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Terreur aveugle (Blind terror)

Publié le par Rosalie210

Richard Fleischer (1971)

Terreur aveugle (Blind terror)

"Terreur aveugle" de Richard FLEISCHER (un réalisateur habitué aux films de serial killer) est au thriller horrifique ce que "Les Bijoux de la Castafiore" est à la comédie policière. Dans les deux cas, le même choc des mondes avec un vaste domaine aristocratique (le manoir Rexton/le château de Moulinsart) d'un côté et un campement gitan stationné juste à la lisière du bois environnant de l'autre. Dans les deux cas, les marginaux servent de leurre. Le loup ne rôde pas aux portes du domaine, il est déjà dans la bergerie. Mieux encore, le château devient un piège claustrophobique rempli de chausse-trappes. "Les Bijoux de la Castafiore" est un pied de nez à tous les autres albums Tintin puisque la sédentarité y est totale, on ne quitte pas le château, au point que je me souviens avoir joué à un "jeu de l'oie" adapté de l'album avec le capitaine Haddock en fauteuil roulant ne cessant de rencontrer des obstacles sur sa route. "Terreur aveugle" est quant à lui un remarquable film de mise en scène qui orchestre un suspense insoutenable autour d'une jeune aveugle (Mia FARROW) qui déambule sans le savoir (puisqu'elle ne voit rien) sur une scène de crime jonchée de cadavres, de bris de verre (et évidemment elle est pieds nus), à la merci du tueur revenu chercher un indice compromettant oublié sur place. Les nombreux inserts sur des objets-clés (comme le fameux indice, les bris de verre, la tondeuse abandonnée du jardinier sur lequel portent les soupçons ou encore les bottes du tueur qui leur voue le même fétichisme meurtrier que Georges avec son blouson dans "Le Daim" (2019), au point que l'on ne voit son visage qu'à la fin) font penser aux films de Alfred HITCHCOCK et sont d'une redoutable efficacité. On tremble à chaque instant pour Sarah dont le cauchemar ne semble jamais prendre fin puisqu'elle se noie dans les ténèbres (la baignoire devient même le lieu de la rencontre directe avec la mort). Mia FARROW impressionne dans un rôle qui n'est pas sans rappeler là encore ceux de Tippi HEDREN ou de Janet LEIGH chez Alfred HITCHCOCK.

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Backrooms

Publié le par Rosalie210

Kane Parsons (2026)

Backrooms

Un scénario pour le moins confus autour de deux personnages, une psychanalyste, Mary Kline (Renate REINSVE) et l'un de ses patients à la tête d'un magasin de meubles, Clark (Chiwetel EJIOFOR) qui se retrouvent tous deux aspirés dans une dimension parallèle de l'autre côté du mur du sous-sol de ce même magasin. Le véritable intérêt du film réside dans l'exploration de cet univers parallèle profondément angoissant qui rappelle à notre bon souvenir le labyrinthe de "Shining" (1980), les loges de "Twin Peaks - Les Sept derniers jours de Laura Palmer" (1992), le Tesseract de "Interstellar" (2013) ou encore les salles de "Cube" (1997). "Backrooms" est un film-cerveau, un cauchemar psychologique qui reflète l'inconscient de ceux qui les traversent. L'immersion sensorielle est totale avec ces espaces liminaires à la fois gigantesques et confinés qui se succèdent à l'infini. Bruits anxiogènes, absence de fenêtres, néons qui grésillent et couleurs criardes à dominante jaune moutarde et parfois rouge ou bleu, visions surréalistes de meubles agglutinés ou bien qui se noient dans les moquettes, de panneaux STOP, d'escaliers suspendus dans le vide comme dans les dessins de Escher, de piscines aux eaux sombres faites pour nous engloutir. On est à la fois fascinés par l'inventivité constante de ces lieux qui revêtent par moments le caractère d'installations contemporaines ou de tableaux surréalistes à la Dali ou à la Magritte et effrayés par leur aspect anxiogène et claustrophobique sans parler des entités étranges voire mortelles qu'ils abritent. Maintenant reste à intégrer cette légende urbaine du web nourrie par l'imagination collective des internautes à un scénario plus solidement charpenté pour libérer toute sa puissance de frappe.

