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Articles avec #film musical tag

L'Objet du délit

Publié le par Rosalie210

Agnès Jaoui (2026)

L'Objet du délit

L'Objet du délit est le premier film de Agnes JAOUI sans Jean-Pierre BACRI. Encore que le film lui soit dédicacé. A travers l'histoire de la production des Noces de Figaro de Mozart, la réalisatrice fait un état des lieux du mouvement #MeToo dans le spectacle. Le sujet s'y prête: "Les Noces de Figaro" est l'adaptation de la pièce de théâtre de Beaumarchais, "Le Mariage de Figaro" qui en dénonçant les abus de pouvoirs, qu'ils soient liés à la classe sociale ou au genre annonçait la Révolution Française. Encore que l'on sait ce qu'il advint des femmes qui osèrent revendiquer plus de droits et de libertés. Par ailleurs on sait aussi que Agnes JAOUI adore le chant lyrique qu'elle pratique elle-même. Elle réalise donc un film choral malheureusement un peu brouillon où elle tente de mélanger ces deux aspects. D'un côté elle montre un producteur (Patrick MILLE) qui se moque royalement de l'opéra mais veut se glisser dans le lit de Mirabelle, la metteuse en scène (Claire CHUST vue dans la série "Scenes de menages") (2009), une influenceuse de mode choisie cyniquement comme "rabatteuse" de jeunes sur les réseaux sociaux. Même si elle est dépeinte comme peu fute fute, le sexisme qui s'abat sur elle ne lui laisse aucune chance d'imposer sa vision: on lui coupe la parole, on se trompe sur son prénom etc. Ce qui n'empêche pas certaines de ses idées de faire beaucoup rire comme celle des phallus géants sur scène. Par ailleurs, les plus ardentes à dénoncer les abus sexuels sur la scène sont celles qui en sont souvent les principales victimes: les techniciennes et les comédiennes sans pouvoir social comme Cora (Eye HAIDARA) qui joue Chérubin et Sophie (Tiphaine DAVIOT) bien qu'elle ait été imposée par son père, un mécène du spectacle pour le rôle de Suzanne. Face à elles, de bons et lourds croquemitaines alias le chef d'orchestre Igor (Daniel AUTEUIL) qui vit dans la terreur depuis qu'une ancienne cantatrice menace de balancer dix noms d'hommes l'ayant agressé dans le passé et le comte Almaviva alias Piazzoni (Vincenzo AMATO) un vieux beau à la fois sexiste et raciste et qui devient donc la bête noire de Cora. Mais Agnes JAOUI joue elle-même une néo Catherine DENEUVE (on rappelle dans la film sa célèbre phrase polémique sur "la liberté d'importuner") c'est à dire une vieille diva qui possède tout autant de pouvoir que ces hommes et se sent plus proche d'eux que de la jeune génération. Sa présence brouille donc les frontières et aborde des thèmes comme la cancel culture sans que l'on sache exactement où elle place le curseur de ce qui est acceptable et de ce qui ne l'est pas. Cora en revanche le sait parfaitement et rappelle que l'on ne peut pas imposer des contacts physiques à quelqu'un sans son consentement: on sent bien l'expérience acquise lors des tournages de cinéma. Le résultat est plutôt bon mais comme je le disais un peu brouillon et un peu trop long aussi.

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Guy

Publié le par Rosalie210

Alex Lutz (2018)

Guy

Que reste-t-il de nos années variétés? Une photo, vieille photo de ma jeunesse... Pour rendre hommage à cette époque, Alex LUTZ ne se contente pas de reconstituer minutieusement la culture populaire des années 70 et 80, les pochettes de 45 tours, les magazines, les chansons (originales mais sonnant exactement comme des tubes des années 70), les extraits d'émission vintage qu'on croirait sortis de Melody TV. Il l'incarne au travers d'un vieux chanteur fictif un peu aigri, icône de cette époque révolue. Guy Jamet est un étonnant mélange de Claude FRANCOIS, Patrick JUVET et Frank Michael. Le travail transformiste de Alex LUTZ sur ce personnage est impressionnant. Il y a les cinq heures de maquillage qui ont été nécessaires pour le vieillir et puis il y a la posture un peu figée, la raideur de la démarche, les hésitations de la voix un peu pâteuse, un peu rocailleuse, la lenteur du débit qui trahissent les restes d'un AVC.

