Overblog Tous les blogs Top blogs Films, TV & Vidéos Tous les blogs Films, TV & Vidéos
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

Articles avec #action tag

Wargames

Publié le par Rosalie210

John Badham (1983)

Wargames

Combien d'articles prophétisent aujourd'hui le moment où la machine prendra le dessus sur l'être humain? Et bien cette crainte existait déjà il y a quarante-trois ans. Dans le film prophétique (et culte) de John BADHAM, deux univers présentés en parallèle vont finir par se percuter: celui du teen-movie et celui du thriller paranoïaque sur fond de guerre froide et de menace nucléaire. Ce qui apparaît visionnaire dans le film c'est que "Docteur Folamour" (1964) est remplacé dans la war room par une IA, version moderne du monstre de Frankenstein qui va bien entendu échapper à son créateur et à ses utilisateurs pour s'autonomiser et décider toute seule de lancer une guerre nucléaire en confondant la simulation pour laquelle elle a été programmée et la réalité. Le bug dans la machine, c'est un lycéen geek ultra précoce puisqu'il possède déjà un PC (une machine alors encore rare) connecté à un réseau (qui prendra le nom d'internet quelques mois après la sortie du film) et le savoir-faire d'un hacker. Et on y croit d'autant plus aujourd'hui que cet ado a le visage de Matthew BRODERICK âgé alors de 20 ans que le cinéma a immortalisé quelques années plus tard dans "La Folle journee de Ferris Bueller" (1986) où il déploie une impressionnante palette de bricoleur pour se jouer du système scolaire. Sauf que dans "Wargames", ses talents informatiques pour falsifier les notes afin de séduire la copine du lycée sont très vite mis à l'épreuve dans jeu d'une tout autre envergure. David se retrouve connecté avec Joshua, l'ordinateur qui pilote les opérations militaires d'une armée qu'une introduction a montré sur les dents, prête à dégainer son protocole nucléaire à la moindre alerte et ne supportant pas le facteur humain dans l'équation, cette hésitation à déclencher l'anéantissement de millions de personnes. Une manoeuvre malheureuse à une époque où les questions de cybersécurité ne semblaient pas se poser (visiblement Ronald Reagan aurait pris très au sérieux la menace évoquée dans le film et élaboré dès 1984 la première politique visant à sécuriser les systèmes informatiques), et voilà que David lance une partie qui va s'emballer jusqu'au point de non-retour. Le fait que l'ordinateur ait un nom et pas n'importe lequel, celui du fils disparu de son concepteur, Stephen Falken (John WOOD) renvoie encore une fois à cet imaginaire de la confusion entre la machine et l'humain, de "Pluto" (2023) à "A.I. Intelligence artificielle" (2001). Néanmoins dans "Wargames", les ados sont des humains et ils ont bien raison de craindre pour leur avenir. Mais ils représentent également l'espoir d'un monde plus juste. La machine n'exonère pas de ses responsabilités. Parce qu'il a perdu son fils, Falken est devenu misanthrope et nihiliste. L'irruption des deux ados dans sa vie l'oblige à se réengager dans le futur de l'humanité alors que sortie des fantasmes, la machine s'avère être un simple outil qui peut être modifié par l'apprentissage. David donne une leçon à tout le monde en trouvant la seule solution permettant d'arrêter le compte à rebours fatal de la machine. L' obliger d'abord à jouer contre elle-même au morpion pour lui faire comprendre ce qu'est un jeu à somme nulle. Puis une fois qu'elle a intégré dans son logiciel qu'un jeu peut être dépourvu de vainqueur, l'obliger à tester toutes les combinaisons possibles de son jeu de guerre thermonucléaire afin de lui faire réaliser qu'elle arrive à la même situation de blocage, les adversaires se neutralisant mutuellement. La machine conclut alors que la seule manière de gagner est de ne pas jouer ce qui est exactement la définition de la dissuasion nucléaire.

