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The Furious (Huo zhe yan)

Publié le par Rosalie210

Kenji Tanigaki (2026)

The Furious (Huo zhe yan)

"The Furious" est un film qui se situe dans la grande tradition des films d'action asiatiques. Tourné en grande partie en Thaïlande avec un casting panasiatique (chinois, thaïlandais, indonésiens etc.), il s'agit d'une production hongkongaise mais avec un réalisateur japonais! On pense effectivement d'abord aux films d'arts martiaux de Hong-Kong mais l'intrigue a des points communs avec "The Host" (2006) de BONG Joon-ho. Il s'agit en effet d'une variation sur le thème de Moloch, ce démon qui dévorait les enfants. Dans "The Host" (2006) c'était un monstre né d'une pollution chimique américaine du fleuve Han de Séoul. Dans "The Furious" c'est une mafia qui enlève et séquestre des enfants pour les vendre à un réseau pédophile avec la bénédiction d'autorités corrompues ou inefficaces, un thème cher au thriller coréen. Mais la résolution de l'intrigue passe ici par de multiples vengeances croisées qui se manifestent au travers de combats d'arts martiaux sophistiqués et superbement chorégraphiés. Oubliez le réalisme: les combattants sont à peu près incassables et encaissent les chutes et les coups les plus violents avec stoïcisme. Comme les vampires, seul le transpercement a raison d'eux. Un split screen sur les différents regards des protagonistes fait penser logiquement au duel final du film de Sergio LEONE, "Le Bon la brute le truand" (1966). Malgré sa violence sèche, le film est cependant adouci comme dans "The Host" (2006) par la présence des enfants menés par la fille du personnage principal joué par Xie MIAO. Celui-ci est muet ce qui lève la barrière de la langue en donnant un maximum d'espace à l'expression visuelle et physique de sa souffrance émotionnelle, le cinéma asiatique étant souvent avare de mots. Par ailleurs, même si la fin est moins amère que chez BONG Joon-ho, le film ne nous épargne ni les chocs, ni les traumatismes (l'anéantissement par erreur de sa propre lignée qui rend fou le chef de la mafia) et nous montre au final une famille recomposée de rescapés de guerre tous abîmés d'une manière ou d'une autre.

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Argo

Publié le par Rosalie210

Ben Affleck (2012)

Argo

L'Iran et les USA, ennemis jurés depuis 1979 ont pourtant en commun une véritable ferveur pour le septième art. Tous deux sont des surperpuissances cinématographiques, l'un dominant le marché mondial avec Hollywood, l'autre les grands festivals. Alors que leurs relations diplomatiques sont glaciales, leurs images et leurs histoires circulent, se répondent et s'influencent mutuellement (que l'on pense à l'importance de la trilogie du Parrain dans le cinéma de Saeed ROUSTAEE ou à l'inverse aux deux Oscars du meilleur film étranger de Asghar FARHADI sans parler de son Ours d'or à Berlin et de son Grand Prix à Cannes).

Cette fascination commune est la clé de "Argo". Alors que les deux pays sont au paroxysme de la crise diplomatique ayant succédé à la révolution de 1979 avec la prise d'otages des employés de l'ambassade américaine, l'un des six diplomates exfiltré par l'agent secret Tony Mendez (Ben AFFLECK) se met à raconter l'intrigue du faux film qui leur sert de couverture à l'un des gardiens de la Révolution chargé de les contrôler à l'aéroport. Il décrit des vaisseaux spatiaux, des déserts lointains et des combats épiques (on était alors en pleine "Star Wars mania" et l'Iran était un marché de choix pour les blockbusters américains) à grand renfort de gestes et d'effets. On voit alors le regard du gardien changer. L'hostilité idéologique affichée s'efface brusquement devant une curiosité presque enfantine. En réveillant le spectateur qui est en lui, le diplomate parvient à le mystifier et lui offre même à la fin les storyboards du film. Ben AFFLECK qui est lui-même devant et derrière la caméra joue à fond sur la mise en abyme de son propre statut: un réalisateur jouant un espion qui se fait passer pour un producteur associé charger de repérer des décors!

