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Les Lèvres rouges

Publié le par Rosalie210

Harry Kumel (1970)

Les Lèvres rouges

Même si "Les lèvres rouges" met magnifiquement en valeur Delphine SEYRIG qui trouve avec cette réinterprétation du mythe de la sanglante comtesse Bathory* le parfait miroir inversé de son rôle de fée des lilas, le film fait très série B. Son aspect kitsch incluant un érotisme seventies à la David Hamilton n'est guère compensé par un scénario décousu et une interprétation inégale. Delphine SEYRIG vampirise la caméra et croque tous crus les autres acteurs (John KARLEN et Andrea RAU sont comment dire, hum, très datés) Mais on ne peut pas retirer au film un réel travail atmosphérique, une colorimétrie recherchée et quelques plans réellement intrigants comme celui où Stefan, le jeune marié à l'apparence très lisse téléphone à sa "mère", laquelle s'avère être une vieille "tante" au visage proche de "l'homme mystère" de "Lost Highway" (1996). C'est d'ailleurs cette parenté entre le film de Harry KUMEL et celui de David LYNCH qui m'a le plus intéressé à savoir l'impression de naviguer dans un cauchemar éveillé saturé de couleurs primaires, ce qui rend beaucoup plus compréhensible d'ailleurs les incohérences du scénario. "Les lèvres rouges" utilise cet onirisme pour explorer toute une palette de fantasmes et de non-dits autour du sado-masochisme et de l'homosexualité (féminine comme masculine) mais il le fait très maladroitement. Heureusement, le pouvoir d'envoûtement de Delphine SEYRIG compense en partie ces faiblesses.

* Comtesse hongroise du XVII° siècle qui aurait torturé et tué des dizaines voire des centaines de jeunes filles par pur plaisir sadique avant de se baigner dans leur sang pour conserver une éternelle jeunesse.

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Jim Queen

Publié le par Rosalie210

Marco NGUYEN et Nicolas ATHANÉ (2026)

Jim Queen

Vous avez aimé Philippe KATERINE en schtroumpf aux JO de 2024? Alors vous allez l'adorer dans le rôle de la prostate en 2026 et ce même si ce n'est qu'un caméo. C'est l'un des nombreux gags du film d'animation "Jim Queen", un film pop certes parfois confus (surtout quand on ne connaît pas les codes du milieu gay) mais hilarant, au rythme enlevé et bourré d'humour trash. Le pitch? Une pandémie touche les gays. Son nom, l'hétérose qui comme son nom l'indique convertit malgré lui celui qui en est atteint à l'hétérosexualité. Celle-ci est représentée comme un standard de beaufitude avec les molécules en forme de ballon de foot et une épidémie de hits de Patrick SEBASTIEN. Il n'y a pas que dans "Le Sens de la fete" (2016) que faire tourner les serviettes est le summum du ringard. La satire n'épargne pas davantage les gays et leurs querelles de chapelles. Certaines très connues et ayant déjà fait l'objet de films comme "Cruising, La chasse" (1980) sur les cuir SM ou "Priscilla, folle du desert" (1994) et "Hedwig and the angry inch" (2001) sur les drag queens. D'autres moins connus comme les bears qui sont évidemment représentés dans le film d'animation par des ours ou les fétichistes des chaussures de sport. Jim Parfait est quant à lui une montagne de muscles qui incarne la norme dominante du milieu gay urbain axée sur le culte du corps et des réseaux sociaux. Sa maladie va l'obliger à descendre de son piédestal pour faire équipe avec Lucien qui est son exact opposé, un éphèbe gracile sur-couvé par sa mère ministre, Christine Bayer, allusion probable à Christine Boutin dont les méthodes répressives donnent lieu à une scène tordante. Evidemment les charlatans sont légion, notamment un certain docteur "Ra(g)oult" adepte de la "chloroqueer"! Un excellent moment.

