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La Bataille De Gaulle: J'écris ton nom

Publié le par Rosalie210

Antonin Baudry (2026)

La Bataille De Gaulle: J'écris ton nom

Une suite aussi savoureuse que le premier volet grâce au cocktail d'humour, d'héroïsme et de tractations géopolitiques percutantes qu'a réussi à concocter Antonin BAUDRY. Une fois encore, c'est la légitimité du général de Gaulle qui est au coeur de ce récit aux accents très contemporains. Dans la lignée de Marc Bloch qui vient tout juste d'entrer au Panthéon, le constat d'une faillite des élites françaises est cinglant. Après l'amiral Darlan dans le premier volet, c'est au tour du général Giraud (Thierry LHERMITTE), lui aussi une figure issue du régime de Vichy d'être élevé au rang d'interlocuteur privilégié par les américains, au détriment de De Gaulle que Roosevelt méprisait. Sans doute parce qu'il était incontrôlable, intransigeant et allié aux communistes. C'est une vision peu glorieuse des américains qui est donnée dans le film mais très lucide: on y voit leurs cyniques calculs consistant à préparer la mise sous tutelle d'une grande partie de l'Europe dont la France (avec notamment l'édition d'une monnaie ne mentionnant pas la République française). La bataille de De Gaulle n'est donc pas seulement contre les allemands et contre le régime de Vichy. C'est une lutte contre l'impérialisme américain pour le maintien de la souveraineté française, un combat qui résonne là aussi avec notre actualité récente (la tentative de main-mise de Trump sur le Groenland). Comme le rappelle De Gaulle, la guerre est affaire de morale et non de puissance brute (ce que la guerre en Ukraine vient nous rappeler tous les jours). C'est pourquoi afin de l'emporter, De Gaulle et ses hommes sont obligés de jouer au "poker menteur" et forcer le destin afin de s'imposer par le fait accompli. C'est encore frappant dans ce second volet qui met l'accent sur deux hommes décisifs, l'un sur le plan militaire et l'autre sur la plan politique. D'une part Philippe de Hautecloque alias le général Leclerc (Niels SCHNEIDER) qui passe outre les ordres de Eisenhower pour libérer Paris menacé de destruction. Avant cela, il s'illustre au Fezzan dans une guérilla "David contre Goliath" ou il joue sa tête et celle de ses hommes avec des moyens dérisoires, entraînant l'intervention in-extrémis de la RAF. Sans cette victoire qui a permis à Leclerc de faire la jonction avec les troupes britanniques à Tripoli, la 2° DB, intégrée aux forces alliées n'aurait jamais vu le jour. De l'autre, Jean Moulin (Felix KYSYL) sur lequel on croit tout connaître. Et bien le film nous apprend que lui aussi a forcé le destin en communiquant sur la création du CNR avant même que la réunion officielle ne l'entérine. C'est le CNR qui a donné à De Gaulle cette légitimité politique que les américains lui refusaient. Jusqu'au bout, De Gaulle est incarné par Simon ABKARIAN avec ce mélange d'humanité et de superbe qui nous le rendent drôle et attachant. La faiblesse de sa position est sans cesse rappelée en contraste total avec son exigence d'être traité en égal des grandes puissances alliées et sa conviction de représenter la France. Malgré leurs déchirements durant la guerre, la réconciliation franco-britannique sous l'arc de Triomphe rappelle que sans Churchill, jamais De Gaulle n'aurait réussi son pari et que l'Europe a une solidarité de destin que l'actualité ne cesse de démontrer.

