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L'Affaire Bojarski

Publié le par Rosalie210

Jean-Paul Salomé (2026)

L'Affaire Bojarski

Il y avait de quoi faire un très bon film avec l'histoire de cet ingénieur polonais immigré (remarquablement joué par Reda KATEB) rejeté par la France xénophobe de l'après-guerre et qui défie les institutions (la police, la banque de France) durant 15 ans avec ses billets mieux contrefaits que les vrais. Le caractère obsessionnel de son activité pour lequel il sacrifie sa vie sociale et privée n'est pas tant une revanche sociale (l'homme agit en solitaire au fond de sa cachette) qu'un besoin viscéral d'être reconnu à sa juste valeur. En cela il trouve son double parfait de l'autre côté de la barrière, le commissaire Mattei (Bastien BOUILLON) qui va lui aussi tout sacrifier pour parvenir à capturer le "Cézanne de la fausse monnaie" qu'il va finir par admirer. Hélas si l'intrigue (qui rappelle celle de "The Brutalist") (2023) est en or, la mise en scène de Jean-Paul SALOME ressemble à celle d'un téléfilm plan-plan, linéaire et besogneux d'autant que si la reconstitution historique est soignée, aucun effort n'est fait pour rajeunir ou vieillir les personnages d'une manière tant soit peu crédible.

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Peter Falk versus Columbo

Publié le par Rosalie210

Gaëlle Royer, Pascal Cuissot (2018)

Peter Falk versus Columbo

Le titre du documentaire est bien vu avec ses deux Peter FALK en un. Celui de l'inspecteur Columbo qui l'a fait passer à la postérité dans la mémoire collective mondiale au point de disparaître derrière l'icône (dans une rare fusion acteur/personnage qui rappelle Chaplin/Charlot). Et celui de sa carrière cinématographique, bien plus riche qu'on ne croit et dont l'apogée fut atteinte avec les collaborations pour son grand ami John CASSAVETES dans "Husbands" (1970) et "Une femme sous influence" (1974). Mais en réalité, que ce soit dans l'univers de la série ou dans celui du cinéma indépendant, ce qui frappe, c'est la grande humanité qui se dégageait de ses interprétations. L'impression qu'il ne jouait pas mais était. Le documentaire montre comment il a construit ses personnages à commencer par Columbo. Comment il l'a nourri de sa personnalité, de son vécu: le regard, la posture, l'accent, les détails vestimentaires (l'imperméable fripé), les accessoires (la Peugeot 403). Le documentaire rappelle aussi combien Columbo fut révolutionnaire à l'époque tant sur le fond (un flic anti-héros désarmé et ne payant pas de mine ne comptant que sur son intelligence pour coincer les coupables, tous des gens puissants le traitant comme un larbin) que sur la forme (on apprend notamment le rôle de Steven SPIELBERG alors débutant dans le tournage du premier épisode de la série et les innovations de style qu'il a apporté). Et le coup de génie de ce documentaire est d'éclairer "Les Ailes du desir" (1987) comme un film testamentaire, une mise en abyme de sa vie et de ses rôles. On l'y reconnaît dans la rue comme étant l'inspecteur Columbo. Mais il joue son propre rôle venant à Berlin pour tourner dans un film historique sur la Shoah c'est à dire renouer avec ses racines juives ashkénaze. Le film immortalise également son talent pour le dessin. Enfin s'il a accepté de jouer ce rôle peu écrit et peu défini au départ, c'est parce qu'il lui rappelait les méthodes de tournage de John CASSAVETES qui l'avaient déstabilisé au départ avant qu'il n'y trouve un contrepoint à l'univers cadré et hiérarchique de la série.

