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Sauvages

Publié le par Rosalie210

Claude Barras (2024)

Sauvages

"Sauvages" est le deuxième long-métrage de Claude BARRAS qui avait fait sensation il y a huit ans avec "Ma Vie de courgette" (2015). "Sauvages" n'a pas eu le même succès, largement éclipsé par le triomphe de "Flow, le chat qui n'avait plus peur de l'eau" (2022) sorti deux semaines après le film de Claude BARRAS. Il est d'ailleurs assez facile de cerner pourquoi "Sauvages" ne peut rivaliser avec le film de Gints ZILBALODIS ou avec le chef-d'oeuvre de Hayao MIYAZAKI, "Princesse Mononoke" (1997) alors que ces deux films recoupent largement la même préoccupation écologique. "Flow, le chat qui n'avait plus peur de l'eau" est un film muet qui donne à voir et à ressentir sans expliquer et encore moins asséner puisque les humains en sont absents. "Princesse Mononoke" outre sa dimension spirituelle évite le manichéisme et montre que les questions sociales ne recoupent pas toujours les questions écologiques. C'est un monde où "chacun a ses raisons". Dans "Sauvages", le stigmate associé aux peuples autochtones est retourné contre les entreprises de déforestation qui ravagent la biodiversité et mettent en péril les peuples autochtones. Mais si cela correspond effectivement à une réalité dans laquelle un gouvernement absent ou corrompu laisse les mains libres à des compagnies aux pratiques mafieuses n'hésitant pas à tirer sur ceux qui se dressent sur leur chemin, cela est néanmoins montré sans nuances. La population de l'île de Bornéo n'est pas représentée sinon sous la forme de quelques ouvriers et soldats et la question du développement est à peine abordée. En face, outre les indiens et animaux, principalement représentés par des enfants et des peluches vivantes pacifiques et bienveillantes sauf en situation de légitime défense on a la sempiternelle activiste écolo occidentale bien-pensante venue les aider (comme s'ils ne pouvaient pas se débrouiller tout seuls!). La nature est donc montrée comme toute mignonette et bienveillante à l'image de personnages manichéens. En bref, malgré une animation réussie, l'écriture est trop simpliste et didactique pour convaincre.

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Voyage en Italie (Viaggio in Italia)

Publié le par Rosalie210

Roberti Rossellini (1954)

Voyage en Italie (Viaggio in Italia)

Incontestablement un film-phare sur l'incommunicabilité, avant que ce terme n'échoit à Michelangelo ANTONIONI (dont l'oeuvre ne se résume pas à cet aspect d'ailleurs). Dans "Voyage en Italie", le déracinement au coeur d'une terre étrangère dont le couple de bourgeois britanniques ne comprennent ni la langue, ni les moeurs, ni même la cuisine (certainement plus gustative que la leur!) devient la métaphore de l'incapacité de chacun à fendre l'armure de l'autre. C'est comme cela que j'ai compris l'émotion très vive qui s'empare d'eux lorsqu'ils regardent l'exhumation à Pompei de deux formes humaines enlacées moulées dans du plâtre. Elle prépare celle dans laquelle, pris au coeur d'une procession populaire qui les entraîne loin l'un de l'autre comme un courant marin, ils parviennent enfin à se rejoindre, à s'étreindre et à s'avouer leurs sentiments enfin en communion avec la foule qui les entoure. Mais pour en arriver là, quel chemin de croix! Rien de tel que ce film pour démontrer les ravages des non-dits et des mécanismes de défense. George SANDERS est le choix idéal pour le rôle masculin, lui qui de film en film a incarné des séducteurs se drapant dans un bouclier de cynisme et de sarcasmes peu propice au développement d'une relation amoureuse harmonieuse. Face à lui, une Ingrid BERGMAN jouant une épouse profondément blessée par son attitude mais elle aussi murée dans le silence, préférant proférer ses reproches en se parlant à elle-même qu'en face de lui. Pas étonnant que ce couple dévitalisé n'ait rien à se dire, rien à partager et souffre en voyant l'autre plus heureux et plus ouvert en compagnie de tierces personnes. D'ailleurs on découvre que cette stratégie d'évitement de l'intimité est ancienne. L'isolement de chacun est également soulignée par leurs errances respectives, l'une du côté des catacombes et du Vésuve avec en tête un ancien amour mais qui ne croise que des squelettes et une terre stérile (comme l'est son mariage), l'autre à Capri à la recherche d'une aventure qui n'aura finalement pas lieu.