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J'ai tiré sur Andy Warhol - "SCUM Manifesto"

Publié le par Rosalie210

Ovidie (2024)

J'ai tiré sur Andy Warhol - "SCUM Manifesto"

Au terme d'une enquête très étayée, OVIDIE fait le portrait de la figure de proue du féminisme radical, Valérie Solanas. Autrice d'un virulent pamphlet misandre en 1967, "SCUM Manifesto", SCUM signifiant "société pour tailler les hommes en pièces", Valérie Solanas a tenté de donner corps à son projet révolutionnaire en recrutant dans les milieux underground new-yorkais ce qui l'a mise en contact avec Andy WARHOL. Mais comme le rappelle un de ses amis, Ben Morea, elle s'est méprise sur son compte. Andy WARHOL n'était pas un de ces hommes-auxiliaires qu'elle appelait de ses voeux mais un exploiteur habillé en révolutionnaire qui transformait les humains et l'art en produits de consommation. Lorsqu'il a refusé de produire le manuscrit de sa pièce de théâtre et a prétendu l'avoir égaré, elle s'est persuadée qu'il voulait lui voler son oeuvre et a déversé sa rage en se rendant à la Factory pour lui tirer dessus ainsi que sur son compagnon de l'époque. L'ironie étant qu'il a fallu ce geste d'une violence extrême pour que l'éditeur à qui elle avait envoyé le "SCUM Manifesto" le publie, profitant de la notoriété soudaine de l'autrice. Mais celle-ci, enfermée à l'asile pour schizophrénie n'a pas touché un centime sur les droits du livre. Quant au manuscrit de sa pièce de thêatre, "Up Your Ass", il a été retrouvé oublié au fond d'une malle, trente ans plus tard en 1999 alors que Valérie Solanas est décédée en 1988. On voit donc comment les structures de pouvoir au sein de l'industrie culturelle, tenues par des hommes ont traité de la même manière son travail, par un mélange de mépris et d'opportunisme.

L'enquête de OVIDIE recherche les raisons profondes de la misandrie et de la violence de Valérie Solanas en revenant sur son épouvantable enfance marquée par la violence physique, l'inceste, les grossesses non désirées et la prostitution. La radicalité de ses textes apparaît bien moins violente que les violences de toutes sortes que les hommes lui ont fait subir, jusqu'à l'asile qui lui a imposé contre son gré une hystérectomie. "SCUM Manifesto" est moins un projet génocidaire qu'un cri de rage et de désespoir d'une femme n'ayant aucune prise sur sa vie, laquelle a été dicté du début à la fin par le patriarcat composé d'hommes puissants dans sa famille, dans le milieu de l'art et dans le milieu médical et de femmes complices du système comme sa mère qui a brûlé ses affaires (dont ses écrits) à sa mort, tentant une fois de plus de censurer les témoignages des violences exercées sur elle. De jeunes actrices dans le documentaire d' OVIDIE comme avant elle le collectif Insoumuses dont faisait partie Delphine SEYRIG font revivre son manifeste en lisant de larges extraits. L'enjeu n'est pas seulement artistique, il est mémoriel et politique.

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Aloïse

Publié le par Rosalie210

Liliane de Kermadec (1975)

Aloïse

L’histoire d’une femme qui n’a pas vécu ou tout du moins qui n’a pas réussi à vivre selon ses propres termes (Alexandre Moussa). Voilà comment on peut résumer la vie d'Aloïse Corbaz mais aussi la carrière de la réalisatrice du film, Liliane de KERMADEC qui s'est fait connaître comme photographe de plateau en particulier sur deux films: "Cleo de 5 a 7" (1961) et "Muriel ou le temps d'un retour" (1962). Elle n'a réalisé qu'une poignée de longs-métrages, la plupart pour la télévision. Sa carrière au cinéma a en effet été avortée dès son troisième film (après "Home sweet home" (1973) et "Aloïse") qui a été interrompu par sa productrice de l'époque après seulement deux semaines de tournage. Les problèmes de financement ont eu raison de ses ambitions initiales.

