Emouvant fragment d'une minute d'un documentaire de 1918 consacré au travail effectué par la sculptrice américaine Anna Ladd pour créer des masques d'une grande finesse destinés à aider les gueules cassés de la grande guerre à se réinsérer dans la société. On en voit plusieurs venir la voir dans l'atelier qu'elle a occupé dans le sixième arrondissement de Paris de 1917 à 1920 lorsqu'elle travaillait pour la Croix-Rouge américaine. Elle moulait leur visage et sculptait leurs traits pour créer des masques-prothèses les plus proches possibles de leur apparence d'origine. Evidemment ils ne pouvaient pas remplacer les fonctions motrices perdues et la minutie du travail artisanal effectué par une seule personne prenait du temps si bien qu'une toute petite minorité de gueules cassées ont pu bénéficier de son travail (inférieure à 1% du total des personnes défigurées durant la Grande Guerre en France). Et ce d'autant qu'elle a dû cesser son activité en 1919 faute de financement. L'Etat a en effet abandonné ces hommes, les blessures de la face n'étant reconnues invalidantes (et donc susceptibles d'être indemnisées) qu'en 1925. Heureusement que quelques femmes comme elle ou Suzanne Noël, pionnière de la chirurgie esthétique se sont penchés sans attendre sur ces souffrances terribles. On pense au beau film de Albert DUPONTEL, "Au revoir la-haut" (2016).
C'est le premier grand rôle au cinéma de Anna May WONG qui n'avait alors que 17 ans, ce qui lui permis ensuite d'être repérée par Douglas FAIRBANKS pour "Le Voleur de Bagdad" (1924). C'est aussi le premier film réalisé en technicolor et le résultat est splendide avec une richesse et un raffinement dans le choix des couleurs, des costumes et des paysages qui se retrouve jusque dans les intertitres qui ressemblent à des estampes japonaises. Par ailleurs, si les films colorisés existent depuis les débuts du cinéma, la technique mise en oeuvre ici donne au film (restauré en 1985) une allure très moderne qui désoriente quelque peu le spectateur. S'il n'était pas muet on pourrait tout à fait croire qu'il a été réalisé dans les années 30 ou 40. Enfin, le scénario adapté de l'opéra de Puccini, "Madame Butterfly" et transposé en Chine est de Frances MARION, la scénariste la plus en vue de l'époque avant que le parlant ne balaye les femmes des fonctions de commandement de l'industrie cinématographique.
Mais si par certains aspects, "Fleur de lotus" est un film en avance sur son époque (et sur les suivantes), par d'autres, il offre hélas le témoignage des préjugés racistes qui allaient pourrir la carrière hollywoodienne de Anna May WONG. Celle-ci, enfermée dans un rôle fleurant bon l'exotisme orientaliste joue le rôle tragique d'une jeune fille séduite et abandonnée par un amant WASP aussi insipide que lâche. Dès que sa famille lui demande de retourner aux USA et que ses amis commencent à évoquer l'inconvenance de sa situation, on voit tout d'un coup Allen Carver cesser de regarder Fleur de lotus dans les yeux ce qui n'est pas très bon signe. Mais celle-ci s'enferme dans le déni, jusqu'à ce que Carver, qui ne lui a pourtant donné aucune nouvelle revienne quelques années plus tard, flanquée de son épouse WASP bien comme il faut. C'est dire la considération qu'il a pour elle. Coup de grâce qui montre bien les biais d'écriture de l'époque: Fleur de lotus non seulement ne lui en veut pas mais elle confie à sa femme l'enfant qu'ils ont eu ensemble (enfant d'ailleurs à l'apparence 100% anglo-saxonne) avant d'aller se jeter à la mer, sous-entendu: je suis une intruse, je m'efface du paysage.