On voit donc également où se situe la modernité du film pour l'époque: dans l'importance donnée à la trajectoire physique, corporelle des personnages et à leur environnement géographique, culturel et social plutôt que dans l'introspection psychique. Nul doute que cette approche a inspiré Jean-Luc GODARD pour "Le Mepris" (1963) qui raconte l'histoire de la rupture d'un couple sous le soleil de Capri: "Capri, c'est fini et dire que c'était la ville de mon premier amour".

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The Killer

Publié le par Rosalie210

John Woo (1989)

The Killer

J'ai découvert l'existence de "The Killer" il y a près de 10 ans lorsque j'ai assisté une conférence sur les influences du film "Sparrow" de Johnnie To, un autre cinéaste hongkongais. Parmi ces influences figure "Le Samouraï" de Jean-Pierre Melville dont le moineau devient le titre du film de Johnnie To. Et c'est ce même "Samouraï" à qui John Woo a voulu rendre hommage en donnant au tueur à gages élégant le même prénom que celui joué par Alain Delon dans le film de Jean-Pierre Melville: Jeff* ("Ah-Jong" pour les locaux). Cependant, autant le polar de Jean-Pierre Melville est froid, sec et épuré, autant celui de John Woo est baroque, grandiloquent et sentimental. Comme dans d'autres films asiatiques, le mélange des genres y est constant et brutal avec des scènes de fusillade sanglantes filmées au ralenti, remarquablement découpées et chorégraphiées avec virtuosité (quel sens de l'espace!) alternant avec d'autres mélancoliques et introspectives ou d'un romantisme flamboyant. Quel que soit le genre, on remarque que Woo n'a pas peur de faire couler des torrents de sang et de larmes. Mais la conclusion est identique au film de Melville: la relation entre la chanteuse et le tueur à gages est vouée à l'échec.

Dès les premières images dans une église catholique qui sera aussi le théâtre du dénouement, le sujet du film est posé: il sera question de rédemption. Celle de Jeff (Chow Yun-fat) qui veut raccrocher les gants. Le personnage est à lui tout seul un tueur professionnel redoutable, un chevalier blanc jusque dans son costume, un homme qui obéit à un code d'honneur et un personnage christique. Son parcours va lui faire rencontrer un autre homme d'honneur, l'inspecteur Li Ying (Danny Lee) avec qui il va nouer une amitié, les deux hommes se surnommant "Mickey et Dumbo". Comme les pickpockets gentlemen de "Sparrow", les actions de Jeff sont altruistes: il s'agit de sauver les victimes collatérales des fusillades entre gangs comme une petite fille qui faisait des pâtés de sable sur la plage ou encore une chanteuse blessée à la tête et menacée de cécité.

Nul doute que "The Killer" a inspiré à son tour nombre de cinéastes, américains pour la plupart. A commencer par Tarantino avec le personnage de Samuel L. Jackson dans "Pulp Fiction" qui renonce à la violence après avoir été touché par la grâce. Ou encore la saga "Matrix" qui n'a jamais caché ce que ses scènes d'action chorégraphiées comme des ballets devaient aux maîtres asiatiques. Ou enfin Michael Mann dans "Heat" dans lequel un flic et un tueur nouent un lien d'estime et de respect mutuels.

 

* Il existe d'ailleurs un documentaire de référence sur la filiation entre le héros melvillien et les cinéastes asiatiques, "In the mood for Melville". 

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L'Année Juliette

Publié le par Rosalie210

Philippe Le Gay (1995)

L'Année Juliette

C'est avec "L'année Juliette" que j'ai cerné pour la première fois à sa sortie au cinéma il y a trente ans le personnage inventé par Fabrice LUCHINI dès ses premiers films ("Les Nuits de la pleine lune" (1984) et "La Discrete" (1990) surtout): un séducteur lunaire, mythomane et bonimenteur à l'imagination prolifique et romanesque et qui finit toujours par s'empêtrer dans sa confusion entre le réel et la fiction. Cependant, contrairement à nombre d'autres films, il ne joue pas ici un rôle d'intellectuel cultivé ou d'amoureux des lettres mais celui d'un séducteur immature et indécis menant de front deux relations qui pour ne pas s'engager tombe dans la mythomanie en s'inventant une petite amie imaginaire: la fameuse Juliette du titre. Non à partir d'un livre mais d'un nom entendu à l'aéroport, d'une confusion de valises (comme dans "Frantic") (1988), d'une affiche de concert et de la description d'un mélomane par lequel on apprend qu'elle porte une longue tresse noire. Même si nombre de situations créé par Camille font sourire (l'achat de vêtements par exemple), ses mensonges finissent par se retourner contre lui en même temps que son fantasme s'évapore dans un final aussi absurde que dramatique. Notons que "L'année Juliette" est pour Fabrice LUCHINI le premier film d'une fructueuse collaboration avec le réalisateur Philippe LE GUAY.