Aloïse est un portrait fragmentaire et en creux comme l'annoncent les premières images, celles d'une éclipse suivie de ces mêmes images en négatif. Celui de l'artiste suisse Aloïse Corbaz née en 1886 et décédée en 1964 après 46 années passées dans un asile. Le lieu de contrôle social où tant de femmes artistes des XIX° et début XX° sont venues s'échouer: Camille Claudel, Séraphine de Senlis, Leonora Carrington, Zelda la femme de Francis Scott Fitzgerald etc. Le drame d'Aloïse est d'avoir toujours refusé les rôles traditionnels réservés aux femmes (le mariage en particulier) sans être parvenue à s'affranchir des cadres imposés par les institutions. On voit ses efforts pour devenir cantatrice systématiquement étouffés par le choeur de l'Eglise et par des hommes d'autorité (son père, un prêtre, un ingénieur qui la courtise joué par Jacques WEBER)*. Une scène similaire lorsqu'elle est gouvernante en Allemagne la montre se heurter aux grilles du palais de l'empereur Guillaume II. L'éclatement de la première guerre mondiale qu'elle refusait d'envisager est le déclencheur de sa "folie". Elle perd en effet à nouveau la maîtrise de son destin et ne le supporte pas. C'est entre les murs de l'asile, un lieu de contrôle extrême pourtant qu'on la voit jouer au chat et à la souris avec le personnel pour continuer à créer. Par l'écriture en s'enfermant des heures dans les toilettes avec des bouts de papier récupérés dans les poubelles. Et par le dessin qui la verront finir par rejoindre les collections d'art brut. Une reconnaissance ambigüe car marquée par la dépossession. Aloïse ne reconnaît plus ses oeuvres quand elles sont exposées au musée car elle les a créées à partir de déchets et dans la réclusion, loin des regards.

Deux actrices interprètent Aloïse: Isabelle HUPPERT alors âgée d'une vingtaine d'années dont la raideur et le côté hautain servent le côté pile du personnage et Delphine SEYRIG qui en montre le côté face une fois qu'il est brisé, la détresse et le retour violent des pulsions refoulées.

* Comme Aloïse, Liliane de KERMADEC a avoué en interview qu'elle cherchait sa voix propre à travers une création largement dominée par les hommes.

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La Guerre des Ondes (Radio Londres 1943-1944)

Publié le par Rosalie210

Laurent Jaoui (2014)

La Guerre des Ondes (Radio Londres 1943-1944)

Ce téléfilm restitue les dix mois durant lesquels l'humoriste le plus célèbre de France, Pierre Dac devint l'une des voix marquantes de la BBC où par ses chansons, poèmes et discours il aida les Résistants de l'intérieur à tenir en attendant le débarquement tout en ferraillant par ondes interposées avec Radio-Paris et Radio-Vichy tenues par les collaborateurs. La place de cet "amuseur" n'est pas montrée comme allant de soi. Lorsque Pierre Dac arrive à Londres en 1943, après un périple périlleux à travers les Pyrénées et les prisons espagnoles, les places, les rôles et les hiérarchies étaient déjà bien établis dans le microcosme de Radio-Londres. Les fondateurs des émissions destinées aux français craignaient par ailleurs que l'esprit loufoque ne décrédibilise leur combat. Pourtant, l'énorme succès de ses interventions a prouvé que l'ironie pouvait être dévastatrice sur le plan politique. Le téléfilm montre que si Pierre Dac était physiquement protégé à Londres, il était moralement accablé par les épreuves qu'il venait de vivre et les risques de représailles sur son épouse restée à Paris. On se dit qu'il fallait beaucoup de force morale pour être capable de faire rire dans ces conditions. On apprécie particulièrement la manière dont Pierre Dac rendaient fous de rage les collaborateurs, tous très solennels et très imbus d'eux-mêmes en les tournant en ridicule. La joute de mai 1944 entre Philippe Henriot et lui est restée célèbre. Alors que le premier révèle les origines juives de Pierre Dac et se livre à une rhétorique antisémite abjecte pour dénigrer sa légitimité à parler au nom de la France, le second lui répond en invoquant son frère mort pendant la grande guerre et prophétise que Henriot finira fusillé par les français ce qui aura effectivement lieu un mois plus tard.

Si sur la forme, le téléfilm est un peu trop sage, il est relevé par l'excellente interprétation de Jean-Yves LAFESSE dans le rôle de Pierre Dac.