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La Petite Dernière

Publié le par Rosalie210

Hafsia Herzi (2025)

La Petite Dernière

C'est le premier film réalisé par Hafsia HERZI que je vois. Enfin plus exactement son premier long-métrage de cinéma. Elle a également réalisé un téléfilm "La Cour" (2022) pour Arte que j'avais regardé à l'époque où il était disponible en replay. Mais en ce qui concerne le cinéma, "la petite dernière" est son troisième long-métrage. C'est un film auquel j'ai trouvé des qualités mais également des longueurs. Au titre des qualités, le cheminement de Fatima (Nadia MELLITI) vers l'âge adulte est raconté avec une sensibilité qui fait défaut par exemple à un autre film sur un sujet voisin "Bande de filles" (2014). Le point fort de "La petite dernière", ce sont en effet toutes les scènes intimistes. Pas tellement celles avec son copain qui semblent assez convenues (on aurait tout à fait pu s'en dispenser de ce copain conventionnel qu'elle voit en cachette le temps de deux ou trois scènes vite expédiées, comme un passage obligé) mais celles avec son amoureuse coréenne, Ji-Na (PARK Ji-Min) que l'on aurait aimé voir encore plus développées. Parce que au-delà de la question de l'orientation sexuelle, c'est aussi la tension entre identité et altérité dans une métropole mondialisée que traite la réalisatrice. Hafsia HERZI montre la souffrance que cela représente pour Fatima comme pour Ji-Na qui fonctionne comme une sorte de miroir. Fatima est écartelée jusqu'à la schizophrénie entre son milieu d'origine, musulman pratiquant, traditionnel et pudibond et une société consumériste qui lui offre un accès à l'assouvissement sans limites de ses désirs. C'est dans ce deuxième aspect que Hafsia HERZI se montre la plus maladroite avec des scènes redondantes de fêtes dans lesquelles l'héroïne semble tourner en rond (même si ça fait toujours plaisir de retrouver la talentueuse Mouna SOUALEM dans un rôle quand même un poil "over the top" de lesbienne allumeuse déchaînée). Autre moment maladroit (parce que encore traité comme un passage obligé), la scène avec l'imam, évidemment trop didactique. Mais Hafsia HERZI se rattrape dans la scène finale entre la mère et la fille dans laquelle la première lui fait part de son amour inconditionnel. Là encore, comme pour Ji-Na, on aurait aimé que ce personnage de mère soit encore plus développé tant il exprime d'émotions et d'humanité au travers du peu de temps qu'il a à l'écran (un simple accrochage du diplôme du baccalauréat en dit plus long que tous les discours!). En bref, Hafsia HERZI est une dentellière du sentiment et cette finesse dans l'approche de ses personnages dès que l'on sort des conventions est tout à fait remarquable.

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El sueño de la sultana (Sultana's dream)

Publié le par Rosalie210

Isabel Herguera (2023)

 El sueño de la sultana (Sultana's dream)

Hiatus entre le fond et la forme. Les graphismes du film, splendides, relèvent du travail d'orfèvrerie, alternant entre plusieurs techniques pour souligner les différentes dimensions du récit. Le fond en revanche est assez lourdingue. "Sultana's dream" se déroule dans un milieu ultra bobo (l'héroïne est réalisatrice de films d'animation et tout le temps en voyage, sa mère est océanographe, son père réalisateur vit à Rome) et ressemble au parfait bréviaire de la féministe militante. Il est question d'un manifeste écrit en 1905 par la princesse indienne Rokeya Sakhawat Hossain décrivant un monde dominé par les femmes "Ladyland" une sorte de "Jacky au royaume des filles" (2013) mais où les relations hommes-femmes sont inexistantes puisque les hommes vivent cloîtrés pendant que les femmes gèrent tout. Cette essentialisation des genres est problématique. L'homme est vu systématiquement comme un sombre prédateur et la femme comme pacificatrice et dotées de toutes les qualités. Reconnaître que l'écrasante majorité des violences sexuelles sont commises par les hommes sur les femmes ce n'est pas pour autant passer sous silence la complexité des êtres humains, tous ceux qui n'entrent pas dans cette binarité, les hommes victimes d'autres hommes voire de femmes qui peuvent dans un certain nombre de cas être également prédatrices. C'est dommage car la diabolisation des hommes et l'idéalisation des femmes recouvre des questions également abordées dans le film comme celle de l'insécurité chronique des femmes dans les espaces publics d'orient comme d'occident. L'héroïne, Inès dont le père est absent a été victime d'agression sexuelle dans son enfance et voit tout à travers ce prisme. Sa relation amoureuse avec un indien est marquée par l'échec dès son apparition et son lesbianisme est montré comme une évidence. S'affranchir des assignations n'est pas au programme d'un film qui les renforce et désigne l'autre comme un ennemi à éliminer du paysage.