Thriller haletant mené avec une efficacité imparable, "Argo" vaut aussi pour son mélange d'immersion dans les événements historiques dramatiques à Téhéran et de portrait haut en couleurs des coulisses d'Hollywood avec aux manettes le génial tandem formé par John GOODMAN (qui incarne le maquilleur de "La Planete des singes") (1974) et Alan ARKIN (le grand producteur). Le côté surréaliste du film provient de ce contraste pourtant inspiré de faits réels à savoir comment la vie de six personnes a reposé sur la crédibilité d'un film de SF de série B totalement kitsch. Même si Ben AFFLECK a pris des libertés avec la véritable histoire (en dramatisant les enjeux à la fin ou en sous-estimant le rôle joué par les canadiens dont l'ambassade a servi de refuge aux six diplomates évadés de l'ambassade), le résultat restitue avec puissance le basculement de tout un pays dont l'ouverture rappelle avec honnêteté qu'il est aussi le fruit des ingérences américaines passées.

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Klute

Publié le par Rosalie210

Alan J. Pakula (1971)

Klute

"Klute" est un film magnifique, passionnant et mystérieux. Bien que se rattachant au nouvel Hollywood et à une lignée de thriller paranoïaques de la surveillance, il est profondément original. Sans doute en raison de la place prise par le personnage féminin, Bree mais aussi la manière dont elle est filmée. On sent constamment le regard voyeuriste du prédateur qui pèse sur elle et l'enferme dans des cadres et dans l'obscurité concoctée par "le prince des ténèbres", alias le chef opérateur Gordon WILLIS. La musique de Michael SMALL renforce l'aspect irréel, parfois hypnotique des scènes. Dans la jungle new-yorkaise, Bree se présente comme maîtresse de son destin exerçant son pouvoir sexuel sur les hommes mais la mise en scène et les développements du film nous font découvrir qu'elle est en réalité un jouet du patriarcat et une proie. De la scène où elle passe un casting au milieu de dizaines d'autres jeunes filles considérées comme de la "chair à consommer interchangeable" à celle où elle retombe sous la coupe de son souteneur, il n'y a qu'un continuum. Le prédateur qui l'épie dans l'ombre enregistre ses propos à son insu pour la harceler et la broyer. Jane FONDA est géniale dans le rôle de ce petit chat sauvage qui griffe quand on l'approche mais s'avère d'une totale vulnérabilité.

Car si Bree se livre totalement à nous sous toutes ses facettes c'est parce que Alan J. PAKULA a l'idée géniale de la confronter à un homme mystérieux qui est l'antithèse absolue du prédateur. Tendant vers l'abstraction à la manière d'un ange gardien bienveillant (j'ai pensé plusieurs fois à Damiel dans "Les Ailes du desir") (1987), John Klute est ce détective privé quasi fantomatique, presque lunaire qui veille sur elle sans la juger, sans réagir à ses agressions et provocations, sans rien demander en retour. Dans le rôle, l'étrangeté de Donald SUTHERLAND fait merveille et celui-ci peut donner la main à d'aussi illustres prédécesseurs que Charles CHAPLIN avec une fin qui m'a fait penser à celle de "Les Temps modernes" (1936). Le film est l'histoire de cet apprivoisement et c'est cette dimension quasi spirituelle, décortiquée par Bree lors de ses séances de psychanalyse qui apporte la lumière qui éclaire enfin ces ténèbres. L'incroyable séquence de courses au marché où Bree se colle à Klute et agrippe le pan de sa chemise comme une petite fille un peu perdue révèle son profond besoin de sécurité à l'opposé de ses propos. Et comme le titre du livre d'Alice Miller le souligne, "le corps ne ment jamais".

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Donnie Brasco

Publié le par Rosalie210

Mike Newell (1997)