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La Bataille de Gaulle: L'Âge de fer

Publié le par Rosalie210

Antonin Baudry (2026)

La Bataille de Gaulle: L'Âge de fer

Franchement, j'ai bien aimé cette première partie. Le début est certes trop rapide, le film fait l'impasse sur les déchirements du gouvernement auquel appartenait De Gaulle et rend sa décision de s'enfuir à Londres évidente alors que d'autres versions que j'ai vu soulignent davantage l'aspect insensé du pari en montrant le général réfléchissant devant sa glace à la manière de la "tempête sous un crâne" de Victor Hugo à propos de Jean Valjean. Il y a aussi en parallèle de l'histoire du général celle d'un jeune résistant, Fernand Bonnier de la Chapelle qui a réellement existé puisqu'il a assassiné l'amiral Darlan sur lesquels les américains ont tenté de s'appuyer en Afrique du nord, mais le film en fait une figure presque solitaire et romantique alors qu'il avait été armé (manipulé?) par de puissants commanditaires du réseau de la résistance algéroise.

Cependant, malgré tous ces bémols, le film fonctionne. On le doit beaucoup à son mélange de légèreté, de dignité et d'héroïsme. La légèreté dans un tel contexte est ultra bénéfique, elle neutralise la reconstitution ampoulée et scolaire que l'on pouvait craindre. Antonin BAUDRY qui est l'auteur de la brillante bande dessinée "Quai d'Orsay" portée à l'écran par Bertrand TAVERNIER a le réflexe salutaire de créer une légère distance ironique avec De Gaulle, de le désacraliser, au point de transformer certaines scènes en de purs moments de comédie. On pense au lieu minable dans lequel il tente d'obtenir ses premiers soutiens avec en toile de fond les sons de plomberie vétuste. Le personnage du plombier joué par Karim LEKLOU est d'ailleurs une pure figure burlesque. On pense aussi au moment où il affirme que les moustiques n'attaquent pas De Gaulle alors qu'on le voit dans le plan suivant atteint de paludisme ou encore la scène où pour montrer son désaccord avec Churchill, il casse différents objets dont une chaise alors que l'instant d'après, il salue l'épouse du premier ministre britannique qui le trouve "so charming".

Question héroïsme, on est également servi avec intelligence. Antonin BAUDRY met en valeur le rôle de l'Afrique dans la constitution de la France Libre et de la guerre du désert comme pivot de la seconde guerre mondiale. Il fait de la bataille de Bir-Hakeim, reconstituée avec minutie un moment majeur, celui où la France Libre a prouvé qu'elle était indispensable aux alliés. Benoit MAGIMEL dans le rôle du commandant Pierre Koenig, l'architecte de la bataille de Bir-Hakeim où avec des moyens dérisoires il a réussi à tenir 15 jours face à l'Afrikakorps du général Rommel est particulièrement charismatique. Son unité est à l'image de la France Libre, diverse: des hommes, une femme intrépide qui a conduit la voiture de tête lors de la percée finale sous le feu allemand, des soldats de toutes origines issus pour la plupart de la Légion étrangère. Avoir mis en lumière cet aspect souvent méconnu de la guerre et de la résistance est incontestablement un point fort.