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Les Noces rouges

Publié le par Rosalie210

Claude Chabrol (1973)

Les Noces rouges

"Les Noces rouges" est une nouvelle peinture acide des moeurs de la bourgeoisie de province, coincée entre les quatre murs de sa mentalité étriquée mais aussi du contexte de l'époque. Contrairement à d'autres personnages d'épouses de notables de l'oeuvre chabrolienne jouées par Stephane AUDRAN, Lucienne n'est pas issue de la bourgeoisie. Elle interprète une mère célibataire issue du peuple qui s'en est sortie en faisant un beau mariage (sur le papier) avec le député-maire (Claude PIEPLU, abject dans ce rôle), la contraception étant alors peu accessible et l'avortement illégal. Pierre, son amant qui est l'adjoint du maire (joué par Michel PICCOLI) est marié à une épouse neurasthénique et bigote (sa chambre est empreinte de religiosité). Bref, on sent bien la chape de plomb qui pèse sur ce couple illicite et leur besoin viscéral de liberté qui s'exprime par une passion physique dévorante. La séquence dans laquelle Pierre Maury prend la voiture pour rejoindre sa maîtresse, quittant la bourgade pour s'enfoncer dans les bois est tout à fait éloquente. Mais il n'en reste pas moins que Lucienne et Pierre ne parviennent jamais vraiment à s'évader de leur cage. Ils se comportent comme de grands ados transgressifs qui chahutent dans les fourrés ou se laissent enfermer dans les monuments patrimoniaux mais ils restent englués dans le système. Amusant d'ailleurs de constater que le désordre qu'ils laissent derrière eux est attribué à des jeunes. Inimaginable pour les notables que ce soit l'oeuvre de personnes respectables. Par conséquent, la seule manière dont Lucienne et Pierre vont envisager de conquérir leur liberté relève d'un archaïsme profond, même si encore une fois, les lois n'étaient pas celles d'aujourd'hui (le divorce par consentement mutuel n'avait pas été encore instauré par exemple) et le poids du regard social dans ces petites communes, écrasant. Comme les autres couples chabroliens, ils vont donc s'enfoncer dans le crime lors de scènes qui rappellent celles de "Juste avant la nuit" (1970) et de "Le Boucher" (1970). La route devient littéralement un piège diabolique crachant les flammes de l'enfer.

Quand j'ai écrit ma critique sur "Juste avant la nuit" (1970), je me demandais comment la jeune génération allait supporter un tel héritage de crimes et de mensonges. Claude CHABROL répond à la question dans ce film au travers du personnage atypique dans sa filmographie de la fille adolescente de Lucienne dont le prénom est ultra-symbolique dans sa filmographie: Hélène. Elle refuse que le dossier soit étouffé, elle veut faire toute la lumière pour délivrer sa mère et elle aussi par la même occasion (mère et fille ont une relation fusionnelle). Le problème, c'est que si sa mère l'aime, lui avouer toute la vérité est au-dessus de ses forces. Hélène l'obtiendra quand même cette vérité mais il y aura un prix terrible à payer.

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Hamnet

Publié le par Rosalie210

Chloé Zhao (2026)

HamnetHamnet

Les précédents "essais" biographiques sur la vie de Shakespeare m'avaient laissé une impression mitigée ("All Is True") (2018) quand je n'avais tout simplement pas détesté ("Shakespeare in love") (1998). "Hamnet" est selon moi la première franche réussite dans le genre. Il partage avec le film de Kenneth BRANAGH la même splendeur esthétique avec des décors, des lumières et des cadrages d'intérieurs qui font penser à la peinture de Vermeer. Mais à cet héritage hollandais austère vient s'ajouter le foisonnant mysticisme celtique venue de l'autrice du roman, Maggie O'Farrell qui est d'origine irlandaise. Comme dans les livres des soeurs Brontë, Agnès, l'héroïne de "Hamnet" est une sauvageonne qui vit en connexion étroite avec les forces de la nature, connaît les vertus médicinales des plantes, pratique la fauconnerie bref possède les atours de la sorcière. Il est d'ailleurs troublant de constater à quel point les traditions païennes et rurales celtes et anglo-saxonnes ressemblent au shintoïsme japonais: j'ai plus d'une fois pensé à "Mon voisin Totoro" (1988), notamment parce qu'Agnès aime se réfugier au pied d'un arbre immense dont le creux ouvre sur le monde des esprits. C'est dans ce même creux que tombait Mei, directement sur le ventre du gros Totoro. Ce creux qui symbolise le passage du monde temporel au monde spirituel est aussi celui qui relie la vie et la mort. Des frontières poreuses comme le montre toute la symbolique de l'accouchement, central dans le film. On ne compte plus les oeuvres féminines où l'héroïne accouche dans les bois de "Dans la forêt" de Jean Hegland à "Top of the Lake" (2013) de Jane CAMPION mais le film ne cesse de rappeler les dangers de ce passage pour la mère (celle d'Agnès) comme pour l'enfant (le premier souffle différé de Judith).

