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Les voyages de Tereza (O Último Azul)

Publié le par Rosalie210

Gabriel Mascaro (2026)

Les voyages de Tereza (O Último Azul)

"Les voyages de Tereza" est un film extrêmement original. Il mélange trois genres: la dystopie, l'aventure et la quête initiatique. La dystopie qui reste majoritairement à l'arrière-plan voire hors-champ a des points communs avec "Soleil vert" (1973) et avec le roman de science-fiction de Ira Levin "Un bonheur insoutenable". Bien que prenant l'apparence dès les premières images d'un Etat qui dans un contexte de catastrophe écologique se préoccupe de la santé et de la reconnaissance de ses seniors, il s'agit en réalité d'une emprise totalitaire visant à les écarter de la société en les envoyant vers une mystérieuse colonie. Tereza qui a 77 ans mais travaille encore et est parfaitement autonome découvre à ses dépends que l'âge du couperet pour l'internement en camp de c... oups en colonie a été abaissé à 75 ans et qu'elle fait donc partie du public cible. Elle est "débranchée" de son travail et ne peut plus rien acheter sans l'autorisation de sa fille qui s'avère une collaboratrice zélée du système. Dommage qu'on ne sache pas pourquoi alors que de nombreux messages tagués sur les murs montrent le rejet des jeunes générations vis à vis de cette politique de mise sous tutelle et d'ostracisme provenant plutôt des petits-enfants que des enfants cependant. Face à ce mur de coercition qui s'accompagne également d'une surveillance policière, le film raconte comment Tereza qui cherche juste au départ à s'offrir un instant de liberté avant d'être définitivement enfermée finit par prendre définitivement le large en gagnant de plus en plus en autonomie, au gré de ses rencontres au fil de l'eau. L'ordre établi, clinique et policier que cherche à créer l'Etat sous un vernis d'hypocrisie se fissure alors. Outre les tags de protestation, on découvre que sa politique ne cible en réalité que les pauvres jugés indésirables, les seniors riches pouvant racheter leur liberté à prix d'or. Et tout un monde interlope n'obéissant qu'à ses propres règles se dévoile alors. C'est dans cette zone grise, certes anarchique mais vivifiante que Tereza se réinvente, redécouvre son corps et ses désirs, prend des risques et acquiert de nouvelles compétences. Un beau récit de résilience qui dément le pessimisme, tant sur le fardeau que représenterait le vieillissement que sur les dégâts écologiques qui seraient insurmontables (le film suggère, comme "Flow, le chat qui n'avait plus peur de l'eau" (2022) un monde noyé sous les eaux où le seul moyen de déplacement accessible serait le bateau).

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Main dans la main

Publié le par Rosalie210

Valérie Donzelli (2012)

Main dans la main

"Main dans la main" repose sur un étrange mélange entre comédie romantique et burlesque qui aurait été plus approprié pour un format de court-métrage. En effet il m'a fait très fortement penser à "Je sens le beat qui monte en moi" (2012) de Yann Le QUELLEC qui lui est contemporain et qui repose sur la même recette de love story décalée par une contamination du mouvement inspirée de la danse contemporaine belge. D'ailleurs Serge BOZON joue dans les deux films et a lui-même réalisé le pionnier du genre, "Mods" (2003). L'influence de la chorégraphe Christine de SMEDT est une véritable signature qui relie les trois films. Dans celui de Yann Le QUELLEC comme dans ceux de Serge BOZON et de Valerie DONZELLI, un personnage sérieux voire rigide (respectivement guide touristique, militaire et directrice d'Opéra) se retrouve collé à un ou une partenaire ou un univers aux caractéristiques opposées et littéralement "possédé" par le démon de la danse. La manière dont les corps de ces rencontres improbables s'accordent ou pas devient la matière même du film. "Main dans la main" montre ainsi un télescopage violent entre Hélène une femme d'autorité bourgeoise, parisienne et d'âge mûr (Valerie LEMERCIER) et Jojo un adulescent se déplaçant en skateboard, provincial et ouvrier (Jeremie ELKAIM) qui aboutit à une passion fusionnelle s'exprimant uniquement par deux corps collés ensemble et parfaitement synchronisés. Le métier du personnage de Jojo, miroitier est à cet égard très symbolique. C'est ce collage chorégraphique qui est vecteur de situations burlesques. Cependant le format du long-métrage ne permet pas de maintenir cette proposition sur la durée ("Mods" (2003) était également un film court d'une heure) si bien que la dernière demi-heure qui s'essouffle revient à une formule archi-classique et donc beaucoup plus convenue d'autant que les personnages secondaires sont un peu faiblards. Même si la scène du trouple jouant sur la compartimentation des corps dans l'espace pour suggérer la solitude de chacun est une belle idée de mise en scène, elle est mal exploitée tout comme d'autres idées qui montrent un film qui ressemble plus à une pépinière d'idées qu'à une oeuvre achevée.