La relation entre Churchill (Simon Russell BEALE) et De Gaulle (Simon ABKARIAN) est également bien développée et très intéressante. Le fait que Churchill soit le premier à croire en De Gaulle, seul contre tous (y compris les membres du consulat français à Londres qui restent fidèles à Pétain) renvoie comme le lui dit justement De Gaulle à l'isolement du Royaume-Uni mais aussi au positionnement de Churchill qui refuse tout compromis avec l'Allemagne. En même temps Churchill est pris en étau par l'attitude de Roosevelt qui ne veut pas entendre parler de De Gaulle qui à ses yeux (comme à ceux de nombre de ministres britanniques) est illégitime. Churchill est à la fois admiratif et profondément exaspéré par l'indocilité de De Gaulle qui conserve une posture de chef d'Etat souverain alors qu'il ne représente au début que lui-même et que techniquement il est privé de tout. Il ressemble à M. Gustave de "The Grand Budapest Hotel" (2014) avec son "air de panache" totalement dérisoire face à la réalité du moment (Antonin Baudry compare d'ailleurs De Gaulle à Don Quichotte). Sauf que son emblème, la croix de Lorraine finit par devenir le repère auquel se rallient tous ceux qui refusent que cette réalité soit une fatalité. Churchill et lui se respectaient et avaient besoin l'un de l'autre car tous deux refusaient la capitulation présentée comme la seule solution raisonnable au profit d'une vision de long terme dictée par une compréhension des structures profondes de la guerre et un principe identique: le refus de la vassalisation de leur pays. Les convictions, lorsqu'elles sont justes s'avèrent comme le suggère l'affiche être les meilleures boussoles morales pour naviguer dans la tempête.

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Plus fort que moi (I Swear)

Publié le par Rosalie210

Kirk Jones (2026)

Plus fort que moi (I Swear)

Le syndrome Gilles de la Tourette est le moteur du film de Kirk JONES, inspiré de l'histoire vraie de John Davidson. Le film, scindé en deux parties nous montre comment l'apparition de la maladie alors qu'il est adolescent ravage chaque aspect de sa vie, de l'anéantissement de ses espoirs de footballeur à son renvoi de l'école et à l'éclatement de sa famille avec le départ du père alors que la mère, livrée à elle-même s'avère complètement dépassée et dépressive (Shirley HENDERSON que tout le monde connaît pour son rôle de Mimi geignarde dans la saga Harry Potter). La deuxième partie nous le montre adulte, en proie aux difficultés sociales et à la violence. On ressent le malaise lié au procès d'intention que font les gens à John, incluant ses parents alors que celui-ci est impuissant à contrôler son corps et son cerveau. L'incompréhension de la nature de son comportement, pris pour de la provocation et non comme un désordre neurologique entraîne rejet, isolement et violences. D'une certaine manière, le film tend un miroir peu glorieux à la société. L'ignorance que l'on avait dans les années 80 de ce trouble ne suffit pas à expliquer cette cécité alors qu'une observation attentive montre que les tics du jeune homme sont incontrôlables. C'est à une véritable dictature du regard des autres que l'on assiste et à la façon dont elle écrase John. Heureusement, le film sait aussi utiliser cet handicap comme une source d'humour, notamment lorsque les tics verbaux (la coprolalie) viennent parasiter la vie relationnelle et sociale de John, créant parfois des situations cocasses comme le "Fuck the Queen" inaugural.

Mais pour contrebalancer cet aspect sombre, le film de Kirk JONES va aussi chercher de bons samaritains dont l'amour vis à vis de John est tellement inconditionnel et la patience tellement infinie qu'ils apparaissent peu crédibles. Dottie qui est censé mourir d'un cancer mais dont la maladie s'avère bénigne et Trotter son employeur qui vient le défendre à son procès sont trop beaux pour être vrais. Si la mère de John n'y arrive pas, comment expliquer que ce soit si facile pour des inconnus? Cet artifice de scénario n'enlève cependant rien au talent des deux acteurs qui jouent John, Scott Ellis Watson et Robert ARAMAYO qui parvient à restituer de façon bouleversante le décalage entre les décharges impulsives et grotesques du corps de John et sa douceur intérieure (il a reçu un Bafta bien mérité pour le rôle). On peut également souligner que la restitution documentaire des manifestations de cet handicap dont on saisit parfaitement la nature pulsionnelle et spasmodique permet de sortir de la salle débarrassé de quelques clichés (comme la réduction de celui-ci à un enchaînement de grossièretés).

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Haut les coeurs !

Publié le par Rosalie210

Solveig Anspach (1999)

Haut les coeurs !