Bien que le début du film semble se diriger vers la satire (la dernière compagne et ses deux chiens-chiens, le "cabanon", en réalité une superbe propriété provençale avec un mini-haras, les propos réac, les chansons ringardes), c'est la mélancolie qui l'emporte et de loin. La caméra s'attarde suffisamment sur le visage de Guy Jamet pour la laisser transparaître et puis il y a des séquences très réussies comme celle avec DANI qui incarne sa première compagne et qui est interprétée jeune par Elodie BOUCHEZ. C'est d'ailleurs la réussite de ce mockumentaire de parvenir à rendre aussi indistinct le vrai et le faux: le vrai Julien CLERC, une fausse Sylvie VARTAN (jouée par Marina HANDS), le vrai Michel DRUCKER etc. Néanmoins on est plus face à une suite de sketches/tranches de vie que face à un grand récit de cinéma. Je n'ai pas été convaincue par les questions filiales soulevées dans le film, les deux fils de Jamet (le fils légitime et le fils illégitime) étant trop ectoplasmiques à mon goût. Mais c'est certainement voulu puisque le film est centré sur Guy Jamet, lui-même un personnage autocentré qui semble bien plus affectionner ses chevaux que ses enfants et qui regarde avec tristesse et une pointe d'amertume le monde qu'il a connu disparaître sans avoir réussi à se projeter dans l'avenir.

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Sinners

Publié le par Rosalie210

Ryan Coogler (2025)

Sinners

"Sinners" n'a pas volé ses prix aux Oscar. C'est le digne héritier (contrairement au narcissique et vide "Marty Supreme") (2025) des grands cinéastes-historiens du refoulement des tares originelles de l'Amérique tels que Martin SCORSESE ou Stanley KUBRICK. Il se situe dans une longue tradition, celle du Southern Gothic, un genre littéraire et cinématographique né dans le Sud des États-Unis qui utilise les codes de l'horreur classique (fantômes, châteaux en ruine, malédictions) pour parler de vérités sociales et historiques douloureuses et profondes: l'esclavage, la ségrégation raciale, les lynchages, le Ku Klux Klan. La manière dont le passé infuse le présent et détermine le futur est déterminante dans le film comme elle l'était dans "Gangs of New York" (2002) où l'on voyait pousser les gratte-ciel sur un sol gorgé du sang des rivalités territoriales ayant eu lieu durant la guerre de Sécession ou dans "Shining" (1980) dans lequel les fantômes de l'Amérique coloniale, violente et patriarcale sur lequel était construit l'hôtel Overlook revenaient hanter voire posséder les personnages, abolissant toute notion du temps. Comme la majorité des vampires de "Sinners", Jack Torrance sacrifiait son humanité et sa créativité pour l'immortalité en rejoignant le camp des prédateurs dominants là ou son fils Danny doté du don de voir le passé choisissait de fuir et de préserver sa liberté.

Et bien "Sinners" fonctionne exactement de la même façon avec son lieu unique saturé d'un lourd passé, gorgé de fantômes qui ne demandent qu'à être convoqués. On en apprécie que mieux la petite remarque de l'un des frères jumeaux (tous deux joués par Michael B. JORDAN qui n'a pas volé sa statuette lui aussi), constatant que le sol en bois de la scierie qu'ils achètent pour en faire un cabaret de blues a été "lessivé" par le vendeur du lieu qui n'est autre qu'un membre éminent du Ku Klux Klan. Mais ce "white washing" ne peut lessiver la terre qui se trouve sous le plancher. Convoqué par la puissante musique blues de Sammie et de sa guitare, voilà que dans une scène de transe parmi les plus saisissantes du film on voit apparaître sur ce même plancher des danseurs tribaux africains, des joueurs de guitare électrique, des DJ et même des acteurs de l'opéra traditionnel chinois en référence à la présence dans le public du cabaret d'un couple de commerçants immigrés chinois: le passé, le présent et le futur communiquent et communient dans un seul et même espace-temps.