Donnie Brasco

J'ai été profondément touchée par ce film et ce, dès le générique de début que j'ai d'ailleurs revu une fois le film terminé parce que début et fin sont étroitement connectés. On voit un homme (Johnny DEPP) à qui on offre une médaille et un chèque devant sa famille mais qui est visiblement ailleurs parce que son esprit est resté en arrière, avec Lefty (Al PACINO). "Donnie Brasco" qui s'inspire d'une histoire vraie raconte l'histoire d'un agent du FBI qui sous une identité d'emprunt, celle d'un receleur de bijoux va infiltrer une famille de la mafia sans se douter qu'il va y perdre son identité. En effet pour mener à bien sa tâche, il entre en contact avec le loser de la bande, Lefty, un affranchi vieillissant, malade et désabusé, condamné aux tâches subalternes qui voit en Donnie le fils brillant qu'il n'a pas eu (son fils à lui est toxicomane). Donnie s'attache à ce père de substitution qui lui offre sa vérité brute sur un plateau là où son milieu professionnel comme familial lui paraît lointain. Le coeur de Donnie bascule sans même s'en rendre compte vers ce père d'adoption qui en un sens lui ressemble (ni l'un ni l'autre ne se sentent vraiment à leur place dans leur propre camp) alors même qu'il est obligé de lui mentir. Il se retrouve donc écartelé entre deux formes de loyauté et deux identités (Donnie Brasco le mafieux et Joe Pistone l'agent du FBI) qu'il ne peut pleinement habiter ce qui est le propre de la tragédie. Il finit par ressembler à une victime de stress post-traumatique qui a été marqué dans sa chair par une expérience de vérité si intense qu'il s'avère incapable de réintégrer le monde "normal" d'autant que son expérience est incommunicable. Comment expliquer à de "bons citoyens" qu'un mafieux peut porter en lui plus d'honnêteté que eux tous réunis? C'est cette vérité-là qui consume de l'intérieur Donnie qui ne se remet pas d'avoir dû trahir son mentor au point d'être désormais incapable d'amour pour les siens. Johnny DEPP joue de nouveau cet inadapté magnifique que l'on avait vu dans "Edward aux mains d'argent" (1990) de Tim BURTON et Al PACINO est une fois de plus exceptionnel, parvenant à traduire l'âme fatiguée de cet homme dans sa posture affaissée, son regard de chien battu et sa démarche alourdie.

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Rapt à l'italienne (Mordi e Fuggi)

Publié le par Rosalie210

Dino Risi (1973)

Rapt à l'italienne (Mordi e Fuggi)

Vu dans le cadre d'une rétrospective à la Cinémathèque consacrée aux films de l'Italie des années de plomb, "Rapt à l'italienne" bien que s'inscrivant dans un contexte historique absolument dramatique* reste une "Commedia all'italiana" de la lâcheté masculine. Comme les deux autres films de cette informelle trilogie, "Mariage a l'italienne" (1964) et "Divorce a l'italienne" (1961), Marcello MASTROIANNI nous fait un numéro de déconstruction du "latin lover" absolument savoureux. Sous les yeux de sa jeune et belle maîtresse Danda (Carole ANDRE), on voit celui-ci telle une grosse baudruche se dégonfler sous l'impact de la réalité: leur enlèvement par un groupe de gauchos en cavale après un braquage qui a mal tourné et qui veut se servir d'eux comme otages pour obtenir une rançon, un avion et fuir le pays. Alors qu'au début du film, le monsieur se pavane dans ses habits sur-mesure, sa décapotable bling-bling et sa jeune et jolie maîtresse, on le voit avec délectation perdre toute sa superbe pour se comporter en véritable "lavette", négociant son échange avec d'autres et acceptant même que Danda couche avec le chef de commando (Oliver REED), "un homme un vrai" pour tenter de sauver sa peau. Le paon sans colonne vertébrale finit donc en un pathétique tout petit tas replié sur lui-même.

Dino RISI utilise cette situation de prise d'otages comme moyen de faire un portrait sociologique au scalpel, s'offrant au passage une satire féroce de la société du spectacle. La voiture du commando contenant les otages est en effet prise en chasse par les policiers mais aussi par une véritable armada médiatique et publicitaire assoiffée de scoops mais aussi de propagande, la télévision étant encore la chasse gardée de l'Etat. La liquéfaction de Giulio sous les caméras de la RAI est donc aussi une mise à mort nationale, le pilier de la société s'effondrant en direct.


* Période historique située entre la fin des années 60 et le début des années 80 marquée par une tension politique extrême émaillée de violences menées par des militants d'extrême-gauche et d'extrême-droite en lien avec la guerre froide. Les enlèvements, les vols à main armée, les demandes de rançon et surtout les attentats se sont multipliés durant la période. L'Italie a été particulièrement touchée parce que certains éléments des services de l'Etat plus ou moins eux-mêmes instrumentalités par des puissances étrangères ont interprété les agissements des groupuscules d'extrême-gauche comme une volonté d'instaurer un régime communiste en Italie et ont eux-mêmes orchestré des violences beaucoup plus massives et aveugles dans l'espoir de faire basculer le pays dans l'autoritarisme (comme au Chili en 1973 avec le coup d'Etat contre Allende par Augusto Pinochet). L'Italie a donc été confrontée à la foi à un terrorisme d'extrême-gauche, un terrorisme d'Etat et un terrorisme d'extrême-droite