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Les Lèvres rouges

Publié le par Rosalie210

Harry Kumel (1970)

Les Lèvres rouges

Même si "Les lèvres rouges" met magnifiquement en valeur Delphine SEYRIG qui trouve avec cette réinterprétation du mythe de la sanglante comtesse Bathory* le parfait miroir inversé de son rôle de fée des lilas, le film fait très série B. Son aspect kitsch incluant un érotisme seventies à la David Hamilton n'est guère compensé par un scénario décousu et une interprétation inégale. Delphine SEYRIG vampirise la caméra et croque tous crus les autres acteurs (John KARLEN et Andrea RAU sont comment dire, hum, très datés) Mais on ne peut pas retirer au film un réel travail atmosphérique, une colorimétrie recherchée et quelques plans réellement intrigants comme celui où Stefan, le jeune marié à l'apparence très lisse téléphone à sa "mère", laquelle s'avère être une vieille "tante" au visage proche de "l'homme mystère" de "Lost Highway" (1996). C'est d'ailleurs cette parenté entre le film de Harry KUMEL et celui de David LYNCH qui m'a le plus intéressé à savoir l'impression de naviguer dans un cauchemar éveillé saturé de couleurs primaires, ce qui rend beaucoup plus compréhensible d'ailleurs les incohérences du scénario. "Les lèvres rouges" utilise cet onirisme pour explorer toute une palette de fantasmes et de non-dits autour du sado-masochisme et de l'homosexualité (féminine comme masculine) mais il le fait très maladroitement. Heureusement, le pouvoir d'envoûtement de Delphine SEYRIG compense en partie ces faiblesses.

* Comtesse hongroise du XVII° siècle qui aurait torturé et tué des dizaines voire des centaines de jeunes filles par pur plaisir sadique avant de se baigner dans leur sang pour conserver une éternelle jeunesse.

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Audrey Rose

Publié le par Rosalie210

Robert Wise (1977)

Audrey Rose

Impossible de ne pas penser à "L'Exorciste" (1972) en regardant "Audrey Rose", tant les points communs sont nombreux. Néanmoins, le film de Robert WISE prend le contrepied de celui de William FRIEDKIN en refusant de céder aux effets spectaculaires ce qui a sans doute joué dans son échec commercial, même s'il ne suffit pas à lui seul à l'expliquer. Sa structure narrative qui commence par nous plonger dans un drame familial nimbé de mystère avant de bifurquer sans préavis dans le film de procès où l'on tente de "prouver" ce qui par nature ne peut l'être, une croyance spirituelle peut paraître maladroite sans parler d'une fin quelque peu expédiée.

Le film n'en reste pas moins passionnant et a acquis au fil du temps un statut mérité d'oeuvre culte. Evidemment la présence d'Anthony HOPKINS au générique, un an avant "Magic" (1978) n'y est pas pour rien. C'est lui qui révèle la faille au sein d'une famille dont Robert WISE montre dans les premières images du film l'extrême banalité apparente. Enfin ce ne sont pas tout à fait les premières images car avant elles, il y en a eu d'autres, celles de l'accident ayant coûté la vie à Audrey Rose et à sa mère. Il faut un certain temps avant de les raccorder au personnage joué par Anthony HOPKINS et à la famille qu'il semble suivre à la trace. Comme dans la plupart de ses rôles, il dégage une aura inquiétante, entre douceur et folie et jusqu'à la fin, le spectateur ne parviendra jamais tout à fait à savoir s'il cherche à protéger Ivy ou bien à la vampiriser en cherchant à travers elle sa fille disparue.

