Isabelle ADJANI période "L'Ete meurtrier" (1983) (Alain SOUCHON joue déjà d'ailleurs ici son petit ami) et Yves MONTAND dans les dernières années de sa carrière, heureusement ici plus papet rusé du diptyque "Jean de Florette (1986) et "Manon des sources" (1986) que vieux beau incestueux façon "Trois places pour le 26" (1988). Il surjoue quand même énormément mais parvient à être émouvant en père indigne qui tente maladroitement de se réconcilier avec sa fille. Globalement à l'exception des méchants d'opérette, les personnages sont traités avec indulgence et tendresse par Jean-Paul RAPPENEAU. Le rythme est comme toujours chez ce cinéaste adepte de la screwball comedie absolument endiablé mais tempéré par la magnifique musique mélancolique de Michel BERGER. On sent déjà poindre le grand tournant de "Cyrano de Bergerac" (1990) d'autant que les ingrédients de la recette hollywoodienne habituelle sont légèrement modifiés. L'élément perturbateur est ici Victor l'escroc baratineur qui va faire tomber le masque de la sévère et psychorigide Pauline qui gonfle ses petites soeurs en se prenant pour leur daronne. Le retour du père (même éphémère) aura eu le mérite de remettre l'église au milieu du village (suisse).
On a retrouvé l'ancêtre du cinéma psychédélique et c'est "La Folie du docteur Tube", le plus ancien film de Abel GANCE qui est parvenu jusqu'à nous. A partir d'une poudre blanche (que certains ont tout de suite pensé être de la coke) qu'il vient d'inventer un savant fou plonge tous ceux qu'il asperge dans un trip hallucinogène. L'idée de Abel GANCE a été de détourner les miroirs déformants des fêtes foraines pour créer des effets spéciaux. Placés directement devant la caméra, ils agissent comme un filtre optique qui anamorphose l'image, soit en l'étirant, soit au contraire en la comprimant. "La Folie du docteur Tube" fait donc typiquement partie de ce cinéma premier à la Georges MELIES qui a puisé ses trucages et effets spéciaux dans les arts forains et le music-hall pour créer son propre langage visuel. Ce n'est pas toujours maîtrisé, certaines images n'ont ni queue, ni tête, mais c'est le revers de la médaille des expérimentations nouvelles au cinéma ("L'Affaire Thomas Crown" (1968) et son abus de split-screen, ça pique pas mal les yeux aussi). On en trouve le prolongement logiquement chez Charles CHAPLIN dans "Le Cirque" (1927) et son héritage parlant se trouve dans la célèbre scène du palais des glaces de "La Dame de Shanghai" (1947) ainsi que dans l'hommage que lui rend Woody ALLEN dans "Meurtre mysterieux a Manhattan" (1992).
Il y a un passage que j'aime particulièrement dans "Ange", le dernier film de Tony GATLIF, c'est quand le personnage qui est musicologue explique ce qu'il recherche dans le contretemps de la musique tzigane "le contretemps, c'est comme quelqu'un qui se lève quand tout le monde est à genoux, c'est un peu provocateur". Que la musique puisse véhiculer des valeurs, une philosophie de vie, on y a pense pas forcément et pourtant Michel Berger (co-auteur d'un opéra rock peuplé de rebelles et de marginaux, "Starmania") le faisait déjà dire à France Gall dans "Il jouait du piano debout pendant que les trouillards sont à genoux et les soldats au garde à vous, ça voulait dire qu'il était libre, heureux d'être là malgré tout".
"Ange" est justement une formidable ode à la liberté, porté par un Arthur H. magnétique. Comme autrefois avec Romain DURIS, Tony GATLIF élargit sa famille de cinéma à des acteurs n'appartenant pas au monde gitan mais qui partagent leur âme. Avec sa voix rocailleuse, son physique un peu cabossé, son rapport viscéral à la musique, Arthur H. incarne formidablement un homme qui a rejeté son milieu d'origine pour choisir le mode de vie gitan, fait de nomadisme et de bringue.
