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Articles avec #cinema du moyen-orient tag

L'homme voilé

Publié le par Rosalie210

Maroun Bagdadi (1987)

L'homme voilé

"L'Homme voilé" de Maroun BAGDADI est un film méconnu réalisé dans le contexte de la guerre du Liban et qui montre les répercussions de ce conflit jusqu'au coeur de Paris. Le personnage joué par Bernard GIRAUDEAU, ancien médecin humanitaire ayant fini par prendre les armes a importé le conflit en rentrant à Paris puisqu'il traque le responsable d'un massacre de civils dont il a été le témoin. Problème: celui-ci est l'amant de sa fille, Claire (Laure MARSAC) qu'il utilise comme bouclier à moins que ce ne soit Claire qui espère se rapprocher de son père en devenant la maîtresse de Kamal (Michel ALBERTINI). A ce trio vient s'ajouter le commanditaire du meurtre, Kassar (Michel PICCOLI), un rescapé du massacre réfugié à Paris qui fomente sa vengeance contre Kamal d'une manière presque aussi sophistiquée et méthodique que le comte de Monte-Cristo.

"L'Homme voilé" est ainsi un film qui à l'image de "Incendies" (2010) ou de "Taxi Driver" (1976) montre les protagonistes d'un conflit hantés par un passé qui les empêche de vivre et continue à les poursuivre dans le présent. Bernard GIRAUDEAU, à fleur de peau, est habité par son rôle de grand traumatisé qui semble avoir des années de sommeil à rattraper. Ce n'est pas le seul point commun avec le film de Martin SCORSESE, le film baigne dans une atmosphère nocturne et le caractère sanglant et toujours actif du conflit est suggéré par le choix de situer le repaire de Kamal et de sa bande dans le hangar d'un abattoir, au milieu des carcasses d'animaux. Le reste du temps, ils naviguent dans d'autres lieux communautaires que la musique de Gabriel YARED contribue également à rendre dépaysants.

Cependant, le film souffre de plusieurs gros défauts. Les dialogues sont très ampoulés et la direction d'acteurs laisse à désirer ce qui se remarque surtout au niveau des deux jeunes actrices, Laure MARSAC et Sandrine DUMAS qui semblent réciter leur texte et manifestent une certaine raideur corporelle. Plus généralement, leurs personnages d'ados parisiennes bourgeoises qui semblent se mouvoir sans difficulté dans le milieu communautaire libanais sonnent complètement faux. D'ailleurs ces deux lycéennes sont outrageusement sexualisées, le tout dans un lourd climat incestuel: Claire nue devant son père puis maîtresse de l'homme qu'il traque ce que ne manque pas d'exploiter Kassar puis Julie qui vient se donner au père de sa copine. Ca fleure bon l'époque des "nymphettes" chères à Bernard Pivot, celle où personne ne s'offusquait que Gabriel Matzneff recrute ses maîtresses à la sortie du collège. Enfin le point de vue sur la guerre du Liban est partial. Les rescapés du massacre proviennent d'un milieu bourgeois et appartiennent tous à la communauté chrétienne alors que les musulmans sont les grands méchants tueurs d'enfants. J'ai alors repensé avec nostalgie à l'intelligence d'un film comme "Les Aventures de Rabbi Jacob" (1973) où tout le monde en prenait pour son grade, les clichés attribués à chaque communauté étant tournés en dérision comme ceux que Victor Pivert attribue aux arabes sans savoir qu'il a leur chef au bout du fil, celui-ci lui répondant avec ironie: "une vraie tête d'assassin!"

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Un simple accident (Yek tasadef sadeh)

Publié le par Rosalie210

Jafar Panahi (2025)

Un simple accident (Yek tasadef sadeh)

Il s'agit seulement de la deuxième palme d'or iranienne depuis la création du festival de Cannes. La première, c'était en 1997 pour "Le Gout de la cerise" (1997) partagée avec "L'Anguille" (1997). Cette fois, Jafar PANAHI trône seul au sommet de l'Olympe, lui qui a commencé comme assistant-réalisateur de Abbas KIAROSTAMI, le réalisateur de "Le Gout de la cerise" (1997). A mon goût, c'est trop peu: Mohammad RASOULOF (pour "Les Graines du figuier sauvage") (2023) et Saeed ROUSTAYI (pour "Leila et ses freres") (2022) la méritaient tout autant. Passons.

