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Articles avec #cinema japonais tag

L'Etranger à l'intérieur d'une femme (Onna no naka ni iru tanin)

Publié le par Rosalie210

Mikio Naruse (1966)

L'Etranger à l'intérieur d'une femme (Onna no naka ni iru tanin)

Cinq ans avant Claude CHABROL et son "Juste avant la nuit" (1970), Mikio NARUSE avait déjà adapté le roman policier de l'écrivain anglo-libanais Edward Atiyah "The Thin Line" traduit en français sous le titre "L'Etau". Méconnu en France car dérogeant à ses drames sociaux habituels, l'avant-dernier film de Mikio NARUSE démontre combien les oeuvres (réussies) peuvent résonner dans des contextes très différents. La rigidité des codes sociaux japonais s'avère tout aussi claustrophobique que ceux de la bourgeoisie française. Un monde d'apparences dans lequel chacun joue une partition bien rodée que l'on retrouve dans la plupart des films japonais de cette époque. A savoir la famille japonaise typique avec son salary man toujours occupé et sa femme au foyer servante soumise, deux bambins pourris-gâtés par la société de consommation et la belle-mère un peu commère. Ce cocon rassurant, pilier de la société japonaise est brutalement menacé d'implosion par l'irruption d'une affaire criminelle touchant de près le père de famille, Toshiro: Sayuri, la femme de son collègue et meilleur ami Sugimoto, a été retrouvée étranglée chez une amie dont elle se servait du domicile pour recevoir son amant. La suite, on la connaît: le sentiment de culpabilité écrasant de Toshiro, son besoin de se livrer et les efforts de sa femme et de son meilleur ami pour étouffer l'affaire au nom de la préservation de l'ordre social, quitte à recourir à un nouveau meurtre. Si l'on retrouve les mêmes éléments de l'intrigue que chez Claude CHABROL, le film de Mikio NARUSE a aussi des spécificités. Les scènes de confession sont amenées de manière particulièrement remarquables grâce à un changement brutal d'environnement. La première scène d'aveux se déroule au sein du foyer mais à la lueur d'une bougie au beau milieu d'une tempête et la deuxième, au bord d'un sombre tunnel alors qu'ils sont en vacances dans une station touristique. La sensation de vertige qui résulte de ces gouffres s'ouvrant brusquement sous leurs pieds rend tangible le basculement de la chronique familiale vers le film noir à relents psychanalytiques. Autre différence, l'épisode de la méningite du petit garçon de la famille qui semble refléter la menace qui plane sur l'équilibre familial et joue un rôle clé dans la mutation mentale de la vision que la mère de famille a de son rôle de "gardienne du foyer". Autre différence, contrairement à Hélène dont l'intériorité nous reste inaccessible, on entend la voix intérieure de Masako qui réalise que son mari lui a transféré son sentiment de culpabilité mais que contrairement à lui, elle n'aura personne à qui se confier. Bien que la vision des enfants jouant au loin avec les vagues soit lourde de sens.

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Le Maître du kabuki (Kohuho)

Publié le par Rosalie210

Sang-il Lee (2025)

Le Maître du kabuki (Kohuho)

Grande fresque romanesque se déroulant sur plus de cinquante ans, "Le maître du kabuki" raconte la destinée de Kikuo, un fils de yakuza qui à l'adolescence révèle une beauté et un talent exceptionnel pour jouer l'onnagata du théâtre kabuki. Le début du film donne les éléments essentiels pour comprendre cette discipline artistique très codifiée née au XVII° siècle au Japon. Comme dans d'autres formes traditionnelles de théâtre (et ce dès son apparition dans l'antiquité grecque), les femmes en ont été bannies pour des raisons de moralité publique et de contrôle social si bien que les hommes ont dû jouer leurs rôles: ce sont les onnagata qui exercent une fascination sur le public en se jouant des frontières entre les genres, devenant des stars et par là-même, la clé de voûte de cet art. Comprendre le kabuki permet de comprendre une bonne part de la culture nipponne allant du Takarazuka (son équivalent féminin où les femmes jouent les rôles des hommes mais qui est plus récent, plus moderne et moins célèbre à l'international) aux mangas shônen et shojô dans lesquels des personnages se jouent aux aussi des frontières genrées soit par le fantastique, soit par le travestissement ("Ranma 1/2", "La Rose de Versailles" etc.) Pour mémoire "Les Garcons et Guillaume, a table !" (2013) s'ouvrait sur une photo montrant un onnagata, instaurant implicitement un parallèle avec l'histoire de Guillaume GALLIENNE qui a joué des rôles féminins au théâtre (par exemple Lucrèce Borgia).

