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Recherche Susan, désespérément (Desperately Seeking Susan)

Publié le par Rosalie210

Susan Seidelman (1985)

Recherche Susan, désespérément (Desperately Seeking Susan)

J'avais 12 ans quand "Recherche Susan désespérément" est sorti, j'écoutais les 45 et 33 tours de MADONNA en boucle sur mon tourne-disque mais je suis incapable de me souvenir si j'ai vu le film ou non à l'époque. Les seules images qui me reviennent étant celles du clip "Into the groove". Quelques années avant "Sexe, mensonges & videos" (1989), "Thelma & Louise" (1990) ou "Alice" (1990), le film dépeint l'émancipation d'une desperate housewife. En empruntant les habits d'une jeune femme punk et bohème, double évident de MADONNA qui n'a pas besoin de forcer sa nature pour rayonner, Roberta (Rosanna ARQUETTE) se retrouve catapultée dans sa vie très rock an roll. Le film capture bien l'énergie du Manhattan underground de cette époque et l'humour satirique du film provient du choc culturel que représente la plongée des bourgeois coincés dans ce milieu nocturne et interlope. Voir Gary, le mari de Roberta, roi autoproclamé du jacuzzi et sa soeur collet monté Leslie se retrouver dans un night club mal famé ("ce n'est pas le Carnegie Hall"!!) au milieu des punks est franchement réjouissant. Mais c'est surtout MADONNA qui fascine par sa présence animale, son caractère rebelle et guerrier, sa vitalité brute, son look oxymorique* captée par la caméra de la réalisatrice Susan SEIDELMAN au moment même où elle était en train de devenir une star. C'est d'ailleurs ce talent pour filmer des femmes libres à New-York qui l'a amenée à définir les bases visuelles et le ton de la série "Sex and the City" (1998) dont elle a réalisé le pilote et les premiers épisodes.

* Trash et chic à la fois, de même que Madonna était issue d'un milieu bourgeois mais avait choisi de se lancer dans une carrière artistique sans filet, multipliant les galères de jeunesse à New-York ce qui lui a donné ce tempérament de feu que l'on ressent dans le film.

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Soudain (Kyū ni guai ga waruku naru)

Publié le par Rosalie210

Ryusuke Hamaguchi (2026)

Soudain (Kyū ni guai ga waruku naru)

Le Japon est définitivement le pays qui permet de penser la finitude en France. Chris MARKER le disait déjà dans "Sans soleil" (1982) et les studios Ghibli (cités dans le film) ont fini d'enfoncer le clou. Le Japon est en effet le seul pays riche et développé qui n'a jamais oublié la fragilité intrinsèque de son existence, à la fois pour des raisons historiques (la bombe nucléaire) et géographiques (l'instabilité de l'archipel). Il a donc gardé un lien viscéral aux esprits, à la nature, aux rites et à la mémoire, conservant sa philosophie vivante au coeur du quotidien, celle du mono no aware (la sensibilité à l'éphémère) car "soudain", tout peut s'arrêter ou basculer.

