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Poussière dans le vent (LIAN LIAN FENG CHEN)

Publié le par Rosalie210

Hou Hsiao Hsien (1986)

Poussière dans le vent (LIAN LIAN FENG CHEN)

"Poussière dans le vent" est un beau titre poétique qui évoque l'impermanence, comme ceux du cinéaste japonais Mikio NARUSE. De fait, cette évocation de la jeunesse de NIEN-JEN Wu, le scénariste de HOU Hsiao-Hsien est tout à fait "dans le vent" de ses autres récits intimistes et souvent autobiographiques. Le film raconte l'histoire de deux jeunes gens, Huen et Wan originaires d'un village minier qui partent travailler à Taipei. Elle est employée dans la confection, lui enchaîne les boulots précaires, principalement comme coursier. D'ailleurs une scène du film, celle où on lui vole sa moto rappelle fortement "Le Voleur de bicyclette" (1948). Une parenté logique car le nouveau cinéma taïwanais s'est construit en réaction au cinéma de studio et il est assez clair qu'ils ont été influencés par le néoréalisme italien: tournage dans la rue, en lumière naturelle, avec des acteurs peu ou pas connus voire non-professionnels et surtout le traitement de ce vol est identique à celui du film de Vittorio DE SICA. Il s'inscrit dans la banalité d'un quotidien qui broie l'individu. La tragédie de "Poussière dans le vent" est d'autant plus invisible que HOU Hsiao-Hsien filme ses personnages comme des grains de sable perdus dans des paysages trop grands pour eux. La scène de la gare par exemple où un homme tente d'abuser de la crédulité de Huen qui ne connaît que son village pour lui voler ses affaires fait penser au cinéma des frères Lumière de par sa fixité, sa profondeur de champ, sa diagonale. Idem avec le village minier, toujours filmé à partir du même angle, indifférent à ce qui se joue dans son "cadre". Cette tragédie invisible, c'est l'amour entre les deux jeunes gens qui s'effrite sous la pression du réel, le déracinement, la précarité, la dureté des rapports sociaux. Wan qui agit au début de manière chevaleresque en volant au secours de Huen à la gare est licencié car dans la lutte, il a perdu le repas de l'enfant à qui il devait livrer son repas. Normal que face à une telle injustice, il finisse par devenir cynique et par être tenté à son tour par la délinquance lorsque son outil de travail est volé. La tragédie invisible, c'est aussi celle de la perte de l'innocence et de l'intégrité dans le bain d'un monde corrompu qui ne laisse pas le choix. Mais ce qui brise définitivement le lien entre les deux jeunes gens, c'est quand Wan doit partir pour faire son service militaire de trois ans. Au vu de la scène de la gare, on comprend que Huen ne pourra pas rester longtemps sans protecteur d'autant qu'elle est pauvre et qu'elle subit la pression sociale de son entourage. Un scénario de rupture par l'absence qui ressemble énormément à un autre courant auquel on pense, celui de la nouvelle vague et plus précisément au film de Jacques DEMY, "Les Parapluies de Cherbourg" (1964). Le style est totalement différent mais la structure émotionnelle est identique.

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Taipei Story (Qīngméi zhúmǎ)

Publié le par Rosalie210

Edward Yang (1985)

Taipei Story (Qīngméi zhúmǎ)

"Taipei Story", le deuxième film de Edward YANG avec HOU Hsiao-Hsien dans le rôle principal n'est sorti chez nous qu'en 2017, soit 32 ans après sa réalisation. Comme pour d'autres pépites du patrimoine mondial, le salut est venu de la fondation Martin SCORSESE qui l'a restauré.

