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Soleil et Ombre

Publié le par Rosalie210

Musidora et Jacques Lasseyre (1922)

Soleil et Ombre

L'ère du cinéma muet, c'est encore trop méconnu, a été propice à l'épanouissement artistique des femmes. Le septième art était encore dans une phase pionnière, assimilé aux arts forains et expérimentaux et donc relativement méprisé par les sphères de pouvoir. Par conséquent, les femmes avaient le champ libre pour occuper tous les postes. MUSIDORA qui a commencé sa carrière sous la direction de Louis FEUILLADE a créé sa propre société de production dès 1919 et a écrit, financé, produit et interprété les deux rôles principaux de "Soleil et Ombre". Le film a été restauré à partir de deux copies d'exploitation, une espagnole et une anglaise ainsi que la copie française que MUSIDORA qui était amie avec Henri LANGLOIS et travaillait depuis les années 40 à la préservation de ce qu'il restait de l'ère du muet avait elle-même déposé à la cinémathèque.

Le roi d'Espagne Alphonse XIII avait dit à propos de "Soleil et Ombre", "Une française a fait là un film absolument espagnol et dans l'esprit espagnol". Il faut croire que certains français ont l'Espagne dans le sang car celle que l'on retrouve est celle de Carmen. Pas de gitane libre et insolente mais une Andalousie baignée de lumière où l'arène de la corrida devient l'épicentre d'une tragédie amoureuse, deux femmes se disputant les beaux yeux d'un toréro (qui l'était véritablement dans la vie!), une espagnole et une étrangère, toutes deux jouées par MUSIDORA. Celle-ci bien que transposant une nouvelle de Maria Star (le pseudo littéraire de la baronne italienne Ernesta Stern) intitulé "l'Espagnole" y injecte sa propre vie (installée en Espagne, elle vivait avec le torero du film). En se dédoublant, elle incarne à la fois la tentatrice et la victime qui lave son honneur bafoué dans le sang.

A ce triangle amoureux somme toute classique vient s'ajouter une intrigue annexe qui l'est un peu moins dans une boutique d'antiquités, véritable refuge pour marginaux. L'antiquaire est la figure tragique d'un Quasimodo local à la Lon CHANEY (mais interprété par Paul VERMOYAL) qui aime passionnément Juana mais qui sachant qu'il ne peut être aimé en retour, a converti cet amour en altruisme désintéressé, recueillant et protégeant Juana ainsi qu'une jeune fille simple d'esprit surnommée "La Boba". La douceur de ce havre de paix contraste furieusement avec la violence de la corrida où la mise à mort quasi documentaire du taureau apparaît pour ce qu'elle est, une barbarie.

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Latcho Drom

Publié le par Rosalie210

Tony Gatlif (1992)

Latcho Drom

Le chef-d'oeuvre de Tony GATLIF qui en un peu plus de 1h30 nous propose une immersion spatio-temporelle sans paroles et 100% musicale, de l'Inde à l'Espagne en passant par l'Egypte, la Turquie, l'Europe de l'est et la France. La musique comme seule patrie des tziganes, seul trait d'union, par-delà l'espace et par-delà le temps d'une communauté nomade (Latcho Drom signifie "Bonne route"), marginale et persécutée.

Mais Tony GATLIF renverse la perspective en faisant des tziganes le centre de son film et en laissant la société dominante soit hors-champ soit en périphérie de l'image soit en filigrane sous forme de signes et de symboles. Comme dans le clip par ailleurs joyeux, dansant, exotique et coloré "Le petit train" des Rita Mitsouko, une seule image vient rappeler de quoi il est véritablement question, celle des barbelés d'Auschwitz accompagnés dans le film de Tony GATLIF du numéro tatoué sur le bras de la femme qui chante.

La musique comme moyen de résistance à l'oppression et à l'anéantissement, c'est aussi le sens de la séquence finale en Espagne quand les roms sont chassés de la ville et que leur quartier délabré (qui était vraisemblablement squatté) est emmuré. La précarité de la vie rom est illustrée par une incroyable séquence en Slovaquie où ils tiennent salon dans les arbres au milieu de la forêt. Il y a aussi une autre séquence marquante, en France où après avoir été chassés d'un champ par les propriétaires, ils sèment des indices sur leur route à la manière du petit Poucet pour indiquer à leurs camarades sédentarisés, deux disciples du jazz manouche de Django REINHARDT comment les retrouver.

