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Le Tour du monde en 80 jours (Around the World in 80 Days)

Publié le par Rosalie210

Buzz Kulik (1989)

Le Tour du monde en 80 jours (Around the World in 80 Days)

"Le tour du monde en 80 jours" se prête mieux au format d'une mini-série qu'au long-métrage de cinéma. C'est logique au vu de son origine feuilletonesque, comme nombre de romans du XIX° siècle. De fait, cette adaptation en trois épisodes d'une heure trente est fidèle à l'oeuvre de Jules Verne même si elle prend quelques libertés avec l'itinéraire. Le duo Pierce BROSNAN en Phileas Fogg et Eric IDLE en Passepartout fonctionne à merveille. Leur complémentarité Clown blanc/Auguste est l'un des points forts de la série. Pierce BROSNAN est d'une classe folle et apporte beaucoup de nuances à son personnage de gentleman flegmatique et pudique qui s'ouvre peu à peu au monde. L'actrice singapourienne qui joue Aouda (Julia NICKSON) est également très charismatique. Leur relation est plus développée que dans le roman et on réalise à quel point l'orient était au XIX° un horizon fantasmatique pour les écrivains occidentaux. Peter USTINOV que le public associe à ses prestations en Hercule Poirot joue un Fix plutôt bouffon qui fait bien la paire avec Passepartout. Enfin la série accueille toute une série de guest-stars (Robert WAGNER, Christopher LEE, Patrick MacNEE, Lee REMICK etc. mais aussi des frenchies comme Jean-Pierre CASTALDI et Arielle DOMBASLE) et fait intervenir à la marge des "célébrités" comme Sarah Bernhardt, Louis Pasteur, la reine Victoria, Jesse James... afin de donner une couleur locale aux aventures de Fogg et Passepartout. Le réalisateur Buzz KULIK s'amuse à bousculer le pudibond Fogg avec des personnages de bons vivants au contact physique facile et des femmes peu farouches.

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The Furious (Huo zhe yan)

Publié le par Rosalie210

Kenji Tanigaki (2026)

The Furious (Huo zhe yan)

"The Furious" est un film qui se situe dans la grande tradition des films d'action asiatiques. Tourné en grande partie en Thaïlande avec un casting panasiatique (chinois, thaïlandais, indonésiens etc.), il s'agit d'une production hongkongaise mais avec un réalisateur japonais! On pense effectivement d'abord aux films d'arts martiaux de Hong-Kong mais l'intrigue a des points communs avec "The Host" (2006) de BONG Joon-ho. Il s'agit en effet d'une variation sur le thème de Moloch, ce démon qui dévorait les enfants. Dans "The Host" (2006) c'était un monstre né d'une pollution chimique américaine du fleuve Han de Séoul. Dans "The Furious" c'est une mafia qui enlève et séquestre des enfants pour les vendre à un réseau pédophile avec la bénédiction d'autorités corrompues ou inefficaces, un thème cher au thriller coréen. Mais la résolution de l'intrigue passe ici par de multiples vengeances croisées qui se manifestent au travers de combats d'arts martiaux sophistiqués et superbement chorégraphiés. Oubliez le réalisme: les combattants sont à peu près incassables et encaissent les chutes et les coups les plus violents avec stoïcisme. Comme les vampires, seul le transpercement a raison d'eux. Un split screen sur les différents regards des protagonistes fait penser logiquement au duel final du film de Sergio LEONE, "Le Bon la brute le truand" (1966). Malgré sa violence sèche, le film est cependant adouci comme dans "The Host" (2006) par la présence des enfants menés par la fille du personnage principal joué par Xie MIAO. Celui-ci est muet ce qui lève la barrière de la langue en donnant un maximum d'espace à l'expression visuelle et physique de sa souffrance émotionnelle, le cinéma asiatique étant souvent avare de mots. Par ailleurs, même si la fin est moins amère que chez BONG Joon-ho, le film ne nous épargne ni les chocs, ni les traumatismes (l'anéantissement par erreur de sa propre lignée qui rend fou le chef de la mafia) et nous montre au final une famille recomposée de rescapés de guerre tous abîmés d'une manière ou d'une autre.