Ce film, typique de la nouvelle vague taïwanaise peut être assez déconcertant pour un spectateur non averti. Il est lent, contemplatif, sans véritable intrigue et ne donne pas les clés pour comprendre immédiatement les personnages et les enjeux. Il faut donc s'armer de patience mais cela en vaut la peine. La crise d'identité perceptible dans d'autres films de Edward YANG est ici centrale, même si elle habite aussi la décoration (objets Pepsi ou Charlot, photos de Catherine DENEUVE, Alain DELON, Romy SCHNEIDER ou Marilyn MONROE). Le film ressemble à un grand trou noir, celui de la colonisation japonaise puis du rêve américain qui auraient aspiré la vie des personnages et n'auraient laissé que du vide. C'est d'ailleurs sur un appartement vide que s'ouvre le film, celui que l'on pense être destiné à la vie de couple entre Chin et Lung. Sauf que lui s'apprête à partir pour l'Amérique, laissant Chin l'habiter seule. Enfin, habiter est un bien grand mot. Durant tout le film, Chin erre entre son appartement qui l'isole, la boutique de tissus de la famille de Lung où s'est réfugié le père endetté de Chin avec sa femme et sa jeune soeur à la dérive, un bâtiment désaffecté que squatte cette même soeur cadette (qui ne semble pas savoir elle non plus où elle habite!) et sa bande ou encore une entreprise où Chin n'a pas davantage sa place puisque la personne pour laquelle elle travaille, Mme Mei s'est évaporée elle aussi en Amérique, provoquant son licenciement. Et lorsqu'elle réapparaît avec un projet de data center incluant Chin, c'est dans un bâtiment tout aussi vide et froid que les précédents, suggérant que si Chin retrouve enfin un ancrage matériel, le vide émotionnel est quant à lui immense. Lung ne sera pas en effet du voyage. Sa trajectoire est celle d'un pathétique loser qui de son propre aveu rate tout ce qu'il entreprend. Comme les autres personnages, il n'a pas de foyer et traîne d'un lieu à l'autre, ne parvenant pas à choisir entre un présent condamné dans le tissu à Taipei et un futur dans le commerce aux USA que Chin souhaite construire avec lui parce qu'il a échoué à réaliser son rêve dans le baseball. C'est surtout un homme du passé, d'un Taipei moribond, celui des petits commerces alors que le Taipei de Chin bascule dans la froideur high-tech et les enseignes lumineuses où les personnages ne sont plus que des pions, où l'identité locale est avalée par celle de l'Amérique mais aussi celle du Japon (pays où vit l'ex de Lung).

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Un été chez grand-père (Dōngdōng de jiàqī)

Publié le par Rosalie210

Hou Hsiao-Hsien (1984)

Un été chez grand-père (Dōngdōng de jiàqī)

Il faut profiter de la ressortie de "Un été chez grand-père" au cinéma en copie numérique restaurée pour découvrir ou redécouvrir l'un des fleurons de la filmographie de HOU Hsiao-Hsien. Le film (sorti en France pour la première fois en 1988 mais sa distribution avait été confidentielle) appartient au même courant que le magnifique "Un temps pour vivre, un temps pour mourir" (1985), celui des chroniques d'enfance autobiographiques qu'il a réalisé au milieu des années 80. Par son atmosphère mais aussi son intrigue (deux enfants dont la mère est malade et qui sont envoyés chez leurs grands-parents à la campagne durant l'été), on devine l'influence que ce film a eu sur "Mon voisin Totoro" (1988). "Un été chez grand-père" est certes dépourvu du bestiaire fantastique shintoïste du film de Hayao MIYAZAKI mais il épouse le point de vue des enfants, un garçon d'une douzaine d'années qui se fait rapidement sa place auprès d'une petite bande de garçons de son âge et sa petite soeur, âme solitaire et silencieuse, rejetée par les garçons qui trouve un ange gardien en la personne de la "folle" du village. D'autres personnages gravitent autour d'eux comme leur jeune oncle et sa petite amie ainsi que deux voyous qui détroussent les passants endormis. Les grands-parents en revanche sont plutôt lointains, en particulier le patriarche, médecin de son état, qui regarde avec mépris les amis de fortune de Tung-tung et Ting-ting parce qu'ils sont issus des classes populaires (incluant la petite amie de son fils qu'il chasse de la maison quand il apprend qu'elle est enceinte). "Un été chez grand-père" est un film d'atmosphère épuré où il ne se passe pas grand-chose en surface mais qui infuse en profondeur.