"Soudain" est donc une plage de temps suspendu au seuil de la mort. La finitude japonaise est portée par Mari (Tao OKAMOTO), metteuse en scène atteinte d'un cancer en phase terminale. Sa pièce entre en résonance avec les préoccupations profondes de Marie-Lou (Virginie EFIRA) directrice d'EHPAD au bord du burn-out. Ryusuke HAMAGUCHI qui ne m'avait guère touchée jusque là nous fait un beau cadeau en transposant en France le dialogue épistolaire d'origine entre deux japonaises, une philosophe, Mikako Miyano, atteinte d'un cancer métastasique, et une anthropologue médicale Maho Isono en 2019. Par la force des choses, le film devient donc un dialogue entre deux cultures, entre Paris et Kyoto ce qui était déjà le propos de Chris MARKER entre la Guinée-Bissau et le Japon qu'il considéraient comme les deux pôles extrêmes de la survie. En France, l'extrême de la survie devient une méditation sur la fin de vie. Ryusuke HAMAGUCHI évite les pièges du dogmatisme ou de la posture de supériorité morale pour offrir des réflexions passionnantes notamment sur le capitalisme, sa structure, ses paradoxes et ses limites. Totalement impuissant face à la finitude, il est aussi le système qui a permis à Mari de continuer à penser et à créer malgré sa maladie. Marie-Lou et elle-même se regardent depuis l'intérieur du système dont elles font partie en se demandant comment réinjecter de l'humanité au coeur de la machine. Les deux femmes, traitées d'une manière strictement égalitaire fonctionnent en miroir ce qui explique d'ailleurs leur prix d'interprétation ex-aequo au festival de Cannes. L'humanitude devient le laboratoire de leurs préoccupations à l'échelle de l'EHPAD de Marie-Lou. Philosophie et pratique de soin élaborée à la fin des années 70 par deux chercheurs français, elle a été importée avec un grand succès au Japon qui est aujourd'hui l'un des plus vieux pays du monde. Ryusuke HAMAGUCHI filme donc frontalement ce que l'on cache, des personnes en fin de vie, aux corps et aux cerveaux très affaiblis et il montre comment l'attention et le soin peuvent métamorphoser le regard que l'on porte sur eux et en définitive sur nous. Ce qui est particulièrement stimulant dans le film, c'est de sortir la fin de vie de la bureaucratie et des questions comptables (montrées pour ce qu'elles sont, une impasse nourrissant un système insatiable) ou du seul burn-out pour en faire un moment privilégié hors du temps où chacun, patient comme soignant prend soin de son âme en miroir. Un besoin qui s'exprime aussi dans le nombre de plans contemplant le ciel en train de s'éclaircir ou les variations de lumière sur les feuillages (le komorebi, déjà au coeur du film de Wim Wenders "Perfect Days").

Alors évidemment, certains taxeront d'angélique cette vision qui occulte la charge mentale, financière et en personnel que représente cette approche mais Ryusuke HAMAGUCHI ne prétend pas donner de leçons. Il montre juste que laisser la vie brute bousculer les protocoles (que ce soit ceux du soin ou ceux du théâtre avec le jeune Tomoki qui est autiste et vient sur scène quand ça lui chante) est au final bienfaisant pour tous. Le happening final n'est d'ailleurs pas sans rappeler celui de "Little Miss Sunshine" (2005).

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De la comédie française

Publié le par Rosalie210

Martin Darondeau, Bertrand Usclat (2026)

De la comédie française

J'ai passé un excellent moment en regardant cette comédie alerte et sans temps morts (d'où sa durée très courte, il n'y a pas une once de gras) où les acteurs de la comédie française s'amusent beaucoup en jonglant avec les travers réels ou supposés de la troupe. Chaque personnage est croqué avec suffisamment de caractère pour apporter sa pierre à l'édifice sans faire de l'ombre aux autres. Le principe du compte à rebours avant une représentation sous pression (la ministre de la culture étant présente dans la salle) où les grains de sable s'accumulent est très efficace. On a tour à tour le mari imbu de lui-même qui se découvre cocu (Laurent STOCKER), sa femme hédoniste (Marina HANDS) qui assouvit ses désirs avec le jeune premier superstitieux qui fait tout un fromage avec la couleur de son costume (Julien FRISON), la vieille dame qui part en sucette après avoir abusé du joint (Danielle LEBRUN), le régisseur casse-couille (Christian HECQ), le concierge zélé qui fait son petit chef (Guillaume GALLIENNE), la metteuse en scène débordée par les imprévus (Pauline CLEMENT), l'actrice qui ne capte rien à l'intrigue (Adeline d'HERMY) etc. Cette accumulation de petits travers souligne une dynamique d'ensemble qui repose sur la friction: entre les générations, entre les hommes et les femmes, entre les acteurs et les techniciens, entre les moliéristes et les shakespeariens (mention spéciale à Benjamin Lavernhe), entre le monde du théâtre classique et celui de la télévision (excellente prestation de Sephora PONDI en maquilleuse hors-sol), entre les acteurs installés dans leur fauteuil et les aspirants réduits à jouer les ouvreurs (Sefa YEBOAH), entre ces mêmes acteurs et le "petit" personnel qui ne perd pas une occasion de prendre sa mesquine petite revanche sociale etc. Bref c'est du spectacle de haute volée et on aurait tort de bouder son plaisir, les comédies ayant cette qualité d'écriture, de mise en scène chorale et d'interprétation ne courant pas les rues.