Si l'intrigue du film ne brille pas par son originalité puisqu'il s'agit d'une success story divisée en trois temps: l'ascension, la chute et la rédemption, l'intérêt est ailleurs. On découvre les arcanes de ce monde ultra-hiérarchisé et fondé sur la lignée que vient bousculer un jeune homme qui n'est pas issu du sérail. D'autant moins que s'il n'est pas lui-même yakuza, Kikuo en porte les stigmates: il a vu son père se faire tuer sous ses yeux et arbore un immense tatouage de chouette dans le dos (même aujourd'hui, la plupart des bains publics japonais interdisent les tatouages ou demandent aux utilisateurs de les cacher). Kikuo n'en est pas à une contradiction près puisqu'il a une fille avec une Gheisha de Gion qu'il refuse de reconnaître. Il est de toutes façons tellement obsédé par sa quête de perfection et sa rivalité (teintée d'ambiguïté) avec Shunsuke, le fils de son mentor qui incarne "le sang pur" de la lignée qu'il n'a pas de temps à lui consacrer. C'est le prix à payer pour atteindre le sommet que le film montre comme un pacte avec le diable: Kikuo réalise son rêve mais au prix d'une solitude absolue.

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Gankutsuou

Publié le par Rosalie210

Mahiro Maeda (2004)

Gankutsuou

J'avais beaucoup entendu parler de cette série qui tente une approche originale et au départ franchement séduisante du roman d'Alexandre Dumas "Le comte de Monte-Cristo". Approche originale au niveau du genre puisque le roman historique est transposé dans un univers de space opera rétro-futuriste dans lequel les vaisseaux spatiaux et les mecha (armures mécanisées façon Goldorak) cohabitent avec les costumes dandy, l'opéra et les calèches du XIX° siècle. Approche originale au niveau de l'esthétique. Les effets 3D, typique du début des années 2000 ont aujourd'hui mal vieilli mais en revanche le choix d'un style collage proche de Klimt (lui-même inspiré par les estampes japonaises) avec les motifs des costumes et chevelures qui semblent se fondre dans un décor éblouissant de dorures donne un cachet unique à cet anime même si cela se fait au détriment au mouvement et de la fluidité. Enfin au niveau narratif, la décision de changer de point de vue et de faire de Albert le personnage principal donne une certaine fraîcheur à l'histoire en la recentrant sur la jeune génération plutôt que sur celle du comte. Hélas, ce changement permet aux poncifs des mangas de rattraper rapidement cette version. Albert et ses amis qui ont une vingtaine d'années dans le roman deviennent des adolescents de 14-15 ans et le récit devient celui du passage à l'âge adulte célébrant les valeurs d'amitié, de courage, de détermination et d'esprit de sacrifice dans un esprit très shônen. On y ajoute des combats de mecha, des triangles amoureux (Andrea-Albert-Eugénie, Edmond-Mercédès-Fernand), une touche de gore, une autre de yaoi (amours homosexuelles masculines destiné au public féminin souvent entre un blond et un brun qui sont ici Franz d'Epinay et Albert mais l'ajout du travesti Peppo avec lequel Albert a une aventure est un autre exemple). Passé à la moulinette de ces stéréotypes, le récit finit par perdre toute crédibilité tant il devient incohérent et décousu. On pense au comte transformé en vampire criminel depuis qu'il a noué un pacte faustien avec le diable (pauvre abbé Faria!) mais qui reste adoré par son entourage maso. On pense à Mercédès transformée en horrible arriviste sans personnalité et qui se fait insulter par son propre fils et tirer dessus par son mari. On pense à Eugénie qui à l'opposé du roman de Dumas devient une amoureuse éplorée qui a besoin d'être sauvée par Albert (le récit est yaoi mais efface en revanche toute trace de lesbianisme). On pense à Andrea Cavalcanti, transformé en bishonen androgyne pervers et incestueux à la manière de Helmut Berger dans "Les Damnés" et ainsi de suite.