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Yi Yi (一 一, Yī yī)

Publié le par Rosalie210

Edward Yang (2000)

Yi Yi (一 一, Yī yī)

"Yi Yi" est le dernier film de Edward YANG et le plus connu chez nous car il a reçu le prix de la mise en scène à Cannes. Comme "Mahjong" (1996) et "Confusion chez Confucius" (1994) deux films inédits en France ayant bénéficié d'une sortie au cinéma le 16 juillet, "Yi-Yi" a droit à une ressortie sur grand écran également en version restaurée depuis le 6 août.

Edward YANG, décédé prématurément d'un cancer en 2007 ce qui explique qu'il n'a pu réaliser qu'une poignée de longs-métrages est l'un des chefs de file de la nouvelle vague du cinéma taïwanais, survenue au début des années 80 alors que Taïwan comme les autres dragons asiatiques était en plein boom économique et s'apprêtait à basculer de la dictature à la démocratie à partir de 1987. Ses films se caractérisent par leur absence d'exotisme, leur caractère de théâtre urbain et leur structure narrative complexe, faite de multiples récits et personnages entremêlés sans que pour autant le spectateur ne s'y perde.

"Yi-Yi" est une chronique familiale qui bénéficie d'une mise en scène virtuose qui travaille énormément les différents plans/nappes du récit cinématographique pour enrichir son propos. Dès l'introduction, on sait qu'on baigne dans un grand film. Alors qu'on assiste à un mariage tout ce qu'il y a de plus traditionnel, une ex vient faire un esclandre, accusant la mariée de s'être fait mettre enceinte pour lui voler son petit ami, créant par là même une dissonance sonore dans le rituel de la cérémonie. On peut ajouter également le cadre de la photographie des nouveaux mariés qui se retrouve posé par mégarde à l'envers. Dissonances sonores en décalage avec la photographie qui poursuivront ce couple tout au long du film.

Comment souvent dans les films qui savent où ils vont et ce qu'ils veulent dire, cette introduction est programmatique. La dissonance sonore se retrouve aussi dans le couple de NJ, le beau-frère du marié. Malgré l'ambiance feutrée qui règne dans sa famille, les éclats de voix d'une dispute au-dehors laissent entendre qu'entre sa femme et lui, la communication est coupée. Tous les personnages de la famille que l'on va suivre sont ainsi plongé dans une grande solitude existentielle et ont une face cachée, un désir de repartir à zéro et de suivre une autre voie à la manière de "Smoking/No Smoking" (1993). C'est NJ, le père de famille qui retrouve son premier amour lors d'une parenthèse à Tokyo, son épouse qui part en retraite dans un monastère bouddhiste, sa fille, Ting-Ting, une adolescente qui s'éprend du petit ami de sa meilleure amie pour qui elle joue l'entremetteuse. Pour tous au final, c'est la désillusion qui l'emporte. Le cadet, l'espiègle Yang Yang, un enfant de 8 ans tente de juguler les angoisses existentielles en prenant en photo "ce que les adultes ne peuvent voir".