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Une histoire d'amour

Publié le par Rosalie210

Guy Lefranc (1951)

Une histoire d'amour

Très belle découverte que ce film qui aurait pu s'intituler "un soleil se couche, un autre se lève". Celui qui se couche, c'est Louis JOUVET dans son dernier rôle, impérial de dignité malgré ses traits altérés par la maladie (il disparut quelques jours après la fin du tournage). Celui qui se lève, c'est Michel AUDIARD alors débutant qui signe le scénario et les dialogues sertis pour briller dans la bouche de Jouvet. Sa plume aiguisée est alors moins au service des bons mots que d'une critique acerbe de la bourgeoisie sous couvert d'histoire d'amour impossible entre Catherine, une jeune fille de bonne famille (Dany ROBIN) et Jean (Daniel GELIN), comptable travaillant dans l'entreprise du père de Catherine, Charles Mareuil. Celui-ci n'est autre que l'ancêtre de Régnier, l'odieux beau-père de Hélène dans "La Rupture" (1970). Il y a comme un air de famille entre le jeu de Marcel HERRAND et celui de Michel BOUQUET, cette morgue de classe qui fait dire à l'un qu'il ne veut pas avoir pour gendre un "voyou", un garçon qui n'a "aucun avenir", le fils d'un "sale petit bonhomme" et à l'autre qu'il refuse de discuter avec "cette femme" (en réalité sa belle-fille), qu'il "l'élimine". Dans les deux cas, la mésalliance est vue comme une anomalie qui doit être neutralisée pour restaurer l'ordre de la lignée. Quand on a compris cette logique, chaque phrase que Michel AUDIARD met dans la bouche de Louis JOUVET qui joue le rôle de l'inspecteur chargé d'enquêter sur le suicide des jeunes amants ou bien de Dany ROBIN claque comme un coup de fouet.

Extraits choisis:
" Les Mareuil ont trois bêtes noires: les congés payés, le cinéma et les histoires d'amour" (Catherine) soit trois formes de désordre: social (la rue), culturel (l'imaginaire) et familial (le coeur).

" La stupidité congénitale n'est pas prévue dans le code. Aucune loi n'interdit aux imbéciles d'avoir des enfants" (inspecteur Plonche) ou l'art de renvoyer la balle de la "tare" à son adversaire (pour mémoire, Régnier traitait l'avocat d'Hélène de "loqueteux", incluant les serviteurs de l'intérêt général dans son mépris de classe).

"Il y a des gens qui s'empoisonnent parce qu'ils en ont marre d'être empoisonnés par les autres. Il y a ceux qui s'empoisonnent toute leur vie et puis ceux qui s'empoisonnent d'un seul coup. C'est une question de point de vue." (Plonche)
"Dites, ce n'est pas un crime au moins?" (Odile)
"Ca aussi c'est une question de point de vue." (Plonche)

Là encore on a une brillante allusion au choix du jeune couple de décider de leur destin même sous forme tragique façon façon "Roméo et Juliette" plutôt que d'être des pions entre les mains de leurs familles respectives, la bourgeoisie étant renvoyée à sa lente asphyxie autant qu'à ses moeurs réac.

Si on ajoute en plus que ces scènes dialoguées brillantes alternent avec des flashbacks lyriques où le jeune couple paria (d'une sobriété exemplaire) est filmé en gros plan dans le désert et dans les ruines de son exil social au milieu d'un voyage immobile (la carcasse d'autocar flanquée d'un panneau faisant allusion à des noces), on saisit toute l'ironie tragique d'une situation où en proclamant que Jean "n'a pas d'avenir" (social), Mareuil condamne en même temps sa fille à ne pas avoir d'avenir (tout court).