"Un simple accident" en dépit de son titre (ou justement à cause de lui?) n'a rien de simple. Il soulève en effet plus d'interrogations qu'il n'apporte de réponses, à l'image de sa fin que l'on peut interpréter de plusieurs manières. Le film se présente comme une petite odyssée dans le huis-clos de l'habitacle d'un véhicule, un dispositif récurrent chez Jafar PANAHI, sans doute pour des raisons de discrétion, le tournage s'étant déroulé dans la clandestinité. Le simple fait que les femmes aient les cheveux découverts le prouve et on mesure le courage de ces équipes qui continuent à tourner dans leur pays en dépit de la répression. A l'intérieur de ce huis-clos, quatre victimes, le futur mari de l'une d'entre elles et leur supposé bourreau. Sauf que le rapport de forces s'est inversé: c'est le bourreau qui se retrouve à la merci de ses anciennes victimes après avoir été reconnu par l'une d'entre elles, assommé, kidnappé, ligoté et séquestré. Mais justement, rien n'est simple. D'abord, aucune ne l'a vu: toutes avaient les yeux bandés lorsqu'elles étaient entre ses mains. Seuls leurs autres sens (l'ouïe chez l'un, l'odeur chez l'autre, le toucher pour un troisième) leur indique qu'il s'agit de leur homme. Or, elles veulent des certitudes, c'est à dire des aveux. Ensuite, ces victimes n'ont rien de monolithique. Hommes comme femmes, issues de tous les milieux sociaux, célibataires ou en couple avec un panel de réactions face à la situation allant du refus de s'y confronter (du moins au départ) à la pulsion de meurtre sans autre forme de procès. Un bon moyen sans doute de démontrer que le régime opprime la société dans toute sa diversité et pas seulement les cinéastes (même si on se doute que Jafar PANAHI s'inspire de son propre vécu). Enfin, ces personnes confrontées à la tentation de la vengeance et à la réactivation de leurs traumatismes doivent également assumer la part d'humanité du bourreau à travers le sort de sa femme enceinte et de sa petite fille qui sans le chef de famille se retrouvent dans une situation de vulnérabilité totale. On le voit, le film est d'une extrême richesse, parfois très drôle lorsqu'il tourne à la satire (les flics corrompus qui ont trouvé la parade à la disparition du liquide en ayant leur propre machine à carte bleue!) et pousse le spectateur à se poser la question suivante: si j'avais été à leur place, qu'aurais-je fait?

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Mon gâteau préféré (Keyke mahboobe man)

Publié le par Rosalie210

 Maryam MOGHADDAM, Behtash SANAEEHA (2025)

Mon gâteau préféré (Keyke mahboobe man)

 