Lorsque j'ai vu pour la première fois ce film à sa sortie au cinéma, j'ignorais qu'il racontait l'expérience de la réalisatrice, Solveig ANSPACH dont c'était le premier film. Seize ans plus tard, c'est d'ailleurs une récidive de son cancer qui l'a emportée à l'âge de 54 ans. Mais "Hauts les coeurs!" m'a marquée parce qu'il fait cohabiter dans un même corps la vie (la grossesse) et la mort (le cancer) et parce que le cri de colère que pousse Emma (Karin VIARD) chez le coiffeur devant un client qui fait l'apologie des méthodes d'accouchement naturel m'est resté en tête: "Et bien moi, je remercie la médecine et j'emmerde la nature". Parce que on a oublié qu'avant la médecine moderne, beaucoup de femmes mouraient en couches et dans le cas d'Emma, elle n'aurait pas pu aller jusqu'au terme de sa grossesse avec une tumeur au sein aussi avancée que la sienne. La colonne vertébrale du film est là, dans ce combat que mène Emma pour donner la vie tout en repoussant la mort à l'aide d'un cancérologue franc mais empathique (Philippe DUCLOS) qui a compris que la grossesse d'Emma était le meilleur antidote qui soit à sa maladie, en dépit des aménagements du traitement que cela demande. Grâce au dialogue qui s'instaure entre lui et sa patiente, on voit comment Emma parvient à décider de son destin et de celui de son enfant, dans les limites du possible. On voit également comment la maladie redéfinit les rapports entre elle et les hommes qui l'entourent. Son compagnon, Simon (Laurent LUCAS) et son frère, Olivier (Julien COTTEREAU) sont peu matures et plutôt du genre à fuir les responsabilités alors qu'Emma a plutôt à l'inverse une personnalité écrasante. Sa maladie oblige Simon qui n'était pas chaud au départ pour avoir un bébé à l'accompagner dans l'épreuve alors que Olivier s'efface pour ne pas peser davantage sur la situation. Un film porté par une belle énergie.

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Marqué par la haine (Somebody Up There Likes Me)

Publié le par Rosalie210

Robert Wise (1956)

Marqué par la haine (Somebody Up There Likes Me)

Excellent film de Robert WISE qui nous plonge dans le ghetto new-yorkais du Lower East Side et ses rivalités de bande comme il le fera quelques années plus tard avec "West Side Story" (1960). Toute la première partie du film baigne dans ce décor urbain mythique ayant servi de cadre à d'autres films célèbres dont "Il etait une fois en Amerique" (1984) et "Le Parrain, 2e partie" (1974). Mais s'il y a un film qui hante particulièrement le début de "Marqué par la haine", c'est bien "La Fureur de vivre" (1955). Et pour cause, le rôle de Rocky Graziano devait être à l'origine interprété par James DEAN. Son décès entraîna son remplacement par Paul NEWMAN dans son premier grand rôle où il crève l'écran. Franchement je ne l'ai jamais trouvé aussi bon que dans ce film! A ses côtés on retrouve tout naturellement dans le rôle de son ami de jeunesse Sal MINEO alias Plato dans "La Fureur de vivre" (1955). On remarquera d'ailleurs que dans leur petite bande de loubards, il y a un débutant qui n'apparaît que quelques minutes à l'écran et qui n'est même pas crédité au générique mais qui ira loin: Steve McQUEEN.