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Le Visage derrière le masque (The Face Behind the Mask)

Publié le par Rosalie210

Robert Florey (1941)

Le Visage derrière le masque (The Face Behind the Mask)

Très belle prestation de Peter LORRE dans ce film court qui en préfigure d'autres sur la désillusion du rêve américain. Il commence comme une comédie à la Frank CAPRA avec son héros naïf et plein de bonne volonté tout juste débarqué à New-York. Puis après l'anéantissement de ses espoirs avec l'incendie de l'hôtel, on bascule dans le drame social avec la déchéance de Janos et de son compagnon de galère, Dinkie (George E. STONE), l'un défiguré et l'autre malade que personne ne veut embaucher et qui se retrouvent sans-abri. C'est alors qu'un nouveau twist nous amène dans un film noir à la lisière du fantastique avec un Janos désormais recouvert d'un masque en latex comme "Fantomas" (1964) devenu chef de gang et rebaptisé Johnny. La rencontre d'Helen qui est aveugle marque un nouveau virage vers la romance et un nouvel espoir pour le héros redevenu Janos, entre Charles CHAPLIN et Frank BORZAGE avant qu'une nouvelle catastrophe ne vienne conclure le film sous la forme d'une vengeance dans le désert. Bien que cela fasse beaucoup pour un seul homme et que les ficelles mélodramatiques soient parfois grosses, il n'en reste pas moins que la mise en scène de Robert FLOREY montre un vrai savoir-faire, que la photographie en clair-obscur rappelle l'expressionnisme et que la présence de Peter LORRE suffit amplement à expliquer l'intérêt de l'exploration de toutes ses facettes. Ne pouvant pas se servir durant une bonne partie du film de son visage, il n'en écrase pas moins la concurrence rien qu'avec le timbre unique de sa voix et un plan particulièrement bien choisi nous montre également l'expressivité de ses mains.

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Au nom de la loi

Publié le par Rosalie210

Maurice Tourneur (1932)

Au nom de la loi

Pas vu "Au nom de la loi" dans une copie top ce qui a sans doute influé sur ma perception d'un film assez décousu scénaristiquement (et tourné au début du parlant ce qui se ressent). Mais quelques scènes sont très réussies comme celle de l'assaut final dans la pièce où s'est retranché le truand jusqu'au-boutiste. Par son amplitude, elle atteint le niveau des productions américaines du même genre et de la même époque du type "Scarface" (1931). Autre qualité que l'on peut souligner, le réalisme documentaire, tant du travail des policiers que du milieu de la pègre grâce à un tournage en milieu naturel qui restitue l'atmosphère du Paris de cette époque. L'interrogatoire musclé d'un truand brut de décoffrage (Gabriel GABRIO) faisant le taxi possède un vrai relief, d'autant que dans le rôle de l'un des flics, Charles VANEL se distingue déjà par son charisme. Dommage que l'intrigue sentimentale entre Marcel le flic et Sandra la femme fatale (jouée par une actrice ayant un vrai charisme, Marcelle CHANTAL mais plutôt habituée aux rôles bourgeois) soit tellement sacrifiée. D'ailleurs elle n'est pas fatale à Marcel qui s'en tire avec une petite leçon de morale pleine d'indulgence, la faute retombant tout entière sur Sandra. Si Maurice TOURNEUR s'inspire du film noir américain, cette misogynie est en revanche familière au cinéma gaulois de ces années-là.