Le pèlerinage aux Saintes-Maries de la Mer qui clôture la séquence rappelle d'ailleurs fortement les rituels spirituels hindous par lesquels commence le film, les Roms étant originaires d'Inde. Et la séquence finale rappelle tout ce que le flamenco doit à la culture tzigane.

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Exils

Publié le par Rosalie210

Tony Gatlif (2004)

Exils

Revu "Exils" qui est un film d'une grande puissance. Si le festival de Cannes lui a justement décerné le prix de la mise en scène c'est parce qu'il réussit le tour de force d'effacer l'asymétrie historique entre Occident et Afrique pour lui substituer une fraternité brute entre compagnons de route partageant la même expérience déchirante. Olivier LAXE y est également parvenu dans "Sirat" (2024) mais seulement au terme d'un périple initiatique éprouvant. Dans le film de Tony GATLIF, Zano (Romain DURIS) et Naïma (Lubna AZABAL) portent cette déchirure en eux d'emblée car elle fait partie de leur histoire. Zano l'emmure avec ses clés et son violon au moment du départ et Naïma la porte sous forme d'une cicatrice dans le dos.

Tous deux décident de partir sur les traces de leurs origines algériennes en voyageant comme des clandestins. A aucun moment ils ne ressemblent à des occidentaux qui jouent aux aventuriers. La fièvre dans leurs yeux et dans leurs gestes, leur dégaine de marginaux révèle un état d'urgence perpétuellement inconfortable. Quand Naïma plaque sur un coup de tête Zano pour le premier venu, j'ai pensé à ce que disait Marion à Damiel dans "Les Ailes du desir" (1987) pour exprimer son absence de racines et donc de sens "j'étais avec un homme, amoureuse et pourtant, j'aurais pu tout aussi bien le planter là et partir avec le mec d'en face". Cet aspect souverain permet au film d'échapper à tout misérabilisme. Là encore, le regard de Tony GATLIF est crucial. Il convertit par exemple une séquence de travail saisonnier dans un verger en une scène follement sensuelle et animale de jardin d'Eden où l'on croque la pomme à pleine dents.

C'est donc sur un pied d'égalité qu'ils rencontrent en Espagne Leïla (Leila MAKHLOUF) et Habib (Habib CHEIKQ) qui effectuent le chemin inverse du leur. C'est à l'arraché que Naïma qui est d'ordinaire opaque et insaisissable donne son adresse française à Leïla. Plus tard, ils se retrouvent et c'est Leïla qui donne à son tour à Naïma l'adresse de sa mère. Egalité, sororité, réciprocité. Chacune donne à l'autre ce qu'elle cherche: un point de chute et un avenir pour Leïla et son frère, une thérapie de choc et un passé pour Naïma qui se sent de son propre aveu "étrangère de partout". Zano trouve à Alger, de la Casbah à l'ancien quartier européen la mémoire intacte de ses aïeux mais Naïma traverse une catharsis inoubliable en Kabylie sous la forme d'une transe soufie d'anthologie pour guérir de sa blessure identitaire. Tony GATLIF nous parle donc d'une expérience profondément intime d'exil "éternel", lui-même étant issu d'une double culture marginalisée de part et d'autre de la Méditerranée (un père kabyle, une mère gitane andalouse).

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Vivaldi et moi (Primavera)

Publié le par Rosalie210

Damiano Michieletto (2026)

Vivaldi et moi (Primavera)

Esthétiquement, "Vivaldi et moi" est superbe. En plus, il commençait très bien. Une reconstitution soignée, une scène d'ouverture glaçante et métaphorique, une atmosphère digne de la servante écarlate avec ce gynécée d'orphelines formant un orchestre d'excellentes musiciennes mais cloîtrées, exploitées et mariées à des hommes riches contre de substantiels dons à l'Ospedale, l'institution vénitienne faisant office à fois d'hospice, d'orphelinat et de conservatoire de musique au sommet de sa gloire entre le XVII° et le XVIII° siècle. Vivaldi qui fut réellement maître de violon dans cette institution apparaît lui-même comme une sorte d'ennuque, un homme faible, fragile et souffrant pris dans les rouages du système, sa musique jouées par les orphelines servant à divertir les puissants. Il est d'ailleurs très secondaire dans l'intrigue et ne correspond en rien à son surnom "le prêtre roux" étant donné qu'il n'est pas roux dans le film et que sa prêtrise n'est jamais mentionnée. Le clergé brille d'ailleurs par son absence, sans doute jugé obsolète pour les spectateurs du XXI° siècle.