Parce que leur histoire est jalonnée de persécutions, de rejet et de marginalité, les gitans préfèrent mobiliser leur énergie dans la célébration du présent que dans l'assurance d'un avenir incertain. Parce qu'ils ne possèdent rien (à commencer par une patrie), seule une transe de plusieurs jours leur permet de se sentir reliés au monde, même de façon éphémère. La transe musicale comme patrie des marginaux, c'était d'ailleurs aussi le thème majeur de "Sirat" (2024), les "teufeurs de la techno" pouvant donner la main aux "bringueurs de la gratte".
On ne sait pas ce qui a poussé Ange et son ami Marco (joué par un autre "adopté", Mathieu AMALRIC dont la carrière est une histoire de "débourgeoisement") à vivre comme les tziganes. Mais on a une formidable démonstration de cette communion à la fin du film qui célèbre leurs retrouvailles fraternelles et la reconnaissance du lien unissant Ange à sa fille Solea (Suzanne AUBERT) qui a dû s'incruster dans le van et dans la vie de son père pour se faire accepter mais y parvient par la musique et par la danse.
Je m'étais dit qu'un jour je regarderais un film de HONG Sang-soo et j'avais en tête ce film précis parce que son affiche m'avais marqué. J'ai donc profité de sa présence sur la plateforme de France Télévisions pour mettre mon idée à exécution. Le résultat n'est pas désagréable mais enfin, on est quand même face à ce qui ressemble à un exercice de style ludique assez redondant dans le cinéma mondial d'auteur. Une jeune femme écrit trois variantes d'une même histoire à partir des mêmes ingrédients (un bord de mer, une étrangère, Anne, jouée par Isabelle HUPPERT minaudante qui cherche non son chat mais son phare et ne le trouve pas, un maître-nageur un peu grand dadais avec sa tente, un ami coréen et sa femme enceinte plutôt jalouse, une hôtesse serviable prête à prêter son parapluie au moment d'aller faire les courses plus deux ou trois autres personnages plus accessoires). Evidemment c'est toujours sympa de voir comment on peut faire bifurquer un récit à tel ou tel endroit, déplacer tel ou tel personnage, mais tout ça pour quoi au final si cela n'a pas de but existentiel (comme chez Alain RESNAIS?) La France qui adore mettre les cinéastes étrangers dans des cases compare le cinéma de HONG Sang-soo à la Nouvelle Vague et en particulier à Eric ROHMER à qui on colle tout un tas de références d'aujourd'hui. Sauf que seule une vision superficielle du cinéma de Eric ROHMER grosso modo le marivaudage en liberté peut "coller" à ce film. Pas vraiment d'errance ou alors bien balisée entre une tente, un phare et une maison de vacances, pas de vrai sentiment d'étrangeté comme dans "Le Rayon vert" (1986) ou pour sortir de la nouvelle vague, dans "Frantic" (1988) où ne pas se comprendre est autrement plus inquiétant et angoissant. "In Another Country" est mignon, superficiel et léger comme une bulle de savon sur le point d'éclater.
J'avais le souvenir d'un film sinistre et dérangeant et ce second visionnage ne m'a pas fait changer d'avis. "Naked" est un film éprouvant, nihiliste, une descente vertigineuse dans les bas-fonds des jungles urbaines anglaises saignées à mort par 10 ans de thatchérisme. Comme vingt ans plus tôt dans "Orange mecanique" (1971) de Stanley KUBRICK, Mike LEIGH prend comme personnage principal un marginal charismatique, doté d'une intelligence et d'une culture supérieure à la moyenne mais qui l'utilise pour dominer et détruire ceux qui sont plus faibles que lui tout en étant en même temps victime d'une société complètement malade. La relation humaine se réduit au rapport de force le plus primitif, l'autre n'étant vu que comme une proie potentielle ou une menace et ce, dans des contextes politiques opposés: le néolibéralisme thatchérien dans "Naked", la dystopie totalitaire dans "Orange mécanique".