Voir les commentaires

Les Contrebandiers de Moonfleet (Moonfleet)

Publié le par Rosalie210

Fritz Lang (1955)

Les Contrebandiers de Moonfleet (Moonfleet)

"Ô petit gars, prend garde à toi, sois courageux, tu connaîtras, mille tempêtes, mille naufrages, avant d'atteindre ton rivage": cet extrait du générique en VF de la série "L'île au trésor" réalisée par Osamu DEZAKI m'est revenu en mémoire tant John Mohune et Jim Hawkins sont des figures emblématiques du récit d'apprentissage et d'aventures. Deux orphelins innocents plongés dans un monde corrompu, sombre et violent qui se trouvent un mentor et un père de substitution auprès d'une figure charismatique de hors-la-loi. La quête d'un trésor caché vient parachever les similitudes entre deux oeuvres qui brouillent les frontières entre le bien et le mal. C'est d'autant plus vrai dans "Les contrebandiers de Moonfleet" qu'il n'y a aucun adulte positif. Cela vaut aussi bien pour la haute société incarnée par le couple de nobles décadents joués par George SANDERS et Joan GREENWOOD que pour les représentants de l'autorité avec Maskew (John HOYT), la justice officielle étant souvent la bête noire de Fritz LANG ou encore les contrebandiers totalement immoraux qui accompagnent Jeremy Fox (Stewart GRANGER). Ce dernier, "l'élu" de John désigné par sa mère ne peut pas être totalement mauvais. Mais c'est un homme trouble, ambigu menant une double vie d'aristocrate débauché le jour et chef des contrebandiers la nuit (non, ce n'est ni Bruce Wayne, ni Peter Parker!). De fait, sa mélancolie transparaît dès la lecture de la lettre de la mère de John. Plus tard on découvre qu'il conserve dans son dos les cicatrices de l'attaque qu'il a subi lorsque les parents de la mère de John ont lâché les chiens sur lui (la hantise du lynchage qui hante toute la filmographie de Fritz LANG). On comprend que son apparence lui a permis d'infiltrer la noblesse et de prendre une revanche sociale sur ceux qui l'ont humilié. John Mohune par son innocence et sa foi en lui devient un miroir à travers lequel Fox peut se racheter une virginité mais chez Fritz LANG cela passe par son sacrifice. "Le contrebandiers de Moonfleet" est ainsi un récit d'aventures en couleur infiltré par les codes du film noir: brouillard, nuit, cauchemars, cadres oppressants qui écrasent les personnages, héros ambivalent et désabusé hanté par son passé, mal qui s'infiltre partout et issue fatale.

Voir les commentaires

Le Prince et le pauvre (The Prince and the Pauper)

Publié le par Rosalie210

Richard Fleischer (1977)

Le Prince et le pauvre (The Prince and the Pauper)

Je me souviens vaguement avoir découvert "Le prince et le pauvre" avec une version Disney du roman de Mark Twain dans laquelle Mickey jouait les deux rôles principaux au début des années 90. La version de Richard FLEISCHER lui est antérieure puisqu'elle date de la fin des années 70. Le projet s'inscrit dans la foulée du succès des films de Richard LESTER adaptés du roman de Alexandre Dumas "Les Trois mousquetaires" (1973) et ses suites. Une partie du casting est d'ailleurs identique puisqu'on retrouve dans "Le prince et le pauvre" Raquel WELCH, Charlton HESTON et Oliver REED. Richard FLEISCHER qui était alors en fin de carrière met son savoir-faire technique au service d'une commande dont il tire un film très soigné visuellement avec quelques touches satiriques plutôt bien senties mais trop éparses, tant on sent que le scénario a été peu travaillé. Autre problème, Mark LESTER qui joue le double rôle principal a beau être très photogénique (avec un petit air de Bjorn ANDREESEN à l'époque de Tadzio), son jeu est stéréotypé et lassant. Il a du mal à faire exister ses deux personnages, se faisant largement éclipser par "l'ogre" Oliver REED qui est quant à lui excellent. Enfin, si l'adaptation de Dumas chez Richard LESTER laisse transparaître la période flower power durant laquelle le film a été réalisé, celui de Richard FLEISCHER semble tout droit sorti des sixties avec sa recette de comédie de cape et d'épée estampillée âge d'or d'Hollywood qui en 1977 était complètement obsolète.

