Lili Marleen
Rainer Werner Fassbinder (1981)
Ce que j'aime chez Rainer Werner FASSBINDER, c'est qu'il n'a pas de réponse toute faite à donner à propos des sujets délicats qu'il aborde dans ses films. Comme dans "Le Mariage de Maria Braun" (1979), "Lili Marleen" qui se déroule juste avant puis pendant la seconde guerre mondiale et s'inspire d'une histoire vraie est rempli d'ambivalences, à commencer par la chanson-titre. Les nazis ne savent d'ailleurs pas comment l'appréhender: tantôt ils tentent de se l'approprier à la gloire du régime, tantôt de l'interdire, effrayés par sa tonalité mélancolique et une puissance d'évocation sur les soldats qui les dépasse puisqu'elle touche tous les camps de par son universalité. Puissance que Rainer Werner FASSBINDER suggère à l'aide de gros plans fixes et hiératiques sur des visages de jeunes militaires absorbés par l'écoute de la chanson. Des plans qui m'ont rappelé la séquence finale de "Les Sentiers de la gloire" (1957) qui montrait également comment la musique adoucissait les moeurs et faisait communier les ennemis. La chanson est finalement à l'image de son interprète, une petite chanteuse de cabaret qui fait penser bien évidemment à Marlene DIETRICH d'autant qu'elle finit par en porter les habits androgynes incarnée par l'égérie de Rainer Werner FASSBINDER, Hanna SCHYGULLA. Utilisant une fois de plus les codes du mélodrame à la Douglas SIRK tout en étant y distillant une subtile distanciation ironique Rainer Werner FASSBINDER fait de son héroïne le jouet de décisions sur lesquelles elle n'a pas de prise. Ballotée d'un camp à l'autre, entre le riche père de son amant juif, un avocat suisse membre d'un réseau de résistance qui la rejette et un haut dignitaire nazi qui lui fait des avances, Willie se retrouve tiraillée entre une passion amoureuse interdite et les avantages que lui procure son succès auprès du régime qui lui donnent une illusion de puissance. Pas étonnant qu'elle se plaigne de maux de tête et qu'elle soit tenté par le suicide. Robert, son amant en peu falot (Giancarlo GIANNINI) apparaît quant à lui certes également passionnément épris mais également totalement soumis à son père: pas plus que Willie il ne maîtrise son destin, dicté par l'endogamie patriarcale. Le thème mélodramatique de l'amour impossible devient ainsi le reflet de systèmes politiques et sociaux aliénants qui broient les individus.
/image%2F2429364%2F20250816%2Fob_7ecc19_lili-marleen-198271-24203.jpg)
/image%2F2429364%2F20250621%2Fob_b62983_le-mariage-de-maria-braun-44928-34589.jpg)
/image%2F2429364%2F20220623%2Fob_9190de_36398-tous-les-autres-s-appellent-ali.jpg)

/image%2F2429364%2F20220209%2Fob_32c62c_hqdefault.jpg)