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Officier et Gentleman (An Officer and a Gentleman)

Publié le par Rosalie210

Taylor Hackford (1982)

Officier et Gentleman (An Officer and a Gentleman)

La première partie de "officier et gentleman" m'a vraiment fait penser à "Full Metal Jacket" (1986) avec ses recrues entraînées à la dure par un sergent-chef instructeur impitoyable. Louis GOSSETT Jr. a d'ailleurs reçu l'Oscar et le Golden Globe du meilleur acteur dans un second rôle en 1983 pour sa brillante interprétation de Emil Foley. L'acteur s'est investi corps et âme dans le rôle ce qui transparaît à l'écran. Cependant à la différence du sergent Hartman, la dureté et même la violence verbale de Foley cache un état d'esprit bienveillant. Il pousse ses hommes à bout pour les révéler à eux-mêmes et non pour le plaisir sadique de les déshumaniser. C'est dans les moments critiques que l'on voit réellement la différence, quand il sauve Daniels in-extremis de la noyade ou quand il garde Zack dans son programme d'entraînement après l'avoir fait craquer. Cette relation ambivalente, entre haine et respect est d'ailleurs ce que j'ai trouvé de plus réussi dans le film. En revanche, j'ai été beaucoup moins convaincue par les histoires à caractère sentimental qui fleurent bon les grosses ficelles du cinéma hollywoodien des années 80. L'évolution de Zack et de Sid manque totalement de subtilité, l'efficacité dramatique primant sur la nuance psychologique. Ainsi Zack (Richard GERE) élevé au-dessus d'un bordel de Manille par un père indigne alcoolique et amateur de prostituées tente de s'arracher à cet atavisme en devenant quelqu'un mais reproduit l'attitude de son père avec son son amie Paula (Debra WINGER). Jusque là rien à dire, c'est cohérent. Mais le sacro-saint happy end hollywoodien et les flots de bons sentiments propre à cette industrie finissent, au mépris de toute vraisemblance, par entraîner une métamorphose brutale du personnage en gentleman romantique qui vient cherche sa belle à l'usine pour l'emporter avec lui. Son ami Sid (David KEITH) se comporte quant à lui en opportuniste un peu lâche avec l'amie de Paula, Lynette (Lisa BLOUNT) avant de se changer brutalement en victime brisée. Le personnage de Lynette est d'ailleurs écrit à la hache, comme le reste, d'un seul bloc et sans nuances: l'ouvrière froide et calculatrice prête à tout pour s'élever dans l'échelle sociale en jetant son emprise sur un pilote. Sans le charisme des acteurs et la profondeur du sergent Foley, la film, bancal, s'effondrerait sous le poids de ses clichés.

