classes sociales opposées mais potes comme par deux alors qu'ils sont de surcroît amoureux de la même femme. Celle-ci penche pour le plus fortuné des deux (tiens donc) c'est à dire l'avocat mais par sens de la parole donnée (et aussi par convention sociale) elle épouse le marin-pêcheur. Celui-ci est un imbécile heureux qui sourit de toutes ses dents devant sa femme et son soi-disant meilleur ami qui passent le plus clair de leur temps à tirer une gueule de 6 pieds de long. Si "The Manxman" n'est pas complètement dénué d'intérêt, c'est parce qu'il s'agit d'un film de Alfred HITCHCOCK. Celui-ci y expérimente quelques belles idées comme celle de faire une ellipse sur le rapprochement entre deux personnages en utilisant les pages d'un journal aux qualificatifs de plus en plus intimes envers le prétendant. La photographie des paysages est très belle et Anny ONDRA peut être qualifiée de première blonde hitchcockienne. On sent également que c'est le dernier film muet de Alfred HITCHCOCK. Il filme ses personnages articulant distinctement leurs dialogues au point parfois de se passer de carton.

Voir les commentaires

Deep End

Publié le par Rosalie210

Jerzy Skolimowski (1970)

Deep End

"Deep end" est le troisième côté d'un triangle dont les deux autres seraient "Blow-up" (1966) et "Repulsion" (1965). Leurs points communs? Se situer au coeur du swinging London alors qu'ils ont été réalisés par des cinéastes étrangers (dont deux polonais en exil) et pas toujours en Angleterre (la piscine de "Deep End" se trouve à Munich). Qu'à cela ne tienne! Il y a une atmosphère dans "Deep End" qui capte le spectateur. Cela tient beaucoup à l'unité de lieu, cette piscine décrépite et glauque mais aux couleurs pop éclatantes que l'on retrouve également dans l'East end où se déroule les lieux annexes de l'histoire qui semblent n'être qu'une extension des obsessions du héros. Celui-ci est un adolescent de 15 ans qui en franchissant le seuil de l'établissement pour son premier travail tombe dans une fosse aux serpents dont il ne parvient pas à s'extraire. Le film de Jerzy SKOLIMOWSKI peuplé de fantasmes inassouvis (plutôt crades) est par ailleurs hanté par le proxénétisme et la prostitution. Mike (John MOULDER-BROWN) devient le toy boy de vieilles rombières en mal de sensations fortes alors qu'il développe une obsession pour sa collègue plus âgée, Susan (Jane ASHER) qui s'amuse à souffler le chaud et le froid avec lui. Il faut dire que Susan est insaisissable, jouant de ses charmes auprès de plusieurs hommes et arrondissant ses fins de mois dans un club de strip-tease. Mais celui auquel elle est fiancée est surtout riche et Mike apprend donc que pour l'attirer dans ses filets, "diamonds are a girl's best friend". La marchandisation du sexe et des corps va de pair avec la transformation de Susan en femme-objet par Mike. Celui n'est en effet pas du tout un héros positif, développant pour la jeune femme une fétichisation malsaine qui le fait se frotter contre son image et poursuivre son ombre lors d'une séquence particulièrement marquante dans laquelle il erre dans le quartier de Soho entre le club chic et donc inaccessible où elle s'amuse avec son amant et le food-truck où il s'empiffre de hot-dogs (une symbolique pas très fine). Le tout sur une bande son très recherchée allant de Cat Stevens au groupe Can. Logiquement, le désir mortifère culmine dans la scène finale.

Voir les commentaires

Le mystère d'Edwin Drood (The Mystery of Edwin Drood)

Publié le par Rosalie210

Diarmuid Lawrence (2012)

Le mystère d'Edwin Drood (The Mystery of Edwin Drood)

Le plus grand mystère d'Edwin Drood est celui de sa fin. Nous ne la connaîtrons jamais telle que l'aurait imaginée Charles Dickens étant donné qu'il est mort avant d'en avoir achevé la rédaction. Depuis 1870, nombre d'hypothèses ont fleuri et il existe plusieurs éditions dotées d'une fin écrite par quelqu'un d'autre. Le téléfilm de la BBC compte deux parties de 55 minutes environ. L'une restitue un condensé du roman de Dickens (dont il avait rédigé la moitié), l'autre imagine le dénouement. Dickens innovait en créant un univers proche du thriller à la Alfred HITCHCOCK. "Le mystère d'Edwin Drood" aurait pu s'appeler en effet "Un homme disparaît". Mais, sans doute est-ce dû à l'écriture plus moderne et pleine de twists de la scénariste Gwyneth HUGHES, j'ai été bien plus captivée par la deuxième partie qui montre l'oncle d'Edwin basculer dans la folie. Personnage aigri et frustré, le chef de choeur et professeur de musique John Jasper (interprété excellemment par Matthew RHYS) développe une obsession amoureuse mortifère pour l'une de ses élèves, Rosa (Tamzin MERCHANT) qui est promise à son neveu, Edwin (Freddie FOX, neveu du célèbre James FOX, on est dans "Dynastie") (1981)) depuis l'enfance. Dans ses délires opiacés, il se voit étrangler le gêneur au pied de l'autel alors qu'il n'est en façade que tout sourire devant le jeune blanc-bec vaniteux et agaçant. On comprend donc l'aversion qu'éprouve pour lui Neville Landless venu avec sa soeur Helena de Ceylan pour parfaire leur éducation. Même si Charles Dickens n'a pas précisé leur origine, dans cette version, ce sont deux indiens ce qui les confronte au racisme de la société britannique et place Neville (impulsif et que Rosa ne laisse pas indifférent) en position de coupable idéal. Mais le point fort de la série reste la description des tourments de Jasper, torturé par les affres de la jalousie et confondant le rêve et la réalité: bien pratique pour multiplier les pistes! (De même que le fait que tous les personnages principaux soient orphelins).