Mais les vampires blancs rodent autour du cabaret et cherchent à entrer. Comme dans tout film de vampire qui se respecte, ils ne peuvent le faire que s'ils y sont invités. Il va falloir donc ruser, exploiter la moindre faille et ils ne vont pas tarder à la trouver. Leur cheval de troie est littéralement "la plaie de l'Amérique", la même que celle au coeur du film de Paul Thomas ANDERSON, "Une bataille apres l'autre" (2025) à savoir la fille métisse. Dans "Sinners", on ne comprend pas tout de suite le lien entre cette jeune fille et le monde noir qu'elle côtoie. Jusqu'à ce qu'elle révèle que son père était mulâtre et que pour refuser l'entrée du cabaret aux blancs, les membres du cabaret précisent "qu'elle appartient à la famille". C'est là qu'on touche du doigt le génie du réalisateur, Ryan COOGLER qui a pris au mot le racisme des USA pour lesquels "une seule goutte de sang noir fait de vous un noir". C'est par cette faille (le passing*) vue comme "l'anomalie à éliminer" que le film va basculer d'un affrontement binaire (y compris musical dans une séquence banjo qui rappelle beaucoup "Delivrance") (1972) en quelque chose de beaucoup plus complexe car cette jeune fille est la première à se faire mordre et à réussir quand même à entrer dans le cabaret. A partir de là, les frontières se brouillent: le passing propage le virus de l'intérieur tandis que ceux qui s'aventurent dehors rejoignent l'armée des ombres, qu'elles soit blanches, noires ou asiatiques. La fracture binaire ne passe plus entre "eux" (les vampires, les blancs) et "nous" (les humains, les noirs) mais au sein même des familles et des fratries gémellaires, menaçant au final d'engloutir la nation toute entière.

C'est sur les ruines de ce mensonge mortifère pour toute une nation que Ryan COOGLER reconstruit une autre lecture de l'Amérique, hybride, débarrassée par une violente catharsis de sa lèpre raciste (le massacre des membres du KKK, emportés avec l'anéantissement du cabaret de Blues). Les survivants du massacre sont devenus des porteurs de mémoire. Protégé par son génie musical et la réalité plurielle du Blues (musique de la souffrance noire sur des instruments blancs), Sammie a déjoué la prédation des vampires. Il en reste marqué à vie par une vilaine griffure au visage mais il n'a pas été mordu. Et l'âme des jumeaux continue à le protéger. Par un jeu de transvasement mystique que l'on voit aussi dans le très beau "Hamnet" (2025), la connexion spirituelle entre eux est si forte qu'elle défie la mort et le mal: au lieu d'être mordu et vidé de son sang, le jumeau humain parvient à déverser son âme dans son frère, créant un être hybride ayant appris à dompter sa "soif de mordre". Enfin, ultime ironie du sort, le métissage que l'idéologie raciste voit comme une tare absolue, celle de l'impureté est précisément ce qui permet à la jeune fille mordue de survivre. Contrairement aux autres vampires qui sont calcinés dès le lever du soleil, seule sa part monstrueuse est détruite, lui permettant de survivre débarrassée de sa part d'ombre.

"Sinners" est le film de la véritable "Renaissance d'une nation".

* Le passing (de l'anglais passing for white, "passer pour blanc") est un concept sociologique et historique né aux États-Unis. Il désigne la capacité d'une personne appartenant à un groupe racial ou social discriminé (généralement métisse ou noire de peau claire) à être perçue comme blanche par la société, générant un réflexe de survie et une tragédie identitaire. L'un des exemples les plus célèbres au cinéma est le personnage de Sarah Jane dans "Mirage de la vie (1959).

