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Le Roi de l'évasion

Publié le par Rosalie210

Alain Guiraudie (2008)

Le Roi de l'évasion

Le roi de l'évasion, le troisième long-métrage de Alain GUIRAUDIE appartient encore à la phase d'expérimentation de son cinéma. On reconnaît déjà évidemment nombre d'éléments de son univers. L'ancrage dans le sud-ouest (ici Albi), la ruralité (ici tarnaise) et un naturalisme social rare au cinéma avec une galerie de personnages du terroir, des prolétaires aux gueules et aux accents marqués aux habitudes parfaitement restituées comme le rituel du petit jaune au bistrot. A cela vient s'ajouter cette manière unique, simple et naturelle de parler et de montrer le désir et le sexe. Il coule de source, sans filtre, sans esthétisation, sans élitisme, donnant droit de cité à tous les corps sans exception. C'est aussi une source inépuisable de comique car chez Alain GUIRAUDIE, on est toujours vert: un vieillard de 80 ans tout frêle et voûté est surnommé "le vieux queutard" avec des précisions qui laissent entendre qu'il n'a pas besoin de viagra pour satisfaire ses désirs. Quant au personnage principal qui est quadragénaire, plutôt enrobé et ne paye pas de mine, lui aussi a droit à son surnom, "le roi de la pédale" et pas seulement parce qu'à l'image de Fatty ARBUCKLE il s'avère être agile et sportif. Lui aussi fourmille de désirs qui partent un peu dans tous les sens, comme le film qui s'éparpille lorsqu'il part en cavale avec la jeune Curly (Hafsia HERZI). C'est d'ailleurs sa principale limite. Il manque ce qui fait la puissance des plus grands films de Alain GUIRAUDIE, le huis-clos à ciel ouvert qui enferme les personnages dans une dramaturgie tirée au cordeau, décuplant la puissance de la circulation d'eros et de thanatos.

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Prix de beauté

Publié le par Rosalie210

Augusto Genina (1930)

Prix de beauté

"Prix de beauté" est un objet cinématographique un peu bancal, réalisé juste au moment de l'avènement du parlant. Le film avait été conçu à l'origine pour être muet et ce sont les impératifs commerciaux qui ont entraîné sa sonorisation quelque peu hasardeuse. L'effet de collage est maximal avec Louise BROOKS dont le visage magnétique envoûte mais qui se voit affublée d'un horrible doublage français. Heureusement, elle ouvre peu la bouche et l'essentiel passe par les expressions qui passent sur son visage filmé la plupart du temps en gros plan.

L'histoire est bourrée de poncifs d'époque. Lucienne, une modeste dactylo hésite entre deux formes de domination masculine. Celle de son compagnon, un tyran domestique qui l'enferme dans une petite vie étriquée où elle étouffe. Et celle que lui offre son titre de miss France puis miss Europe qui s'avère être une tragique illusion.

C'est Rene CLAIR qui a écrit le scénario et qui devait réaliser le film mais à cause d'une querelle avec la société de production, il a passé le relai à son confrère italien Augusto GENINA. Celui-ci saisit sur le vif la société de son époque avec des scènes de foule extrêmement dynamiques (la baignade de l'ouverture, le concours de beauté à San Sebastian ou encore la fête foraine). Mais la principale attraction du film reste l'incroyable visage de sa star. C'est d'ailleurs exactement le sujet du célèbre dénouement, la seule partie du film qui a été conservée telle que Rene CLAIR l'avait imaginée: alors que la femme de chair et d'os est condamnée à brève échéance, son image, elle brillera pour l'éternité.