Car "Hamnet" va au-delà de la simple notion de passage. Il suggère fortement le principe du transvasement ou si l'on préfère celui des vases communicants. C'est frappant dans le dynamique des jumeaux qui se comportent comme les deux moitiés interchangeables d'un même être. Hamnet souhaite tellement sauver sa soeur qu'il choisit et parvient selon cette croyance quasi magique à prendre sa place au royaume des morts, montré comme une pièce cachée derrière un rideau. Car c'est à cet endroit que survient le deuxième vase communicant, celui qui permet à la nature de se transvaser dans la culture. Durant la majeure partie du film, le nom de William Shakespeare n'est jamais prononcé et son activité théâtrale à Londres est laissée hors-champ puisque l'histoire est centrée sur Agnès et leurs enfants. Il est le précepteur, le mari d'Agnès, l'Absent qui n'existe qu'en creux dans l'histoire. Jusqu'à ce que le deuil d'Hamnet ne se transvase dans la tragédie d'Hamlet (les deux noms étant également interchangeables) où Agnès, déboussolée au départ par ce monde de représentation qui n'est pas le sien finisse par retrouver spirituellement son fils à qui son mari a rendu symboliquement la vie, prenant sa place dans le rôle du fantôme jaillissant d'un décor reproduisant la forêt et son portail vers l'autre monde. Le théâtre, monde de simulacres y acquiert la même dimension spirituelle que la nature lorsque les âmes communient, effaçant la limite entre la scène et la salle comme ce dernier efface les limites entre la vie et la mort.

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L'Etranger à l'intérieur d'une femme (Onna no naka ni iru tanin)

Publié le par Rosalie210

Mikio Naruse (1966)

L'Etranger à l'intérieur d'une femme (Onna no naka ni iru tanin)

Cinq ans avant Claude CHABROL et son "Juste avant la nuit" (1970), Mikio NARUSE avait déjà adapté le roman policier de l'écrivain anglo-libanais Edward Atiyah "The Thin Line" traduit en français sous le titre "L'Etau". Méconnu en France car dérogeant à ses drames sociaux habituels, l'avant-dernier film de Mikio NARUSE démontre combien les oeuvres (réussies) peuvent résonner dans des contextes très différents. La rigidité des codes sociaux japonais s'avère tout aussi claustrophobique que ceux de la bourgeoisie française. Un monde d'apparences dans lequel chacun joue une partition bien rodée que l'on retrouve dans la plupart des films japonais de cette époque. A savoir la famille japonaise typique avec son salary man toujours occupé et sa femme au foyer servante soumise, deux bambins pourris-gâtés par la société de consommation et la belle-mère un peu commère. Ce cocon rassurant, pilier de la société japonaise est brutalement menacé d'implosion par l'irruption d'une affaire criminelle touchant de près le père de famille, Toshiro: Sayuri, la femme de son collègue et meilleur ami Sugimoto, a été retrouvée étranglée chez une amie dont elle se servait du domicile pour recevoir son amant. La suite, on la connaît: le sentiment de culpabilité écrasant de Toshiro, son besoin de se livrer et les efforts de sa femme et de son meilleur ami pour étouffer l'affaire au nom de la préservation de l'ordre social, quitte à recourir à un nouveau meurtre. Si l'on retrouve les mêmes éléments de l'intrigue que chez Claude CHABROL, le film de Mikio NARUSE a aussi des spécificités. Les scènes de confession sont amenées de manière particulièrement remarquables grâce à un changement brutal d'environnement. La première scène d'aveux se déroule au sein du foyer mais à la lueur d'une bougie au beau milieu d'une tempête et la deuxième, au bord d'un sombre tunnel alors qu'ils sont en vacances dans une station touristique. La sensation de vertige qui résulte de ces gouffres s'ouvrant brusquement sous leurs pieds rend tangible le basculement de la chronique familiale vers le film noir à relents psychanalytiques. Autre différence, l'épisode de la méningite du petit garçon de la famille qui semble refléter la menace qui plane sur l'équilibre familial et joue un rôle clé dans la mutation mentale de la vision que la mère de famille a de son rôle de "gardienne du foyer". Autre différence, contrairement à Hélène dont l'intériorité nous reste inaccessible, on entend la voix intérieure de Masako qui réalise que son mari lui a transféré son sentiment de culpabilité mais que contrairement à lui, elle n'aura personne à qui se confier. Bien que la vision des enfants jouant au loin avec les vagues soit lourde de sens.