Mais là encore, le film n'est pas ce qui s'est fait de pire en la matière. De même que le parlant a évincé les femmes des postes de pouvoir dans le cinéma hollywoodien, il a coïncidé avec la mise en place du code Hays qui a aggravé le sort réservé aux minorités. C'est en partie à cause de lui que Anna May WONG a vu le rôle pourtant a priori fait pour elle de "Visages d'Orient" (1936) lui échapper au profit d'une actrice blanche grimée en asiatique. Le code, reflet des mentalités suprémacistes et ségrégationnistes de la société américaine interdisait de montrer des relations amoureuses à l'écran entre acteurs issus d'ethnies différentes. Par la force des choses, Anna May WONG a eu donc une carrière contrariée mais sa combativité, ca capacité à se réinventer en n'hésitant pas à changer d'air pour échapper aux stéréotypes et l'épreuve du temps ont fini par lui donner la place qu'elle méritait, celle d'une pionnière.
Quatrième film de Rene CLAIR, "Le Voyage imaginaire" est un assemblage hétéroclite de séquences fantastiques reliées par une trame réaliste: un employé de banque lunaire amoureux d'une dactylo courtisée par deux collègues et par le patron ne parvient pas à s'imposer (ce que symbolise la belle séquence des fleurs qui passent de main en main). Il s'échappe alors dans le rêve ou plutôt dans les rêves. Une ficelle aujourd'hui usée jusqu'à la corde mais qui ne l'était sans doute pas il y a 100 ans! En tout cas, même si on a l'impression de suivre un film à sketches, les séquences oniriques sont remarquables dans leur créativité et leur diversité. Tout en rendant hommage à Lewis Carroll, aux trucages de Georges MELIES et à Charles CHAPLIN (plus précisément à "Une Vie de chien" (1918) et "Le Gosse") (1921), Rene CLAIR appose sa marque lors d'une séquence située sur les hauteurs de Notre-Dame qui fait aussitôt penser à son deuxième film, "Paris qui dort" (1925). Par ailleurs d'autres séquences font penser à des films ultérieurs tels que "Le Magicien d'Oz" (1938) (un monde imaginaire reconstitué en studio avec bonne et mauvaise fée), "La Nuit au musee" (2006) (avec les statues de cire du musée Grévin qui prennent vie après la fermeture) ou encore certains passages animés dans les films de Wes ANDERSON (les personnages qui glissent dans le tunnel). Par ailleurs Lucie, Jean et ses deux rivaux apparaissent dans toutes les séquences, parfois métamorphosés en animal (souris, chien) ou privés de leurs vêtements par un crocodile facétieux. En bref, c'est décousu mais charmant et inventif et ce n'est sans doute pas un hasard si la Cinémathèque à demandé à Michel GONDRY d'écrire le commentaire.
Un an avant "La Femme sur la Lune" (1929) qui constituait une sorte de transition entre la SF fantaisiste à la Georges MELIES et celle, plus scientifique de "2001 : l'odyssee de l'espace" (1968), Fritz LANG réalisait un autre film de genre à la ligne claire et aux airs de sérials lui aussi adapté d'un roman de sa femme, Thea von HARBOU, sobrement intitulé "Les Espions" (1928). Outre son titre évocateur, celui-ci a contribué à poser les canons du genre: l'agent du bien au service de son Etat contre une organisation maléfique et occulte dirigée par un méchant omnipotent à la façade respectable, des documents volés compromettant la paix du monde, des pièges, des course-poursuites, des femmes fatales, des traîtres etc. Plusieurs éléments visuels et narratifs sont ainsi repris dans "Les 39 marches" (1935). Cependant il existe encore des éléments relevant du mélodrame au sein du film (le thème de l'amour impossible entre les deux espions, le suicide) et surtout, le scénario manque de rigueur. Par exemple, le personnage de Lady Leslane (Herta von WALTHER) disparaît en cours de route sans explication, sans doute parce que redondant avec celui de Sonja qui subit également un chantage de la part de son "maître" mais alors, pourquoi l'avoir fait figurer au début du film? Il en va de même avec l'art du camouflage de l'agent n°326 qui devient très rapidement un jeune premier fadasse. Quant à son antagoniste, Haghi qui fait très fortement penser au docteur Mabuse (et pour cause, c'est le même acteur qui l'interprète, Rudolf KLEIN-ROGGE, abonné aux rôles de méchants des films de Fritz LANG), il n'exploite pas non plus pleinement son art du déguisement malgré une fin spectaculaire à la "mourir sur scène", idée reprise par Alfred HITCHCOCK. Les péripéties sont également passablement embrouillées ce qui gâche un peu le plaisir même si le film comporte quelques remarquables morceaux de bravoure (l'accident de train!). A noter que les rôles des deux espions amoureux sont joués par les deux acteurs qui interprèteront également ceux du couple à l'amour contrarié de "La Femme sur la Lune" (1929): Willy FRITSCH et Gerda MAURUS dont c'était le premier grand rôle.