Voir les commentaires

Thomas Crown (The Thomas Crown Affair)

Publié le par Rosalie210

John McTiernan (1999)

Thomas Crown (The Thomas Crown Affair)

D'ordinaire, l'original est meilleur que la copie. Mais dans le cas de Thomas Crown, c'est l'inverse. La copie est meilleure que l'original. Le film de Norman JEWISON a beau être culte, il est dévoré par les tics et les clichés. Celui de John McTIERNAN s'amuse avec le film d'origine tout en le dépoussiérant. Les hommages sont multiples allant de la reprise de la chanson-titre "Les moulins de mon coeur" composée par Michel LEGRAND à l'apparition de Faye DUNAWAY dans le rôle de la psychanalyste de Thomas Crown. Même Pierce BROSNAN dans le rôle-titre est un hommage car le premier choix pour incarner le personnage en 1968 était Sean CONNERY, Thomas Crown ayant plusieurs points communs avec James Bond (l'élégance, le raffinement, le goût de l'aventure). Enfin le film conserve son caractère de polar ludique hérité de Alfred HITCHCOCK et l'accent mis sur le marché de l'art et en particulier celui des tableaux de maître renforce le lien avec "La Mort aux trousses" (1959) (pour rappel Eva Marie SAINT était la première star pressentie pour jouer Vicki). Mais John McTIERNAN qui est assez prodigieux dans les mises en scène d'escape game nous propose une nouvelle partie à l'intérieur d'un musée qui préfigure le revival de "Lupin : dans l'ombre d'Arsene" (2020) avant de se manifester dans le monde réel avec le tout récent casse du Louvre. John Mc Clane n'étant pas assez classe pour de tels lieux, il est remplacé par le célèbre milliardaire blasé en quête de sensations fortes. Plus que le jeu de séduction avec Rene RUSSO qui n'apporte pas grand-chose de plus à l'original, c'est la virtuosité du spectacle d'illusionnisme offert par les toiles de maître qui donne au réalisateur ses plus brillantes idées de mise en scène. La séquence des chapeaux melon est tellement virtuose et jubilatoire qu'elle est devenue culte à son tour et ajoute une pierre à l'édifice bien garni des oeuvres de René Magritte qui ont inspiré le cinéma. Par-delà ce jeu d'illusionnisme, le "fils de l'homme" devient une métaphore de Thomas Crown lui-même qui en possède une copie même si la scène de démultiplication fait également penser à "Golconde". Ces tableaux dressent le portrait d'un homme sans identité qui se nourrit du désir des autres comme le montre le vol du tableau de Monet "Saint-George-Majeur au crépuscule". Ce n'est pas parce qu'il lui plaît qu'il le vole mais à cause de la valeur pécuniaire que les autres lui accordent, supérieure à celle de toutes les autres oeuvres du musée. Il en va de même avec le Manet qu'il vole juste parce qu'il plaît à la femme dont il est amoureux. A travers ces tableaux, c'est aussi à une mise en abyme que nous invite John McTIERNAN puisque le jeu entre original et copie est tel qu'il déborde même du film, toutes les oeuvres représentées possédant des doubles, des homonymes ou des variantes dans la réalité ce qui est renforcé par des dialogues qui entretiennent volontairement la confusion sur leurs titres et leurs auteurs. Quant aux versions que l'on voit dans le film, ce sont toutes des copies conservées dans un musée imaginaire créé spécialement pour le tournage* d'un film qui par son caractère réflexif rappelle qu'il est lui-même la déclinaison d'une oeuvre originale.

* A ce propos, je recommande l'article de Jean-Philippe Trias, "Le musée imaginaire de Thomas Crown" dans l'ouvrage collectif Muséoscopie, fictions du musée au cinéma édité aux Presses universitaires de Nanterre en 2022. Un chapitre est également consacré à Alfred HITCHCOCK.