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Il faut tuer Birgitt Haas

Publié le par Rosalie210

Laurent Heynemann (1981)

Il faut tuer Birgitt Haas

Par delà quelques ficelles scénaristiques un peu grosses destinées à forcer la relation amoureuse entre Charles-Philippe et Monika/Birgitt, le film de Laurent HEYNEMANN nous fait respirer à pleins poumons l'atmosphère poisseuse d'une sale période, celle des années 70-80. Celle du chômage de masse en France et des années de plomb en RFA si bien retranscrites dans "Moi, Christiane F., 13 ans, droguee, prostituee..." (1980) mais que l'on trouve aussi dans la trilogie de l'errance de Wim WENDERS. Lisa KREUZER est d'ailleurs l'une des actrices phares de cette trilogie. Dans le sillage de la guerre du Vietnam et de mai 1968, la jeunesse allemande se révolte contre celle des parents et de leur attitude supposée passive ou complice avec le troisième Reich. Une partie de cette jeunesse étudiante se radicalise en basculant dans le terrorisme d'extrême-gauche dont plusieurs figures féminines telles que Gudrun Ensslin ou Ulrike Meinhof qui aurait directement inspiré le personnage de Birgitt Haas. A la violence de ces groupes répond la violence de l'appareil d'Etat qui est mise en lumière dans le film. Afin de la rendre sympathique, Birgitt est présentée comme une ancienne terroriste retirée des affaires à qui l'Etat fait porter le chapeau de nouveaux attentats commis en réalité par l'extrême-droite. Les services secrets allemands proposent alors un deal à un groupe du contre-espionnage français: en échange d'un renseignement précieux, ils leur demande d'éliminer Birgitt. L'un des membres du groupe, Colonna (Bernard LE COQ) y voit l'occasion de se débarrasser du mari de sa maitresse, Charles-Philippe Bauman, un loser absolu, chômeur et dépressif en le jetant dans les bras de Birgitt réputée être une croqueuse d'hommes. On remarquera au passage l'image que ces boys club se font de ces femmes. Il suffira ensuite qu'une doublure de Bauman l'assassine pour que cela passe crème. Là aussi, toute une époque revit sous nos yeux, celle de tribunaux peuplés d'hommes absolvant les féminicides requalifiés en "crimes passionnels". Derrière l'histoire inspirée de la fraction armée rouge, c'est donc une machine à broyer les femmes rebelles qui se met en route et le fait que le réalisateur prenne parti pour Birgitt, seule contre tous ou presque est tout à son honneur.

Laurent HEYNEMANN qui a été l'assistant de Bertrand TAVERNIER reforme le duo d'acteurs de "L'Horloger de Saint-Paul" (1973). Philippe NOIRET devient Athanase, le chef du "Hangar", ce groupe de contre-espionnage français chargé d'éliminer Birgitt alors que Jean ROCHEFORT hérite du rôle de Charles-Philippe dont le désespoir mais aussi la candeur et au final la droiture morale déjoue les plans de ceux qui croient le manipuler. Encore que le personnage d'Athanase soit plus complexe que ce que l'on imagine au départ puisqu'il apparaît comme un hommes à la fois empathique et fidèle à des principes. Quant à Charles-Philippe, il impose une autre vision de l'homme que celle des prédateurs qui l'entourent auprès d'une femme forte pour laquelle il ne cache pas son admiration. Vu avec nos yeux d'aujourd'hui, ce couple improbable apparaît sacrément révolutionnaire. A noter, l'apparition d'un acteur que j'aime beaucoup dans le rôle de l'un des anciens compagnons d'armes de Birgitt, Andre WILMS.

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Alter Ego

Publié le par Rosalie210

Bruno Lavaine et Nicolas Charlet

Alter Ego

Sur le papier, le pitch avait l'air alléchant. Et la BA, très drôle donnait envie. Mais l'enjeu était de savoir si à partir de l'idée loufoque de départ, le reste allait suivre. Le fait est que même si "Alter ego" relève davantage de l'humour grinçant que du vaudeville, il parvient d'une part quand même à trousser quelques scènes poilantes et surtout à nous surprendre. Car non, tout n'est pas révélé dans la bande annonce, loin de là. D'ailleurs dès les premières scènes, sous le comique de situation (les deux sosies dont personne ne remarque la ressemblance sauf Alex) et de caractère (Axel le winner sportif, polyvalent et bête de sexe versus Alex le loser pas fichu de monter correctement une tente) perce un malaise qui ne fait que s'amplifier tout au long du film. Un malaise lié en partie à la montée de la paranoïa chez Alex qui espionne son alter ego avec des jouets d'enfant mais surtout au cadre étouffant de la vie de banlieue. Le double devient la métaphore du conformisme puisque Axel est le miroir d'Alex mais "en mieux" entendez par là qui a mieux réussi: il a des cheveux, un large sourire, une confiance en lui à toute épreuve, une femme mannequin vraisemblablement russe. Il a la même maison de celle d'Alex mais avec une cave contenant des milliers de bouteilles de vin et le même job mais qu'il réorganise à la manière américaine pendant qu'Alex se placardise tout seul. Les réalisateurs maximisent l'effet miroir avec les maisons mitoyennes séparées par une simple haie ou les bureaux qui se font face, sauf que le comportement d'Alex qui part de plus en plus en vrille pour trouver la faille de son alter ego instille un suspense et une tension croissante. La fin que ne renierait pas un Quentin DUPIEUX bascule dans le registre du polar horrifique teinté d'absurde en nous dévoilant les dessous peu reluisants de la vie du beau mâle alpha aux apparences si parfaites. Laurent LAFITTE fait un grand numéro dans son double rôle, parvenant à créer depuis le phrasé jusqu'à la posture corporelle deux personnages si distincts qu'on a du mal à croire nous aussi qu'il s'agit du même acteur. On s'amuse aussi de quelques personnages pas piqués des vers: le collègue un peu benêt d'Alex, Denis (Marc FRAIZE) et la moustache de sa supérieure jouée par Zabou BREITMAN.