Comme les autres films que j'ai vu de Edward YANG, la question identitaire est omniprésente. L'élément déclencheur de l'éclatement de la famille de NJ n'est-il pas l'accident de la grand-mère qui la plonge dans le coma durant presque tout le film? Or ces doyennes présentes au sein des foyers asiatiques ne représentent-elles pas les gardiennes des traditions? L'acculturation est également manifeste lorsque Yang Yang préfère à la nourriture asiatique un repas au Mc Donald ou lorsqu'on observe la décoration des chambres en arrière-plan: des acteurs américains (Cary GRANT et Audrey HEPBURN qui a même façonné un des personnages de "Confusion chez Confucius") (1994), une affiche de DC Comics (Batman et Robin) mais aussi Astro le petit robot (Edward YANG était fan de Osamu TEZUKA) et Pikachu: une partie de l'intrigue se déroule d'ailleurs à Tokyo et rappelle à quel point Taïwan est tiraillé entre l'occidentalisation et un héritage asiatique complexe symbolisé par un japonais lumineux mais auquel hélas la société pour laquelle travaille NJ tourne le dos. La perte de repères et les contradictions de la société taïwanaise ne sont pas pour rien dans l'échec des différentes voies alternatives empruntées par les protagonistes. Ainsi l'ex de NJ l'a perdu en raison de l'intense pression sociale qu'elle a exercée sur lui pour parvenir à la réussite matérielle et le jeune homme que Ting-Ting convoite préfère se venger du prof qui a séduit sa petite amie et en même temps la mère de celle-ci. Les deux histoires sont construites en écho l'une de l'autre avec une scène identique, l'une montrée, l'autre racontée.

En dépit de cette tonalité douce-amère, le film n'est pas triste. Les échecs sont considérés comme des expériences qui entérinent au final la validité des choix accomplis et c'est l'apaisement et la sérénité qui l'emportent, y compris face à la perspective de la mort.

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Confusion chez Confucius (Du li shi dai)

Publié le par Rosalie210

Edward Yang (1994)

Confusion chez Confucius (Du li shi dai)

Après avoir vu "Mahjong" (1996), j'ai enchaîné le lendemain avec son cousin "Confusion chez Confucius" (1994) du réalisateur taïwanais Edward YANG lui aussi inédit en France. Une sortie nationale est prévue pour ces deux films le 16 juillet en version restaurée suivie le 6 août de la ressortie de son dernier film, celui qui l'a révélé en France suite à son prix de la mise en scène à Cannes, "Yi yi" (2000) également en version restaurée.

Edward YANG est décédé prématurément d'un cancer en 2007 ce qui explique qu'il n'a pu réaliser qu'une poignée de longs-métrages. Il est l'un des chefs de file de la nouvelle vague du cinéma taïwanais, survenue au début des années 80 alors que Taïwan comme les autres dragons asiatiques était en plein boom économique et s'apprêtait à basculer de la dictature à la démocratie à partir de 1987. Ses films se caractérisent par leur absence d'exotisme, leur caractère de théâtre urbain et leur structure narrative complexe, faite de multiples récits et personnages entremêlés sans que pour autant le spectateur ne s'y perde.

Il n'en va pas de même des personnages de "Confusion chez Confucius" qui comme le titre l'indique, nagent en pleine confusion entre traditions chinoises et modernité occidentale. A la manière d'une BD faite de scénettes sitcom (Edward YANG se projette dans un personnage d'écrivain un peu geek qui arbore un T-Shirt Astro en hommage à Osamu TEZUKA qu'il admire) et avec des cadrages compartimentés à la Michelangelo ANTONIONI (un mélange culturel que personnellement je trouve savoureux), le film est une satire du boom économique taïwanais et des troubles identitaires qu'il engendre au sein de sa jeunesse "dorée". Outre la dichotomie orient/occident omniprésente dans la sphère économique (publicitaires et artistes en quête de notoriété contre écrivain misanthrope), dans celle des valeurs (femmes d'affaires émancipées contre mariages arrangés) et celle de la culture avec Qiqi qui arbore une coiffure et une allure la faisant ressembler à l'Audrey HEPBURN de "Vacances romaines" (1953) alors que d'autres comme Birdy ressemblent à des geek japonais, il existe un clivage plus subtil à nos yeux entre les personnages d'origine taïwanaise et ceux d'origine chinoise qui s'expriment en mandarin. Le film est une sorte de farandole montrant différentes combinaisons possibles et finalement souvent impossibles entre des personnages instables qui ne cessent de tout remettre en question tant ils ne sont sûr de rien. Car contrairement à ce que disait Confucius, l'argent ne permet pas de mieux vivre parce qu'il corrompt les relations humaines. Cela n'empêche pas quelques beaux moments, notamment une magnifique scène filmée à contre-jour entre Molly la chef d'entreprise de publicités et son assistante Qiqi qui laisse poindre un sentiment sincère.