Voir les commentaires

Histoires de fantômes chinois (Sien lui yau wan)

Publié le par Rosalie210

Siu-Tung Ching (1987)

Histoires de fantômes chinois (Sien lui yau wan)

Quiconque s'intéresse au cinéma de Hong-Kong et de façon plus générale à la culture asiatique sera comblé par ce classique devenu culte qui ressort en version restaurée le 10 décembre avec les deux autres volets de la trilogie. "Histoires de fantômes chinois" se situe au croisement exactement de deux grandes traditions du film chinois. D'une par le genre du wu xia pian, inspiré des films de sabre japonais mais qui mute à Hong-Kong en devenant beaucoup plus esthétique, chorégraphié et aérien. Le jeu sur les voiles, rubans et autres draperies (du côté du bien) combiné à des branches, chevelures, langue géante ou tentacules (du côté du mal) dans le film est étourdissant. Et de l'autre, une plongée dans le très riche répertoire des créatures surnaturelles asiatiques dont on pouvait avoir un aperçu dans l'exposition "Enfer et fantômes d'Asie" au musée du quai Branly en 2018. S'y ajoute une histoire d'amour impossible entre le héros et une femme-fantôme (tous deux sublimés à l'écran) et des éléments burlesques, notamment dans la manière dont le héros parfaitement candide parvient à échapper d'un cheveu aux monstres qui hantent le temple où il passe la nuit. Monstres de carton-pâte animés par la technique du stop-motion. L'ensemble forme ce que l'on appelle la "Ghost kung-fu comedy" et on comprend le choc que cela a dû représenter à l'époque pour le spectateur occidental habitué au cinéma hollywoodien de voir débarquer ce cinéma à grand spectacle basé sur des codes exotiques, même si le film s'inspire aussi de l'épouvante à l'occidentale, "Evil Dead" (1981) en particulier avec sa cabane hantée dans les bois embrumés. Et les incantations religieuses faisant fuir les démons, de même que la lumière du soleil leur brûlant la chair ne sont pas sans rappeler le folklore autour des vampires (crucifix, ail, aube).

Voir les commentaires

Une bataille après l'autre (One Battle After Another)

Publié le par Rosalie210

Paul Thomas Anderson (2025)

Une bataille après l'autre (One Battle After Another)

Brillant, haletant et tellement pertinent: en un mot comme en cent, j'ai adoré! Il est vrai que jusqu'ici j'ai adhéré en gros à un film sur deux réalisé par Paul Thomas ANDERSON. J'ai surtout aimé ses films intimistes si justes et originaux mais celui-ci combine à la perfection une histoire tout aussi intimiste avec des enjeux politiques et sociétaux ultra contemporains tout en offrant du très grand spectacle. Le film est très riche et offre une radiographie saisissante de l'Amérique d'aujourd'hui en proie à une guerre civile larvée entre un petit groupe d'activistes d'extrême-gauche, "French 75" (il paraît que c'est le nom d'une arme française mais je ne peux m'empêcher d'y voir un hommage à la Révolution Française), les forces de l'ordre sévissant dans un pays en plein raidissement réactionnaire et autoritaire et enfin un groupe de suprémacistes blancs néo-nazi qui utilise même la chambre à gaz et le crématoire pour éliminer ses éléments "impurs". Comme dans toutes les guerres, ce sont les enfants qui trinquent et bien entendu sans avoir rien demandé. C'est ainsi que Willa, 16 ans (Chase INFINITI) hérite de toutes les fractures de cette Amérique et se retrouve au coeur d'une bataille dont son existence est l'enjeu, obligée de se cacher avec son père sous une nouvelle identité (on pense à "A bout de course") (1988). Cette jeune fille combattante, énergique et farouche est de la trempe d'une Tui (la très jeune héroïne de "Top of the Lake") (2013) ou encore d'une Lale, la toute aussi jeune héroïne du non moins haletant "Mustang" (2014). Elle a de qui tenir puisque ses parents biologiques sont des combattants issus des deux camps opposés. Mais Paul Thomas ANDERSON dégonfle la baudruche. Sa mère, Perfidia (Teyana TAYLOR), une sorte de Grace JONES dominatrice s'est évaporée de la circulation après avoir trahi son camp et son père (excellent Sean PENN) est un colonel cachant ses penchants sexuels SM inavouables en s'affiliant au suprémacisme blanc et en traquant la gosse métisse qui pourrait le trahir. Willa n'a que son père adoptif auquel se raccrocher justement peut-être parce que celui-ci est dépeint comme l'antithèse absolue de ces gros bras musclés abritant des ensembles vides. Leonardo DiCAPRIO ressemble à s'y méprendre à Jeff BRIDGES dans le rôle de Jeffrey Lebowski. Autrement dit un loser traînant en robe de chambre et au cerveau grillé par la dope. Cela donne des scènes drolatiques comme celles où il ne parvient pas à se souvenir du mot de passe qu'un membre tatillon du groupe révolutionnaire lui demande sans cesse. Heureusement qu'il est épaulé par "Sensei" Sergio, le maître de karaté de sa fille d'origine mexicaine (Benicio DEL TORO) qui offre un refuge à ses compatriotes pourchassés par les forces de l'ordre anti-immigrés tandis que les "French 75" les aident à s'évader des centres de rétention où ils sont parqués. Le choix de montrer la générique de "La Bataille d'Alger" (1965) qui dépeint une guerre asymétrique entre l'armée d'un Etat colonisateur et une guérilla autochtone essayant de conquérir son indépendance est tout sauf anodin.