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Trainspotting

Publié le par Rosalie210

Danny Boyle (1996)

Trainspotting

"Trainspotting" que j'ai vu à sa sortie et dont je connais la bande originale par coeur m'apparaît aujourd'hui comme le miroir inversé pour ne pas dire cauchemardesque du conformisme social. Le célèbre monologue de Mark Renton (Ewan McGREGOR) qui ouvre le film parodie les injonctions consuméristes et l'idéal de respectabilité bourgeoise des années Thatcher sous la forme d'un manifeste du choix qui est en réalité un non-choix. Mark et sa bande de marginaux croient rejeter les règles de la société mais ils ne subvertissent pas pour autant le système capitaliste. Ils en sont en réalité la caricature. Leur comportement est dicté de A à Z par l'addiction et chacun des membres du groupe représente la version extrême des tares de la société qu'ils exècrent. Que l'on pense à Begbie (Robert CARLYLE) qui représente la brutalité patriarcale sans filtre, Sick Boy (Jonny LEE MILLER) l'opportuniste cynique, Spud (Ewen BREMNER) l'inadapté précaire et infantilisé. Quant à Mark, le pseudo-intellectuel révolté, la facilité avec laquelle il retourne sa veste et réintègre le monde "normal" en se montrant aussi individualiste qu'amoral montre à quel point la vie de junkie est une sinistre mascarade. Pour enfoncer le clou, aucune scène choc ne nous est épargnée, la vie de ces junkies dans la crasse et la merde illustrant leur décrépitude morale et contaminant tout ce qu'ils touchent comme la déchéance express de Tommy (Kevin McKIDD) ou la mort tragique de Dawn, le bébé d'Allison (Susan VIDLER).

Raconté tel quel, ce scénario semble plombant. Mais le grand tour de force de Danny BOYLE, c'est de l'avoir électrisé avec une énergie vitale débordante grâce à sa BO d'enfer (Iggy POP, Lou REED etc.), son montage frénétique et sa caméra nerveuse. Grâce à ce flux d'adrénaline permanent, on est plongé dans la subjectivité de ces junkies et on comprend mieux leur perception du monde, faite d'atroces bad trips (comme celui de la désintoxication de Mark dans sa chambre) mais aussi de moments d'euphorie enivrants, voire planants (la scène de l'overdose). Par ailleurs, la richesse visuelle du film est aussi ébouriffante que sa bande sonore avec des références qui ne sont jamais gratuites, qu'on fasse un tour dans le Korova Milk Bar de "Orange mecanique" (1971) avec sa bande de délinquants juvéniles sous substance laiteuse, sur le passage clouté en forme de parodie de l'Album "Abbey Road" des Beatles ou bien du côté "Des mystères de l'horizon", le tableau de René Magritte quand Mark à la croisée des chemins ouvre le coffre pour y déposer de l'argent et se retrouve cerné par ses propres reflets.

"Choisir la vie, choisir un boulot, choisir une carrière, choisir une famille, choisir une putain de télé à la con, choisir des machines à laver, des bagnoles, des platines laser, des ouvre-boîtes électroniques. Choisir la santé, un faible taux de cholestérol et une bonne mutuelle. Choisir les prêts à taux fixe, choisir son petit pavillon, choisir ses amis, choisir son survêt et le sac qui va avec, choisir son canapé avec les deux fauteuils, le tout à crédit avec un choix de tissus de merde. Choisir de bricoler le dimanche matin en s'interrogeant sur le sens de la vie, choisir de s'affaler sur ce putain de canapé et se lobotomiser aux jeux télé en se bourrant de MacDo. Choisir de pourrir à l'hospice et de finir en se pissant dessus dans la misère en réalisant qu'on fait honte aux enfants niqués de la tête qu'on a pondus pour qu'ils prennent le relais. Choisir son avenir, choisir la vie."