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Pompoko (Heisei tanuki gassen Ponpoko)

Publié le par Rosalie210

Isao Takahata (1996)

Pompoko (Heisei tanuki gassen Ponpoko)

"Pompoko" traite d'un sujet cher aux studios Ghibli, celui des relations entre l'homme et la nature. L'histoire s'inspire d'un programme de construction urbaine à Tama près de Tokyo dans les années 60 qui a entraîné déforestation, arasement des collines et destruction des lieux de vie des animaux. Cependant les tanuki (des blaireaux aux airs de ratons-laveurs), comme les renards, autre catégorie décrite dans le film ne sont pas que des animaux, ce sont aussi des Yokai c'est à dire des esprits capables de se métamorphoser en à peu près n'importe quoi. Le film est une variante du combat du pot de terre contre le pot de fer et repose sur les différentes tentatives de résistance imaginées par les Tanuki pour ralentir le chantier voire faire fuir les humains de leur milieu de vie. Certaines sont très drôles, d'autres poétiques avec une véritable folie visuelle mais toutes sont vouées à l'échec, le boom économique l'emportant largement sur les vieilles traditions au fur et à mesure que l'urbanisation recouvre l'ancienne société rurale japonaise que l'on aperçoit à la fin du film lors d'une séquence nostalgique célébrant l'harmonie entre les dieux, les hommes et la nature. On ressent alors combien les films de Isao TAKAHATA croisent ceux de Hayao MIYAZAKI: cette campagne japonaise shintoïste est exactement celle de "Mon voisin Totoro" (1988) alors que la crise économique que vit le Japon depuis trente cinq ans entraîne une déprise urbaine faisant revenir au bercail les esprits (c'est le cadre de "Le Voyage de Chihiro" (2001) qui se déroule dans un parc d'attractions abandonné du même genre que celui que l'on voit être inauguré dans "Pompoko"). A travers les capacités d'adaptation variables des tanuki et des renards à la société moderne, c'est aussi notre aliénation qui est évoquée.

Le film de Isao TAKAHATA souffre cependant d'un problème de rythme lié à mon avis au manque de caractérisation des Tanuki. Bien qu'ils portent des noms, appartiennent à différentes générations et à deux groupes ennemis qui finissent par s'allier contre l'envahisseur on a du mal à les différencier les uns des autres d'autant qu'ils ne cessent de changer d'apparence. Le spectateur a donc affaire à des groupes au final assez indistincts et ne peut véritablement s'identifier à aucun personnage ce qui rend le film moins percutant que ce qu'il aurait pu être.

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The Garden of Words (Koto no ha no niwa)

Publié le par Rosalie210

Makoto Shinkai (2013)

The Garden of Words (Koto no ha no niwa)

"The Garden of words" ("Le jardin des mots" en VF) m'a fait penser à "L'homme qui marche" de Jiro Taniguchi de par son caractère contemplatif, sa lenteur et la poésie mélancolique de ses images d'un réalisme sidérant. La pluie, comme un rideau protecteur créé une bulle de temps suspendu à l'écart de la frénésie de la ville. Elle invite à la contemplation. De fait elle provoque une rencontre entre deux solitudes vivant un peu en marge de la société. Un lycéen de 15 ans qui sèche les cours les matinées pluvieuses en poursuivant son rêve de devenir cordonnier. Et une mystérieuse jeune femme qui ne parvient plus à se rendre au travail. Le lycéen s'installe sous un petit pavillon dans le parc de Shinjuku Gyoen pour dessiner des chaussures, la femme pour manger du chocolat et boire de la bière. Ce rituel se répète chaque matinée pluvieuse. Takao et la jeune femme, Yukino sans chercher à nouer un lien se retrouvent en effet au même endroit et au même moment si bien qu'ils finissent par mieux se connaître. Takao propose même à Yukino de lui fabriquer une paire de chaussures. Ce qui est pour elle qui traverse une crise existentielle comme une planche de salut. Néanmoins, la réalité finit par rattraper les personnages avec la fin de la saison des pluies. On sort alors du domaine de l'art et de la contemplation pour entrer dans celui plus terre-à-terre des relations sociales. Les situations respectives de Takao et de Yukino (différence d'âge et de statut) ne permettent pas à ceux-ci de continuer sur le même mode que leurs tête à tête dans le jardin. L'un doit se construire et l'autre se reconstruire et chacun doit le faire de son côté. On aurait aimé que le personnage de Yukino souffrant du syndrome de l'imposteur soit davantage développé mais en 45 minutes, on doit se contenter d'un aperçu. De toutes manières, en dépit de son titre, ce ne sont pas les mots qui comptent le plus dans le film mais les silences et les non-dits ainsi que le plaisir de ce petit espace de liberté hors du temps dans un monde de contraintes et d'impossibilités.