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L'Etranger

Publié le par Rosalie210

François Ozon (2025)

L'Etranger

Peut-être un peu contradictoire, cette adaptation de "L'Etranger" par Francois OZON mais comme le désir et la mort cheminent souvent ensemble, mettre l'accent sur le premier fait d'autant plus ressortir la seconde. La somptueuse photographie noir et blanc aide bien à unifier l'ensemble. Elle érotise les corps, fétichise le passé tout en faisant ressortir la minéralité implacable, écrasante, aveuglante du paysage algérien. La scène du crime est donc filmée comme une scène de désir avec des plans très rapprochés sur la peau en sueur du jeune homme arabe avant que celui-ci ne sorte la lame fatale chauffée à blanc dont les ondes parviennent jusqu'à Meursault (Benjamin VOISIN). Celui-ci apparaît finalement moins froid que désarmé face à ces forces qui le dépassent (celle du désir comme celle de la mort). "C'est la faute au soleil" dira-t-il pour justifier les cinq balles dans le corps de l'arabe; "J'étais fatigué" dira-t-il pour justifier son absence de larmes devant le cercueil de sa mère. Si j'ai trouvé que la fin du film dans laquelle Meursault est confronté à la justice et à l'Eglise est plus didactique et datée, même si elle est utile pour comprendre les raisons profondes de la condamnation d'un personnage qui refuse d'entrer dans le jeu que l'on exige de lui, l'environnement colonial dans lequel il évolue apparaît aux yeux d'un spectateur d'aujourd'hui dans toute sa violence raciste. Néanmoins si le film prend parfois des airs de reconstitution des années 30 (on songe à "Pepe le Moko") (1937), le contexte contemporain de la réalisation du film se fait sentir à travers la place accordée aux arabes qui acquièrent une identité et une voix propre à la différence du roman. La chanson de Cure, "Killing an Arab", elle aussi adaptée du livre d'Albert Camus vient clore en beauté cette adaptation plutôt réussie même si à l'image du roman, elle ne me touche guère. Excellente interprétation.

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Desperate souls, Dark City and the Legend of Midnight Cowboy

Publié le par Rosalie210

Nancy Buirski (2022)

Desperate souls, Dark City and the Legend of Midnight Cowboy

Un titre poétique et prolifique pour un documentaire consacré à un film culte: "Macadam Cowboy" (1968) brillamment replacé dans son contexte historique. Pas seulement celui d'un pays, les USA alors enlisés dans la guerre du Vietnam et doutant de leurs valeurs mais aussi celui d'une ville, New-York alors décrépite et refuge de tous les "misfits" du pays et d'ailleurs (le film est contemporain d'une oeuvre comme "Panique a Needle Park" (1971) mais la réalisatrice-scénariste montre tout aussi bien les liens avec "Taxi Driver") (1976). C'est aussi le parcours personnel de son réalisateur John SCHLESINGER qui est ausculté avec tant de justesse que le documentaire nous le rend très proche alors qu'il est décédé en 2003 soit près de 20 ans avant sa réalisation. "Macadam Cowboy", c'est un peu (un peu beaucoup même) sa propre histoire, devenue "racontable" dans un pays confronté à l'émergence de la contre-culture dont l'aspect queer est ici mis en évidence. Excellente idée au passage d'avoir illustré la pénalisation de l'homosexualité dans les années cinquante et soixante au Royaume-Uni (pays d'origine de John SCHLESINGER) avec des extraits de "La Victime" (1961) de Basil DEARDEN qui fut à l'origine de la carrière de Dirk BOGARDE dans le cinéma d'auteur à défaut de parvenir à le sortir du placard. Ceci étant, le documentaire ne fait pas l'impasse sur les doutes du réalisateur quant à l'oeuvre qu'il était en train de réaliser, ni sur son classement "X", ni sur son contenu homoérotique ("Le Secret de Brokeback Mountain" (2005) et "The Power of the Dog" (2021) sont cités pour rappeler que "Macadam Cowboy" fut en quelque sorte le film précurseur sur le thème du cowboy icône gay). Néanmoins, le documentaire rappelle qu'à la différence des films LGBT underground réalisés au sein de la Factory de Andy WARHOL, "Macadam Cowboy" qui pourtant croise cet univers lors d'une longue et mémorable séquence psychédélique montre une relation platonique entre deux hommes même si leur amitié se manifeste par une tendresse tout à fait inhabituelle à l'écran. De fait, il a réussi l'exploit de décrocher trois Oscars ce qui me fait penser en matière de schizophrénie à un film tout aussi iconoclaste, "Théorème" (1968) sorti la même année à la fois condamné et célébré par les catholiques. Jon VOIGHT dont c'était le premier rôle important à l'écran raconte comment il a décroché le rôle (on le voit même faire des bouts d'essai) alors que Dustin HOFFMAN qui venait d'exploser avec "Le Laureat" (1967) a dû faire des pieds et des mains pour convaincre John SCHLESINGER de le prendre (ça a fonctionné visiblement puisque les deux hommes ont de nouveau travaillé ensemble sur son autre film célèbre, "Marathon Man") (1976). Bref un documentaire foisonnant et passionnant de bout en bout.