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Aucun autre choix (Eo-jjeol-su-ga-eobs-da)

Publié le par Rosalie210

Park Chan-wook (2026)

Aucun autre choix (Eo-jjeol-su-ga-eobs-da)

"Aucun autre choix", vraiment? C'est le mantra répété durant tout le film par les personnages, à commencer par le héros, Yoo-man-su pour justifier ses actes. A savoir tuer ses concurrents un par un pour retrouver son travail d'ingénieur en papeterie et le statut social qui va avec dans un monde du travail où les débouchés dans sa branche se rétrécissent comme peau de chagrin. Un exemple parfait de darwinisme social décrit à l'origine dans le roman de Donald E. Westlake et déjà plusieurs fois adapté au cinéma, notamment par COSTA-GAVRAS dans "Le Couperet" (2005) auquel le film est dédié. Bien que Yoo-man-su ne soit pas montré comme un tueur professionnel ce qui entraîne nombre de gaffes plus ou moins cocasses, le film est parfaitement glaçant. En effet jamais Yoo-man-su ne remet en cause le système qui l'écrase. Bien au contraire, il en devient un des rouages les plus efficaces par son degré d'adaptabilité qui fait de lui un nettoyeur des bas-fonds dans lequel ses concurrents, devenus chômeurs et inutiles sont éliminés. Manger pour ne pas être mangé par les agents du système ou par sa propre femme comme le pathétique Beom-mo tombé dans la déchéance et l'alcoolisme et qui a été déjà remplacé non seulement au travail mais sous son propre toit. Cette impression d'acculement joue beaucoup dans la perception que l'on a de Yoo-man-su qui se débat dans un panier de crabes pour sauver son couple, ses enfants et sa maison qui représente ses racines puisqu'il a racheté et rénové celle de ses parents. C'est sans doute ce qui explique l'importance du végétal et du terreau dans le film, ces arbres que l'on plante et que l'on replante sans cesse. Au point de finir avec une terre gorgée de secrets bien enfouis, jusqu'à quand? Le film, privé de perspective, se garde bien d'y répondre. Bien que très différent de "A Normal Family" (2023), l'impression que laisse "Aucun autre choix" est la même: celle d'enfants qui s'entredévorent, celle du secret bien gardé, des apparences à sauver, de l'horizon bouché. La mise en scène qui repose sur un système d'échos symbolise cet enchaînement, cette aliénation. PARK Chan-wook réalise un film d'autant plus cruel qu'il montre de manière systématique combien les hommes que Yoo-man-su doit éliminer lui ressemblent et quelle complicité il aurait pu avoir avec eux. A l'inverse, il montre sa famille comme une construction artificielle dans laquelle n'existe aucune intimité entre ses membres. C'est pourtant soi-disant pour elle qu'il agit. Pour elle et pour continuer à être cadre mais seulement pour des machines, dans une solitude absolue. Bref, l'endoctrinement de Yoo-man soo est total ce qui rend les séances de coaching très savoureuses.

Néanmoins ce n'est pas parce que les personnages sont de parfaits petits soldats que le film doit à ce point se confondre avec eux. On a le sentiment d'une oeuvre extrêmement bien conçue, parfaitement huilée mais qui fait elle-même "système" et ne cherche pas à en sortir, rejoignant ainsi le mantra commun, celui du capitalisme ("il n'y a pas d'alternative"). Un nihilisme ou un renoncement préoccupant alors que l'art est justement l'une des bouffées d'oxygène censées nous montrer qu'un autre monde est possible. Ah mais c'est vrai, j'oubliais: même la terre et les arbres sont viciés. La preuve: eux aussi se font manger, par les insectes. Heureusement que le spectateur lui a le choix, celui d'aller voir un autre point de vue!