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Disco Boy

Publié le par Rosalie210

Giacomo Abbruzzese (2021)

Disco Boy

"Disco Boy" c'est une bonne idée de départ couplée à l'interprétation habitée de Franz ROGOWSKI gâchée par un excès d'abstraction. Le point de départ était solide pourtant avec ces deux jeunes biélorusses bien décidés à rejoindre clandestinement la légion étrangère mais seul l'un des deux y parviendra. On pense alors à un film comme "Reves d'or" (2013) qui montrait ce processus de sélection "naturelle" impitoyable des migrants. En parallèle, on suit le chef d'un mouvement écoterroriste qui s'est soulevé contre la pollution du delta du Niger par les compagnies pétrolières et qui a pris des français en otage. Le film noie ensuite son histoire et ses personnages dans le symbolisme et la transe techno. Il y a une volonté marquée d'expérimentation, comme le combat filmé depuis une caméra thermique entre Jomo et Aleksei qui amène le second à être peu à peu hanté par le fantôme du premier mais à force de répéter ce type de scène hypnotique dans laquelle les deux combattants (et la soeur jumelle de l'un des deux) fusionnent à travers l'espace et le temps, on finit par avoir la désagréable sensation de regarder une succession d'images nourries de fantasmes abscons de possession ou de réincarnation ne s'encombrant plus d'une quelconque intrigue.

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Spinal Tap 2: The End Continues

Publié le par Rosalie210

Rob Reiner (2025)

Spinal Tap 2: The End Continues

Rob REINER a commencé sa carrière au cinéma avec "Spinal Tap" (1984) sans savoir qu'il la finirait avec sa suite, "Spinal Tap 2: The End Continues" (2025) sorti aux USA trois mois avant son décès tragique et qui hélas pour lui a fait un flop. Chez nous, le film n'a pas bénéficié d'une exploitation en salles et est sorti début novembre directement en VOD et DVD. Ce qui ne m'étonne guère car si "Spinal Tap" (1984) est un film culte aux USA, il est plutôt méconnu chez nous en dehors d'un cercle de fans. Rob REINER était un cinéaste éclectique que l'on a réduit en France aux comédies romantiques et à ses deux adaptations brillantes des romans de Stephen King ("Stand By Me" (1986) et "Misery") (1990).

Tout ce qui fait le sel du premier "Spinal Tap", on le retrouve en mode mineur dans cette suite réalisée plus de quarante ans après, l'effet de surprise en moins mais la reconnaissance du milieu en plus. Mieux vaut cependant connaître le premier film pour saisir les références du second qui s'adresse clairement aux nostalgiques. Le dispositif est le même que dans le premier film, celui du faux documentaire largement improvisé. Rob REINER retrouve chaque membre du trio qui s'est reconverti dans des occupations improbables (à titre personnel, le magasin du musée de la colle de Derek Smalls alias Harry SHEARER m'a fait mourir de rire) puis on assiste aux répétitions et enfin au concert du trio qui se reforme pour honorer un contrat auprès de leur ancien impresario (décédé mais représenté par sa fille). L'énergie circule toujours aussi bien entre les trois acteurs-musiciens qui en dépit de leur âge ont gardé intact leur goût pour l'humour absurde ce qui donne des scènes désopilantes comme celle de la colle déjà citée, de la visite de la maison hantée, de l'audition du douzième batteur (le récit de la mort du précédent est encore plus drôle que ceux des autres) ou encore du cultissime "Stonehenge" avec un mégalithe cette fois réalisé à la bonne échelle mais qui va quand même entraîner une catastrophe scénique. Cerise sur le gâteau, d'authentiques stars du rock viennent se joindre à la fête, soit pour décliner la proposition d'être le douzième batteur (Questlove, Lars Ulrich de Metallica et Chad Smith des Red Hot Chili Peppers) soit au contraire pour accompagner le groupe: Paul McCARTNEY lors d'une jam session et surtout Elton JOHN qui ira même avec eux sur scène et subira comme eux les effets du monolithe. Un hommage sans doute à Freddie MERCURY qui avait déjà amené Elton JOHN à collaborer avec un (vrai) groupe de hard-rock.