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La rose de Versailles (Versailles no Bara)

Publié le par Rosalie210

Ai Yoshimura (2025)

La rose de Versailles (Versailles no Bara)

Comme Silvia Stucchi et son livre-hommage "La Dame au ruban bleu: cinquante années avec Oscar", le studio MAPPA célèbre avec trois ans de retard l'anniversaire du chef d'oeuvre de Riyoko IKEDA en produisant une nouvelle adaptation sous forme d'un long-métrage d'animation d'environ deux heures. Celui-ci est un condensé des 10 volumes du manga s'appuyant également sur les adaptations du Takarazuka, revue théâtrale japonaise 100% féminine produisant des spectacles musicaux. Le film comporte donc de nombreux passages chantés. Il bénéficie également des techniques et des graphismes les plus modernes en terme d'animation. Clairement, ce remake, sorti sur Netflix le 30 avril 2025 cherche à séduire la nouvelle génération. Pourtant il n'arrive pas à la cheville de la deuxième partie de la série de 1979 produite par le studio TMS et réalisée par Osamu DEZAKI qui donnait à l'histoire une profondeur tragique et une esthétique cinématographique avec un travail incroyable sur la lumière et le regard (et ce avec les moyens limités d'une diffusion TV) sans parler de la mise en valeur du graphisme du merveilleux duo Shingo ARAKI/Michi HIMENO. Le numéro 250 d'Animeland qui vient de sortir leur consacre à tous de copieux articles à la hauteur de leurs talents conjugués. Le film du studio MAPPA reste quant à lui à la surface des personnages qui sont édulcorés: il n'y a plus de suicide, plus de mariage forcé, plus de tentative de viol, plus d'infanticides, plus de climat incestueux, plus d'ambiguïté sexuelle, plus de maladie mortelle. La grande Histoire est presque complètement escamotée alors qu'elle est dans le manga et dans la série un ressort essentiel de l'intrigue. Celle-ci, découpée à la hache et dépouillée de sa charge politique et de ses personnages secondaires est réduite aux relations sentimentales et aux fanfreluches. Seuls les questionnements et la révolte d'Oscar, reflet de la personnalité de Riyoko IKEDA donne un peu de substance à un contenu certes soigné mais inoffensif.

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Les Prédateurs (The Hunger)

Publié le par Rosalie210

Tony Scott (1983)

Les Prédateurs (The Hunger)