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Suzume (Suzume no tojimari)

Publié le par Rosalie210

Makoto Shinkai (2021)

Suzume (Suzume no tojimari)

L'oeuvre de Makoto SHINKAI est hantée par la catastrophe du 11 mars 2011 et ses conséquences. Mais contrairement à "Your name." (2016) où celle-ci restait suggérée, elle est nommée explicitement dans "Suzume". Ce titre fait référence à l'héroïne, une adolescente de 16 ans dont on découvre à l'aide de flashbacks qu'elle est une survivante de la catastrophe. Ce passé est montré dès les premières images où l'on voit une petite fille de quatre ans appeler sa mère dans ce qu'on découvre être des ruines. Suzume a conservé un vestige de cette époque qui est une chaise d'enfant fabriquée par sa mère dont il manque un pied. A l'image de cette chaise, la vie de Suzume, élevée par sa tante surprotectrice qui lui a tout sacrifié est restée bancale. Sa rencontre avec un jeune homme du nom de Sota va tout bouleverser. Comme dans ses précédents films, Makoto SHINKAI a recourt au fantastique pour évoquer les tourments de son pays. Sota est un verrouilleur: il parcourt le pays pour refermer les portes cachées dans les ruines. Ces ruines et ces portes constituent autant de symboles d'anciennes catastrophes: l'une d'elles est dissimulée dans un parc d'attractions abandonné, comme dans "Le Voyage de Chihiro" (2001). Une autre, située au fond d'un tunnel menace de faire revivre à Tokyo le traumatisme du séisme du Kanto. Seules des forces surnaturelles, les "pierres de voûte" peuvent maintenir ces portes fermées. Lorsqu'elles font défaut, la porte s'ouvre, libérant un ver géant en forme de colonne de fumée qui menace de s'abattre au sol, provoquant une nouvelle catastrophe. Suzume sans le savoir libère une pierre de voûte qui prend la forme d'un petit chat qui s'enfuit après avoir jeté un sort à Sota, l'enfermant dans la chaise à trois pieds de Suzume. Celle-ci munie de sa chaise désormais vivante se lance alors dans un périple à travers le Japon pour rattraper le chat qui veut "libérer" d'autres portes. Un récit à deux dimensions se met alors en place. D'un côté, un récit d'apprentissage et d'émancipation en forme de road-movie. De l'autre, une "recherche du temps perdu" où il s'agit de se souvenir du traumatisme enfoui dans le trou noir des pages caviardées d'un journal intime. Se souvenir pour consoler, réparer et repartir de l'avant. Un miroir tendu à un Japon plutôt désireux d'enfouir les mauvais souvenirs que de s'y confronter.