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Ce vieux rêve qui bouge

Publié le par Rosalie210

Alain Guiraudie (2001)

Ce vieux rêve qui bouge

Avec une rigueur, notamment dans le cadrage de ses plans, qui force l'admiration, Alain GUIRAUDIE crée dans ses films des microcosmes dans lesquels circule le désir. La forêt de "Misericorde" (2023), le lac de "L'Inconnu du lac" (2012) ou l'usine en friche de "Ce vieux rêve qui bouge" sont des scènes de théâtre à ciel ouvert. Dans ce périmètre délimité au millimètre près, le cinéaste invente ses propres "jeux de l'amour et du hasard" où, et c'est l'autre raison de mon admiration, tous les corps sont les bienvenus. Certes, il s'agit théoriquement de boys club puisque l'enjeu est le désir homosexuel masculin MAIS à la différence de "Les Temoins" (2007) de Andre TECHINE où il fallait être jeune et sexy pour espérer attirer le chaland (^^), le jeune ouvrier (Pierre LOUIS-CALIXTE) jette son dévolu sur un binoclard atteint de calvitie pas sexy pour deux sous. Et s'il repousse les avances de Louis, un quinquagénaire bedonnant, il dit qu'il aime les vieux. Au vu des goûts du personnage de Felix KYSYL dans "Misericorde" (2023), on peut le croire sur parole. Alain GUIRAUDIE c'est le Virginie DESPENTES de l'homosexualité masculine, le chantre des moches, des exclus du marché de l'amour, des prolos dont la brioche dépasse du maillot, de ceux qui pataugent dans la semoule et se prennent des râteaux monumentaux (Louis) ou de ceux qui pourraient mais qui n'assument pas leur désir (Donand). Alain GUIRAUDIE ne filme pas l'homosexualité masculine, il filme la fragilité humaine. C'est universel. Et c'est beau.

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Tout feu, tout flamme

Publié le par Rosalie210

Jean-Paul Rappeneau (1982)

Tout feu, tout flamme

Isabelle ADJANI période "L'Ete meurtrier" (1983) (Alain SOUCHON joue déjà d'ailleurs ici son petit ami) et Yves MONTAND dans les dernières années de sa carrière, heureusement ici plus papet rusé du diptyque "Jean de Florette (1986) et "Manon des sources" (1986) que vieux beau incestueux façon "Trois places pour le 26" (1988). Il surjoue quand même énormément mais parvient à être émouvant en père indigne qui tente maladroitement de se réconcilier avec sa fille. Globalement à l'exception des méchants d'opérette, les personnages sont traités avec indulgence et tendresse par Jean-Paul RAPPENEAU. Le rythme est comme toujours chez ce cinéaste adepte de la screwball comedie absolument endiablé mais tempéré par la magnifique musique mélancolique de Michel BERGER. On sent déjà poindre le grand tournant de "Cyrano de Bergerac" (1990) d'autant que les ingrédients de la recette hollywoodienne habituelle sont légèrement modifiés. L'élément perturbateur est ici Victor l'escroc baratineur qui va faire tomber le masque de la sévère et psychorigide Pauline qui gonfle ses petites soeurs en se prenant pour leur daronne. Le retour du père (même éphémère) aura eu le mérite de remettre l'église au milieu du village (suisse).

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La Folie du docteur Tube

Publié le par Rosalie210

La Folie du docteur Tube

On a retrouvé l'ancêtre du cinéma psychédélique et c'est "La Folie du docteur Tube", le plus ancien film de Abel GANCE qui est parvenu jusqu'à nous. A partir d'une poudre blanche (que certains ont tout de suite pensé être de la coke) qu'il vient d'inventer un savant fou plonge tous ceux qu'il asperge dans un trip hallucinogène. L'idée de Abel GANCE a été de détourner les miroirs déformants des fêtes foraines pour créer des effets spéciaux. Placés directement devant la caméra, ils agissent comme un filtre optique qui anamorphose l'image, soit en l'étirant, soit au contraire en la comprimant. "La Folie du docteur Tube" fait donc typiquement partie de ce cinéma premier à la Georges MELIES qui a puisé ses trucages et effets spéciaux dans les arts forains et le music-hall pour créer son propre langage visuel. Ce n'est pas toujours maîtrisé, certaines images n'ont ni queue, ni tête, mais c'est le revers de la médaille des expérimentations nouvelles au cinéma ("L'Affaire Thomas Crown" (1968) et son abus de split-screen, ça pique pas mal les yeux aussi). On en trouve le prolongement logiquement chez Charles CHAPLIN dans "Le Cirque" (1927) et son héritage parlant se trouve dans la célèbre scène du palais des glaces de "La Dame de Shanghai" (1947) ainsi que dans l'hommage que lui rend Woody ALLEN dans "Meurtre mysterieux a Manhattan" (1992).