Voir les commentaires

Bird

Publié le par Rosalie210

Andréa Arnold (2025)

Bird

Belle proposition de cinéma pour cette cinquième réalisation de Andrea ARNOLD qui cherche l'équilibre entre récit d'émancipation adolescente, âpre réalisme social des laissés-pour-compte et désir éperdu de s'échapper dans l'art et la nature. Jamais le bestiaire de son film n'aura été si bien rempli: chien, chevaux, papillons, crapaud, insectes divers tatoués sur le corps du père (qui s'appelle lui-même Bug) mais surtout oiseaux, passion de l'héroïne, Bailey (Nykiya Adams, l'une de ces non-professionnelles à la forte présence dont Andrea ARNOLD a le secret) dont le quotidien oscille entre rage et désespoir. On peine à croire qu'elle n'a que douze ans, on lui en donne facilement quinze voire seize. Il faut dire qu'elle est confrontée à des problèmes qui ne sont pas de son âge et contre lesquels elle ne peut opposer que son imaginaire et son téléphone portable qui lui sert à filmer le monde. Ses parents que l'on découvre tour à tour sont deux paumés qui l'ont eu alors qu'ils étaient adolescents et qui ne semblent pas avoir beaucoup gagné en maturité depuis. Le père (Barry KEOGHAN) qui ressemble à un gamin vit d'expédients (plutôt comiques avec son crapaud cracheur de bave hallucinogène!) dans un squat et bien que de nature aimante, il est trop autocentré pour véritablement s'occuper de sa fille et du demi-frère de celle-ci qui s'apprête à reproduire le même modèle. La mère enchaîne les relations toxiques et vit avec les trois petits demi-frères et soeurs de Bailey dans une colocation jonchée de détritus avec un petit ami extrêmement violent. "Bird" est néanmoins une histoire de métamorphose et de résilience. Malgré tout ce que sa vie a de plombant, Bailey qui ressemble au début du film a un petit hérisson plein de piquants devient progressivement une belle jeune fille qui s'ouvre à la vie en puisant des motifs d'espérer dans son environnement. Les tags se transforment en autant de messages d'encouragement et la nature amie lui envoie un drôle d'allié, sorte de vagabond à la nature hybride qui semble tout droit échappé de "Le Regne animal" (2022) et qui est joué par l'acteur fétiche de Christian PETZOLD, Franz ROGOWSKI. Même si son intégration dans l'histoire souffre de quelques maladresses d'écriture, ce personnage d'homme-enfant (à l'image de son père) est une bouffée d'air frais qui apporte à l'héroïne l'aide dont elle a besoin pour grandir.

Voir les commentaires

John Wayne, l'Amérique à tout prix

Publié le par Rosalie210

Jean-Baptiste Perétié (2018)

John Wayne, l'Amérique à tout prix

Documentaire critique différent de ceux auxquels on est habitués, "John Wayne, l'Amérique à tout prix" aurait pu s'appeler "Comment Marion Morrison est devenu John Wayne, l'incarnation de l'Amérique réac?" La thèse sur laquelle repose toute la démonstration du documentaire est la suivante: il ne s'est jamais remis de la seconde guerre mondiale. Non pas celle qu'il a faite mais celle qu'il n'a pas faite. En effet après avoir galéré des années dans le cinéma de série B, la carrière de John WAYNE décolle avec "La Chevauchee fantastique" (1939). Mais voilà que l'attaque de Pearl Harbour obligent les USA à entrer en guerre. Les stars confirmées s'engagent. John WAYNE tergiverse et choisit finalement de rester à Hollywood. Un choix payant au niveau de sa carrière mais qui le plonge ensuite dans un profond sentiment de culpabilité. John FORD qu'il appelle "Pappy" parce qu'il considère qu'il lui doit tout le couvre en effet de honte. Alors John WAYNE se spécialise dans les rôles de cow-boy ou de soldat conservateurs et ultra-patriotiques, parfois pour le meilleur dans "La Prisonniere du desert" (1956) mais souvent pour le pire comme dans "Les Berets verts" (1968). Parallèlement, il tente de réparer sa "faute" en s'engageant dans la guerre froide. Mais c'est pour assister le maccarthysme en dénonçant les communistes d'Hollywood: pas très glorieux. Dans les années 60, sa croisade réac en pleine guerre du Vietnam devient carrément pathétique tant il apparaît comme un dinosaure complètement déconnecté de son époque. Il devient la parfaite caricature du beauf sexiste, raciste, homophobe, multipliant les déclarations à l'emporte pièce jusqu'à ce que la maladie ne l'emporte. Jusqu'au bout, John WAYNE apparaît comme un costume XXL cachant un type déphasé, incertain, jouant les patrons tout en étant sous la coupe sévère de l'éternel paternel de substitution John FORD, se faisant appeler "le Duke" pour mieux cacher le fait de porter un prénom féminin et mort d'un cancer provoqué au moins en partie par les retombées radioactives mal contrôlées d'une armée américaine qu'il vénérait tant.

Voir les commentaires