J'ai trouvé ce film magnifique par sa simplicité comme par son talent à nous faire ressentir l'intimité qui se déploie naturellement entre deux personnes âgées et esseulées qui pourtant ne se connaissaient pas quelques heures plus tôt. Une fois de plus, l'Iran parvient à nous raconter une histoire d'une portée universelle sans pour autant gommer le contexte spécifique dans laquelle celle-ci se déroule. La chape de plomb de l'intégrisme religieux est d'autant plus mal vécue par les personnes âgées qu'elles ont connu la période qui a précédé la révolution islamiste. Ainsi, Mahin se souvient de fêtes où elle pouvait se rendre en tenue décolletée et Faramarz a été emprisonné pour avoir joué d'un instrument traditionnel, le târ (une sorte de luth) avec un groupe et n'a été libéré que parce qu'il est un vétéran de guerre (il ne précise pas laquelle mais probablement la guerre Iran-Irak de 1980-1988). Le récit est centré sur Mahin car c'est elle qui en est le moteur. Insatisfaite par sa vie solitaire (des enfants vivant à l'étranger et peu disponibles, des amies vues à des intervalles trop espacés, un mari décédé), on la voit se mettre en quête d'un compagnon, d'abord dans un parc où elle ne rencontre que la sinistre police des moeurs puis dans un restaurant réservé aux vétérans et aux veuves de militaires comme elle. Elle y repère bientôt un homme seul, Faramarz qui travaille comme chauffeur de taxi et c'est elle qui l'aborde en lui demandant de la reconduire chez elle. A partir de là, le charme de cette rencontre agit tout seul comme si Mahin et Faramarz se connaissaient depuis toujours. Leur capacité à se fabriquer des bulles d'intimité et de bonheur au coeur d'un régime hostile (incarné par une voisine inquisitrice façon "oeil de Moscou") émerveille. Chaque instant qu'ils passent ensemble est une ode aux plaisirs de la vie et un défi lancé au régime: plaisir de boire du vin (et d'expliquer comment le fabriquer soi-même dans un pays qui l'interdit), d'écouter de la musique, de danser (le moment le plus enivrant du film), de renouer avec son corps et avec ses désirs, sans fausse pudeur (d'autant que Mahin ne porte pas de foulard à l'intérieur de sa maison, comme dans la réalité). Et c'est parce que les deux amoureux communient dans une intimité totale que Faramarz peut enfin se laisser aller: parce qu'il sait qu'il ne sera plus jamais seul. Bouleversant.

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Chroniques de Téhéran (Ayeh haye zamini)

Publié le par Rosalie210

Ali Asgari, Alireza Khatami (2023)

Chroniques de Téhéran (Ayeh haye zamini)

Neuf courts-métrages réunis en un seul film dénoncent le totalitarisme du régime iranien dans les aspects les plus anodins de la vie quotidienne des citoyens. La forme même du long-métrage épouse les contraintes d'un tournage clandestin où comme chez Jafar PANAHI, il a fallu ruser avec le pouvoir. Il était plus facile d'éclater le projet d'ensemble en petits fragments indépendants avant de réunir les pièces du puzzle au montage. D'ailleurs, comme dans toutes les formes de résistance à l'oppression, ceux qui tournaient dans un segment ignoraient tout des autres et du projet final. Le résultat est édifiant. Suivant un dispositif toujours identique propre aux scènes d'interrogatoires, on voit se succéder des plans-séquence où la caméra fixe est placée du point de vue de l'autorité, la dérobant à notre regard au profit de la personne interrogée. Ce qui au départ relève d'un entretien d'embauche, d'un achat de vêtements ou d'une déclaration d'état civil se transforme en inquisition, la personne investie d'une autorité en abusant de façon systématique et remettant en cause les libertés les plus élémentaires de chaque individu comme celles touchant à l'apparence, à la tenue vestimentaire, aux fréquentations, au prénom ou à la possession d'un animal. Si le dispositif peut paraître répétitif, la tension qui résulte de ce qui s'apparente à une volonté d'emprise et d'humiliation sur autrui ne se dénoue pas toujours de la même manière. Les usagers pris au piège en sortent parfois résignés. Parfois ils mentent, fuient, résistent passivement (la fillette qui répète sa chorégraphie se laisser voiler pour un essayage puis enlève tout et continue comme si rien ne s'était passé) voire retournent les armes de leurs bourreaux contre eux. Ainsi cette élève qui tient sa directrice par la barbichette en ayant en sa possession un document compromettant permettant de la réduire au silence. Parfois aussi l'interrogatoire tourne à la farce comme ces flics qui essayent de refourguer un chien qui leur cassent les pieds à une dame à qui d'autres flics ont pris le sien. Un panorama varié d'un monde arbitraire où ne règnent que les rapports de force.