Dans le film de Mike LEIGH, on suit l'errance nocturne sans fin de Johnny (David THEWLIS dont la prestation viscérale a marqué les esprits et lui a valu le prix d'interprétation à Cannes), un personnage qui nous est présenté d'emblée comme un prédateur sexuel et qui est aussi un parasite social. Si son comportement avec les femmes vulnérables (soit privées de toute estime d'elles-mêmes, soit atteintes du syndrome de Florence Nightingale) est abject, il est en même temps victime de la violence des hommes, son physique gringalet n'étant pas exactement celui d'un hooligan. A travers ses "aventures", bien que le mot soit inapproprié, Mike LEIGH dresse un état des lieux désespéré d'une société atomisée et livrée à la loi du plus fort, incarné par le yuppie Jérémy (Greg CRUTTWELL) qui est le double fortuné et puissant de Johnny. Quand les personnages ne sont pas chômeurs et SDF, leur travail est présenté comme profondément aliénant et la solitude semble être le lot d'à peu près tout le monde.
On peut cependant malgré le brio de la mise en scène (récompensée à Cannes) qui nous prend à la gorge dès la première seconde et ne nous lâche plus considérer que Mike LEIGH charge un peu trop la barque et s'agacer aussi de la vision univoque qu'il donne des femmes en pauvres victimes passives d'hommes systématiquement ou presque présentés comme des psychopathes toxiques ou pervers.
Court-métrage de Mike LEIGH fait de petites scénettes qui entremêlent deux histoires. D'une part celle d'une coiffeuse et de sa fille. De l'autre, celle de l'une des clientes de la coiffeuse, vendeuse en pharmacie et de son amoureux. Chaque personnage manifeste des tics comportementaux et visuels qui forment des schémas de communications répétitifs et ritualisés, illustrant dans chaque cas l'échec de la rencontre. Pour la coiffeuse, Betty (Alison STEADMAN) il s'agit d'un flot ininterrompu de paroles purement mécanique qui sature l'espace sonore sans jamais se connecter à son interlocutrice, que ce soit sa cliente ou sa fille. L'autre personnage qui utilise le bruit pour combler le vide, c'est Clive (joué par un David THEWLIS débutant, âgé de seulement 24 ans mais qui crève déjà l'écran). Il ne sait s'adresser à la fille qu'il drague qu'en enchaînant les blagues, lui aussi dans un flot ininterrompu. Face à ces deux formes de diarrhée verbale, Joy et Charlene s'abritent derrière le retrait et le silence. Joy (Sylvestra Le TOUZEL) reste de marbre ou presque face à Clive. Seule sa coiffure change à chaque scène, devenant de plus en plus exubérante, en contraste total avec son visage morne, comme si c'était la seule chose qu'elle pouvait contrôler dans sa vie. Charlene (Wendy NOTTINGHAM) s'enferme dans un mutisme total, le regard dans le vide ou rivé sur la télévision. La scène finale pousse ce dispositif à l'extrême en montrant son visage plein de colère et de souffrance silencieuse alors que sa mère continue son intarissable bavardage hors-champ sans même la remarquer. Le ton reste néanmoins tragi-comique du début à la fin car ces répétitions incessantes des mêmes schémas (y compris dans la mise en scène faite de vignettes répétitives) finissent par faire sourire alors que les troubles qu'ils révèlent sont on ne peut plus sérieux (que ce soit des traits autistiques, de la névrose obsessionnelle pour lutter contre la peur de l'inconnu ou autre chose).