Le vampire est éternel... également sur les écrans. Comme tous les mythes, chaque époque s'en empare et le réinterprète. Avant les versions des années 90 ("Dracula" de Coppola, "Entretien avec un vampire" de Neil Jordan), la saga "Twilight" des années 2000 et la relecture de Jim Jarmush, "Only Lovers Left Alive" en 2013, "Les Prédateurs", le premier long-métrage de Tony Scott en a offert une version eighties chic, arty et saphique devenue culte avec le temps. Exit les vieux artefacts associés au vampirisme (les croix, l'ail, la lumière, les miroirs etc.) Dans "Les Prédateurs", ceux-ci sont jeunes, beaux, classe avec leurs costumes haute-couture taillés sur mesure. Ils ont les visages iconiques de Catherine Deneuve (période "Le Dernier Métro") et de David Bowie (période "Let's Dance"). Ils vivent dans de somptueuses résidences pleines de bibelots anciens et se repaissent autant de sang que de grande musique (magnifiquement utilisée que ce soit le trio de Schubert aussi suggestif que dans "Barry Lyndon" ou le Lakmé de Léo Delibes). Un sang étroitement lié au sexe, les vampires se nourrissant au moment de leurs ébats torrides avec leurs proies ce qui fait évidemment penser au sida alors en pleine émergence (et le film de Coppola enfoncera ensuite le clou). L'esthétique baroque tout autant que la thématique m'a fait penser spontanément à Blade Runner, réalisé par Ridley Scott, frère de Tony en 1982: clairs obscurs, lâcher de colombes, fumigènes, voilages volant au vent, ambiance hypnotique, créatures inhumaines en proie à des questions existentielles. Car l'immortalité des vampires de Tony Scott s'avère conditionnelle: elle dépend du désir d'un autre. Cet autre est longtemps Miriam, sorte de déesse égyptienne qui élit ceux qui lui plaisent jusqu'à ce qu'elle s'en lasse. Alors ceux-ci vieillissent brutalement et finissent par se transformer en momie. C'est précisément ce qui arrive à John dont le maquillage est par ailleurs très réussi (son auteur, Dick Smith a travaillé notamment sur "L'Exorciste"). Miriam a en effet trouvé un autre objet de désir en la personne de Sarah (Susan Sarandon), médecin spécialiste des effets du vieillissement. Mais avec elle, le processus s'inverse comme si la science dévorait la croyance. Les scènes entre Catherine Deneuve et Susan Sarandon ne sont pas pour rien dans le statut culte du film: la première est devenue une icône lgbt et la seconde incarne une femme forte et indépendante qui annonce celle de "Thelma et Louise". 

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La Pampa

Publié le par Rosalie210

Antoine Chevrollier (2025)

La Pampa

"La Pampa" est vendu comme un "Vingt dieux" (2024) bis parce qu'il s'agit d'un premier film et d'un récit initiatique de passage à l'âge adulte en milieu rural, le Maine-et-Loire au lieu du Jura avec le motocross en lieu et place du stockcar. Je lui souhaite le même succès mais je le trouve encore plus proche de "Chien De La Casse" (2021), autant pour son atmosphère d'ennui que pour l'amitié masculine qui constitue l'un des centres du film. Mais "La Pampa" est beaucoup plus dramatique que les films de Louise COURVOISIER et Jean-Baptiste DURAND et aurait pu s'intituler "Secrets et mensonges" ou "La loi du patriarcat". Il faut dire que le réalisateur, Antoine CHEVROLLIER a fait ses gammes dans des séries dont celle que j'avais vue et adoré, "Oussekine" (2022) avec dans le rôle principal Sayyid EL ALAMI qui joue le rôle de Willy dans "La Pampa", un adolescent ombrageux, tourmenté par la mort de son père, peu motivé pour passer le bac, mécano à ses heures. A ses côtés, son "âme frère", Jojo (Amaury FOUCHER), solaire, pilote de motocross du genre tête brûlée à la James Dean mais étouffé par un père tyrannique obsédé par la victoire flanqué d'un coach pas très net (ARTUS, totalement à contre-emploi dans un rôle de lâche et d'hypocrite) qui n'hésite pas à sacrifier le moment venu Jojo sur l'autel de la morale publique pour sauver sa peau*. Celle du film est résumée par Marina (Leonie DAHAN-LAMORT), jeune fille du coin partie à Angers pour étudier les Beaux-Arts mais revenue quelque temps chez son père. Suscitant les fantasmes des garçons, elle leur répond que le village est resté bloqué dans les années cinquante avec les rumeurs, les réputations et qu'il faut s'ouvrir l'esprit. Willy est tout à fait prêt à la suivre, surtout après avoir découvert le secret de Jojo qu'il protège mais ce secret finit par être découvert par des personnes malveillantes et éventé sur les réseaux sociaux avec les conséquences que l'on peut imaginer. C'est donc dans la douleur que Willy tente de se construire, se cognant sans cesse contre sa mère angoissée à l'idée qu'il échoue et son beau-père effacé (Mathieu DEMY, parfait), tous deux écrasés par l'ombre du père défunt que Willy porte encore en lui. Ombre redoublée par celui de Jojo (Damien BONNARD) qui en père de substitution autoritaire tente de le modeler selon ses désirs. Face à ces injonctions contradictoires et aux moeurs rétrogrades du village, il n'est pas simple pour Willy d'affirmer sa personnalité et de s'extraire d'un milieu imprégné de masculinité toxique avec lequel il se découvre en décalage mais dont il a du mal à se défaire. Le film de Antoine CHEVROLLIER tient en haleine du début à la fin, il est construit comme un thriller à rebondissements, prenant des tours et des détours inattendus sur un schéma pourtant rebattu dans lequel la libre expression des jeunes s'avère clandestine, bridée, interrompue, sous surveillance (voir la scène emblématique de la piscine).