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Ange

Publié le par Rosalie210

Tony Gatlif (2024)

Ange

Il y a un passage que j'aime particulièrement dans "Ange", le dernier film de Tony GATLIF, c'est quand le personnage qui est musicologue explique ce qu'il recherche dans le contretemps de la musique tzigane "le contretemps, c'est comme quelqu'un qui se lève quand tout le monde est à genoux, c'est un peu provocateur". Que la musique puisse véhiculer des valeurs, une philosophie de vie, on y a pense pas forcément et pourtant Michel Berger (co-auteur d'un opéra rock peuplé de rebelles et de marginaux, "Starmania") le faisait déjà dire à France Gall dans "Il jouait du piano debout pendant que les trouillards sont à genoux et les soldats au garde à vous, ça voulait dire qu'il était libre, heureux d'être là malgré tout".

"Ange" est justement une formidable ode à la liberté, porté par un Arthur H. magnétique. Comme autrefois avec Romain DURIS, Tony GATLIF élargit sa famille de cinéma à des acteurs n'appartenant pas au monde gitan mais qui partagent leur âme. Avec sa voix rocailleuse, son physique un peu cabossé, son rapport viscéral à la musique, Arthur H. incarne formidablement un homme qui a rejeté son milieu d'origine pour choisir le mode de vie gitan, fait de nomadisme et de bringue.

Parce que leur histoire est jalonnée de persécutions, de rejet et de marginalité, les gitans préfèrent mobiliser leur énergie dans la célébration du présent que dans l'assurance d'un avenir incertain. Parce qu'ils ne possèdent rien (à commencer par une patrie), seule une transe de plusieurs jours leur permet de se sentir reliés au monde, même de façon éphémère. La transe musicale comme patrie des marginaux, c'était d'ailleurs aussi le thème majeur de "Sirat" (2024), les "teufeurs de la techno" pouvant donner la main aux "bringueurs de la gratte".

On ne sait pas ce qui a poussé Ange et son ami Marco (joué par un autre "adopté", Mathieu AMALRIC dont la carrière est une histoire de "débourgeoisement") à vivre comme les tziganes. Mais on a une formidable démonstration de cette communion à la fin du film qui célèbre leurs retrouvailles fraternelles et la reconnaissance du lien unissant Ange à sa fille Solea (Suzanne AUBERT) qui a dû s'incruster dans le van et dans la vie de son père pour se faire accepter mais y parvient par la musique et par la danse.

Vu le 13/09/2026   Tou

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In Another Country (Dareun Naraeseo)

Publié le par Rosalie210

Hong Sang-soo (2012)

In Another Country (Dareun Naraeseo)