Malgré toutes ces qualités, "Mahjong" qui se situe dans la même veine m'a paru infiniment plus abouti car plus approfondi dans son approche des personnages et plus humaniste alors que la caricature domine dans "Confusion chez Confucius" ce qui peut parfois donner l'impression d'une frénésie qui tourne à vide.

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Mahjong (Ma jiang)

Publié le par Rosalie210

Edward Yang (1996)

Mahjong (Ma jiang)

Première immersion dans la filmographie du réalisateur taïwanais Edward YANG par le biais de la Cinémathèque avec ce splendide film resté jusqu'ici inédit en France. Bonne nouvelle, comme "Confusion chez Confucius" (1994), lui aussi inédit, une sortie nationale est prévue pour le 16 juillet en version restaurée suivie le 6 août de la ressortie de son dernier film, celui qui l'a révélé en France suite à son prix de la mise en scène à Cannes, "Yi yi" (2000), lui aussi en version restaurée.

Edward YANG, décédé prématurément d'un cancer en 2007 ce qui explique qu'il n'a pu réaliser qu'une poignée de longs-métrages est l'un des chefs de file de la nouvelle vague du cinéma taïwanais, survenue au début des années 80 alors que Taïwan comme les autres dragons asiatiques était en plein boom économique et s'apprêtait à basculer de la dictature à la démocratie à partir de 1987. Ses films se caractérisent par leur absence d'exotisme, leur caractère de théâtre urbain et leur structure narrative complexe, faite de multiples récits et personnages entremêlés sans que pour autant le spectateur ne s'y perde. "Mahjong" est d'ailleurs un titre qui annonce tout à fait la tonalité de ses films. Le jeu fondé sur le principe de combinaisons multiples entre éléments différenciés est utilisé de façon métaphorique pour désigner les nombreux personnages, la complexité identitaire de Taïwan entre traditions chinoises dévoyées et américanisation bling-bling et le mélange des genres, "Mahjong" étant à la fois un film de gangsters et une désopilante comédie burlesque.

"Mahjong" qui se déroule à Tapei se focalise sur un gang de jeunes et la faune internationale qui gravite autour d'eux, appâtée par les opportunités d'enrichissement facile liées au boom économique de Taïwan. Tout ce petit monde se retrouve pour une scène d'exposition magistrale au "Hard Rock Café" après une très belle scène nocturne électrisante en voiture. Au centre du récit, une française, Marthe (jouée par Virginie LEDOYEN qui avait alors environ une vingtaine d'années et qui a expliqué lors de la présentation du film à la Cinémathèque comment elle avait rencontré Edward YANG, séquence que l'on peut voir sur Youtube) qui se retrouve ballotée durant tout le récit entre d'un côté un destin confortable auprès de ses congénères parvenus et un autre plus rock and roll mais tout aussi vénal au contact de jeunes taïwanais privés de repères essayant de se frayer un chemin dans la frénésie capitaliste de Taipei. Le portrait du chef de bande, Red Fish est particulièrement fouillé et apparaît aussi comme une victime de parents compromis jusqu'au cou dans le système (un père endetté et recherché qui se cache, une mère ayant prospéré sur la corruption initiée par le père). Dévoyant émotions et valeurs, la marchandisation des corps au coeur du film selon la règle tacite que tout le monde est à tout le monde et la fausse croyance selon laquelle tout s'achète et tout se vend se transforme en ronde complètement dingue qui fait beaucoup pour l'aspect comique du film, même si celui-ci est fondamentalement sombre. Sombre mais jamais caricatural. Derrière cette frénésie de panier de crabes, les émotions affleurent quand même. Le père dépressif de Red Fish trouve l'apaisement mais est renié par son fils ce qui les condamne tous deux alors que Marthe, contrairement à son homologue chinoise échappe aux tourbillons qui cherchent à l'aspirer, avançant en funambule le long d'une ligne de crête avec comme guide le seul membre non corrompu de la bande à Red Fish.