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La peur (La paura)

Publié le par Rosalie210

Roberto Rossellini (1954)

La peur (La paura)

Un film étouffant, tranchant, d'une froideur clinique qui s'apparente à une dissection des rapports conjugaux, l'amant étant relégué à la marge du film, contrairement à d'autres versions comme celle de Viktor TOURJANSKY. En revanche l'ex de l'amant payée par le mari pour faire chanter sa femme occupe une place prépondérante. Celle-ci, harcelée, acculée par un mari qui joue avec elle comme avec les cobayes de son laboratoire d'entreprise pharmaceutique finit par rechercher un ultime échappatoire dans la mort. Ingrid BERGMAN se retrouve pour la énième fois dans la peau d'une épouse victime d'un mari qui veut la détruire. Les fautes morales de son personnage (infidélité, mensonge) ne justifient pas la torture psychologique qu'elle subit. On retrouve ce déséquilibre au niveau de leurs enfants dans une scène éloquente où la petite fille frustrée par son cadeau cache celui de son frère et est punie par son père avant d'obtenir son pardon. Néanmoins cette version se singularise par son absence d'émotions. Le mari affiche un masque froid en toutes circonstances, la maître-chanteuse également sauf à la fin et même la victime réagit avec une froide détermination (la voix de Ingrid BERGMAN prend par moments des accents de couperet) qui l'éloigne quelque peu de l'esprit de la nouvelle de Stefan Zweig. Si ce film est le moins connu de la collaboration entre Roberto ROSSELLINI et Ingrid BERGMAN c'est qu'on sent qu'elle a tourné au vinaigre et qu'elle sent désormais le sapin. De fait ce sera le dernier film qu'ils tourneront ensemble et leur relation prendra également fin. Et ce n'est pas le ridicule happy end en contradiction avec le reste du film y qui changera quoi que ce soit.

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L'Homme qui plantait des arbres

Publié le par Rosalie210

Frédéric Back (1987)

L'Homme qui plantait des arbres

"L'Homme qui plantait des arbres" est un très beau film d'animation du réalisateur québécois Frédéric Back réalisé il y a près de 40 ans mais qui n'a jamais autant paru d'actualité. D'une certaine manière, il fait écho aux préoccupations écologiques et pacifistes des premiers films de Hayao MIYAZAKI qui lui sont contemporains mais sans le fantastique. Encore que le livre de Jean Giono publié en 1953 dont le film est l'adaptation se demande si le modeste berger Elzéar Bouffier n'a pas accompli l'oeuvre de dieu alors que quatre ans plus tard Maurice Druon révèle que Tistou qui grâce à ses pouces verts peut faire pousser les plantes en un clin d'oeil est un ange. Quant aux Totoro qui ont ce même pouvoir, ce sont des esprits de la forêt que seuls les enfants peuvent voir. Ce petit dialogue entre les oeuvres et les cultures me semble fructueux par le fait de relier enfance, nature, spiritualité et animation. Celle de "L'Homme qui plantait des arbres" réalisée au crayon fait penser à une suite de croquis, d'abord monochromes pour évoquer le désert, la mort, la désolation et les passions tristes pour terminer par une explosion de couleurs évoquant la peinture impressionniste lorsque tout renaît. La critique du monde industriel et du bellicisme se lit en creux dans l'attitude de Elzéar Bouffier qui sème des glands dans le désert pendant des décennies jusqu'à reboiser son environnement en se tenant à l'écart des vicissitudes du monde, frappé par deux guerres mondiales successives. "L'Homme qui plantait des arbres" est donc une oeuvre de reconstruction par la reconnexion avec la nature qui n'est pas sans rappeler un autre film, "L'homme qui murmurait a l'oreille des chevaux". (1998)

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Lupin: dans l'ombre d'Arsène

Publié le par Rosalie210

George Kay (2020)