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Yurt

Publié le par Rosalie210

Nehir Tuna (2023)

Yurt

L'affrontement idéologique entre islamisme et laïcité auprès de la jeunesse des pays déchirés entre plusieurs identités a quitté depuis peu les reportages d'actualité et les documentaires pour s'inviter dans la fiction. Pas vraiment en France où pourtant ce sont les contradictions entre les injonctions familiales et communautaires d'un côté et celles de l'école laïque de l'autre qui sont à l'origine des "pétages de plomb" de jeunes radicalisés comme l'a démontré dans ses livres et conférences la politologue Anne-Clémentine Larroque. Mais la Belgique a offert un éclairage saisissant avec "Amal, Un esprit libre" (2023) et également la Turquie à travers "Yurt" qui évoque la situation du pays à la fin des années 90 tiraillé entre l'héritage laïc du kémalisme et l'islamisme d'Erdogan. Le film est centré sur Ahmet, un adolescent de 14 ans issu d'un milieu privilégié. Il est inscrit dans un lycée privé mixte, élitiste et nationaliste dans lequel il apprend l'anglais et les chants à la gloire d'Atatürk mais son père, récemment converti à un islam rigoriste l'a mis en pension dans un Yurt c'est à dire un pensionnat religieux fréquenté par des garçons d'origine modeste. La propagande ne s'y limite pas aux discours mais passe par toutes sortes de brimades dont Ahmet fait les frais parce qu'il apparaît comme un intrus: riche parmi les pauvres et rebelle parmi les soumis. Il est victime de brimades aussi dans son lycée friqué, pas très bienveillant envers sa double vie. C'est ainsi que le film enrichit son approche. Il ne se contente pas de placer Ahmet au coeur d'un affrontement idéologique, il se retrouve également pris insidieusement dans une lutte des classes qui recoupe ses propres questionnements identitaires. En effet, Ahmet est avant tout un adolescent en construction dont la quête d'émancipation se heurte à l'autoritarisme du père et à l'obscurantisme du Yurt. Mais aucune répression ne peut empêcher la puberté et ses manifestations physiques alors que Ahmet connaît ses premiers émois amoureux et sexuels auprès d'une fille de sa classe du lycée privé mais aussi auprès de Hakan, l'un des pensionnaires du Yurt. Cette partition est un peu trop systématique et schématique (c'est peut-être le résultat d'un premier film plein comme un oeuf), néanmoins le moment où le film bascule du noir et blanc à la couleur quand Ahmet semble enfin prendre la tangente pour suivre ses propres désirs au lieu de ceux du père et de la société est superbe: une bouffée de liberté qui n'est pas sans rappeler "Mommy" (2014) de Xavier DOLAN.

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Les Graines du figuier sauvage (The Seed of the Sacred Fig)

Publié le par Rosalie210

Mohammad Rasoulof (2024)

Les Graines du figuier sauvage (The Seed of the Sacred Fig)