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American Graffiti

Publié le par Rosalie210

George Lucas (1973)

American Graffiti

"American Graffiti" repose sur une analogie assez claire. Le passage à l'âge adulte d'une bande de jeunes, symbolisé par leur dernière nuit d'insouciance devient la métaphore d'une Amérique sur le point en août 1962 de perdre son innocence. Réalisé en 1973, soit 11 ans après les événements décrits dans le film, "American Graffiti" porte la marque nostalgique d'une époque assimilée à un paradis perdu. Cette époque révolue et mythifiée par la société américaine est celle des fifties et ce n'est pas l'un des personnages aux faux airs de James DEAN qui nous dira le contraire pour reprendre l'expression de Luc LAGIER. Dans l'unité de temps (une nuit) et de lieu (une petite bourgade près de San Francisco) circonscrite par le film, tous les marqueurs "vintage" sont de sortie. La bande originale est bourrée de standards rock and roll des années 50 et du début des années 60, parmi lesquels on reconnaît "Rock Around the Clock" de Bill Haley dès le générique (comme celui de "Graine de violence") (1955), "Johnny B. Goode" de Chuck Berry (qui était au centre d'un autre film effectuant un come back dans cette époque, "Retour vers le futur") (1985), "The Great Pretender" des Platters (que j'ai entendue pour la première fois en 1987 quand elle a été chantée par Freddie MERCURY) ou encore "All Summer Long" des Beach Boys qui referme le film sur une pointe nostalgique. L'un des lieux centraux du film est un diner rétro avec des serveuses en patins à roulettes dans des postures semblables à la pochette de "Breakfast in America" de Supertramp. Enfin, symbole iconique de l'Amérique de ces années là, la bagnole est indissociable de la culture de ces jeunes qui se déplacent lentement dans la ville au volant de leurs engins sans but précis, sinon celui de battre le pavé à la recherche de rencontres et d'aventures d'une nuit. Parmi les cylindrées américaines, Chevrolet ou Ford à bord desquelles paradent Steve le rouquin (Ron HOWARD), Terrie (Charles Martin SMITH) le bigleux aux grandes dents ou John Milner (Paul LE MAT), le sous James Dean, deux nous tapent dans l'oeil. La première pour son anomalie dans le paysage puisque notre 2CV bien française est conduite par le personnage principal, Curt (Richard DREYFUSS) qui est lui-même légèrement décalé par rapport à ses potes et cherche visiblement encore sa place. La deuxième parce que le rival de John avec lequel il va s'engager dans une course (allusion à la "La Fureur de vivre") (1955) est conduite par un débutant promis à un bel avenir dans la filmographie de George LUCAS: Harrison FORD.

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Dirty Dancing, comédie romantique engagée

Publié le par Rosalie210

Joséphine Petit, Leni Merat (2026)

Dirty Dancing, comédie romantique engagée

Josephine PETIT et Leni MERAT se sont lancées depuis quelques années dans la réalisation de films documentaires qui interrogent avec finesse la place des femmes et du féminisme au cinéma. Après "Thelma et Louise, un western feministe" (2024), c'est au tour de "Dirty Dancing" (1987) d'être analysé sous cet angle et le résultat est passionnant. La productrice Linda GOTTLIEB qui avoue ne jamais avoir imaginé qu'un jour elle serait interrogée à ce sujet raconte la genèse compliquée du film et son immense succès surprise. Malgré l'accumulation de refus (une quarantaine au total), c'est sa persévérance ainsi que celle de sa co-productrice et scénariste du film Eleanor BERGSTEIN qui s'est inspirée de sa propre jeunesse qui a été déterminante. Produit par la société pionnière du marché de la vidéo Vestron Pictures pour la modique somme de cinq millions de dollars (il en rapportera quarante fois plus), le film est tourné dans des conditions spartiates mais est fidèle à la vision de ses productrices-créatrices. Eleanor BERGSTEIN se bat pour que Patrick SWAYZE qui refuse les rôles de danseur accepte celui de Johnny Castle. Et Jennifer GREY est choisie en référence à Barbra STREISAND qui séduisait le plus beau garçon du campus joué par Robert REDFORD dans "Nos plus belles annees" (1973). Le film tape dans le mille et devient instantanément culte auprès de la gente féminine, certaines le regardant des dizaines de fois et partant en pèlerinage sur les lieux de tournage. La BO, l'une des plus vendues de l'histoire, certaines des chorégraphies, des répliques et des scènes ont infusé dans la pop culture.

