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Articles avec #fontaine (anne) tag

Nouvelle chance

Publié le par Rosalie210

Anne Fontaine (2006)

Nouvelle chance

Déception pour ma part avec ce dernier volet de la trilogie d'Augustin. Le début était pourtant prometteur avec Jean-Chretien SIBERTIN-BLANC racontant l'histoire de la princesse Kaguya déguisé en Gheisha: de quoi être d'emblée plongée dans le bain asiatique d'autant que la femme et les enfants que l'on voit à l'écran sont les vrais membres de la famille de l'acteur. On pardonne donc le manque de cohérence avec le précédent film, "Augustin, roi du kung-fu" (1998) où il finissait expatrié en Chine et marié à une chinoise. Et ce d'autant que dans la salle, se trouve une spectatrice de choix: Danielle DARRIEUX alias Odette Saint-Gilles, une ancienne vedette de l'opérette. Enthousiasmée par la performance d'Augustin, elle lui propose d'adapter une pièce de théâtre qu'elle adore, "Les Salons" élaboré à partir de la correspondance entre deux femmes d'esprit, Mme Du Deffand et Julie de Lespinasse. On pense alors qu'on va être téléporté dans un univers à la "Mademoiselle de Joncquieres" (2017) ou dans celui de "Les Liaisons dangereuses" (1988). Au lieu de quoi, on se retrouve dans la piscine du Ritz où travaille Augustin qui y recrute une actrice de télévision, Bettina puis un ami comédien joué par Christophe VANDEVELDE finalement jugé trop poilu (!) pour le rôle de l'amant de Julie qui échoit à l'employé de la maison de retraite où vit Odette, un éphèbe blond aux dents longues joué par Andy GILLET. Si l'idée de faire jouer Julie par Arielle DOMBASLE ne manque pas de sel tant l'actrice rohmérienne s'amuse d'elle-même et de son image de "sirène bimbo" dans cet univers décalé où elle déclame une belle phrase pleine de sens "un sort qui me délivrerait de moi-même", le courant ne passe pas vraiment avec Danielle DARRIEUX si bien que chacune joue sa partition dans son coin. Plus généralement, en dehors du fait que jalousies, ambitions et rivalités minent la troupe, les éléments éparts ont bien du mal à former un tout harmonieux et face à ces deux actrices qui prennent beaucoup de place, Jean-Chretien SIBERTIN-BLANC ne parvient pas à faire exister son personnage qui apparaît brusquement privé de tout son caractère. Soit l'exact opposé de son formidable duo avec Darry COWL dans "Augustin, roi du kung-fu" (1998). Quant à la pièce, on en reste aux répétitions dans une chambre d'hôtel ou un jardin, c'est dire si c'est passionnant! Pourtant, c'est l'occasion d'admirer combien à 88 ans, Danielle DARRIEUX était encore en pleine possession de tous ses moyens, chantant même encore devant la caméra.

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Augustin

Publié le par Rosalie210

Anne Fontaine (1995)

Augustin

Le principal intérêt de ce film très court (1h) réside dans le personnage d'Augustin, joué par le petit frère de Anne FONTAINE, Jean-Chretien SIBERTIN-BLANC qui fait sa première apparition à l'écran. Pour le reste, la réalisation fait très cheap et très amateur. On a affaire à un collage plutôt décousu de scénettes proche du film à sketches: Augustin à son bureau, Augustin et la directrice de casting, Augustin garçon d'hôtel, Augustin et la femme de chambre (déjà chinoise!), Augustin tourne un bout d'essai avec Thierry LHERMITTE dans son propre rôle, Augustin passe la soirée avec un pote amateur d'autographes de vedettes de music-hall etc. Les acteurs semblent improviser ce qui n'est pas pour rien dans l'impression d'amateurisme que dégage le film. L'idée qui se cache derrière ce dispositif est de mettre les interlocuteurs d'Augustin mal à l'aise face à ce personnage sans filtre et parfois sans limites, c'est pourquoi Anne FONTAINE étire les scènes jusqu'à ce que cela devienne gênant (ou franchement ennuyeux). Pour tenter d'aérer le film, Anne FONTAINE fait circuler à vélo son personnage dans les rues de Paris (une référence à "Mon oncle" (1957)?) sur des airs traditionnels portugais (en référence à l'origine d'Augustin) ce qui est plutôt sympa et termine sur une scène à la campagne totalement ratée.
En bref, on sent le potentiel du personnage, notamment les caractéristiques de "l'autiste savant". On est pas encore dans l'apprentissage instantané des langues mais l'obsession pour les chiffres et la mémorisation des détails est éloquente "Je suis employé depuis 10 ans au crédit central d'île de France. Je travaille au service du contentieux. Je suis le numéro quatre du comité d'imputation qui traite les dossiers d'impayés. Nous enregistrons chaque année 800 cas de faillite, 6200 décès et 20 mille divorces. Grâce au mi-temps, je ne travaille que 3h38 par jour et je gagne 4500 francs par mois, primes comprises, sans compter le treizième mois (...) Il est 11h38. J'ai terminé ma journée." Reste à construire à côté du phrasé et du comportement décalé un corps burlesque et une vraie intrigue, ce sera "Augustin, roi du kung-fu" (1998).