Cette volonté de plaquer une grille de lecture moderne se confirme dans la deuxième partie. Je n'ai pas lu "Stabat Mater" le roman de Tiziano Scarpa dont le film est l'adaptation qui imagine la vie de Cecilia, l'une des pensionnaires du conservatoire de l'orphelinat. J'ignore donc jusqu'à quel point le film est fidèle au livre. Mais ce qu'il donne à voir est d'une platitude et d'une invraisemblance totale. Comme par magie, la mère supérieure qui est pourtant montrée comme hyper rigide et qui accepte depuis des lustres de vendre ses ouailles s'émeut du sort de Cécilia, certes bien malmenée par l'ex-fiancé qu'elle a humilié pour échapper au mariage forcé, et l'aide à s'enfuir. Mais s'enfuir pour où? Le film ne donnera pas de réponse et pour cause, il n'y en a pas. Il s'agit de satisfaire le spectateur avec un thème féministe à la mode et non de montrer la réalité qui était qu'une jeune fille sans le sou et sans famille n'avait aucune chance de s'en sortir seule à cette époque, sinon éventuellement en tombant dans la prostitution. Remarquez les mariages forcés de l'Ospédale relevaient déjà de la même logique. Le conte de fées est définitivement frelaté.

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Et au milieu coule une rivière (A River Runs Through It)

Publié le par Rosalie210

Robert Redford (1992)

Et au milieu coule une rivière (A River Runs Through It)

J'avais vu il y a longtemps "Et au milieu coule une rivière" et je n'en avais pas gardé beaucoup de souvenirs. En le revoyant, j'ai compris pourquoi. Je ne trouve pas rebutant l'aspect contemplatif, au contraire. Les scènes de pêche à la mouche sont au coeur du film et sont la signature de Robert REDFORD en tant que réalisateur: grands espaces, ressourcement dans la nature ou bien lutte avec les éléments. Ce sont de beaux moments suspendus, magnifiés par la lumière et la photographie de Philippe ROUSSELOT. Mais je trouve le récit trop sage, trop balisé. Le pasteur et sa femme par exemple sont des figures immuables comme des poteaux qu'on aurait planté en guise de repère. Ils sont réduits à leur fonction comme si le flux du temps qui passait ne les concernaient pas eux aussi. On pourra rétorquer qu'ils n'existent que dans le souvenir de Norman mais devenu un vieil homme, celui-ci devrait les voir autrement que comme les archétypes du commandeur et la ménagère pieuse et soumise. Norman lui-même est désespérant de... normalité. Le seul personne qui met un peu de piment dans cette famille (et dans le récit) c'est son petit frère, Paul qui est d'ailleurs joué par Brad PITT. Lui ose, innove, transgresse, dans sa technique de pêche comme vis à vis des codes sociaux racistes et ségrégationnistes de son milieu en imposant une indienne parmi les blancs. Mais et c'est typique des récits conservateurs, il est montré comme déviant, ingérable et l'élément perturbateur est rapidement éliminé pour préserver l'ordre social. Chacun dans sa case, c'est un trait profondément ancré dans la culture américaine. J'aurais évidemment préféré qu'il soit le personnage principal.

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Rester vertical

Publié le par Rosalie210

Alain Guiraudie (2016)

Rester vertical

Les points cardinaux du désir et l'étoile du berger

Il est très rare que j'aie envie de donner un titre à mes avis mais j'ai été tellement remuée par "Rester vertical" que celui-ci m'est venu naturellement. Deux logiques s'y superposent de façon impeccable.