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Avec le sourire

Publié le par Rosalie210

Maurice Tourneur (1936)

Avec le sourire

J'ai rarement vu un film célébrant l'arrivisme le plus immoral aussi joyeux et aussi charmant. Entre les mains des deux Maurice (Maurice TOURNEUR et Maurice CHEVALIER), l'espionnage, la délation, le mensonge, le chantage, le coup monté, l'opportunisme, la trahison sont des talents qui permettent de se hisser au sommet de la société là où l'honnêteté devient profondément rébarbative et ennuyeuse. Je me dis que leur carrière aux USA n'y est sans doute pas pour rien. Le premier plan qui montre Victor en va-nu-pieds marchant sur la route vers nous fait fortement penser au Vagabond de Charles CHAPLIN. Mais la comparaison s'arrête là. Victor trouve rapidement son alter ego féminin en la personne de Gisèle (Marie GLORY) aussi arriviste et dénuée de scrupules que lui mais qui n'a pas son envergure ce qui ralentit un peu un film mené sinon tambour battant. En revanche Victor est un redoutable séducteur à qui rien ne résiste, l'archétype du roublard magouilleur plein d'ingéniosité parti de rien (il ne sait même pas écrire!) et qui termine dans la fonction prestigieuse de directeur d'Opéra. On rit beaucoup devant les situations vaudevillesques exploitées par Victor pour s'élever et le talent de Maurice CHEVALIER fait le reste. La séquence où il chante "Le chapeau de Zozo" sur quatre tons différents pour expliquer à Gisèle comment plaire à tous les publics est brillante car il y expose le secret de son succès et par là même, la manière dont la société fonctionne. A savoir un talent pour décoder les attentes d'autrui et s'en servir, ce que l'on appelle l'empathie cognitive. Bref, c'est une vraie leçon de marketing appliqué au milieu artistique, la séduction étant utilisée comme un levier de pouvoir plus efficace que le talent brut ou la recherche de vérité artistique. Maurice CHEVALIER qui avait su "vendre" une image du français irrésistible aux yeux des étrangers (comme le montre la géniale séquence de "Monnaie de singe" (1931) dans laquelle les frères Marx tentent de se faire passer pour lui afin de débarquer aux USA) savait de quoi il parlait et cette leçon de réussite, cynique mais réaliste reste tout aussi valable aujourd'hui.

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Marty Supreme

Publié le par Rosalie210

Josh Safdie (2026)

Marty Supreme

"Marty Supreme" est une sorte de grand huit lancé à pleine vitesse dont je suis sortie complètement lessivée, bien que contrairement à la centrifugeuse de "Everything Everywhere All at Once" (2020) je sois restée jusqu'au bout. On s'y agite, on y vocifère, on court dans tous les sens sur fond de tubes pop-rock lancés à fond les ballons. Pas un instant de répit, pas un instant de repos. Et tout ça pour quoi? Pour regarder le one man show de Timothee CHALAMET plus cabotin que jamais dans sa course à l'Oscar. Il m'a complètement épuisée. Il y a eu deux-trois moments dans le film où j'ai eu l'espoir qu'il allait enfin montrer autre chose, quelques allusions historiques à la Shoah ou à la guerre du Pacifique encore récente dans les esprits (le film se déroulant pendant les années 50). Mais ces espoirs se sont vite envolés devant un tourbillon de péripéties à la gloire de Marty. On se demande bien pourquoi tant le bonhomme est détestable, fuyard, menteur, lâche et combinard, toujours embarqué dans des histoires sordides pour trouver de l'argent. Rien à voir avec le monde du sport de haut niveau qui n'est qu'un prétexte à one man show. D'ailleurs c'est bien simple, Marty ne s'entraîne jamais, c'est sans doute trop ennuyeux à l'écran. Comment s'améliore-t-il, mystère. Comment échappe-t-il toujours aux plans foireux dans lesquels il se retrouve, mystère. Ou plutôt non, enfumage d'une mise en scène bling-blin qui espère nous faire oublier la vacuité du scénario et des personnages dont aucun n'a la moindre substance.