Je m'étais dit qu'un jour je regarderais un film de HONG Sang-soo et j'avais en tête ce film précis parce que son affiche m'avais marqué. J'ai donc profité de sa présence sur la plateforme de France Télévisions pour mettre mon idée à exécution. Le résultat n'est pas désagréable mais enfin, on est quand même face à ce qui ressemble à un exercice de style ludique assez redondant dans le cinéma mondial d'auteur. Une jeune femme écrit trois variantes d'une même histoire à partir des mêmes ingrédients (un bord de mer, une étrangère, Anne, jouée par Isabelle HUPPERT minaudante qui cherche non son chat mais son phare et ne le trouve pas, un maître-nageur un peu grand dadais avec sa tente, un ami coréen et sa femme enceinte plutôt jalouse, une hôtesse serviable prête à prêter son parapluie au moment d'aller faire les courses plus deux ou trois autres personnages plus accessoires). Evidemment c'est toujours sympa de voir comment on peut faire bifurquer un récit à tel ou tel endroit, déplacer tel ou tel personnage, mais tout ça pour quoi au final si cela n'a pas de but existentiel (comme chez Alain RESNAIS?) La France qui adore mettre les cinéastes étrangers dans des cases compare le cinéma de HONG Sang-soo à la Nouvelle Vague et en particulier à Eric ROHMER à qui on colle tout un tas de références d'aujourd'hui. Sauf que seule une vision superficielle du cinéma de Eric ROHMER grosso modo le marivaudage en liberté peut "coller" à ce film. Pas vraiment d'errance ou alors bien balisée entre une tente, un phare et une maison de vacances, pas de vrai sentiment d'étrangeté comme dans "Le Rayon vert" (1986) ou pour sortir de la nouvelle vague, dans "Frantic" (1988) où ne pas se comprendre est autrement plus inquiétant et angoissant. "In Another Country" est mignon, superficiel et léger comme une bulle de savon sur le point d'éclater.

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Naked

Publié le par Rosalie210

Mike Leigh (1993)

Naked

J'avais le souvenir d'un film sinistre et dérangeant et ce second visionnage ne m'a pas fait changer d'avis. "Naked" est un film éprouvant, nihiliste, une descente vertigineuse dans les bas-fonds des jungles urbaines anglaises saignées à mort par 10 ans de thatchérisme. Comme vingt ans plus tôt dans "Orange mecanique" (1971) de Stanley KUBRICK, Mike LEIGH prend comme personnage principal un marginal charismatique, doté d'une intelligence et d'une culture supérieure à la moyenne mais qui l'utilise pour dominer et détruire ceux qui sont plus faibles que lui tout en étant en même temps victime d'une société complètement malade. La relation humaine se réduit au rapport de force le plus primitif, l'autre n'étant vu que comme une proie potentielle ou une menace et ce, dans des contextes politiques opposés: le néolibéralisme thatchérien dans "Naked", la dystopie totalitaire dans "Orange mécanique".

Dans le film de Mike LEIGH, on suit l'errance nocturne sans fin de Johnny (David THEWLIS dont la prestation viscérale a marqué les esprits et lui a valu le prix d'interprétation à Cannes), un personnage qui nous est présenté d'emblée comme un prédateur sexuel et qui est aussi un parasite social. Si son comportement avec les femmes vulnérables (soit privées de toute estime d'elles-mêmes, soit atteintes du syndrome de Florence Nightingale) est abject, il est en même temps victime de la violence des hommes, son physique gringalet n'étant pas exactement celui d'un hooligan. A travers ses "aventures", bien que le mot soit inapproprié, Mike LEIGH dresse un état des lieux désespéré d'une société atomisée et livrée à la loi du plus fort, incarné par le yuppie Jérémy (Greg CRUTTWELL) qui est le double fortuné et puissant de Johnny. Quand les personnages ne sont pas chômeurs et SDF, leur travail est présenté comme profondément aliénant et la solitude semble être le lot d'à peu près tout le monde.

On peut cependant malgré le brio de la mise en scène (récompensée à Cannes) qui nous prend à la gorge dès la première seconde et ne nous lâche plus considérer que Mike LEIGH charge un peu trop la barque et s'agacer aussi de la vision univoque qu'il donne des femmes en pauvres victimes passives d'hommes systématiquement ou presque présentés comme des psychopathes toxiques ou pervers.