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L'Homme sauvage (The Stalking moon)

Publié le par Rosalie210

Robert Mulligan (1968)

L'Homme sauvage (The Stalking moon)

J'ai bien aimé "L'homme sauvage" malgré les limites évidentes d'un scénario archi classique. Cela tient à la musique, très inspirée, à la photographie qui magnifie les paysages de l'ouest, à l'interprétation très sobre voire taiseuse, à la mise en scène épurée qui transforme l'indien en une abstraction meurtrière tout en laissant une trace sanglante bien visible sur son passage. le film de Robert MULLIGAN est donc hybride, à mi-chemin entre le western classique qui brille de ses derniers feux et celui du nouvel Hollywood qui commence à peine à émerger. Il ne s'en cache pas, c'est même son sujet. Six ans après "Du silence et des ombres" (1962), Robert MULLIGAN retrouve Gregory PECK dans un rôle taillé pour lui de défenseur de la veuve et de l'orphelin. Sauf que la veuve est en fait la femme blanche d'un indien apache (Eva Marie SAINT) flanquée de son jeune fils métis. L'enfant tiraillé ou disputé entre deux camps ou deux identités est souvent le sujet des films de Robert MULLIGAN, que ce soit "Du silence et des ombres" (1962) ou "L'Autre" (1972). Le véritable sujet du film consiste donc à trancher qui de Sam Varner le blanc ou de Salvaje l'apache sera le père de l'enfant, cet observateur silencieux omniprésent durant tout le film qui n'a même pas encore de nom, donc qui n'est pas encore officiellement né. On se dit que tout est déjà joué d'avance au vu du scénario cousu de fil blanc. Cependant la mise en scène suggère que c'est peut-être un peu plus compliqué que ça en a l'air. La scène finale, à la lisière du fantastique donne l'impression que Sam se bat déjà contre un fantôme, le même qui reviendra hanter "Shining" (1980). Et comme d'autres westerns avant lui, "La Prisonniere du desert" (1956) ou "Le Vent de la plaine" (1959), le WASP se retrouve à accueillir l'enfant mêlé du sang de l'ennemi sous son propre toit, foulant au passage l'idéologie de pureté raciale de la culture américaine. En tant "qu'éclaireur" (de la nation américaine?), Sam a déjà un fils de substitution métis, Nick joué par un jeune Robert FORSTER aux faux airs de Charles BRONSON dont c'était la deuxième apparition à l'écran.

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Good Luck, Have fun, Don't Die

Publié le par Rosalie210

Gore Verbinski (2026)

Good Luck, Have fun, Don't Die

Il y a de bonnes idées, y compris visuelles dans le dixième film de Gore VERBINSKI, le réalisateur de "Rango" (2010), du remake américain de "Ring" (1997) et de la première trilogie de la saga Pirates des Caraïbes. Le problème, c'est qu'elles ont du mal à s'insérer dans un scénario cohérent, à faire sens et surtout, à conférer de l'humanité aux personnages. On est typiquement dans un film geek, bourré de références diverses et variées ("Matrix" (1998), "Black Mirror" (2011), "Un jour sans fin" (1993), "Ghost in the Shell" (1995), "Terminator" (1984), "Toy Story" (1995) etc.) mais sans aucune âme. L'absence de véritable réflexion sur le sujet, à savoir la vampirisation de la société par l'IA se remarque au fait que le film fait exactement ce qu'il dénonce: il transforme ses personnages en robots, menés par un sociopathe narcissique. Le SDF du futur qui vient recruter une équipe pour débrancher l'IA avant qu'elle ne génère l'apocalypse débite une logorrhée insupportable de prêcheur imperméable au doute tout en prenant en otage les clients d'un diner puis en les menaçant de tout faire exploser s'ils ne viennent pas avec lui. En prime il en humilie certains (c'est censé faire rire). Super éthique de départ! Quant aux "dégâts collatéraux" en cours de route, tout le monde s'en fiche, la mort étant traitée comme une ponctuation comique et puis de toute façon, elle n'a aucune importance, le SDF pouvant tout "rebooter" (c'est sa 117° tentative). Bref comment le film pourrait-il dénoncer quoi que ce soit en se présentant lui-même comme un jeu vidéo rempli de figurines de latex où rien n'a de conséquence? La vérité, c'est que n'est pas son but. Son but est de flatter les jeunes dans le sens du poil, du moins ceux qui recherchent des expériences sensorielles fortes au rythme effréné et des héros badass dont l'attitude est perçue comme un summum de coolitude. Bref c'est du double discours et le film est un parc d'attraction sitôt consommé, sitôt oublié.