Mais ce qui ne permet pas au spectateur de trancher, c'est que Elliott Hoover, son personnage est entravé par la société américaine qui le prend pour un fou dangereux puis tente de trouver une explication rationnelle en utilisant Ivy comme cobaye, avec l'assentiment du père. Car ce qui est très intéressant aussi, c'est la manière dont l'irruption d'Elliott et les crises d'Ivy font exploser les faux-semblants au sein du couple des parents. Alors que la mère, d'abord effrayée se montre de plus en plus à l'écoute parce qu'elle est proche de sa fille et que seul Elliott parvient à l'apaiser, le père, beaucoup plus distant rejette frontalement l'intrus qui est pour lui un rival et donne au contraire carte blanche aux institutions judiciaires et médicales avec des résultats pour le moins peu probants. "Audrey Rose" rejoint ainsi "L'Exorciste" (1972) dans le constat d'un malaise dans la civilisation américaine dont le cartésianisme rejette dans l'ombre tout ce qui lui échappe, là où la spiritualité, qu'elle soit chrétienne ou comme ici bouddhiste tente d'apporter des réponses à la souffrance psychique et notamment aux questions relatives au deuil et à la mort.

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Sinners

Publié le par Rosalie210

Ryan Coogler (2025)

Sinners

"Sinners" n'a pas volé ses prix aux Oscar. C'est le digne héritier (contrairement au narcissique et vide "Marty Supreme") (2025) des grands cinéastes-historiens du refoulement des tares originelles de l'Amérique tels que Martin SCORSESE ou Stanley KUBRICK. Il se situe dans une longue tradition, celle du Southern Gothic, un genre littéraire et cinématographique né dans le Sud des États-Unis qui utilise les codes de l'horreur classique (fantômes, châteaux en ruine, malédictions) pour parler de vérités sociales et historiques douloureuses et profondes: l'esclavage, la ségrégation raciale, les lynchages, le Ku Klux Klan. La manière dont le passé infuse le présent et détermine le futur est déterminante dans le film comme elle l'était dans "Gangs of New York" (2002) où l'on voyait pousser les gratte-ciel sur un sol gorgé du sang des rivalités territoriales ayant eu lieu durant la guerre de Sécession ou dans "Shining" (1980) dans lequel les fantômes de l'Amérique coloniale, violente et patriarcale sur lequel était construit l'hôtel Overlook revenaient hanter voire posséder les personnages, abolissant toute notion du temps. Comme la majorité des vampires de "Sinners", Jack Torrance sacrifiait son humanité et sa créativité pour l'immortalité en rejoignant le camp des prédateurs dominants là ou son fils Danny doté du don de voir le passé choisissait de fuir et de préserver sa liberté.

Et bien "Sinners" fonctionne exactement de la même façon avec son lieu unique saturé d'un lourd passé, gorgé de fantômes qui ne demandent qu'à être convoqués. On en apprécie que mieux la petite remarque de l'un des frères jumeaux (tous deux joués par Michael B. JORDAN qui n'a pas volé sa statuette lui aussi), constatant que le sol en bois de la scierie qu'ils achètent pour en faire un cabaret de blues a été "lessivé" par le vendeur du lieu qui n'est autre qu'un membre éminent du Ku Klux Klan. Mais ce "white washing" ne peut lessiver la terre qui se trouve sous le plancher. Convoqué par la puissante musique blues de Sammie et de sa guitare, voilà que dans une scène de transe parmi les plus saisissantes du film on voit apparaître sur ce même plancher des danseurs tribaux africains, des joueurs de guitare électrique, des DJ et même des acteurs de l'opéra traditionnel chinois en référence à la présence dans le public du cabaret d'un couple de commerçants immigrés chinois: le passé, le présent et le futur communiquent et communient dans un seul et même espace-temps.