Quand le mouvement "Femme, vie, liberté" vient percuter de plein fouet une famille iranienne aisée dont le patriarche sert un système que rejettent ses filles, cela donne "Les Graines du figuier sauvage". Un immense film, un uppercut qui ne relâche jamais la tension tout au long de ses près de 3h de projection. On peut se demander comment a fait Mohammad Rasoulof pour tourner un film d'une telle ampleur et d'une telle maîtrise dans les conditions que l'on sait. Un film haletant qui m'en a rappelé deux autres: "Mustang" et "Shining" dans lesquels des enfants doivent lutter pour leur survie face à un père potentiellement meurtrier. Comme eux, il s'agit d'un huis-clos familial qui commence normalement avant de basculer dans une dimension de thriller paranoïaque puis dans l'épouvante avec des scènes finales cauchemardesques de course-poursuite labyrinthique. Le film commence par la promotion de Iman comme enquêteur au tribunal de Téhéran qui dans un premier temps met des étoiles dans les yeux de son épouse, Najmeh, laquelle semble complètement endoctrinée par le régime et le patriarcat. Comme un symbole, lorsque les événements révolutionnaires éclatent, elle les regarde par le prisme déformant de la télévision plutôt que de sa fenêtre ou comme ses filles, sur les réseaux sociaux. Les filles justement sont le grand souci de Najmeh. Elle tente de contrôler leurs fréquentations, leurs paroles, leurs accoutrements de façon à ne pas nuire à son mari mais se retrouve vite prise de court par la violence qui se déchaîne dans la rue et frappe de plein fouet une amie de sa fille aînée qu'elle accepte d'accueillir brièvement et de soigner. A partir de ce moment, Najmeh est de plus en plus tiraillée entre son mari qu'elle supplie sans succès d'être plus présent pour leurs filles et celles-ci, de plus en plus révoltées en dépit de leur confinement à la maison. C'est alors que se produit le basculement du film: l'arme de service de Iman qu'il avait déposée dans un tiroir se volatilise. Le soupçon s'introduit aussitôt au coeur de la famille, le régime s'immisçant pour procéder à des interrogatoires glaçants sur les trois femmes. Mais la pression s'intensifie aussi dans l'autre camp lorsque les coordonnées et le visage d'Iman, auteur de nombreuses exécutions sont balancées sur les réseaux (dont le rôle fondamental dans la révolte est bien souligné à l'aide d'images d'archives). Celui-ci devient un homme traqué qui sous prétexte d'aller se cacher loin de Téhéran, devient le geôlier et bourreau de sa propre famille. Mais plus l'étau se resserre, plus la résilience des femmes éclate au grand jour. Des femmes qui ne veulent plus subir et se taire en dérobant les outils de la domination masculine pour mieux s'en libérer. Des femmes qui à l'image des actrices et de nombreuses iraniennes ont envoyé au passage leur voile brûler en enfer. Le changement de ton est palpable. Fini les compromis.

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Un Héros (Ghahreman)

Publié le par Rosalie210

Asghar Farhadi (2021)

Un Héros (Ghahreman)

xcellent film en forme de conte moral et à résonance universelle, bien que profondément ancré dans la société iranienne. Le scénario est une véritable mécanique d'horlogerie qui nous entraîne avec le "héros" du titre, Rahim dont les deux jours de permission ne vont pas être de tout repos. Les premières scènes du film nuancent d'emblée le personnage par rapport à la version manichéenne que vont en donner les médias (saint homme puis affabulateur). Celui-ci est en prison pour une dette vis à vis de son oncle. Lors d'une permission, il entre en possession d'un sac rempli de pièces d'or trouvé par sa petite amie. Il tente de négocier avec son oncle le retrait de sa plainte en échange de l'or et d'une promesse de remboursement échelonné du reste de sa dette une fois qu'il aura trouvé un travail. Mais celui-ci refuse car il ne lui fait plus confiance. C'est d'ailleurs réciproque et la défiance entre les deux hommes joue un rôle clé dans le film. D'autant que les proches de Rahim ne se précipitent pas pour se porter caution. Enfin, lorsqu'il tente de vendre les pièces, il découvre que leur cours a baissé. C'est seulement à ce moment-là que Rahim décide de poser une annonce pour rechercher le ou la propriétaire du sac en omettant les détails du cheminement par lequel il y est arrivé. Deuxième arrangement avec la vérité, bien spécifiquement iranien, il fait croire qu'il a trouvé lui-même le sac pour ne pas compromettre son amie avec laquelle il n'est pas encore marié. Enfin, lorsque la propriétaire se manifeste, il est retourné en prison et c'est sa soeur qui lui remet le bien, sans prendre de précautions ni faire de vérifications. Mais comme Rahim a mis le numéro de la prison dans l'annonce (lui-même n'ayant pas droit au téléphone portable) la machine s'emballe très vite et celui-ci est réduit à l'état de pion dans un engrenage qui le dépasse. Dans un premier temps, tout le monde a intérêt à le présenter comme un héros: les dirigeants de la prison qui ont médiatisé l'affaire afin de redorer leur image ternie par des affaires de suicide. Mais aussi l'organisation caritative qui espère augmenter son audience pour récolter davantage de fonds ou les autorités qui le présentent comme un modèle pour la société. Rahim qui espère regagner l'estime et la confiance de son entourage pense alors naïvement la partie gagnée. Mais évidemment cela ne dure pas et comme en occident le poison du soupçon et de la jalousie alimenté par le complotisme des réseaux sociaux va rapidement ruiner l'édifice. Tous les manquements de Rahim vont alors se retourner contre lui lorsque la promesse d'embauche se transforme en inquisition et l'amener à "péter les plombs" et à tout perdre. Au moins aura-t-il appris à protéger son fils de la convoitise voyeuriste des médias à défaut d'avoir pu restaurer son honneur.