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Augustin, roi du kung-fu

Publié le par Rosalie210

Anne Fontaine (1999)

Augustin, roi du kung-fu

Quelle découverte ce film! Un vrai cadeau-surprise étant donné que j'étais loin de me douter du contenu. Or dans ce contenu, il y a tout ce que j'aime:

- Un personnage burlesque qualifié de "pierrot lunaire" ou de "doux rêveur" mais qui a surtout de nombreux traits neuro-atypiques le rapprochant de l'autisme: ignorance totale des codes sociaux, phobie du contact, hyper-sensibilité, phrasé particulier, raideur corporelle et relative inexpressivité du visage, intérêts spécifiques, haut potentiel intellectuel à la "Rain Man" (1988) (son apprentissage express de la langue chinoise).

- Un attrait affirmé pour l'Asie qui fait penser à d'autres oeuvres évoquant implicitement ou explicitement l'autisme telles que "Astrid et Raphaelle" (2018) avec le Japon ou "Le Theoreme de Marguerite" (2022) qui se déroule tout comme "Augustin, roi du kung-fu" en grande partie dans le quartier chinois de Paris. J'ai aussi pensé spontanément à "Cherchez Hortense" (2011) de Pascal BONITZER si bien que je n'ai pas du tout été surprise de le voir débouler dans le rôle d'un metteur en scène, de même que Bernard CAMPAN en prof de chinois m'a fait penser à Jean-Pierre BACRI qui est également prof de civilisation chinoise dans le film de Pascal BONITZER. Cet attrait des neuro-atypiques pour l'Asie s'explique au moins en partie par la codification plus claire (et donc plus explicite et plus rassurante) du fonctionnement de ces sociétés ainsi que leur retenue (pour ne pas dire leur introversion), notamment émotionnelle (pas d'épanchements gênants, pas de familiarité déplacée, pas de contacts physiques perçus comme intrusifs etc.)

- J'ai failli le mettre dans le paragraphe précédent mais je me suis retenue (^^) pour celui-ci: un neuro-atypique se sent comme un poisson dans l'eau dans l'univers de "In the Mood for Love" (2000). Alors même si ce film est antérieur au chef d'oeuvre de WONG Kar-Wai, il n'est guère surpris de voir son égérie, Maggie CHEUNG surgir dans le rôle d'une acupunctrice fraîchement immigrée et donc tout aussi déphasée que Augustin qui semble tombé de la lune.On ne le dira jamais assez, Maggie CHEUNG est tout simplement merveilleuse avec son regard profond et son sourire chaleureux et mélancolique à la fois.

- Autre acteur qui accomplit une performance inoubliable dans ce film: Darry COWL. Son personnage n'est autre que le prolongement de celui que Jacques DUFILHO incarnait dans "Un mauvais fils" (1980) de Claude SAUTET sauf qu'au lieu de prendre Patrick DEWAERE sous son aile, c'est le petit frère de Anne FONTAINE, Jean-Chretien SIBERTIN-BLANC qui devient son protégé. On a cette même impression de radar intérieur qui lui fait détecter un "frère" en la personne de cet être si décalé et l'empathie qui se dégage de son visage lorsqu'il le regarde reste en mémoire. Le choix de cet acteur est aussi peut-être un clin d'oeil au rôle qu'il interprétait dans "Les Tribulations d'un chinois en Chine" (1965) de Philippe de BROCA.

Enfin, last but not least, l'apparition brève mais elle aussi marquante de Paulette DUBOST, la Lisette de "La Regle du jeu" (1939) dans l'un de ses derniers rôles.