J'ajoute que comme dans "Licorice Pizza" (2021), Paul Thomas ANDERSON confie des clés de voiture à ses héroïnes féminines pour des virées inoubliables et immersives incroyables, qu'elles soient en marche arrière ou en mode course-poursuite sur des routes toutes en bosses et de creux ce qui entraîne une tension constante au fur et à mesure que les voitures disparaissent et réapparaissent.

Voir les commentaires

Heat

Publié le par Rosalie210

Michael Mann (1995)

Heat

"Je suis ce que je pourchasse": cette phrase prononcée par Vincent Hanna le policier (Al PACINO) est la clé de "Heat". Elle le définit comme le miroir ou la face B ou encore le revers de la médaille ou le Yang de Neil McCauley, le truand (Robert De NIRO). Le fait de faire interpréter les deux personnages par deux légendes du cinéma qui ne s'étaient jamais donné la réplique dans un film mais avaient interprété vingt ans auparavant dans "Le Parrain, 2e partie" (1974) deux personnages liés par le sang mais séparés par le temps renforce cette impression de dédoublement. Le professionnalisme de ces deux hommes qui sacrifient tout à leur job créé un drame de la solitude et de l'échec qui donne au film sa vibration mélancolique. Le final en forme de cache-cache sur le tarmac d'un aéroport scandé par le fracas et les lumières aveuglantes des atterrissages n'est pas seulement virtuose en terme de mise en scène. Il atteint la dimension d'un requiem. Dans "Heat", l'éternelle histoire des gendarmes et des voleurs prend des accents shakespeariens comme dans "Le Parrain" (1972). Le braquage parfaitement exécuté mais raté au final en raison d'une erreur fatale de casting a des allures de compte à rebours pour Neil qui s'offre une dernière échappée romantique sans issue avant le grand plongeon. Quant au troisième mariage de Vincent, on peut mesurer son état à celui dans lequel termine sa belle-fille jouée par une Natalie PORTMAN encore adolescente. D'ailleurs et c'est à souligner, la réussite du film de Michael MANN s'explique aussi par un aspect souvent passé sous silence en raison du rayonnement des deux acteurs principaux: aucun personnage secondaire n'est négligé, ils ont tous une épaisseur humaine qui les rendent attachants, même lorsqu'ils ont peu de temps à l'écran ou qu'ils jouent des personnages peu recommandables à l'exception notable de Waingro le psychopathe et de son commanditaire ripoux Van Zant. On pense par exemple à Val KILMER qui joue Chris un personnage qui pourrait être comme un fils ou un petit frère pour Neil mais qui a lui-même une femme et un enfant qu'il met en danger par ses actes. Et alors que Charlene n'apparaît que dans peu de scènes, son rôle reste dans les mémoires parce qu'elle est montrée comme tiraillée entre le souci de protéger son petit garçon et les sentiments qu'elle porte à Chris et qu'elle ne veut pas trahir. La durée du film est ainsi pleinement justifiée dans ce qui s'apparente (encore une fois comme "Le Parrain" (1972)!) à un opéra tout en bleu et noir dans lequel chasseur et chassé, si loin mais si proches communient un bref instant avant d'être séparés à tout jamais.