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Le Rire et le couteau (O Riso e a Faca)

Publié le par Rosalie210

Pedro Pinho (2025)

Le Rire et le couteau (O Riso e a Faca)

La dernière fois que j'ai vu la Guinée-Bissau au cinéma, c'était dans le documentaire "Sans soleil" (1982) de Chris MARKER. "Le Rire et le Couteau" adopte aussi la forme d'un documentaire mais y introduit des éléments de fiction. C'est une oeuvre typiquement décoloniale. Sa durée extrême (3h30), ses scènes étirées mais peu reliées entre elles, la beauté de ses images, la fascination pour les corps beaux, jeunes et queer m'a rappelé "Pacifiction - Tourment sur les iles" (2021). Malgré toutes ses bonnes intentions et quelques bonnes idées telles que la satire des ONG autosatisfaites d'avoir fabriqué des latrines visiblement inadaptées (sans parler de l'infantilisation que cela sous-entend) ou d'autres actions tout aussi hors-sol ou l'expérience du rejet de greffe que vit Sergio de multiples manières (ses brusques accès de fièvre, sa blessure au pied, Diara qui lui ferme la porte etc.), le propos du film se dilue dans sa durée excessive et on sent trop qu'il est calibré pour plaire aux festivaliers. La misère ou l'héritage du colonialisme reste en arrière-plan ou est intellectualisé dans des discussions tandis que la caméra filme goulument au premier plan des corps jeunes et parfaits d'hommes et de femmes s'étreindre dans des scènes chaudes de boîte de nuit puis de sexe particulièrement crues. C'est à peu près la seule chose qui met d'ailleurs le spectateur en émoi car pour le reste, le film ne délivre aucune émotion. Son personnage principal, Sergio, totalement inexpressif et opaque ne suscite guère l'intérêt. Il semble plutôt servir de support au propos du réalisateur qu'avoir une densité intérieure qui lui permettrait d'exister par et pour lui-même. C'est la même chose pour les autres. Contrairement à ce qui est écrit partout, il y a une confusion entre l'intimité à laquelle on n'accède jamais et un voyeurisme consommateur de belles images qui ne fait que déplacer le curseur du colonialisme au lieu de véritablement l'abolir.

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Les voyages de Tereza (O Último Azul)

Publié le par Rosalie210

Gabriel Mascaro (2026)

Les voyages de Tereza (O Último Azul)