* Son comportement ressemble à celui de Clive dans "Maurice" (1987), preuve que l'homophobie n'est ni l'apanage d'un milieu social, ni d'une époque (que l'on croyait révolue mais qui reste bien vivace. Au mieux c'est "ok mais pas de ça chez nous", au pire c'est le "wokisme" mis à toutes les sauces du moindre écart à la norme).

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Les Roseaux sauvages

Publié le par Rosalie210

André Téchiné (1994)

Les Roseaux sauvages

Mon film préféré de Andre TECHINE est aussi celui dans lequel il a glissé le plus de souvenirs personnels. Pourtant, à la base il s'agissait d'une commande d'Arte qui souhaitait produire une collection de neuf téléfilms sur l'adolescence intitulée "Tous les garçons et les filles de leur âge". Parmi eux, trois finissent par sortir au cinéma en version longue dont celui de Andre TECHINE qui reçoit le prix Louis Delluc et quatre César.

Les qualités du film sont nombreuses: il fait souffler un vent de fraîcheur sur le cinéma français en révélant une nouvelle génération d'acteurs dont Elodie BOUCHEZ, il évoque avec une grande sensibilité le passage à l'âge adulte dans le contexte dans lequel Andre TECHINE l'a vécu, celui de la fin de la guerre d'Algérie dans le sud-ouest de la France avec le retour des pieds-noirs. La mort qui rôde autour des jeunes appelés et le désir bouillonnant des adolescents se mêlent harmonieusement. Le film est à la fois lumineux et douloureux. Lumineux car de nombreuses scènes ont été tournées en pleine nature et exaltent ce désir adolescent en pleine éclosion qui fait fi des clivages politiques, sociaux et même de façon éphémère de l'orientation sexuelle. Douloureux aussi car ces mêmes adolescents sont tourmentés par le contexte historique et politique qui les impactent plus ou moins directement (le frère appelé de l'un, l'appartenance de la mère de l'autre au PCF, la présence en classe d'un jeune pied-noir ombrageux et révolté) mais aussi par leur sexualité. Le personnage de François (Gael MOREL) qui peut être vu comme un double du réalisateur découvre son homosexualité à une époque où elle était taboue. Le poids de sa différence, Andre TECHINE nous le fait ressentir à travers la scène du mariage campagnard et ses chansons paillardes, le père agriculteur qui se méprend sur la nature de sa relation avec son âme soeur, Maïté (Elodie BOUCHEZ) son rapport à la littérature et au cinéma en décalage avec son environnement, ses relations avec le garçon fruste qu'il désire, Serge (Stephane RIDEAU) ou enfin, sa tentative de trouver un interlocuteur en la personne d'un adulte homosexuel dont la bouche cousue et le regard plein de désarroi en disent plus long que tous les discours. Pourtant François est le personnage le plus libre de tous et au vu des scènes finales, son influence sur l'évolution du rapport de Maïté à son corps, à ses désirs et au reste du monde semble déterminante. Leurs partenaires, en dehors de quelques parenthèses enchantées dont la plus frappante est celle de la fin sont rattrapés par le poids de leur héritage familial et se soumettent à cette fatalité en mettant leur individualité de côté.

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