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Juste avant la nuit

Publié le par Rosalie210

Claude Chabrol (1970)

Juste avant la nuit

Quand une maison d'architecte des années 70 devient une prison ou mieux encore un labyrinthe mental. Non ce n'est pas "Shining" (1980) mais on flirte parfois avec le fantastique dans ce qui est avant tout une plongée dans les abysses d'un humain se heurtant au conformisme bourgeois. C'est d'ailleurs aussi sa limite car en se confinant (c'est le mot) dans un petit entre-soi derrière de hautes grilles ou sur une île déserte, le film ne touche pas à l'universel comme il le faisait dans "Le Boucher" (1970) qui s'adressait à toute la société. La tragédie de Charles (Michel BOUQUET) que son sentiment de culpabilité écrase est de ne rencontrer autour de lui que des gens qui l'incitent à se taire et à oublier. Même la police qui enquête sur une affaire concernant son lieu de travail ne le soupçonne pas un instant du crime qu'il a commis. Le paradoxe de la situation est que cette "absolution" généralisée à la "Crime et Châtiment", loin d'apaiser Charles l'enfonce encore plus dans son tourment. Pourquoi ne se dénonce-t-il pas lui-même s'il a tant besoin d'être puni pour trouver la paix? Parce qu'il est à l'image de sa femme et de son meilleur ami, un bourgeois prisonnier des conventions sociales. Comme eux, il lui faut dissimuler derrière son éducation rigide des pulsions inavouables. Charles doit donc trouver une solution lui permettant à la fois de préserver son image et celle des siens tout en trouvant le repos qu'il cherche. Une solution monstrueuse où on lave son linge sale en famille et où l'on fait disparaître les fauteurs de trouble dans laquelle comme toujours sa femme est l'ultime complice d'un pacte de sang (d'ailleurs elle s'appelle Hélène et est jouée par Stephane AUDRAN comme dans "Le Boucher" (1970) et "La Femme infidele") (1968) mais qui apparaît au final parfaitement logique.

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Le mage du Kremlin (The Wizard of the Kremlin)

Publié le par Rosalie210

Olivier Assayas (2025)

Le mage du Kremlin (The Wizard of the Kremlin)

J'attendais beaucoup de ce film car l'histoire de la Russie post-soviétique est un vrai feuilleton et l'un des thèmes "stars" de l'enseignement de la géopolitique au lycée. J'ai d'ailleurs retrouvé dans le film des archives que je passe à mes élèves comme celles de la révolution orange en Ukraine ou bien des reconstitutions de ces archives comme les danses éthyliques et le discours de départ de Boris Eltsine, la phrase-choc de Poutine sur les tchéchènes que l'on ira tuer jusque dans les chiottes, son intronisation, son arrivée en moto à Novossibirsk avec "Les loups de la nuit", la mise au pas des oligarques dont certains sont cités sous leur vrai nom (Bezezovsky) et d'autres sous un autre nom (Khodorkovski) etc. hélas, la "magie" promise par le titre ne fonctionne pas. Le fait de faire jouer des russes par des américains s'exprimant en anglais, à commencer par Jude LAW dans le rôle de Poutine et Paul DANO dans celui de son conseiller donne au film un caractère hors-sol. Le point de vue adopté, celui du conseiller (un personnage fictif vaguement inspiré de Vladislav Sourkov, le théoricien de la verticale du pouvoir et d'autres concepts de la dictature poutinienne) qui livre ses souvenirs avec un journaliste américain (joué par Jeffrey WRIGHT) ne fonctionne pas davantage. On ne croit jamais que le personnage de Paul DANO ait pu tirer les ficelles de quoi que ce soit tant il est ectoplasmique. Cela rend les dialogues (envahissants) avec ses adversaires, collaborateurs, petite amie complètement creux et ce mythe du marionnettiste fait écran avec la réalité historique. Quant à la fin, elle est "grand-guignolesque" et là encore sans rapport avec les faits. On remarquera également à la longue la platitude de ce point de vue qui reprend sans le moindre recul la propagande du Kremlin. On a donc au final une suite linéaire de dialogues et de reconstitutions indigestes dans lesquelles le passage du temps se résume à changer de costume.