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Le Beau Serge

Publié le par Rosalie210

Claude Chabrol (1958)

Le Beau Serge

"Le Beau Serge", le premier film de Claude CHABROL est également considéré comme le premier film de la nouvelle vague. Ce qui est inexact: "La Pointe courte" (1954) de Agnès VARDA, réalisé quatre ans plus tôt avait ouvert la voie. Mais "Le Beau Serge" a posé des jalons permettant de caractériser le mouvement. Ce qui frappe incontestablement dans ce film, c'est son aspect documentaire très brut, presque naturaliste. On se retrouve ancré dans un terroir même si celui-ci se meurt. En 1958, les villages creusois étaient encore remplis d'enfants mais l'horizon, matériel comme moral est bouché. Entre François le citadin qui revient dans son pays natal avec une maladie pulmonaire, Serge qui noie son désespoir dans l'alcool et Marie qui vit avec un beau-père incestueux, le portrait qui est fait de cette jeunesse provinciale est particulièrement sombre. Si la sociologie à la Zola de ce microcosme est saisissant d'âpreté et révèle plusieurs talents promis à marquer le cinéma notamment de la nouvelle vague (Jean-Claude BRIALY, Gerard BLAIN, Bernadette LAFONT), l'aspect christique du film semble plaqué artificiellement. C'est sans doute parce que le désir qui sous-tend l'obsession de François pour Serge n'est pas clairement assumé. Mais aussi parce que Claude CHABROL est bien meilleur en sociologue, que ce soit de la ruralité (la même que celle où il situera plus tard "Le Boucher") (1970) ou plus tard de la bourgeoisie qu'en cinéaste bressonien ou rossellinien. En bref, il se cherche et le film, bien que prometteur est le fruit de ces tâtonnements.

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Le Gâteau du président (Mamlaket Al-Qasab)

Publié le par Rosalie210

Hasan Hadi (2026)

Le Gâteau du président (Mamlaket Al-Qasab)

Le cinéphile se nourrit de la diversité des points de vue que le cinéma offre sur le monde. Or force est de constater que cette diversité reste très imparfaite que ce soit sur le plan du genre (les réalisatrices restent minoritaires, surtout dans les secteurs les plus prestigieux ou commerciaux), de la sociologie (comme le démontre le livre sur le bourgeois gaze de Rob Grams) mais aussi de la géographie où les USA, l'Europe et quelques pays d'Asie orientale se taillent la part du lion. L'Amérique latine fait une percée remarquée mais inégale selon les pays, l'Afrique reste très largement invisibilisée tout comme le sous-continent indien qui produit énormément de films irriguant le Sud global mais qui ne parviennent qu'au compte-goutte jusqu'à nous. Et si le Moyen-Orient est plutôt bien représenté, grâce notamment à la vitalité du cinéma turc et iranien, c'est la première fois qu'un film irakien parvient à s'imposer au niveau international, brisant 40 années d'isolement dû aux guerres, aux embargos ou encore à l'emprise de la dictature de Saddam Hussein qui avait transformé le cinéma en outil de propagande. "Le gâteau du président" est l'expression d'un pays convalescent et a pu voir le jour grâce au soutien financier d'autres pays (principalement le Qatar et les USA).

Deux choses m'ont particulièrement fasciné dans le film. D'abord, une poésie exceptionnelle du paysage. L'image qu'un occidental a de l'Irak, c'est celle des reportages montrant des villes en ruine et du chaos. Le film revient à la source, celle de la Mésopotamie et filme un cadre majestueux, celui des marais du sud de l'Euphrate, là où il converge avec le Tibre. Bien que la population locale vive dans la précarité, la vision de ce paysage millénaire avec ses cabanes héritées de l'antiquité et ses barques glissant sur le fleuve, particulièrement la nuit à la lueur des lanternes envoûte. Pour un enfant occidental, voir leurs pairs se rendre à l'école en manoeuvrant leurs propres embarcations a un parfum d'exotisme et d'aventure remarquable.