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Spinal Tap (This is Spinal Tap)

Publié le par Rosalie210

Rob Reiner (1984)

Spinal Tap (This is Spinal Tap)

Même moi qui ne suis pas du tout spécialiste de rock (et encore moins de hard-rock), je me suis esclaffée à plusieurs reprises devant le premier film de Rob REINER, un faux documentaire parodique qui tourne en dérision le monde du rock à travers un groupe fictif, "Spinal Tap" dont les personnages ont été inventé quelques années auparavant par le trio Christopher GUEST, Michael McKEAN et Harry SHEARER pour les besoins d'un sketch télévisé dont le réalisateur était déjà Rob REINER. Un dispositif qui n'est pas sans rappeler celui de "The Blues Brothers" (1980) passés eux aussi du petit au grand écran et de la scène (humoristique) à la salle (de cinéma). "Spinal Tap" qui reprend également le caractère improvisé de l'émission TV d'origine alterne entre les extraits de concert, les vidéos clips, les entretiens individuels et collectifs, le tournage en coulisses et en tournée tourne en dérision à peu près tous les clichés relatifs aux groupes de rock. Cela va des tenues grotesques aux ego (et entrejambes!) surdimensionnés, des caprices de stars aux psychodrames des scissions en passant par la malédiction frappant les batteurs successifs, la petite amie intrusive (Yoko ONO, sort de ce corps!) qui veut remplacer le manager, les interviews où la bêtise le dispute à l'absurdité (l'origine du nom du groupe, l'ampli qui monte à 11, le groupe qui tourne en rond dans les coulisses etc.) Les scènes cultes s'enchaînent: on sort les vieux dossiers qui montrent les nombreux virages (pour ne pas dire retournement de veste) du groupe selon les modes du moment (le style Beatles, le style Power Flower etc.), on discute d'une pochette sexiste qui même dans les années 80 risque de ternir l'image du groupe, on fait du relooking extrême, les problèmes techniques s'enchaînent ainsi que les galères lorsque le groupe est au creux de la vague et réduit à jouer sur une base aérienne ou dans un théâtre de marionnettes etc. Nul doute que le film, devenu culte a constitué une source d'inspiration majeure pour les sketches des Inconnus tournant eux aussi en dérision les chanteurs et les groupes hexagonaux de cette époque (Indochine, Florent Pagny, La Mano Negra, Patrick Bruel etc.) avant que ce nouveau trio ne passe lui aussi du petit au grand écran.

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Noces de sang (Bodas de sangre)

Publié le par Rosalie210

Carlos Saura (1981)

Noces de sang (Bodas de sangre)

La captation d'une répétition du ballet flamenco "Noces de sang", d'après la pièce de théâtre de Federico Garcia Lorca par le danseur et chorégraphe Antonio Gades et sa troupe. On voit les danseurs dans leurs préparatifs puis s'échauffer, puis effectuer un filage du spectacle. En voix-of, Antonio Gades évoque le parcours singulier qui l'a amené à devenir danseur et chorégraphe. La fascination que procure ce court documentaire tient au contraste entre le dépouillement du dispositif et la puissance d'évocation procurée par la musique, la chorégraphie, les costumes et les maquillages. Il faut dire que la pièce est d'une simplicité extrême: deux hommes, le mari et l'amant, se battent à mort pour une femme, le jour de ses noces. C'est épuré mais extrêmement expressif: la meilleure façon de commencer une trilogie consacrée au flamenco que Carlos SAURA poursuivra avec "Carmen" (1984) et "L'Amour Sorcier" (1986), en collaboration également avec Antonio Gades. A noter que "Noces de sang" est aussi le premier volet d'une trilogie chez Federico Garcia Lorca, avant "Yerma" et "La maison de Bernarda Alba".

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Honkytonk Man

Publié le par Rosalie210

Clint Eastwood (1982)

Honkytonk Man

Pour les 95 ans de Clint EASTWOOD, la Cinémathèque propose de voir ou de revoir quelques uns de ses films parmi lesquels ce "Honkytonk man" du début des années 80. Un film personnel qu'il réalise entre deux succès commerciaux, "Firefox, l'arme absolue" (1982) et "Sudden Impact - Le retour de l'inspecteur Harry" (1983) et qui lui permet d'échapper à l'image stéréotypée de macho viril qui lui collait aux basques à une époque où il n'était pas encore considéré comme un réalisateur "sérieux".