D'une part un labyrinthe de désirs confus dans une géométrie routière faite de lacets et de points cardinaux qui préfigure la cartographie de "Misericorde" (2023). Le plateau du Causse où Marie (India HAIR) garde les brebis avec son père, la maison habitée par un vieillard et un jeune homme au profil pasolinien, le passage souterrain urbain où s'abritent les SDF ou encore la barque sur le marais poitevin reviennent encore et encore, comme des abcès de fixation dans la trajectoire de Léo (Damien BONNARD). Chacun de ces lieux symbolise un moment clé de sa vie. Le Causse est l'équivalent du lac ou de la forêt, le lieu sauvage de la rencontre avec ses pulsions les plus sombres et les plus potentiellement destructrices. La maison, c'est le lieu du non dit, du désir enfoui, un lieu d'attraction-répulsion irrésistible comme ce sera le cas dans "Misericorde" (2023). Le passage souterrain est un symbole de déchéance et de perdition. A l'inverse la barque naviguant sur le marais est un pur moment de grâce et d'élévation qui n'est pas sans rappeler l'errance fluviale nocturne des enfants dans "La Nuit du chasseur" (1955) ou bien les grands récits fondateurs de bébés sauvés des eaux sous protection divine.

Car le deuxième récit qui se superpose au premier n'est plus d'ordre individuel mais religieux. Un aspect de la personnalité de Alain GUIRAUDIE également présent dans "Misericorde" (2023) et qui le rapproche également de Pier Paolo PASOLINI à savoir le fait que le sexuel et le spirituel ne font qu'un. La manière frontale et émouvante dont Alain GUIRAUDIE filme les sexes ou l'accouchement a un caractère à la fois organique et sacré. On y ressent la vulnérabilité extrême du corps humain à cet endroit précis et en même temps son caractère de sanctuaire d'où jaillit la vie, ce que montrait déjà Courbet dans "L'origine du monde". Et si Léo après une longue errance devient berger, c'est parce qu'il a vu une scène traumatique, son bébé servir d'appât au loup. Face à Jean-Louis le grand-père rendu fou par le massacre des innocents, Léo trouve une lumière qui le guide en faisant rempart de son corps pour protéger l'agneau du loup et cette droiture le protège aussi contre les pires dérives, qu'elles soient meurtrières ou incestueuses.

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Le Roi de l'évasion

Publié le par Rosalie210

Alain Guiraudie (2008)

Le Roi de l'évasion

Le roi de l'évasion, le troisième long-métrage de Alain GUIRAUDIE appartient encore à la phase d'expérimentation de son cinéma. On reconnaît déjà évidemment nombre d'éléments de son univers. L'ancrage dans le sud-ouest (ici Albi), la ruralité (ici tarnaise) et un naturalisme social rare au cinéma avec une galerie de personnages du terroir, des prolétaires aux gueules et aux accents marqués aux habitudes parfaitement restituées comme le rituel du petit jaune au bistrot. A cela vient s'ajouter cette manière unique, simple et naturelle de parler et de montrer le désir et le sexe. Il coule de source, sans filtre, sans esthétisation, sans élitisme, donnant droit de cité à tous les corps sans exception. C'est aussi une source inépuisable de comique car chez Alain GUIRAUDIE, on est toujours vert: un vieillard de 80 ans tout frêle et voûté est surnommé "le vieux queutard" avec des précisions qui laissent entendre qu'il n'a pas besoin de viagra pour satisfaire ses désirs. Quant au personnage principal qui est quadragénaire, plutôt enrobé et ne paye pas de mine, lui aussi a droit à son surnom, "le roi de la pédale" et pas seulement parce qu'à l'image de Fatty ARBUCKLE il s'avère être agile et sportif. Lui aussi fourmille de désirs qui partent un peu dans tous les sens, comme le film qui s'éparpille lorsqu'il part en cavale avec la jeune Curly (Hafsia HERZI). C'est d'ailleurs sa principale limite. Il manque ce qui fait la puissance des plus grands films de Alain GUIRAUDIE, le huis-clos à ciel ouvert qui enferme les personnages dans une dramaturgie tirée au cordeau, décuplant la puissance de la circulation d'eros et de thanatos.

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Prix de beauté

Publié le par Rosalie210

Augusto Genina (1930)

Prix de beauté

"Prix de beauté" est un objet cinématographique un peu bancal, réalisé juste au moment de l'avènement du parlant. Le film avait été conçu à l'origine pour être muet et ce sont les impératifs commerciaux qui ont entraîné sa sonorisation quelque peu hasardeuse. L'effet de collage est maximal avec Louise BROOKS dont le visage magnétique envoûte mais qui se voit affublée d'un horrible doublage français. Heureusement, elle ouvre peu la bouche et l'essentiel passe par les expressions qui passent sur son visage filmé la plupart du temps en gros plan.