Voir les commentaires

The Killer

Publié le par Rosalie210

John Woo (1989)

The Killer

J'ai découvert l'existence de "The Killer" il y a près de 10 ans lorsque j'ai assisté une conférence sur les influences du film "Sparrow" de Johnnie To, un autre cinéaste hongkongais. Parmi ces influences figure "Le Samouraï" de Jean-Pierre Melville dont le moineau devient le titre du film de Johnnie To. Et c'est ce même "Samouraï" à qui John Woo a voulu rendre hommage en donnant au tueur à gages élégant le même prénom que celui joué par Alain Delon dans le film de Jean-Pierre Melville: Jeff* ("Ah-Jong" pour les locaux). Cependant, autant le polar de Jean-Pierre Melville est froid, sec et épuré, autant celui de John Woo est baroque, grandiloquent et sentimental. Comme dans d'autres films asiatiques, le mélange des genres y est constant et brutal avec des scènes de fusillade sanglantes filmées au ralenti, remarquablement découpées et chorégraphiées avec virtuosité (quel sens de l'espace!) alternant avec d'autres mélancoliques et introspectives ou d'un romantisme flamboyant. Quel que soit le genre, on remarque que Woo n'a pas peur de faire couler des torrents de sang et de larmes. Mais la conclusion est identique au film de Melville: la relation entre la chanteuse et le tueur à gages est vouée à l'échec.

Dès les premières images dans une église catholique qui sera aussi le théâtre du dénouement, le sujet du film est posé: il sera question de rédemption. Celle de Jeff (Chow Yun-fat) qui veut raccrocher les gants. Le personnage est à lui tout seul un tueur professionnel redoutable, un chevalier blanc jusque dans son costume, un homme qui obéit à un code d'honneur et un personnage christique. Son parcours va lui faire rencontrer un autre homme d'honneur, l'inspecteur Li Ying (Danny Lee) avec qui il va nouer une amitié, les deux hommes se surnommant "Mickey et Dumbo". Comme les pickpockets gentlemen de "Sparrow", les actions de Jeff sont altruistes: il s'agit de sauver les victimes collatérales des fusillades entre gangs comme une petite fille qui faisait des pâtés de sable sur la plage ou encore une chanteuse blessée à la tête et menacée de cécité.

Nul doute que "The Killer" a inspiré à son tour nombre de cinéastes, américains pour la plupart. A commencer par Tarantino avec le personnage de Samuel L. Jackson dans "Pulp Fiction" qui renonce à la violence après avoir été touché par la grâce. Ou encore la saga "Matrix" qui n'a jamais caché ce que ses scènes d'action chorégraphiées comme des ballets devaient aux maîtres asiatiques. Ou enfin Michael Mann dans "Heat" dans lequel un flic et un tueur nouent un lien d'estime et de respect mutuels.

 

* Il existe d'ailleurs un documentaire de référence sur la filiation entre le héros melvillien et les cinéastes asiatiques, "In the mood for Melville". 

Voir les commentaires

Lupin: dans l'ombre d'Arsène

Publié le par Rosalie210

George Kay (2020)

Lupin: dans l'ombre d'Arsène

Je regarde peu de séries mais j'avais adoré "Sherlock" (2010) alors pourquoi pas une transposition à notre époque d'un autre mythe littéraire, Arsène Lupin? (qui d'ailleurs croise le détective anglais dans l'oeuvre de Maurice Leblanc) On ne pourra jamais assez louer les vertus de cette démarche qui permet de transmettre aux jeunes générations une oeuvre patrimoniale, encourage à lire et donne envie de fréquenter la salle de lecture Labrouste de la BNF dont la section Lupin dans la série finit par se retrouver surpeuplée par des fans pour la plupart étudiants! Et puis, coup de génie qui se traduit dans le succès international de la série, le fait d'avoir non seulement donné un coup de jeune à l'histoire et de l'avoir située dans les plus beaux lieux de Paris mais d'avoir confié le rôle principal à Omar SY qui est une star de renommée mondiale. "Lupin" a donc réussi l'exploit d'abattre nombre de barrières: générationnelles, linguistiques, culturelles mais aussi ethniques ce qui donne à la série une portée universelle en phase avec les idéaux des Lumière. C'est peu ou prou le même cocktail qui avait fait de la cérémonie d'ouverture des JO en 2024 un événement marquant à la résonance également mondiale. On voit donc qu'à l'inverse du cinéma hexagonal très frileux quand il s'agit de s'ouvrir à la diversité, les productions culturelles françaises conçues pour le marché mondial ("Lupin" est distribué par Netflix qui est présente dans plus de 190 pays!) mettent sur le devant de la scène leurs stars d'origine immigrée. Par un effet boomerang, la population française issue de la diversité peut s'identifier à des héros ou des lieux dépeints à l'origine comme "blancs" mais qui en réalité sont universels.