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La Femme infidèle

Publié le par Rosalie210

Claude Chabrol (1968)

La Femme infidèle

Bien que "La femme infidèle" repose sur un thème qui a priori ne m'intéresse guère (l'adultère bourgeois), Claude CHABROL réussit une étude de caractères d'une grande finesse. Son film, épuré à l'extrême sonde les mensonges et les non-dits du couple formé par Charles et Hélène qui arborent l'un vis à vis de l'autre une grande opacité et ne s'adressent la parole que pour des futilités. Et pourtant, chacun parvient à percer le secret de l'autre, sans bien évidemment que quoi que ce soit ne filtre à la surface. Charles (Michel BOUQUET) devine que Hélène s'ennuie et le trompe avant d'en avoir la confirmation par le biais d'un détective et Hélène (Stephane AUDRAN) devine que Charles a tué son amant avant même de découvrir sa photo dans la poche de sa veste. L'amant (joué par Maurice RONET) est le catalyseur qui revitalise le couple de Charles et d'Hélène qui était gagné par un morne ennui. Hélène redevient désirable, Charles sort de sa passivité et lui prouve par son acte l'amour qu'il lui porte. Il se le prouve également à lui-même sans doute tant la violence de son geste semble obéir à une pulsion non préméditée et tranche avec sa placidité apparente. La manière méticuleuse dont il efface les traces de son crime est un hommage direct à la scène de nettoyage de "Psychose" (1960), Claude CHABROL se permettant même de reprendre de manière jubilatoire le suspense autour de l'engloutissement du cadavre par la mare. Le meurtre de l'amant devient ainsi le secret qui lie le couple, une sorte de pacte de sang plus sacré et plus solide que ceux du mariage car reposant sur une preuve tangible et terrible: un crime. L'éloignement physique n'a alors plus d'importance car jamais ils n'ont été aussi proches.

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Le Boucher

Publié le par Rosalie210

Claude Chabrol (1970)