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Le Visage derrière le masque (The Face Behind the Mask)

Publié le par Rosalie210

Robert Florey (1941)

Le Visage derrière le masque (The Face Behind the Mask)

Très belle prestation de Peter LORRE dans ce film court qui en préfigure d'autres sur la désillusion du rêve américain. Il commence comme une comédie à la Frank CAPRA avec son héros naïf et plein de bonne volonté tout juste débarqué à New-York. Puis après l'anéantissement de ses espoirs avec l'incendie de l'hôtel, on bascule dans le drame social avec la déchéance de Janos et de son compagnon de galère, Dinkie (George E. STONE), l'un défiguré et l'autre malade que personne ne veut embaucher et qui se retrouvent sans-abri. C'est alors qu'un nouveau twist nous amène dans un film noir à la lisière du fantastique avec un Janos désormais recouvert d'un masque en latex comme "Fantomas" (1964) devenu chef de gang et rebaptisé Johnny. La rencontre d'Helen qui est aveugle marque un nouveau virage vers la romance et un nouvel espoir pour le héros redevenu Janos, entre Charles CHAPLIN et Frank BORZAGE avant qu'une nouvelle catastrophe ne vienne conclure le film sous la forme d'une vengeance dans le désert. Bien que cela fasse beaucoup pour un seul homme et que les ficelles mélodramatiques soient parfois grosses, il n'en reste pas moins que la mise en scène de Robert FLOREY montre un vrai savoir-faire, que la photographie en clair-obscur rappelle l'expressionnisme et que la présence de Peter LORRE suffit amplement à expliquer l'intérêt de l'exploration de toutes ses facettes. Ne pouvant pas se servir durant une bonne partie du film de son visage, il n'en écrase pas moins la concurrence rien qu'avec le timbre unique de sa voix et un plan particulièrement bien choisi nous montre également l'expressivité de ses mains.

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Au nom de la loi

Publié le par Rosalie210

Maurice Tourneur (1932)

Au nom de la loi

Pas vu "Au nom de la loi" dans une copie top ce qui a sans doute influé sur ma perception d'un film assez décousu scénaristiquement (et tourné au début du parlant ce qui se ressent). Mais quelques scènes sont très réussies comme celle de l'assaut final dans la pièce où s'est retranché le truand jusqu'au-boutiste. Par son amplitude, elle atteint le niveau des productions américaines du même genre et de la même époque du type "Scarface" (1931). Autre qualité que l'on peut souligner, le réalisme documentaire, tant du travail des policiers que du milieu de la pègre grâce à un tournage en milieu naturel qui restitue l'atmosphère du Paris de cette époque. L'interrogatoire musclé d'un truand brut de décoffrage (Gabriel GABRIO) faisant le taxi possède un vrai relief, d'autant que dans le rôle de l'un des flics, Charles VANEL se distingue déjà par son charisme. Dommage que l'intrigue sentimentale entre Marcel le flic et Sandra la femme fatale (jouée par une actrice ayant un vrai charisme, Marcelle CHANTAL mais plutôt habituée aux rôles bourgeois) soit tellement sacrifiée. D'ailleurs elle n'est pas fatale à Marcel qui s'en tire avec une petite leçon de morale pleine d'indulgence, la faute retombant tout entière sur Sandra. Si Maurice TOURNEUR s'inspire du film noir américain, cette misogynie est en revanche familière au cinéma gaulois de ces années-là.

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