Un des aspects les plus jouissifs de la série aux accents de revanche sociale est d'ailleurs la manière dont Assane Diop joue de son identité (elle-même multiple puisqu'il est un transfuge de classe comme son interprète) en exploitant les préjugés de la société française pour les retourner à son avantage. Par exemple on le voit à plusieurs reprises se déguiser en agent d'entretien, préposé au vestiaire, jardinier ou livreur pour infiltrer les lieux à voler, tous fréquentés ou détenus par la haute société qui ne fait pas attention à lui: "on me voit mais on ne me regarde pas". Dans le dernier épisode de la saison 3 où il dupe un colonel en se faisant passer pour son ancien guide au Tchad, il ironise sur le fait qu'il ne le reconnaît pas en citant ses propos "vous avez dit vous-même qu'ils se ressemblent tous" et avec sa mère sur le fait qu'il y a plus invisible encore qu'un homme noir de 40 ans, une femme noire de 60 ans. Ce n'est pas le seul épisode qui égratigne la France, celui dans lequel un de ses complices infiltré au sein de la BRI (Pierre LOTTIN) dit qu'empêcher le vol de la perle noire est une question d'honneur pour la France entre en résonance avec le récent vol de bijoux au Louvre qui a été perçu comme une humiliation nationale.

Au final, la série, très divertissante, pleine d'allant et de charme se suit avec un grand plaisir. Le casting d'ailleurs a eu l'air de se régaler (même Ludivine SAGNIER retrouve un peu son espièglerie passée) même si question vraisemblance il faut avaler d'énormes couleuvres et même si j'ai trouvé la troisième saison plus faible que les deux premières, centrées sur une vengeance à la Monte-Cristo. D'autre part l'alternance systématique du présent et de flashbacks sur la jeunesse du héros, sa formation et ses motivations (venger son père puis sauver sa mère) deviennent assez lourdes à la longue.

Voir les commentaires

Vera Cruz

Publié le par Rosalie210

Robert Aldrich (1954)

Vera Cruz

Jeu de dupes autour d'un trésor que tout le monde veut s'approprier, "Vera Cruz" est un western novateur qui se situe à la jonction du western classique et du western déconstruit des années 60 en Europe et 70 aux USA. On peut s'amuser par exemple à relever tout ce que les films de Sergio LEONE ont emprunté à celui de Robert ALDRICH: des acteurs typés comme Jack ELAM ou Charles BRONSON qui joue déjà de l'harmonica mais aussi la révolution mexicaine en toile de fond, un regard nihiliste sur l'humanité et un ton mi-goguenard, mi-cynique n'épargnant rien ni personne et surtout pas les dirigeants sur les costumes desquels on s'essuie désormais les doigts. Le western classique s'incarne principalement dans le personnage joué par Gary COOPER qui va aussi loin qu'il lui était possible d'aller sans se renier. Alors il joue un mercenaire certes qui s'acoquine avec les pires fripouilles et court après le fric mais qui conserve sa dignité et une certaine fidélité à un code d'honneur pourtant disparu dans les gravats de la guerre de Sécession que son camp a perdu. A l'inverse de ce chevalier blanc mais sans le sou, Burt LANCASTER donne l'impression de se lâcher dans son rôle de chef de bande cradingue physiquement et moralement mais dont le sourire carnassier inimitable et les prouesses physiques éblouissent. Les deux hommes que tout oppose hormis leurs talents de tireur et leur besoin d'argent s'associent et se défient pour convoyer un chargement d'or à bon port, non sans arrière-pensées alors que les alliances autour de ce chargement ne cessent de se faire et de se défaire. Un chaos anarchisant qui tire ce western vers le film d'aventures puis vers le film de guerre notamment lors d'une séquence finale mémorable où finalement la cause mexicaine l'emporte et le "bon, sur le "truand".

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 20 > >>