Le Boucher

"Le Boucher" m'a fait l'effet d'une énorme claque et me hantera longtemps. Le film navigue en permanence entre la surface faussement tranquille de sa chronique villageoise et les profondeurs de l'inconscient où se nichent les pulsions inavouables. La surface, c'est le quotidien apparemment tranquille et sans histoire d'un patelin du Périgord de la fin des années 60 avec ses petits commerces, son école, sa mairie, son église, son café, son "idiot", ses commérages, ses fêtes de mariage... on se croirait parfois dans un documentaire d'époque. Alors oui, la quiétude du village est troublée par un premier meurtre, puis un deuxième, puis un troisième mais l'argument est tout trouvé, c'est l'oeuvre d'un "vagabond"! Pas question d'admettre que le serial killer se trouve au centre du village. L'imaginaire le laisse à la porte. C'est aussi comme ça que fonctionnent Hélène David (Stephane AUDRAN) et Paul Thomas (Jean YANNE). Elle, maîtresse-femme (à tous les sens du terme) qui occupe une position d'autorité et offre aux autres le même masque impassible tout en contrôle. Lui, affable et serviable avec une attitude empreinte de bonhomie. Sauf qu'il y a anguille sous roche. Sa façon à elle d'esquiver l'intimité avec "Popaul" en s'entourant en permanence des élèves de son école. Rien que ce surnom en dit long sur la place inoffensive où elle pense (consciemment) l'avoir mis dans sa vie: celle d'un (grand) enfant. Sa façon à lui de parler de la guerre, de la mort, du sang. Avec détachement, sans aucun affect. Alors qu'il a fait deux guerres: Indochine et Algérie (thématique "taboue" brisée régulièrement par les cinéastes de la nouvelle vague). On devine qu'il y a de profondes blessures là-dessous. Des blessures, des refoulements qui ne peuvent se dire. Mais qui font leur chemin dans les profondeurs de la grotte de l'inconscient. Même au début du film, quand tout semble cordial et jovial, le gentil "Popaul" est quand même boucher de son état et manie le couteau pour trancher dans la viande avec dextérité. Et impossible d'ignorer que le surnommer ainsi pour une femme célibataire qui prétend pratiquer l'abstinence sexuelle, ça ressemble quand même furieusement à un lapsus. Logiquement, tout ça ne peut que mal finir. Pour éclairer la lanterne d'Hélène sur la véritable nature de Popaul, il y a ce briquet qu'elle lui a offert et qu'elle retrouve près d'un cadavre ("light my fire"). Seulement elle est allé trop loin dans son mensonge pour revenir en arrière et il en est de même pour lui. Donc ils continuent de jouer la comédie mais de plus en plus faux. Jusqu'à ce que l'angoisse monte en Hélène lors de scènes de suspense au tempo hitchcockien où elle tente d'empêcher le monstre d'entrer. Mais la tension est trop forte et se dénoue dans un bain de sang. On repense à Alfred HITCHCOCK qui filmait les scènes de meurtre comme les scènes d'amour et vice-versa lors de l'incroyable dérive nocturne des deux (non) amants. Jean YANNE s'y confesse dans un monologue tragique et poignant qui remue jusqu'au fond des tripes. Et à titre personnel, même si la fin ne le montre pas, j'ai eu la certitude que le destin d'Hélène était scellé: elle irait se racheter en allant le rejoindre au fond du Styx.

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Western

Publié le par Rosalie210

Manuel Poirier (1996)

Western

"Western" est un road-movie breton qui met en scène deux antihéros dont l'errance est surtout le prétexte à des rencontres et des aventures qui s'effectuent par capillarité à la manière de la célèbre comptine des trois petits chats. Paco (Sergi LOPEZ) et Nino (Sacha BOURDO) n'ont pourtant en apparence rien en commun au départ. Le premier est un rouage de la société plutôt bien loti, un VRP qui porte sur lui un certain standing social (costume-cravate et voiture). Le second est un vagabond fringué comme un clochard qui d'ailleurs commence par faucher la voiture de Paco et la marchandise qu'il y avait dedans, entraînant par ricochet le licenciement de Paco. Mais en fait, tout semble indiquer que Paco ne rêvait que de passer de l'autre côté de la barrière: le règlement de son entreprise lui interdisait de prendre un autostoppeur et s'il l'a enfreinte, n'est-ce pas parce que sa vie était vide? La suite lève les doutes. Après l'avoir retrouvé et lui avoir fichu une bonne rouste, Paco et Nino deviennent inséparables et Paco s'avère 100% disponible pour partir sur les routes et vivre la vie de bohème de Nino. Un scénario, celui de l'homme intégré qui abandonne tout pour vivre l'aventure avec des marginaux qui préfigure celui de "Sirat" (2024) (les deux films ont d'ailleurs remporté le même prix à Cannes, celui du jury!). Bien entendu "Western" est beaucoup plus modeste et n'est pas exempt de défauts. Le temps paraît quand même long sur plus de 2h et il y a pas mal de flottements. L'intrigue aurait gagné à être un peu plus resserrée. Il y a aussi des incohérences. Et cette route est quand même assez lisse. Mais les acteurs en roue libre livrent également quelques moments de grâce (comme la séquence culte "Bonjour la France" où la chemise très légère) qui rendent le film attachant.

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