Mais le documentaire n'en reste pas là, il analyse les thématiques politiques présentes sous la comédie romantique avec beaucoup de pertinence. La question de l'avortement, très est bien évidemment évoquée et remise triplement en contexte: dans les années 60 (période où se déroule le film), dans les années 80 (période du tournage du film) et aujourd'hui (période de la sortie du documentaire). Les productrices du film expliquent également qu'au moment de sa sortie, un sponsor a fait pression pour qu'elles retirent le passage qui en parlait mais comme il était essentiel à l'intrigue, il a été conservé. Autre thème évoqué, la prostitution masculine et les inégalités de classe. Johnny Castle est un objet d'attraction et de désir pour les bourgeoises du club et sa sujétion économique et sociale l'entraîne sur la pente où il n'est pas en mesure de pouvoir distinguer la marchandisation de ses talents de danseur et celle de son corps. Un sujet tabou qu'a traité dans sa filmographie et plus particulièrement dans "Boulevard du crepuscule" (1950) Billy WILDER parce qu'il a été danseur mondain pour de riches rombières à Berlin. Enfin l'aspect féministe du scénario où tout est vu par le regard de Bébé et où la relation entre les jeunes filles est faite de sororité et non de rivalité est évoquée.

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Dirty Dancing

Publié le par Rosalie210

Emile Ardonilo (1987)

Dirty Dancing

Comme pour "Thelma & Louise" (1990) on voit aujourd'hui "Dirty Dancing" (1987) avec de nouvelles lunettes, celles qui prennent enfin le regard et le désir féminin au sérieux. Les deux films, écrits par des femmes et non-conventionnels dans leurs codes narratifs ont partagé aussi la même galère pour avoir eu le droit d'exister. "Dirty Dancing" a eu un parcours encore plus marginal que le film de Ridley SCOTT puisqu'après avoir été refusé à Hollywood, c'est une société pionnière dans le marché de la vidéo, Vestron Pictures qui l'a produit pour une somme dérisoire avec l'idée de le garder une semaine en salles pour qu'il soit ensuite exploité en VHS. A sa sortie, si le film est devenu instantanément un phénomène planétaire, logiquement porté par la gente féminine, il a été recouvert d'une épaisse couche de mépris de la part de l'intelligentsia patriarcale de l'époque qui ne se dissipe qu'aujourd'hui.

"Dirty Dancing" est donc un film subversif et éminemment politique sous ses airs de comédie romantique inoffensive pour midinettes (ou plutôt nymphettes comme aurait dit Bernard PIVOT). Toute l'histoire est vue par le regard de Bébé alias Frances (Jennifer GREY choisie pour son physique atypique dans la lignée d'une Barbra STREISAND), jeune bourgeoise juive new-yorkaise qui va découvrir la liberté dans un club de vacances pourtant tout ce qu'il y a de plus "collet monté". C'est sans compter sur la curiosité de Bébé qui sous ses airs de jeune fille bien comme il faut est le véritable moteur de l'action du film. En allant voir ce qui se passe dans les "backrooms", elle découvre un personnel déchaîné pratiquant une danse suggestive interdite de scène. Le leader charismatique du groupe, Johnny Castle qui semble indissociable de sa partenaire de danse, Penny (Cynthia RHODES) lui tape aussitôt dans l'oeil. Et pour cause, il est joué par Patrick SWAYZE dont l'alliage rare de romantisme, de sensibilité, de grâce et de puissance physique le place dans la même catégorie qu'un Bernard GIRAUDEAU ou qu'un James SPADER ou même un Colin FIRTH lorsqu'ils étaient jeunes à savoir celle du parfait candidat pour une version live des chevaliers du Zodiaque, designés par le génial duo Shingo ARAKI et Michi HIMENO (^^). A partir de là, plus rien ne peut arrêter la tornade "BB" qui va sortir de son coin pour aller renverser la table ou plutôt la barrière de classe de par son désir affranchi, le même que celui qui anime "Lady Chatterley" (2006).