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Missing Johnny (Qiáng ní Kǎi kè)

Publié le par Rosalie210

Huang Xi (2017)

Missing Johnny (Qiáng ní Kǎi kè)

Dans le cadre de sa programmation consacrée au cinéma taïwanais en octobre, MK2 propose en salle et sur sa plateforme de streaming, MK2 Curiosity des films inédits en France dont "Missing Johnny", le premier film de Xi Huang qui a longtemps travaillé aux côtés de HOU Hsiao-Hsien, ce dernier ayant contribué à produire le film.

Bien que cela ne soit pas précisé, je pense que cette mise en avant du cinéma taïwanais par la plateforme alors que la menace géopolitique d'invasion de l'île par la Chine continentale se fait de plus en plus précise n'est pas un hasard d'autant que le congrès du Parti communiste chinois vient de donner un troisième mandat à Xi Jinping, partisan d'une ligne dure qui semble plus puissant que jamais. La plateforme de la Cinémathèque a créé une rubrique consacrée au cinéma ukrainien qui va dans le même sens, rappelant que la culture est un pilier du soft power à l'heure où les autocraties gagnent du terrain au détriment des démocraties.

"Missing Johnny" est avant tout un film d'atmosphère qui filme les pulsations de la capitale de Taïwan, Taipei qui comme toutes les grandes métropoles mondialisées possède sa Skyline (ou à défaut un CBD) et ne dort jamais. Le film suit trois personnages cohabitant dans le même environnement: deux vivent dans le même immeuble, le troisième y travaille. Chacun d'eux vit dans sa bulle. Hsu élève un couple de perroquets dans son appartement, Lee est autiste et accumule des piles de journaux dans sa chambre, Feng semble passer sa vie dans sa voiture. Sauf que l'un des perroquets de Hsu s'envole, que Lee disparaît durant des heures et que la voiture de Feng ne cesse de tomber en panne ce qui a pour conséquence de créer des interactions entre eux. Si l'intrigue reste tout de même très ténue (il ne se passe pas grand-chose en dehors du fait que l'on découvre la situation personnelle compliquée de Hsu au cours du film qui incarne la diaspora chinoise), les images de la ville sont absolument magnifiques: chaque plan semble construit comme un tableau animé, souvent de belles couleurs vives. Sur le plan esthétique, le film est un enchantement.

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Salé sucré (Yin shi nan nu)

Publié le par Rosalie210

Ang Lee (1994)

Salé sucré (Yin shi nan nu)

"Salé sucré" est une chronique familiale à la sauce délicate, subtile et riche en goût pour filer la métaphore culinaire. Il m'a fallu d'ailleurs deux visionnages pour en saisir toutes les nuances ce qui n'est guère étonnant avec un cinéaste de l'étoffe de Ang LEE qui n'est jamais meilleur selon moi que dans ce registre comme l'a confirmé par la suite son inoubliable "Raison et sentiments" (1995).