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The Short and Curlies

Publié le par Rosalie210

Mike Leigh (1987)

The Short and Curlies

Court-métrage de Mike LEIGH fait de petites scénettes qui entremêlent deux histoires. D'une part celle d'une coiffeuse et de sa fille. De l'autre, celle de l'une des clientes de la coiffeuse, vendeuse en pharmacie et de son amoureux. Chaque personnage manifeste des tics comportementaux et visuels qui forment des schémas de communications répétitifs et ritualisés, illustrant dans chaque cas l'échec de la rencontre. Pour la coiffeuse, Betty (Alison STEADMAN) il s'agit d'un flot ininterrompu de paroles purement mécanique qui sature l'espace sonore sans jamais se connecter à son interlocutrice, que ce soit sa cliente ou sa fille. L'autre personnage qui utilise le bruit pour combler le vide, c'est Clive (joué par un David THEWLIS débutant, âgé de seulement 24 ans mais qui crève déjà l'écran). Il ne sait s'adresser à la fille qu'il drague qu'en enchaînant les blagues, lui aussi dans un flot ininterrompu. Face à ces deux formes de diarrhée verbale, Joy et Charlene s'abritent derrière le retrait et le silence. Joy (Sylvestra Le TOUZEL) reste de marbre ou presque face à Clive. Seule sa coiffure change à chaque scène, devenant de plus en plus exubérante, en contraste total avec son visage morne, comme si c'était la seule chose qu'elle pouvait contrôler dans sa vie. Charlene (Wendy NOTTINGHAM) s'enferme dans un mutisme total, le regard dans le vide ou rivé sur la télévision. La scène finale pousse ce dispositif à l'extrême en montrant son visage plein de colère et de souffrance silencieuse alors que sa mère continue son intarissable bavardage hors-champ sans même la remarquer. Le ton reste néanmoins tragi-comique du début à la fin car ces répétitions incessantes des mêmes schémas (y compris dans la mise en scène faite de vignettes répétitives) finissent par faire sourire alors que les troubles qu'ils révèlent sont on ne peut plus sérieux (que ce soit des traits autistiques, de la névrose obsessionnelle pour lutter contre la peur de l'inconnu ou autre chose).

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Terreur aveugle (Blind terror)

Publié le par Rosalie210

Richard Fleischer (1971)

Terreur aveugle (Blind terror)

"Terreur aveugle" de Richard FLEISCHER (un réalisateur habitué aux films de serial killer) est au thriller horrifique ce que "Les Bijoux de la Castafiore" est à la comédie policière. Dans les deux cas, le même choc des mondes avec un vaste domaine aristocratique (le manoir Rexton/le château de Moulinsart) d'un côté et un campement gitan stationné juste à la lisière du bois environnant de l'autre. Dans les deux cas, les marginaux servent de leurre. Le loup ne rôde pas aux portes du domaine, il est déjà dans la bergerie. Mieux encore, le château devient un piège claustrophobique rempli de chausse-trappes. "Les Bijoux de la Castafiore" est un pied de nez à tous les autres albums Tintin puisque la sédentarité y est totale, on ne quitte pas le château, au point que je me souviens avoir joué à un "jeu de l'oie" adapté de l'album avec le capitaine Haddock en fauteuil roulant ne cessant de rencontrer des obstacles sur sa route. "Terreur aveugle" est quant à lui un remarquable film de mise en scène qui orchestre un suspense insoutenable autour d'une jeune aveugle (Mia FARROW) qui déambule sans le savoir (puisqu'elle ne voit rien) sur une scène de crime jonchée de cadavres, de bris de verre (et évidemment elle est pieds nus), à la merci du tueur revenu chercher un indice compromettant oublié sur place. Les nombreux inserts sur des objets-clés (comme le fameux indice, les bris de verre, la tondeuse abandonnée du jardinier sur lequel portent les soupçons ou encore les bottes du tueur qui leur voue le même fétichisme meurtrier que Georges avec son blouson dans "Le Daim" (2019), au point que l'on ne voit son visage qu'à la fin) font penser aux films de Alfred HITCHCOCK et sont d'une redoutable efficacité. On tremble à chaque instant pour Sarah dont le cauchemar ne semble jamais prendre fin puisqu'elle se noie dans les ténèbres (la baignoire devient même le lieu de la rencontre directe avec la mort). Mia FARROW impressionne dans un rôle qui n'est pas sans rappeler là encore ceux de Tippi HEDREN ou de Janet LEIGH chez Alfred HITCHCOCK.

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