Mais les vampires blancs rodent autour du cabaret et cherchent à entrer. Comme dans tout film de vampire qui se respecte, ils ne peuvent le faire que s'ils y sont invités. Il va falloir donc ruser, exploiter la moindre faille et ils ne vont pas tarder à la trouver. Leur cheval de troie est littéralement "la plaie de l'Amérique", la même que celle au coeur du film de Paul Thomas ANDERSON, "Une bataille apres l'autre" (2025) à savoir la fille métisse. Dans "Sinners", on ne comprend pas tout de suite le lien entre cette jeune fille et le monde noir qu'elle côtoie. Jusqu'à ce qu'elle révèle que son père était mulâtre et que pour refuser l'entrée du cabaret aux blancs, les membres du cabaret précisent "qu'elle appartient à la famille". C'est là qu'on touche du doigt le génie du réalisateur, Ryan COOGLER qui a pris au mot le racisme des USA pour lesquels "une seule goutte de sang noir fait de vous un noir". C'est par cette faille (le passing*) vue comme "l'anomalie à éliminer" que le film va basculer d'un affrontement binaire (y compris musical dans une séquence banjo qui rappelle beaucoup "Delivrance") (1972) en quelque chose de beaucoup plus complexe car cette jeune fille est la première à se faire mordre et à réussir quand même à entrer dans le cabaret. A partir de là, les frontières se brouillent: le passing propage le virus de l'intérieur tandis que ceux qui s'aventurent dehors rejoignent l'armée des ombres, qu'elles soit blanches, noires ou asiatiques. La fracture binaire ne passe plus entre "eux" (les vampires, les blancs) et "nous" (les humains, les noirs) mais au sein même des familles et des fratries gémellaires, menaçant au final d'engloutir la nation toute entière.

C'est sur les ruines de ce mensonge mortifère pour toute une nation que Ryan COOGLER reconstruit une autre lecture de l'Amérique, hybride, débarrassée par une violente catharsis de sa lèpre raciste (le massacre des membres du KKK, emportés avec l'anéantissement du cabaret de Blues). Les survivants du massacre sont devenus des porteurs de mémoire. Protégé par son génie musical et la réalité plurielle du Blues (musique de la souffrance noire sur des instruments blancs), Sammie a déjoué la prédation des vampires. Il en reste marqué à vie par une vilaine griffure au visage mais il n'a pas été mordu. Et l'âme des jumeaux continue à le protéger. Par un jeu de transvasement mystique que l'on voit aussi dans le très beau "Hamnet" (2025), la connexion spirituelle entre eux est si forte qu'elle défie la mort et le mal: au lieu d'être mordu et vidé de son sang, le jumeau humain parvient à déverser son âme dans son frère, créant un être hybride ayant appris à dompter sa "soif de mordre". Enfin, ultime ironie du sort, le métissage que l'idéologie raciste voit comme une tare absolue, celle de l'impureté est précisément ce qui permet à la jeune fille mordue de survivre. Contrairement aux autres vampires qui sont calcinés dès le lever du soleil, seule sa part monstrueuse est détruite, lui permettant de survivre débarrassée de sa part d'ombre.

"Sinners" est le film de la véritable "Renaissance d'une nation".

* Le passing (de l'anglais passing for white, "passer pour blanc") est un concept sociologique et historique né aux États-Unis. Il désigne la capacité d'une personne appartenant à un groupe racial ou social discriminé (généralement métisse ou noire de peau claire) à être perçue comme blanche par la société, générant un réflexe de survie et une tragédie identitaire. L'un des exemples les plus célèbres au cinéma est le personnage de Sarah Jane dans "Mirage de la vie (1959).

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L'Autre (The Other)

Publié le par Rosalie210

Robert Mulligan (1972)

L'Autre (The Other)