"La femme sur la lune", dernier film muet de Fritz LANG n'est pas très connu. Il faut dire qu'en matière de voyage spatial, le cinéma a fait plus marquant avant ("Le Voyage dans la Lune") (1902) et après ("2001 : l'odyssee de l'espace") (1968). Dans des décors de carton-pâte qui n'ont pas tellement évolué depuis Georges MELIES on se retrouve avec un style ligne claire étonnant de la part de ce maître de l'expressionnisme combiné à une intrigue de roman-feuilleton mâtinée de vaudeville, fruit de l'adaptation d'un roman de sa femme, Thea von HARBOU. Plusieurs éléments de forme et de fond sont en effet repris dans les deux albums de Tintin consacrés au voyage lunaire même si Hergé au début des années 50 a recherché un réalisme bien plus poussé que dans le film de Fritz LANG de la fin des années 20 qui fait de la lune une sorte de sommet de haute montagne (on peut y respirer, la gravité est la même que sur terre, on y trouve de l'eau et de l'or...). Mais si la lune est le fruit de l'imagination de Thea von HARBOU, la fusée relève de l'influence de Fritz LANG qui contrairement à sa femme avait une exigence d'exactitude scientifique. Elle a été ainsi conçue par l'un des (futurs) pères des V2 et de la mission Apollo, Hermann Oberth. Ainsi malgré ses imperfections, le film est considéré comme le premier a avoir vulgarisé l'astrophysique auprès du grand public. On y trouve notamment le premier décompte avant décollage, le rôle de l'eau et du carburant dans le lancement de la fusée qui comporte plusieurs étages.
Le résultat est donc ce drôle d'objet hybride, à mi-chemin entre les sérials du XIX° siècle peuplés d'espions patibulaires (celui du film présente une drôle de ressemblance capillaire avec Hitler, ce n'est sans doute pas un hasard), de savants fous et d'intrigues amoureuses compliquées et une science-fiction d'anticipation rigoureuse s'appuyant sur les progrès les plus récents de la recherche scientifique. Au point que les nazis ont d'ailleurs censuré le film et fait disparaître les maquettes de fusées afin de préserver leurs secrets militaires (en particulier la conception des V2).
Intéressante synthèse du cinéma de Alice GUY dans sa période Leon GAUMONT, "La Course à la saucisse" combine plusieurs éléments identifiables:
- Une procédé burlesque à base d'accumulation comme dans "Le piano irrésistible" (1907) " ou Starting Something" (1911) sauf que l'élément "contagieux" n'est pas cette fois-ci un air de musique ou une bouteille d'alcool transformée par hypnose en poison mais un interminable chapelet de saucisses qui commence par provoquer chutes et catastrophes en série avant d'agir comme un aimant sur tous ceux qui ont été "happés" par le collier de viande. Tous oublient aussitôt leur occupation pour se lancer à sa poursuite comme des possédés, certains effectuant de sacré cascades!
- Un tournage en extérieurs comme dans "Une heroine de quatre ans" (1907), Alice GUY cherchant à échapper aux contraintes du studio au profit des décors naturels. Par conséquent on a un aperçu fort intéressant des faubourgs de Paris au début du XX° siècle qui donne au film un aspect documentaire.