La petite révolution "Dirty Dancing" consiste:

- A substituer la sororité à la rivalité stéréotypée, celle-là même que dénoncent les actrices dans le film de Delphine SEYRIG, "Sois belle et tais-toi" (1976).

- A refuser que la vie des femmes pauvres comme Penny soient broyées par les grossesses non désirées et les avortements clandestins (le film se situe dans les années 60 où il était interdit et a été tourné pendant les années Reagan où celui-ci avait employé le mot "meurtre" pour évoquer l'IVG).

- A arracher le masque de respectabilité de l'étudiant bourgeois modèle, Robbie (Max CANTOR) en révélant son hypocrisie et son comportement prédateur attribués par le père de Bébé à Johnny, bouc-émissaire et coupable idéal dont l'estime de soi est trop faible pour qu'il puisse se défendre contre les biais de classe. Du moins jusqu'à la scène cathartique (et quelque peu autobiographique si l'on pense à l'enfance de Patrick SWAYZE où il devait se défendre à coups de poings contre les moqueries liées à sa pratique de la danse classique) où il règle son compte à Robbie.

- A aider à l'inverse Johnny à sortir de sa soumission économique et sociale, matérialisée par le moment où il refuse l'argent du mari bourgeois qui lui demande de "divertir" son épouse en dehors des cours. Une rébellion qui l'amène à sortir de la clandestinité et à s'affirmer dans la célèbre dernière scène où lui et son groupe viennent danser en pleine lumière autour de Bébé devenue reine de ce nouveau territoire libéré qui récupère son vrai prénom au passage, Frances. Pas n'importe quel prénom, un hommage direct à Frances Perkins, la première femme de l'histoire américaine à avoir siégé dans un cabinet présidentiel en tant que secrétaire au Travail sous Franklin D. Roosevelt, et l'une des principales architectes des réformes sociales du New Deal.

Le vrai sujet de "Dirty Dancing" est donc celui d'une petite révolution intime, collective et sociale: en quelques jours, l'été de Bébé fait vaciller l'ordre bourgeois, dynamite les assignations de genre, pulvérise le mépris de classe et réécrit les règles du désir. C'est ce qui le rend si éternellement jouissif.

Quarante ans plus tard, la Louise de Gustave Kervern dans "Voilà, c'est fini" (prix Jean Vigo 2026, sortie prévue le 24 mars 2027) répond en miroir inversé à Bébé. Retrouvez mon analyse croisée dans les pages de ce blog:

Lien:

https://cinepassion.over-blog.com/2026/07/personne-ne-met-louise-dans-un-coin.sauf-elle-meme-barrieres-de-classes-et-illusions-touristiques-a-travers-les-trajectoires-corporelles-de-bebe-dirty-dancing-emile-ardolino-1987-et-de-louise-voila-c-est-fini-gustave-kervern-2027.html

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Patrick Swayze, acteur et danseur par passion

Publié le par Rosalie210

Adrien Buitenhuis (2019)

