Masterclass de Sigourney Weaver après la projection de "Alien, le huitième passager" à la Cinémathèque le 7 novembre 2025
J'ai eu le privilège de pouvoir assister hier à la masterclass de Sigourney Weaver à la Cinémathèque à la suite de la projection de "Alien" de Ridley Scott. C'est la troisième fois que je le vois et la troisième fois que j'admire cette réussite totale que ce soit au niveau esthétique et visuel (les décors "biomécaniques" de HR Giger), au niveau de l'écriture du scénario qui et cela a été souligné hier ne comporte aucune scène inutile ou encore au niveau de la mise en scène, dans le huis-clos d'un vaisseau hanté par une créature invisible, séquences de plus en plus anxiogènes au fur et à mesure que l'équipage se réduit (Sigourney Weaver a fait le parallèle avec le roman policier le plus connu de Agatha Christie) jusqu'à ce que tout s'emballe avec le compte à rebours final. Non seulement le film n'a pas vieilli (et Sigourney ne s'est pas privée à ma grande joie de démolir l'usage du tout-CGI) mais il apparaît plus contemporain que jamais. L'humain face à la froideur du métal, face à l'inhumanité de la machine mais également de la compagnie qui la téléguide et qui sacrifie ces prolétaires de l'espace (terme employé pour définir l'équipage qui ne sont pas des chevaliers jedi mais des ouvriers pour la plupart) au nom du profit. Un enjeu social et technologique à l'heure où certains parlent d'avènement d'un technofascisme qui comme dans le film prendrait le pouvoir sur des humains infantilisés ("Mother" n'est pas très loin de "Big Brother"). L'enjeu féministe a également été évoqué, sachant que bien entendu le film n'a pas été pensé comme tel. Mais il découle selon moi logiquement du reste: face à la monstruosité (qui dépasse de loin le seul Alien), c'est la vulnérabilité de l'être humain qui est soulignée, que ce soit la fragilité et la passivité de Kane (John Hurt) vêtu seulement d'un maillot blanc, allongé dans les 3/4 de ses scènes et dont le corps est colonisé par la créature ou lorsque Ripley enlève ses vêtements alors que la créature rode juste à côté avant d'avoir l'idée de "muer" elle aussi, comme l'Alien. Sigourney Weaver a beaucoup évoqué les impro de son personnage qui tâtonne dans le noir. De même, l'impro et l'effet de troupe ont été décisifs (Sigourney Weaver venait du théâtre et n'avait presque pas tourné au cinéma avant "Alien"). Tout le monde sait par exemple que la scène de la naissance de l'alien n'avait pas été répétée et que les acteurs n'avaient pas été mis au courant ("quand la légende est plus belle que la réalité, on imprime la légende", John Ford, "L'homme qui tua Liberty Valance").
En tout cas, outre l'analyse d'un chef-d'oeuvre, la soirée d'hier m'a permis d'avoir une idée de la personnalité de Sigourney Weaver qui m'a fait forte impression. Décontractée, modeste et disponible (elle a pris le temps de faire une séance de dédicaces après une masterclass qui a duré plus d'une heure).
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