- Une construction qui reprend le principe de "Madame a des envies" (1906) sauf que la dame est remplacée par un petit chien facétieux filmé en studio et en gros plan au début et à la fin du film. Au début il fait le beau, à la fin, il dévore sa part de saucisses. Entre les deux, la course en plan large et en extérieurs dont il est le moteur en ayant chipé le chapelet au nez et à la barbe du charcutier. "Madame a des envies" (1906) chipait elle aussi de bonnes choses en plan large extérieur avant de les déguster en gros plan intérieur. Cet aspect pulsionnel à fort caractère sexuel (le symbolisme de la saucisse) est celui que le chien, mû par sa gourmandise propage sur son passage à tous ceux qu'il rencontre, tout à coup animés par une faim de loup carnassière. Des gens du quotidien, des travailleurs, des artistes, des joueurs, une mère et son bébé en landau qui oublient toutes les conventions et prennent tous les risques pour courir après le collier tentateur, animé d'un même élan pulsionnel. La preuve, quand l'homme au fusil réussit à couper le chapelet, ils se jettent dessus comme des affamés pour le dévorer à belles dents!
Ce plan statique de deux minutes attribué à Alice GUY montrant la danseuse Lina Esbrard imiter face caméra la danse serpentine de Loie Fuller a peu d'intérêt cinématographique. En revanche, l'enregistrement de cette performance a une valeur historique certaine. Il démontre la diffusion outre-Atlantique du style inventé par la célèbre danseuse américaine de la Belle Epoque* considérée comme la première star de la danse contemporaine. Il faut dire que Loie Fuller avait inspiré les plus grands artistes français de l'époque, le Tout-Paris se pressant aux Folies Bergère où elle se produisait à la fin du XIX° siècle. Il est donc logique qu'elle ait eu dès son vivant des imitatrices, plus ou moins douées se produisant parfois sous son nom. En matière de cinéma comme en matière de danse, les femmes étaient alors à l'avant-garde artistique: elles pouvaient ainsi prendre leur destin en main et se libérer des carcans qui les emprisonnaient. D'ailleurs, Loie Fuller comme Alice GUY durent se battre pour ne pas être dépossédées de leurs création à une époque où le cinéma, considéré comme un divertissement forain n'était pas crédité et où la danse perçue comme éphémère n'était non plus attribuée. C'est Loie Fuller qui eut la première l'idée de transposer les brevets industriels à ses propres innovations. Sa danse s'accompagnait en effet de recherches et d'expérimentations sur les jeux de lumière, de miroirs, de couleurs, l'accompagnement musical etc. tous absents du court-métrage qui n'est qu'une captation muette en noir et blanc bien pauvre. Son style art nouveau évoque la faune et la flore: serpent, papillon, motifs floraux et rompait avec les codes vestimentaires rigides dévolus aux femmes à la ville (le corset) comme à la scène (le tutu).
On peut légitimement se demander pourquoi Alice GUY ne l'a pas filmée directement plutôt que ses imitatrices. C'est que Loie Fuller refusait d'être filmée, au moins au début de sa carrière alors que tout dans cette danse ne pouvait que fasciner les expérimentateurs de l'art du mouvement. On sait en effet que Alice GUY a tourné pour Leon GAUMONT une danse serpentine dès 1897 avec une autre imitatrice de Loie Fuller et qu'il s'agissait à l'époque de répondre à la concurrence de Thomas Edison qui avait produit une première tentative en 1894 soit avant la naissance officielle du cinématographe!
* Qui a fait l'objet récemment d'un biopic où elle était interprétée par SOKO, "La Danseuse" (2016).
Le cinéma muet fut un espace d'expérimentation et de liberté pour les hommes mais encore plus pour les femmes. La mémoire de cette période a été largement tronquée mais avant l'instauration du parlant et la transformation du cinéma en industrie commerciale*, les femmes étaient plus nombreuses que les hommes dans des postes clés du cinéma hollywoodien. Ainsi l'américaine Clara BERANGER écrivit près de 80 scénarios pour le muet entre 1913 et 1929 et seulement quatre pour le cinéma parlant, le dernier datant de 1934. " De toutes les différentes industries qui ont offert des opportunités aux femmes, aucune ne leur a ouvert autant de portes que celle du cinéma " disait-elle en 1919, année de la sortie de "Phil-for-Short" (1919), le titre en VO de "Mariage blanc" alors qu'elle avait déjà écrit la moitié de sa prolifique production.