Lupin: dans l'ombre d'Arsène

Je regarde peu de séries mais j'avais adoré "Sherlock" (2010) alors pourquoi pas une transposition à notre époque d'un autre mythe littéraire, Arsène Lupin? (qui d'ailleurs croise le détective anglais dans l'oeuvre de Maurice Leblanc) On ne pourra jamais assez louer les vertus de cette démarche qui permet de transmettre aux jeunes générations une oeuvre patrimoniale, encourage à lire et donne envie de fréquenter la salle de lecture Labrouste de la BNF dont la section Lupin dans la série finit par se retrouver surpeuplée par des fans pour la plupart étudiants! Et puis, coup de génie qui se traduit dans le succès international de la série, le fait d'avoir non seulement donné un coup de jeune à l'histoire et de l'avoir située dans les plus beaux lieux de Paris mais d'avoir confié le rôle principal à Omar SY qui est une star de renommée mondiale. "Lupin" a donc réussi l'exploit d'abattre nombre de barrières: générationnelles, linguistiques, culturelles mais aussi ethniques ce qui donne à la série une portée universelle en phase avec les idéaux des Lumière. C'est peu ou prou le même cocktail qui avait fait de la cérémonie d'ouverture des JO en 2024 un événement marquant à la résonance également mondiale. On voit donc qu'à l'inverse du cinéma hexagonal très frileux quand il s'agit de s'ouvrir à la diversité, les productions culturelles françaises conçues pour le marché mondial ("Lupin" est distribué par Netflix qui est présente dans plus de 190 pays!) mettent sur le devant de la scène leurs stars d'origine immigrée. Par un effet boomerang, la population française issue de la diversité peut s'identifier à des héros ou des lieux dépeints à l'origine comme "blancs" mais qui en réalité sont universels.

Un des aspects les plus jouissifs de la série aux accents de revanche sociale est d'ailleurs la manière dont Assane Diop joue de son identité (elle-même multiple puisqu'il est un transfuge de classe comme son interprète) en exploitant les préjugés de la société française pour les retourner à son avantage. Par exemple on le voit à plusieurs reprises se déguiser en agent d'entretien, préposé au vestiaire, jardinier ou livreur pour infiltrer les lieux à voler, tous fréquentés ou détenus par la haute société qui ne fait pas attention à lui: "on me voit mais on ne me regarde pas". Dans le dernier épisode de la saison 3 où il dupe un colonel en se faisant passer pour son ancien guide au Tchad, il ironise sur le fait qu'il ne le reconnaît pas en citant ses propos "vous avez dit vous-même qu'ils se ressemblent tous" et avec sa mère sur le fait qu'il y a plus invisible encore qu'un homme noir de 40 ans, une femme noire de 60 ans. Ce n'est pas le seul épisode qui égratigne la France, celui dans lequel un de ses complices infiltré au sein de la BRI (Pierre LOTTIN) dit qu'empêcher le vol de la perle noire est une question d'honneur pour la France entre en résonance avec le récent vol de bijoux au Louvre qui a été perçu comme une humiliation nationale.

Au final, la série, très divertissante, pleine d'allant et de charme se suit avec un grand plaisir. Le casting d'ailleurs a eu l'air de se régaler (même Ludivine SAGNIER retrouve un peu son espièglerie passée) même si question vraisemblance il faut avaler d'énormes couleuvres et même si j'ai trouvé la troisième saison plus faible que les deux premières, centrées sur une vengeance à la Monte-Cristo. D'autre part l'alternance systématique du présent et de flashbacks sur la jeunesse du héros, sa formation et ses motivations (venger son père puis sauver sa mère) deviennent assez lourdes à la longue.

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L'Etranger

Publié le par Rosalie210

François Ozon (2025)

L'Etranger

Peut-être un peu contradictoire, cette adaptation de "L'Etranger" par Francois OZON mais comme le désir et la mort cheminent souvent ensemble, mettre l'accent sur le premier fait d'autant plus ressortir la seconde. La somptueuse photographie noir et blanc aide bien à unifier l'ensemble. Elle érotise les corps, fétichise le passé tout en faisant ressortir la minéralité implacable, écrasante, aveuglante du paysage algérien. La scène du crime est donc filmée comme une scène de désir avec des plans très rapprochés sur la peau en sueur du jeune homme arabe avant que celui-ci ne sorte la lame fatale chauffée à blanc dont les ondes parviennent jusqu'à Meursault (Benjamin VOISIN). Celui-ci apparaît finalement moins froid que désarmé face à ces forces qui le dépassent (celle du désir comme celle de la mort). "C'est la faute au soleil" dira-t-il pour justifier les cinq balles dans le corps de l'arabe; "J'étais fatigué" dira-t-il pour justifier son absence de larmes devant le cercueil de sa mère. Si j'ai trouvé que la fin du film dans laquelle Meursault est confronté à la justice et à l'Eglise est plus didactique et datée, même si elle est utile pour comprendre les raisons profondes de la condamnation d'un personnage qui refuse d'entrer dans le jeu que l'on exige de lui, l'environnement colonial dans lequel il évolue apparaît aux yeux d'un spectateur d'aujourd'hui dans toute sa violence raciste. Néanmoins si le film prend parfois des airs de reconstitution des années 30 (on songe à "Pepe le Moko") (1937), le contexte contemporain de la réalisation du film se fait sentir à travers la place accordée aux arabes qui acquièrent une identité et une voix propre à la différence du roman. La chanson de Cure, "Killing an Arab", elle aussi adaptée du livre d'Albert Camus vient clore en beauté cette adaptation plutôt réussie même si à l'image du roman, elle ne me touche guère. Excellente interprétation.