"Les voyages de Tereza" est un film extrêmement original. Il mélange trois genres: la dystopie, l'aventure et la quête initiatique. La dystopie qui reste majoritairement à l'arrière-plan voire hors-champ a des points communs avec "Soleil vert" (1973) et avec le roman de science-fiction de Ira Levin "Un bonheur insoutenable". Bien que prenant l'apparence dès les premières images d'un Etat qui dans un contexte de catastrophe écologique se préoccupe de la santé et de la reconnaissance de ses seniors, il s'agit en réalité d'une emprise totalitaire visant à les écarter de la société en les envoyant vers une mystérieuse colonie. Tereza qui a 77 ans mais travaille encore et est parfaitement autonome découvre à ses dépends que l'âge du couperet pour l'internement en camp de c... oups en colonie a été abaissé à 75 ans et qu'elle fait donc partie du public cible. Elle est "débranchée" de son travail et ne peut plus rien acheter sans l'autorisation de sa fille qui s'avère une collaboratrice zélée du système. Dommage qu'on ne sache pas pourquoi alors que de nombreux messages tagués sur les murs montrent le rejet des jeunes générations vis à vis de cette politique de mise sous tutelle et d'ostracisme provenant plutôt des petits-enfants que des enfants cependant. Face à ce mur de coercition qui s'accompagne également d'une surveillance policière, le film raconte comment Tereza qui cherche juste au départ à s'offrir un instant de liberté avant d'être définitivement enfermée finit par prendre définitivement le large en gagnant de plus en plus en autonomie, au gré de ses rencontres au fil de l'eau. L'ordre établi, clinique et policier que cherche à créer l'Etat sous un vernis d'hypocrisie se fissure alors. Outre les tags de protestation, on découvre que sa politique ne cible en réalité que les pauvres jugés indésirables, les seniors riches pouvant racheter leur liberté à prix d'or. Et tout un monde interlope n'obéissant qu'à ses propres règles se dévoile alors. C'est dans cette zone grise, certes anarchique mais vivifiante que Tereza se réinvente, redécouvre son corps et ses désirs, prend des risques et acquiert de nouvelles compétences. Un beau récit de résilience qui dément le pessimisme, tant sur le fardeau que représenterait le vieillissement que sur les dégâts écologiques qui seraient insurmontables (le film suggère, comme "Flow, le chat qui n'avait plus peur de l'eau" (2022) un monde noyé sous les eaux où le seul moyen de déplacement accessible serait le bateau).

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The Rider

Publié le par Rosalie210

Chloé Zhao (2017)

The Rider

Les pas de côtés que les réalisatrices effectuent lorsqu'elles réalisent des westerns (où des films qui s'y apparentent) sont souvent passionnants. Il faut dit que s'il y a un genre associé à la virilité dominante, c'est bien celui-là. Logiquement les westerns réalisés par des femmes s'attachent à des laissés pour compte ou à des femmes ou à des cowboys qui tentent de cacher les failles qui pourraient les faire basculer dans le camp des parias. "The Power of the Dog" (2021), "War Pony" (2021), "La Derniere piste" (2010), "First Cow" (2019) sont comme autant de jalons sur cette route encore peu empruntée qui comprend également le beau "The Rider", le deuxième film de Chloe ZHAO. On retrouve la sensualité de son regard dans la manière dont elle filme les grands espaces, une grande douceur aussi presque contemplative dans sa manière de filmer le désarroi d'un homme brisé par un accident de rodéo. "The Rider" c'est l'histoire (autobiographique, les personnages jouant leur propre rôle) d'un cavalier qui ne peut plus cavaler et doit donc réinventer son identité pour continuer à avancer. Sauf qu'autour de lui, il n'y a que d'autres éclopés de la vie dont un ami beaucoup plus lourdement handicapé que lui, une petite soeur autiste et un cheval mal en point. Ce qui est passionnant c'est que tous les acteurs non professionnels sont des descendants des indiens Sioux de la réserve de Pine Ridge dans le Dakota du sud mais acculturés au point de ressembler à n'importe quel cowboy de l'Amérique rurale. Du moins jusqu'à ce qu'ils se blessent et que cette blessure ne vienne douloureusement leur rappeler que leur place est à la marge du monde construit par les conquérants WASP. Brady est pris entre la nécessité de gagner sa vie dans un boulot alimentaire dont il souligne dès le départ qu'il est temporaire et l'incapacité à couper le cordon qui le lie à la nature et aux chevaux. On le voit donc malgré les signes évidents de ses lésions toujours y revenir pour se heurter à chaque fois à une impasse, un comble au milieu de ces magnifiques grands espaces où tout semble possible mais qui pourtant fonctionnent comme un mirage.