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En boucle (Ribâ, nagarenaide yo)

Publié le par Rosalie210

Junta Yamaguchi (2025)

En boucle (Ribâ, nagarenaide yo)

Il y avait déjà "Comme un lundi" (2022) qui sans égaler "Un jour sans fin" (1993) parvenait à décrire avec justesse le cercle de l'enfer du travail à la japonaise. Voici "En boucle" qui reprend le même concept sauf que la boucle temporelle dans une unité de lieu (ni une petite ville, ni un bureau d'entreprise mais une auberge) n'est ni de 24h (comme dans le film de Harold RAMIS) ni de une semaine (comme dans celui de Ryo TAKEBAYASHI) mais seulement de 2 minutes! On serait cependant bien en peine de percer à jour l'objectif caché de ce nouveau disque rayé. Il n'y est question ni de développement personnel, ni de prise de conscience d'une aliénation collective. Le film fait l'effet d'un exercice de style ludique dans lequel le réalisateur s'amuse à explorer à l'aide d'une juxtaposition de plans-séquence de deux minutes les possibilités narratives de son matériau de base en variant les personnages (personnel et clients de l'auberge ainsi que le voisinage), l'itinéraire géographique (en haut, en bas, à gauche, à droite, sur l'autre rive) voire le genre à la manière d'un jeu vidéo. On passe ainsi de la romance à l'épouvante via le burlesque pour finir dans un film de science-fiction kitsch. Visiblement, il est coutumier du fait puisqu'il a théorisé son concept dans son premier film inédit en France, "Beyond the Infinite Two Minutes" (2020) en forme de serpent qui se mord la queue. On reconnaît cette veine japonaise de l'expérimentation qui avait donné le jubilatoire "Ne coupez pas !" (2017) mais aussi dans le domaine du voyage temporel, le très beau "La Traversee du Temps" (2007) (et le prochain film de Mamoru HOSODA, "Scarlet" (2025) traitera également du changement d'époque!) "En Boucle" est juste un divertissement raffiné, drôle et malin bien que l'absence d'enjeu et la fragmentation extrême du récit (qui parfois en devient lassant à force de répétitions) en limite la portée.

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Jardin d'été (The Friends) (Natsu no niwa)

Publié le par Rosalie210

Shinji Somai (1994)

Jardin d'été (The Friends) (Natsu no niwa)

Toujours partante pour découvrir des cinéastes japonais dont la filmographie est inédite en France, je suis allée voir "Jardin d'été" de Shinji SOMAI sorti en 1994. Un réalisateur chaudement recommandé comme le précise l'affiche par Hirokazu KORE-EDA qui le considère comme un mentor pour sa propre filmographie. Et de fait, il existe une filiation assez évidente avec un film comme "L'innocence" (2022) et son refuge hors du temps pour des enfants quelque peu ostracisés par une société très normée.

"Jardin d'été" est un film à hauteur d'enfant, un film sur une enfance en jachère qui rappelle quelque peu "la base secrète" de la bande de "20th Century Boys chapitre 1" (2008) ou l'enfance qui joue à se faire peur en épiant un marginal "Du silence et des ombres" (1962) ou encore l'enfance confrontée à la mort en tant que rite de passage vers l'adolescence dans "Stand By Me" (1986) de Rob REINER. Il y a tout ça dans "Jardin d'été" et même aussi une allusion directe à "Mon voisin Totoro" (1988) lorsque l'un des enfants chante la chanson du générique de début en semant des graines de cosmos. Le fantastique affleure naturellement lors d'une scène de fantôme à l'hôpital ou lors d'un bouquet final sublime à la japonaise avec ces symboles de l'impermanence que sont les papillons et les lucioles (des équivalents des pétales de fleur de cerisier).

Néanmoins, la maison délabrée qui fascine les trois garçons n'a pas la même signification que dans "L'innocence" (2022) ou dans "Du silence et des ombres" (1962). En la nettoyant, la retapant, la défrichant, les enfants vont aussi entrer en contact avec son occupant, un vieillard solitaire vivant en quasi-reclus et qui symbolise la mémoire traumatique enfouie du Japon. Lorsque cette mémoire, celle d'un vétéran ayant commis des crimes de guerre est exhumée, on bascule dans un tout autre film qui fait penser à "Onoda, 10 000 nuits dans la jungle" (2021). Il faut en effet encore vingt ans de plus à cet homme perdu dans un puits sans fond au milieu de la jungle de son jardin pour retrouver, par l'intermédiaire des trois jeunes son identité et ses proches. Alors seulement il peut "rentrer" c'est à dire mourir en paix tandis que les garçons eux traversent le deuil en franchissent le seuil d'une nouvelle étape de leur vie.