Deux thèmes majeurs traversent de part en part le film: celui du flux et celui de la place. Alors que des images de circulation de piétons, d'usagers de transports en commun et de voitures reviennent à intervalles réguliers, symbolisant le mouvement de la vie, la famille de M. Chu (Sihung LUNG) se caractérise au contraire par la fixité et la rétention. Fixité des rituels, tel celui du repas dominical auquel ses trois filles adultes n'osent se soustraire sans pour autant parvenir à "goûter" les plats raffinés que leur chef cuisinier de père leur a pourtant concocté avec soin. Pas plus que lui d'ailleurs qui dit avoir perdu le sens du goût. On est d'autant plus désarçonné par cette soupe à la grimace que toute l'introduction nous faisait saliver avec la promesse d'un festin. C'est qu'il manque la dimension fondamentale de la convivialité dans ces repas qui loin de réunir le père et ses filles les enferment dans des rôles qui les étouffent à petit feu, faute d'une circulation adéquate de la parole. Et cela concerne aussi leur entourage. Lorsque Madame Liang (Ah LEI GUA) qui a des vues sur M. Chu en parle à sa fille, Jin-Rong (Sylvia CHANG), quadragénaire en instance de divorce, elle s'exprime d'une manière éloquente: "M. Chu, qu'est ce que tu en penses? Je le trouve très charmant moi, il cuisine très bien, il ne parle pas beaucoup, mais on communique quand même." Quand on connaît la fin du film, on ne peut que sourire devant la naïveté de son propos. A l'image du quatuor formé par Madame Liang, Jin-Rong, sa fille écolière Shan-Shan et M. Chu, les relations sentimentales (et sexuelles) de ses trois filles sont marquées par les quiproquos, les malentendus et les secrets. L'aînée, Jia-Jen (Yang KUEI-MEI), professeure de chimie qui à la suite d'une soi-disant déception sentimentale a renoncé à l'amour pour embrasser la foi chrétienne reçoit jour après jour dans son lycée des lettres d'amour enflammées mais anonymes juste au moment où elle sympathise avec le capitaine de volley. La seconde, Jia-Chien (Jacqueline WU), directrice adjointe d'une compagnie aérienne n'arrive pas à rompre clairement avec son ex tout en flirtant avec un collègue de travail qu'elle soupçonne d'être à l'origine du célibat de sa grande soeur. Enfin la plus jeune, Jia-Ning (Yu-Wen WANG) qui est étudiante jette son dévolu sur un garçon qu'elle croit libre puisque sa copine jure qu'il ne l'intéresse plus. On remarque également qu'à force de monopoliser la sphère culinaire, le père empêche ses filles d'y accéder ce qui menace la transmission de sa culture. Jia-Chien a hérité de son talent mais ne se sent pas le droit de l'exprimer, son métier de femme d'affaires étant une inversion des rôles subie plus que choisie et Jia-Ning a un boulot d'appoint dans un fast-food ce qui rend très concrète la menace d'acculturation (plusieurs personnages ont des liens avec les USA comme Ang LEE lui-même dont une part de la filmographie s'est acculturée).

Bien évidemment les images de flux présentes dans le film dont l'une est associée à la petite Shan-Shan vont finir par faire sauter les digues et entraîner la famille dans son courant, redéfinissant les places en fonction des vrais désirs de chacun. La scène finale est de ce point de vue particulièrement symbolique.

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Garçon d'honneur (The Wedding banquet)

Publié le par Rosalie210

Ang Lee (1993)

Garçon d'honneur (The Wedding banquet)

Le deuxième film de Ang LEE a également été celui de sa consécration internationale puisqu'il obtient d'Ours d'or à Berlin. C'est une comédie souvent désopilante mais porteuse d'un message grave sur la difficulté d'être soi quand on est tiraillé entre deux appartenances incompatibles entre elles (un sujet que connaît bien le réalisateur puisqu'il est dans la même situation que son héros). On rit beaucoup devant les contorsions de Wei-Tong qui tente de préserver sa vie personnelle (individualiste, new-yorkaise, moderne, homosexuelle) tout en faisant plaisir à ses parents taïwanais traditionnalistes qui veulent une belle-fille et un héritier. Comme il est incapable de leur avouer la vérité, il imagine avec son amant, Simon un stratagème censé contenter tout le monde: contracter un mariage blanc avec Wei-Wei, sa locataire chinoise en situation irrégulière pour lui permettre d'obtenir une carte verte et en même temps se délivrer de la pression familiale. Mais ce qu'il n'avait pas prévu c'est que ses parents allaient débarquer à New-York bien décidés à s'installer chez lui pour organiser son mariage en grande pompe avec toute la communauté taiwanaise de New-York qui s'assure que celui-ci a été bien consommé. Wei-Tong qui tout au long de ces péripéties a révélé sa faiblesse de caractère face au poids des traditions de son pays d'origine et également face à Wei-Wei qui en pince pour lui se retrouve donc pris au piège de son mensonge au point de mettre en péril son véritable couple avec Simon relégué au rang de garçon d'honneur qui en vient à se demander ce qu'il fait dans cette galère. A force de vouloir marier la carpe et le lapin, Wei-Tong pourrait bien tout perdre d'autant que son père a le coeur fragile ce qui sert de prétexte pour repousser toute velléité de clarifier la situation. Mais ce père redouté s'avère bien plus fine mouche qu'il n'y paraît et on retrouve avec plaisir la subtilité d'approche de l'humain, par delà les différences culturelles du réalisateur de "Raison et sentiments" (1995).