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Les Contrebandiers de Moonfleet (Moonfleet)

Publié le par Rosalie210

Fritz Lang (1955)

Les Contrebandiers de Moonfleet (Moonfleet)

"Ô petit gars, prend garde à toi, sois courageux, tu connaîtras, mille tempêtes, mille naufrages, avant d'atteindre ton rivage": cet extrait du générique en VF de la série "L'île au trésor" réalisée par Osamu DEZAKI m'est revenu en mémoire tant John Mohune et Jim Hawkins sont des figures emblématiques du récit d'apprentissage et d'aventures. Deux orphelins innocents plongés dans un monde corrompu, sombre et violent qui se trouvent un mentor et un père de substitution auprès d'une figure charismatique de hors-la-loi. La quête d'un trésor caché vient parachever les similitudes entre deux oeuvres qui brouillent les frontières entre le bien et le mal. C'est d'autant plus vrai dans "Les contrebandiers de Moonfleet" qu'il n'y a aucun adulte positif. Cela vaut aussi bien pour la haute société incarnée par le couple de nobles décadents joués par George SANDERS et Joan GREENWOOD que pour les représentants de l'autorité avec Maskew (John HOYT), la justice officielle étant souvent la bête noire de Fritz LANG ou encore les contrebandiers totalement immoraux qui accompagnent Jeremy Fox (Stewart GRANGER). Ce dernier, "l'élu" de John désigné par sa mère ne peut pas être totalement mauvais. Mais c'est un homme trouble, ambigu menant une double vie d'aristocrate débauché le jour et chef des contrebandiers la nuit (non, ce n'est ni Bruce Wayne, ni Peter Parker!). De fait, sa mélancolie transparaît dès la lecture de la lettre de la mère de John. Plus tard on découvre qu'il conserve dans son dos les cicatrices de l'attaque qu'il a subi lorsque les parents de la mère de John ont lâché les chiens sur lui (la hantise du lynchage qui hante toute la filmographie de Fritz LANG). On comprend que son apparence lui a permis d'infiltrer la noblesse et de prendre une revanche sociale sur ceux qui l'ont humilié. John Mohune par son innocence et sa foi en lui devient un miroir à travers lequel Fox peut se racheter une virginité mais chez Fritz LANG cela passe par son sacrifice. "Le contrebandiers de Moonfleet" est ainsi un récit d'aventures en couleur infiltré par les codes du film noir: brouillard, nuit, cauchemars, cadres oppressants qui écrasent les personnages, héros ambivalent et désabusé hanté par son passé, mal qui s'infiltre partout et issue fatale.

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Le Prince et le pauvre (The Prince and the Pauper)

Publié le par Rosalie210

Richard Fleischer (1977)

Le Prince et le pauvre (The Prince and the Pauper)

Je me souviens vaguement avoir découvert "Le prince et le pauvre" avec une version Disney du roman de Mark Twain dans laquelle Mickey jouait les deux rôles principaux au début des années 90. La version de Richard FLEISCHER lui est antérieure puisqu'elle date de la fin des années 70. Le projet s'inscrit dans la foulée du succès des films de Richard LESTER adaptés du roman de Alexandre Dumas "Les Trois mousquetaires" (1973) et ses suites. Une partie du casting est d'ailleurs identique puisqu'on retrouve dans "Le prince et le pauvre" Raquel WELCH, Charlton HESTON et Oliver REED. Richard FLEISCHER qui était alors en fin de carrière met son savoir-faire technique au service d'une commande dont il tire un film très soigné visuellement avec quelques touches satiriques plutôt bien senties mais trop éparses, tant on sent que le scénario a été peu travaillé. Autre problème, Mark LESTER qui joue le double rôle principal a beau être très photogénique (avec un petit air de Bjorn ANDREESEN à l'époque de Tadzio), son jeu est stéréotypé et lassant. Il a du mal à faire exister ses deux personnages, se faisant largement éclipser par "l'ogre" Oliver REED qui est quant à lui excellent. Enfin, si l'adaptation de Dumas chez Richard LESTER laisse transparaître la période flower power durant laquelle le film a été réalisé, celui de Richard FLEISCHER semble tout droit sorti des sixties avec sa recette de comédie de cape et d'épée estampillée âge d'or d'Hollywood qui en 1977 était complètement obsolète.