Patrick Swayze, acteur et danseur par passion

J'aime beaucoup Patrick SWAYZE mais force est de constater que ce n'est pas ce documentaire de pourtant 1h26 réalisé 10 ans après la mort prématurée de l'acteur qui permettra d'en savoir beaucoup plus. On reste au stade des propos convenus et de l'hagiographie et aucune des questions que l'on peut se poser (l'origine de ses fragilités par exemple) ne trouve de réponse. Tant pis, le mystère restera entier. On se contente donc d'images de cet artiste attachant, à la fois athlétique et sensuel, viril et gracieux, sportif et sensible. Le fruit au moins partiel d'un héritage parental qui l'a conduit à devoir jongler avec ses différentes facettes dès son enfance, sa pratique de la danse classique lui valant des quolibets qui l'ont également rendu bagarreur. De même il a dû lutter contre l'industrie hollywoodienne qui voulait l'enfermer dans une image d'idole ou de sex symbol. On revoit avec plaisir des extraits des films qui l'ont rendu célèbre, de "Outsiders" (1983) de Francis Ford COPPOLA au culte "Point Break" (1991) de Kathryn BIGELOW en passant par les non moins cultes "Dirty Dancing" (1987) et "Ghost" (1990). Néanmoins là aussi, les propos restent superficiels, le film choisissant souvent les titres en fonction des copains de tournage afin qu'ils meublent le documentaire avec de petites anecdotes consensuelles. A ce jeu-là, "Point Break" (1991) qui est pourtant le sommet de sa carrière est vite expédié faute de participants. De même, on peut signaler des oublis regrettables, comme sa prestation dans la mini-série "Nord et Sud" (1985) qui a été un tournant dans sa carrière, lui ouvrant les portes d'Hollywood en plus de lui donner une aura romantique et de révéler ses talents de cavalier.

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Pleasantville

Publié le par Rosalie210

Guy Ross (1998)

Pleasantville

"C'était mieux avant, vraiment?" C'est un peu la question posée dans "Pleasantville" dont le postulat rappelle un peu celui de "Retour vers le futur" (1985). David (Tobey MAGUIRE) est un adolescent des années 90 qui s'évade, d'abord métaphoriquement puis littéralement dans une série des années 50 pour oublier un présent morose. "Pleasantville" est le nom de cette série qui se déroule dans une petite ville américaine des années 50 tout à fait comparable à Hill Valley avec ses repères rassurants, notamment sur le plan familial. David vit dans une famille encore plus dysfonctionnelle que le Marty de Robert ZEMECKIS avec une mère célibataire sur le point de se barrer pour retrouver un amant de 10 ans plus jeune. Alors voir ce qui est présenté comme un foyer idyllique avec un papa qui gagne sa vie à l'extérieur et lorsqu'il rentre à la maison trouve une maman au foyer soigneusement apprêtée qui a passé sa journée à lustrer l'intérieur et à préparer les repas le fait rêver. Mais en passant de l'autre côté du miroir, il découvre aussi l'envers du décor. David LYNCH n'a cessé de mettre en pièces le rêve américain en montrant les dessous venimeux de ces bourgades pimpantes et j'ai eu parfois la sensation au détour d'un plan de me retrouver dans "Blue Velvet" (1986) (les pompiers) ou dans "Twin Peaks" (1990) (les cookies). De fait, l'irruption de David et de sa soeur délurée Jennifer (Reese WITHERSPOON) est une expérience perturbatrice un peu semblable à ce qu'avait pu produire Elvis Presley sur l'Amérique profonde blanche et puritaine. Elle brise le conformisme et la routine ambiante en introduisant les expériences de l'ailleurs, de la sexualité, de l'altérité mais elle provoque aussi des tensions entre ceux qui embrassent ces changements, principalement des jeunes et des femmes, et ceux qui les refusent, principalement les notables de la ville et le patriarcat. L'idée la plus forte du film est de matérialiser ce clivage par la dichotomie entre le noir et blanc et la couleur. Les personnages qui se laissent "contaminer" par les émotions introduites par David et Jennifer se colorent et voient la vie autour d'eux se colorer aussi alors que les conservateurs qui veulent garder leur vision en noir et blanc tentent d'instaurer un cordon sanitaire: on voit alors parfaitement comment les choix esthétiques du film permettent d'évoquer la ségrégation raciale (la persécution des "colored people"), voire les pogroms et les autodafés. Le basculement du rêve autarcique à la dystopie cauchemardesque rappelle aussi "The Truman Show" (1998). Mais "Pleasantville" souffre d'une écriture parfois confuse et approximative dans les trajectoires de ses personnages qui brouille leur lisibilité. La fin est particulièrement déceptive de ce point de vue là.

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