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Tatami

Publié le par Rosalie210

Guy Nattiv, Zar Amir Ebrahimi (2024)

Tatami

"Tatami" qui a été présenté au festival de Venise dans une section parallèle est le reflet de la coopération inédite d'un cinéaste israélien, Guy NATTIV et de l'actrice franco-iranienne Zar AMIR EBRAHIMI, récompensée à Cannes pour "Les Nuits de Mashhad" (2021). C'est un huis-clos en noir et blanc très prenant, immersif, donnant l'impression de tournage en temps réel, moins pour ce qu'il se passe sur la scène que pour ce qui se déroule en coulisses. Pendant que l'arène sportive voit s'affronter en duel les meilleures judokas pour le titre de championne du monde, les autorités iraniennes poursuivent leurs manoeuvres géopolitiques jusque dans l'enceinte du Dojo afin d'empêcher leur judokate de rencontrer la championne israélienne. Pour cela, ils veulent l'obliger à déclarer forfait, usant de moyens de pression de plus en plus brutaux, sous les yeux de la wjf (world federation judo), longtemps passive. Le spectateur voit Leila (Arienne MANDI) se battre comme une lionne sur le tatami et en même temps contre le rouleau compresseur du régime. Sa coach (jouée par Zar AMIR EBRAHIMI elle-même), elle aussi soumise à une intense pression essaye de gagner du temps, louvoyant entre une certaine résistance passive et la tentation de la reddition au grand dam de Leila ce qui rajoute un élément de tension supplémentaire. 

L'histoire est fictive mais inspirée par des faits réels survenus aux mondiaux de Tokyo qui entrainèrent la suspension de la fédération iranienne des compétitions organisées par la wjf. Le sportif iranien concerné, Saeid Mollaei avait dû s'incliner en demi-finale et en petite finale sous les menaces du régime le visant lui et sa famille afin qu'il ne rencontre pas le champion israélien. La posture officielle de Téhéran consiste en effet à nier l'existence de cet Etat. Saeid Mollaei avait fini par fuir le pays.

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Le goût de la cerise (Ta'm-e gilās)

Publié le par Rosalie210

Abbas Kiarostami (1997)

Le goût de la cerise (Ta'm-e gilās)