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Le Comte de Monte-Cristo (The Count of Monte Cristo)

Publié le par Rosalie210

Bille August (2025)

Le Comte de Monte-Cristo (The Count of Monte Cristo)

Il est extrêmement intéressant de comparer la mini-série de Bille AUGUST avec la récente superproduction de Mathieu DELAPORTE et Alexandre de la PATELLIERE afin de comprendre comment à partir d'un même matériau original on peut aboutir à deux oeuvres très différentes mais à mes yeux tout aussi peu convaincantes. Le roman de Alexandre Dumas a en effet une caractéristique particulière: il est hybride. Si bien que l'on peut en tirer aussi bien un film à grand spectacle mettant en scène un "super-héros" doté de pouvoirs quasi surnaturels (c'est le choix payant au box office du duo Delaporte - De la Patellière) ou bien à l'inverse une oeuvre intimiste, réaliste et épurée. C'est le choix fait par Bille AUGUST qui élimine donc tout ce que le roman peut avoir d'excessif, de grandiloquent ou d'invraisemblable sans se rendre compte qu'il tombe dans la platitude. Il n'est plus question par exemple pour le comte de se déguiser, de jouer les passe-muraille ou de ranimer les morts, bref de se prendre pour dieu. Heureusement, Sam CLAFLIN est brillant dans le rôle principal et parvient à offrir une prestation d'une grande densité dramatique. Il habite son personnage qu'il rend plus tourmenté encore que dans la plupart des autres versions, sa froideur glaciale le jour se transformant en agitation insomniaque la nuit au fur et à mesure que sa vengeance le consume de l'intérieur.

Hélas, il est bien seul et de ce fait, son personnage, monolithe figé dans le passé, imperméable à toute évolution tourne à vide. La plupart des autres personnages n'arrivent pas à la cheville de ceux imaginés par Dumas et surtout les liens affectifs si importants pour la rédemption et le retour à la vie du comte sont inexistants. Les personnages ne sont pour la plupart que des rouages de l'intrigue sans identité propre. Certains sont à peine esquissés ou si radicalement transformés qu'il aurait mieux valu les supprimer. Ils apparaissent le plus souvent lorsque Monte-Cristo en a besoin et disparaissent une fois qu'ils ont joué docilement leur rôle. Le cas le plus frappant est celui de Haydée. Alors qu'il s'agit d'une princesse de tragédie grecque qui en impose dans le roman, elle ressemble à une petite servante apeurée dans la série qui n'ose même pas regarder le comte dans les yeux, loin du personnage courageux et combatif annoncé. Il faut dire que comme chez Josee DAYAN, elle ne doit pas prendre la place de Mercédès qui reste jusqu'au bout le seul grand amour de Monte-Cristo (le refus du temps qui passe est frappant dans cette série qui ne cherche même pas à faire semblant de faire vieillir les personnages). Simplement Bille AUGUST donne à leur relation une tournure plus élégante et douce-amère que la ridicule fin avec Gerard DEPARDIEU. Tous ceux qui d'ailleurs se plaignent du supposé "wokisme" de la série peuvent être rassurés: ce n'est qu'un argument publicitaire, pas une réalité. Les personnages racisés le sont au mépris des événements historiques traités par Dumas comme la guerre d'indépendance grecque d'où est issu le personnage fictif de Haydée. Les femmes sont bien plus fortes dans le roman que dans la série comme le montre l'exemple d'Eugénie, lesbienne certes mais transformée en pleurnicheuse qui a besoin des hommes pour s'évader et se lancer dans une carrière musicale. Valentine n'affronte pas l'épreuve de la mort qui la fait renaître sous une identité purgée de la corruption de sa famille "d'Atrides" (et la folie de son père liée à la perte tragique de toute sa famille devient factice à cause de ce changement). Même le terrible personnage de sorcière qu'est Héloïse de Villefort devient une minable petite voleuse à la sauvette, incapable de fabriquer elle-même ses poisons. Et voilà comment une série à l'affichage moderne peut être dans le fond plus réac qu'un roman du milieu du XIX° en refusant aux femmes toute autonomie réelle et plus généralement, en réduisant un écosystème vivant à une simple mécanique sans âme.

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