"Honkytonk man" se déroule durant la crise des années 30, époque de l'enfance de Clint EASTWOOD et son point de départ évoque "Les Raisins de la colere" (1940): une famille de paysans de l'Oklahoma qui a tout perdu avec le dust bowl s'apprête à partir pour la Californie. Mais à ce destin collectif si bien raconté par Steinbeck et John FORD qui jette la classe paysanne sur la route 66, Clint EASTWOOD vient proposer le cheminement singulier de son anti-héros, sorte de "Inside Llewyn Davis" (2013) avant l'heure. Musicien country se produisant dans les bars miteux du sud des USA, Red Stovall à l'image de son interprète aime aussi le blues et se joue des barrières raciales en vigueur à cette époque. Homme solitaire et quelque peu vagabond, Il va prendre avec lui son neveu de 14 ans, Whit (joué par le propre fils de Clint EASTWOOD, Kyle EASTWOOD) et l'entraîner dans sa vie bohème, lui permettant d'échapper au parcours du reste de sa famille. "Honkytonk man" est donc un récit d'apprentissage et de transmission comme Clint EASTWOOD en réalisera d'autres dans sa carrière, en premier lieu "Un monde parfait" (1993) auquel on pense beaucoup par son caractère de road movie et par le fait qu'un enfant dont la vie semblait décidée d'avance voit celle-ci prendre un tour inattendu, lui ouvrant l'horizon des possibles avec un plan final qui évoque très fortement celui de "Les Temps modernes" (1936). On peut y ajouter également le fait que les jours de l'adulte sont comptés, Red n'étant pas un repris de justice en cavale comme Butch mais un malade miné par la tuberculose qui n'aura pas le temps d'entendre les chansons qu'il aura eu tout juste le temps d'enregistrer.

A travers ce film, Clint EASTWOOD rend hommage au chanteur Hank Williams qui a inspiré le personnage de Red, notamment son style de musique, son objectif de passer une audition pour interpréter ses titres en live dans une émission de radio, le Grand Ole Opry à Nashville où Hank Williams s'est produit à partir de 1949, son alcoolisme et sa mort prématurée. Preuve que fiction et réalité se mélangent, Kyle EASTWOOD est devenu musicien de jazz et compositeur, notamment sur les bandes originales des films de son père.

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Boléro

Publié le par Rosalie210

Anne Fontaine (2023)

Boléro

Bravo à Anne FONTAINE d'avoir réussi une évocation aussi juste de Maurice Ravel, bien secondée il faut le préciser par un Raphael PERSONNAZ tout en retenue. Comment je le sais? Grâce au cinéma de Claude SAUTET que j'admire. Très mélomane, celui-ci s'est inspiré de la vie du compositeur pour "Un coeur en hiver" (1992) qui nous permet d'entendre le trio avec piano repris dans le film de Anne FONTAINE. Un compositeur auquel il s'identifiait, c'est évident. Comment je le sais? Grâce au film de Anne FONTAINE qui m'a permis d'assembler les pièces du puzzle. En effet elle montre Maurice Ravel dans une maison close en compagnie d'une prostituée qu'il ne touche pas sans parler de Misia, son grand amour qu'il a laissé filer dans les bras d'un autre. Non seulement on reconnaît la froideur de Stéphane refusant de répondre aux avances de Camille, mais également l'étrange distanciation de Max dans "Max et les Ferrailleurs" (1970), tournant autour de Lily la prostituée jouée par Romy SCHNEIDER mais sans passer à l'acte, sinon par le meurtre. Un mystère qui se répercute également sur l'oeuvre la plus célèbre du compositeur dont Anne FONTAINE fait bien ressortir l'ambivalence foncière qui est à mon avis la raison de son universalité et de son intemporalité. De même que Maurice Ravel était un "solitaire mondain", oxymore que l'on retrouve évidemment chez Claude SAUTET, l'aspect mécanique du Boléro qui se calque sur le machinisme industriel (scène d'ouverture) devient une fois incarné par sa commanditaire, la danseuse russe Ida Rubinstein (Jeanne BALIBAR) d'un érotisme torride, véritable métaphore musicale du coït se concluant sur un orgasme. D'ailleurs tout laisse à penser que Ida a parfaitement compris la nature profonde du compositeur qu'elle pousse dans ses retranchements pour lui extorquer cette partie de lui-même qu'il dissimulait. D'après une étude commandée par le site d'écoute en ligne Spotify, le Boléro occupe d'ailleurs la troisième place des morceaux musicaux les plus écoutés pendant les rapports sexuels! Rien que pour le fait d'avoir réussi à faire ressortir toutes ces contradictions, ce mélange troublant de rigidité et de sensualité (Ravel récupérant les gants de Misia et les faisant enfiler par la prostituée pour le plaisir d'entendre le frottement du tissu sur la peau), le film transcende et ce n'est pas souvent l'exercice scolaire du biopic.