Un cauchemar éveillé dans une ambiance bucolique digne de "La petite maison dans la prairie" (belle photographie de Robert SURTEES qui joue à fond du contraste entre la campagne ensoleillée et la noirceur des événements racontés). C'est l'atmosphère de "L'Autre" dont les points communs avec "Du silence et des ombres" (1962), le film le plus connu de Robert MULLIGAN sautent aux yeux tout en étant complètement à l'opposé. Dans les deux cas, le film se place à hauteur d'enfants confrontés à la perte de leur innocence et épouse leur vision fantastique du monde hanté par les fantômes. Mais dans "Du silence et des ombres", le fantôme qui était en réalité un jeune homme reclus s'avérait protecteur face à une menace parfaitement identifiable. Dans "L'Autre", le fantôme que l'on met du temps à identifier comme tel agit comme une entité maléfique sur des êtres vulnérables et son existence relève autant d'un deuil impossible que de la pathologie mentale (on sent l'héritage de "Psychose") (1960). "L'Autre" repose sur un postulat qui préfigure nombre de films de cette époque, celui de l'enfant aux aptitudes paranormales et son atmosphère irréelle a dû inspirer M. Night SHYAMALAN pour "Sixieme sens" (1999). C'est aussi un des grands films sur la gémellité vue comme un trouble schizophrénique (on pense à "Soeurs de sang" (1973) sorti un an après). J'aime beaucoup la mise en scène qui est assez subtile pour nous faire douter de l'existence réelle du second jumeau ainsi que la musique de Jerry GOLDSMITH, aussi évocatrice que le générique de "Du silence et des ombres". "L'Autre" est un film qui après une première partie déjà angoissante bascule à la faveur d'un twist dans l'horreur pure: impossible de regarder du même oeil un sécateur et un tonneau de rhum après son visionnage.

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Alter Ego

Publié le par Rosalie210

Bruno Lavaine et Nicolas Charlet

Alter Ego

Sur le papier, le pitch avait l'air alléchant. Et la BA, très drôle donnait envie. Mais l'enjeu était de savoir si à partir de l'idée loufoque de départ, le reste allait suivre. Le fait est que même si "Alter ego" relève davantage de l'humour grinçant que du vaudeville, il parvient d'une part quand même à trousser quelques scènes poilantes et surtout à nous surprendre. Car non, tout n'est pas révélé dans la bande annonce, loin de là. D'ailleurs dès les premières scènes, sous le comique de situation (les deux sosies dont personne ne remarque la ressemblance sauf Alex) et de caractère (Axel le winner sportif, polyvalent et bête de sexe versus Alex le loser pas fichu de monter correctement une tente) perce un malaise qui ne fait que s'amplifier tout au long du film. Un malaise lié en partie à la montée de la paranoïa chez Alex qui espionne son alter ego avec des jouets d'enfant mais surtout au cadre étouffant de la vie de banlieue. Le double devient la métaphore du conformisme puisque Axel est le miroir d'Alex mais "en mieux" entendez par là qui a mieux réussi: il a des cheveux, un large sourire, une confiance en lui à toute épreuve, une femme mannequin vraisemblablement russe. Il a la même maison de celle d'Alex mais avec une cave contenant des milliers de bouteilles de vin et le même job mais qu'il réorganise à la manière américaine pendant qu'Alex se placardise tout seul. Les réalisateurs maximisent l'effet miroir avec les maisons mitoyennes séparées par une simple haie ou les bureaux qui se font face, sauf que le comportement d'Alex qui part de plus en plus en vrille pour trouver la faille de son alter ego instille un suspense et une tension croissante. La fin que ne renierait pas un Quentin DUPIEUX bascule dans le registre du polar horrifique teinté d'absurde en nous dévoilant les dessous peu reluisants de la vie du beau mâle alpha aux apparences si parfaites. Laurent LAFITTE fait un grand numéro dans son double rôle, parvenant à créer depuis le phrasé jusqu'à la posture corporelle deux personnages si distincts qu'on a du mal à croire nous aussi qu'il s'agit du même acteur. On s'amuse aussi de quelques personnages pas piqués des vers: le collègue un peu benêt d'Alex, Denis (Marc FRAIZE) et la moustache de sa supérieure jouée par Zabou BREITMAN.