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Les Fleurs de Shanghai (Shang haï hua)

Publié le par Rosalie210

Hou Hsiao-hsien (1998)

Les Fleurs de Shanghai (Shang haï hua)

Le film dont s'est inspiré Bertrand BONELLO pour "L Apollonide, souvenirs de la maison close" (2010) présente les mêmes qualités mais aussi les mêmes défauts que sa version française. Côté qualités, "Les Fleurs de Shanghai" est une merveille d'esthétisme. Huis-clos situé dans un bordel de Shanghai à la fin du XIX° siècle, il se déroule dans seulement trois décors où ont été filmé une suite de plans-séquence composés comme des tableaux ce qui permet au spectateur d'en admirer chaque détail. Le passage d'une séquence à l'autre se fait par un fondu au noir ce qui donne l'impression que l'on éteint et rallume une lanterne. Les couleurs et lumières sont travaillées à l'extrême avec des dominantes rouges, vertes et jaunes et le tout baigne dans la fumée d'opium. Dans ce qui peut s'apparenter à un théâtre, on observe le jeu de dupes qui s'instaure entre les habitués (des hommes hauts placés, plus ou moins jeunes qui viennent là pour se distraire de leur vie toute tracée parmi lesquels se détache M. Wang joué par Tony LEUNG Chiu Wai) et les courtisanes aux noms de fleurs, de métaux ou de pierres précieuses, des filles orphelines ou abandonnées achetées au berceau et formées par des mères maquerelles qui attendent d'elles un retour sur investissement. Tous jouent le jeu de la séduction, se montrent jaloux de leurs rivals/rivales, promettent ou espèrent le mariage alors que tout cela ne s'avère être qu'un simulacre dissimulant un monde où règne la seule loi du rang et de l'argent. La seule fille qui semble parfaitement lucide est Emeraude qui utilise ses gains pour racheter sa liberté à sa patronne et fonder sa propre maison de passe. Un tel film n'est pas sans résonance avec ceux de Kenji MIZOGUCHI, notamment "La Rue de la honte" (1956). Mais là où Mizoguchi réalisait un film coup de poing pour dénoncer la condition de ces femmes, HOU Hsiao-Hsien se contente d'un bel exercice de style abstrait et répétitif dans lequel on ne ressent aucune espèce d'implication personnelle. D'ailleurs le paradoxe est que non seulement il n'y a aucun commerce charnel visible à l'écran mais que les personnages semblent privés de libido. On les voit tout au long du film causer, jouer au mah-jong, dîner, fumer de l'opium, se regarder en chiens de faïence et c'est à peu près tout. Autrement dit un court-métrage de 15 minutes aurait suffi plutôt que ce bien long exercice d'auto-contemplation. Autant j'aime les films autobiographiques de HOU Hsiao-Hsien, autant je n'arrive décidément pas à adhérer à ses films en costume, même si celui-ci est plus lisible et intéressant que "The Assassin" (2015). L'art pour l'art, très peu pour moi!

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