"Mariage blanc" est une comédie féministe dans laquelle une jeune femme est élevée très librement par son père hélléniste à qui elle doit son prénom Damophilia, qu'elle abrège en "Phil" ce qui est bien pratique pour se faire passer pour l'autre sexe. En effet son éducation de "sauvageonne" est réprouvée par l'entourage puritain du père qui à sa mort veut reprendre les choses en main et dans la plus pure tradition patriarcale, marier le garçon manqué à un vieux barbon. Mais Phil ne l'entend pas de cette oreille et fuit, habillée en homme. Sur son chemin, elle rencontre un professeur de grec qui à la suite d'une déception sentimentale est devenu misogyne. Mais comme il croit que Phil est un homme, ils sympathisent ce qui rend plus compliqué pour ce professeur l'hostilité vis à vis de la soi-disant soeur jumelle de Phil qui vient opportunément enseigner le grec à ses côtés.
Si la mise en scène n'est pas terrible car assez décousue (peut-être est-ce dû également à l'ancienneté du film) et parfois théâtrale (avec un jeu sur un paravent dissimulateur qui devient répétitif à la longue), le scénario est astucieux, les intertitres sont élégamment incrustés dans les plans et l'actrice principale, Evelyn GREELEY a un sacré abattage pour défendre son indépendance, ses goûts (notamment pour la danse grecque) et pour faire tourner en bourrique ceux qui lui résistent.
* La crise de 1929 et la syndicalisation de la profession dont les femmes étaient exclues a également contribué à leur marginalisation. Pour plus d'information, voir le documentaire des soeurs Kuperberg, "Et la femme crea Hollywood" (2015).
Parmi les films conservés de Alice GUY, plus de la moitié de ceux qui ont été tournés entre 1906 et 1907 se situent en extérieurs. Ainsi "Une héroïne de quatre ans" a pour cadre le parc des Buttes-Chaumont, tout près des studios construits par Gaumont en 1905. Alice GUY aimait visiblement tourner en décors naturels et s'échapper des contraintes du studio comme son héroïne en culottes courtes qui profitant de l'assoupissement de sa gouvernante part à l'aventure et multiplie les B.A. (bonnes actions). Une partie du film est abîmée, ne permettant pas de voir clairement le plan où la petite fille sauve un aveugle. En revanche le plan suivant où elle ferme le passage à niveau pour empêcher trois ivrognes de se faire écraser par un train est digne par son timing d'un Buster KEATON. Une fulgurance au sein d'un film sinon plutôt pépère car bardé d'agents de police à tous les coins de rue ce qui limite grandement la prise de risque et lui donne même une tournure quelque peu moralisatrice.
Court-métrage appartenant à une série exploitant la popularité de l'artiste vedette de café-concert parisien DRANEM alias Armand Ménard, son nom de scène étant l'anagramme de son véritable patronyme. Plus grande star dans son registre de la Belle-Epoque, il s'est inventé un personnage aux caractéristiques immuables: une sorte d'imbécile ahuri revêtu d'une veste étriquée, d'un pantalon trop large et trop court jaune rayé de vert, de grosses chaussures sans lacets et d'un petit chapeau qu'il a baptisé du nom de "Poupoute". Au vu de son énorme succès qui a fait de lui l'archétype du clown chansonnier, il eut beaucoup de pâles imitateurs mais inspira par la suite de grands artistes qui contrairement à lui sont restés dans la mémoire collective. La filiation avec BOURVIL saute aux yeux, de même que celle avec Boby LAPOINTE mais il a eu une influence également sur Maurice CHEVALIER et COLUCHE.
"Le ménage Dranem" est un film burlesque construit autour du renversement des rôles genrés assez typique de cette époque. Contrairement aux apparences, il ne s'agit pas d'un film progressiste mais d'une sorte de carnaval. Après s'être bien amusés ( PAQUERETTE surtout en suffragette qui prend toutes les initiatives face à sa chiffe molle de mari en singeant avec un certain délice les activités masculines telles que boire, fumer, jouer au billard, se bagarrer...), chacun reprend sa place à la fin. L'épouse inconvenante est matée et se retrouve avec une ribambelle de petits Dranem à élever en prime.
"Etre critique, ce n'est pas donner son avis, c'est se construire comme sujet travers les films que l'on voit" (Emmanuel Burdeau)
"La cinéphilie est moins un rapport au cinéma qu'un rapport au monde à travers le cinéma" (Serge Daney)