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Misery

Publié le par Rosalie210

Rob Reiner (1990)

Misery

Il y a comme un air de famille entre "Shining" (1980) " et Misery" (1990). Visiblement pour Stephen King, l'auteur des deux romans adaptés respectivement par Stanley KUBRICK et Rob REINER, l'écriture est dangereuse pour la santé mentale et l'intégrité physique. Surtout si l'écrivain choisit pour trouver l'inspiration un chalet ou un hôtel isolé du reste du monde par une épaisse couche de neige: attention au hors-piste! Les génériques des deux films montrent d'ailleurs l'écrivain en train de conduire sur une route sinueuse ou recouverte par le blizzard vers un travail d'écriture contrarié. Dans "Shining" (1980), il est victime du syndrome de la page blanche et sombre dans la folie meurtrière. Dans "Misery" (1990), il veut s'émanciper de son image d'auteur de romans de gare en tuant son personnage mais tombe dans les griffes d'une infirmière psychopathe qui le contraint à le ressusciter. La symbolique de "Misery" est aussi forte que celle de "Shining". Dans le film de Stanley KUBRICK on a un père infanticide. Dans "Misery", c'est au contraire la mère ou plus exactement son substitut, l'infirmière qui est infanticide. Elle traite l'écrivain privé de l'usage de ses jambes après son accident de voiture comme un bébé, le confinant dans son lit, le récompensant ou le punissant selon qu'il exauce ou non ses désirs. Or on apprend peu après qu'elle a été condamnée à la suite de décès en série de nouveaux nés. Ce qui est de mauvais augure pour le sort de l'écrivain qu'elle séquestre et tient à sa merci. Annie Wilkes est sans doute l'un des personnages les plus dérangés et effrayants de toute l'histoire du cinéma. Pas étonnant que Kathy BATES ait obtenu l'Oscar de la meilleure actrice. Elle fait forcément penser à une autre infirmière castratrice célèbre, Mildred Ratched dans "Vol au-dessus d'un nid de coucou" (1975). Mais Annie est moins manipulatrice que folle à lier. Gamine émerveillée par les aventures de l'héroïne inventée par Paul Sheldon, Misery, Annie peut sombrer en un clin d'oeil dans la violence la plus extrême dès qu'on la contrarie. Face à cette furie infantile qui torture et tue, Paul Sheldon (James CAAN) doit utiliser toutes les ressources de son ingéniosité et de son imagination pour tenter de s'en sortir. Ca ne sera pas une partie de plaisir.

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Le Jour du fléau (The Day of the locust)

Publié le par Rosalie210

John Schlesinger (1975)

Le Jour du fléau (The Day of the locust)

Bien avant des films tels que "Mulholland Drive" (2001)" ou "Babylon" (2021), , "Le Jour du fléau" réalisé par John SCHLESINGER en 1975 déconstruisait le mythe hollywoodien en tirant à boulets rouges sur l'usine à rêves à son apogée dans les années 30 pour en faire ressortir les aspects les plus glauques. De fait, ce travail de démolition accouche de quelques scènes satiriques spectaculaires comme celles du prêche, de la destruction du décor de Waterloo et d'un final "apocalyptique" presque prophétique (Hollywood qui brûle fait penser aux incendies récents de Los Angeles) mais contient aussi beaucoup de lourdeurs et de redondances. John SCHLESINGER maîtrise mal le rythme et la progression dramatique de son film qui patauge trop souvent dans la semoule. De fait, sa durée (2h24) aurait gagnée à être raccourcie d'autant qu'on a vite fait le tour des personnages, réduits pour la plupart à n'être que des pantins grimaçants. Je pense à l'insupportable gamin "Adoré" qui finit à l'état de bouillie pour chat dans un déchaînement pulsionnel ardemment souhaité par un spectateur à bout de patience mais le pitoyable clown bonimenteur joué par Burgess MEREDITH tape tout autant sur les nerfs. Au milieu de cet énorme et grotesque barnum parfois fatigant à force de caricature et d'hystérie, les deux personnages principaux, sans doute trop archétypaux, font un peu pâle figure. D'un côté le jeune décorateur idéaliste qui va perdre toutes ses illusions au contact de la réalité (William ATHERTON) est beaucoup trop lisse malgré une ou deux scènes où il se laisse aller à ses pulsions les plus sombres. De l'autre, la petite starlette du genre "blonde idiote" dont il est amoureux (Karen BLACK) est plus un moyen d'illustrer la débauche du milieu que celui des rêves déçus. Nombre de personnages qui tournent autour d'elle comme ses deux "boys" qui font penser à ceux qui accompagnaient Ava GARDNER dans "La Nuit de l'iguane" (1964) sont sous voire pas du tout employés. Seul l'étrange personnage joué par Donald SUTHERLAND suscite l'intérêt. Déjà parce qu'il s'appelle Homer Simpson ce qui pour un spectateur d'aujourd'hui ne manque pas de sel. Mais aussi parce qu'il semble être en quelque sorte l'incarnation du sauvage dans "Le meilleur des mondes". Inutile de préciser que ça ne finira pas très bien pour lui.