"Terreur aveugle" de Richard FLEISCHER (un réalisateur habitué aux films de serial killer) est au thriller horrifique ce que "Les Bijoux de la Castafiore" est à la comédie policière. Dans les deux cas, le même choc des mondes avec un vaste domaine aristocratique (le manoir Rexton/le château de Moulinsart) d'un côté et un campement gitan stationné juste à la lisière du bois environnant de l'autre. Dans les deux cas, les marginaux servent de leurre. Le loup ne rôde pas aux portes du domaine, il est déjà dans la bergerie. Mieux encore, le château devient un piège claustrophobique rempli de chausse-trappes. "Les Bijoux de la Castafiore" est un pied de nez à tous les autres albums Tintin puisque la sédentarité y est totale, on ne quitte pas le château, au point que je me souviens avoir joué à un "jeu de l'oie" adapté de l'album avec le capitaine Haddock en fauteuil roulant ne cessant de rencontrer des obstacles sur sa route. "Terreur aveugle" est quant à lui un remarquable film de mise en scène qui orchestre un suspense insoutenable autour d'une jeune aveugle (Mia FARROW) qui déambule sans le savoir (puisqu'elle ne voit rien) sur une scène de crime jonchée de cadavres, de bris de verre (et évidemment elle est pieds nus), à la merci du tueur revenu chercher un indice compromettant oublié sur place. Les nombreux inserts sur des objets-clés (comme le fameux indice, les bris de verre, la tondeuse abandonnée du jardinier sur lequel portent les soupçons ou encore les bottes du tueur qui leur voue le même fétichisme meurtrier que Georges avec son blouson dans "Le Daim" (2019), au point que l'on ne voit son visage qu'à la fin) font penser aux films de Alfred HITCHCOCK et sont d'une redoutable efficacité. On tremble à chaque instant pour Sarah dont le cauchemar ne semble jamais prendre fin puisqu'elle se noie dans les ténèbres (la baignoire devient même le lieu de la rencontre directe avec la mort). Mia FARROW impressionne dans un rôle qui n'est pas sans rappeler là encore ceux de Tippi HEDREN ou de Janet LEIGH chez Alfred HITCHCOCK.
Comme je suis curieuse et que nombre de réalisateurs (sans oublier les réalisatrices) de la Nouvelle Vague me sont chers, je me suis lancée dans le visionnage du premier film de Jacques RIVETTE. Le résultat ne m'a pas convaincue.
Contrairement à des oeuvres pleines de naturel et de fraîcheur comme "A bout de souffle" (1959) ou viscérales comme "Les Quatre cents coups" (1959), "Paris nous appartient" est cérébral et excessivement poseur. Le film repose sur un dispositif aujourd'hui éculé, signature des films pensés pour les festivals: la mise en abyme entre une tragédie vécue par les personnages et une pièce de théâtre (shakespearienne!) censée la mettre en scène.
Le problème est qu'on ne s'attache jamais à ces personnages. Ils ressemblent plutôt à des pions qui récitent leur texte et on ne croit pas une seconde à la fatalité qui pèse sur eux. Et pour cause, la tragédie, ça se marie mal avec les soirées germanopratines qui ponctuent le film, histoire de rappeler que les gens qui défilent à l'écran appartiennent à un tout petit monde. Un monde qui tente de nous faire croire qu'il se prend de plein fouet les événements dramatiques qui se déroulaient à l'époque du film (maccarthysme et guerre d'Algérie) sauf que la menace semble bien abstraite, un verre à la main sous les toits haussmanniens.
D'ailleurs, les compatriotes de la nouvelle vague de Jacques RIVETTE viennent y faire leur caméo: d'abord Claude CHABROL, puis Jean-Luc GODARD et enfin Jacques DEMY. Cette pratique de s'inviter dans les films des uns et des autres n'est pas propre au film de Jacques RIVETTE mais au-delà de l'effet de curiosité, elle paraît assez gratuite. Même reproche avec l'un des acteurs "signature" du mouvement, Jean-Claude BRIALY qui ne sert strictement à rien.
"Gadjo Dilo", "L'Etranger fou" en français, c'est le dernier volet de la trilogie que Tony GATLIF a consacré au peuple rom après "Les Princes" (1982) et "Latcho Drom" (1992). Les deux premiers films avaient rencontré un succès critique, le deuxième ayant rencontré un écho international grâce à son prix à Cannes. Mais "Gadjo Dilo" est le premier de ses films à avoir rencontré le succès populaire grâce à l'idée géniale de faire se rencontrer une communauté rom et Romain DURIS qui joue le rôle de passeur entre eux et le public occidental. Non sans malice, Tony GATLIF s'amuse à retourner les stéréotypes attachés aux Roms. C'est le gadjo, égaré au milieu de leur communauté qui est accusé de vol de poules et d'autres méfaits d'ordinaire attribués aux tziganes.