Cette remarquable immersion au sein d'une jeunesse délinquante et ghettoïsée incarnée par le gratin de l'Actor studio fait totalement oublier qu'il s'agit de la biographie d'un futur champion du monde de boxe. On voit surtout un jeune défavorisé, sans horizon, qui accumule de la rage et la déverse avec ses poings sur toutes les figures d'autorité: son père qui projette sa frustration de boxeur raté sur lui, le directeur de la maison de correction ou encore les officiers de l'armée. Son talent de boxeur, il le tient de la violence de la rue et Paul NEWMAN incarne cette rage avec une force de conviction qui emporte l'adhésion. On pense déjà en regardant ce jeune chien fou sans collier aux premiers films de Martin SCORSESE et en particulier au personnage de Robert De NIRO dans "Mean Streets" (1973) bien plus qu'au "Rocky" (1976) de Sylvester STALLONE qui s'est pourtant inspiré de la trajectoire du véritable Rocky Graziano mais dont la douceur mélancolique et résignée n'a rien à voir avec le caractère éruptif de celui dont il s'est inspiré. Jusqu'au bout du film, en dépit de ses succès sur le ring, Rocky est "marqué par la haine" c'est à dire par son passé. Celui-ci continue à le hanter au travers des voyous qu'il a fréquenté dans sa jeunesse et qui reviennent pour le faire chanter. L'influence de Robert WISE qui vient du film noir est déterminante dans la persistance de cette menace qui frappait déjà de plein fouet le boxeur de "Nous avons gagne ce soir" (1948). Le happy-end de circonstance imposé au film n'efface pas cette impression de vérisme: Rocky Grazian est un survivant du ghetto (le film rappelle que toute sa bande est soit morte, soit en prison) et en reste marqué à vie.

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Marty Supreme

Publié le par Rosalie210

Josh Safdie (2026)

Marty Supreme

"Marty Supreme" est une sorte de grand huit lancé à pleine vitesse dont je suis sortie complètement lessivée, bien que contrairement à la centrifugeuse de "Everything Everywhere All at Once" (2020) je sois restée jusqu'au bout. On s'y agite, on y vocifère, on court dans tous les sens sur fond de tubes pop-rock lancés à fond les ballons. Pas un instant de répit, pas un instant de repos. Et tout ça pour quoi? Pour regarder le one man show de Timothee CHALAMET plus cabotin que jamais dans sa course à l'Oscar. Il m'a complètement épuisée. Il y a eu deux-trois moments dans le film où j'ai eu l'espoir qu'il allait enfin montrer autre chose, quelques allusions historiques à la Shoah ou à la guerre du Pacifique encore récente dans les esprits (le film se déroulant pendant les années 50). Mais ces espoirs se sont vite envolés devant un tourbillon de péripéties à la gloire de Marty. On se demande bien pourquoi tant le bonhomme est détestable, fuyard, menteur, lâche et combinard, toujours embarqué dans des histoires sordides pour trouver de l'argent. Rien à voir avec le monde du sport de haut niveau qui n'est qu'un prétexte à one man show. D'ailleurs c'est bien simple, Marty ne s'entraîne jamais, c'est sans doute trop ennuyeux à l'écran. Comment s'améliore-t-il, mystère. Comment échappe-t-il toujours aux plans foireux dans lesquels il se retrouve, mystère. Ou plutôt non, enfumage d'une mise en scène bling-blin qui espère nous faire oublier la vacuité du scénario et des personnages dont aucun n'a la moindre substance.

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L'Affaire Bojarski

Publié le par Rosalie210

Jean-Paul Salomé (2026)

L'Affaire Bojarski

Il y avait de quoi faire un très bon film avec l'histoire de cet ingénieur polonais immigré (remarquablement joué par Reda KATEB) rejeté par la France xénophobe de l'après-guerre et qui défie les institutions (la police, la banque de France) durant 15 ans avec ses billets mieux contrefaits que les vrais. Le caractère obsessionnel de son activité pour lequel il sacrifie sa vie sociale et privée n'est pas tant une revanche sociale (l'homme agit en solitaire au fond de sa cachette) qu'un besoin viscéral d'être reconnu à sa juste valeur. En cela il trouve son double parfait de l'autre côté de la barrière, le commissaire Mattei (Bastien BOUILLON) qui va lui aussi tout sacrifier pour parvenir à capturer le "Cézanne de la fausse monnaie" qu'il va finir par admirer. Hélas si l'intrigue (qui rappelle celle de "The Brutalist") (2023) est en or, la mise en scène de Jean-Paul SALOME ressemble à celle d'un téléfilm plan-plan, linéaire et besogneux d'autant que si la reconstitution historique est soignée, aucun effort n'est fait pour rajeunir ou vieillir les personnages d'une manière tant soit peu crédible.

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