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Climax

Publié le par Rosalie210

Gaspar Noé (2018)

ClimaxClimax

La curiosité. Voilà ce qui m'a poussé à regarder "Climax". Je n'avais jamais vu de film de Gaspard NOE mais beaucoup entendu parler de lui et compris que l'on avait affaire à un cinéaste clivant. Et puis à force de voir des extraits dans l'émission "Blow up", j'ai remarqué qu'il avait un univers reconnaissable avec une caméra tournoyante filmant en plongée un sol qui devient le plafond et vice-versa ce qui nous rappelle que la terre est sphérique. Cette volonté de brouiller les repères est d'ailleurs partout dans "Climax": dans le positionnement des génériques où il n'y a ni début, ni fin, dans celui des livres et des cassettes vidéo qui entourent la télévision où défile le casting: une partie des titres est à l'endroit, l'autre à l'envers. Je me suis repassé d'ailleurs cette séquence deux fois pour avoir le temps de les lire car ces oeuvres n'ont pas été choisies au hasard, elles ont valeur programmatique. "De l'hédonisme au nihilisme", voilà ce qui les relie.

"Climax" ressemble à l'un de ces innombrables films d'horreur de série B qui montre une bande de jeunes décérébrés et interchangeables tomber dans un piège mortel du genre "Chroniques de Tchernobyl" (2011). Sauf qu'il y a un cerveau derrière qui orchestre sous forme de maelstrom de sensations sa vision on ne peut plus noire de l'existence. "Climax" s'ouvre sur un plan-séquence de 12 minutes que j'ai vu plusieurs fois, notamment à l'exposition "Disco" qui explore justement ce qui se cache derrière l'hédonisme de cette culture et son temple, la discothèque: une utopie du mélange dans laquelle toutes les barrières (de couleur, de genre, d'origine sociale) seraient effacées par la magie de la musique, de la danse et d'une atmosphère brouillant les repères (fumée, obscurité, lumières stroboscopiques). Cette séquence euphorique tourne ensuite après une période d'incubation où l'on mesure l'animalité et la vacuité de personnages réduits à leurs pulsions primaires au pur cauchemar quand la drogue cachée dans la sangria (la boisson du "melting-pot") fait son effet. Une sangria filmée également à la verticale par la caméra tout comme un nouveau numéro de danse en forme de "battle" ce qui renforce la figure du cercle infernal et annonce la suite. C'est au tour des repères moraux et sociaux d'être pulvérisés dans ce qui s'apparente à une grande orgie de sexe et de violence aboutissant à une destruction symbolique de l'espèce par l'infanticide et l'inceste. La caméra fait d'ailleurs très "oeil de dieu" et ce d'autant plus que le blanc envahit les premières et dernières images (jusque là saturées d'un rouge et d'un vert très organiques) avec des personnages défoncés au regard tourné vers le ciel. C'est à ce moment-là que les titres des oeuvres citées au début du film prennent tout leur sens, tels que "Salo ou les 120 jours de Sodome" (1975), "Un Chien andalou" (1929), "Suicide, mode d'emploi" ou "De l'inconvénient d'être né". Eprouvant, dérangeant, sans doute trop long dans sa dernière partie qui paraît interminable mais un film qui ne laisse pas indifférent.

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