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La rose de Versailles (Versailles no Bara)

Publié le par Rosalie210

Ai Yoshimura (2025)

La rose de Versailles (Versailles no Bara)

Comme Silvia Stucchi et son livre-hommage "La Dame au ruban bleu: cinquante années avec Oscar", le studio MAPPA célèbre avec trois ans de retard l'anniversaire du chef d'oeuvre de Riyoko IKEDA en produisant une nouvelle adaptation sous forme d'un long-métrage d'animation d'environ deux heures. Celui-ci est un condensé des 10 volumes du manga s'appuyant également sur les adaptations du Takarazuka, revue théâtrale japonaise 100% féminine produisant des spectacles musicaux. Le film comporte donc de nombreux passages chantés. Il bénéficie également des techniques et des graphismes les plus modernes en terme d'animation. Clairement, ce remake, sorti sur Netflix le 30 avril 2025 cherche à séduire la nouvelle génération. Pourtant il n'arrive pas à la cheville de la deuxième partie de la série de 1979 produite par le studio TMS et réalisée par Osamu DEZAKI qui donnait à l'histoire une profondeur tragique et une esthétique cinématographique avec un travail incroyable sur la lumière et le regard (et ce avec les moyens limités d'une diffusion TV) sans parler de la mise en valeur du graphisme du merveilleux duo Shingo ARAKI/Michi HIMENO. Le numéro 250 d'Animeland qui vient de sortir leur consacre à tous de copieux articles à la hauteur de leurs talents conjugués. Le film du studio MAPPA reste quant à lui à la surface des personnages qui sont édulcorés: il n'y a plus de suicide, plus de mariage forcé, plus de tentative de viol, plus d'infanticides, plus de climat incestueux, plus d'ambiguïté sexuelle, plus de maladie mortelle. La grande Histoire est presque complètement escamotée alors qu'elle est dans le manga et dans la série un ressort essentiel de l'intrigue. Celle-ci, découpée à la hache et dépouillée de sa charge politique et de ses personnages secondaires est réduite aux relations sentimentales et aux fanfreluches. Seuls les questionnements et la révolte d'Oscar, reflet de la personnalité de Riyoko IKEDA donne un peu de substance à un contenu certes soigné mais inoffensif.

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Le Mal n'existe pas (Aku wa sonzai shinai)

Publié le par Rosalie210

Ryusuke HAMAGUCHI (2023)

Le Mal n'existe pas (Aku wa sonzai shinai)

J'adore le cinéma japonais dans toute sa diversité. Il n'y a qu'un seul cinéaste japonais parmi ceux et celles dont j'ai vu les films qui m'inspire de réelles réticences et il s'agit justement de Ryusuke HAMAGUCHI. Ce que j'ai écrit à propos de "Drive My Car" (2021) et "Contes du hasard et autres fantaisies" (2021) vaut aussi bien pour "Le mal n'existe pas". A savoir l'art de faire compliqué là où on pourrait faire simple pour s'attirer les bonnes grâces des critiques. J'ai pourtant cru que Ryusuke HAMAGUCHI avait laissé au vestiaire le côté poseur de son cinéma quasiment jusqu'au bout du film. La mise en scène contemplative, la beauté des images, la réelle pertinence des échanges entre des locaux incisifs et les employés d'une compagnie désirant monter à la va-vite un business hors-sol dans une région rurale en mettant en péril l'écosystème forestier, la remise en question existentielle des deux employés tout cela est réussi. On est au Japon, pays où le masque social et l'obéissance à la hiérarchie pèsent particulièrement lourd et on le ressent bien au travers de ces deux employés. Mais la fin est venue me rappeler de façon cinglante de quel bois creux est fait le cinéma de Ryusuke HAMAGUCHI. La fin, c'est important au cinéma. On dit souvent que neuf films sur dix sont trop longs. Mais pour moi, le pire, ce sont les fins qui révèlent que la démarche était insincère depuis le début. Peu importe ce qu'il a voulu faire avec cette fin pseudo ouverte, elle est en réalité complètement toc et ne fera se pâmer que ceux qui aiment "la branlette intellectuelle".

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