La première fois que j'ai vu "Le goût de la cerise" de Abbas Kiarostami, palme d'or ex-aequo avec "L'Anguille" au festival de Cannes, j'ai eu l'impression de passer à côté. J'ai d'ailleurs oublié l'intrigue. Mais je me suis aperçue avec le recul du temps qu'un image revenait à ma mémoire à chaque visionnage d'un film aux caractéristiques similaires: celle du véhicule qui serpente dans un paysage de collines arides comme une métaphore du chemin qu'emprunte l'existence jusqu'au moment où elle s'arrête. Ce que j'avais en revanche oublié, c'est l'ambiguïté de la scène inaugurale où l'on voit un homme aborder des inconnus depuis sa voiture pour les convaincre de monter à bord. Puis, pour ceux qui acceptent, la proposition "d'un travail bien payé" dont il refuse de dévoiler la nature. C'est franchement trouble et je pense que c'est l'effet recherché. Car on ressent particulièrement bien le malaise du premier des trois passagers, le jeune soldat qui croit d'abord que l'homme va juste le déposer à sa caserne et se sent au fil des minutes pris au piège au fur et à mesure que le véhicule s'en éloigne et que l'homme dévoile ses intentions après un interrogatoire de plus en plus intrusif. Même si ce que souhaite M. Badii n'est pas ce à quoi l'on pense, il s'agit bien d'un tabou dans la théocratie iranienne, quoique la condamnation du suicide soit commune à la plupart des doctrines religieuses qui font l'apologie de la vie et de la soumission à Dieu. Par conséquent l'idée de demander de l'aide à un séminariste ne peut mener qu'à une impasse, les divergences de point de vue étant irréconciliables. Cependant l'atmosphère du film change avec le troisième passager qui travaille au Museum d'histoire naturelle. Déjà parce qu'il a accepté la proposition de M. Badii lorsqu'on le découvre à la suite d'une ellipse mais aussi parce qu'il lui demande de bien réfléchir avant et de mesurer tout ce qu'il va perdre. La quête change alors de direction. Il ne s'agit plus de trouver quelqu'un pour mourir mais d'accomplir ou pas le geste fatal. Et en parfaite symbiose avec l'ode à la vie prononcée par le vieil homme, le paysage traversé se fait verdoyant, coloré et de l'eau apparaît. Le fait également que les trois hommes pris par M. Badii soient étrangers (un kurde, un afghan, un turc) n'est certainement pas innocent. Son choix final n'est pas montré, le film laissant la fin ouverte en bifurquant au dernier moment dans une tout autre direction, celle de son tournage, filmé en vidéo comme un album de famille. Une ultime dérobade qui laisse le spectateur seul avec ses questionnements.

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Il était une fois..."La Loi de Téhéran"

Publié le par Rosalie210

Pierre-Olivier François (2023)

Il était une fois..."La Loi de Téhéran"

"La Loi de Téhéran", grosse claque cinématographique de 2021 méritait bien un making-of retraçant sa genèse. Et de fait, le documentaire de Pierre-Olivier FRANCOIS qui s'inscrit dans la collection "Un film et son époque" est particulièrement fouillé. Il faut dire que la conseillère artistique du film est Asal Bagheri, enseignante-chercheuse et spécialiste du cinéma iranien dont j'ai pu apprécier la qualité des interventions lors d'une conférence consacrée à la censure dans le cinéma iranien. Elle intervient à plusieurs reprises dans le documentaire, tout comme Saeed ROUSTAEE, Payman MAADI et d'autres membres de l'équipe du film. Le documentaire, qui rappelle l'importance du cinéma en Iran, y compris depuis la révolution islamique de 1979 souligne la singularité de "La Loi de Téhéran" au sein de la production cinématographique nationale. En effet, à l'inverse du film d'auteur intimiste d'un Abbas KIAROSTAMI ou Asghar FARHADI fait pour concourir à Cannes, "La Loi de Téhéran" s'apparente à un blockbuster et reprend nombre de codes du cinéma américain grand public. Il a d'ailleurs été adoubé par William FRIEDKIN comme une sorte de "French Connection" (1971) iranien. C'est sans doute l'une des clés de son succès international. Mais il fait également un triomphe en Iran, de par son traitement réaliste et humain du fléau de la drogue gangrenant la société des Mollahs. Le documentaire fait d'ailleurs le point sur l'importance du trafic et de la consommation dans le pays qui partage une frontière avec l'Afghanistan, principal producteur mondial d'opium et d'héroïne. Le film dans lequel ont tourné de véritables drogués fait la lumière sur un phénomène ne cessant de prendre de l'ampleur en dépit de la répression du régime qui condamne à mort trafiquants et consommateurs en possession de plus de 30 grammes de drogue. C'est pourquoi le flic intègre joué par Payman MAADI ne peut tirer aucune gloire de ses succès. Quant au trafiquant, joué par Navid MOHAMMADZADEH qui a connu avec ce film une notoriété internationale méritée, il accède à une profondeur qui en fait un authentique personnage tragique.

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