Comme "Augustin, roi du Kung-fu" est le second volet d'une trilogie, ne me reste plus qu'à découvrir les autres!

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Gemma Bovery

Publié le par Rosalie210

Anne Fontaine (2014)

Gemma Bovery

Une dizaine d'années avant "Bolero" (2023), Anne FONTAINE a réalisé un autre film riche en intertextualité, "Gemma Bovery". Sauf que là où "Boléro" est implicite, "Gemma Bovery" annonce la couleur dans son titre. Il y sera donc question d'une réécriture du célèbre roman de Gustave Flaubert avec dans le rôle-titre Gemma ARTERTON tout juste échappée de "Tamara Drewe" (2009). Car "Gemma Bovery" est l'adaptation d'un roman graphique de Posy Simmonds également créatrice de "Tamara Drewe". Anne FONTAINE s'amuse à en rajouter avec des acteurs porteurs d'univers bien identifiables. En tête, Fabrice LUCHINI qui reprend l'un de ses nombreux rôles d'amateur de lettres et de romanesque qui s'égare entre fiction et réalité. Il est d'ailleurs boulanger peut-être parce que l'acteur avait commencé sa carrière comme garçon-coiffeur? Niels SCHNEIDER joue les séducteurs sous l'emprise de maman comme dans "Les Amours imaginaires" (2010) et maman, c'est Edith SCOB qui semble prolonger "L'Heure d'ete" (2007). Bref, Anne FONTAINE et son co-scénariste, Pascal BONITZER s'amusent beaucoup pour un résultat bien troussé mais qui manque un peu du sel de "Tamara Drewe" (2009) avec son humour tordant. Néanmoins cette rêverie littéraire et champêtre a du charme et se conclut en beauté avec une autre invitation au voyage dans l'oeuvre de Tolstoï cette fois.

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Boléro

Publié le par Rosalie210

Anne Fontaine (2023)

Boléro

Bravo à Anne FONTAINE d'avoir réussi une évocation aussi juste de Maurice Ravel, bien secondée il faut le préciser par un Raphael PERSONNAZ tout en retenue. Comment je le sais? Grâce au cinéma de Claude SAUTET que j'admire. Très mélomane, celui-ci s'est inspiré de la vie du compositeur pour "Un coeur en hiver" (1992) qui nous permet d'entendre le trio avec piano repris dans le film de Anne FONTAINE. Un compositeur auquel il s'identifiait, c'est évident. Comment je le sais? Grâce au film de Anne FONTAINE qui m'a permis d'assembler les pièces du puzzle. En effet elle montre Maurice Ravel dans une maison close en compagnie d'une prostituée qu'il ne touche pas sans parler de Misia, son grand amour qu'il a laissé filer dans les bras d'un autre. Non seulement on reconnaît la froideur de Stéphane refusant de répondre aux avances de Camille, mais également l'étrange distanciation de Max dans "Max et les Ferrailleurs" (1970), tournant autour de Lily la prostituée jouée par Romy SCHNEIDER mais sans passer à l'acte, sinon par le meurtre. Un mystère qui se répercute également sur l'oeuvre la plus célèbre du compositeur dont Anne FONTAINE fait bien ressortir l'ambivalence foncière qui est à mon avis la raison de son universalité et de son intemporalité. De même que Maurice Ravel était un "solitaire mondain", oxymore que l'on retrouve évidemment chez Claude SAUTET, l'aspect mécanique du Boléro qui se calque sur le machinisme industriel (scène d'ouverture) devient une fois incarné par sa commanditaire, la danseuse russe Ida Rubinstein (Jeanne BALIBAR) d'un érotisme torride, véritable métaphore musicale du coït se concluant sur un orgasme. D'ailleurs tout laisse à penser que Ida a parfaitement compris la nature profonde du compositeur qu'elle pousse dans ses retranchements pour lui extorquer cette partie de lui-même qu'il dissimulait. D'après une étude commandée par le site d'écoute en ligne Spotify, le Boléro occupe d'ailleurs la troisième place des morceaux musicaux les plus écoutés pendant les rapports sexuels! Rien que pour le fait d'avoir réussi à faire ressortir toutes ces contradictions, ce mélange troublant de rigidité et de sensualité (Ravel récupérant les gants de Misia et les faisant enfiler par la prostituée pour le plaisir d'entendre le frottement du tissu sur la peau), le film transcende et ce n'est pas souvent l'exercice scolaire du biopic.

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