Mais "Gadjo Dilo" est avant tout une histoire d'adoption entre Stéphane qui vient de perdre son père et part sur les traces de la chanteuse tzigane qu'il écoutait avant sa mort et Izidor (Izidor SERBAN), un tzigane entre deux âges dont le fils est en prison. Les deux hommes ne parlent pas un mot de la langue de l'autre et pourtant le miracle opère, ils s'entendent comme larrons en foire. Ce courant qui passe entre l'acteur et les villageois était d'ailleurs authentique et constitue le secret de la réussite du film. Il a d'ailleurs contribué à modifier la perception de Romain DURIS qui s'est avéré être un acteur très physique et énergique (comme le montre par exemple son impressionnant abattage burlesque dans "Coupez !") (2021).
Par ailleurs, le film est également indissociable de la partenaire de Romain DURIS, la flamboyante Rona HARTNER. A l'image de son personnage, elle aussi joue un rôle de passeuse, au sens propre mais aussi au sens figuré puisqu'elle s'est fait passer pour une tzigane auprès du réalisateur en n'économisant pas son énergie pour le convaincre. Dans le film, elle appartient à la communauté rom mais elle parle français ce qui lui permet de se rapprocher de Stéphane avec qui elle entame une relation électrique. On retrouve entre eux la même véracité brute qu'avec Izidor. La performance tellurique de Rona HARTNER a marqué les esprits et lui a valu outre la reconnaissance d'entamer une riche carrière dans la musique électro-balkanique.
Je craignais un film kitsch et colonialiste (après tout, il est sorti en 1964 alors que l'Afrique n'était pas encore entièrement indépendante) mais "Zoulou" s'avère être tout le contraire. 62 ans avant "L'Odyssee" (2025), la guerre est montrée sous son aspect le plus traumatique, une boucherie dont les soldats survivants sortent traumatisés. Le film a lancé la carrière de Michael CAINE qui joue le rôle d'un lieutenant de la haute société légèrement crâneur que son baptême du feu crame complètement, le laissant hagard et couvert de honte. Lui et le lieutenant John Chard (Stanley BAKER) qui se disputaient puérilement le commandement pour une histoire de préséance dans le grade de quelques mois oublient leur rivalité et perdent leur superbe pour ne plus être que des ombres errantes sur le champ de bataille à la fin.
Autre aspect majeur du film, la manière de traiter les combattants zoulous. Certes, ils ne sont pas individualisés mais leur armée est montrée comme aussi courageuse, disciplinée et tactique que celle des britanniques. C'est d'ailleurs ce qui élève le film au rang de tragédie quand les survivants du fort contemplent tels des zombies morts de soif et de fatigue le massacre à leurs pieds pendant que ce qui reste de l'armée zoulou entonne un chant leur rendant hommage.
Ainsi là où "Zoulou" fait très fort c'est qu'il célèbre le courage de ces hommes prêts à mourir pour leur sens de l'honneur (ce qui est aussi une manière implicite de rendre hommage à un pays qui a tenu tête complètement seul durant une partie de la seconde guerre mondiale à Hitler) tout en montrant qu'ils ne sont pas à leur place et n'ont rien à faire là, retranchés et engoncés dans leur tenue écarlate qui jure avec le paysage. Les guerriers zoulous font quant à eux corps avec leur terre et de chacune des séquences chantées émane une vibration à laquelle les guerriers britanniques sont incapables de répondre avec leur propre chant guerrier anémique. Une séquence qui n'est pas sans rappeler une autre guerre de territoire par le chant dans "Delivrance" (1972) une dizaine d'années plus tard. Par tous ces aspects, "Zoulou" est un film qui annonçait déjà le nouvel Hollywood et l'anti militarisme des "Little Big Man" (1970), "Apocalypse Now" (1976) et autres "Danse avec les loups" (1990).
"Etre critique, ce n'est pas donner son avis, c'est se construire comme sujet travers les films que l'on voit" (Emmanuel Burdeau)
"La cinéphilie est moins un rapport au cinéma qu'un rapport au monde à travers le cinéma" (Serge Daney)