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This is Orson Welles

Publié le par Rosalie210

Clara Kuperberg, Julia Kuperberg (2015)

This is Orson Welles

Documentaire réalisé par les soeurs Kuperberg, spécialistes du cinéma hollywoodien des origines aux années 60, "This is Orson Welles" est un bon cru. Le film explore le paradoxe d'un réalisateur adulé par ses pairs mais dont la carrière en tant que cinéaste fut une suite d'échecs. Orson WELLES fut davantage apprécié du grand public comme acteur que comme metteur en scène. Son génie visionnaire ne fut pas compris aux USA, entraînant la perte de contrôle sur ses films, souvent mutilés par les studios hollywoodiens sans parler de ses projets inachevés. Artiste polyvalent, Orson WELLES fut également illusionniste, metteur en scène de théâtre et une grande voix de la radio. Même si la prétendue frayeur déclenchée par son récit de "La guerre des mondes" relève plus de la légende que de la réalité, elle le rendit célèbre et lui ouvrit les portes des studios. Cet aspect de sa personnalité se retrouve en interview où il prédit à sa fille qu'il sera adoré après sa mort. L'une des raisons de la réussite du documentaire est le panel resserré d'intervenants, qui ont tous connu le cinéaste à l'exception de Martin SCORSESE. On découvre avec une certaine surprise qu'aujourd'hui encore, Orson WELLES véhicule une image négative aux USA, celle d'un loser se fourvoyant dans des boulots alimentaires à la télévision alors qu'en Europe il est vénéré. Nul n'est prophète en son pays.

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Citizen Kane

Publié le par Rosalie210

Orson Welles (1940)

Citizen Kane

"Citizen Kane" est un film quelque peu écrasé sous le poids de sa propre légende. Proclamé, "plus grand film de tous les temps", il constitue une mine d'or en matière d'innovations dans le langage cinématographique, que ce soit dans la composition des plans, les éclairages, l'utilisation des archives ou dans la structure narrative non linéaire. Cette composition s'avère particulièrement adaptée pour tenter de cerner la personnalité de Charles Foster Kane, magnat de la presse milliardaire dont la folie des grandeurs contraste avec le vide absolu de sa vie et de son oeuvre. Le palais "Xanadu" est un parfait concentré architectural des contradictions de Kane: démesuré, grandiose mais jamais achevé et creux à l'intérieur. L'incapacité de Kane à entrer en relation avec autrui se lit ainsi à travers son obsession pour les collections d'objets et en particulier les statues, la profondeur de champ qui établit une distance considérable entre les personnages et fait paraître Kane très distant, très lointain, les contre-plongées qui lui donnent une dimension écrasante (et donc une fois de plus, pas à taille humaine), des éclairages expressionnistes qui tendent vers l'abstraction ou bien les miroirs qui renvoient à Kane sa seule image. Par conséquent il n'y a rien à trouver dans la vie de Kane et c'est pourquoi le journaliste qui cherche le sens de ses derniers mots, "Rosebud" en interrogeant les personnes qui l'ont connu termine avec un puzzle incomplet. "Rosebud" c'est le manque qui ronge Kane, une miniature de Xanadu, une boule de verre contenant un paysage figé dans un hiver éternel à l'image de la scène matricielle dans laquelle des adultes décident de sa vie tout en l'excluant. Logique qu'en devenant adulte à son tour, Kane échafaude des plans sur les autres sans tenir compte de leur ressenti, finissant à chaque fois plus seul et plus "pauvre" dans toute son opulente richesse qui apparaît soudain pour ce qu'elle est: dérisoire.

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