Ensuite, et par contraste avec ce cadre dans lequel ont grandi les deux enfants du films, Lamia et Saeed, le film dépeint de manière saisissante l'emprise de la dictature de Saddam Hussein dans le contexte de la première guerre du Golfe jusque dans ces régions reculées. Hasan HADI dépeint la corruption du régime comme un racket sur une population déjà fragilisée par l'embargo occidental sur les produits de première nécessité. A l'occasion de l'anniversaire du Raïs, les enfants sont tirés au sort à la manière des "Hunger Games" pour payer un tribut au dictateur ou plutôt à ses relais car il est assez évident que c'est l'instituteur (lui-même sans doute aux abois) qui s'approprie les maigres rations de ses élèves. Une telle exigence met les plus pauvres comme Lamia et sa grand-mère dans une situation impossible: elles ne peuvent ni payer, ni désobéir. Reste le système D qui permet à Saeed dont le père est infirme de survivre et que Lamia va adopter pour réunir les ingrédients du gâteau. Cette quête est l'occasion d'une plongée en apnée dans une ville irakienne (Bassora) où l'on mesure l'étendue du culte de la personnalité autour de Saddam Hussein dont l'image est partout mais aussi la pyramide de l'oppression qui affecte tous les recoins de la société. Ainsi les hommes, profitant de leur pouvoir patriarcal y rackettent sexuellement les femmes et les enfants tandis que les bureaucrates écrasent les paysans de leur mépris. Lamia et Saeed qui ont été à bonne école comprennent que seuls la ruse et le vol peuvent leur permettre de s'en sortir. Cependant Lamia, l'héroïne, est guidée par un instinct moral très sûr. Elle obtient la majeure partie des ingrédients de façon intègre, parfois en prenant des risques (elle échappe de peu à un pervers) et lorsqu'elle n'a pas d'autre choix que de chaparder, elle va ensuite demander pardon à la mosquée. Elle est également protégée par son coq domestique qui joue le rôle de garde du corps et auquel on s'attache tellement qu'on finit par craindre autant pour sa vie que pour l'intégrité de Lamia.

Au final, malgré quelques maladresses scénaristiques (le twist qui provoque la fuite de Lamia sans un regard en arrière pour sa grand-mère est un peu brutal), le film ne nous offre pas seulement un vécu personnel et sensible autour d'une histoire vue jusque là sous le prisme froid des reportages, il nous reconnecte avec le berceau de notre humanité commune.

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Les Cousins

Publié le par Rosalie210

Claude Chabrol (1958)

Les Cousins

Deuxième film de Claude CHABROL, "Les Cousins" se situe dans le courant de la nouvelle vague et en même temps, il annonce l'identité chabrolienne à venir. La signature nouvelle vague, c'est le réemploi du duo de son premier film, "Le Beau Serge" (1958), Gerard BLAIN et Jean-Claude BRIALY, l'impression de liberté et de spontanéité qui se dégage des scènes où les cousins se promènent en voiture dans les endroits emblématiques de la capitale, le portrait de la jeunesse du quartier latin, les scènes dans la librairie. Néanmoins, les bases du cinéma de Chabrol sont déjà là. Les cousins s'appellent Charles et Paul Thomas, futurs protagonistes récurrents des films du cycle Hélène. Le premier, sérieux comme un premier communiant monte à Paris pour faire son droit, le second, étudiant en droit également l'héberge dans son bel appartement de Neuilly et tel un roi (ce qui est souligné par le costume dans lequel on le découvre), il trône au centre d'une faune décadente qui se noie dans les orgies. Au lieu de centrer les relations amoureuses autour de la confusion des sentiments (comme chez Eric ROHMER) ou bien de la femme fatale issue du film noir américain (comme chez Jean-Luc GODARD), c'est bien l'argent et le statut social qui créent un fossé entre deux cousins au tempérament et au mode de vie radicalement opposés. Charles l'austère besogneux se fait dévorer par Paul, le cynique fêtard qui possède un capital matériel, social et culturel hérités de son père (dont on sent la main invisible derrière le bel appartement et la voiture). La scène des clés de voiture justement souligne la dépendance de Charles envers Paul qui dicte les règles du jeu, celle des fils à papa qui gagnent toujours à la fin tant le diplôme que la petite amie (très peu creusée comme toute la gente féminine qui fait de la figuration, à l'image de Stephane AUDRAN). Charles en dépit de ses efforts et de son sérieux, échoue dans les deux domaines. La méritocratie en prend un sacré coup. Cet aspect bourdieusien du film préfigure tout à fait "Premiere annee" (2018) alors que sur le plan romanesque, la référence explicite est "Les Illusions perdues" de Honoré de Balzac, l'écrivain favori de Claude CHABROL. S'y ajoute une pointe de fatalité tragique, là encore caractéristique des oeuvres à venir du cinéaste.

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