L'histoire est bourrée de poncifs d'époque. Lucienne, une modeste dactylo hésite entre deux formes de domination masculine. Celle de son compagnon, un tyran domestique qui l'enferme dans une petite vie étriquée où elle étouffe. Et celle que lui offre son titre de miss France puis miss Europe qui s'avère être une tragique illusion.

C'est Rene CLAIR qui a écrit le scénario et qui devait réaliser le film mais à cause d'une querelle avec la société de production, il a passé le relai à son confrère italien Augusto GENINA. Celui-ci saisit sur le vif la société de son époque avec des scènes de foule extrêmement dynamiques (la baignade de l'ouverture, le concours de beauté à San Sebastian ou encore la fête foraine). Mais la principale attraction du film reste l'incroyable visage de sa star. C'est d'ailleurs exactement le sujet du célèbre dénouement, la seule partie du film qui a été conservée telle que Rene CLAIR l'avait imaginée: alors que la femme de chair et d'os est condamnée à brève échéance, son image, elle brillera pour l'éternité.

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Ce vieux rêve qui bouge

Publié le par Rosalie210

Alain Guiraudie (2001)

Ce vieux rêve qui bouge

Avec une rigueur, notamment dans le cadrage de ses plans, qui force l'admiration, Alain GUIRAUDIE crée dans ses films des microcosmes dans lesquels circule le désir. La forêt de "Misericorde" (2023), le lac de "L'Inconnu du lac" (2012) ou l'usine en friche de "Ce vieux rêve qui bouge" sont des scènes de théâtre à ciel ouvert. Dans ce périmètre délimité au millimètre près, le cinéaste invente ses propres "jeux de l'amour et du hasard" où, et c'est l'autre raison de mon admiration, tous les corps sont les bienvenus. Certes, il s'agit théoriquement de boys club puisque l'enjeu est le désir homosexuel masculin MAIS à la différence de "Les Temoins" (2007) de Andre TECHINE où il fallait être jeune et sexy pour espérer attirer le chaland (^^), le jeune ouvrier (Pierre LOUIS-CALIXTE) jette son dévolu sur un binoclard atteint de calvitie pas sexy pour deux sous. Et s'il repousse les avances de Louis, un quinquagénaire bedonnant, il dit qu'il aime les vieux. Au vu des goûts du personnage de Felix KYSYL dans "Misericorde" (2023), on peut le croire sur parole. Alain GUIRAUDIE c'est le Virginie DESPENTES de l'homosexualité masculine, le chantre des moches, des exclus du marché de l'amour, des prolos dont la brioche dépasse du maillot, de ceux qui pataugent dans la semoule et se prennent des râteaux monumentaux (Louis) ou de ceux qui pourraient mais qui n'assument pas leur désir (Donand). Alain GUIRAUDIE ne filme pas l'homosexualité masculine, il filme la fragilité humaine. C'est universel. Et c'est beau.

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Tout feu, tout flamme

Publié le par Rosalie210

Jean-Paul Rappeneau (1982)

Tout feu, tout flamme

Isabelle ADJANI période "L'Ete meurtrier" (1983) (Alain SOUCHON joue déjà d'ailleurs ici son petit ami) et Yves MONTAND dans les dernières années de sa carrière, heureusement ici plus papet rusé du diptyque "Jean de Florette (1986) et "Manon des sources" (1986) que vieux beau incestueux façon "Trois places pour le 26" (1988). Il surjoue quand même énormément mais parvient à être émouvant en père indigne qui tente maladroitement de se réconcilier avec sa fille. Globalement à l'exception des méchants d'opérette, les personnages sont traités avec indulgence et tendresse par Jean-Paul RAPPENEAU. Le rythme est comme toujours chez ce cinéaste adepte de la screwball comedie absolument endiablé mais tempéré par la magnifique musique mélancolique de Michel BERGER. On sent déjà poindre le grand tournant de "Cyrano de Bergerac" (1990) d'autant que les ingrédients de la recette hollywoodienne habituelle sont légèrement modifiés. L'élément perturbateur est ici Victor l'escroc baratineur qui va faire tomber le masque de la sévère et psychorigide Pauline qui gonfle ses petites soeurs en se prenant pour leur daronne. Le retour du père (même éphémère) aura eu le mérite de remettre l'église au milieu du village (suisse).

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