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Climax

Publié le par Rosalie210

Gaspar Noé (2018)

ClimaxClimax

La curiosité. Voilà ce qui m'a poussé à regarder "Climax". Je n'avais jamais vu de film de Gaspard NOE mais beaucoup entendu parler de lui et compris que l'on avait affaire à un cinéaste clivant. Et puis à force de voir des extraits dans l'émission "Blow up", j'ai remarqué qu'il avait un univers reconnaissable avec une caméra tournoyante filmant en plongée un sol qui devient le plafond et vice-versa ce qui nous rappelle que la terre est sphérique. Cette volonté de brouiller les repères est d'ailleurs partout dans "Climax": dans le positionnement des génériques où il n'y a ni début, ni fin, dans celui des livres et des cassettes vidéo qui entourent la télévision où défile le casting: une partie des titres est à l'endroit, l'autre à l'envers. Je me suis repassé d'ailleurs cette séquence deux fois pour avoir le temps de les lire car ces oeuvres n'ont pas été choisies au hasard, elles ont valeur programmatique. "De l'hédonisme au nihilisme", voilà ce qui les relie.

"Climax" ressemble à l'un de ces innombrables films d'horreur de série B qui montre une bande de jeunes décérébrés et interchangeables tomber dans un piège mortel du genre "Chroniques de Tchernobyl" (2011). Sauf qu'il y a un cerveau derrière qui orchestre sous forme de maelstrom de sensations sa vision on ne peut plus noire de l'existence. "Climax" s'ouvre sur un plan-séquence de 12 minutes que j'ai vu plusieurs fois, notamment à l'exposition "Disco" qui explore justement ce qui se cache derrière l'hédonisme de cette culture et son temple, la discothèque: une utopie du mélange dans laquelle toutes les barrières (de couleur, de genre, d'origine sociale) seraient effacées par la magie de la musique, de la danse et d'une atmosphère brouillant les repères (fumée, obscurité, lumières stroboscopiques). Cette séquence euphorique tourne ensuite après une période d'incubation où l'on mesure l'animalité et la vacuité de personnages réduits à leurs pulsions primaires au pur cauchemar quand la drogue cachée dans la sangria (la boisson du "melting-pot") fait son effet. Une sangria filmée également à la verticale par la caméra tout comme un nouveau numéro de danse en forme de "battle" ce qui renforce la figure du cercle infernal et annonce la suite. C'est au tour des repères moraux et sociaux d'être pulvérisés dans ce qui s'apparente à une grande orgie de sexe et de violence aboutissant à une destruction symbolique de l'espèce par l'infanticide et l'inceste. La caméra fait d'ailleurs très "oeil de dieu" et ce d'autant plus que le blanc envahit les premières et dernières images (jusque là saturées d'un rouge et d'un vert très organiques) avec des personnages défoncés au regard tourné vers le ciel. C'est à ce moment-là que les titres des oeuvres citées au début du film prennent tout leur sens, tels que "Salo ou les 120 jours de Sodome" (1975), "Un Chien andalou" (1929), "Suicide, mode d'emploi" ou "De l'inconvénient d'être né". Eprouvant, dérangeant, sans doute trop long dans sa dernière partie qui paraît interminable mais un film qui ne laisse pas indifférent.

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